BUFFON. COMPLÉM. T. I
médecins exempts des préjugés accrédités d^uis kiDjg-temps dans le pays. Il parott constant auJ€M:ird'hui que Ion peut, sans danger, couper les cheveux mêlés; qui! nen découle ni sang ni autre humeur : quelques uns même vont jusqu a soutenir que la plique nest pas une maladie réelle, et que la malpropreté seule feutre ou colle ks cheveux'.
Quelques maladies communes parmi nous ont aussi donné lieu à des ouvrages particuliers qui en ont plus ou moins perfectionné la connoissanee. Tels sont ceux de M. Portai sur le rachitis et la phthisie, qui ont été répandus par ordre du gouvernement et traduits dans plusieurs langues ; le Tableau des névralgies, par M. Cbaussier, qui a remis de Tordre dans une famille de maux mal distinguée. Une grande partie des thèses soutenue» dans l'École de médecine sont d excellentes' monographies de certaines maladies, et donnent une haute idée des études qui préparent les jeunes gens à débuter d'une manière aussi brillante; quelques unes , développéespar leurs auteurs, sont devenues des ouvra ges importants ' .
' MéiBoires présentés à Tlnstitut par MM. Rbussilie-Chamseru et Larrey« Voyez aussi ceux de M. de Lafontaine, pour Topinioik contraire.
^ Tel est si^ur-toiit le Traité des fièvres aâaxiqves, par M. Allfe«rfr.
MÉDECINE. 3x3
IML Alîbert a essayé avec succès, à Tesemple ée FÀDglois Willan. et de quelques AUeraands, d'ap^ pliquer aux maladies de la pean ce même luxe d'images que Ton a iutroduit dans la botanique et daos la zoologie'. M. Halle avoit proposé depuis loDg- temps cet emj>loi des arts, et les écoles de médecine s'en étoîent servies en particulier pour la vaccine. Cette sorte de description, qui parle aux yeux, surpasse en effet en vivacité les paroles les plus expressives pour tout ce qui a rapport aux couleurs et aux figures ; mais comme aucune per«« sonne n'est précisément malade comme une autre , on ne peut doitser de nos infirmités que des por** traits individuels, tandis que dans les êtres régu-* liers l'individu représente l'espèce.
C'est malheureusement, comme nous l'avons déjà dit^ une difficulté générale de toute la nosologie; mais c'est aussi ce c^ui rend si nécessaires et si glorieux les travaux des hommes qui s'attachent
On a encore remarqué, parmi les tlièses médicales, eefles de M. Pallois, sur Phygiène navale; de M. Bayle, sur les pustules mali^rnes; de M. Blattîi^, fur le c^tao^rhe utérin.; de M. Schwilçaé^ mu* le croap ; d« M. Royei>Collard, sur l'aménorrhée ; de M. Duvernoy, sur lliystérie ; de M. Tartra, sur les empoisonnements par Tacide nitrique; de M. Kouard, sur ceux d» vert^de-gris, etc. Pin» de détails nous mène* roient trpp l«ip; et il Bons, a été impossible seulement de connoître les bonnes thèses étrangères.
' Description des maladies de la peau; Paris, in-fol. Cet ouvrage a été commencé en 1806.
3a4 SCIENCES PHYSIQUES.
ainsi, à Texemple du père de la médecine, à décrire scrupuleusement les maladies, à les caractériser avec exactitude, et è donner plus d'étendue et de solidité à cette science, premier fondement de Tart de guérir, comme les systèmes de nomen* clature sont les premières bases de rhistoire naturelie.
Néanmoins comme l'histoire naturelle a encore sa partie rationnelle où elle calcule Tinfluence des formes et de lorganisation des êtres sur lès phénomènes qu'ils présentent , on doit chercher aussi à ajouter à la simple description de chaque maladie des recherches sur son siège, sur les altérations primitives qui Font occasionée, et sur la nature intime des désordres qui l'accompagnent et qui la suivent.
• Cette partie rationnelle de la pathologie , ou cette physique des maladies, communément appelée étiologiey beaucoup moins avancée que leur description, est aussi beaucoup plus difficile, parceque Texamen anatomique des cadavres et la comparaison chimique de leurs liquides et de leurs solides, qui forment ses deux principaux éléments, ne peuvent avoir lieu qu'à une époque où tout est consommé, et qu'elle participe d'ailleurs de toutes les difticultés de la physiologie ordinaire.
Nous avons déjà parlé, dans l'histoire de la chi-
mie, des conûoissances acquises dans ces derniers temps sur les altérations chimiques de lurine, du sang, de la substance des os^ et sur la nature des concrétions calculeuses, biliaires, goutteuses. Ce sont là autant de vrais progrès pour cette partie de la médecine. - •
L examen des cadavres, ou ce qu on appelle ana^ iomiepalhologique^ n-a pas été moins fécond. Dé)a, avant l'époque dont nous parlons, cette partie de la science médicale possédoit beaucoup de matériaux recueillis par Saillie, par Voigtel. Les cabinets de Hunter à Londres, de MM.Sandifort et Brugmans à Leydè, Bonn à Amsterdam, Walther à Berlin, Meckel à Halle, ceux de Vienne, de Pavie, de Florence, a voient offert d'importants objets d étude : mais nos François semblent s'y être partie cullèrement livrés dans ces derniers temps.
M. Portai ^ .qui enseigne . publiquement cette partie de la médecine au Collège de France depuis plusieurs années, a donné, dans un grand traité sur ce sujet, les résultats de sa longue expérience *. L'École de médecine a fortement excité lardeur des jeunes gens à cet égard; et plusieurs centaines d'puvertures qui ont été faites dans ses laboratoires promettent un grand ensemble d'observations sur la fréquence de chaque genre de lésions organiques,
' Cours d'Anatomie médicale; Paris, i8o4, 5tq1. in-8*..
sur leur nfliare^ leurs nuances, et leurs rapperts avec les symptômes observés pendant les maladies auxquelles elles correspondoient*.
Parmi tous ces travaux d'anatomie pathologique, ^e distinguent éminemment ceux de M* Gorvîsart sur les maladies organiques du cœur, dont le précieux recueil vient d'être rendu public par M. Horeau^. Il en résulte quelles sont beaucoup plus communes qu'on ne le croyoit jusqu'ici, et que c'est À elles qu'une foule de maladies que l'on regardoit comme primitives , telles que beaucoup d'hydre*pisies de poitrine et autres , doivent leur origine*
Cette connoissance intime de la nature de nos maux seroit l'indication la plus sûre de la possibilité ot des moyens d'y remédier : aussi a*t-elle foarnf, dans ces derniers temps, plusieurs vues que le succès a justifiées. Ainsi l'altération presique végétale de l'urine dans le diabètes a indiqué son traitement par l'usage exclusif des matières imimales joint à l'emploi des alcalis et de l'opium ; Tanàlyse
' MM. Dapoytren, Bayle, Laeooec, etc. , se «oàt sur-tout occupés de ce genre de recherches, auquel Bichat avoit aussi donné une grande impulsion.
