Calcaire compacte argileux, blanc jaunâtre
A peu près dans le même temps, M. A. Passy (2) publiait une description physique de cette région , et indiquait ces assises soDs les dénominations de calcaire marneux compacte^ de calcaire marneux lumachelle^ de marnes du calcaire lumachelle (3) , et de calcaire et grés glauconieux. Leur dislrii)ulion est marquée sur la carte géologique jointe à son ouvrage, comme sur celle du Plateau tertiaire parisien qu'a donnée M. V. Elauiin en 18/»3 (4).
U. Graves, qui avait communiqué à M. Passy les détails relatifs Travaux], à la portion méridionale du pays de Bray, a fait paraître en 1847 M.o'aYei. son Essai sur la topographie géognostique du département de
i?a//., 4^* série, vol. II, p/23, pi. 4, 4 83t.
Description géologique dudépartement de la Seinc-injérieurc^ p. t89,in-4, avec carte et atlas, Rouen, 4 832. (3| Coupe 4, pi. 4 7 de l'atlas.
(4) Voyez aussi l'ouvrage intitulé Patria^ p. 347, 4844.
170 NORD DB U FRANCB.
VOiH (i), travail remarquable de précision et d'exactitade, dans lequel on trouve une description beaucoup plus complète et plos méthodique de ces roches.
Celles qui sont le plus élevées, rapportées d'abord à la formation crétacée par Alex. Brongniart et par M. A. Boue, comme par M. Passy , sont positivement placées entre les dépôts wealdiens ou les sables ferrugineux {antè, vol. lY, p. 305-307) et le Kimmeridge-day ; elles représentent ici l'étage de Portland. On les observe à la surface du Haut-Bray, et en s'éloignant de Taxe central elles disparaissent sous les sables ferrugineux du groupe néocomien (Hyancoart, Ville-en-Bray, au sud de Savignies). La roche est un grès calcaire glauconieux, alternant avec des sables à gros grains et des lits de marne.
L'épaisseur de cet étage est très faible. Les fossiles qui lui sont propres sont VOstrea sequana, ThuruL, la Trigonia suprajurensis, Ag., et une petite Anomie {A. IcBvigata?^ Fitt» Gryphœa forata^ A. Passy). M. Graves y a de plus déterminé 64 espèces , parmi lesquelles nous remarquons: Panopœa depressa {Mya, Sow.), Mya rugosa, Roem., Lucina Elsgaudiœ^ Thurm., L. porilandica, Sow. in Fitt, Cardium dissimile^ Sow., Trigonia conçentrica^ Ag., T. gibbosa^ Sow., T. plicaia, Ag., Trigonia truncata^ id., l'erebraportlandicajSovf. in Fitt., Buccinum naticoides, id., Pterocera Ponti, Brong. , Ammonites decipienSy Sow. , A, gigas^ ZieL
Les couches les plus anciennes du département de l'Oise constituent la partie centrale de l'axe du pays de Bray. Elles appartiennent à l'étage de Kimmeridge, et forment une croupe dirigée 8.-E., N.-O. Les plus basses qui soient à découvert sont des calcaires compactes marneux , durs, susceptibles de poli , divisés en bancs de O'^jôO d'épaisseur moyenne , et séparés par des lits de marne argileuse bleue ou noirâtre. Ils alternent aussi avec d'autres bancs calcaires pétris de fossiles, et constituent un marbre lumachelle bleuâtre, grisâtre ou jaunâtre. Ces lumachelles sont plus épaisses vers le haut de l'étage, et les calcaires compactes vers le bas. Les premières sont discontinues; les seconds, au contraire, se prohmgent sans interruption. Les fossiles sont peu répandus dans les calcaires marneux , excepté V Ammonites gigas^ aux environs d'Hécourt, de Bazancourt, etc. Quant^ux lumachelles, qui se montrent
(4) P. 46, in-8, Beauvais, 4847. — Voyez aussi Bull.^ î« sér., vol. VI, p. 47-52,4 848.
