HISTOIRE NATURELLE
Nous T«Bons de tracer une légère esquisse des vérités que les sciences expérimentales nous ont révélées dans cette période, touchant les propriétés des corps qu elles peuvent isoler et maitriser dans nos laboratoires. Mab elles n^ont pas borné leurs efforts à ces recherches de cabinet ; elles se sont répandues dans un champ plus vaste : armées de ces nombreuses découvertes, elles en ont fait l'application aux divers phénomènes qui nous entourent, et ont jeté sur Thistoire naturelle une lumière que Ton auroit à peine soupçonnée possible il y a un demi-siècle.
En effet Ffaistoire naturelle, qui va feire Tobjct de la seconde partie de cette histoire, et dont le public , et même quelques savants , se font encore des idées aâsez vagues, commence à être reconnue pour ce qu elle est réellement, c est-à-dire pour une science dont l'objet est d'employer les lois générales de la mécanique , de la physique , et de la chimie, à lexplicalion des phénomènes particu-
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liers que manifisstoit les divers corps de la nature.
Dans ce sens étendu elle embrasseroit aussi Tastronomie; mais cette scienee, éclairée aujourdliui d une lumière suffisante par les seules lois de la mécanique, et soumise aux ealculs les plus rigoureux, rentre complètement dans les mathématiques, dont elle est la plus belle comne la plus étonnante application.
Le champ de Thistoire naturelle n est etta»« que trop vaste, en le restreignant aux objets qui nad^ mettent point de calcul ni de mesnres précises dans toutes leurs parties.
L^atmosphère et sa composition, les météores; les eaux, leurs mouvements, et ce qu'elles contiennent ; les divers minéraux , leur position rédiproque, leur origine; les formes extérieures et intérieures des végétaux et des animaux, leurs propriétés, les mouvements qui constituent les (onctions de leur vie, leur action mutuelle pour maintenir Tordre et Tharmonie à la suriace du globe: voilà ce que le naturaliste doit raconter et expliquer. Quand il caractérise ou analyse les minéraux , on le nomme miWra^^ts^e; s'il expose leur position et leur formation, il devient géologiste; s'il décrit et classe les végétaux ou les animaux , il prend le titre de botaniste ou de zoologiste; s'il les dissèque,
HISTOIB.E NATURVLLE. 189
celui d'anaJtomiste ; il devient physiologiste quand il cherche à déterminer les phénomènes de la vie et à en fixer les lois.
Mais tous ces travaux , partagés d'ordinaire entre divei*ses personnes, à cause de leur immensité et des hontes de Tesprit humain , étendent au même but et suivent la même marche, qui consiste à fournir à la physique et à la chimie des objets d appH* eatk)n bien déterminés, ou* à circonscrire rigou* reusement les phénomènes qui échappent encoreà ces deux sciences, et à les. rapporter a quelques faits généraux qu^on adopte comme principes, et dont Qn part pour des explications particulières.
D'ailleurs aucune des branches de Thistoire naturelle ne peut plus se passer entièrement des autres, et moins encore des deux sciences plus générales que nous venons de nommer. En vain voudroit-oo maintenant classer les minéraux sans les analyser chimiquement et mécaniquement, ou les animaux sans connottre leur structure intime et les fonctions de leurs organes: le physiologiste qui n embrasserait pas dans ses méditatioùs les phénomènes de la vie des plantes et de celle de tous les animaux se perdroit bien vite en conjectures illusoires, tout comme il fermeroit volontairement les yeux à la lumière , s'il refusoit d admettre Tinfluence des lois physiques dans les fonctions vitales.
l4o SCIENCES PHYSIQUES.