' Essai sur les iiiflladi«s et les lésions ôi^attiqdes du coeur; ^aris, 1806, I vol. in-S**. DepuU M. Corvisart a encorç puUi« un ouirage vraiment classique ; sa traduction et son commentaire de la Méthode d*Avenbrugger pour connoitre les maladies internes de la poitrine par la percussion; Paris, 1808, i vol. ift-8''.
MÉOCCINË. . 3^7
des divers cakulft a doBfié Tesp^ir de parvenir à en dissoudre quelques uns par des injectioDS appro* pnées: leâ notions acquises sur la fréquence des maladies orgatiiques et sur leurs symptômes extérieurs ont au moins l'avantage de montrer dans quels cas il est inutile de tourmenter le malade par dm remèdes impuissants.
Cette connoissance physique des maladies est cependant encore tellement imparfaite que nous serions bien malheureux si la partie de la médecine qui s'occupe de guérir navoit pas d autre base : heureusement il existe un.e suite d'observations l;égulières^ une tradition transmise par les siècles, qui prescrit les méthodes et fournit les remèdes^ et qui, eil sa qualité de corps de doctrine expérinientale, est susceptible de perfectionnemeats journaliers, indépendants d'unie éttologie encore ab^ument nulle dans un si grand nombre de cas. Parmi <^es perfectionnements dictés par la simple expérieaise, et fondés sur des essais répétés à l'infini , nous devons placer sur^tout ces méthodes plus généralement excitantes, plus actives, qui se sont introduites dans la pratique , et l'abandon de ces traitements affoiblissants, de ces purgatiotis continuelles, qui sembloient si bien faire l'essence de la médecine qu'elles s en étoient approprié le nom ; nous devons y placer aussi l'emploi plus fréquent de quelques
remèdes actifs que la mollesse des mœurs avoit trop Iong*temps fait négliger.
Les améliorations du traitement des aliénés tien* nent à des études d un ordre plus élevé , à lobservation suivie de leur état moral et des aberrations de leurs idées , dont on a dabord été redevable aux Anglois et aux Allemands, mais qui s'est introduite en France avec beaucoup de succès, et dont M. Pinel^ et d autres médecins. ont obtenu d'admirables résultats, en faisant venir la psychologie la plus délicate au secours de lart de guérir.
On a imaginé et Ton commence a employer fréquemment un heureux moyen de constater les résultats généraux des divers essais, et d assigner la véritable valeur des probabilités sur lesquelles reposent presque uniquement la plupart <le nos méthodes, en soumettant en quelque sorte au calcul lexpérience médicale : ce sont les tables comparées qui présentent d'un seul coup dœil le tableau de toute une épidémie, ou des longs résultats de la pratique d un hôpital. M. Pinel en a donné un exemple intéressant sur les aliénations mentales, et le plus ou moins de probabilité qu il y a d'en guérir chaque espèce^,
' Traité médico-philosophique sur raliénation mentale ou la manie; Paris, au g^io-S**.
* Mémoires dellnstitut, 1807, premier semestre, p. 169.
Mais de toutes les applications que Foù a pu faire de ces tables , il n^y en aurapeut-ètre jamais daussi satisfaisantes, daussi admirables râême, que celles qui concernent la vertu préservative de la vaccine, et leur comparaison. avec celles qui retracent les ravages de la petites-vérole V . Aussi , quand la découverte de la vaccine seroit la seule que la médecine eût obtenue dans la période actuelle, elle suffîroit pour illustrer à jamais notre temps dans l'histoire des sciences ^ comme pour immortaliser le nom -de Jenner, en'lui assignant une place éminente parmi les principaux bienfaiteurs de rhumanité.
Il n'est pas nécessaire que nous rapportions en détail les expériences qui ont été feites pour constater lefficacité de la vaccine. Depuis 1798 que M. Jenner publia les siennes, il en a été fait dans tous les états éclairés; tous ^es gouvernements les ont ordonnées et surveillées; tous les hommes bien- Élisants y ont pris part. En France ^ sur^tout, une souscription volontaire , proposée par M. de Lian* court , ayant contribué aux premiers frais , un comité d'hommes Instruits] nommés par les souscripteurs a soumis ce merveilleux préservatif aux épreuves les mieux raisonnées; il a entretenu cour stamment un foyer de matière vaccine, d'où il en a
' Voyez Analyse et Tableaux de l'influence de la petite-vërole $vaç la mortalité, etc., par M. Davillardj Pi^ris, 1806, in-4*.
33o KC1E5CKS PHYSIQUES.
réponda dans tonte lïarope. En m mot il o y a point 9 dans la nature^ de jdiénoméaeâ4a'4Hsa«nî Mirpraiantet aussi certain qœ cdai4â; et Ton m sait pbis de quoi Ton ponrroit désespérer mainienant^ qoand on smge qneqndques atomes de matière pnmlente , recoeillis sur des saches duDeroDdure; sont devenus un véritable talisman qui fiera bientôt disparoitre Tun des [dos cmels fléaux qui aient jamais accablé lliumanité *.
L action des acides minéraux, et principalemefit de lacide muriatique oxygéné, pour détruire les miasmes contagieux , est encore une des déooaventes modernes les plus utiles et les mieux certifiées par des expériences nombreuses et rigoureuses. Les États-Unis , l'Espagne , nos hôpitaux , nos pri* sons, on en mille occasions de s'en lëlieiter; et la vdtx publique a applaudi à llionorable récompense décernée par le gouvernement à JM. Guyton de Morveau> jmncipal auteur de ce nouveau bienfiiit de la science '.
Les trois régnes de la nature ont encore fourni
' Consahez le Rapport éa. comhë central de Taccine; Paris, i8o3^ I voL in-8*; le Rapport fait à Tlnstitut par M. Halle, et les RecJiercliet hhtoriqaes «lédîcalet sar la yaccine, par "EL. Hosson; Paris, f8o3, iii'*-S% troisième édition.
* Traité des moyeus de désinfecter Tair, etc. La troisième édition est de l8o5, i yoL in-S*; mais la découverte date de 1773, et fat annoncée dans le Jonmal de Physique, 1. 1, p. 436.
