‹ Histoire des progrès des science naturelles, depuis 1789 jusqu'a ce jourChapitre 10 sur 37 · Z00L06IB · texte numérisé non relu

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réveille ils reviennent promptement à leur chaleur ordinaire,. quelque froid qu'il £sisse: au contraire si on les abandonne au sommeil à quelques degrés au-dessous de zéro , ils périssent gelés.

On trouve, dans ces Êiits des. prives bien évidentes de rinfluence des irritants extérieurs pour entretenir lactivité du tourbillon vital ; mais on y en trouve de non moins remarquables de la possibilité que là vie subsiste malgré le ralentissement excessif des mouvements dont elle se compose. *

Quant à la cause prédisposante, c'est-à-dire aux circonstances particulières d'organisation qui font que certains animaux dorment Tbiver et que d'autres de même classe ne dorment point, elles sont encore fort obscures.

Depuis un temps immémorial on attribuoit aux vipères et, plus qua tout autre, aux serpents à sonnette la faculté detourdir et en quelque sorte d'attirer à soi les petits animaux dont ces reptiles se nourrissent. M. Barton a réduit cette faculté dans ses justes bornes en montrant que le serpent à sonnette ne prend ainsi que de petits oiseaux ou animaux qui nichent près de terre, et que c*est dans les mouvements qu'ils se donnent pour défendre leurs petits qu'ils s'approchent assez de la gueule da reptile pour qu'il puisse s'en emparer ^

* Mémoire concernant la faculté de fasciner attribuée au serpent â sonnette, en anglois; Philadelphie, 1796, in-8°.

Au nombre des émanations Nuisibles les plus extraordinaires doit être comptée Téleotricité gaiyaniqtre que certains poissons mànifesten.t à volonté. M. de Humboldt a fait connoître le degré prodigieux de*celle du gymnote de la Guiane \ et M. Geoffroy a décrit les organes où elle se produit dans le' silure électrique du Nil^.

Il y f( aussi des animaux intéressants par leurs formes singulières, et la Nouvelle-Hollande se &it remarquer plusjque tout autre pays par ces formes extraordinaires. En général elle a renouvelé ce &it remarquable qui eut déjà lieu lors de la découverte de FAmérique méridionale , c^esi que tous ses êtres vivants, excepté Thomme et le chien, sont d'espèces et souvent de genres inconnus au reste du globe , comme s'il y avoit eu pour elle une création particulière.

Le kanguroo, découvert par le capitaine Cook, haut de six pieds, faisant des sauts énormes sur ses jambes de derrière disproportionnées , portant ses petits dans une poche ; le phascolome , décrit par M. Geoffroy, et qui réunit la poche des didelpfaes, la marche lente des paresseux , et les dents des ron-

' Dans les Ol^servatioiis de Zoologie et d'Anatomie comparée qai font partie de son voyage.

' Bulletin des Sciences, nivôse an 1 1 ; Annales du Mosëum d'histoire naturelle.

geurs ; Fornithorhyiique de M. Blumenbach , dont les pieds ressemblent à ceux d'un phoque et le museau au bec d'un canard; lechidné^ qui joint un museau tubuleux et une langue extensible de fourmilier à des épines de hérisson , frappent d etonnement les yeux les plus habitués aux singularités de la nature.

Cette géographie des êtres organisés présente plusieurs autres considérations , et M. de Humboldt lui a donné le plus grand intérêt dans sa Description physique de rAmériqiie équinoxiale. C'est là que Ton voit avec le plus de précision comment chaque plante, chaque animal, sont limités dans leurs migrations par là combinaison du sol, du climat , et de l'élévation verticale.

Tant de richesses dans tous les règnes mériteroient bien d être recueillies dans un ouvrage général* Il est sur-^tout nécessaire pour le régne animal, où il n y en a point qui mérite ce nom : l'édition de Linnaeus, par Gmelin*, nest presque par-tout qu'une compilation informe ; et sa refonte seroit peut-être une des choses les plus utiles aux sciences naturelles.

L'Europe entière avoueroit sans doute un ouvrage de ce genre, rédigé par les naturalistes fran-

' Leipsick, 1788-1793, trois parties faisant 10 volumes; réimprimée à Lyon.

çois. La collection intitulée Annales du Muséum ({histoire naturelle y qui se publie depuis cinq ans% prouve en effet que Paris est peut-être la seule ville où les objets d observation et les secours d'érudition s unissent aux connoissances acquises et aux vues élevées au degré nécessaire pour y fisiire réussir une entreprise aussi vaste.

