‹ Histoire des progrès des science naturelles, depuis 1789 jusqu'a ce jourChapitre 3 sur 37 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Théorie de la Cristallisation.

De tous les phénomènes que lattraction mojé* culaire produit, le plus immédiat, le plus sensible, et celui qui se rapproche le plus, à quelques égards, de cette simplicité qu'exigent les applications des mathématiques, c est la cristallisation des substances homogènes, ou Funion de leurs molécules selon certaines lois, pour constituer ces corps d'une figure polyèdre déterminée, que Ton nomme des cristaux,

La partie de ce phénomène qui tient aux divers arrangements que ces molécules prennent entre elles est devenue, dans les mains de Tun de nos confrères , M. Hauy , Tobjet d une science tout entière.

Depuis long-temps on sa voit que plusieurs sels, plusieurs pierres, affectent, jusqu'à un certain point, des formes constantes dans chaque espèce. On avoit même observé qu'un cube de sel marin , par exemple, se compose de la réunion d'une infinité de cubes plus petits.

Néanmoins un premier embarras naissoit de ce

que d'autres sels, d'autres pierres, se présentent aussi sous des formes infiniment variées, et qui ne paroissoient pas faciles à ramener à une origine unique.

Un minéralogiste françois, Rome de llsle % fit en 1 772 un premier pas, mais bien foible encore, vers la vérité.

Ayant rassemblé et décrit un grand nombre de cristaux diflerents de cbaque substance, il reconnut dans presque tous une forme générale propre à chaque espèce, et dont il est aisé de déduire toutes les autres formes, en supposant que ses angles ou ses arêtes sont tronquées plus ou moins profondément.

Mais les cristaux, comme tous les minéraux, croissent parceque de nouvelles couches les enveloppent: on ne peut donc supposer que la nature, après leur avoir donné leur forme primitive, leur enlève ensuite leurs parties saillantes, pour les tailler en quelque sorte en cristaux secondaires.

Le célèbre chimiste suédois Bergman, de son côté, avoit fait un pas de plus, et lavoit dû au hasard *. Un de ses élèves, M. Gahn, s aperçut qu un cristal secondaire, le spath à double pyramide par

• Essai de Cristallographie, etc.; i" ëdit., Paris, 1772, i vol. in-S" ; a* ëdit. , 1783, 4 voL

' De la forme des cristaux ; Mém, d'Upsal^ '77^-

l4 SCIENCES PHYSIC^UES.

exemple, se laisse aisément casser en lames régtilièrement posées les unes sur les autres, et que, si Ton enlève successivement les lames extérieures, on finit par arriver à un noyau central, qui est précisément la forme générale et primitive commune à tous les spaths calcaires.

Cette remarque étoit applicable à tous les cris<« taux : la pratique , nommée clivage par les joailliers , montroit qu'en effet tous les cristaux pierreux sont composés de lames, et une expérience aisée en ap-* prenoit autant pour les sels.

Mais Bergman se trompa dès qu'il voulut étendre la découverte de Gahn. Au lieu d'observer immédiatement la disposition des lames dans les cristaux des autres espèces , il voulut l'imaginer, et n'arriva à rien de précis.

M. Hatky est donc le seul véritable auteur de la science mathématique des cristaux. Le hasard lui fit faire un jour la même remarque qu'à Gahn, sans qu'il eût été informé de celle du Suédois ,^ et il sut en tirer un tout autre parti *. Un cristal secondaire, dit-il , ne diffère donc de son noyau que parceque les lames qui enveloppent celui-ci diminuent de largeur, selon certaines proportions régulières ; et les divers cristaux d'une même espèce, formés

' Essai d'une théorie de la structure des cristaux; Paris, 17S4, I vol. in-S».

CHIMIE 6ÉMÉBALE. |5

tous sur un noyau semblable, diffèrent les uns des autres, parceque le décroissement des lames s'est fait dans chacun d eux selon des proportions et des directions différentes.

Mais chaque lame, supposée la plus mince possible, peut être considérée comme une couche des molécules de la substance placée côte à côte et formant des compartiments réguliers.

Chaque lame nouvelle sera donc moindre que la [Hrécédente, si elle a une ou plusieui^ rangées de molécules de moins, soit sur ses bords, soit sur ses angles ; et en supposant que toutes les lames successives diminuent suivant la même loi, il doit résulter des espèces d'escaliers représentant pour Foeil des surfaces nouvelles qui modifient la forme primitive, et qui sont précisément ce que Rome de risle appeloit des troncatures*.

Mais 9 toute lumineuse que cette théorie paroissoit, M. Haûy ne s'est point contenté de ces généralités: suivant l'exemple de tous ceux qui ont véritablement servi les sciences, il a confirmé sa théorie en montrant qu elle explique réellement d'une manière rigoureuse les phénomènes connus, et qu'elle prévoit avec précision les phénomènes possibles.

Pour cet efiBet il a déterminé , par lanalyse ou cassure mécanique , et par une mesure exacte des angles, les formes des noyaux et des molécules élé-

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mentaires de tous les cristaux connus; puis, au moyen d'un calcul trigonométrique, il a montré qu en admettant un nombre assez borné de lois de décroissement , et en les combinant ensemble de diverses manières, on peut en faire dériver un nombre déterminé, mais très considérable, de formes secondaires possibles. Examinant enfin les formes secondaires découvertes jusqu a présent dans la nature, il a fait voir qu elles rentrent toutes dans celles que les éléments précédents démontrent possibles pour chaque espèce.

C'est ainsi que M. Hatiy* a créé l'ensemble et les détails d'une science nouvelle, qui appartient presque tout entière à l'époque dont nous devons tracer l'histoire^ et qui est d'autant plus satisfaisante , d'autant plus honorable pour l'esprit humain, qu'elle n'a rien d'hypothétique ni de vague, et que tout y est déterminé par une heureuse réunion du calcul et de l'observation immédiate.

Deux cas seulement offrent quelque chose d'arbitraire. Le premier est celui des cristaux à noyau prismatique : la division mécanique ny donne point par elle-même la proportion de la hauteur du prisme à la largeur de sa base; mais on admet alors celle qui satisfait aux formes secondaires con-

* Traite de Minéralogie, par M. Haiiy; Paris, 1801, 4 vol. in-8* et atlas in-4*.

nues, au moyen des lois de décroissement les plus simples.

Le second est celui où les joints naturels des lames se multiplient assez pour intercepter des espaces de diverses figures: probablement alors les uns sont seuls occupés par des molécules solides; les autres sont des vides ou des pores : mais on ne sait auxquels attribuer cette qualité. Au reste c*est une chose indifférente,*pourtu qu il y ait toujours un noyau constant.

Quant à la cause qui détermine dans chaque variété telle loi de décroissement plutôt que telle autre , elle est encore couverte d*un voile épais.

Feu Leblanc étoit bien parvenu à Êiire cristalli» ser à volonté Falun sous la forme primitive d'octaèdre, ou sous la forme secondaire de cube, en saturant plus ou moins ' .

Mais il ne parolt point que les formes secondaires des autres sels dépendent ainsi des proportions de leurs composants, et les innombrables variétés de spath calcaire n'ont donné aucune différence sensible à l'analyse qu'en a faite M. Vauquelin.

Indépendamment de cet intérêt g;énéral que la science des cristaux offre à l'esprit en sa qualité de doctrine précise et démontrée, son utilité directe

* Essai sur quelques phénomènes relatifs à la cristallisation des sels; /oum. de Phys., t. XXVIIl, p. 34i.

RDFFON. COMPLÉM. T. 1. 2

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pour la coiiQoissaDce des minéraux est très grande : elle leur fournit des caractères faciles à saisir; elle a souvent aidé à en distinguer que ion confondoit, et plusieurs fois elle a précédé à cet égat^d lanalyse chimique. Nous verrons, à Farticle de la minéralogie , rheureux emploi qu en a fait M. Haûy pour éclairer cette science importante.

On a élevé dans ces derniers* temps la question si une même substance doit avoir constamment la même molécule primitive et le même noyau ; et Ton a cité l'exemple de larragonite, qui cristallise tout différemment du spath Calcaire, quoique la chimie trouve les mêmes principes dans l'un et dans l'autre, malgré tous les soins que M. Vauquelin et plus récemment encore MM. Biot et Thenard ont donnés à leur comparaison analytique et à celle de leur force réfractive.

Mais peut-être cette difficulté se résoudra-t-elle ou par la découverte de quelque nouveau principe chimique, ou parceque l'on s'apercevra que des circonstances passagères ont influé sur la cristallisation , comme il y en a qui influent sur les combinaisons, ainsi que nous le dirons bientôt d'après M. BerlhoUet, ou parcequ enfin le paralléiipipéde rhomboïde, regardé jusqu'à présent comme la naolécule primitive du spath, doit lui-même être subdivisé en molécules d'une autre forme. On conçoit

en effet que , lorsqu on trouve de nouveaux joints dans un cristal , on est obligé d'en conclure une autre forme pour ses molécules, et qu'alors cellesHsi peuvent constituer des noyaux ou formes primitives qu'on n avoit pas calculées d abord.

Ce sont là, comme on voit, des difficultés qui tiennent à Timperfection momentanée de l'observation , et qui n affectent en rien les principes fondamentaux, de la science.

Théorie des affinités.

Les combinaisons des substances diverses et leurs séparations, ou ce que Ton nomme le jeu des affinités, sont un autre effet de lattraction moléculaire beaucoup plus varié et jusqua présent beaucoup plus obscur que la cristallisation , quoiqu'on Tait étudié beaucoup plus tôt.

On s'en faisoit il y a très peu d'années encore des idées extrêmement simples. Deux substances différentes, dissoutes et mélangées, s'unissent en un composé binaire, mais homogène, qui manifeste des qualités différentes de celles des substances composantes : voilà ce que l'on nommoit affinité. Une troisième substance mise dans cette dissolution s'empare de l'une des deux premières , et laisse précipiter l'autre : c'est, disoit-on , qu'elle a avec la pre-

mière plus daffinité que nen avoit la seconde. Essayant ainsi toutes les substan^^es par rapport à une seule, on les avoit rangées d'après leur plus ou moins d'affinité pour celle-ci: cetoit la table des affinités. Chaque substance choisiroit dans un grand nombre celle pour qui elle auroit le plus d affinité, et lattireroit de préférence : de là le nom d'affinités électives. On ne peut détruire une combinaison binaire que par une substance qui ait avec Tun de ses deux éléments une affinité plus forte qu'ils n'en ont ensemble ; mais , si cette affinité pour le premier est trop foible, on peut l'aider en donnant à la substance décomposante, pour auxiliaire, une quatrième substance qui agisse sur la seconde du premier composé*. Alors les deux composés binaires, tirés en quelque sorte chacun en deux sens, se décomposent à-la-fois pour en reformer deux nouveaux, ou, en d'autres termes, ils font un échange de leurs bases; ce qui se reconnoît quand l'un de ces deux composés nouveaux se précipite ou se dégage en vapeur : voilà ce qu'on appeloit affinités doubles. Il pou voit y en avoir de triples, etc.

Ces idées, ainsi vaguement énoncées, n'avoient pu échapper long-temps aux anciens chimistes, puisqu'elles résultent plus ou moins immédiatement de tous les phénomènes de la chimie, et qu'elles en donnent à-peu-près la solution générale.

Le François Geoffroy' ima^na le premier de réduire les affinités en tables; et cette heureuse idée, Sclaircie et développée par Senac et par Macqiier, devint le principe fondamental de tous les travaux des chimistes.

Bergmaii sur*tout, par des recherches assidues que guidoit un génie élevé, avoit fait des affinités un corps de doctrine extrêmement séduisant, et qui sembloit démêler et représenter clairement la marche des phénomènes les plus compliqués.

Cependant on négligeoit une foule de considérations importantes ; on admettoit au moins tacitement plusieurs suppositions évidemment erronées, et Ton confondoit spus un même nom plusieurs effets très différents. Ainsi, quoique Ton connût Tinfluence de la chaleur et de quelques autres circonstances extérieures pour altérer Tordre des affinités, on n^n àvoit point fait d application générale ni à cet ordre même ni à la proportion des éléments de chaque combinaison '^ Ton regardoit à«peu-près celles-ci comme constantes; dans les décompositions par affinité simple on supposoit que la substance intervenante sempare entièrement de rëlémcnt qu elle attire, pour laisser l'autre entièrement libre; enfin, dans les décompositions par affinités doubles, on croyoit pouvoir toujours

' Mémoires de rAcadémie des Sciences pour 1718.

déterminer la formation des' deux nouveaux composés et leur séparation par un calcul rigoureusement appréciable des afEnités prises deux à deux.

C'est contre cette doctrine trop absolue que sest élevé M. BerthoUet dans plusieurs mémoires et dans son grand ouvrage de la Statique chimique, où il a en quelque sorte imposé des lois toutes nouvelles a ux affinités en leur créant une véritable théorie ' .

Il a commencé par faire voir que les précipitations ne fournissent que des indices très équivoques de la supériorité d affinité, et ne tiennent, dans le cas des affinités simples comme dans celui des affinités doubles, qu a la moindre dissolubilité de Tune des combinaisons définitives. Cette remarque a conduit M. BerthoUet à examiner la force par laquelle les molécules des solides tiennent ensemble et résistent à leur dissolution. C est Vafjiniié de cohësion qui unit les molécules tie même nature et qui opère la cristallisation : loin d être identique avec V affinité de combinaison^ qui tend à former un composé homogène des molécules de nature différente, elle s'oppose à son action et la contre-balance; elle parottagir au contact des molécules seulement et dépendre de leurs surfaces et de leur figure, tandis que laffinité de combinaison, s exerçant à quel-

' Essai de Statique chimique, par C. L BerthoUet; Paris, i8o3, a vol. in-S".

que distance, laisse moins d'influence à ces modifications pour en donner davantage à la masse. Cest ainsi, selon Tingénieuse comparaison de M. de Laplace,^ue dans les phénomènes astronomiques les corps très éloignés nagissent les uns sur les autres que par leur masse, que Ton peut considérer comiùe réduite.cn un point, tandis qu'il faut avoir ^ard à la tigurcdans les attractions des corps plus rapprochés.

Passant ensuite à Fexamen de Taffînité de com«- Linaison elle-même, qui ne s'exerce, comme on sait, qu'entre des substances dissoutes ou au moins broyées ensemble , M. Berthollet a vu dans cette propriété d'agir à distance la ^source d'une foule de variations dans sa force.

Ainsi la quantité relative d'une substance qui ne change point la cohésion influe sur les affinités. Les molécules semblent s'aider mutuellement; et telle matière qui n'agiroit point sur une autre, si elle ne lui étoit présentée que dans une certaine quantité, exerce de laction quand elle devient plus abondante. La quantité influe sur le pouvoir de décomposer comme sur celui de dissoudre.

Tout ce qui peut écarter ou rapprocher les molécules peut changer les affinités de combinaison : ile là l'influence de la chaleur, de la pression, du choc , de la tendance à l'élasticité ou à l'efïlores-

cence, pour opérer des unions ou des séparations.

Il faudroit donc autant de tables d affinité diffé-^ rentes qu'il pourroit y avoir de changements dans ces diverses circonstances ; et il n y a peut-être pas de variation imaginable dans les affinités que Ion ne.parvint à effectuer, ^ii on é^oit le maître de faire varier à son gré ces circonstances accessoires. Chaque substance pourroit devenir susceptible de se combiner à toute autre dans une multitude de proportions différentes. M. BerthoUet, par exemple, a réussi à saturer complètement les alcalis d acide carbonique en s aidant de la pression.

Il n'y a non plus presque jamais de séparation absolue dans les décompositions quand elles résultent du contact d une troisième substance ; mais il s y fait ordinairement un partage de Tune des trois avec les deux autres, selon la force des affinités que donnent respectivement à celles-ci tant leur propre nature que l'ensemble des circonstances étrangères que ^nous venons d'énoncer. Ainsi les précipités sont des combinaisons variables qui exigent une analyse particulière : aussi verronsnous que la plupart des analyses ont besoin d'être revues.

Pour remplacer à quelques égards cet ancien ordre des affinités, M. Berthollet considère les rapports des substances entre elles sous un point de

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vue nouveau quKl Domme capacité de saturation : il entend par ces mots la quantité qu il faut de l'une à l'autre pour être complètement saturée, c'est-àdire pour que ses propriétés soient entièrement masquées dans la combinaison. lia reconnu avec MM. Richter * et Guyton* que c'est une force constante, et que s'il faut, par exemple, à une base deux fois plus d'un certain- acide qu'à une autre pour être saturée, il lui faudra aussi pour cela deux foi» plus de tout autre acide, et réciproquement.

Ainsi ^ selon M. BerthoUet, il o'y a point d'affinité électivç absolue ; laffiDÎté n'est qu'une tendance générale d'un corps à s'unir à d'autres, dont la force, par rapport à chacun de ceux-ci, se mesure par la quantité qu'il peut en saisir, et augmente avec sa propre quantité : cette force continueroit d'agir, lorsqu'on mêle trois ou plusieurs corps, si elle n'étoit contre-balancée par des forces opposées , comme l'indissolubilité de l'une des combinaisons résultantes, Ou sa plus grande tendance à cristalliser ou à se vaporiser, ou enfin à efQeurir ; ce sont ces dernières causes qui produisent les séparations ou décompositions, et cellesH^i ne sont point des

* Stéchiométrie de Richter, sect. i, p. 1 34*

* Mémoire sur les Tables de composition dés sels, etc. ; Mémoires de l'Institut, sciences mathématiques et physiques, t. II, p. 3a6.

çfFeCs immédiats de 1 affinité: edfia la chaleur et la pression sont à leur tour deux causes opposées entre elles, qui font varier d'ans différents sens IViffinké elle-même , aussi *bien que les tendances qui lui sont contraires , et qui influent par ce moyen sur les résultats définitifs. '

On juge aisément que M. BerthoUet n'a pu s'élever à des idées si générales et si neuves ^ans porter son attention sur une foule .de phénomènes chimiques, et sans'y faire une multitude de découvertes de détail. Nous en verrons une partie dans la suite de ce rapport.

Indépendamment^e leur vérité iBtrin9éque ces vues ont l'avantage d'expliquer beaucoup de phénomènes qui échappoient à la théorie reçue; elles ont sur-tout celui de rattacher plus étroitement la chimie au grand système des sciences physiques , tiandis que la simple considération de l'affinité et Texclusiou donnée taciiement aux forces ordinaires de la nature sembloient laisser cette science dans l'état d'isolement où ses créateurs Tavoient mise. Le chimiste, obligé désormais d'avoir égard à tant de circonstances accessoires et d'en mesurer la force pour en calculer les effets, ne pourra plus se dispenser d'être physicien et géomètre. C'est une garantie de plus de la certitude des découvertes futures.

Agents chimiques impondérables.

Parmi cescirconsianqps, dont les.diverses intensités font varier les affinités chimiques, 'il. en est qui paroissent. tenit*' à des pcîncipes d'une nature tellement particulière que Ton ua point encore décidé généraleinent s'ils «ont vraiment matériels et s'ils ne consistent pas dans un ntouvement intestin des corps. Touj»ui:s est-il sûr que nous n'avons aucun moyen de les peser et d'en apprécier la masse ; nous ne pouvons pas même les xîonteiiir, les diriger ou les transporter entièrement à notre gré: mais chacun d'eux est .assujetti dans ses mouvements à des Iftis invariables,' auxquelles il faut que nous nous soumettions nous-mêmes quand nous voulons en fai re usage.

Peut-être le nombre de ces agents chimiques im^ pondérables est-il plus grand qu'on ne ci*oit ; peutêtre même est-ce de ceux qui nous sont encore cachés que dépendra un jour TexpUcation d'une multitude de phénomènes de la nature, sur-tout de la nature vivante,* aujourd'hui incompréhensibles pour nous^: mais jusqu'à présent oti n'est parvenu à en distinguer que trois ; la lumière et la chaleur, qui sont connues de toute antiquité, et l'électricité, qu'on n'a bien caractérisée que dans le dix-huitième siècle.

28 SCIENCES PHYSKJUES.

Le principe de Taimant ressemble à beaucoup d'égards aux trois autres ; mais on ne lui a encore reconnu aucune action chimique distincte.

Que la lumière soit un' simple mouvement de Fëther, ou un corps particulier, ou l'un des éléments de la matière de la chaleur, ou enfin un certain état de cette matière, car toutes ces opinions ont 'été avancées, les lois de sa transmission sont depuis long^-temps déterminées par les mathé* maticiens, et iL ne reste de découvertes à faiire que dans leur application aux arts.

Mais son action chimique est beaucoup moins connue, quoique Ion sache positivement quelle en exerce une assez forte non sealement sur les corps vivants, comme nous le dirons ailleurs, mais encore sur les substances mortes, et en particulier sur les couleurs et sur quelques acides ou oxydes métalliques qu'elle aide à dépouiller de leur oxygène. Elle dégage mèmelacide muriatique du muriate d argent.