GROOPB OOUTHIQUI SUPÉllBUR. 171
plutôt autour de Taxe du Haut-Bray que sur la ligne médiane, elles aoDt surtout caractérisées par ïExogyra virgula, Defr. , et VOstrea sequana, Tburm. Les 39 espèces déterminées par Tauteur se trou^ ^ntindifléremment dans les argiles et dans les calcaires lumacbelles, et un grand nombre d'entre elles sont aussi communes à Tétage de Portland lié à celui-ci par ses caractères slratigraphiques.
Entre le hameau de Grocourt, les carrières d'Hanvoile et le nM)ulin de Bois-Aubert, M. Graves signale (p« 43), épars à la surface do sol et du calcaire à Exogyra virgula, de nombreux fragments de calcaires rouges et verts empâtant beaucoup do Paludines [P. carinifera, Sow.) et de bivalves (Cy rênes?), de manière à constituer une véritable lumacbelle d'eau douce. Ces restes d'un dépôt remarquable que nous avions omis de mentionner {antè, vol. IV, p. 307) paraissent être mieux caractérisés entre le hameau de Lanlu et Senantes, et représentent sans doute encore dans cette direction un rudiment de l'étage de Puibeck.
La disposition si particulière des couches secondaires du pays de «echercbes Bray ne pouvait pas échapper à l'attention du géologue qui a jeté m. eu* one si vive lumière sur tout ce qui se rattache aux dislocations de *** •«•""■«■*' i'écorce terrestre : aussi M. Élie de Beaumout (1), dans son premier mémoire sur ce sujet , en a-t-il fait une mention spéciale qu'il a reproduite en la développant dans l'ouvrage de M. Passy, dont nous venons de parler (2), puis dans la traduction française du Manuel géologique de H. -T. de la Bêche (3), et dans sa Notice sur les systmes de montagnes (4). Mais c'est surtout dans le tomell deVExplû cation de la carte géologique de la France (5) que ce savant a traité cette question théorique avec tous les détails qu'elle comporte : aussi, quoiqu'il puisse en résulter quelques répétitions avec ce qui précède, nous croyons qu'il ne sera pas sans intérêt de présenter ici un résumé de cette partie du travail de M. Élie de Beaumont.
Il a d'abord exposé avec beaucoup d'élégance la manière dont il conçoit l'enlèvement ou l'ablation des couches crétacées ayant occasionné des lacunes comparables à des regards naturels ouverts sur les terrains inférieurs, regards qui ne sont pas de simples cavités,
(4 ) Recherches sur quelgues'unes des révolutions de la suj^ace duglobe {Ann. des se. nat,^ 4829-4830, p. 53).
2) Loc. cit., p. 24 9, 4 832.
3) P. 643, in-8, Paris, 4 833.
4) Yol.l, p. 444, 4852.
»P. 694, in-4, 4 848.
mais qui correspondent, au coulrairc, au reièveinent des couches. Il en est résulté pour les régions que ce |)hénomèiie a affectées une disposition en dôme plus ou moins démantelé, et tel est le cas des assises jurassiques qui apparaissent au jour dans le pays de Bray, entre Goumay et Songeons. Leurs caractères actuels et leur relief indiquent qu'elles ont subi , dans leurs portions découvertes , une démolition ou dénudation proportionnée à la prise qu'elles offraient aux agents destructeurs delà surface.
(P. 593.) A quelques kilomètres au nord-est et à Test-nord-esl de Gournay se montre un calcaire compacte gris, d'apparence marneuse, passant à une lumachelle très coquillière, dont les bancs, de 0~,25 à 0",30, alternent avec des marnes grises que nous avons vues très coqnillières elles-mêmes. VExogyra virgula abonde dans les deux roches, et la lumachelle, exploitée sous le nom de marbre d^Hécourt ou de Beauvais, est encore identique avec la lumachelle de Bourgogne ou marbre de VArgonne. Ces alternances de lits calcaires et argileux nous représentent également ce que nous venons de voir sur les côtes du Bas-Boulonnais au nord , comme ce que nous retrouverons à l'embouchure de la Seine à l'ouest.