Perfectionnements dans les méthodes.

Il a été aisé de sentir dès les premiers moments que cette immense quantité d'objets que Thistoire naturelle considère avoit besoin de quelque ar-' rangement pour se loger sans confusion dans la mémoire.

On les a donc de tout t^nps distribués^ en divisions et subdivisions de divers ordres; et à mesure que la science a fait des progrès on a désigné chacun de ces groupes par des caractères distinctifs plus précis.

Linnaeus sur-tout a porté cet art des distributions et des caractères à un tel degré de clarté et de brièveté, quil est aisé à celui qui s est rendu son langage &miLier de trouver dans* son immense catalogue la place etl^e nom d un ètrequelconquequ^il observeroit. C'est à la facilité qui résulte de cet ar-

* Paria, 1803. On en est au douzième volume, in-4^.

MÉTHODES. a85

rangement, à la commodité de aa nomeiaclature, et 8ur-tout au soin qu il a pris de placer dam son système^ous les êtres connus de son temps , que cet homme célébrç a dû lautorité extraordinaire qu'il avoit acquise de son vivant, autorité qui, toute des* potique qu'elle étoit, avoit Favantage de réunir les naturalistes sous les lois d une langue commune et iqtdligible pour tous.

Il &ut convenir en effet que depuis la mort de Linnaeus une sorte d anarchie s'est emparée de la partie systématique de Thistoire naturelle, et que les distributions de tous les degrés^ et les. noms qui s y rattachent , ont varié au point de fatiguer les mémoires les plus tenaces et d'exciter des plaintes vives de la part des amateurs superficiels.

Mais ce désordre apparent ne vient que de la tendance naturelle aux bons esprits vers un ordre meilleur, dont la marche de Linnaeus sembloit vouloir nous tenir écartés pour jamais, vers cette distribution des faits dont la science se compose , en propositions tellement graduées et subordonnées dans leur généralité que leur ensemble soit l'expression des rapports réels des êtres.

Il ne s'agit pour cet effet que dégrouper les êtres d'après Vensemble de leurs propriétés ou de leur organisation , de manière que ceux que le même groupe réunira se ressemblent plus entre eux qu'ils

ne ressemblent à tout autre qui seroit entré dans un groupe différent. Cette disposition est ce qu on nomme méthode naturelle : une sorte de sentiment intérieur dirige vers elle tous ceux que la nature frappe ; mais comme elle supposeroit pour être parfaite une connoissance très détaillée de toutes les parties des êtres , on a été long-temps obligé de s'en tenir à ces systèmes de pure nomenclature établis, comme ceux de Linnaeus , sur quelque organe isolé et choisi assez arbitrairement.

Il en a été imaginé avant et depuis Linnaeus un très grand nombre, sur-tout en botanique; et ils onteu au moins Fa van tage de porter successivement Fattention sur les divers organes et de les faire étudier : mais comme ils satisfaisoient peu les esprits éclairés, on a cherché dans tous les temps à leur substituer la méthode naturelle.

Méthode naturelle des plantes.

Morison, Magnol, Ray, Haller, Adanson, Bernard de Jussieu, Linnaeus même dans quelques écrits particuliers , ont cherché à rapprocher les plantes d après ces principes: maisc'estàla France, et sur-tout à l'époque actuelle , qu'il étoit réservé d'en faire une application générale à tout le régne végétal ; et c'est précisément en 1 789 qu'a paru le

Gênera plantarum de M. de Jussieu , ouyf âge fondamental en cette partie, et gui fait dans les sciences dobservation une époque peut-être aussi importante que la Chimie de Lavoisier dans les spiences d'expérience'.

Exposons en peu de mots les princîï)es d'où Ion est parti, et la marchéi|ue Ton a éuiyîe pour arriver à cette distribution naturelle des plantes.

Il y a parmi les végétaux quelques familles reconnues universellement pour naturelles, suivant lacception donnée précédemment à ce terme : les graminées , les ombellifères, les légumineuses, sont de ce nombre. Les botanistes^ observant dans chacune de ces familles les organes constants et ceux qui varient, et trouvant que ceux qui sont constants dans lune le sont aussi dans les autres, jugent que les premiers sont plus importants, et que Ion doit y donner plus d attention dans la formation des familles moins évidentes.

Ayant ainsi classé les organes d'après lïmportance qu'ils leur ont reconnue, ils mettent d'abord ensemble toutes les plantes qui s'accordent par les organes de première classe; ils subdivisent ensuite d'après ceux de seconde , et ainsi du reste.