La nature du lien qui unit la lumière et ta chaleur dans les rayons solaires a été l'objet de grandes disputes et de longues recherches.

M. Herschel a remai^qué que les différents rayons ne donnent ni la même clarté ni la même chaleur, et que ces deux actions ne suivent pas le même ordre. Ceux du milieu du spectre éclairent davan-

tage; mais leur force échaufiànte va en augmentant du violet au rouge. Ce célèbre astronome a$sure même qu'il se produit encore une chaleur plus forte au-delà du rouge et en-debors des linùtes du spectre.

D ua autre côté MM. Ritter , Bœckmann , et WoHaston vont jusqu'à avancer qu'il y a encore une troisième sorte de rayons auxquels appartient la propriété de désoxygéner, et qu ils suivent un ordre inverse, augmentant de force du côté du violet et s étendant au-delà et hors du spectre comme les rayons échauffiints du côté opposé* Mais ces expériences sont encore contestées par d'habiles physiciens.

Enfin il est plusieurs hommes de mérite qui pensent que les rayons solaires ne produisent de la chaleur que par quelque influence chimique qu'ils exercent en traversant l'atmosphère, et qui croient avoir besoin de cette hypothèse pour exphquer le grand froid des hautes montagnes.

Quant à la chaleur en elle-même , on conçoit quelle a dû être étudiée de bonne heure, puisque son pouvoir de changer les affinités des substances entre elles, ainsi que celui de dilater tous les corps et d'en écarter les molécules , sont les moyens les plus actifs de la nature pour entretenir à la surface de notre globe le mouvement et la vie.

3a SCIENCES PHYSIQUES.

Il est vrai que tous les travaux dont elle a été Ibbjet nont^pas encore établi, d une maniètre plus démonstrative que pour là lumière, sa qualité d'être matérielle ; mais ils n'en ont pas moins fait connoître dans ces derniers- temps, relativement à ses diverses sources, airx lois de sa firopagation , aux dtfFéreUtes modifications qu elle fait subir aux corps, et à. celles qu'elle siihif elle-même, une foule de faits depreniière importance qui constituent une science pour ainsi dire entièrement nouvelle, et dont les physiciens de la premièi'e moitié du dix* huitième siècle se ÊiisoicHlrà peine une id^e.

Nous venons de parler de sa source principale, les rayons du soleil; nous traiterons ailleurs de la combustion et des diverses décompositions chimiques qui en produisent aUssi une grande quantité. It ne nous reste donc à rappeler ici que sa naissance par le frottement.

M. le comte de Bumford'a montré que c*en*est une source pour ainsi dire intarissable ; et ses expériences à cet égard sont au nombre des plus fortes preuves que Ton puisse alléguer en fiiveur de l'opinion qui ne fait de la chaleur qu'un mouvement vibratile des molécules des corps *.

I/a propriété la plus apparente de la chaleur une

' Essais politiques, économicjues, et philosophiques ; Genève, 1 799, 2 vol. in-S".

CHIMIE GÉNéHALE. 3l

fois manifestée consiste. à se distribuer entre les corps jusqu'à, ce qu'ils exercent^ tous une action égale ^ur le thejpiiiômétre : c est ce qu'on appelle propagation de la chaleur libre. Prise aih^ en gêné** rai , elle est connue de tous les temps; mais, en exa* minant de prè^ sa direction et son plus ou moins de facilité de transmission , Ton a découvert des lois de détail extrêmement intéressantes.

Marlotte avoit indiqué depuis long-temps la distinction de la chaleur rayonnante, qui se transmet en ligne droite au travers de Fair ou du vide, et de la chaleur engagée, qui pénétre plus irrégulièrement et plus lentement dans la substance des corps, à-peu-près comme leau pénétre dans une matière spongieuse. 11 avoit fait voir que la chaleur rayonnante, même obscure, se réfléchit comme la lumière, en frappant les corps polis, mais qu'elle ne traverse pas le verre.

Scheele a développé plus nouvellement le même ordre de faits ' ; il a remarqué que si l'on noircit les surfaces qui repoussoient la chaleur, ou qu'on les rende sombres ou rudes, elles la reçoivent promptementet la changent en chaleur engagée.

Les expériences de ces deux physiciens ont été confirmées par celles de M. Pictet \

' Traité chimique de Fair et du feu, iraduct. franc. , i vol. in-12. * Essai de Phyaicpie, par M. A. Pictet ; Genève, 1790, i vol. iii-8".

M. le coipte de Rumford ' en a fait récemment qui prouveot qut^ces qualités de surface qui aident les corps à prendre de la chaleur les aident aussi à perdre celle qu'ils ont, et qu en général la facilité de donner, comme cçlle de recevoir, est inverse du pouvoir de réfléchir. On devoit s'y attendre en ef- ' fet, puisque autrement l'équilibre de la chaleur ne pourroit s'établir entre les corps.

M. de Rumford a imaginé pour ces expériences u^ instrument qu'il a nommé thermoscope, et qui est propre à faire apercevoir les moindres diffé^ rences de chaleur. C'est un tube de verre horizontal, dont les deux extrémités sont redressées et terminées par des boules. Tout l'appareil est plein d'air, et le milieu du tube horizontal contient une bulle de liquide coloré. On ne peut échauffer lair de l'une des boules sans que la bulle soit chassée vers l'autre, et elle est si sensible que l'approche de la main suffit pour la faire marcher.

M. Leslie obtenoit de son côté les mêmes résultats en Angleterre avec un instrument à-peu-près semblable, qu'il nomme thermomètre différentiel. Ces expériences nous apprennent que beaucoup d'enveloppes et d'enduits accélèrent le refroidissement, au lieu de le retarder.

Un corps plus échauffé que l'air où il se trouve

' Mémoires sur la Chaleur; Paris, 1804^ i vol. in-S".

perd, par le rayonnement, une partie déterminée de chaleur dans chaque portion de temps.

Cest une ancienne loi fixée par Newton, et confirmée par Lamhert, que dans des intervalles égaux le refroidissement se fait en progression géométrique.

La chaleur engagée dans un corps s'y répand plus ou moins fecilement^ et en sort plus ou moins promptement, selon la nature intime du corps. Une barre de métal, échauffée par un bout, lest bien vite à l'autre; on peut au contraire tenir impunément lextrémité d un bâton qui brûle par lextrémité opposée. C'est ce que 1 on nomme des corps bons et mauvais conducteurs de la chaleur; distinction fort ancienne, dont Richman setoit occupé, que Franklin et Ingenhouz ont développée, et d après laquelle ils ont cherché les premiers à comparer les corps entre eux avec quelque précision. .

En supposant une barre, boniie conductrice, plongée par un bout dans un foyer d'une chaleur constante, et suspendue dans de lair plus froid, la chaleur se distribuera sur sa longueur suivant une certaine loi que M. Biot ' a calculée et vérifiée par l'expérience. Des thermomètres dont les distances étoient en progression arithmétique sont

' Bulletin des Sciences , messidor an 13, n*^ 88.

BUFFON. COMPLBM. T. I. 3

montés suivant une progression géométrique décroissante. Cette règle donne un moyen de calculer la chaleur du foyer, quelque violente qu'elle soit, d'après celle de quelque endroit de la barre où elle diminue assez pour être mesurable. Lambert s'étoit aussi occupé de cette question; mais il l'avoit envisagée sous d'autres rapports, et il n'avoit pas mis la même exactitude dans ses expériences.

La distribution de la chaleur dans les liquides et les fluides n'a pas lieu de la même manière quç dans les solides.

M. de Rumfort a fait voir, par des expériences multipliées, que leurs molécules ne se transnlettent entre elles que très difficilement la chaleur qu elles ont acquise, et qu'une masse liquide ou fluide ne prend une température uniforme qu'autant que chacune de ses molécules, après s'être échauffée par le contact immédiat du foyer, se déplace pour en laisser venir d'autres s'échauffer à leur tour; c'est ordinairement leur dilatation qui les déplace, en les rendant plus légères et eu les élevant.

I^S conséquences de ce fait dans tous les arts qui emploient la chaleur, dans l'économie domestique, larçhitecture, les vêtements, sont très grandes; et M. de Rumford les a poursuivies avec nue patience et une sagacité qui ne le sont pas moins.

Notre propre corps prend part, comme les au* ires, à cette distribution générale de la chaleur libre, en même temps qn'il dégage constaipment de la chaleur nouvelle; mais les impressions qui résultent pour nos sens des changements qui lui arrivent en ce genre sont très infidèles. En général la sensation que nous appelops le chaud n'indique pas toujours que nous recevons de la chaleur du dehors , mais seulement que nous en perdons moins dans un instant donné que dans Tinstant immédiatement précédent: la sensation du froid indique lo contraire. De là les impressions différentes que nous donnent les corps de diverses capacités, ou plus ou moins conducteurs, ou enfin lair libre comparé à l'air en mouvement, quoique échauffés tous au même degré ; de là aussi Vinfluence de^ diverses sortes de vêtements. M. Seguin a le premier bien dé vel oppé cette idée ' •

Lf effet le plus anciennement connu de la cha*^ leur libre sur les corps qu'elle pénètre est de les dilater par -degrés en s'y accumulant jusqu'à ce qu'elle leur fasse changer d'état, et de les dilater indéfiniment lorsqu'ils sont une fois à l'état élas^ tique, bien entendu tant qu'elle ne les décoiiipose pas. En effet, quoique nous n'ayons pas les moyens de faire changer d'état à tous les corps , il est pro-

' Ai^nalçs de Chimie, t. VIII, p. i83.

bable que c'est faute de pouvoir augmenter ou diminuer la chaleur à notre gré. Déjà BufFon a volatilisé par le miroir ardent For et l'argent , qui restent fixes aux feux ordinaires de nos fourneaux ; et M. Fourcroy assure avoir fait cristalliser par un froid de 40*" lammoniaque, Falcohol, et Féther^que l'on n'avoit point vus celer jusque-là.

En ne considérant que la simple dilatation , on trouve à établir encore des lois particulières d'autant plus importantes que la justesse des mesures thermométriques en dépend.

On peut faire en effet des thermomètres solides, liquides ou élastiques. On a observé que les liquides ne se dilatent pas tous à proportion des quantités de chaleur qu'ils reçoivent. Plus ils approchent de l'instant de la vaporisation, plus leur dilatation croît rapidement. Ceux qui y arrivent le plus tard sont donc les meilleurs thermomètres pour les degrés élevés. De là la qualité précieuse du mercure. M. Deluc Fa constatée le premier ' par des mélanges d'eau de chaleur différente. M. Gay-Lussac vient de la confirmer en comparant les dilatations du mercure à celles de l'air.

Les liquides éprouvent aussi de l'irrégularité lorsqu'ils approchent de leur congélation. L'eau,

' Recherches sur les modifications de l'atmosphère; Paris, 1762, et seconde édition, 1784* 4 ^<^1* in-8^.

CHIMIE GÉN69MLI!!* 37

par exemple, que la gelée dilate, commence à éprouver cette dilatation un peu avant le moment où elle se gèle : ainsi ce n'est pas à o du thermométro; mais à quelques degrés au-dessus, que Teau est à son maximum de densité. L académie de Florence Ta voit remarqué il y a long-temps. M. Lefévre-Gineau a constaté, lorsqu'il s est agi de fixer l'étalon des poids , que ce maximum est à quatre degrés quatre dixièmes (centigrades); et M. de Rumford la confirmé depuis par des expériences d un autre genre.

D'autres liquides , et sur-tout le mercure , éprouvent un effet contraire; ils se contractent fortement à l'approche de la congélation , ainsi que l'a fait voir M. Gavendisb. Ceux qui gèlent le plus tard, comme l'esprit- de- vin, sont donc à préférer pour la mesure du froid.

Les thermomètres solides prennent le nom de pyromètres quand ils sont employés à mesurer de ti^ès hauts degrés dé chaleur. La difficulté n'est que de les placer sur une échelle qui ne se dilate point; car autrement on ne pourroit savoir de combien ils ont varié. C'est ce qu'on cherche à faire en réunissant une barre de métal à une échelle d argile cuite : MM. Guyton et Brongniart s'occupent de cet instrument, qui seroit bien important pour les arts qui emploient le feu. Ep atten.dant le succès de

38 SGÏËttlfS PHYSIQUES.

leurs expériences, on y supplée imparfaitement en comparant) comme l'a imaginé Wedgwood, le retrait que prennent des morceaux d argile homogène exposés aux divers degrés de feu*

Depuis long-temps on avoit essayé des thermomètres d'air : il avoit donc fallu faire d^s recherches sur la dilatabilité de ce fluide; et Àmontons l'avoit anciennement portée à un tiers de son -volume, pour l'intervalle de la glace à l'eau bouillante^ On âvoit depuis fait des expériences semblables sur les autres gaz; mais les parcelles d'humidité qu'on avoit négligé d'enlever avoient occasioné de fortes erreurs. M. Dalton^ en Angteterre*, et Mw Gay- Lussac, à Paris ^, viennent de les répéter sur tous les fluides élastiques, en empêchant Fhumidité de s'introduire dans les vaisseaux ; et ils sont arrivés l'un et l'autre à ce résultat inattendu, que, quelle que soit la nature du fluide, il se dilate d'une quantité totale^ égale, pendant qu'il monte de la température de la glace à celle de l'eau bouillante, et qu'il acquiert un peu plus du tiers, ou plus exactement 0,375 de son volume primitif. M. Gay-Lussac a prouvé de plus que les vapeurs sont soumises à la même loi.

Comme fabondance de la chaleur, ou sa priva-

' Bulletin des Sciences, ventôse an 1 1, n*' 7a. ' Ihid.y thermidor an 10, n** 65.

tion, dilate lés corps ou les resserre, on peat réciproquetiietit, en les dilatant ou en les comprimant par des moyens mécaniques, leur faire absorber ou restituer une quantité de chaleur plus du moins considérable. Tout récemment encore, M. Berthol* let a ftiit voir que, pour les solides, la chaleur produite est, pour ainsi. dire, proportionnelle à la compression. Beaucoup plus anciennement, Cullén, Wilke, avoîent montré qu'on refroidit en faisant le vide; Darwin, que la même chose a lieu si on laisse dilater de Tair comprimé : il étoit à croire que le contraire arriveroit, si Ton comprimoit de l'air qui ne le fÙt point. En effet on produit même de la lumière quand la compression est subite. Un ouvrier de Saint-Étienne en a feit l'observation avec un fusil à vent. M. Mollet, de Lyon, s est servi de ce moyen pour allumer de lamadou ' ; et M. Biot, pour faire détonner un mélange d'hydrogène et d'oxygène ^. Cette dernière expérience a de l'intérêt pour la chimie, en ce qu'elle opère la formation de l'eau sans le concours de l'électricité.

Mais, de tous les phénomènes relatifs à la chaleur, quô l'âge présent a fait connoître, il n'en est point de plus intéressants, ni qui aient plus influé sur tout l'ensemble des sciences physiques , que ces

' Bulletin des Sciences, prairial an 1 2, n° 87. ' Ihid.y frimaire an i3, n** 93.

4o SCIENCES PHYSIQUES.

apparitions et ces disparitions subites de chaleur qui arrivent quand les corps se fondent ou se vaporisent, ou quand ils reviennent de Tétat de fusion ou de celui de vapeur à leur solidité primitive.

On croyoit autrefois, avec Boerhaave et tous ceux qui s etoient occupés de la mesure de la chaleur, qu'à même volume et à même pesanteur tous les corps qui marquent le même degré au thermomètre en ont la même quantité.

Richman et Kraft, académiciens de Pétersbourg, commencèrent, vers le milieu du dix-huitiènie siècle, à proposer les motifs qu'ils avaient de douter de cette opinion; et c'est peut-»être à cette époque qu'il faut placer la première origine du grand système des nouvelles découvertes sur la chaleur.

Black, qui conçut des idées semblables à-peuprès vers le même temps, démontra, dans ses leçons particulières, à Glascow, cette proposition capitale, que, chaque fois qu'un corps se fond ou se^ vaporise, il disparoit subitement une portion considérable de chaleur, ijui devient ce qu'il nomma latente, comme si elle se cachoit, en s'unissant plus intimement avec les molécules du corps ^ au lieu de rester entre elles libre et active sur le thermomètre.

CHIMIE GÉNÉRALE. ^l

Quand le corps reprend son état primitif, cette cLsUeur se reproduit; et ces effets ont lieu lorsque ]a fusion, la vaporisation ou la fixation, s opèrent en vertu d affinités chimiques , -tout comme lorsqu'elles sont immédiatement dues à laccumulation ou à la déperdition de la chaleur.

Par-là se trpuvèrent expliqués non seulement la constance du degré de la glace fondante et de Feau bouillante, mais encore les froids artificiels et quelquefois excessife qui résultent de la dissolution de certains sels.

Fahrenheit avoit essayé il y avoit long-temps de ces mélanges fii^igorifiques.

MM. Lowitz et Walker en ont Êiit nouvellement un grand nomhre, et ont observé que le plus refroidissant de tous est celui de muriate de chaux avec de la neige.

Black ne s arrêta point à ces premières découvertes, toutes brillantes qu'elles étoient: mêlant ensemble deux liquides différents diversement échauffés, ou plongeant un solide dans un liquide, il vit que le superflu du plus chaud ne se partage ni selon le volume ni selon la masse, et que le degré définitif est tantôt plus haut tantôt plus bas qu'on n auroit dû s'y attendre, d'après ce qui se passe dans des mélanges de même espèce; ou, en d autres termes, qu'il faut, pour élever des corps

difFérenis d un même nombre de degrés, des quantités de chaleur plus ou moins fortes selon leurs espèces, propriété qu'il appela capacité plus ou moins grande-pour la chaleur^

Il résulte, en effet, de ces expériences, que chaque corps retient, selon son espèce, une certaine proportion de chaleur qui n agit point sur le thermomètre; par conséquent que, dans tous les états, les corps d'espèce différente qui marquent le même degré peuvent différer beaucoup par leur chaleur totale.

Mais, pendant que les découvertes de Black restoient concentrées dans son école, le Suédois Wilke travailloit avec succès sur le même $ujet, d'après une méthode un peu différente : il nommoit chaleurs spécifiques les quantités respectivement nécessaires aux divers corps, pour les élever tous d'un même nombre de degrés '.

Ces différences de capacité ou de chaleur spécifique expliquant un grand nombre de productions de chaleur ou de froid qui ont lieu lors des combinaisons chimiques, celles qui résultent des chan<^ gements detat n'étant elles-mêmes que des cas particuliers de cette loi générale , on conçut promp» 4:ement combien il devenoit important d'en avoir une mesure exacte pour tous les corps.

' Académie des Sciences de Stockholm, 1 781, quatrième trimestre; et Journal de Physique, 1785, t. XXVI, p. 256.

CHIMIE OÉNÉRAL£. 43

Blâck et son disciple Irwine y procédoient, comme nous venons de le dire, en mêlant des corps différents, et en calculant d après la chaleur définîtive« Leur méthode est embarrassante, et ne peut servir pour les corps qui ont une action chimique les uns sur les autres.

Wilke employoit un moyen plus simple et plus général , qui consiste à mesurer la quantité de neige que chaque corps fond en se refroidissant d'un degré à un autre; mais son appareil étoit inexact et incommode.

M. Delaplace * en a imaginé un beaucoup plus • parfait, où la glace dont la fusion doit servir de mesure est enveloppée par d'autre glace qui arrête la chaleur extérieure. Il est devenu, sous le nom de calorimètre, Tun des plus essentiels de la nouvelle chimie.

On est arrivé ainsi à avoir des tables de plus en plus exactes de ces capacités : Kirwan, Grawford, Bergman, Lavoisier et M. Delaplace, y ont successivement travaillé.

On a même cherché à déterminer le zéro réel, c'est-à-dire à combien de d^rés un thermomètre baisseroit s'il n'y avoit point de chaleur du tout : mais on a besoin , pour ce-calcul , de supposer qu'un

corps conserve la même capacité proportionnelle,

* Mémoires de rAcadémie des {Sciences de Paris, année 1780, p. 355.

44 SCIEÎNCES PHYSIQUES.

tant qu'il ne change point d état ; et cette proposition, qui affecte plusieurs autres théories, et notamment toute celle des thermomètres , n'est point prouvée, et ne peut guère letre.