MÉDSGilffi. 33 1
à la médecine <lWutre6 médicaments, dont Ja plupart se bornent à exercer une aotîoB générale d 'in^ citation ou dalïbîblisd^Qient , mais dont queU|U6S uns paroissent aussi avoir une vertu tOBtMà^£ùt spécifique «ul: certaines foûctionSi
La digitale pourprée, en ralentissant le pouls, promet d être utile à beaucoup de phthisiques ; le suc de belladonne^ en paralysant momentanément l'iris , aide à faire avec plus de facilité Topération àe la cataracte. Lus^ge des topiques arsenicaux contre les ulcères chancreux de la face, des pommades oxygénées par lacide nitrique contre les maladies psoriques , du charbon contre les ulcères fétides, des salivations mercurielles contre les afiections aiguës du foie et Thydrocéphale interne, de certains mélanges gazeux contre diverses afiectioi»s pulmonaires, du sénéga contre le croup , de la gélatine contre les fièvres intermittentes ^ du nitrate d'argent contre Fépilepsie, de la pensée contre la croûte laiteuse , de lether alternant avec les purgatifs contre le ver solitaire, du quinquina contre plusieui*s poisons métalliques, du galvanisme contre quelques paralysies, semble s accréditer; mais leur action , comme celle de presque tous les médicaments , se complique si fort avec les divers états des malades, qu'une longue suite d'observations peut seule parvenir à en mettre leffîcacité au rang des
vérités démontrées'. Ce n*en sont pas moins des instruments de plus que l'art possède , et qui peuvent le servir quand ses moyens 'anciens labandonnent.
On doit mettre aussi dans le nombre de ces secours que lui ont procurés les sciences physiques rétablissement en grand des eaux minérales artificielles. Sans atteindre entièrement le but des eaux naturelles, elles en offrent cependant les principaux avantages, débarrassés de ces nombreux obstacles qu'opposent à leur emploi les distances et les saisons.
Un véritable progrès de Fart est encore d'avoir banni de Pusage plusieurs drogues exotiques et rares qui n'avoient point d avantagé particulier, et la plupart de ces compositions compliquées si célèbres dans les temps d'ignorance ; d'avoir simplifié et rendu plus constante , en vertu des nouvelles lumières de la chimie ^ la préparation d'un grand
*^ On conçoit qu*il a été impossible, dans un ouvrage tel que celui-ci, d'entreprendre rénumération de cette prodigieuse quantité, de remèdes employés et vautés dans cette période aussi bien que dans Toutes les autres. On ne pouYoit non plus analyser toutes les observations particulières publiées par les médecins; mais on est oblijgé de renvoyer le lecteur aux journaux estimables que publient, sur la médecine, MM. Leroux, SediUot, Graperon, etc., et aux Mémoires d<s Sociétés savantes. Il y a aussi dans l'étranger de grandes collections périodiques de ce genre, parmi lesquelles on doit distinguer le Journal de M. fiofeland.
nombi^e de médicaments connus; d avoir appliqué, d après les jrèg^es de Thistoire naturelle , des caractères, plus certains aux substances médicamenteuses; mais il seroit difficile dassig[ner en particulier <:hacun des faits nouveaux dont se compose cet ordre de recherches , et de nommer spécialement tous les médecins auxquels on les doit ; nous ne pouvons que renvoyer aux ouvrages dont MM. Alibert \ Barbier % ScUwilgué^ et Svrediaur ^ ont enrichi en France cette partie de l'art qu'on appelle matière médicale ^.
Dans ces divers ouvrages, et dans ceux que quelques étrangers ont publiés sur le même sujet, les substances médicamenteuses sont classées diaprés différents points de vue : les uns ont pris pour principe de distribution lafamille naturelle d'où chaque substance est tirée; d'autres, la composition que l'analyse chimique à cru y démêler ; d^autres encore, le système organique sur lequel elle exerce sa principale action ; enfin les médecins qui se sont
^ Nouyeaux Éléments de thérapeutique et de matière médicale ; Paris, 1808, 2 vol. in- 8».
* Principes généraux de Pharmacolo^e ; Paris, i8o5, in-8*. ^ Traité de matière médicale $ i8o5^ 2 vol. in- 13. ,
* Materia medica; Paris, an 8, in- 12.
^ Les travaux modernes sur la matière médicale en Allemagne sont cpnsignés , ou au moins rappelés , et les sources indiquées dans les ouvrages de M. Burdach.
attachés à la doetrine de Brawn ont prineipa* lemeut considéré Fcxcitatioii on rafibiblissemeot que chaque substance parait produire. A force de multiplier ainsi les aspects sc»is lesquels on a envisagé les médicaments^ or na pu manl{uer den étendre la connoissance.
Les changements survenus dans le langage et la théorie chimiques en ont exigé d analogues dans les codes pharmaceutiques : la ville de Nancy a donné la première en France lexemple de les y introduire; et le respectable M. Pannentier vient de le faire avec autant de succès que de zèle pour celle de Paris. Les pharmacopées des autres états ont également été mises an niveau des connoîssanees actuelles'.
Au reste, il est une remarque essentielle à faire ici ; c'est que la médecine n'est point , comme les autres sciences, tout entière dans les livres : aussi bien que tous les arts pratiqués , elle est diflërente: dans chacun de ceux qui l'exercent; et tons les livres ne seroient rien sans le génie et le talent particulier des individus. Aussi, pour avoir une histoire complète des progrès de la médecine , feudroit-il conuoître tous \m changements introduits
' On trouv^a dans la {^armacia de M. Dorfart fin^eatibn de ce <|tti a été fait aur cet ol^ef en Allemaçoe par MM. Roae, TrcHiisdorf , Buchok, etc.
d^Q$ les procédés de cette ibule d'hommes utiles occupés de toute part à soulager Thumanité souf* frant^; mais cette seule recherche exigeroit un temps Qt çoQ exposition demauderoit un espace qu'il nous est impossible de trouTcr dans im travail comme celui-ci ; nous nous bornerons donc à i&* diquer quelques uns des grands praticiens qui ont publié les recueils d'observations les plus impor«<tants y tels que les Pierre Franks^ les Reil , les Hufeland , les Quarin, les Formey, parmi les Allemands ; les Heberden, les Fordyce, les Lettsom, les Gregory, les Duncan , parmi les Anglois; les Cotugao, les Cirilloy parmi les Italiens^ Les noms des meil-* leurs praticiens François sont connus universelle* ment ; et ce n est pas à nous à dcmner notre voix dans un jugement qui est plus qu aucun autre du ressort du publie*
Si Ion trou voit notre en umération des prineipaux progrès de Fart de guérir bien sommaire en comparaison de la quantité immense des ouvrages qui ont paru sur son ensemble et sur ses diverses parties, no^s répondrions qu en effet nous n*osons assurer que nous n ayons pas omis de rappeler quelque pratique avantageuse consignée dans ces innombrables écrits , sur-tout dans ceux des étran^ gers : mais nous avons lieu de croire que nos omissions ne sont point proportionnées à la quantité de
ces ouvrages, attendu que la médecine a encore cela de différent des autres sciences naturelles, que 1 on peut y être porté à écrire par beaucoup d'autres motifs que celui d'annoncer des vérités nouvelles.