C'est ce calcul de l'importance des organes , et

' Gênera plantarum secundum ordines naturales disposita; Paris ,

son application aux divers végétaux , qui ont guidé M. de Jussieu dans la formation de ses cent familles primitives, et qui le guident encore aujourdliui , ainsi que ceux qui travaillent, d après ses vues, à perfectionner ce bel édifice.

L'drdre admirable qu'il a en quelque sorte introduit dans le règne végétai a en effet changé en grande partie la marche de la botanique. Nos plus habiles botanistes françois adoptent la méthode naturelle dans leurs écrits et travaillent à Tétendre. Une partie des ouvrages descriptifs dont nous avons parlé plus haut sont disposés selon ses principes: M. Ventenat la suivie dans son Tableau du règne végétal % et M. Desfontaines dans la plantation du jardin du Muséum et dans Farrangement de ses herbiers. M. Jaume Saint-Hilaire vient de lappuyer de dessins des principales évolutions des graines ''. Elle a moins pénétré à l'étranger, faute d'un cata* togue complet des espèces disposé d'après elle; et cest à quoi remédiera sans contredit le Système ncu turœ, dont la publication seroit si importante dans l'état actuel de la science.

Déjà l'on s'attache à examiner en détail chaque

' Tableau du. règne végëul, selon la méthode de Jnssicu; Paris, an 7, 4 ^^^' iû-S**.

* Exposition des familles natarefles et de la germination des plantes ; Paris, i8o5,4voï- in-8°.

£aimille , et à mettre de Tordre dans les genres qui la composent , d'après les principes qui ont présidé à la distribution de lensemble. M. de Jussieu en donne Fexemple dans plusieurs mémoires récents sur^ les passiflores , les verbénacées ,' les laurinées*, etc. M. Correa de Serra, en sWcupant de celle des orangers, a donné de belles vues générales surins raisons qui , liant ensemble certains organes , limitent nécessairement chaque famille dans des bornes déterminées*. M. Ventenat a établi une famille nouvelle, celle des ophiospermes, qui est voisine des sapotilliers. M. Decandolle a circonscrit cçUe des valérianes, et distribué dune manière nouvelle celle des algues^; et parmi les étrangers M. Smith a travaillé dans le même genre sur les fougères et sur les myrtes. Ceux même des botanistes françois qui ont encore conservé le système sexuel dans la distribution de leurs plantes , comme Mlif . Desfontaines et La Billardière, ont soin d'indiquer la place que chacune d'elles doit occuper dans la méthode naturelle , et font pour cela desrecherches qui contribuent à la perfectionner.

La méthode naturelle est d'autant plus importante en botanique qu'elle est le guide le plus sûr pour annoncer les vertus et les propriétés des plan-

' Dans différents volumes des Annales du Muséum. — * Ibid. ^ Bulletin des Sciences, prairial an 9.

BUFFON. OOMPLBM. T. I. 19

2gO SCIENCES PHYSIQUES.

tes. Ces propriétés en effet dépendent de la compo* sition des sucs et des autres produit^ végétaux, laquelle dépend à sou tour des formes des organes sécrétoires. Aussi Linnaeus lui-même avoit4I aperçu la constance de ce rapport entre Fensemble des formes des plantes et leurs propriétés de tous les genres. M. DecandoUe vient de la développer dans un ouvrage où il fixe avec beaucoup de sagacité leç précautions à prendre pour en faire la^plication '.

On voit par ce que nous avons dit ci-dessus que cette subordination établie parmi les caractères botaniques, et fondement de toute méthode naturelle parmi les plantes , repose presque uniquement sur l'observation de la constance de ces caractères. C'est en effet à cela que nous réduisent l'obscurité qui régne encore dans 1 économie végétale , et Fignorance où nous sommes dé ce qui résulte de telle ou telle modification d'organe : aussi est-on heureux chaque fois qu'il s'introduit dans les principes de la classification des plantes quelque chose de rationnel.

Telle est la belle observation de M. Desfontaines, que nous avons citée précédemment , sur la manière opposée dont se développent les fibres ligneuses dans les plantes à cotylédons simples et doubles.

* Ë89» sar les propriétés médicales des plantes, comparées avec leurs formes extérieures; Paris, i8o4) in-4''*

MÉTHODES. 2g l

Une différence aussi marquée dans le tissu intime du végétal justifie en quelque sorte, en l'expliquant, cette grande division du règne.