Ces recherches sur. les capacités ont fait découvrir encore un nouveau mode de combinaison de la chaleur. Il arrive, dans quelques cas, qu'un gaz se combine et se fixe avec presque toute la chaleur qui le mainteiioit à Fétat élastique, et sans en laisser échapper à beaucoup près autant qu'on devoit lui en supposer. La théorie de la chaleur latente semble alors, au premier coup d'œil, se trouver en défaut, puisqu'il se fait un changement d'état sans manifes-talion proportionnelle de chaleur ; maïs aussi cette chaleur contrainte se reproduit avec violence, quand la combinaison se détruit. L acide nitrique est un exemple de ce gepre d'union de la chaleur, et l'explosion de la poudre est un de ses effets. Nous en verrons d'autres dans l'histoire de la chimie particulière. C'est aux travaux communs de Lavoisier et de M. Delaplace que Ton doit la connoissance de ces faits importants.

Enfin la dernière des propriétés de la chaleur, celle qui lie le plus son histoire à la chimie, et par où elle exerce le plus de- pouvoir dans la nature, c'est la faculté de modifier les effets des affinités mutuelles des corps. C'est ainsi qu'elle combine des

GHJMIE 6É;9ÉRALE. 4^

substances qui, sans elle, seroient toujours restées étrangères lune à 1 autre, et qu elle en sépare qui seroient demeurées unies ; c*est par-là qu'elle s'engendre et se multiplie sans cesse elle-même, en se dégageant des combinaisons où elle ctoit entrée.

Jl y a de Tâpparence que ces changements tiennent à ceux qu elle occasione dans la densité; mais cette idée générale ne peut s appliquer encore aux phénomènes d*une manière détaillée : ce qui est certain c'est que leur exposition fait peut-être la moitié de la chimie.

Parmi les circonstances étrangères qui modifient les affinités, nous avons nommé ci-dessus la pression : comme son influence s^exerce principalement dans les effets auxquels la chaleur prend part, c est ici le lieu d'en dire un mot.

On sait depuis long-temps qu'elle arrête la vaporisation; et personne n'ignore, par exemple, que de leau bout dans le vide, lorsqu eDe est à peine tiède, tandis qu'on peut la faire rougir en la tenant comprimée dans la marmite de Papin.

On peut aussi ramener la vapeur à l'état liquide sans la refroidir, par la simple compression. Chaque fois que Ion réduit un espace rempli de vapeur, il y en a une partie qui retombe en eau ; c'est une expérience de M. Watt : il s'en dégage alors une énorme quantité de chaleur.

Des liquides différents de Feau bouillent quei-^ quefois sans être échauffés, pour peu que la pres^ sion de lair diminue.

C'est ce que Lavoisier a fait voir pour lether.

En général, suivant M. Robison, le poids ordinaire de l'atmosphère augmente de 62** centigrades la chaleur nécessaire pour faire bouillir un liquide quelconque; ils bouillent donc tous dans le vide à 62° au^lessous de leur point d ebuUition dans lair.

Cette même pression, quand elle est absolue, arrête et modifie beaucoup dautres effets de la chaleur. Le chevalier Jacques Hall, d'Edimbourg, a soumis un grand nombre de corps aux feux les plus violants dans des vaisseaux qui ne pouvoient se rompre. Leurs éléments nayant alors aucun moyen de se séparer, ces corps ont pris des formes et des consistances toutes différentes de celles sous lesquelles ils pàroissent ordinairement : la craie, au lieu de se calciner en laissant échapper son acide carbonique, est entrée en fusion et a pris Fapparence cristalline du marbre blanc; le bois, la corne, au lieu de se brûler, se sont changés en une sorte de houille, etc. Nous verrons ailleurs quelle applicfition M. Hall a cru pouvoir £siire de ces expériences à la théorie de la terre : mais nous devons les citer ici comme une confirmation inté-t ressante des vues de M. Berthollet.

L^dU ne se vaporise pas seulement à la température qui la fait bouillir; chacun sait quelle se disaipe aussi, quoique plus lentement, à des degrés bien inférieurs ; les physiciens ont reconnu que la glace m^ïQ^ s évapore. Quelques uns ont pensé, avec feu Ijeroy de Montpellier, qu'il se fait alors une dissolution de leau par lair. D'autres, comme MM. Deluc et de Saussure , n'y ont vu q u une action ordinaire de la chaleur, qui ne diffère de 1 ebuUition que par sa lenteur et la moindre densité de la vapeur produite, M. Daltou vient en effet de prouver qu'un espace donné dans lequel on laisse des vapeurs se former en admet toujours la même quantité, tant que la chaleur reste la m^me , qu'il soit vide ou plein dair, et quelle que soit l'espèce d'air qui le remplit. Saussure et M. Yolta l'avoient déjà fait voir pour lair atmosphérique en particulier, et MM- Deluc et Watt avoient montré de leur côté que cette évaporation lente absorbe au moins autant de chaleur quel'ébuUition.

M. Dalton a aussi reconnu ce fait important, que la pression exercée par les vapeurs est la même, qu'il y ait de l'air ou qu'il n'y en ait point dans l'espace où elles sont. Dans le premier cas 9 cette pres-r sion s'ajoute simplement à celle de l'air. A tension égale, cette vapeur d'eau est plus légère que Fair, dans le rapport de 10 à 14"*; P^r conséquent, à

pression et à chaleur égales, lair devient plus léger en devenant humide. Cétoit aussi une ancienne découverte de Saussure. Enfin M. Dalton a déterminé la quantité de vapeur produite et la pression exercée par chaque degré de chaleur, et est arrivé à un rapport remarquable entre le degré d'ébullition de chaque fluide et la force élastique de sa vapeur à une température donnée : c'est que, à partir du terme où les forcés élastiques des vapeurs seroient égales (par exemple, de celui ^e rébullition sous une pression déterminée, comme celle de l'atmosphère), ies accroissements ou les diminutions de ces forces élastiques sont aussi les mêmes pour chaque fluide, par des variations égales de température *.

La règle de M. Bobison pour le degré d'ébuÏHtion dans le vide est un cas particulier de celle de M. Dalton.

Toute cette théorie des vapeurs sera un jour, comme il est aisé de le voir, la base fondamentale de la météorologie : mais elle ne borne pas là son utilité ; ainsi que tout le grand corps de doctrine que nous venons d'exposer, et qui appartient presque en entier à l'âge présent, elle est aussi profi-

' Bibliothèque Britannique, tome XX, page 338; et Bulletin des Sciences , ventôse an 1 1 . Voyez aussi les Essais dllygrométrie de Saussure.

table pour la société qu'honorable pour Fesprit humain.

M. de Rumfort Fa appliquée à lart de chauffier, soit les appartements, soit les liquides, et il est arrivé à des économies qui , dans certains cas , surpassent tout ce que Ton auroit osé espérer.

On sait assez Theureux emploi que Ion fait de la vapeur comme force mouvante. Les recherches délicates dont nous venons de parler ont prodigieusement augmenté le parti qu on tire de cet agent puissant; là multiplication des pompes à feu, les emplois infinis auxquels on les applique , la force incroyable que Ion est parvenu à leur donner, doivent être mis au nombre des preuves les plus frappantes de Tinfluence que le perfectionnement des sciences peut avoir sur la prospérité des nations".

L'électricité est encore un de ces principes impondérables qui jouissent du pouvoir de modifier les affinités. Sa production par le frottement, sa transmission au travers des différents corps , sa distribution le long de leur surface, la répulsion mu-

' Nous re{pretCoD8 que notre plan ne nous ait pas permis d'exposer les hypothèses thëorëtiques. Celle de l'équilibre mobile du calorique, par M. Prévost, eût tenu , dans rarticle de notre rapport qui concerne la chaleur, une place distinguée. Voyez le Journal de Physique de 1791, et la Bibliothèque Britannique, tomes XXI et XXVI.

BUFFON. COMPrÉM. T. I. 4

5o SCIENCES PHYSIQUES.

tueUe de ses molécules, les deux fluides que fon croit y pouvoir admettre , son analogie avec la foudre, sont déjà des découvertes un peu anciennes. Les lois mathématiques qui la gouvei^nent ne sont point de notre ressort; mais son action chimique, sa production par le contact de divers corps, c'està-dire le galvanisme et la nature différente de ses effets dans cette circonstance, rentrent complètement dans le cercle de notre rapport.

Non seulement Tétincelle électrique hrûle les corps combustibles ordinaires, tels que Thydrogène, parcequ*elle produit delà chaleur, peut-être en comprimant Tair; elle en brûle encore qui résistent à toute autre flamme : tel est lazote, qu'elle combine avec l'oxygène pour former raci4e nitreux, selon la belle découverte de M. Gavendish ; et depuis que l'on connoit l'actipn chimique de la pile galvanique pour décomposer l'eau et les sels, on est parvenu à opérer les mêmes effets par l'électricité ordinaire, en la faisant arriver en grande masse par des conducteurs très déliés.

MM. Pfaff et Van-Marum ' ont fait cette expérience d'une manière, et M. Wollaston l'a faite d'une autre.

L'électricité galvanique est peut-être de toutes

' Extrait d*une lettre de M. Vaa-Manim au citoyen BerthoUet; Annales de Chimie, t. XI J, p. 77.

CHIMIE GÉNÉRALE. 5l

les branches de la physique celle qui a excité le plus vivement la curiosité, qui a donné le plus d'espoir, et qui a occasioné le plus de travaux et d'efforts dans ces dernières années.

L'intérêt que le gouvernement a pris à ces re^ cherches , et Fhonorable récompense qu'il a promise à ceux qui s'y distingu croient, ont réveillé le zélé ; et chaque jour semble faire entrevoir quelque influence nouvelle de ces phénomènes dans leurs liaisons étendues à presque toute la nature.

On peut diviser l'histoire du galvanisme en trois époques principales, d'après les trois grandes pro^ priétés qui le caractérisent et qui n'ont été découvertes que successivement.

La première est son effet sur l'économie animale, aperçu par Gotugno et développé par son maître Galvani ' ; la seconde, sa nature et son origine démontrées par M. Vèlta; la troisième y'^son action chimique si particulière, reconnue par MM. Ritter, Garlisle, Davy, et Nicholson.

Si l'on réunit quelques nerfs du corps d^un animal avec quelque partie de ses muscles par un conducteur formé de métaux différents^ les muscles éprouveront des convulsions. Galvani en fit da-

* Journal, encyclopédique de Bologne, 1786, n* 8 ; De virUms electricitatis in motu mugculari Commentarius. Mémoires de l'Institat de Bologne, t. 'VII.

bord Tessai sur des grenouilles, dont les muscles sont fort irritables. Divers physiciens ^ et principalement M. Aldini, neveu de Galvani% M. de Humboldt% M. Rossi^, M. Nysten^, etc., l'ont étendii depuis à tous les animaux et à toutes leurs parties, sur-tout par le moyen de Ténergie de la pile.

On a vu des grenouilles mortes sauter à plusieurs pieds; des membres séparés du corps se fléchir et s étendre avec violence ; des têtes décollées grincer les dents, remuer les yeux d'une manière effrayante : les vivants ont éprouvé des sensations fortes, quelquefois même très douloureuses. Mais, en dernière analyse , tout se réduit à avoir trouvé un e^iLcitant d'un nouveau genre, plus subtil et plus actif à-la-fois que ceux qu'on a voit possédés jusque-là : aussi dit-on en avoir tiré quelque parti danf certaines paralysies. M. de Humboldt l'a employé pour distinguer dans les animaux quelques parties d'une nature douteuse ; et MM. Tourde et Circaud croient avoir produit par son moyen, dans cette partie du sang qu'on nomme la fibrine,

* Essai sur le Galvanisme, par J. Aldini; Paris, i8o4, i vol. in-4". ' Essai sur rirritation musculaire, en allemand; Berlin, 1797^ I vol. in-8*.

^ Mémoires de TAcadémie de Turin, t. VI, de 1793 à 1800.

^ Nouvelles Eitpëriences galvaniques , par P. H. Nysten ; Paris ,

des mouvements assez analogues à Tirritabilitc des fibres vivantes*.

On soupçonna de bonne heure que rëlectricité entroit pour quelque chose dans ces sing^uliers phénomènes ; mais on ne voyoit point clairement la cause qui la .produisoit : les uns la cherchoient dans les nerfs, d'autres dans les muscles; d autres enfin supposoient quelque nouveau fluide. M.VoIta le premier dit : L'électricité natt du seul contact des deux métaux ; le& convulsions ne sont que des effets ordinaires de ce fluide; c'est dans sa manière de naître , on plutôt d'être mis en mouvement, que consiste tout ce que vos expérieuces ont de particulier.

Pour mieux convaincreles physiciens de cette production d'électricité par le simple contact de substances diverses , il importoit de la rendre tellement intense qu'elle ne pût rester soumise à aucune de ces conjectures vagues qui servent toujours d'auxiliaires au doute. La découverte que M. Volta avoit faite quelque temps auparavant de l'influence des matières demi-conductrices, pour faire accumuler l'électricité dans l'instrument nommé condensateur, lui indiqua le moyen qu'il cher-» choit. Multipliant un grand nombre de fois, les plaques des deux métaux, et les séparant par des

' Bulletin des Sciences, pluviôse an 1 1, n° 7 1 .

plaques de carton mouillé, il vit se manifester à l'instant, à l'une des extrémités de cette pile, Félèctricité vitrée, à l'autre la résineuse; il obtint des attractions, des répulsions ^ et des commotions toutes semblables à celles de la bouteille de Leyde ; en un mot il eut un instrument qui s'électrise constamment lui-même, et qui, par cette action conti-* nuée, exerce les effets les plus inattendus et les plus importants pour la chimie et pour la physio* logie *, et deviendra peut-être, pour lune et pour Fautre, ce que le microscope a été pour Tbistoire naturelle, et le télescope pour 1 astronomie. Aussi les sciences compteron^elles parmi leurs époques les plus brillantes celle où ce grand physicien fut couronné dans Tlnstitut^

Divers physiciens , comme feu Gautherot et MM. PfefFet Davy, ont varié les substances des piles, et reconnu que les métaux ny sont pas nécessaires. Il suffît de combiner des plaques de deux natures; observation qui peut devenir de la plus grande importance pour expliquer plusieurs phénomènes physiologiques.

M. Aldini, dans ses expériences sur les animaux, a aussi remplacé Tare métallique par des parties animales ou par des corps vivants. MM. Biot et

* Transactions philosophiques, 1 790 ; et Bibhothéque Britannique^ t. XV, p. 3.

CHIMIE GI^.NÉRALE. 55

Frédéric Cuvier "^ ont montré que Foxydation des ])laques métalliques n'est point la cause essentielle de Télectrisation , quoiqu'elle la favorise ; mais c'est par cette oxydation que la pile altère Fair où on la renferme.

MM. Fourcroy, Thénard, et Hachette^, ayant fort agrandi le diamètre des plaques , ont enflammé des conducteurs de fil de fer: cW un effet de la grande masse delectricité dans un conducteur mince. Mais les commotions qui tiennent à la vi* tesse de Félectricité dépendent du nombre des plaques, et sont en raison inverse de leur largeur, ainsi que M. Biot la fait sentir. M. Van-Marum a bien comparé et constaté ces divers effets.

On remplace aussi la pile par des tasses pleines deau que réunissent, en y plongeant, des lames recourbées de deux métaux. Cet appareil commode est également de M. Yolta, qui Fa imaginé par imitation de Fappareil électrique dé la torpille.

C est encore une belle expérience que celle de la pile secondaire imaginée par M. Bitter : formée dun seul métal et de cartons mouillés, elle nen-*gendre point Félectricité par eUe-méme; mais si Fon fait communiquer ses deux bouts avec ceux de la pile ordinaire, ils prennent leurs électricités op-<

' Bulletin des Sciences, par la Société philamatiqne, tbermid. an 9^ * Journal de Physiqne , unessidor an 9.

posées, et les conservent à cause de la difficulté qu oppose le carton mouillé à la communication.

M. Voita avoit reconnu une distribution semblable dans un simple ruban ; Gautherot , dans des fils conducteurs qui venoient d*ètre séparés de là pile primitive; et il paroit qu'elle se fait de même dans beaucoup de conducteurs imparfaits:

L'Institut vient d'admettre d autres expériences de M. Erman, desquelles il résulte que quelques uns de ces conducteurs, quand on les fait commu* niquer à4a-^fois avec les deux pôles de la pile, ne transmettent que Tune des deux électricités seulement, encore quand on lui donne une issue vers le sol*.

Mais de toutes les propriétés de la pile, son action chimique est certainement la plus importaïite. M. Ritter, en Allemagne, et MM. Carlisle et Nicholson^, en Angleterre, ayant plongé dans l'eau deux fils métalliques, qui communiquoient chacun avec l'un des pôles de la pile, remarquèrent qu'il se manifestoit à l'un et à l'autre beaucoup de bulles d'air ; et ayant examiné la nature des gaz qui les.for« moient, ils trouvèrent que celles du pôle positif étoiént de l'oxygène , et celles du fil opposé de Fliydrogène.

' Nouveau Bulletin deà Sciences, n** 4 ^^ suiv. ' Bibliothèque Britannique, t. XV, p. ii.

MM. Davy et Bitter virent chacun de leur côté ces gaz naitr^ dans deux vases séparés , pourvu qu ils communiquassent ensemble par le corps humain, par une fibre animale, par de lacide sulfurique ou tel autre conducteur. Nous exposa^ons ailleurs ce que Ton a cru pouvoir conclure de ce phénomène contre la théorie de la composition de leau. Quelques personnes voulcfient également en déduire une différence de nature entre le fluide galvanique et Félectricité; mais cette opinion est réfutée depuis que MM. PfafF, Van-Marum et WoUastQn, ont aussi décomposé leau par Télectricité ordinaire.

. M. Cruikshank aperçut, dès les premières expé* riences., des traces d acidité et d alcalinité. M. Pacchiani ' crut voir qu'il se formoit de lacide muriatique du côté positif, et en conclut que cet acide est de l'hydrogène moins oxygéné que l'eau. On trouvoit ordinairement aussi de la soude du côté opposé. Mais MM- Thénard, Biot, Simon, PfafF, et plusieurs autres physiciens, constatèrent bientôt qu'il n'y a point d'acide ni d'alcali quand on

* Histoire du Galvanisme, t. IV, p. 282. Extrait d'une nouvelle Lettre du docteur Pacchiani à M. Fabroni, par M. Darcet; Annales de Chimie y t. LVI, p. 1 1 1. Cette Histoire du Galvanisme, par M. Sue, Paris, 4 vol. in-S*», peut en gênerai être consultée avec beaucoup de fruit pour tout ce qui tient aux progrès de cette nouvelle branche de la physique.

emploie de Teau bien pure, et quand on éloigDe soigneusement de l'appareil tout cq qui *pourroît fournir du sel marin; précaution très difficile à prendre complètement, car il n'est pas jusqu'à la peau des doigts qui n'exhale de ce sel.

Enfin MM. Davy et Berzelius, ainsi que MM. Riffault et Ghompré, de la société galvanique de Paris, viennent de montrer que tous ces phénomènes tiennent à la propriété qu'a la pile de décomposer les sels de la même manière que l'eau; semblant entraîner aussi l'un de leurs principes d'un vase dans l'autre, au travers de la fibre ou du siphon qui unit ces vases , et cela de manière que l'orjrgène ou les substances oxygénées sont attirées vers le pôle positif, et l'hydrogène et les alcalis vers le négatif.

Dans la plupart des expériences qui avoient fait d'abord illusion , il se trouvoit un peu de sel marin , fourni par les fibres animales, ou par les autres moyens de communication que l'on établissoit entre les deux vases ; souvent c'étoit le verre qui avoit fourni la soude; le tube même de l'alambic où l'on distille l'eau peut lui communiquer quelque principe propre à induire en erreur.

Cette action sur les sels étoit reconnue depuis quelque temps par M. Ritler : M. Vassali-Eandi en avoit trouvé une sur lalcohol et les acides; M. Rlaprotb , sur l'alcali volatil. On s'explique ces phéno-

CHIMIE GÉNÉRALE. Sg

Diénes en supposant que , dans tous ces cas, Fun des éléments de la substance qui se décompose est repoussé par Fun des pôles de la pile, pendant que lautre élément se dégage, et que le contraire arrive au pôle opposé ; enfin que la décomposition se continue de molécule à molécule, jusqu'à un point intermédiaire où ces éléments, repoussés de part let d autre, se combinent entre eux de manière que le résidu reprend toujours sa composition pri** mitive. Mais il faut admettre aussi que ce transport d un élément d*un vase dans 1 autre a lieu avec tant de force quun acide traverse, par exemple, une dissolution alcaline sans y laisser la moindre trace de (ximbinaison , et réciproquement.

Il résulte toujours de cette grande découverte cette Tërité aussi nouvelle qu'importante, que le simple contact des substances hétérogènes a le pouvoir d'altérer Féquilibre électrique, et que cette altération peut en occasioner dans les affinités chimiques de tous les corps environnants. Il est aisé de concevoir à quel point cette action tranquille et continue peut influer sur ce qui se passe à la surface du globe et dans son intérieur, et contribue peut-être aux mouvements les plus compliqués de la vie, et quelle abondante source de lumière ce nouveau corps de doctrine doit ouvrir à toute la philosophie naturelle.