La chirurgie , ou médecine opératoire, est dans le même cas; et ce seroit un travail au-dessus de nos forces que d étudier assez profondément cette mul^ titude de livres chirurgicaux qui ont paru depuis 1 789 , pour être en état de dire avec précision ce que chacun d eux a ajouté d'utile et de certain aux procédés connus. Il n est pas même aisé d assiguer le moment où chaque procédé atteint sa perfection; l'observation les prépare quelquefois longtemps d'avance, la voix des hommes accrédités engage à les mettre en pratique, lexpérience et le temps seuls les consacrent. La guerre elle-même a contribué à augmenter le' nombre ou la certitude de ces procédés; le caractère distinctif des plaies d'armes à feu a été mieux connu ; les cas ou lamputation devient nécessaire , et l'instant oix elle est le plus favorable, mieux déterminés; lavantage de conserver le plus possible de chairs et de téguments, mieux constaté : les instruments pour l'extraction des corps étrangers , simplifiés ; la suture abandonnée dans presque toutes les plaies simples; les onguents bannis dans les plaies avec perte de substance.
On doit compter sans doute aussi parmi les progrès de la chirurgie militaire cette discipline active par laquelle on est parvenu à rapprocher la promptitude des secours de celle des moyens de destruction, et à conserver quelques défenseurs de plus à la patrie, en inspirant à ceux qui les soignent un dévouement et un courage semhlahles aux leurs. Le Manuel de chirurgie des armées de M. Percy, les Observations de chirut-gîe faites en Egypte par M. Larrey, sont de beaux monuments des services rendus par l'art médical à cette classe respectable qui sacrifie son existence à la gloire et à la défense du prince et de Fétat.
Les chirurgiens sédentaires profitent pendant ce temps de leur position plus tranquille, pour imaginer et donner à Fart des moyens encore plus sài^s et plus délicats.
L'utîlitéde la trachéotomiepour enlever les corps étrangers de la trachée^artère a été démontrée par M.,Pelletan. M, Deschamps a fait voir quon peut lier certaines artères auniessus d'un anévrisme, et les laisser s'oblitérer sans danger et sans récidive. Dans l'anévrisme faux on est allé chercher l'artère blessée aux plus grandes profondeurs, et l'on a réussi à la lier avec des rubans et un instrument nouvellement imaginé. M. Scarpa a enrichi lart d'un ouvrage général sur l'anévrisme , où il appré*
UUFFON. COMPLBM. T. I.
€16 toutes les méthodes de le traiter'. L'opération de la symphyse a été pratiquée heureusement par M. Giraud. La création dune pupille artificielle, quand' la véritable est obstruée, est devenue une opération facile et sûre pour MM. Demours, Mau* noir, et, d après leur exemple, pour la plupart des chirurgiens. MM. Himly et Cooper ont proposé même, et qudquefois pratiqué avec succès, la perforation du tympan dans certaines surdités. M. Guerin de Bordeaux a imag[iné un instrument qui donne la plus grande précision à l'opération de la taille , et un autre qui facilite celle de la cata^ racte. M. Sabatier a montré la nécessité du cautère actuel contre la rage, et désabusé des remèdes illusoires avec lesquels on se flatt<»tde prévenir ce mal ailTeux\ En général on doit dire que la chirurgie françoise se maintient dans cette gloire dont une longue suite d'hommes de mérite la fait briller depuis plus d'un siéde, et que tout annonce que les maîtres qu'elle a perdus dans cette période ne manqueront point de successeurs ^. MM. Fla}ani , Pajola ,
' Pavie, i8o49 înrfol.., en italien. Il v a une traduction allemande avec des additions, par M. Harles d'Erlang; Zurich, i8oS, in>4°- M. Heurteloup tient d'en annoncer une traduction françoise. * Mémoires de Vfnstilut; Scienees physiques, t. fi, p. 249* ^ L*AUema{jne possède dans la Bibliothèque chirurgicale de M. Richter un excellent recueil d'analyses des ouvrages chirurgicaux qui ont paru depuis vingt ans, et des principales découvertes dont Tart s'est
en Italie; Clioe, Home, Tell, en Angleterre ; Mur^ sinmà , Siebold , Richter, eiv Allemagne, et beaucoup d autres sans doute soutiennent et étendent cet art dans leur pays.
Nous le répétons , en effet , toutes ces découvertes , tous ces procédés plus ou moins ingénieux , tous ces traitements, tous ces remèdes plus ou pioins efficaces , n existent en quelque sorte pour l'art qu autant que les individus sont habiles à les mettre en pratique; et, sous ce rapport, le perfec* tionnement de Tinstruction intéresse plus essentiellement la médecine que les sciences purement théoriques. La France peut se flatter d avoir éprouvé en ce genre les améliorations les plus importantes, dans 1 époque dont nous traçons Fhistoire. On a cherché en^n à s'y rapprocher et même à y surpasser les exemples que donnoient depuis long-temps le$ universités de Pavic , de IJalle , d'Edimbourg , de Vienne, etc. Trois grandes éeoles y ont été fondées avec toutes )es chaires et tous las sie^ours lUiatériels n^e^sairies pour reaseignemen;t le plus complet : les diffjéren.tes parties de Tart qui p^euvent bien être exercées séparément, mais dx>nt les principes et l'en-
enrichi <^ans le même i^t^rvajk. I)*a^tre9 ouyra(];es périodiques sem* blables ont été entrepris depuis par MM. Loder, Mursinna, Siebold, et autres. Le Dictionnaire de chirurgie de M. Bemstein s'enrichit par des suppléments assez complets, qu*on publie d^ temps en temps.
34o SCIENCES PHYSIQUES.
seignement sont nécessairement les mêmes , y ont été réunies; la clinique sur-tout, cette instruction si importante qui se donne au lit des malades, et q ui n existoit point auparavant en France par autorité publique , y a été établie et organisée sur le meilleur pied ; les élèves qui montrent le plus de dispositions sont exercés sous les yeux des maîtres , et les secondent dans leurs recherches pour les pro(;rès de Fart; en un mot on peut dire, sans hésiter, que de toutes les parties de Tinstruction publique, c est peut-être à celle-ci qu^il y a le moins à désirer: elle deviendra parfaite, si l'on arrive à rendre les réceptions des médecins, et sur-tout celles des chirurgiens, un peu moins faciles; et le moyen en est bien simple , car il suffit pour cela de ne pas faire dépendre la fortune des examinateurs de leur indulgence.