Xe§ plantes n ayant d'prganes ni pour le mouve^ ment ni pour le sentiment, il faut descendre jusqu'aux parties de la fructification pour trouver des caractères importants : et c'est en effet sur ces parties que se fondentles familles etles genres; encore, une fois que Ton quitte la composition de la graine, a-t-on bien de la peine à donner des raisons à priori de la constance qu'on observe.

M. de Jûssieu lui-même, voulant mettre quelque ordre dans la distribution de ses familles , en les répartissant dans certaines classes, a éprouvé de l'embarras ; et ses classes , fondées sur la position réciproque des organes sexuels et sur la structure de la corolle , sont beaucoup moins évidentes que ses familles mêmes.

lia composition du fruit etde la graine, indépen*damment de l'intérêt général qu'elle partage avec toute connoissance positive, est donc de première importance pour perfectionner la méthode natu-^ relie Aes plantes ; c'est la vraie pierre de touche de la justesse des rapprochements indiqués par les autres organes; et M. de Jussieu s'est trouvé puissamment secondé pour ses travaux ultérieurs par l'ouvrage de Gœrtner, qui a paru la même année

que le sien. Ce livre porte Tempreinte du dévouement de près de cinquante années que son auteur a consacrées à le rendre digne du public , s'eîi occupant uniquement dans la retraite la plus profonde, sans désir d'une réputation prématurée , et donnant ainsi un exemple aussi précieux que rare aux hommes qui recherchent la vérité \

Méthode naturelle des animaux.

Les animaux offroient plus de facilité que les végétaux pour une méthode naturelle fondée sur le raisonnement : les ressemblances y sont plus frappantes, et leurs causés plus facileà à trouver. Aristote en avoit déjà fort bien saisi les principales classes; et ces classes, introduites depuis dans presque toutes les divisions zoologiques ^ les rendant moins choquantes, et rappelant moins la nécessité d'une méthode naturelle , en avoïent toujours fait négliger la recherche. Il étoit résulté de là que les classes des animaux vertébrés , assez naturelles en elles-mêmes, étoient subdivisées de la manière la plus bizarre , et que celles des animaux sans vertèbres avoient fini par se trouver beaucoup plus mal établies dans Linnaeus que dans Aristote.

]^. Cuvier, en étudiant la physiologie de ces

' La Garpoiogie, déjà citée.

classes naturelles dçs anknaux vertébrés, a trouvé dans la auantité respective de leur respiratiou la raison de leur quantité de mouvements , et par con-* séquent de Tespéce de ces mouvements. Celle-ci motive les formes de leurs squelettes et de leurs mu%ples : Yénev^^ de leurs sens et la force de leur digestion «sont en rapport nécessaire avec elle. Ainsi unedivisionquin^avoitété jusque-là établie, comme cçUe des végétaux , que par l'observation , s'est trouvée reposer sur des causes appréciables et applicables à d'autres cas'. En effet M. Cuvier ayant examiné les modifications qu éprouvent dans les animaux spns vertèbres les organes de la circulation, de la respiration, et des sensations, et ayant calculé les résultats nécessaires de ces modifications , en a déduit une division nouvelle où ces animaux sont rangés suivant leurs véritables rapports ^. La classe des mollusques sur-tout, que Linnœus et ses successeurs confondoient, sous le nom commun de

* tieçQns d'Anatomie comparée, l. IV, Iççou xiçiy. ^ Cette distribution des animaux sans vertèbres, proposée pour la première fois à la Société d'histoire naturelle de Paris, le 21 floréal an 3, dans un Mémoire imprimé dans la Décade philosophique, perfectionnée dans, le Tableau élémentaire et dans les Leçons d'Anatomie comparée de l'auteur, reparoîtra bientôt sous un nouveau jour, et appuyée de grands développements, dans, le Traité anatomique des ' animaux sans vertèbres, qui est sous presse, avec beaucoup de planches.

vers, avec l^s zoopbytes et autres animaux les plus simples , est distinguée et reportée à la tête des animaux sans vertèbres, qu'elle surpasse tous par une organisation beaucoup plus complète, et spécialement par 1 existence d'un cœur et d'un cerveau plus ou moins compliqués. M. Cuviefr a également reconnudu sang rouge et une circulation particulière dans une- classe entière que Linnaeus confondoit avec les \er^ en général, et eu particulier avec ceux des intestins '. Ce fait justifie le titre d'animaux sans vertèbres proposé par M. de La Marck pour cette immense partie du règne animal , au lieu de celui d*animaiLJc à sang blanc, qu'on leur donnoit aupara* vaut. M. Guvier penseque les insectes n ont pas de circulation , et que c'est ppur cela que leurs trachées leur portent Pair par tout le corps*. En général la quantité de respiration produit sur Iç mouvement le même effet dans les animfiux sans vertèbres que dans les autres. Les zoophytes n'ont ni cœur, ni vaisseaux , ni poumons, ni nerfs, ni cerveau. M. Guvier la ipontré en détail : il ne reste quelque embarras que pour les oursins, les astéries, et les holothuries.