6o SCIENCES PHYSIQUES.

Aussi rinstitut n a-t-il cru pouvoir mieux placer en 1807 le prix annuel fondé par le gouvernement pour le galvanisme qu'en, le décernant à M. Davy, qui a SU apprécier avec le plus d exactitude les lois de cette puissance singulière *.

C'est ici que viendroit se placer l'action cachée que 1 on attribue aux métaux , au charbon , et à l'eau, sur le corps humain, action par laquelle on cherche à expliquer et à remettre en crédit la baguette divinatoire: mais nous ne pouvons nous permettre de ranger parmi lés progrès réels et constatés des sciences des expériences équivoques, et que l'on avoue ne réussir que sur quelques personnes privilégiées. Le pendule métallique de Fortis, auquel on a prétendu trouver de lanalogie avec la baguette, et dont on assure qu'il vibre en des sens différents, selon les substances sur lesquelles on le suspend, n'a point donné à nos physiciens les résultats que des étrangers, d'ailleurs gens de mérite, assurent en avoir obtenus '.

* Lorsque ce Rapport a ^té rédigé , les expéneoces qui paroissent annoncer la décomposition des alcalis par la pile u'étoient pas encore connues à Paris.

'On ne peut en général trop recommander, sur toutes les question physiques mentionnées jusqu'à cet endroit ,1a lecture du Traité élémentaire de Physique de M. Haiiy; Paiis, 1806, 2 vol. in-8**; et celle de la Physique mécanique de Fischer, traduite par madame Biot ; Paris, 1806, I vol. in-8°.

CHIMIE GÉNÉRALE. 6l

Théorie de la combustion.

De tous les efFets qui peuvent résulter , soit des affinités immédiates, soit de ces modifications instantanées qu y apportent la chaleur, Télectricité, ou d autres circonstances, la combustion est non seulement le plus important pour nous, en ce que nous en tirons toute la chaleur artificielle dont nous avons besoin dans la vie commune et dans les arts ; mais c est encore celui dont Tinfluence est la plus g[énérale dans tous les phénomènes de la nature comme dans ceux de nos laboratoires.

Nous ne lui donnons guère le nom de combustion que quand cest la chaleur qui loccasione, et quelle est accompagnée de flamme; mais elle peut aussi être amenée par une foule d autres causes, ou n'aller point jusqu'à cet excès : et lorsqu'on la prend ainsi dans son acception la plus étendue , on peut dire qu'elle précède, qu'elle accompagne ou qu'elle constitue la plupart des opérations chimiques et des fonctions vitales; il n'en est presque aucune où quelque corps ne se trouve, soit brûlé, soit débrûlé, si l'on peut employer ce terme expressif: en un mot c'est presque de la manière de concevoir ce qui se passe dans la combustion que dépendent toutes les diversités des explications que l'on peut donner en chimie; et par les mots de théorie chi-

miquCy on n'entend guère autre chose que théorie de la combustion.

Aussi tout le inonde sait-il que la nouvelle théorie de la combustion est la plus importante des révolutions que les sciences naturelles aientéprouvées dans le dix^huitième siècle.

Elle coïncide à-peu-près avec le commencement de lepoquè dont nous avons à rendre compte; mais ce n est guère que pendant le cours de cette époque même quelle a obtenu l'assentiment universel des savants. D'ailleurs elle a eu trop d'influence sur les découvertes postérieures, elle est trop honorable à la nation Françoise, pour que nous n'en rappelions pas l'histoire en peu de mots; histoire bien singulière, et qui remonteroit bien haut si la tradition des idées n'avoit pas été interrompue pendant un siècle et demi.

Un médecin du Périgord, nommé Jean Rey *, avoit eu, dès i63o, sur la calcination de Fétain et du plomb, qui n'est qu'une sorte de combustion, des idées toutes semblables à celles de la nouvelle chimie ; mais son écrit étoit tombé dans l'oubli le plus profond. L'un des créateurs de la physique expérimentale, l'illustre Robert Boyle, avoit aussi

' Essais de Jean Rcy, docteur en médecine, sur la recherche de la cause pour laquelle Tëtain et le plomb augmentent de poids quand on les calcine; nouvelle édition; Paris, 1777) i vol. in-8**.

reconnu, dès le milieu du dix-septième siècle, une grande partie des faits qui servent aujourd'hui de base à cette chimie nouvelle; il savoit que la combustion et la respiration diminuent le volume de lair et le rendent insalubre, et il n'ignoroit point l'augmenta tion de poids que les métaux acquièrent par la calcination. Son disciple Mayow avoit appliqué ces faits à la respiration et à la production de la. chaleur animale, presque comme nous le ferions aujourd'hui. Lappareîl que nous appelons pneu^ matcxhimique étoit connu de lun et de l'autre; ils avoient déjà distingué différentes sortes d'air.

Mais, par une fatalité inconcevable, ces hommes célébresn'avoientpointsaisiles conséquences immédiates de leurs expériences. Boyle surtout n'avoit vu dans cette augmentation de poids que la fixation du feu , et depuis eux les chimistes proprement dits avoient presque perdu de vue les fluides élastiques.

Beccher et Stahl, ne donnant d'attention qu'à la facilité de ramener toutes les chaux métalliques à Tétat de régule par une matière grasse ou combustible quereonque, imaginèrent, l'un sa terre sulfureuse, l'autre son phlogistique, principe commun, selon eux, à tous les corp3 combustibles, qu'ils perdent en se brûlant et reprennent en se réduisant : cette hypothèse, développée etappliquée à presque tous les phénomènes par les travaux suc-

cessifs d'un grand nombre d'habiles gens, sefnbloit avoir reçu ses derniers perfectionnements par les travaux brillants de Scheele et de Bergman; elle avoit acquis un tel crédit qu elle domina constamment ceux même des physiciens de la Grande-Bretagne dont les expériences ont le plus contribué à l'ébranler.

En effet les recherches sur les fluides élastiques furent continuées Jans cette île presque sans interruption depuis Boyle. Haies ' montra dans combien d'occasions de lair fixé et retenu dans les corps recouvre son volume et son élasticité. Black* reconnut l'identité de celui qui s'élève des liqueurs fermentées, avec la vapeur qui se manifeste lors de l'effervescence de la pierre calcaire et des alcalis, vapeur dont la privation les met dans letat appelé caustique. M. Cavendish^ détermina la pesanteur spécifique respective de l'air fixe et de l'air inflammable; il montra l'identitédu premier avec la vapeur du charbon et sa nature adde. Priestley "^ sur^tout,

* La Statique des végétaux et TAnalyse de l'air, par M. Haies; traduites de Tanglois par M. de BufFon; Paris, i735, i vol. in-4°'

* Transactions philosophiques, années 1766 et 1767.

^ Expériences sur TAir, mémoires lus à la Société royale de Londres les i5 janvier 1788 et 2 juin 1785, traduits par Pelletier, et insérés dans le Journal de Physique, t. XXV, p. 417 ; t. XXVI, p. 38, ett.XXVII, p. 107.

^ Expériences et observations sur différentes espèces d*air, traduites de TaDglois; Berlin, 1775, i vol. in-8". — Expériences et ob-

par des expériences multipliées avec une patience admirable, étudia toutes les circonstances où ces deux airs se forment, fixa les caractères de celui qui reste après la combustion dans lair commun, et qa'il nomma phlogistiqué, découvrit l'air nitreux et sa propriété de mesurer la salubrité de lair commun en absorbant toute sa partie respirable, obtint enfin séparément cette partie respirable, c^ air pur, le seul qui entretienne la combustion et la vie.

Cependant nos François n*étoient pas restés entièrement inacti&.

Bayen',* entre autres, avoit remarqué que plu** sieurs chaux de mercure se réduisent sans addition d'aucune matière combustible, et en dégageant beaucoup d air. On peut même dire qiw c'étoît lui qui avoit donné à Priestley Tidée d'examiner cet air, et par conséquent loccasion de découvrir l'air pur.»

Mais ces expériences, tout en faisant sentir l'insuffisance de la théorie du phlogistique, n'en donnoient pas immédiatement une meilleure.

Celle-ci fut due tout entière au génie d'un François. Layoisier, après avoir long-temps examiné les

senrations sur différentes branches de la physique, avec une continuation des observations sur l'air, ouvrage traduit de Fançlois par M. Gibelin; Paris, 1782, 3 vol. in-S**.

* Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1774-

BCPFON. COMPLÉM. T. I. 5

phénomènes relatifs aux airs dégagés et fixés, après avoir vu, comme beaucoup d'autres, que laugmentaiion. de poids des métaux calcinés est due à la fixation d une portion quelconque de Fair, eut esfin k bonheur particulier de reconnoUre et de démontrer par une suite d'expériences aussi claires que rigoureuses que non seulement les métaux^ mais encore le soufre, le phosphore, en un mot tous les corps combustibles, absorbent, en brûlant, seulement de lair pur ',. c'est-à-dire cette portion uniquement respirable de lair, et cela en quantité précisément égale à laugmentation de poids des chaux ou des acides produits; qu'ils rendent cet air en se réduisant, et que lair ainsi restitué se ehange en air fixe, quand c'est par le charbon qu'on les réduit \

Le phlogistique est donc un être de raison, se di^il ; la combustion n'est qu'une combinaison de l'air pur avec les corps. La lumière et lailamme qui s'y développent étoient cette chaleur latente employée auparavant a maintenir l'air pur à l'état élastique. Le fluide qui reste après que la portion

* Cest en ce point que consiste ce cp'il y a de propre à Lavolsier daps sa découverte : ainsi déterminée, elle fat soupçonnée seulement en i774r «^ nettement énoncée en 177S.

* Opuscules physiques et chimiques, par A,, h* Lavoisi«r; Paria ^ i^^3. — Mémoires de TAcadémie des Sciences, années 1777, p. 186, et 1781, p. 448-

pure de Tatmosphère est consommée est un fluide particulier dans son espèce. L*air nommé fixe est le produit spécial de la combustion du charbon.

Il est évident que dès4ors la nouvelle théorie fat découverte.

On devoit naturellement chercher aussi à savoir ce que donne la combustion de Tair inflammable ; il étoit d'ailleurs nécessaire qu'on le sût, pour expliquer plusieurs phénomènes dans lesquels cet air se montre ou disparott. M. Gavendish observa le premier qu'il se manifestoit de Feau dans cette combustion ^ M. Monçe fit cette expérience de son côté, sans cotinottre celle de M. Gavendish. Lavoisier, Meunier, M. Delaplace, la répétèrent avec les précautions les plus rigoureuses ^ ; ils obtinrent de r^au qui égaloit en poids Tair inflammable brûlé et Tair pur consommé. On fit passer à son tour de Feau sur des corps qui pouvoient lui enlever son air pur ; il resta de lair iûflammable. La composition de i eau fut donc connue. Les nombreuses calcinations qu'elle opère sans le concours de lair, les productions d'air inflammable par ces calcinations,

* L*ezpérience de M. Gayendish date de 1781 ; la lecture de son Mémoire est de janvier 1 788 ; Texpérience de Lavoisier de juillet 1783 : mais M. Gavendish, dans son Mémoire, conserve l'hypothèse du phloçistique.

' Développement des dernières expériences sur la décomposition et là recoinposition de Teau. Journal polytype du :>.6 juillet 1786.

furent expliquées , et les principes particuliers à la nouvelle théorie absolument complétés. •

Ils furent en quelque sorte démontrés, lorsque Lavoisier et M. Delaplaçe eurent imaginé le calorimètre, et que la quantité de chaleur dégagée dans chaque combustion se trouva constamment répondre à la quantité d'air pur employée, comme celle-ci répondoit à Taugmentation de poids du produit.

On put alors se faire des idées dé la composition des substances combustibles végétales, formées essentiellement de la réunion de lair pur, du charbon, et de lair inflammable. Les quantités respectives d air fixe et d'ean qu elles fournissoient en brûlant indiquèrent les proportions de leurs principes^ Les fermentations de toute espèce , ces mouvements intestins des sucs et des substances végétales, jusque-là rebelles à toute explication précise, ne furent plus que l'effet des changements d'affinités qu'amène l'accès de l'air et de la chaleur. Les éléments de ces substances une fois connus et mesurés, on put calculer les détails et les résultats de leurs nouvelles combinaisons; on put confirmer ce calcul par l'analyse de leurs produits, tels que Falcohol et le vinaigre. Ce fut encore entièrement là l'ouvrage de Lavoisier.

Pendant ce temps M. Bérthollet faisoit une dé-

couverte particulière destinée à tenir une ^ande place dans I^explication de phénomènes plus compliqués encore ' ; il reconnoissoit que lalcali volatil est formé da lair inflammable, combiné avec cet air nommé jusque-là )7A/o^i5fi(]fu^^ qui reste de lair commuî) après la combustion ^ et<iue toutes les matières animales, toutes celles des végétales qui donnent cet alcali en se brûlant ou en pourrissant, contieiinent de lair phlogistiqué : c'étoit à ce nouvel élément qu'étoient dues le& fermentations putrides et les modificatioi^s si' désagréables de leurs produits.

Les Qxpérieyce^ du mêAie chimiste , jointes à celles de Priestley, pouvoient encore faire présumer un emploi important de cet air, celui de foimèr Facide du nilre en se combinant avec Tair pur plus intimemeiU quils ne le font dans Tatmosphère; et M. CaVendish ne tarda pas à changer ces soupçons en certitude,, en composant cet acide immédiatement par Tétincelle électrique \

On peut dire qu'alors la théorie nouvelle s'étendit sur toutes les branches importantes de la science.

Elle n e^t, comme on voit, (|u un lien qui rap-

* Mémoire sur l'analjse de Falcali Tolatil, lu à rAcadémie de» Sciences le 1 1 juin 1785. Journal de Physique^ t. XXIX, p. 175.

* Voyei le» Mémoires cités plus hau-t.

proche heureusement des faits particuliers reconnus en des tempsi et par des hommes Jtrès difïSérènts.

La découverte de la chaleur latente par. Black; celle du dégagement de Tair deé chaux de mercure réduites sans addition par Bayen; celle de la production de Pair fixe dans la combustion du charbon, et de Teaudaus celle de Fair inflammable, par Ca^yendisb , sont des portions intégrantes de 1^ aouvclle chimie, tout comme laugmenXation de poids des métaux calcinés, déjà annoncée par Liba vins, et i absorption de Tarir dans lescalcinations, re-^ connue dès le temps de Boyle.

Mais c'est précisément la erél^tio/i de ee lien qui constitue la gloire incontestable de Lavoisier. Jusqu'ià lui, les phénomènes particuliers de la chimie pou voient se comparer à une espèce de labyrinthe dont les allées profondes et tortueuses ayoient près* que toutes été parcourues par beaucoup d-homm^ laborieux; mais leurs points de réunion, leurs rapports entre elles et avec Fensemble, ne pou* voient être aperçus que par le géniç qui saurojt s'élever au-dessus de ledifi^e et en saisi roit le |:dan d'un œil d'aigle.

Cest ce qu'a fait Liavoisier dans cette science; c'est ce qu'ont fait, chacun dans la leur, tous ceux dont les grandes théories ont éclairé la nature. Ici, comme dans toutes les autres branches , c'est à

€MIMIE GËfiÉRALE. 71

1 expression la plus générale des faits que se reoonnoit la force du génie.

. T/Ëurope fut témoin, à cette époque, d'un spectacle touchant, dont Thistoire des sciences offre bien peu d'exemples. Les chimistes françois les plus distingués, les contemporains de T^voîsier, ceux qui avoient le plus de droits à se regarder comme ses émules, et particulièrement MM. Fourjcroy, BerthoUet, et Guy ton , passèrent francfa^nent sous ses drapeaux, proclamèrent sa doctrine dans leurs livres et dans leursr chaires, travaillèrent avec lui à retendre à tous les phénomènes et à Tinculquer dans tous les esprits.

C'est par cette conAiité noble, autant que par rîmportance de leurs propres découvertes, qu'ils méritèrent de partager la gloire de cet heureux génie, et qu'ils firent donner à la nouvelle théorie le nom àe chimie française j sous lequel elle est adoptée aujourd'hui de toute TEkirope. .

Ce n'est pas sans combats qu'elle y est parvenue, . Les partisans de lancienne doctrine recoururent à mille ressources pour défendre le phlogistique : les uns lui attribuèrent une pesanteur négative; les autres le regardèrent comme identique avec l'air inflammable. M. Kirwan, le plus habile de ceux qui soutinrent cette dernière modification de la théorie de Stahl, fut cependant si complètement

,7a SCIENCES PHYSIQUES.

réfuté par les chimistes François, qu'il s avoua vaincu , et qu il passa solennellement dans leur parti '.

On peut dire, en dfFet ^ que les objections que la nouvelle théorie chimique excita dans son origine ont toutes été combattues avec succès : elles tenoient ou à Timperfection des expériences que 1 on alIéguoit,.ou à quelque élément que Ton nëgligeoit d'apprécier. C'est à l'une ou à l'autre de ces deux classes que l'on peut rapporter celles de Priestley *, de Wiegleb, de Goettling.

On en a fait nouvellement quelques autres, tirées de la météorologie ou des découvertes du galvanisme: c'est ici le lieu den dire un mot, et de feire voir qu'elles neméritAt pas véritablement le nom d'objections, mais qu'elles indiquent seulement des développements ultérieurs dont la théo* rie est peut-être susceptible, et auxquels on-doit <lonner une grande attention.

M. Deluc est celui qui a le plus insisté sur les premières. Il arrive très souvent j- quand on est sur des montagnes, qu'on voit naître des nuages à des bau-

'^' Essai sur le phlog^stique et sur la constitution des acides, traduit de Panglois de M. Rirwan, a^ec des notes de MM. de Morvean, Lavoisier, Delaplace,]^Monçe, BerthoUet, et de Fourcroy ; Paris, 1788, I vol. in*8''.

' Réflexions sur ia doctrine du phlo£^stique et la décomposition de Teau, ouvrage traduit de Tanglois par P. A. Adet; Paris, 1798, I vol in-8°; et plusieurs Mémoires particuliers.

CHIMIE GÉNÉRALE. yS

teurs où rhygrômétre n* annonce point d'eau dissoute ni suspendue, et où d'ailleurs il ne peut y avoir d^air inflammable. D'où vient donc l'eau qui forme ces nua{][es, à moins qu'elle n'ait fait partie intégrante des gaz qui composent 1 atmosphère ' ?

Les objections tirées du galvanisme tiennent a la décomposition de l'eau par la pile de Yolta , découverte parTMM. Ritter, Garlîsle, et Nicbolson. Deux fils métalliques communiquant avec les deux bouts de la pile, et plongés dans de l'eau, en tirent continuellement, ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'un de l'oxygène , l'autre de l'hydrogène , et cela mèi;ne quand ils plongent dans deux vases séparés, pourvu que ceux-ci soient joints par une fibre animale, le corps humain, ou tel autre conducteur. L'eau d'un vase semble devoir se change tout entière en oxygène, celle de l'autre en hydrogène. Ces deux gaz ne seroient-ils donc pas chacun une combinaison de l'eau avec l'un des principes électriques excités par la pile? On répond que, dans toutes les expériences , il y a de l'eau intermédiaire, et qu'elles s^expliquent par ce que nous avons dit çi-dessus, d'après M. Davy, Même lorsque M. Ritter a obtenu de l'oxygène ^ans hydrogène, eh mettant, d'un côté,

* Introdoction à la Physique terrestre par les fluides exp'ausibles , prëc^dée de deux Mémoires sur la nouvelle théorie chimique coDsidérée sous différents points de vue; Paris, i8o3, 2 vol. in-8*.

de lacide sulfurique^ il s'est précipité du scHifre; ce qui prouve que l'hydrogène de l'eau alloit enle* ver l'oxygène de l'acide.

)1 est d'ailleurs évident que, si ces conjectures venoient à se vérifier, la nouvelle théorie, loin d^ètre renversée , auroit fait un pas de plus , et que , quelle que soit la composition de l'oxygène, il n'en rempliroit pas moins, dans lesT combustions de tout genre, le rôle que cette théorie lui assigne; mais il est évident aussi que l'on ne peut regarder ce nouveau pas comme entièrement fait, qu'autant que les propositions qui en résulteroient seroient établies sur des expériences aussi exactes et sur dés conclusions aussi rigoureuses que celles des créateurs de la chimie Françoise, et que des suppositions tirées des j)hénoménes de ia science jusqu'à présent les plus obscurs , non seulement à l'égard des points en question , mais encore par rapport à toutes les circonstances qui peuvent les précéder, les accompagner ou les suivre, ne peuvent être mises au mênie rang que des faits circonstanciés, faciles à reproduire à volonté, et dont on mesure avec précision tous les détails.