Les ouvrages élémentaires publiés par quelques uns des professeurs ne sont pas au moindre rang des moyens d'instruction : la nature de ce rapport ne nous permet que de rappeler en peu de mots ceux où MM. Sabatier et Lassus ont consigné les résultats de leur longue et heureuse expérience dans la médecine opératoire; celui que M. Richerand a intitulé Nosographie chirurgicale*, où il se montre un digne élève de lun des plus grands maîtres que son
* Paris, i8o5, a vol. in-S*.
art ait possédés, Desault, qui a été enlevé encore dans sa force au commencement de notre période, mais dont la nombreuse école perpétue la gloire ; le grand Traité de M. Baudelocque sur les accouchements y qui a été traduit dans toutesles langues, etc. Nous regrettons beaucoup de n avoir pas de notions suffisantes des ouvrages du même genre publiés par les étrangers, afin de leur rendre la même justice. En Allemagne sur -tout, où Tusage des livres élémentaires est plus commun que chez nous , il n est presque aucune université dont les professeurs n en aient publié d'excellents.
S'il étoit de notre sujet de montrer à quel point les lumières des sciences, en se répandant, peuvent éclairer let diriger utilement ladministration , c'est ici sur-tout que nous' aurions un beau champ. I^a précision donnée aux jugements de la niédecine légale', les précautions indiquées par la médecine à la police pour prévenir les épidémies et pour arrêter les contagions , les secours préparés pour les
* Les Allemands se sont occupés avec beaucoap.de zèle de lamé» decine légale; plusieurs ouvrages de MM. Ludwig, Metzger, Pyl , Scherf, et autres, en font foi. Mais la police médicale est sur-tout devenue un objet d*étude particulière , depi^is que M. Frank Ta traitée dans un grand ouvrage. MM. Fodéré et Mahon ont ajouté aux connoissances sur cette matière en France. Le Manuel de M. SchmidtmuHer, qui- est le plus moderne , mdîque les livres auxquels on peut avoir recours pour chaque objet en partienlier.
noyés et pour les asphyxiés, la. surveillaûce exercée sur la nourriture du peuple , le perfectionnement des hôpitaux de tous les genres , présenteroient un tableau consolant pour Thumanité. Il seroit beau de montrer les gouvernements européens s^occupant à Tenvi d'appliquer au bien-être de leurs peuples les découvertes des savants ; mais ce n'est point à nous à tracer ce tableau , et les découvertes elles-mêmes ou leur développement scientifique doivent seuls nous occuper. Nous ne nous étendrons pas même sur Thygiène privée , et sur rinfluence heureuse que les lumières générales de la physique et de la médecine ont exercée pour rendre plus salubres le genre de vie, le vêtement, le logement, les aliments des citoyens de toutes les classes et de tous les âges ; quiconque comparera avec un peu de soiû et d'impartialité notre vie privée à celle que nous menions il y a trente ans n'en pourra méconnoitre les avantages : mais ces effets heureux des sciences y dont l'action lente n'est pas toujours sentie par ceux mêmes qui en profitent le plus, ne sont pas de nature à être exposés en détail dans un ouvrage tel que celui-ci. Qu'il nous soit seulement permis de rappeler l'immense et important travail de M. Tenon sur les hôpitaux, et les améliorations que les vues de ce chirurgien philanth rope ont produites dans ces retraites du malheur ;
MÉDEGIJNE. 343
THygiène de M. Hallé , l'ingénieuse Macrobiotique de M. Hafeland^ et le grand Code de la santé et de la longévité du chevalier Johjgi Smclair ', ouvrages où toutes les oonooissances de la médecine sont employées pour enseigner aux hommes les moyea^ de se passer 4es médecins. La science nous prend en quelque sorte au berceau pour nous prémunir contre tous les dangers qui nous attendent ; et les leçons données aux mères par M. Desessarts "", par M. Alphonâe Leroy ^, épargneront à beaucoup d'honimes une vie débile qu une éducation impru^ dente auroit pu leur préparer.
La médecine vétérinaire est encore unebranchq de 1 art de guérir dont lobjet est moins noble sans doute que celui de la médecine humaine , mais dont les principes sont; les m^nes , et ({ui ne diffère dans son application qu a cause des différences de stfucr ture et de régime des animaux et de la plus grande simplicité de leur genre de vie.
Elle vient de tirer un grapd parti de cette analogie en imaginant d'inoculer le claveau aux moutons. Cette idée, fondée sur la ressemblance du claveau et de la peltte-véroie , paroit avoir parfiii-
' Ëxlimbourg, 1807, 4^0]. in-8% eu an^oÂs.
* Traité de Téducation corporelle des enfants, première édition , I y 5g ; deuxième édition , 1 798.
' Mëdeoine Aiatei^oelle;. Paris, i8o3, i tôI^ in^S**.
tenient réussi ; et les nombreuses expériences de M. Huzard ont constaté que c'est un préservatif sûr età-peu-près sans danger. On a essayé la vaccine dans la même vue, mais sans avoir encore rien obtenu de décisif.
Il .n'est pas jusqu'aux végétaux qui^ci aient letirs maladies, et leur médecine susceptible d'études et de vues tout-à-fait analogues à celles qui dirigent la médecine des êtres animés.
Les recherches de M. Tessier sur les maladies des blés y celles des botanistes qui ont constaté que la plupart de ces maladies sont dues à des champignons parasites , la certitude obtenue par des expériences répétées à l'infini, que la plus funeste , la carie du froment , a.son remède infaillible dans l'opération du chaulage, sont autant de résultats dus aux savants qui honorent notre période.
Agriculture.
La deuxième de ces sciences pratiques qui sç rattachent plus particulièrement aux sciences naturelles c'est l'agriculture. Gomme la médecine, elle s'occupe des êtres vivants : mais elle les considère principalement dans l'état de santé ; et son objet est sur-tout de multiplier autant qu'il est possible ceux d'entre eux qui nous sont utiles, ou, en d'au-
très termes , d'employer la force de la vie pour rassembler et retenir le plus possible d- éléments dans ces combinaisons que la vie seule peut produire, et qui sont nécessaires à potre nourriture , à nos vê^ tements ou aux autres besoins de notre société. En sa qualité de la plus indispensable et de la plus vaste de toutes les fabriques , elle peut être considérée sous un double point de vue, celui de la politique et celui de la doctrine; et cette dernière ellemême est susceptible d'un double aspect : celui de l'étendue qu elle a acquise , ou de l'ensemble des vérités qui en général ont été reconnues ; et celui du plus ou moins d'extension que ces vérités ont obtenue parmi les cultivateurs. Sous le rapport de la politique , l'histoire de lagriculture devroit exposer quel étoit son état avant la révolution , quelle influence ont eue sur elle l'abolition des droits féodaux, la division des^ grandes propriétés, la guerre continentale et maritime, et les variations dans le système des contributionsetdans celui des douanes; dans quelles provinces il s'est introduit des procédés plus avantageux, quelles causes y ont contribué; s'il se produit aujourd'hui plus ou moins de chaque denrée qu'autrefois, et si on l'emploie avec plus d avantage aux besoins du peuple et de l'état. Mais tous ces objets, qui ne dépendent que des circonstances politiques ou morales, regardent lad-
ministration, et non pas rinsUtut; et quoique notre compagnie ne soit point étrangèceà la propagation des découvertes agricoles, ses fonctions consistent sur-tout à les constater ou à les rendre plus nom-breuses, et son devoir, en ce moment, se borne à exposer Thistoire de celles qui appartiennent à fépoque actuelle.