M. de La Marck^, qui a fait un ouvrage sur les

' Bulletin des Sciences, messidor an lo.

' Mém. de la Soc. d'hist. natur. de Paris; Paris, an 8, in-4*', p. 34-

^ Système des animaux sans vertèbres; Paris, i8oi,in-8'*.

BIÉTHODES. 295

animaux sans vertèbres, où il en étend immense» mept la connoissance, sur-tout par une distribu-* tion toute nouvelle des mollusques à coquilles, a ' adopté, à quelques modifications et additions près, les classes de |d. Cuvier. MM. Duméril ' , Roissy ', et plusieurs autres, qui traitent de cette portion im-* portante du régne animal, s y conforment égaler ment en grande partie. Il n y a pas de doute que la méthode naturelle ne lemporte bientôt sur toutes les autres, en zoologie comme en botanique.

La zoologie est si immense que chaque classe est en quelque sorte le partage d'écrivains particuliers, et toutes ont éprouvé de grandes améliorations dans cette période.

MM. Geoffroy et Cuvier ^ ont établi une distri-* bution nouvelle parmi les quadrupèdes , dont les principaux motife avoient été pressentis et em-* ployés avec habileté par M. Storr"^ : lanatomie la confirme et la perfectionne journellement, et elle va bientôt trouver des caractères très précis dans les observations de M- Frédéric Cuvier ^ sur les dents mâchelières.

* Traité élémentaire d'histoire naturelle , et Zoologie analytique.

* Hist. natur. des moUusq. , faisant suite au Buffon de Duffart , t. V. ' Tableau élémentaire de l'histoire naturelle des animaux ; Paris,

an6,in-8^

* Pro(/romu5 met Ao(/tmamma/tum; Tubingen, i786,in-4^.

' Annales du Muséom dliist. natnr. , t. X, p. io5 ; t. XII et suiv.

3g6 SCIENCES PHYSIQUES.

M. de Lacépéde, considérant cette classe sous d autres rapports, en a fait une division qui a surtout lavantaf^^e d'être très régulière et très rigoureuse ^ Il en a donné une sur les oiseaux, fondée sur des principes analogues, et également régulière \ M. Bechstein , dans son Histoire des oiseaux d'Allemagne^, a fait quelques modifications à la méthode de M. Latham; mais la classe des oiseaux, en général , parolt peu susceptible d être soumise à des caractères rigoureux.

M, Brongniart a saisi dans la structure du cœur et dans celle des organes des sens et du mouvement les vrais motifs de la division des reptiles en ordres et en genres^. Daudin s'est borné à multiplier ceuxci, peut-être sans nécessité.

M. de Lacépéde , dans sa grande Histoire des poissons, est entré dans les détails les plus scrupuleux sur les téguments des branchies , sur la disposition des nageoires , et sur tous les autres caractères propres à subdiviser les genres établis avant lui , auxquels il en a ajouté un grand nombre d'entièrement inconnus, les distribuant tous dans un grand tableau très régulier où les téguments des branchies forment un élément nouveau que Tau-

■ Hémoires de Tlnstitut, t. III, p. 469. — ' Ibid., p. 4^4-

^ Eq allemand, 1. 1, in-S'*.

* Mémoires présentés à rinstitut, 1. 1, p. 587.

teur a très iïigénieusemenj: combiné avec ceilx que Linnaeus avoit employés avant lui '.

Le nombre des cœurs et la disposition générale des organes du mouvement ont fourni à M. Guvier les familles naturelles de la grande* classe des mollusques^ ; Tordre des testacés , fondé autrefois sur le caractère peu important de la coquille, est proscrit et dispersé dans plusieurs classes. M. de La Marck a établi ajrec autant de soin que de sagacité les genres de coquilles^.

Les crustacés, qu'Aristote avoit déjà mis dans une classe à part, se trouvoient confondus par Linnaeus dans Fimmense famille des insectes. MM. Guvier et de La Marck les en ont distingués par de3 caractères de premier ordce tirés de leur circulation; ce dernier sépare Aième, sous le nom d'arachnides , un certain nombre d'insectes sans ailes.