Au-dessus des premières assises de lumachelles vient une marne argileuse noire , un peu pyriteuse, à peine feuilletée , qu'on observe surtout à Hécourt et à Haincourt , et à laquelle succèdent des marnes calcaires et un calcaire compacte, presque lithographique par places. Les Exogyra virgula y forment par leur accumulation des veines de lumachelle semblables à la brocatelle de Bourgogne, Au sud d'Haincourt, la route de Gournay à Songeons atteint les couches jurassiques les plus élevées et superposées au calcaire précédent Ce sont des marnes gi*is verdâtre sombre, de 3 mètres d'épaisseur, avec Exogyra virgula^ et des calcaires marneux grisâtres ressemblant à la lumachelle d'Hécourt, quoique plus élevés dans la série. Leur épaisseur est aussi de 3 mètres, et elles occupent en cet endroit un des points culminants de la protubérance jurassique du Bray, à une altitude de 214 mètres.
Ces diverses assises du groupe supérieur constituent dans leur ensemble une voûte surbaissée dont la largeur visible est d'environ 7 kilomètres, et dont les contours, irrégulièrement elliptiques, auraient un grand axe d'à peu près 28 kilomètres, dirigé S. -E., N.-O., d'Hodene eu Bray à Abancourt. Les couches conservent une grande uniformité de caractères dans toute cette étendue. Elles sont recouvertes par un sable quartzeux à points verts, renfermant
GROUPE OOtlTBlODE SUPÉRIEUR. 173
qoelqaes fossiles et passant à des grès plus ou moins solides. Ces grès qaartzeux calcarifères, qui rappellent le Portland-sand du Bas- Boulonnais, ont éié rapportés, quoique avec doute, par M. Élie de Bcaumont, au groupe néocomien, et par {\I. Passy au grès vert ; mais on a vu que M. Graves, y ayant constaté les mêmes fossiles que dans les marnes sous-jacentes, n'avait pas bésité à les regarder comme représentant Tétage de Portiand.
Quoi qu 'il en soit, les assises crétacées qui les recouvrent forment, autour de ces affleurements de strates oolilhiques, des zones plus OQ moins régulières, enveloppant le dôme central déprimé qu'ils constituent. Ces roches inclinent de toutes parts vers Textérieur, et occupent ainsi le noyau de tout le système stratigrapbique du pays de Bray. Sa surface ne présente h la vérité qu'une très faible couri)ure, mais on ne peut guère douter qu'il ne soit composé à l'intérieur d'une série d'enveloppes concentriques représentant les divers étages de la formation jurassique. Le groupe supérieur est ici plus épais que sur les bords du bassin, et il y a lieu de penser qu'il en est de même de ceux qui le supportent.
(P. 598.) La dénudation du pays de firay s'étend de Noailles, près de Beauvais, à Bures, prèsNeufcbâtel, où elle se confond avec la vallée de la Béthune. Sa ligne médiane, dirigée Ë. ^O*" S. à 0. /iO° N., se trouve être presque parallèle aux bords du détroit qui unissait la mer jurassique au N.-O. et au S.-Ë., mais le soulèvement de cette protubérance est de beaucoup postérieur au système du Tburingerwald et du iMorvan, auquel M. Élie de Beaumont rapporte le façonnement des deux lignes de côtes précitées. Le soulèvement du Bray et la disposition générale des assises sur le pourtour du bassin du nord de la France lui font admettre aussi la continuité des couches jurassiques dans toute son étendue , au-dessous des dépôts tertiaires et crétacés qui occupent aujourd'hui sa surface.