En général ces découvertes se rapportent à deux sortes ; introduction de nouvelles espèces et de nouvelles variétés, ou procédés nouveaux dans leur gouvernement. On peut, si Ton veut, en faire une troisième sorte des nouvelles combinaisons de cultures diverses propres à tirer un meilleur parti d'un espace donné, et des procédés convenables ])Our mettre en culture des terrains auparavant stériles.
Cependant nous ne devons pas nous en tenir trop étroitement, en ce genre, à ce qui peut être appelé nouveau dans toute la rigueur du terma Si quelques pratiques, auparavant concentrées dans certains cantons particuliers, ou connues seulement dans des pays éloignés^ sont devenues plus gêné* raies , il appartient à cette histoire des sciences de montrer comment les notions tirées de la chimie et de l'histoire naturelle ont fait sentir à nos compatriotes l'avantage de ces pratiques, et les ont engagés à les étudier et à les introduire parmi nous.
Nous avons déjà cité, à larticle du régne végétal , plusieurs plantes étrangères dont l'utilité s est fait connoitre dans ces dernières années : nous en pourrions citer beaucoup d autres qui, connues depuis long-temps, nont été admises qu« depuis peu dans lagriculture Françoise.
La pistache de terre {arachis hypog^ea) commence à se répandre dans le midi , où elle a été introduite par Gilbert; sa semence, si singulière par sa posi-^ tion souterraine, donne une huile agréable. La patate douce de Malaga a été introduite, eji 1789, à Montpellier et à Toulouse par M. Parmentier; celle d'Amérique, qui est plus agréable, a été cultivée depuis à Bordeaux par M. Villers, et a réussi dans nos départements plus septentrionaux par les soins de M. Lelieur. Le topinambour (helianthus tuberosus)^ dont la racine a l'avantage de se conserver sous terre sans geler, s'emploie de plus en plus pour les bestiaux. Le navet de Suéde, dit ruia-bagay plante qui réunit beaucoup d utilités différentes , se répand généralement. Tout le monde se souvient des grandes expériences de M. Parmentier sur les pommes de terre , et des services rendus par ces racines dans les disettes dont nous fûmes menacés deux fois pendant la révolution; le goût s en est répandu dès-lors, et les meilleures variétés se sont introduites par-tout. On s est assuré de la possibi^
lité de cultiver le coton herbacé dans quelques parties méridionales de la France, et de rendre ainsi nos fabriques un peu moins dépendantes de nos relations politiqu*es. hephormium fenox commence à être cultivé dans les mêmes départements , et fournira bientôt les plus puissants de tous les cordages. La multiplication du faux acacia ou robinier a été très considérable par-tout, et très avantageuse à cause de la promptitude de son développement et de sa facilité à venir dans les plus mauvaises situa* tions. Nous avons déjà parlé des arbres de l'Amérique septentrionale que Ton peut naturaliser parmi nous. Les essais en ce genre, dus aux soins de MM. Michaux et exécutés sous les auspices de l'administration des forêts, sont déjà nombreux et promettent beaucoup ; avec de Tordre et de la patience on enrichira la France d une foule de bois de qualités diverses , et dont le plus ou moins de rapidité à croître et de facilité à vivre dans des terrains variés offre les plus grands avantages.
De toutes les opérations de plantation , la plus intéressante et la plus immédiatement utile est bien celle des pins maritimes pour la fixation des dunes : non seulement elle met en valeur des terrains immenses , mais elle assure lexistence de villages , de cantons entiers , que les dunes menaçoient d'une destruction totale. On ne peut trop célébrer le zèle
de M. Bremontier, qui a le premier constaté les vrais moyens de rendre ce travail efficace, et qui a mis toute son activité à en presser Fexécution '.
La plus importante des races d animaux que Ton peut considérer comme nouvelles en France, celle dont la multiplication a été la plus générale , c est sans contredit celle des moutons d'Espagne à laine fine, appelés m^rmos; ils sont aujourd'hui répandus dans presque toutes nos provinces. Déjà la laine qu^ils fournissent diminue sensiblement pour nos fabriques de draps le besoin des laines étrangères ; et les cultivateurs qui tirent un revenu double d'un troupeau qui n'exige pas une nourriture plus abondante ni plus chère, bénissent les Daubenton, les Tessier, les Gilbert, lesHuzard, les Silvestre , dont les longs travaux , encouragés par le gouvernement, leur ont procuré cette nouvelle source de prospérité.
Les bœufs d'Italie , plus propres que les autres au tirage , les buffles , si utiles pour tirer parti des terrains marécageux, nous ont été procurés par les conquêtes de la première armée d'Italie. On commence à multiplier les vaches sans cornes, qui joignent à l'avantage de se blesser moins souvent entre elles celui de fournir un lait aussi bon que copieux.
' Mémoires sur les dunes , an 5.
35o SCIENCES PHYSIQUES.
Les soins donnés aux haras par le gouverne* ment, les instructions qui ont été publiées scius ses auspices par M. Huzard, ont déjà un effet très sen* sible sur les races de nos chevaux.
Grâce aux observations des naturalistes, lart, presque nouveau en France , de recueillir le miel sans détruire les abeilles commence à se répandre, et aura de Tinfluence sur cette branche importante deconomie.
En tout genre, les connoissances plus exactes siir la manière de conduire chaque espèce, et sur la quantité et la qualité des produits de chaque variété , sont au moins aussi précieuses à acquérir que des espèces ou des races entièrement nouvelles. La comparaison des différentes céréales par M. Tessier, celle des diverses variétés de vignes, de leurs rapports avec les terrains et Fexpositiou, et de leur influence sur la qualité du vin, par M. Bosc ', méritent donc un rapg distingué parmi les travaux utiles de cette période.
^ais la partie la plus transcendante de Fagri* culture consiste à trouver la con^binaison et la sue* cession d'espèces la plus avantageuse; à déterminer avec précision, dans chaque circonstance, quelle, partie de terrain doit être consacrée à chaque cul-
' Plan pour la détermination et la classification des diverses variétés de la vigne cultivée en France, i vol in-S", 1808.