Les vers à sang rouge, nommés aujourd'hui annelides par M. de La Marck, forment une famille caractérisée par une circulation particulière que M. Guvier a fait connoître , et par un système ner-

' Histoire naturelle des Poissons, déjà citée.

' Mémoire lu à la Société d*histoire naturelle de Paris le 1 1 prairial an 3 , imprimé dans le Magasin encyclopédique.

^ Dans le Système des animaux sans vertèbres; Paris, 1801 , i vol. in-8».

veux dont M. Mangili a donné la première descfription.

De tous les animaux Jes insectes sont ceux qui occupent le plus de naturalistes , à cause .de leur nombre effrayant.

Linnaeus, qui les avoit assez bien circonscrit3 , les divisoit en ordres d après des caractères à-peuprès indiqués par Aristote , et tirés printipalement du nombre et de la nature des ailqs. Une partie de ces ordres est assez naturelle ; et le perfectionnement le plus essentiel qu on y ait apporté depuis est la séparation des orthoptères , due à de Geer, ^ M. Retzius, et à M. Olivier. •

Cependant M. Fabricius imagina, en 1775, de les subdiviser comme les quadrupèdes ,.d après les organes de la mariducation ; et par une patience infatigable il est parvenu à appliquer ce principe aux ordres et aux genres , en se bornant à y joindre le concours des antennes. L'entomologie a gagné par-là non seulement la connoissance positive de toutes les modifications d'un organe important, mais encore une foule de genres et de familles que Ion auroit probablement négligés, en ne considérant pas les insectes sous ce point de vue * : cependant il faut convenir que les caractères trop mînu-

* Voyez la liste des oavraçes de M. Fabricius, donnée à rarticle de la Zoologie-

tieux employés par M. Fabricius Toot très souvent écarté des vrais rapports^ naturels des genres, surtout dans ses derniers ouvrages.

Vers la fin du di;K-septièmc siècle le célèbte Swammerdam avoit indiqué une nÀélbod^ encqre toute différente de ces deux-là , prise de la métamorphose, et principalement de cet état intermédiaire appelé nymphe, par où il faut que le ver ou larve passe pour devenir insecte parfait. ,.

La vérité est «qu'il faut combiner ces trois sortes de caractères pour arriver à quelque chose de naturel, et que Ion doit ici, comme dans toutes les autres classes, avoir égard non pas à tout un organe considéré en masse, mais à Tinfluence spéciale de telle ou telle modification sur letre qui réprouve.

G est ce que fait M. Latreille dans son Système des insectes, dont les trois premières parties viennent de paroitre. Les plus petits détails d organisation propres à faire distinguer les familles et les genres y sont exposés , et l'imagination s étonne à la vue de cette prodigieuse suite d êtres que le vulgaire aperçoit à peine, et auxquels la nature a prodigué cependant des variétés de'fbrmes et de propriétés plus remarquables peut-être qu'à tous les grands animaux'.

' Voyez de même l'indication des ouvrages de M. Latreille.

3oO SCIENCES PHYSIQUES.

Les zoophytes ont été établis dans leurs Jimites actuelles par M. Ouvier ; mais M. de La Marek en sépare encore quelques genres d'unestructure plus compliquée que les autres, qu'il nomme radkdres.

Tant.de travaux et des résultats si heureux dans la partie philosophique de la zoologie autorisent bien à dire qu'elle est en quelque sorte aujourd'hui une science françoise. Appliquées un jour à toutes les espèces dans un ouvrage général , nos méthodes obtiendront bientôt une influence universelle.

Progrès de tanatomie comparée.

C'est surtout à Tanatomie comparée que la zoologie doit son caractère actuel.

L'exemple des botanistes avoit long-temps fait croire aux zoologistes qu'ils dévoient se borner aux caractères extérieurs : il avoit déjà fallu du courage à Linnaeus pour prendre de ces caractères dans le nombre des dents; encore, pour s'être borné aux dents antérieures, n'en avoit-il pas tiré tout l'avantage qu'elles offrent. C'est que presque tous les organes des végétaux sont en dehors ; ils n'ont d'estomac et d'intestins qu'à la surface de leurs racines, de poumon qu'à celle de leurs feuilles ; la surface de leur cime aide beaucoup au mouvement de leurs fluides et leur tient lieu de cœur ; tout leur système

ANATOMIE COMPARÉE. 3oi

géaératif est aussi visible au -dehors et se montre dans la fleur ^ tandis que dans les animaux presque , tout l'essentiel est %n dedans, cœur, vaisseaux, ner6, cerveau , intestins ; et si on ne les dissèque, on ne peut expliquer ni leur digestion , ni leurs mouvements, ni leurs sensations, ni leur degré d'intelligence. .