On a vu {mtè, vol. IV, p. 275) que les couches traversées par le puIi. puits de Meulers confirmaient pleinement ceUe supposition, et que Meuiirf. nous avions pu évaluer aussi précédemment (1) le relèvement total des assises jurassiques supérieures entre ce point et l'embouchure de la Seine. M. Élie de Beaumont a évalué de même leur pente entre Meulers et la partie culminante du pays de Bray. Les bancs de grès calcarifère à ciment de calcaire cristallin, que nous avons
(*) D'Archiac, Études sur la formation crétacée, 2« partie {Mém, Soc. géoL de France, 2« série, vol. II, p. 402, 4846).
I1Ù NORD Dl LA FRANCI.
rapportés à l'étage de Portiand, ont été atteints à la profondeur de 207 mètres. Leur épaisseur est d'environ 8 mètres, et, de 215 à 355",56 où Ton s'est arrêté, on a traversé des alternances de marnes grises sableuses, de grès calcarifères, de calcaires marneux et compactes , enfui d'argiles diverses dans lesquelles VExogyra virgula était toujours plus ou moins abondante. Bien que le premier groupe n'ait pas été complètement traversé, on voit que sur ce point il n*a pas moins de 128"',66 d'épaisseur, dont 120 appartiendraient an KJmmeridge-day seul, plus puissant ici par conséquent que dans la baie de Kimmeridge où il ne dépasse pas 100 mètres. Enviroiu Le relèvement de ce même étage aux environs de Rouen et sous
Rott». la ville même apporte une nouvelle preuve h l'appui de la continuité dont nous venons de parler. Cette localité, située à très peu près sur la ligne qui joindrait le centre du pays de bray et le cap la Hève, montre, comme on l'a dit {antè^ vol. IV, p. 276), dans la disposition des couches crétacées, des anomalies qui annonçaient l'existence d'une dislocation. Kn eiïet, les sondages exécutés dans le faubourg de Sotteville, sur la rive gauche de la Seine, et dans la rue Martainviile, sur la rive droite, ont traversé, au-dessous des couches crétacées, l'un 149'",29, et l'autre 87",16 de calcaires argileux bleuâtres avec Exogyra virgula, alternant avec des lits de marnes argileuses bleues. Dans le premier puiis, d'une profondeur totale de 188'",27, le groupe oolilhique supérieur paraît avoir été complètement traversé, de sorte que le détroit qui réunissait les eaux du nord-ouest et du sud-est a eu son fond recouvert par les argiles de Kimmeridge plus puissantes que le long des côtes du Oorsetshire. L'étage de Portknd, au contraire, devait être extrêmement réduit, et manquait même tout à fait, comme va nous le montrer le profil du cap la Hève. Environt Daus SOU méuioire sur la géologie de la côte de la France et des
Bmm, pays voisins, H.-l\ de la Bêche (1) avait signalé les relations des strates oolitbiques supérieurs avec ceux de la craie des deux côtés de l'embouchure de la Seine, et plus tard M. J. Phillips (2) compara la base des falaises du r^p la Hève, situé au nord-ouest do Havre, avecleKimmeridge-clayde la vallée de Pickering (Yorkshire, antèj p. 27), en faisant remarquer l'absence sur ces deux points du groupe vi^ealdien et de l'étage de Portiand. La coupe détaillée
(4 ) On the geology, etc. ( Transact. géoL Soc, of London^ V sér., Tol. I, p. 73, afvec coupes el carte, 4 822).
(2) Philos, mmgmz.. n* 39» fol. XXIX, p. 1 95, 4 830.
GRODPI OOÙTHIQUI SOPÉIIBUR. 175
de ces couches, pobliéepar M. A. Passy (1), fait suite à celle que DODS avons reproduite {ante, ¥ol. IV, p. 213), et Lesueur, dans ses Vues et coupes du cap la Bève (2), a divisé en deux séries les couches qui forment le pied de ce promontoire crétacé. Le profil suivant, que nous empruntons au chapitre IX du second volume de V Explication de la carte géologique de la France (3), est plus eamplet encore, et monlre, à partir de la dernière assise crétacée [k] :