AÔRICULTURE. 35 1
^ure, et la proportion relative des aDÎmaux et des grains que Von doit chercher à obtenir. C'est dans cette proportion que consiste le problème des assolements et des prairies artificielles; problème dont la solution, pour être parfaite, exige, pour ainsi dire, la réunion de toutes les sciences naturelles : aussi est-ce sur ce point que I agriculture a fait, dans cette période, les progrès les plus marqués. L ou*vrage de Gilbert * avoit déjà montré , avant le commencement de notre époque, l'avantage d'étendre la culture des prairies artificielles; et dès-lors les expériences ont été multipliées ; des hommes habiles ont réussi à foire entrer ces prairies dans Tordre de leurs récoltes successives, et Tart des assolenients a fait un grand pas vers sa perfection. Les bons exemples de ce genre ont été particulièrement donnés par MM. Yvart, Mallet, Pictet, Barbançois, Fremin, Jumilhac, Rosnay, Devilliers, Fera-Rouville , Sageret, etc. Les principes de cet art ont été établis dans un ouvrage que M. Yvart* a publié sur ce sujet, après avoir obtenu l'approbation de la classe; et les résultats heureux de ce;s dé* couvertes sp sont principalement répandus par le zélé des sociétés d'agriculture.
Les jachères ont diminué par-tout, les bestiaux
* Traites des prairies artificielles, i vol. in-8**, 1789.
* Essai sur les assolements.
se sont multipliés; Fart des entais s'est perfectionné , la poudrette en a fourni un nouveau ; le plâtre a été mieux employé aux amendements; et Tusape si utile d'enfouir des végétaux vivants , semés à cet effet , commence à être adopté dans plusieurs cantons.
Nous devons mettre au premier rang des travaux utiles qui ont contribué à répandre le goût et les connoissances positives de 1 agriculture, les cours publics d'économie rurale qui ont été faits dans cette période, et pour la première fois en France, par MM. Silvestre et Coquebert-Montbret, et celui que M. Yvart professe depuis deux années à 1 école vétérinaire d'Alfort.
Ce seroit en vain que nous essaierions de nommer tous les hommes zélés qui ont contribué par leurs écrits et par leurs exemples à disséminer l'instruction agricole dans notre pays; encore moins ceiix qui ont rendu des services semblables aux pays étrangers. Qu'il nous suffise de citer ici les Mémoires de la société d'agriculture de Paris', composés d'observations intéressantes sur toutes les parties de l'agronomie, et dans lesquels M. Silvestre , secrétaire de cette société , en exposant chaque atinée l'état des progrès de Fagriculture françoise, leur a donné encore une nouvelle im-
' II vol.'in-S*.
AORIQULTURE. 353
pulsioQ ; la partie d'agdcttlture de la Bibliothèque britaaaique, rédigée par M. C. Pictet , deGeaève , et les Aanales de Fagriculture Françoise de M. Tes* sier, comme les reeueHs qui ont le plus contribué à cette œuyre si utile dans la partie de l'agriculture. Les instructions populaires snv divers sujets spéciaux, pubUées par ordre du gouvernement, et rédigées par MM. Parmentier, Cèls, Gilbert, Hiizard, Tcssier, Vilmorin, Yvart, Ghahert, Nysten ; ^Instruction pour les bergers de feu Daubenton \ celle de M. Husard sur les^ras^ ; Fourrage de M« i^lvestre survies moyens de perfectionner les arts économiques j les écrits. de M. Lasteyrie sur les moutons^, les constructions rurales^, le cotonnier^; ceux de.M; Dumont'Goui;set, sur le jardinage^; de M. Maurice sur les engrais; les Voyages agronomiques de M. Franrçois de Neufchâleau^; ceux de.M^ Depère®; 1 ouvrage sur les dessèchements, de M* Cbassiron^; les Traités des
' Troi^ème édition, i vol. in-8*, an lo.
* UnToIoiDein-8% an lo.
^ Histoire de ^'introdoc^on des moutons h laiàe fii>e d'Espagne, 1 vol. in-S**, an II.
* Traduction du Traité de coustrucftion mralè publié par le bureau d'agriculture de Londres, i vol. in-8°, an to.
' Du cotonnier et de sa culture, i vol. in-8% 1808.
^ Le Botaniste cuttivateur, 4 '▼oL in-8% 1802.
7 Un vol. in-4% 1806. — ^ Manuel d'agriculture pratique , 1680.
9 Lettre aux cultivateurs François sur les dessèchements, an 9.
DUPFON. COMPLBM. T. 1. a3
354 SCIEP^CES PHYSIQUES.
bois et des irrigations, par M. de Pertbuis * ; la partie d a^rnculture de l'Encyclopédie méthodique ; la nouvelle édition du Dictionnaire de Rozier, et celle du Théâtre d agriculture d'Olivier de Serres : voilà les ouvrages qui se présentent le plus avantageusement à notre mémoire.
Mais de dire positivement, comme nous lavons fait pour les sciences théoriques, ce que chacun de ces auteurs a fourni de nouveau à l'agriculture, c'est ce qui nous seroit impossible. Ici , comme en médecine , comme en chirurgie , les procédés se propagent lentement ; leur utilité se constate plus lentement encore : ce n'est point par sa nouveauté cju'une découverte se recommande : foire passer une pratique d*un canton dans un autre est souvent une chose plus utile que ne pourroient l'être les conceptions les plus profondes, les efforts les plus soutenus de l'esprit ; et dans ces transmigrations de races, d'instruments, d'opérations, dans cette communication qui s'en fait entre des gens • peu instruits, plus désireux de profits que de gloire, le nom du véritable inventeur se perd et disparoît le plus souvent. La même observation s'applique à la technologie, la troisième de nos
' Traité de raménagement et de la restauration des bois et forêts de la France, an 1 1. Mémoire sar l'amélioration des prairies arlificielles et sur leur irrigation , 1 806.^
sciences pratiques, et celle par laquelle nous ter^ minerons cette histoire des sciences.
Technologie y ou connoissance des arts et métiers.
La technolog[ie embrasse tous les arts, c'est-àdire toutes les modifications que nous savons donner aux productions naturelles, pour les accommoder à nos besoins, depuis les altérations les plus simples, que leur facilité et leur nécessité journalière font ranger dans ^économie domestique ou rurale, jusqu'aux fabrications les plus étendues et les plus délicates. Lliistoire détaillée de leurs progrès exigeroit des recherches que notre genre de vie et les moyens qui sont à notre disposition ne nous permettent pas de rendre complètes. Ce n est ni dans les livres, quelque nombreux quils soient, ni dans le cabinet que Ton peut s en instruire. Il feudroit parcourir les ateliers, suivre les manipulations des ouvriers, s'entretenir avec les chefs, souvent leur arracher des secrets d'où dépend leur fortune ; et même, après plusieurs années, combien n ignoreroi t-on pas encore de pratiques, cachées ou concentrées dans quelques ateliers particuliers, ou qui, des pays étrangers, n au roient point pénétré jusque chez nous !