Lanatomie comparée, cultivée avec beaucoup d ardeur jusqu'à la fin' du dix-septième siècle , fut donc un peu négligée dans les deux premiers tiers du dix-iiuitième. Linnaeus y contribua involontairement en «portant dans l'étude des animaux la marche des botanistes ; mais BufFon, Daubentbn, et après eux MiPallas, lui opposèrent leur exemple, et rappelèrent l'importance de l'anatomie comparée en zoologie , en même temps que Haller prouvoit combien elle peut en avoir en physiologie'. John Hunter en Angleterre , les deux Monro en Ecosse, Camper en Hollande, et Vicq-d'Azyr en France, furent ceux qui suivirent les premiers ces indications. Camper porta, pour ainsi dire eu passant , le coup d'œil du génie sur une foule d'objets intéressants; mais presque tous ses travaux ne furent que des ébauches; Vicq-d'Azyr, plus assidu, fut arrêté par une mort jprématurée au milieu de la plus brillante carrière : mais leurs travaux avoient inspiré un intérêt général, et l'Europe compte

3o2 SCIENCES PHYSIQUES.

maintenant plusieurs savants* qui s occupent soit de disséquer les animaux qui n'ont pas encore été examinés anatomiquement , iÇit d'employer Fanatomie à déterminer la nature des animaux et à expliquer leurs fonctions , soit enfin de foire réfléchir les rayons de Taqatomie comparée sur la physiologie générale'.

M. Everard Home, en Angleterre, a marché sur les traces de son iftaitre Hui)ter ; il nous a foit connoître le premier lorganisation singulière de ces quadrupèdes de laNouvelle-HolIande qui semblent participer de la nature des oiseaux etde celle des reptiles. Ils manquent de mamelles et de matrice; il sera du plus grand intérêt de connottre leur génération. Ses observations sur la matrice et là gestation du kanguroo , sur la dentition de leléphant ,

* Le Xraité des dents et les. antres écrits dé Hunter, ibsérés en partie dâtis les Transactiqns philosophiques ; Içs œuvres de Cainper, re^ cueillies en allemand par M. Herbell , et en François par M. Jansen, Paris, 3 vol. in-8" avec un atlas; l'Abrégé d'Anatomie comparée de Monro le père, traduit par M. Sue ; l'Anatoriiie et la Physiologie des poissons de Monro le fils, en anglois, et traduites en allemand par M. Schneider; les Mémoires de Vicq-d'Azyr, insérés parmi ceux de TAcadémie des Sciences, et recueillis, mais incomplètement, par M. Moreau, Paris, 3. vol. in-S**; son Recueil de descriptions anatomiquea d'animaux, commencé pour l'Encyclopédie méthodique, et quelques Mémoires de M. Broussonnet, sont, en anatomie comparée, les meilleurs écrits de la période qui a précédé imnîédiatement celle dont nous faisons l'histoire.

ANATOMIE COMPARÉE. 3o3

sur Tanatomie du taret, ete«, sont pleines d'intérêt.

LeTraitédes dents, par ]V|. Blaque^ contient aussi plusieurs faits nouveaux applicables à lanatomie comparée , et qui , joints à ceux qu'ont fait connottre MM. Tenon, Home, et Cuvier, portent, à peu die chose près , cette branche de la science à sa perfection.

Dans le^nême pays M. Garlisle a fait la remarque intéressante que dans les quadrupèdes très lents, tels que les paresseux , les artères des membres sont excessivement subdivisées à leur origine et se réunissent ensuite pour se distribuer comme à 1 ordinaire. •

M. Hatchett a soumis les os et les coquilles à des opérations chimiques analogues à celles que Hérissant leur avoit fait subir, et qui ont le mérite dea expliquer les apparences en faisant connoitre leur structure intime ' .

M. Townson a fait des observations et des expé-* riences curieuses sur le mécanisme de la respiration des reptiles , qui ont été confirmées par celles de MM. Herold et Rafn , de Copenhague *.

En général lanatomie comparée a été cultivée

* Les Mémoires de MM. Home, Garlisle , et Hatchett, sont ingérés dans les Transactions philosophiques.

' Traités et Observations sur l'histoire naturelle et la physiologie , par Rob. Townson, en anglois; Londres, 1799.