Nous devons çn dire autant des développements d'un autre genre que des savants étrangers, et surtout des Allemands, ont cherché récemment à donner à la théorie chimique.

M. Winterl, professeur à Pesth, en est le princi» pal auteur \ Il se fonde d abord sur un point incon-^ testable; c'est que 1 oxygène n'est pas le principe général de lacidité, puisqu'on ne la point encore extrait de plusieurs acides, et que des combinaisons où il n'entre certaineiçent point agissent à là manière des aoides, ainsi que cela est reconnu de tout le monde pour l'hydrogène sulfuré, tandis que plusieurs 4e celles où il entre, comme les oxydes métalliques, se composent à la manière des alcalis.

Rangeant alors, d'un côté, avec les acides, toutes les substances qui agissent comme eux , et jparmi lesquelles il compte jusqu'au soufre et à la silice, et de l'autre, sous le nom de base, toutes celles sur lesquelles les acides réagissent, comme alcalis , terres, oxydes, etc. , il attribue les qualités respectives de ces deux ordres de corps à deux principes qu'il nomme d'acide et de basicité, et dont la tendance mutuelle à s^unir occasione, selon lui, toutes les combinaisons chimiques. Les corps sont tous çriginaircment composés d'atomes semblables, et les caractères particuliers à chacun dépendent de son degré d'adhérence au principe de basicité ou d'aci-

* Prolusiones in chemîam seculi decimi noni , auctore Fr. Jos. Wifi" Url; 1800, I Tol. ÎD-S^. — Matériaux d'une chimie du dix-neuvicine siècle, en allemand, par OËrstedt; Ratisbonne, i8o5. — Exposé des quatre éléments de la nature inorganique, en allemand, par Schuster ; Berlin, iSo6.

•y6 SCIENCES PHYSIQUES.

dite; adhérence dont M. Winterl fait encore un troisième principe immatériel, qui peut se perdre, sereprendre, et se transmettre d'un corps àJ'autre.

Une matière douée du principe d adhérence, et qui ne demande que lun des deux autres pour devenir active, s'appelle un suhstratum.'

Pour ne rien dire des difficultés métaphysiques qui résulteroient de cette admission des principes immatériels, principalement de celte du dernier, qu'il est bien difficile de se représenter autrement que comme une relation , et pour nous en tenir au pur examen physique, il est clair qu'une siihple ressemblance des qualités des corps nautoriseroit •pas à leur attribuer des principes communs. Aussi M. Winterl cherche-t-il à prouver, pafr des expériences, l'existence de ceux qu'il établit; il assure que si l'on fait sortir d'une combinaison par la simple chaleur non rouge, soit Tacide, soit la base, le premier n'en ressort pas aussi acide, ni la seconde auçsi alcaline, ou, comme il s'exprime, aussi base qu^ils y sont entrés. C'est qu'une partie des deux principes s'ctoit détachée au moment de la combinaison, pour produire la chaleur, qui se manifeste presque toujours lorsqu'on unit un acide à une base ; et toute chaleur résulte, selon lui, de l'union du principe de l'acidité et de celui de la basicité.

Cet affoiblissement n'est pas sensible, quand on

décompose par un acide ou par une base , parceque la substance qui entre en combinaison cède le superflu de son principe»à celle qui s en va.

L oxygène est lui-même un acide, et Thydrogène une base, qui ont leau pour substratum commun : c'est-à-dire que Feau acidifiée, ou saisie, et, comme M. Winterl s'exprime, animée par le principe dacidité, estdeToxygène; et Teau basifiée, ou animée par le principe de basicité, d*e Fhydrogène. On ne s*étonne donc plus que ces deux gaz donnent de Feau en brûlant, et Ton devine déjà que les deux électricités contiennent les deux principes, ou plutôt sont ces principes eux-mêmes , et que c est ainsi que la pile a Fair de décomposer Feau et les sels. Aussi faut'il avouer que M. Winterl avoit , en quelque sorte , prévu ses effets chimiques , avant que MM. Bitter et Davy les eussent découverts. La différence du galvanisme à 1 électricité vient de la faculté qu'a le premier de communiquer aux corps le principedadbérenceetdeleurfaire retenir par-là lesdeux principes, actifs. Le maximum possible de cbaleur nait de la combustion de Fhydrogène par Foxygène tiré des oxydes au moyen de la chaleur, 1 "" parceque celui-ci est le plus acidifié possible, beaucoup plus que celui qu on tire de Fair commun; 2"" parceque les deux gaz sont entièrement désanimés daiis Fopération ; 3^ parceque la diminution de capacité du

produit vient se joindre aux deux autres causes.

Mais, comme à la longue une réunion complète de toutes les portions des deiîx seuls principes actijs réduiroit toute la matière à son inertie naturelle, M. Winterl fait intervenir la lumière pour lessépa- , rer en certaines occasions et les rendre aux divers substratum dont elle les dégage aussi quelquefois..

On entrevoit sans doute, dans ce couit exposé, qu'en alliant ces vues'avec les nouvelles lois de laffinité et avec celles des combinaisons de la chaleur, on doit arriver à une explication assez plausible de la plupart des phénomènes chimiques, et même que Ton pourroit en éclaircir quelques uns de ceux qui restent encore obscurs pour la théorie reçue : cet avantage, et le rapport quon a cru apercevoir entre les deux principes actifs de M. Winterl et le systèmemétaphysiquedudualismeaujourd'huifort en vogue dans FAllemagnc, ont donné du crédit en ce payS'là aux idées du chimiste hongrois. . Mais le système le plus séduisant, ledifice le plus itigénieux^ ne peut subsister s*il n'est fondé sur l'expérience. Tant que les pertes de force, que M« Winterl prétend causées aux acides et aux bases par leur simple passage à l'état de combinaison, n'auront pas été généralement démontrées, ses deux principes ne pourront être reconnus. Or M. Ber-thollet vient de répéter les principales expériences.

sur lesquelles M. Winterl s appuie pour établir ce point capital, et il les a trouvées fSeiusses. Ce qui les rendoît suspectes d avance c'est que quelques autres que M. Winterl a mises en avant sur des sujets plus particuliers n ont également pu encore être vérifiées par ceux qui les ont tentées et spécialement par MM. Guyton de Morveau et Buchotz '.

Nous voulons sur-tout parler de Yandronia et de la îhelykay deux substances auxquelles M. Winterl fait jouer Un grand rôle dans les phénomènes particuliers^ et quil ne paroit pas qu'on ait pu repro* duire en suivant des procédés qu'il indique.

Nouvelle nomenclature chimique.

Pour reprendre le fil de l'histoire de la chimie, nous dirons que l'un des moyens qui ont le plus puissamment contribué à faciliter l'enseignement de la science en général, et à préparer l'adoption universelle de la théorie nouvelle, c'est la nomen^ ^lattf re créée par une société de chimistes françois dont nous avons parlé plus haut.

Les termes de la chimie se ressentoient encore , à la fin du dix-huitième siècle, des temps déplorables où cette science a commencé à naître ; plusieurs étoient entièrement barbares; la plupart

' Annales de Chimie de 1807.

8o SCIENCES PHTSIjQUES.

conservoient cet air mystique ou merveilleipc qui leur avoit été donné par des charlatans ; presque aucun n avoit le moindre rapport d etymologie avec lobjet qu'il désignoit, ni avec les noms dès objets analogues : si quelque chose en justifioit l^isage, cetoit Timpossibilité de faire mieux, tant quon n avoit point d'idée nette de la composition de la plupart des substances.

Donner aux éléments des noms simples ; en dériver^ pour les combinaisons, des noms qui exprimassent Fespéce et la proportion des éléments qui les constituent , c^étoit offrir d avance à Tesprit le tableau abrégé des résultats de la science, c*étoit fournir à la mémoire le moyen de rappeler par les noms la nature même des objets. Cest ce que M. Guyton de Morveau proposa le premier dès 1 781, et ce qui fut complètement exécuté par liv et par ses collègues en 1 7 8 7 ' .

Il falloit s'attendre que la plupart des anciens chimistes ne se résoudroient qu'à regret à étudier un système entier de dénominations nouvelles; mais il falloit espérer que les jeunes gens se trouveroient heureux de recevoir une instruction simplifiée par la fusion des noms et des définitions. La

* Méthode de nomenclature chimique proposée par MM. de Morveau, Lavoisier, Berthollet,'et de Fourcroy; Paris, 1787, i volume in-8".

CHIMIE GÉNÉRALE. . 8l

nouvelle nomenclature n'est en efFet que cela: il seroit ridicule de vouloir en faire un instruitient de découvertes, puisqu'elle nest que FexpiPéssion des découvertes faites; mais il est juste de voir e|i elle un excellent instrument d'enseignement Sans doute elle ne peut, comme toute dé^nition, rendre que ce que Ton. savoit à l'époque où on Fa faite: ainsi les acides dont on ignore le radical , ceux dont on n'a point déterminé le degré d'oxygénation, n'y portent encore que des noms provisoires; peut-être aussi auroit-on dû donner à l'acide nitrique son véritable nom, puisqu'on savoit dès -lors de quoi il est formé; l'ammoniaque ne dçvoit pas non plus y porter un nom simple, dès que Ton connoissoit sa composition.

Mais une partie de ces défauts tient à l'état de la science; les autres peuvent aisément être corrigés, et ils n'ôtent rien à l'utilité de la nomenclature mé<thodiqué .ni au mérite de ses inventeurs.

On se tromperoit cependant si l'on attribuoit entièrement à la nouvelle nomenclature , ou même à la nouvelle théoriefle la^combustion, l'état brillant où la chimie est arrivée de nos jours.

Il en est une cause eneore plus essentielle, à làquelle même on doit , à proprement parler, et cette théorie nouvelle, et leSi découvertes qui l'ont fait naître, au^si bien que celles qui l'ont suivie. Nous

BOPFON. COMPliM. T. I. 6

82 SeiÈNCES PHYSIQUES.

Tavons déjà indiquée en gctiéral; mais il est bon d en parler encore dans cette occasion où son importaiîce est si frappante. Cest Tesprit mathélnatique qui s^èst introduit dans la science, et la rigoureuse précision quV)n a portée dans Fexamen de toutes ses opérations.

Bergman en avoit donné l'exemple dans ses méthodes d analyse minérale ; Priestley s'y étoit fort attaché dans ses expériences sur les airs ; M. CaTendisfa sur-tout, que nous avons déjà nommé tant de fois, avoit procédé constamment en géomètre profond, autant qu'en chimiste ingénieux.

Les nouveaux chimistes françoîs se sont plus rigoureusement encore astreints à cette marche sévère qui pouvoit seule donner à leur doctrine le caractère de la démonstration; et c'est sur -tout dans cette partie qu'ils ont eu à se louer du con-*cours de quelques uns de nos géomètres les plus distingués, et que l'on a pu juger de Theureux effet de cette association des divers genres d'études.

Nous avons déjà parlé du calorimètre imaginé par Lavoisier et par M. Delapiace. Le gazomètre dû aux recherches de Lavoisier et de Meunier n'est pas moins important. Déjà auparavant l'appareil poeumato-» chimique de Mayow, de Haies et de Priestley, et l'appareil de Woulf pour la sépara-% tion des différents gaz, avoient rendu les plus

CHJMIE GÉNÉRALE. 83

grands services; ce dernier à été depuis ettrèmement perfectionné par M. Welther.

C est dans le Traité élémentaire de LaVoisier' que l'Europe vit pour la première fois avec étonnement le systètne entier de la nouvelle chimie, et cette belle réuniond'!nstrumefïtsingénieux,d*expérîences précises, et dVxplications heureuses, présentées avec une clarté et dans un enchaînement qui u'étoiênt guère moins admirables que leur découverte.

Ce livre ayant paru précisément en 1789, on peut dire que tous les travaux dd chimie particulière dont nous avons maintenant à rendre compte se s6n< vécûtes soûs ^ôn influenée; et c'est le point de départ le plus convenable que nidus puissions choisir, puisqull fstit véritablement lune des plus grandes époques de Thistoiie d^ sciences.

GlIIMIE PARTIjCDLIÈRE.

Nouveaux éléments métalliques.

Nous sommes loin aujourd'hui de la doctrine bizarre des anciens, qui prétendoient composer tous les corpi avec quatre éléments ou modifica-

' Traité élémentaire de Chimie, présenté dans un ordre nouveau, et d*aprè8 les découvertes modernes, par M. Lavoisier; Paris, 1789, 2 vol. in-8*.

tions primitives de la matière : celle des chimistes du moyen âge, avec leurs terres, leurs soufres, leurs sels, et leurs mercures, s est écroulée aussi devant lexpérience et une saine logique. Tout ce que nous ne pouvons décomposer est un "élément pour nous; et chaque fois que nous rencontrons . une nouvelle matière rebelle à notre analyse, nous nous croyons -en droit de Tinscrire sur la liste des substances simples , bien entendu que nous ne les considérons comme telles que relativement à Tétat actnel de nos connpissances. Ces substances non encore décomposées vont aujourd'hui à près, de cinquante , et les métaux de toute espèce y occupent un rang considérable.

Les anciens, comme on sait, n*en possédoient que sept; et Tidentité de ce nombre avec celui de leurs planètes et avec celui des notes de la gamme et des couleurs de Tiris , avoit donné lieu à une foule d'idées superstitieuses ou ridicules. On découvrit, pendpnt le moyen âge, quelques demimétaux, 1 antimoine, le bismuth, le zinc, le cobalt, • le nickel', dont les noms tudesqujes attestent encore aujourd'hui Torigine. Les chimistes de 1 école de Stahl constatèrent la nature métallique et parficuhére des deux derniers, ainsi que celle de 1 arse-

' Découvert depuis long- temps, mais reconnu pour un mctal particulier, en I75a, par Cronstedt.

CHIMIE particulière; 8f)

nie, du molybdène ', du tungstène', et du* manganèse^.

Leurs longues recherches parvinrent à purffier le platine , et à nous* montrer en lui un nouveau inétal noble, le plus pesant et le plus inaltérable dé tous.

On comptoit donc en 1 789 dix-sept métaux ,' soit cassants, soit ductiles: dès cette année M. Kla* protb en découvritun dix-huitième, Turane^.

Il yen ajouta, en 1796, un dix -neuvième, le titane, que M. Gregor avoit soupçonné dans une substance du pays de Cornouailies. et qui s est retrouvé dans une foule de minéraux.*Son oxyde composé seul ce que Ton nommoit schort rouge et schort octaèdre.

Muller, Bergman, et Kirwan avoient aussi soupçonné un métal dans quelques mines d*or de Hongrie; M. Klaproth Fy a démontré en 1798^ et la nommé tellure^.

M. Vauquelîn a fait en ce genre, eh 1797 , une

' Scheele eo détermioa l'acide en 1778; Hielm, disciple de Bergman, le métal.

* L*acide en. fut reconnu par Stheele en 1781 ; Bergman sojupçonnoit sa natare métall\(jue ; MM. d'EIhuyar Tont rëduit les premiers.

' Gahn Ta réduit le premier ; Bergman et Scheele en soupçonnoient la nature.

* Annales de Chimie, t. IV, p. 16a.

' Annales de Chimie, t. XXV, p. 273 ; mémoire lu à l'Académie de Berlin le a S janvier 1798.

découverte qui efface, pour ainsi.dire, toutes les autres par le rôle brillant que son métal joue d^ns* la nature^ et par son utilité dans les arts: c'est le chromer Son oxyde ^st dHia beau yert ^ et son acide d'un beau roqge; il sert de minéralisateur au plomb rouge de Sibérie, et de principe colorant à Témeraude et au rubis. {1 y en a en abondance de combiné avçc du fer, et on le retrouve jusque dans les pierres météoriques. La porcelaiqe, pour laquelle on n avoit point jusqu'ici de vert qui pût soutenir le graud feu, en reçoit uq de l oxyde du chrome, aussi beau dans son genre qu^ le bleu qu'elle tire du .cobalt; on s^ep sert pour imiter par^iten^ent la couleur des.émeraudes; et 1 acide du chrome, combiné avec le plomb , doune un rouge inaltérable aussi beau, que te, minium \

Les travaux presque simultapés de MM, Fourcroy, Yauquelin, Descotils, WoUaston, et Smithson-Tennant , viennent de mettre au jour (ei^ 1 8oS et i8ô6) quatre métaux distincts et trè^ remarquables, qui se trouvent mélangés avec le platine brut. L'un deux, le j)alladium , ressemble à l'argent par l'éclat, la couleur, et la ductilité^ mais il est plus pesant et plus inaltérable : un autre, ïosmium^ a la propriété singulière de se dissoudre dans l'eau , de

' Aonales de Chimie, t. XXV, p. ai ^mémoire lu à Flnstitut le ii hru maire au 6.

CUIMIE PARTICULIERE. 87

lui donner une ^veur et une odeur fortes, et de s'élever avec elle en vapeurs; le troisième, Yiridium, est remarquable pHr les couleurs vives qu'il communique à ses dissolutions; le quatrième enfin, le rhodium, les colore toutes en rose ^

Cette découverte presque subite de quatre substances métalliques dans un minéral où on les soupçonnoitsipeu, et où elles sont accompagnées de sept autres déjà connues, peut faire croire qu'il en reste encore beaucoup à distinguer dans la na* ture : une foule de différences physiques des miné* raux-exigent en quelque sorte, pour être expliquées, que l'on y découvre de nouveaux principes.

Déjà M. Hatchett a retiré, en iSaa, d'un minerai des États-Dnis, un métal particulier quil a nommé columbium. MM. Hisinger et Berzelius 4en ont trouvé un autre, le cerium, dans un minerai de Suéde'; et M. Ëkeberg un troisième en 1801, le tantale, dans deux minerais du même pays^^Mais ces trois mét£^ttx ont des propriétés moins saillantes que les précédents; et Ion annonce que le tantale nest qu'unis combinaison de Téiain.

La liste des substances métalliques iroit donc

' BaUetin des Sciences, floréal et fructidor an 11, germinal et fructidor an la, et vendémiaire an i3.

^ Journal de Physique, t. XiV, pages 85, 168, 36 1. ^ Journal de Physique, t. LV, pages a38 et a8i«

aujourd'hui à vingt-huit, ou vingt-sept en retranchant le tantale.

Nouveaux éléments terreux.

Celle des éléments terreux n'est pas aussi considérable. Les anciens et les chimistes du moyen âge n*en admettoient qu'une seule espèce, qu'ils désignoient par 4es noms vagues de terre et de capiêt mortuum:

C'est dans l'école de Stahl seulement qu'on a commencé à distinguer la terre calcaire, la' siliceuse, et l'argileuse; encore beaucoup de minéralogistes les regardoient4ls en ce temps-là comme des modifications d'une substance commune.

Les travaux de Black et de Margraf y ajoutèrent la magnésie; et ceux de Scheele et de Gahn, la baryte ou terre pesante. Ainsi Ton connoissoit cinq terres en 1789.

M. Rlaproth se présente encore le premier parmi ceux qui ont augmenté cette liste. Il découvrit la zircone en 1 7 89 dans la pierre dite jargon de Ceylan}^ et la retrouva ensuite dans une variété d'hyacinthe. M. de Morveau prouva qu'elle entre essentiellement dans toutes les véritables gemmes de ce nona'.

, * Mémoires de la Société des amis scratatenrs de la nature, de Berlin. * Annales de Chimie, t. XXI, p. 72.

M. Klaproth distingua en 1798 la strontiane, que Ton avoit confondue jusqu*à lui avec la baryte. M. Fourcroy a fait voir que Tune etfautre jouissent éminemment des propriétés alcalines'.

M. Yauquelin se montra aussi bientôt un digne émule de M. SJaproth dans ce genre de recherches, en découvrant en 1798 la glucine, qui fait la base du beril et de Témeraude: sou nom vient de la saveur sucrée des sels qu elle forme avec les acides'.

Enfin M. Gadolin a reconnu encore en 1794? dans une pierre de Suéde , une terre particulière qull a nommée j(trta.

Ainsi la chimie possède aujourdliui neuf terres distinctes qu'il n'a pas été possible de convertir les unes dans les autres, et dont aucune na pu être réduite à Tétat métallique, quoi que Ton ait fait pour cela, et malgré la ressemblance frappante qu a la baryte avec les oxydes ; il &ut donc les con-f server dans la liste des substances simples pour nos iastrumeuts,

L'heureuse détermination des principes de l'alcali volatil par M. Berthollet pouvoit faire espérer que l'on parviendroit à décomposer également les deux alcalis fixes; mais toutes les tentatives faites

* Journal de Physique, t. XLV, p. 56.

* Analyse de TaigiiemariDe, etc., lue à Tlnstitut le a6 pluviôse an 6 ; Annales de Chimie ^ t. XXVI, p. 1 55.