Il faut donc, eu technologie, comme en méde-
cive^ comme en agriculture, nous borner à une revue rapide des principaux objets qui sont parvenus à notre connoissance , et les considérer non seulement en tant quiU seroient nouveaujc en euxmêmes , mais avoir encore égard à ceux qui sont au moios nouveaux pour )a Frajice, at qui n y ont été propagés qu^ d^ns ces derniers ternps. Aussi bien c'e^st au goût des sçiçncesdeveQU pi us général, c'est aux lumières deveauas plus communes parmi les B^nufaetui^iers , que Ton doit cet intérêt qu^ils ont mis à s'iqstruire, à se procurer la connoissapca de ces pratiques étrangères ou peu connues, et cette justesse avec laquelle ik ont pu les apprécier.
Cetteénuméfationnousprés^ted ailleurs encore dans sa rapidité i|p tableau assez remarquable et ass^z di(];oe de lattentioii de c^ux qu'intéressent )a gloire et la prospérité â^ la France.
Ainsi la pbysique a fourni des (Eimélior^tions tout-à-fait ipatt^udués dans Fart de conduire le feu et d'épargufir le con^bustible. Ije phaufiage des appartements a reçu d|Bs poêjç^^t des chemiQées de toutes }es sortes qui ont peut-être réduit d'un tiçrs 1^ consommation du bois, ou multiplié d'autant les jouissances des individus, La dép^nsip que la cuisine exige est réduite à moins de moitié par les npuveaux procédés de M. le comte de Rumford, dont l'utilité s'étend à toutes les febriques qui emploient
TECHISOLOGIE. 357
des liquides chauds 5 deptiis lesf bâfins et les lessÎTes jusqu'aux teitituresetaux savonneries * : les distillerie» ^Bt arrivées par-là à de& ëccnjoniies presque incroyables. Les tb^moiampés de M. Lebon , qui tirent parti du même feu poor cbaufifer et pour éclairer^ ont reçu d'importantes applications en Angleterre et en Allemagne , et s emploient déjà avec grand profit dans diverses maiïiifaelures considérable». C'est dtix découvertes physi(i[Ue8 sur l'influence de la pression dans les combinaisons, que Ton doit le nouvel art mis en pratique par M. Paul pour composer les eaux minérales artificielles.
Toutcsle» parties de Fëconomie rurale et domes^ tique ont reçu des perfectîononements par Fextension des connoissances cbimiques relatives aux substances qu'elles emploi^it.
La mieanerie, la boulangerie, ont été améliorées par M. Parmenti«r*. La mouture éc^>nôm}queet les bons procédés de panification se sont généralfâés. On a appris à faire de l'amiidon avec une infinité de substances végétales plus- communes que feWé, €m même aupara^^ant tout-'à-feit inu tiles.
' Essais poU^cpes et cc<>aomiques, etc., par M. le comte de Ruinford, a vol. io~8°, >799) ^^ différents Mémoires imprimés parmi ceux de rinstitut.
Le parfait Boulanger, 1 voU ia-'8% 1778^ et plusieurs autres. Mémoires.
L ouvrage de M. Chaptal sur le vin ', dont nous avons parlé à larticle de la chimie, a produit la plus heureuse révolution dans cette branche si importante de Tindustrie Françoise; et plusieurs cantons dont les vins étoient de mauvaise qualité ont déjà réussi à les perfectionner d après les préceptes de ce savant chimiste.
L analyse du lait, par MM. Parmentier et Deyeux, a donné des procédés sûrs pour imiter par- tout toutes les sortes de fromages, et pour rendre le beurre plus agréable et plus facile à conserver.
Les filtres de charbon , suite des découvertes de Lovitz, de Morozzo, de Rouppe, ont fourni les moyens de rendre salubres et agréables les eaux les plus corrompues *.
La théorie du tannage , découverte par M. Seguin, a produit cet effet, que l'on termine maintenant en trois ou quatre mois, dans la plupart des ateliers, ce qui en exigeoit auparavant douze ou quinze. D ailleurs les procédés spéciaux nécessaires pour chaque sorte de tannage, chamoisage , et corroyage, sont devenus des connoissances générales.
Il en est de même des fabriques de produits salins, dont la France manquoit autrefois, et que
• Art de faire le vin, i vol. in-8°, 1807.
' Voyez la Manière de bonifier parfaitement les eaux, par Barry, I vol. in-S**, an 1 2.'
TECHNOLOGIE. 35g
la chimie a multipliées au niveau de nos besoins. La céruse, le vert-de-gris, la couperose, lalun, le sel armmooiac , la soude , se font maintenant chez nous aussi parfaitement qu'en aucui^ autre pays : comme on les fabrique pour la plupart dé toutes pièces, on leur donne un degré de pureté qu'il étoit iiupossible d'obtenir auparavant; et si Ion trouve moyen d'adoucir, pour les deux derniers objets, l'impôt sur le sel, nous soutiendrons toute espèce de concurrence'.
Nous serons également , dans tous les marchés , les rivaux des Anglois pour l'acide sulfurique , si le gouvernement permet à ces fabriques de s'approvisionner de salpêtre dé l'Inde^.
L'emploi de cet acide pour clarifier les huiles les plus troubles , sur^tout celle de colza , et les rendre limpides comme de Feau, est encore un des bienfaits récents de la chimie.
Tout le monde se souvient du service important qu'elle rendit à l'état dans des moments périlleux , en simplifiant et en rendant populaire l'extraction du salpêtre et la fabrication de la poudre^.
'* Depuis la présentation de ce Rapport, Texemption a été accor* dée ; et il s*est formé une viu^aine de fabriques de soude artificielle • par la décomposition du sel marin.
. ' Cette permission a été accordée.
^ Instruction sur la fabrication du salpêtre, an 2.
36o SCIENCES PHYSIQUES.
Aucun art ne devait attendre de celte science et n en a reçu en effet plag d amëltoration que la lein* ture. M. BMtfaoUet loi adonné le blanchiment par lacide murîalique oxygéné, qui épargne le temps et les frai», et qni a l'avantage inappréciable d'enlever les couleur» mal appliquées ' .
L emploi deTacide oxalique, pour enlèvera volonté loxyde de fer; celui de l'acide nuriatique, pour nuancer les couleurs, et des nturiates d'étaîn, de fer, et de bismutb , comme mordants, sont aussi des sources de grandes commodités es teinture; comme la substitution de l'acide pyroligneux an vinaigre, dans presque tous les cas où Ton employoit celui-K^i , a été celle d^une très grande économie. La teinture du coton en rouge a été réduite aux principes les plus sûrs par lestravauxsucoessiis de MM. Haussman etCbaptaP : M. Tingry en a iait autant pour Fart des vernis.
L'art d'enlever dans la juste proportion le suint des laines qu'on veut teindre est une découverte encore toute nouvelle due à MM. Vauquelin , Go^ dine, et Roard.
M. Ghaptala imaginé de remplacer les huiles, dans la fabrication du savon, par dé vieux débris
' Annales de Chimie de 1789.
' Art de la teinture du coton en rouge; 1807, 1 vol. in-S"*. Voyez aussi les Élëments de teintare de M. BertkoUet.