3o4 SCIENCES PHYSIQUES^

avec succès en Danemarck, ainsi que la zoologie, * et Fon.doit à MM. Abildgaard et Yibor^ de bonnes remarques dans le premier genre comnie dans le second*.

M. Neergaard, Danois , résidant à Gottingen , a publié d'ejLceUentes observations sur les intestins des quadrupèdes et des oiseaux ^ .

Ei^ Hollande M. Adrien Camper, continuant d'illustrer un nom déjà célèbre, a publié une Anatomie de Féléphant^, et se dispose à. en faire paroitre une des cétacés.

En Allemagne M. Blumenbach a enrichi d observations piquantes presque toutes les branches de la science. Ses comparaisons des animaux à sang chaud et à sang froid , ovipares et vivipares , en sont pleines '^. Il a comparé même entre elles les variétés de 1 espèce humaine , et fixé leurs caractères distinctifs.

* Dans les Mémoires de la Société royale et de la Société d'histoire naturelle de Copenhague.

* Anatomie Qt Physiologie comparées dés organes de la digestion dans les quadrupèdes et les oiseaux, en allemand; Berlin, i8o6,in-8\

^ Paris, 1806, grand in-fol.

* Spécimen physiologiœ comparatœ animalium calidi sanguinis; Gottingen, 1789; et Spécimen physiologiœ comparatœ animalium fri" gidi sanguinis; ibid. : Décades craniorum y recueil commencé en 1 790 ; et De generis humani varietate nativa; la troisième édition est de Gottingen, 1795, in-i3: il y en a une traduction Françoise, Paris > 1806, in-8^

ANATOMIE COMPARÉE. 3o5

M. Albert, de Bcenij^n, a beaucoup travaillé sur les poissons, les cétacés, les oiseaux, principalement sui: leurs organes de la V4ie, et a donné une boniie anatomie du pboque'. Il s occupe en ce moment de publier, sur lanatomie des cétacés, un traité gén^raLqui ne peut être attemdu qu avec impatience.

. MM. Hedwig fils et Rudolphi^ oiit examiné avec soip les papiUes des intestins.

M. Fischer, aujourd'hui établi à Moscou , s est occupé de la vessie natatoire des poissons , et de los int^maxjlUaire des quadrupèdes^. Les bassins de ces derniers ont été comparés par M. Autènrieth, ' qui en général a porto très loin les rapprochements comparatifs des parties dans tout le règne animal.

M. Wiedeman, professeur à Kiel , a donné, dans, ses Archives zootomiqjjes , des descriptions détaillées de Fostjéologie de la tète* de plusieurs quadrupèdes, et divers autres morceaux intéressants^.

M. Meckel a fait des recherches précieuses sur le

' Matériaux pour Van a to mie et \% physiologie des animaux, en allemand; Bremen^ 1802, iu-4'^-

' Mémoires d'auatomie et de physiologie, en allemand; Berlin, i8o2, in-S**..

^ Sur les formes de 1*08 intermaxillaire , en allemand ; Leipsick , 1800, in-8°.

^. Les archives de la zoologie ^t de la zootomie, dont il a paru 4 vol. in-8°, sont un recueil précieux pour Tanatomié comparée.

BUFFON. GOMPLÉM. T. I. 20

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tkymus et les glandes surrénales des divei^ animaux'.

liltalie, cette terre si éminemnictnt cl^issique pour Tanatomle, a produit enoote dans cette période de grands travaux en ce genre.

Les excellents ouvragcis de M. Sc^rpa et de 0001" paretti sur les organes de louïe , de Ibdofitt, et de la vue y ont presque complètement fait connoltre les modifications variées de ces organes danjs les diverses classes. M. Mangili a démontré les nerfs dans quelques ànhnaux où on ne les connoîssoit pas. Slous avons déjà parlé delà superbe Histoire anato^ mique des cétacés des mers de Naplés , par M. Poli ^ et du grand travail de M. Morescbi sur la rate.

En France M. Cuvier a faitconnottre d'une manière générale la structure des organes de la voix des oiseaux, et en a expliqué le mécanisme. MM*. Bloeh et Latham ont traité de quélqjies parties du même sujet en Allemagne et en Angleterre.

M. Cuvier a encore développé le mécanisme des jets d eau des cétacés, et les causes qui rendent ces animaux muet^ : il a donné une comparaison des cerveaux de diverses classes, et montré les rapports de leurs formes avec l'intelligence et même avec quelques unes des habitudes particulières des ani-

* Mémoires d'anatomie et de physiologie hamaine et ëomparées , en allemand; Halle, 1806, in-8^.

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