90 SCtSNCSS PHYSIQUES.

jusqu'à présent pour cela ont été vaines, et Ton doit aussi les laisser dans la liste d«s éléments ^

Les chimistes, dévoient de même être encourafjés , par la découverte du radical de lacide nitrique, à la recherche de ceux des trois autres acides minéraux non décomposés, savoir, du fluorique, du boracique, et du muriatique; mais ib ny ont pas eu plus de succès que dans ianalyse des alcalis fixes; et si Ton ne place pas également ces acides dans la série des principes élémentaires , c est que lanalogie n a guère permis jusqu*à présent de dputer qu'ils ne soient, comme les autres, formés de la combinaison d'un radical quelconque avec loxy-. gène.

Nouveaux acides.

On a été plus heureux à découvrir des acides nouveaux; Técole de Stahi en avoit déjà obtenu plusieurs'.

On sait en effet que lacide sulfuriqtie , le nitrique, et le muriatique, étoient seuls connus des

• ^ous avons déjà remarqaé que les expérieDces de M. Davy n étoient pas connues lors de la rédaction de ce rapport : au reste on est encore en doute si le produit d'apparence métallique qu'elles donnent résulte de la décomposition des alcalis, ou de leur combinaison avec le charboa

• Voyez en £;énéral Fezcellent article Acide, dans Y Encyclopédie méthodique y par M. de Morveau; et les chapitres sur le même sujet, dans les Systèmes de Chimie de M» Fonrcroy et de M. Thomson.

chimistes du moyen âge ; le sulfureux fut distingué par Stahl lui'-mèine; le boracique, par Hom«berg; le pbosphorique, par Margraf ; le carbonique, par Black, Cavendish, et Bergman; le fluorique, par Scheele.

Ce dernier fit connoltre deux acides à base métallique, ceux du mol)dbaène et du tun^tène, et éclaircit la naturç de celui de larsenic,

Cç même Scheele, dont les découvertes en ont taot préparé à ses successeurs, ayant oxygéné, ou, comme on sexprimoitalors, déphlogistiqué 1 acide muriatique, produisit lacide muriatique oxygéné , dont les propriétés étonnantes ont été pour les cbi« mistes une source si féconde de vérités nouvelles, qui tiennent presque toutes à la facilité avec laquelle cet acide abandonne son oxygène surabondant.

La période dont nous avons à rendre compte n'a fourni que deux nouveaux acides à base métalli** que; le ohromique, trouvé en même temps que le chroipe par M* Yauquelin , et le columbique , par M. Hatchett: on ny a reconnu aucun acide nouveau qui soit indécomposable; mais les acides à bases compliquées, binaires, ou ternaires, se sont multipliés davantage , soit qu on les ait découverts déjà tout formés dans les végétaux ou dans les animaux, soit qu on les y ait produits par Toxygénation.

Les anciens possédoient au fond presque tous les

acides animaux et végétaux naturels, tels que celui du vinaigre , celui du citron , et celui du sel d oseille; mais ils étoient Join de les distinguer nettement, et plus loin encore davoir des idées justes de leur composition.

Bergman' fit faire un grand pas à leur théorie, et même à toute la chimie tfes corps organisés , en montrant qu^il étoit possible d'en préparer artificiellement. En traitant le sucre par laqide nitrique, il obtint un acide végétal, que Scheele reconnut pour le même que celui du sel d oseille. Scheele en produisit à son tour un nouveau, en traitant de la même manière le sucre de lait; c est l'acide saccolactique ou muqueux. Çé même chimiste enseigna à obtenir purs les acides du benjoin et du tartre , que Ion connoîssoit depuis longtemps'; il découvrit la nature acide du ealcul de la vessie et celle du principe astringent de la noix de galle. Hermstaedt^ caractérisa Facide des pommes, qui spst retrouvé dans presque tous les fruits rouges, et que M. Vauquelin a montré à fabriquer, en traitant les gommes par lacide nitrique. Kose-

* Voyez en général les Opuseules physiques et chimiques de Bergman; il y ei) a une traduction par M. de Morveau; Dijon, 1780, 2 vol. in-8*.

' Voyez le Journal de Physique, 1783, t. I, pages 67 et 170.

^ Journal de Physique, t. XXXII, p. 5y,

garten' fit connottre celui qu*on retire de loxygénation da camphre. Georgii et Bergman déterminèrent les propriétés distinctives de celui des citrons. On s'est assuré en général que presque toutes les matières végétales et même animales peuvent s'acidifier par divers procédés d'oxygénation: ainsi les matières animales donnent, par Facide nitrique, des acides en tout semblables à ceux des pommes et de l'oseille.

L'acide du vinaigre sur-tout se forme dans toutes les matières vineuses exposées à l'air , et dans tme multitude d'autres opérations naturelles, ou artificielles , dont M. Fourcroy a^ le premier, bien spécifié les effets. On le supposoit susceptible de divers degrés d'oxygénation, et on luidonnoit, d'après les régies de la nouvelle nomenclature, tantôt le nom d'acide acétique , tantôt celui d'acide acéteux : M. Adet a montré récemment qu'il n y a que divers degrés de concentration ^.

Cet acide acétique, en se mêlant à diverses substances, se montre sous des apparences qui l'ont quelquefois fait prendre pour des acides particuliers. Par exemple ceux qu'on obtient en distillant le bois et les gommes avoient reçu les noms de

' Joai^al de Physique, t. XXXV, p. agi.

* Annales de Chimie, t. XXVI, p. 391; lu à l'Institut le 11 thermidor an 6.

pyroligneux et de pyromuqueux : MM. Fourcroy et Vauquelia ont lait voir qu'ils ne coti^tstent qu'en acide acétique, altéré par nne portion d'huile empyreumatîque qui 9'é)éve avee lui. Lacîde que Scbede pensoit avoir trouvé dans le petit-'lait n'est encore ) suivant ces chimistes célèbres, que de l'acide acétique mêlé à la partie caséétase du lait'.

On eroyoit également obtenir un adde particulier en distillant le suif. M. Thenard a montré qtie c'esft de Fàcétique mêlé de graisse ^

Il y a aussi des combinaisons de deux acides qfle l'on jugeoit former des espèces simples, et don-f les éléments ont été démtiés pm des recherches i^écentes.

L'acide des fonrmis, par exemple, ne s'est trouvé , selon MM. Fourcroy et Yanquelin, qu'on mélange d'acide phosphoriqne, de malique et d'aeéliqtie^. Ces chimistes sonpçanneitt qli'il éfi est de même de celui des vers-à-soie.

Il ne reste donc des anciens acides animaux que celui du calcul de la vessie, auquel M. Fourcroy a donné le nom d'urique, et l'acide prnssique, qtri Se prépare artificiellement, et qui est si utile: à la chimie pour reconnoîtredans ses analyses lesmoindres par-

' BuHetin des Sciences, vendëmtaire an 9.

' Ibtd., prairial an 9.

^ Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. I, p. 333.

CHIMIE PAMTICULIÈRE. gS

celles de fer^et aux arts , comme l'un des ingrédients du bleu de Prusse. Scfaeele est encore celui qui en a reconnu le premier la nature acide. Il a été trouvé tout formé dans les amandes amères, et M. Berthollet a réussi à le suroxygéner. Dans ce dernier état il est plus volatil et colore le fw* en vert.

Mais la période actuelle a produit six nouveaux acides à base composée, dont quatre ont été retirés des corps organisés, et les deux autres fabriqués de. toutes pièces.

Les naturels sont celui que M. Klaproth a retiré àeVhonigstein ou pierre de miel ' (il y étoit combiné avec de lalumineet du charbon), celui que le même chimiste a trouvé dans la sève du mûrier blanc, celui qui a été extrait du quinquina par M. Deschamps, enfin celui que MM. Vauquelin et Buniva ont dé^ couvert dans les eaux de lamnios des vaches.

Des deux artificiels, Tun (le subérique) a été préparé en traitant le liège par lacide nitrique. (Test M. Brugnateili qui en est lautettr. M. Bouitton-l>agrange en a étudié tes combînai^cms.

L'autre se produit en dislillaiit le suif. M. Thenard , qui avoit réfuté Fexistence de l'ancien acide sébacique*, en a transporté le nom à celui-ci , qu'il a découvert, et qui est plus réel.

Il ne feut pas voir, dans toutes ces découvertes ,

' Journal de Physique, Dovembre 1791.

seulement la possession de quel(pies principes de plus ou de moins : il n est aucune de ces substances dont la chimie ne puisse tirer parti dans ses analyses eVi les employant comn^e réactifs. Ainsi 1 acide gailique fait reconnoltre les métaux; Tacide oxalique ^ la chaux; l'acide succinique sépare le fer du manganèse^ etc. Gomme parties constituantes des corps, leur connoissance est indispensable à l'histoire naturelle; enfin les arts utiles profitent de quelques unes. Mais futilité théorique la plus immédiate de cette liste des principes chimiques c'est de nous donner des idées plus étendues sur la multitude des combinaisons possibles.

Il est aisé de sentir, en effet > que les cinq combustibleé non métalliques, les vingt-huit métaux, leurs oxydes des divers degrés, les tteuf terres, les trois alcahs et les acides de toute espèce, réunis deux à deux seulement, donneroient déjà plusieurs centaines et même planeurs milliers de combinaisons, dont un grand nombre existe réellement dans la nature , et dont un nombre plus considérable encore peut être réaUsé par les moyens de Y^rL

Elles sont autant d'objets d étude pour les diimistes : plusieurs étoient connues depuis longtemps; d autres n'ont été bien observées que dans la période^actuelle , et il en reste beaucoup, encore à soumettre à lexamen.

Un exposé complet de ce qui a été fait en ce g^enre depuis 1789 Seroit infini; bornons-nous aux résultats les plus utiles, ou à ceux qui répandent une lumière plus {^^énérale.

La seule détermination des quantités respectives de lacide et de la base dans les différents sels a été Fobjet de recherches très longues, parcequ'elle se complique de la détermination de la portion d'eau , toujours plus ou moins forte dans les acides liquides, et de cette autre portion qui entre nécessairement dans tous les cristaux salins.

Kirwan s en est fort occupé'; MM. Bucholz, Wensel et Vauquelin ont beaucoup ajouté à ses recherches : mais il s'en faut encore que les résultats de ces chimistes soient uniformes.

L'une des plus utiles de leurs découvertes en ce genre a été celle de la composition de l'alun. MM. Yauquelin, Chaptal et Descroisilles ont trouvé presquesimultanémentquela potasse est nécessaire à la composition de ce sel ^.

M. VauqueKn, en particulier, a fait une autre découverte qui n'est pas moins importante : c'est qu'il n'y a de différence entre l'alun de Rome et l'alun or-

* De ia force des acides et de la proportion des substances qui composent les sels neutres; ouvrage traduit de Fanglois de M. Kirwan , par madame L. Voyez aussi, sur tous les sels, le Système des connois^ sances chimiques de M. Fourcroy, et la Chimie de M. Thomson.

^ Annales de Chimie, t. XXII, p. 258; t. L, p. i54.

BUFFOK. COMPLÉM'. T. 1. 'j

g8 SCIENCES PHYSIQUES.

dinaire qu'un peu plus de fer dans celui-ci. On a fait l'application de cette découverte en grand à la teinture, et la France a été délivrée par-là d'un impôt considérable qu'elle payoit à l'étranger.

I^alun est donc un sel triple, puisque sa base est double. La chimie en possède encore quelques autres : on doit remarquer dans ce genre divers sels à base d'ammoniaque et de magnésie, sur lesquels M. Fourcroy a beaucoup travaillé'.

La difficulté de ces sortes d'analyses augmente quand il s'agit des sels métalliques, et qu'il hut estimer à quel degré d'oxydation le métal s'est uni à lacide.

Parmi les recherches de ce genre on doit oiter principalement l'histoire des sels de mercure, que M. Fourcroy a commencée eu 1 79 1 , et qu'il a terminée presque complétementen 1 8o4, avec M. Thenard^. M. Proust, chimiste françois, établi en Espagne, a fait des travaux analogues sur les sels de fer et de cuivre, principalement sur les sulfates à divers degrés d'oxydation^.

M. Thenard s'est aussi occupé des splfates de fer*.

' Annales de Chimie, t. IV, p. aïo.

* Ibid.9 <• ^9 P' 393 ; t. XIV, p. 34; BulUtin des Sciences, hramaire an 1 1 .

^ Annales de Chimie, t. XXXII, p. a6.

* Bulletin des Sciences, thermidor an 12.

CHIMIE PARTICULIÈRE. 9g

Af. GhenevU a travailla sur les arseniates de cuivre, de plomb, sur les inuriates d argent; et^ découvert le muriate suroxygéné de ee dernier métal'. Les muriate&d argent ont aussi été étudiés par MM^ Proust et Klaproth.

Mais, parmi les sels métalliques nouvellement connus, op ^^i^ éminemment distinguer le phosr phata de cobalt, dont M. Thenard a découvert la préparation, et qui, combiné avec de Falumine, remplace, à peu de chose près, loutremer en peinture".

Le plomb, combipé avec lacide du chrome découvert par M. Vauquelin, donne, ainsi que nous lavons dit, un rouge éclatant qui ne noircit point CQmme le minium: on en prépare aujourd'hui une quantité immense.

La décomposition des sels est aussi quelquefois d une très grande utilité.

Ajn^i lart de retirer la soude du sel marin est de première importance pour toiis les arts qui emploient cet alcali , et spécial^uent pour les savonneries et pour les verreries ; mais il n en a pas moins pour I0. /oKimle générale, parcequ'il a été la première e^i^ception reconnue auxloi^ anciennement établies pQur lesf affinités , et qu'il a peut-être occasioné la

' Journal de Physique, t. LV, p. 85.

* Bulletin des Sciences, brumaire au i3.

lOO SCIENCES PHYSIQUES.

plupart des nouvelles idées de M. BerthoUetsur ce grand sujet.

Scheele a encore ici fourni le premier germe et de lart et de la doctrine , en remarquant que d'un mélange de sel marin et de chaux vive légèrement humecté et placé dans une cave y il effleurit continuellement du carbonate de soude ^ quoique la chaux n ait pas par elle-même le pouvoir d'enlever lacide muria tique à la soude.

Mais la nature opère cette décomposition en grand dans les plantes du bord de la mer, dans beaucoup de vieux murs des pays chauds, et de la manière la plus marquée dans les fameux lacs de natron de l'Egypte, où elle n'a point de chaux vive, mais seulement du carbonate de chaux*. La théorie de M. BerthoUet explique seule ces anomalies apparentes.

M. de Morveau est celui qui a le plus contribuée tirer de ces expériences des procédés usuels i ils ont un tel succès que, sans Timpôt sur le sel, on se passeroit de la soude d'Alicante pour nos manufactures.

Les oxydes isolés présentent encore leurs difficultés. MM. BerthoUet père et fils ont fait voir qu'ils entraînent souvent quelques portions d'acide qui les modifient; telestToxyde blanc de plomb; c'est

* Journal de Physique , t. L , p. 5.

CHIMIE PARTICULIÈRE. loi

seulement par un peu d acide carbonique qu'il diffère du jaune.

Q autres changements de couleur sont attribués à leau par M. Proust*.

Il y en a qui sont dus à diverses proportions d'oxygène, et Ion en a reconnu plusieurs de ce genre. M. Proust a décrit un oxyde puce de plomb, lin jaune de cuivre; M. Thenard , un blanc de fer, un noir et un vert de cobalt*.

L'oxyde puce de plomb contient tant d'oxygène , qu'il brûle les corps combustibles que l'on broie avec lui.

Cette diversité de proportion ne change pas toujours la couleur. Il y a trois oxydes d'antimoine, selon M. Thenard ^, et deux d'étain , selon Pelletier, tous également blancs.

Les oxydes et les acides se combinent quelquefois à des substances combustibles non métalliques.

Pelletier a montré que la préparation d'étain qu'on appelle or mussif est une combinaison de l'oxyde de ce métal avec le soufre^.

M. BerthoUet fils a travaillé sur une combinaison intéressante de ce genre, que M. Thomson avoit

' Journal de Physique, t. LXV, p. 80.

' Nouveau Bulletin des Sciences, février 180S. ^ Annales de Glrimie, t. XXXII, p. aSy. < Ibid.y t. Xm, p. 280.

102 àClÉIÏCËÔ PHtSIQUfeS.

découverte; c'est le soufré utiiàde 1 acide muriatique et à de l'oxygène ' .

Les oxydes métalliques n'offrent giièfé de combinaisons plus curieuses que celles que l'oii nonànie vulgairement poudres futinwàntes.

On ne connoissoit autrefois que celle d'ôr : c'est de l'oxyde d'or mêlé d ammoniaque. M. BertlioUet en a donné la théorie ; il a formé d'une ma riière semblable un argent fulrnihaiit. On a aujourd'hui trois sortes de intercure fulmiilànt : l'un de Bayen , composé d'oxyde rouge de iritercuré et de souffe'; le second, de MM. Fourcroy etThenard, formé du mélne oxyde et d'ammoniaque, c'est-à-dire sur les mêmes principes que For et l'argèiit fulminants ; Ite troisième, de M. Howaixl,qui jbintàroxyde de mercure de l'ammoniaque et une matière végétale^.

La plus terrible des poudres fulminantes est celle qu'a découverte M. <ihenevix, et qui résulte dé l'union du îsoufre avec le ttiuriate suroxygéné d'argent^.

MM. Fourcroy et Vauquélin ont remarqué que beaucoup de muriates surotygë{iés,jôiiit$ à quelque matière combustible, fulminent parle choc^.

* Société d*Arcueil, t. I, p. i6i.

' Opuscules chimiques de Pierre Hayeâ; Paris, an ô, a vol. in-8**. ^ BuUetia des Sciences, brurioaire au lo.

* Journal de Physique, t. LV, p. 85.

* Annales de Chimie, t. XXI, p. 236.

CHIMIE PARTICULIÈRE. lo3

La poudre à canon , cette composition chimique qui a exercé une influence si notable sur la civilisation, nest au fond qu'une combinaison analogue aux précédentes. Lacide nitrique retient tant de calorique avec son oxygène qu on peut le comparer, à beaucoup d égards, à Facide muriatique suroxygéné; mais celui-ci produit des effets beaucoup plus violents : Fessai d'une nouvelle poudre où Ton vouloit le faire entrer a occasioné une explosion funeste à plusieurs personnes.

Les diverses substances combustibles peuvent aussi se réunir sans être oxydées et sans Tin termède d aucun acide: quand il ny aque des métaux dans le mélange, on rappelle a//t{i^, etTopération qui les isole se nomme départ. Depuis long-temps l'intérêt a perfectionné ce genre de travail pour les métaux précieux; la révolution en a occasioné une extension particulière, quand il a fallu séparer le cuivre et letain mêlés dans les cloches, M. Fourcroy en a le premier indiqué le véritable moyen ', qui consiste à oxyder une portion de lalliage et à la mêler avec une autre portion non oxydée: l'oxyde de cuivre de la première portion donne tout son oxygène à letain de la seconde, et la fusion livre le cuivre pur. C'est ce procédé qu'on a employé en ajoutant un peu de sel pour faciliter l'oxydation. On perdoit les scories;

' Annales de Chimie, t. IX, p. 365; t. X, p. i55; t. XXII, p. i.

lo4 SCIENCES PHYSIQUES.

mais MM. Lecourt et Amfry ont trouvé moyen de les réduire et d en retirer encore Fétain par des grillages répétés.

Des substances combustibles non métalliques peuvent aussi s'unir aux métaux. Un peu de charbon, par exemple, combiné avec le fer, donne Facier, cette substance si utile dans tous les arts; connue et fabriquée depuis long-temps, ce nest que depuis peu que sa variable nature a été pleinement éclaircie. Bergman Fa indiquée le premier; MM. BerthoUet, Monge, et Vandermonde, Font démontrée en détail dans un travail digne de servir de modèle*; et M. Vauquelin la confirmée par ses analyses. Feu Glouet avoit indiqué un moyen simple de fabriquer immédiatement 1 acier fondu avec du fer doux^: quelques difficultés de pratique en ont retardé 1 adoption; mais ces entraves ne peuvent manquer d être détruites, et la France exercera bientôt ce genre d'industrie jusqu a présent réservé à l'Angleterre.

Nous en avons déjà conquis un autre dans cette classe de combinaisons; beaucoup de charbon et peu de fer donnent la plombagine, ouïe crayon vulgairement appelé, mine de plomb. L'Angleterre

' Avis aux ouvriers en fer, publié par ordre du comité de salut public au commencement de Tan 3 ; Annales de Chimie ^ t. XIX, p. i. ' Annales de Chimie, t. XXVIH, p. 19.

CHIMIE PARTICULIÈRE. lo5

seule en possédoit de belle, qu'elle retiroit des entrailles delà terre ; et les crayons anglois sevendoient chèremeïit dans toute llDurope. La chimie nous a appris à en préparer d artificiels qui ne leur cèdent point. Les crayons de Conté fournissent aux ai*ts du dessin un instrument commode et peu coûteux, et à notre patrie une branche intéressante de commerce'.

On n a réussi encoi^ à combiner aucun des autres métaux avec le charbon d une manière utile, quoique Ton ait la preuve que Fétain en absorbe dans diverses opérations , et devient par-là dur et cassant *.

Quant au phosphore, Pelletier la uni à divers métaux , mais sans rien obtenir d'important ni d'utile ; seulement on facilite ainsi la fusion , comme on le fciit aussi par l'intermède du soufre^.

L'union de ce dernier avec les métaux est connue depuis des siècles, et s'observe en abondance dans la nature et dans les arts ; il y a cependant aussi , à cet égard, des remarques nouvelles et importantes. L'éthiops et le cinabre sont des sulfures de mercure qui ne diffèrent l'un de l'autre, selon MM. Fourcroy et Thenard , que par la proportion du soufre.

' Annales de Chimie, t. XX, p. Syo.

' M. Descotils vient de s'assurer que Le carbone s'unit au platine, et produit avec lui un composé fusible qui peut avoir son utilité dans les arts.

^ Annales de Chimie, t. XUI, p. loi.

Io6 SCIENCES PHYSIQUES.

M. Thenard a prouvé la même chose pour les sul* fures jaunes et rouges d*arsenic, nommés orpiment et réalgar: on croyoit auparavant que le métal éloit oxydé, et que la proportion de loxygène influoit sur la couleur.

Le soufre se combine également avec les alcalis, et donne ce que Ton nomme Vulgairement ^bté de soufre, préparation très anciennement connue et sur laquelle on n a point dexpérience nouvelle à citer.

Quelques substances inflammables se dissolvent dans des gaz, ou les gaz inflammables s'unissent enti-e eux et avec plus ou moins d'oxygène: il en résulte des airs nouveaux dont les effets offrent des singularités piquantes, mais dont lanalyse est très difficile , non seulement parceque les fluides élasti* ques sont moins aisés à manier que les autres corps , mais encore parceque tous les caractères physiques qui résultent de la couleur, de la figure, et de la consistance, nous abandonnent dans leur étude. On s est beaucoup occupé, dans la période actuelle , de cette partie vraiment transcendante de la chimie.

L'hydrogène a la propriété singulière de dissoudre quelques parcelles de fer, d'arsenic, et de zinc , et de les maintenir à l'état gazeux : on le savoit depuis assez long- temps pour les deux premiers; M. Vauquelin l'a découvert pour le troisième.

Ce mè]ii€^ hydro{][ène dissout du soufre, et preod utie odeur détestable d'excréments et d^Bufs pourris: c'est en effet ce mélange que ces matières exhalent. Scheele en a connu le premier la composition; mais M. BerthoUet a fait une découverte im<portante, en moritrant qu'il possède la plupart des propriétés des acides, quoiqu'il ne contienne point d'oxygène : il s'unit en effet aux alcalis , aux terres, aux oxydes ; l'hydrosulfure de baryte cristallise comme un sel, etc. '.

La combinaison du phosphore avec l'hydrogène est encore plus désagréable ; elle a l'odeur du poisson pourri : c'est M. Gengembre qui l'a formée le premier''. Il a montré en même temps que, lorsqu'on obtient ces deux g<iz des sulfures ou des phosphures alcalins, l'hydrogène est fourni par l'eau, dont l'oxygène aide à former, avec une autre partie du soufre et du phosphore, des acides sulfuriques ou phosphoriques. I^es sulfures bien secs ne donnent point de gaz, selon les expériences de M. Fourcroy; mais lorsqu'ils se dissolvent dans l'eau, c'est toujours à l'aide de l'hydrogène qui s'y forme et s'y unit aussitôt. Si le soufre est très abondant, il se ptx>dttit un corps semblable à de l'huile, qui est un soufre hydrogéné. Lampadius l'avoit observé le pre-

* Annales de Chimie, t. XXV, p. 233.

' Journal de Physiipie, 1785, t. II, p. 376.

Io8 SCIENCES PHYSIQUES.

mier, en traitant du soufre par le charbon. M. Berthollet fils a montré qu'il est dû à Thydrogène que le' charbon contient toujours*.

L'hydrogène phosphore n'ayant point les propriétés acides ne reste point uni à l'eau et à l'alcali ; mais il s'élève à mesure qu'il nait.

M. Fourcroy a fait voir que l'hydrogène sulfuré est le meilleur de tous les moyens pour recorinoître le plomb dont on altère le vin.

En général il doit être placé, ainsi que les hydrosulfures alcalins, au nombre des réactifs les plus délicats de la chimie pour la précipitation de certains métaux.

L'azote dissout aussi le phosphore et le dispose à brûler; c'est pourquoi il brûle plus facilemientdans lair commun que dans Toxygène, circonstance que l'on avoit un moment voulu opposer à la nouvelle théorie.

L'hydrogène mêlé de carbone dans une certaine proportion offre la base de l'huile, et en donne eu effet , quand on le mêle au gaz acide muriatique oxygéné. C'est le gaz oléfîant, découvert par MM. Bondt, Deyman, Van-Troostwyk, et Lauwerenburg , chimistes d'Amsterdam , qui ont long-temps travaillé en société ^ . Us l'obtinrent de la distillation de l'éther

* Société d'Arcueil, 1. 1, p. 3o4*

* Annales de Chia-nie, t. XXI, p. 48; t. XXIII, p. 2o5.

et de Facide sulfurique par une foible température.

Quand on réduit Foxyde de zinc par le charbon , on ne devroit, à ce qu'il semble, recueillir que de Facide carbonique : Priestley remarqua qu'il se forme au contraire un gaz combustible , et voulut fiiire de cette expérience une objection contre la nouvelle théorie de la combustion. Nos chimistes ont examiné ce gaz avec soin : ils Font trouvé combustible en effet ; mais , à force de recherches , ils sont parvenus a montrer que c est une combinaison d oxygène avec un excès de carbone et une foible portion d'hydrogène. Le charbon de bois ordinaire contient toujours assez d'bydrogène pour en fournir à ce gaz , qui ne diffèreroit ainsi de Foléfiant que par les proportions. MM. Cruikshank, Guyton , et BerthoUet, se sont principalement occupés de cette question difficile. MM. Austin j Higgins , Henry, et d autres chimistes anglais , y ont aussi travaillé. Il paroit que ôe qui Fembrouille c est qu'il peut se former de ces gaz dans plusieurs proportions différentes de leurs trois éléments '.

Un peu plus d'un cinquième d'oxygène mélangé avec de l'azote constitue la portion gazeuse de Fatmosphère. En augmentant Foxygène par degrés, et en le combinant plus intimement, on produit suc-

* Balletin des Sciences, brumaire , ventôse, et fructidor, an 10.

IIO SGIENOËS PH¥SIQU£&.

cessiveinent le gaz nitreux , 1 acide nitreux, 1 acide nitrique. Nous avons vu précédemment que ces faits sont au nqmbre des vérités fondamentales de la nouvelle chimie. Dans le gaz nitreux, 1 oxygène fait déjà près de moitié. Si on le lui enlève par le moyen du fer ou autrement, au point de ly ré-r duire à*peu-prè$ au tiers, on le change en un vér ritable oxyde d azote, qui montre des propriétés bien singulières : les corps y brûlent, tandis qu'ils s éteignent dans le gaz nitreux , quoique celui-ci mt plus d oxygène ; et il asphyxie ceux qui le respirent , quoiqu'il ait plus d oxygène que Pair commun.

Prieslley 1 avoit pi'oduit le premier, M. BerthoW let ep avoit indiqué la natpre. E\h a été confirmée par lanalyse de M. Davy,*dont le travail à cet égard est extrêmement remarquable , et par celle de MM. Fourcroy, Vauquelin, et Thenard.

M. Davy a vu quelques unes des asphyxies mo^ mentanées produites par ce gaz, accompagnées de sensations voluptueuses, mais qui n arrivent {^s constamment * .

Nous parlerons ailleurs des moyens de mesurai" p^rticulièrenient la quantité de Voxygi^ne di^spus ou mélangé dans un gaz, et de lapplicatloQ qiion en a faite popr déterminer la compositipi) de latmosphère.

' Bulletin des Sciences, frimairç an 1 1 .

Oq voit) par tous ces détails, que cette estima* tien de la portion des ëiéments gazeux est ce qu'il y a de plus difficile en chimie.

M. Biot a imaginé, pour y parvenir, une méthode entièrement nouvelle, qui s applique également à tous les corps transparents.dont on connolt les principes quant à leur nature. Chacun de ces principes ayant une force de réfraction propre et toujours la même, tant que la densité ne changé point, quand on connott la réfraction totale d'un mélange de principes connus , on peut calculer leur proportion. On emploie pour cela des prismes remplis ou formés des substances qu'on veut ana* lyser ; on mesure l'angle de réfraction avec le cercle répétiteur ; la pression et la température sont prises en considération ; et toutes ces circonstances étant susceptibles d'être appréciées avec une exactitude mathématique , cette analyse surpasseroit de beaucoup celles que la chimie peut donner par ses moyens ordinaires , si elle ne se compliquoit de la difficulté d'avoir les principes bien purs, et si, dans quelques cas , la condensation trop grande qu'éprouve leur combinaison n'altéroit les résuU

L^analyse du diamant tient de près à celle des substances gazeuses; elle a été reprise plusieurs fois dans cette période M. de Morveau n a pu ob-

tenir en le brûlant que de lacide carbonique ' ; et Clouet a en effet fabriqué de Pacier bien pur avec du diamant seul ^ Mais pourquoi diffère-t-il donc tant du charbon ordinaire? M. de Morveau juge que celui-ci contient déjaun peu d oxygène; M. Berthollet, que cest de Thydrogène qu'il a de plus: M. Biot, au contraire, appliquant au diamant son analyse dioptrique, et lui trouvant une force réfringente supérieure à celle qu'indique pour le charbon lanalysedes substances où il entre, croit que cest le diamant qui doit avoir au moins un quart d'hydrogène dans sa composition. Cependant des expériences toutes récentes , feites en Angleterre, n ont encore donné, nous dit-on, que de lacide carbonique.

Ces difficultés dans lanalyse des substances gazeuses, et de celles qui le deviennent aisément, peuvent d^ja donner une idée des difficultés beaucoup plus grandes que la chimie rencontre, quand elle étudie les produits des corps organisés.

Les substances dont nous venons de parler les composent presque en entier : du carbone, de l'hydrogène, de l'oxygène, plus ou moins d'azote, voilà leurs matériaux fondamentaux; un peu de terre, quelques atomes de soufre, du phosphore, divers

' Décade philosophique, 3o fructidor an 4; Bulletin des Sciences , messidor an 7. — * Bulletin des Sciences, brumaire an 8.

CHIMIE PARTICULIÈRE. Ii3

sels en très petite quantité, s'ajoutent à ce fonds principal. Tous ces éléments semblent se jouer dans leurs diverses réactions; ils s'unirent, se sé^ parent, se retrouvent de mille manières; et tous ces mouvements nous échappent presque aussi souvent dans lès laboratoires où nous croyons être maîtres de ces produits de la vie que dans les fonc^ tion$ de la vie elle-mjème.

On crut d^abord pouvoir séparer les principes des corps organisés par le moyen du feu ; mais ils ne faisoient que changer d^affinités, pour entrer dans des combinaisons nouvelles : de là ces phlegmes , ces huiles , ces sels, dont les anciens chimistes prétendoieut composer tous les mixtes.

Bientôt on imagina d'employer des moyens plus tranquilles, et d obtenir par le repos, par des. lavages simples ou par certains menstrues, iion pas les principes élémentaires des corps vivants , mais les composés divers qui s'y trouvent tout formés, ou ce que Ion nomme leurs principes immédiats.

Us offrent une foule de caractères et de propriétés singulières ou utiles ; ils donnent une sorte d ar ùalyse ébauchée; chacun d eux peut se décomposer à son tour, et fournit alûrs les principe généraux et élémentaires, cet. hydrogène , ce carbone,, ces fiutres substances simples dont nous ayons parlé si souvent. . . ...

BUFPON. COMPLKM. T.

Il4 SCIENCES PHYSIQUES.

Ce sont probablement les diverses proportions de ces substances simples qui déterminent la na-^ ture et les propriétés des principes immédiats. Mais nous sommes loin encore de pouvoir démontrer ce que nous supposons ici: lanalyse de ces principes est trop imparfaite; et nous avons beau réunir les éléments que nous en tirons, nous ne les reproduisons pas. Peut-être laissons-nous échapper une foule d'éléments impondérables et incoercibles, nécessaires à leur composition.

Il faut donc, en attendant une analyse plus parfaite, recueillir ces principes immédiats et les caractériser; plusieurs d'entre eux sont d ailleurs de première importance dans lexplication des fonctions vitales et dans les arts utiles.

Boerhaave a donné de beaux exemples de ce genre de recherches : sa méthode a été employée avec succès, et perfectionnée par Rouelle en France, et par Scheele en Suéde ; et, dans ces derniers temps, la détermination des principes immédiats des végétaux et des animaux n a guère moins contribué à la gloire des chimistes françois que les découvertes plus générales dont nous avons parlé jusqu'ici.

. Déjà dans l'école de Stahl , et sur-tout dans celles de Boerhaave et de Rouelle, on avoit distingué dans les végétaux les gommes ou mucilages, les résines , les gommes résines , les extraits , les huiles

CHIMIE PARTICULIÈRE. • llS

fixes et volatiles; ou possédoit et on caractérisoit^' comme nous lavons vu plus haut, divers acides végétaux ; le sucre , lamidon , le camphre, le baume , la sève, les diverses matières colorantes, étoient connus et employés , quoiqu'on n*eût pas des idées nettes sur leur nature intime. On étoit moins avancé sur les produits des animaux; et quoique les ana* tomistes en eussent décrit les liquides et les solides, quoique Ton sût déjà en partie comment les premiers se décomposent en des fluides plus simples par le repos; que le sang, par exemple, donne alors son sérum ^ son caillot, sa matière colorante; le lait, sa crème, son beurre, son fromage, son petit-lait, etc., on navoit encore rien de précis sur la classification et les caractères de la plus grande partie de ces principes immédiats.

Produits nouvellement découverts.

C est sur-tout M. Fourcroy que nous aurons à nommer ici ' ; il a le premier nettement distingué les trois principaux principes des solides animaux, qui se retrouvent aussi diversement combinés dans la plupart des liquides du même régne : la gélatine, qui, dissoute dans leau bouillante, donne le bouil-

^ • ' Voyez les tomes VU , VIU , IX et X an Système dés contiûissances àkimiques de M. Fourcroy.

Il6 • SCIENGEi) PHYSIQUES.

Ion*el la coUe^fbrte, et qui fait la basé des os, des membranes, et en général de toutes les parties blanches; la fibrine, qui se dépose dans le eaillot du sang et constitue le tissu essentiel de la chair; c'est en elle que s'opère, dans ietat de vie, la contraction musculaire; 1 albumine, qui se coagule dans Feau bouillante et forme le blanc d'œuf. Il a découvert dans Furine un principe très particulier, qu'il a nommé [urée\ matière excessivement animalisée, susceptible de se changer presque tout entière en carbonate d ammoniaque, et dont Fexcrétion est des plus indispensables au maintien de la composition animale.

M. Fourcroy est aussi le premier qui ait reconnu que Falbumine se rencontre plus ou moins* abondamment dans beaucoup de végétaux^.

Ce n^est pas le seul lien des deux régnas. Le gluten , découvert par Beçhairi dans la farine du froment, ressemble beaucoup à Falbumine , et possède en général tous les caractères des principes particuliers aux animaux.

Il y a sans doute encore beaucoup de ces prin-^ cipes immédiats à découvrir dans les corps organi^ séa, et chaquejour en découvre en effet.

M. Thenard a trouvé dans la bile une matière

< Sjf tàme d«f CQiu|oU»^Bces chiniqu^^ , t. X , p. i $3. * Annales de Chimie de 1807.

CHIMIE PABTICULIÈBE. II7

sucrée qu'il nomme picromel^y et dans la chair un principe odorant qui donne au bouillon son goût agréable, et qu'il appelle trnnazùme» Cette même chair a donné à M. Weltber une matière amère^ dont lanaloguea été retrouvé et mieux déterminé, non seulement dans la chair, mais encore dans Tindigo et dans d'autres substances végétales, par M. Fourcroy : elle a le caractère de brûler en fui** minant^.

L'adipocire , ou blanc de baleine , est encore un prinApe particulier bien déterminé par M. Four* croy : on en retrouve dans les calculs biliaires; le cerveau en dépose dans lalcohol; certains cadavres s y convertissent presque en entier^.

Les végétaux n'ont pas été moins féconds en principes nouveaux.

MM. Yauquelin et Robiquet en ont trouvé un dans le suc d'asperge,* qui, sans avoir rien de salin, se dissout dans Teau et cristallise comme les sels^. M. Derone en a découvert un autre dans lopium, qui est peut-être sa partie narcotique; il cristallise en lames blanches et brillautes. M. Thenard a montré les caractères qui séparent la manne du

' Bulletin dés Sciences, pluviôse an i3; Mémoires de la Société d*Arcaeil.

* Bulletin des Sciences, frimaire an i3.

' Annales de Chimie, t. V, p. 1649 el t. VIII, p. 17.

* /èiU,t.LVII,p. 88.

Il8 SCIENCES PHYSIQUES,

sajcre, et ceux qui distinguent les diverses sortes de sucre entre elles.

Mais parmi les principes propres aux végétaux, il n*en est guèr^ de plus important que celui que Ton connoissoit vaguement sous le nom de matière mtringente, et que M. Seguin a déterminé plus précisément sous celui de tannin'. On le tire d^un grand nombre )de plantes, mais sur-tout de lecorce du chêne, par Tinfusion; le cachou en est presque entièrement composé, selon M. Davy*. Son principal caractère est de se combiner avec la gratine atiimale enun composé indissoluble. C'est à cette propriété qu'est dû le tannage des éuirs; car les peaux ne sont presque que de la gélatine. M. Hatchett est parvenu à produire artificiellement une sorte de tannin , en traitant le charbon par l'acide nitrique^.

Transformation des produits les uns dans les autres.

En général la chimie en est venue à transformer à son gré une foule de ces principes immédiats les uns dans les autres, et il n'en est presque aucun qui ne puisse résulter d'une modification de quelque autre.

* Annales de Chimie, t. XX, p. 53.

* Bulletin des Sciences , floréal an 1 1 .

^ Transact. philos. , i8o5 ; Annal, de Chim. , t. LVHI, p. 21 1 1 et aa5.

Nous avons déjà vu comment on forme à volonté une partie de ces mêmes acides animaux et végétaux, qui résultent aussi du concours des forces vitales. lia chimie offre beaucoup d'exemples plus ou moins semblables pour les autres principes. MM. Fourcroy et Yauquelin changent les muscles en graisse par Tacide nitrique; Tindigo leur donne du benjoin et une résine par le même procédé. Le liège, qui ne contient point de résine^ en fournit en abondance quand on le soumet à cet agent. Il se forme de Thuile à chaque instant, soit par la combustion , soit par les acides. La fonte du- for ellemême en donne , à cause de son charbon , quand on la traite par lacide sûlfurique, ainsi que Fa fait connoitrc M. Vauquelih. Le même chimiste vient de remarquer qu'il se forme une véritable manne dans la fermentation acétique du jus dognon'. Enfin il n'est pas jusquau camphre que Ton ne puisse fabriquer, suivant la découverte de M. Kind, en appliquant lacide muriatique à Fessence de térébenthine : on vend même déjà beaucoup de ce camphre artificiel '.

Il est aisé de concevoir combien ces métamorphoses de matières communes en matières rares et précieuses peuvent favoriser les arts et changer

^ Mëmoires de rinstitut, 1807, deuxième semestre, p. 3o4< * Annales de Chimie, t. LI, p. 270»

la marche du commerce ; mais'il ressort de tous ces faits des résultats plus importants encore, qui nous élèvent à une théorie générale des êtres organisés, et qui nous montrent Tessênce même de la vie dans une variation perpétuelle de proportions entre des suhstanceà peu nombreuses par elles-^mêmes. Un peu d oxygène ou d'azote de plus ou de moins ; voilà, dans Tétai actuel de la science', la seule cause apparente de ces innombrables produits des corps organisés.

Analym des mixtes des corps organisés.

Les mixtes qui résultant de ces variations, et que nous venons d'indiquer sous le titre d€ prin-^ çipes immédiat^, constituent, par leurs diverses réunions, les liquides et les solides desr corps orga-^ nisés; et eest seulement dans la détermination du nombre et de la proportion dé ces principes que consistent, jusqu'à présent, les analyses de ces liquides et de ces solides. C'est de cette manière que MM. Parmentier et Deyeux ont examiné le sang ' et le lait*; MM; Fourcroy et Vauquelin, le lait, les larmes^, la salive, le sperme^, la laite des pois-

* Jouraal de Physique, t. XLIV, pages 872 et 435.

' Ibid,, t. XXXVU, p. 461 et 3i5 ; Annul. de Ghim., t. XXXU,p. 55.

^ Annales de Chimie, t. X, p. 11. 3. — * Ibid,, t. IX, p. 64*

CHIMIE PABTICULIÈRE. 12 1

80DS% lurine; M. Tbenard, le lait et la bile; M. Vauquelin, la sève ^; MM. Bunivaet Vauquelia, Je$ eaux de lamnios^: il n'est pas jusqu'aux ma^ tières fécales que M. Berzelius a eu le courage de soumettre à lanalyse la plus exacte.

Tous ces examens ont donné des faits neufs et intéressants. La substance colorante du sang a été reconnue par MM. Fourcroy et Vanquelin pour un phosphate de fer avec excès d oxyde. La laite des poissons leur a donné du phosphore à nu. La soude a été trouvée dans le sang par MM. Parinen* tier et Deyeux, dans le sperme, par M. Vauquelin. Le pollen des végétaux a donné récemment à MM. Fourcroy et Vauquelin des principes singulièrement analogues à ceux du sperme^.

On a &it même 1 analyse comparée de ^s liquidés dans divers ordres d animaux et dan*s leurs altéraîtions maladives. Ainsi 1 urine des herbivores a offert à MM. Fourcroy et Vauquelin de Tacide benzoïque, qui n est dans celle de ilionime que pendant son enfance \ etc. La maladie nommée diabètes sucrée offre Tune des altérations les plus singulières qu'un liquide animal puisse éprouver dans

' Annales du Mpsëum d*hiatoire naturelle, t. X, p, 169.

* Annal, de Ghim. , t. XXXI , p. %o.^ ' Ibid. y t. XXXUI, p. 269.

* Annales du Musëum d'histoire naturelle, 1. 1, p. 417*

^ Mém. de l'Institiit; Mathématiques et Physique ^ t. H, p. 43 1.

l'état de vie: l'urine^ au liea de ses principes ordinaires, ne contient plus qu'une sorte de sucre et' un peu de sel marin. Cauly en a fait la découverte; MM. Nicolas et Queudeville, de Caen, Font constatée par les moyens de la chimie moderne' ..MM. The* nard et Dupuytren ont reconnu que ce sucre diffère , par plusieurs caractères, de celui delà canne.

Quant aux solides , les os ont été soumis à une analyse nouvelle par MM. Fourcroy et Vauquelin. Outre le phosphate de chaux dontScheele avoit reconnu que leur partie terreuse est formée, ils y ont découvert un phosphate ammoniaco- magnésien'. On y trouve aussi du fluate de chaux. M. Morichini Fa découvert le premier dans certaines dents^ : M. Berzelius a confirmé le fait, et Fa étendu à tout le syftème osseux.

Les*cheveux et les poils ont été examinés par M. Vauquelin, et lui ont fourni jusqua neuf substances différentes; une matière animale semblable au mucilage, deux sortes d'huile, du fer, quelques atomes d oxyde de manganèse, du phosphate de chaux, et très peu de carbonate, assez de silice et beaucoup de soufre 4.

■ Annales' de Chimie, t. XLIV, p. 4^; Becherches et expériences médicinales sur le diabètes sucré; Paris, i vol. in-8°.

" Annales du Muséum d'histoire naturelle , t. VI, p. 397,

' Annales de Chimie, t. LV, p. 268.

^ Annales de Chimie, t. LVUI, p. 4i ; et Mém. de Tlnstit. , 1806.

Les cheveux noirs ont unehuile de cette couleur; les roux en ont une rougcâtre, et les blancs une incolore. Les deux derniers ont toujours un excès de soufre; et les blancs en particulier du phosphate de rjiagnésie.

Les bois, les écorces , sur-tout les écorces aromatiques ou médicinales, se prêtent au même genre de décomposition. La belle analyse du quinquina de Sain^Domingue, par M. Fourcroy, a servi de modèle pour ce genre de recherches'.

Les diverses excrétions des corps organisés, et principalement les sucs végétaux ou animaux qui s emploient en médecine ou dans les arts, ont aussi été examinés de cette manière. Si les principes immédiats que Ion y découvre n expliquent pas entièrement laction qvfelquefois si énergique de ces matières sur leconomie animale, ils servent du moins à établir entre elles des analogies qui peuvent guider dans leur emploi.

Il se dépose quelquefois dans les liquides des corps organisés des sédiments à diverses sortes, dont l'analyse étoit importante, parcequ une partie dentre eux occasione dans les animaux des maladies affreuses, et que, leur composition une fois connue, on pouvoit espérer den trouver les dissolvants. Tel est sur-tout le calcul de la vessie :

' Annales de Chimie, i. VIII, p. 1 13 ; t, IX , p. 7.

nous avons vu que Scheele y a découvert un acide, lacide lithique^ nommé depuis uriquepar M. Fourcroy. C'est Tingrédient le plus ordinaire du calcul ; mais on y trouve aussi de Turate d ammoniaque, de Toxalate de chaux, du phosphate ammonipco^ magnésien. Ces divers sels peuvent former chacun des calculs d espèce particulière ; ceux d oxalate de chaux , connus sôus le nom de pierres murales, sont les plus affreux de tous ,ii cause de leur surface hé^ rissée, qui déchire la vessie et cause des douleurs inexprimables.

Tou tes ces découvertes sont le résultat du n grand travail de MM. Fourcroy et Vauquelin^ Ils ont trouvé dans certains animaux herbivores d autres calculs entièrement formés de carbonate de chaux ; mais il n y en a point de tels â^ns Thomme. En revanche les carnivores et les omnivores en offrent souvent de phosphate terreux et doxalate de chaux.

Il se forme aussi des pierres dans la vésicule du fiel et dans les canaux biliaires. MM. Poulletier de La Salle et Fourcroy y ont reconnu de ladipocire et une matière résineuse^

Les bézoards sont des concrétions intestinales. On vantoit autrefois en médecine, sous le nom de bézoards dOrient, ceux de quelques animaux étran^

' Annales du Muséum d'hÎBtoire naturelle, toin«8 1 et II.

CHIMIE PARTICULIÈRE. Il5

gers, et spécialement de la^ chèvre sauvage dePerse. MM. Foûrcroy et Vauquelin les ont trouvés formés d*uae sorte de résine qiii paroit avoir été prise au dehors par lanimal '. Les bézoards commune sont tantôt des phosphates de chaux ou de magnésie, tantôt des concrétions dç la matière résineuse de la bile, IjC dépôt qui se fait dans les articulations des goutteux a été reconnu , par M. Tennant, pour de Turate de soude.

I^es végétaux ont aussi leurs concrétions. L une des plus singulières est le tabasheer ou tabachir qui se forme dans le bambou : ce n est que de la silice pure. M. Macie l'a dit le premier* ; MM. Foûrcroy et Yauquelin Font confirmé : mais comment de la silice est-elle transportée dans Tintérieur du roseau, elle qui est indissoluble , et que d'ailleurs rien ne nous autorise à regarder comme un composé?

Les végétaux en contiennent beaucoup; etquand on brûle des matières de ce règne traitées plusieurs fois par l eau, du papier, par exemple, la cendre est de la silice presque pure.

Les chimistes que nous venons de citer attribuent 1 ascension de la silice à une ténuité extrême de ses molécules, et à une Suspension qui équivaut presque à une dissolutipu .

* Aimales dn Muséum d'àistoire naturelle, t. II. ' Annales de Chimie, t. XI.

En général la chimie n a encore rien découvert qui oblige absolument de croire, comme quelques savants le soutenoient autrefois , que les terres , les alcalis, les métaux qui se trouvent dans les animaux et les végétaux^ s'y soient formés par Faction de la vie: au contraire les recherches récentes de M. de Saussure le fils ont montré, au moins pour plusieurs de ces éléments, que les végétaux n'en contiennent qu'autant qu'ils ont pu en recevoir du dehors ' ; et les motifs de lopinion contraire, que Ion prétendoit tirer de la géologie, sont tombés, aujourd'hui que Ton a découvert toutes ces substances dans les montagnes les plus anciennes , qui ne recèlent pas la moindre trace d'organisation. Ainsi les granits contiennent non seulement de la chaux, de la magnésie, de la baryte; ilsont jusqu'aux alcalis fixes dans quelques unes des pierres dont 1 agrégation forme leurs énormes masses : le feldspath , par exemple, contient toujours de la potasse. «

Fermentation.

Tels sont les principaux résultats de l'analyse chimique des produits de la vie , pris immédiatement à leur sortie du corps: mais une partie de

' Recherches sur la v^(vétation , par Théodore de Saussure; Paris, 1804, I vol. in-8'.

ces produits est susceptible d^éprouver des mouvements intestins qui en modifient les proportions intérieures, et qui donnent encore des produits nouveaux; c'est ce quon a nomiïié fermentation. Il en arrive inévitablemeut une dans tous les liquides extraits des corps vivants, et dans tous ceux de leurs solides qui ne sont pas entièrement desséchés, ou qui letant reprennent de Thumidité du dehors. Sitôt qu'ils sont soustraits au tourbillon de la vie , et livrés en quelque sorte sans défense à l'action de l'air et de la chaleur , leurs éléments changent de rapports, et, après des mouvements intérieurs plus ou moins continués, se séparent et se dissipent pour rentrer dans le domaine de la nature brute: mais l'homme a appris à les saisir dans les divers degrés de ces changements successifs , et à les y arrêter , pour les employer à ses divers besoins.

De toutes les fermentations celle qu'on a nommée vineuse est la plus féconde en produits utiles. Lavoisier a le premier bien démêlé ce qui s'y passe. Elle ne s'établit que dans la matière sucrée étendue d'eau. Le sucre, en qualité d'oxyde végétal à deux bases , contient une certaine proportion d'oxygène, d'hydrogène , et de carbone. L'essence de là fermentation vineuse consiste à le séparer en deux portions, dont l'une enlève une grande partie du

carbone et presque tout Foxyf^ène, sous forme de gaz acide carbonique, et dont lautre, composée principalement du reste du carbone et de tout Thydrogène, est ce liquide combustible que Ton élève aisément par la distillation , et que Ton nomme alcohol ou esprit-devin.

Mais ce partage ne se feroit point dans la matière sucrée pure par le seul concours de Fair et d une température douce; il faut eiicore un agent qui rompe l'équilibre et fasse commencer le mouvement ': on Fa nommé le ferment ou la levure. MM. Fabroni^ Thenard^, et Seguin, sont ceux ' qui ont fait le plus de recherches sur sa nature et sa manière dagir. Le premier a reconnu que c'est un principe végéto • animal , semblable au gluten du froment, qui fait lessencede la levure; il est contenu dans la pellicule des grains de raisin, et se mêle à leur jus dans le pressoir. Le second est ar-^ rivé de son côté à un résultat peu différent, quoiqu'il trouve encore une nuance très sensible entre la levure et le gluten , et qu'il ne regarde pas la première comme simplement mêlée, mais bien comme dissoute dans le naoût; il lui a sur-tout reconnu ce caractère particulier, qu'elle perd sa propriété par l'eau bouillante. Le troisième convient

' Arte di far il vino ; Fiorenza, 1788. * Annales de Chimie, t. XLVIIl , p. 294.

bien que c'est un principe analogue à ceux des ani*maux ; mais il le croit plutôt de lalbumine dans un certain état de dissolubilité. .« •*

Quant à laction de la levure sur la liqueur sacrée pour y déterminer de si grands changements, elle est produite, suivant M. Thenard, par la plus grande affinité de cette levure pour Foxygène.

Il n'y a donc que les liquides sucrés qui puissent donner des vins quelconques ; les graines céréales y deviennent propres par la germination quichange leur amidon en sucre; lorsqu'il n^ a point assez de sucre, comme dans les moûts des pays froids, on peut y en ajouter, ainsi que la proposé M. Ghaptal ; ceux de ces liquides qui contiennent naturellement un principe végéto-animal , comme le jus de raisin , qui fait le vin ordinaire , celui des pommes , qui fait le cidre , apportent leur levure avec eux et fermentent d eux-mêmes. Il faut en fournir à ceux qui n'en ont point. Quelquefois aussi les opérations préliminaires font perdre la propriété de la levure, et il faut en rendre de nouvelle; c est le cas de la décoction dorge germée qui produit la bière; c'est aussi celui des vins et des autres sucs végétaux qu'on a fait bojaillir : on emploie même TébuUition pour les conserver sans qu'ils fermentent Au reste comme les divers sucs fermentescibles contiennent, indépendamment du sucre, une foule d'autres ingré*

fiUFFON. COMPLÉM. T. I. (J

l3o SGIEMGES PHYSIQUES.

dients, il n est pas étounant qu'il y^ittant dç vins jilîfFàrents.

C^ conçoit aisément que ces idées ont dû jeter beduooup de lumière sur la théorie de la vinification et en diriger infiniment mieux la pratique.Ou en retrouve .la preuve à chaque page dans 1 excel^ lent ouvrage de M. Ghaptal sur Fart de faire 1« vin'.

La fermentation aeéteuse semble n*étre qu'une <»Qtinu9tion de la vineuse. Du vin exposé à. lair s aigrit, non pas peut-être en reprenant de Toxy* gène, mais en perdant, parle moyen de celui de l'atmosphère, à coup sûr du carbone, et très probablement de rhydrogène: ainsi se £irment tous le3 vinaigres, selon M. Thenard; il s'en forme dès la première, fermentation , et peu de vins en ^ont exempts.

A ce jeu compliqué des éléments qui a déter^ miné la formation de lalcohol , ou du moins qui a préparé la liqueur fermentée à donner de lalcohcd par la distillation , succède un jeu nouveau et plus compliqué encore quand .on traite lalcohol par les acides.

Il en résulte les diffiérents éthers, qui prennent chacun le nom de lacide qui le produit. L'éther sul*

* Traité théorique et pratique de la culture de la yi^ne , ayec Fart de faire le vin ; Paris, deuxième édition, 1801 , a yoL in-8*.

CHIMIE PAHTIGUUÈR£. ]3l

forique est connu et employé 4episs loag-^mps en pharmacie; mais ce nest que depuis peu d*an* nées que MM. Fourcroi^ et Yauqudiq ont expfiqué ce qui se passe dan» sa fabricaEtioa !• La préseocede 1 acide et sa tendance à absoiiier^e Feau eseîtent les déments de 1 alcohol à réagir les.uastsur les autres. Son hydrogène et son oxygène jbrm^i\t d*abord de leau que lacide prend sans se décomposer lui- Bkèaie : Péther ne-difïèreroit donc, selon ces chi* mistes , de Talcohol que par plus dé carbone. Si Fan ckauflfe davantage, -Facidfi même donne son oxygène; il s'élève alors dé Facide sulfureux; et Félher, se désoxygénant déplus en pl.ua, donne lOiJiquide jaune qu4>n appelle huile douce de vm,-

-M. Théodore de Saussure, dans un travail sur Fanalyse de Falcoboletde Féthersulfurique^, remarquable par une extrême OKacthude et par les moyens nou^seaux dont il emîchit la chimie^ vient de don«> ner une grande précision à là comparaison des pa r-^ ties constituantes de ces deux snbstanees. L'éthera moitié moins d^o^gène que lalcobol : Fangmentation de proportion de Fhydiogène avoit déjà été annoncée pat? M. BerthoUet.

La théorie de Fétber nitrique étoit beaucoup moins parfaite ; ee ce qu on prenoit pour tel dans les

' An««les de CJûmie, t. XXUI, p. ao3.

* Journal de Physique, t. LXIV, p. 3i6.

l32 SCIENCES PHYSIQUES.

pharmacies, d'après les procédés de Navier^ nen étoit même pas. M. Thenard s'en est occupé récemment avec le plus grand succès '. Les quatre substances élémentaires qui se trouvent dans lalcohol et dans lacide en forment par leur rapprochement jusqu'à dix, quon peut séparer: lether presque tout entier p^sse sous forme gazeuse, et ne s'obtient séparément qu'en refroidissant beaucoup. Gomme il reforme de l'acide nitreux par le repos, même lorsqu'il en a été le mieux purgé, M. Thenard pense que les deux principes de cet acide y existent combinés avec lalcohol déshydrogéné et légèrement carbonisé.

Le même chimiste a préparé Tétber muriatiqiïe^ qui devient encore gazeux plus aisément que lé nitrique ; >1 a constaté que tous les éléments de l'alcohol et tous ceux de lacide y entrent : cependant, bien purifié, cet éther ne donne aucune trace d'acidité, et ne se laisse point décomposer par les alcalis dans les premières heures; mais, si on le brûle, l'acide muriatiqiie se reproduit à l'instant. Yétoit-il décomposé ou seulement masqué par la simple combinaison avec l'alcohol? si c'étoit le premier cas, cette expérience nous mettroit sur la voie du radical do cet acide, l'une des choses les plus à désirer dans la chimie moderne, mais dont on approche de tant

' Société d* A rcueil, t. I; plusieurs Mémoires.

CHIMIE PARTICULIÈRE. l33

de côtés qu'il est difficile qu elle échappe encore long-temps. M. Gehlen, chimiste de Halle, avoit ohservé de son c6té les mêmes propriétés dans Icther muriatique.

M. Thcnard , s occupant ensuite de l'éther acétique, la aussi regardé comme formé de la réunion de tous les principes de lalcofaol et de lacide, sans réaction ni séparation. Il redonne néanmoins aussi cetacide par la combustion, comme Scheele lavoit déjà observé.

Cependant M. Boulay soutient encore une opi* nion contraire à celle de M. Thenard sur les éthers formés par des acides volatils; il les regarde comme des combinaisons neutres, où Talcohol tient lieu de base : mais comment lalcohol surmonte-t-il l'affinité des alcalis?

Le même chimiste a réussi à' faire de Téther phosphorique, dont la théorie revient à celle de l'éther ordinaire.

La fermentation des matières qui contiennent de Tazote est bien plus compliquée, et donne des résultats bien plus variés que les fermentations vineuse et acéteuse. On lui donne le nom de fermentation putride, et son dernier terme est aussi principalement la répartition des éléments en deux substances volatiles; de Faeide carbonique, dune part, et deTammoniaque, deTautre, qui, comme

l34 SCIENCES PHYSIQUES.

nous Favons dit, résulte de la combinaison de Fhydrogène et de lazote. Il s'exbale en même temps une foule d autres vapeurs plus ou raoinft désagréables, et qui sont toutes des combinaisons variées d*hydrogèué, de carbone, d'azote, de phosphore, et des autres élëînents de la substance qui pourrit. Mais, aVani dWriver à leur décomposition totale, les matières azotées parcourent une infinité de degrés di£fërents, auxquels on cherche à les arrêter selon les emplois qu'on peut en faire,

I/attendrissement de la chair, qui la r^d plus facile À digérer, n'est qu*nn de ces degré$; audelà elle seroit iitsupporCàble. pour nous , quoiqu'elle paroisse alors, plus agréable à certains animaux.

Le lait, qui contient à-la-fois des substances sucrées et des substances azotées, donne, par ses diverses parties, de lacide^ de Teau-de-vie, ou du fromage ; et les diverses altérations de celui-ci ne sont aussi que divers degrés de fermentation putride que rhomme sait diriger et arrêter. Le garum des anciens, le cai;iar des Busses^ et plusieurs autres comestibles, sont dans le même cas.

On découvre de temps en temps de ces stations singulières où la putréfaction s'arrête , ou des modi* fications qu elle prenddans certaines circonstances. Ainsi la chair des muscles , qui, à l'air libre, se dé-

CHIMIE Particulière. i35

truiroit tout entière avec une infection insupportable, lorsqu'elle est entassée et recouverte d'une terre humide se change en une matière très semblable au blanc de baleine. Gest une observation intéressante de M. Fourcroy, faite lorsque Ion nettoya le cimetière des Innocents, pour le changer en marché. On dit que Ton a tiré parti en Angleterre de cette découverte, en transformant en substance combustible les 'chailTs des chevaux et des autres animaux qui ne se mangent point.

De tous les procédés capables d'arrêter la fermentation putride et d'en fSeiire disparoltre les effets désagréables le plus utile est l'emploi de la poussière de charbon, découvert par Lowitz ' : elle rétablit le bon goût de la chair gâtée; les filtres qu'on en fait rendent à l'eau corrompue sa fraîcheur et sa pureté ; le poisson , le gibier, se transportent très loin dans le charbon pilé, et des tonneaux charbonnés à Tintérieur conservent Veau douce en mer plus longtemps qu'aucun autre moyen.

' Annales de Chimie, t. XIV, p. 327; t. XVIII, p. 88. * FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE,

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