Il est donc visible que la diffiérence essentielle entre les sciences générales et Thistoire naturelle c'est que dans les premières on n examine, ainsi que nous venons de le £ûre entendre, que des phénomènes dont on détermine en maître toutes les circonstances , et que dans Fautre les phénomènes se passent sous des conditions qui ne dépendent pas de lobservateur. Dans la chimie ordinaire, par exemple, nous Ëibriquons nos vaisseaux de matières inaltérables; nous les formons, les courbons, les dirigeons comme il nous pkit ; nous n y plaçons que ce qu'il faut pour avoir des idées claires du résultat. Dans la chiidie vitale les matières sont innombrables; à peine le chimiste nous en a-t-il caractérisé quelques unes : les vaisseaux sont d*une complication infinie; à peine Fanatomiste nous a-t-il décrit une partie de leurs contours : leurs parois agissent sur ce qu ils contiennent; elles en subissent Faction : il vient sans cesse des éléments du dehors en dedans ; il s'en échappe du dedans au dehors : toutes les parties sont dans un tourbillon continuel , qui est une condition essentielle du phénomène, et que nous ne pouvons suspendre longtemps sans Farrèter pour jamais , et sans que les éléments et leur mélange forment aussitôt des combinaisons nouvelles. Nous ne sommes pas même les maîtres de retrancher à notre gré quelque partie
HISTOIRE 19ATURËLLE. l4l
pour juger de son emploi spécial : le corps vivant tout entier périt quelquefois par cette suppression^ Les branches les plus simples de Thistoire naturelle participent déjà à cette complication et à ce mouvement perpétuel , qui rendent si difficile l'application des sciences générales.
Histoire naturelle de (atmosphère.
La météorologie , par exemple , n a pour objet que les variations de Fatmo^phère; et il semble que les éléments qui composent celle-ci ne sont pas bien nombreux. On sait même aujourd'hui, parles expériences de plusieurs physiciens , et sur-tout de MM. de Humboldt , Biot, et Gay-Lussac % que ceux de ses éléments gazeux que nous pouvons saisir sont à-peu-près en même proportion à toutes les hauteurs où Ton a pu s élever; et par celles de MM. BerthoUet, Beddoes, etc., que les pays les plus éloignés ne diffèrent pas non plus à cet égard d'une manière sensible : mais sa masse est inimense, sa mobilité infinie; la moindre variation de chaleur y cause des mouvements étendus ; ces mouvements divers se croisent et se contrarient d une manière que les mathématiques ne peuvent apprécier. L eau qui s'évapore rend plus légère la portion d'air qui
> Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. II, p. 170 et 322.
la contient : de là des mouvements nouveaux qui varient en raison composée des deux causes essenlieHes de la vaporisation , cW^ndiré de la chaleur et de la surface aqueuse sur laquelle elle firaj^e. Enfin Iclectricité vient encore se joindre à toutes ces causes, pour multiplier les altérations du fluide qui nous environne.
Il est aisé de voir qu^il y a déjà assez^de ces divers ressorts pour rendre presque infini le nombre des coml^inaisons possibles : que sera-ce ci si Ion découvre un jour des agents nouveaux, comme de grands physiciens le soupçonnent déjà, et si le soleil luimême varie par l'intensité de sa chaleur et de sa lumière, comme M. Herschel se croit en droit de le soutenir * ! On peut donc se faire des théories plus ou moins générales , plus ou moins vagues, sur les causes des divers météores; mais la preuve de Fimperfection de tOMtes ces théories c'est qu'elles ne conduisent point encore à prévoir ces météores avec la moindre précision.
L'air qui passesur de l'eau se charge d'une vapeur d'autant plus abondante qu'il est plus chaud ; il la laisse retomber, s'il se refroidit: de là le brouillard ou la pluie. Si le refroidissement est assez grand , l'eau tombera en neige ; si elle ne gèle qu'en tombant, elle deviendra de la grêle. Le baromètre
' Bibliothèque Britannique.
MÉTÉOROLOGIE. l43
haîfiîse ipiaiid qi&^que partie de Tair devient humide; il a donc des rapports assez constants avec le temps futur : le vent qui vient de la mer apporte plus d*humidité; il est doncauasi pour chaque Keu un indice du temps* Le vent lui-même dépend en grande partie de la chaleur ; et il est d'autant plus régulier que les circonstances qui déterminent la chaleur sont plus constantes. L'air chaud qui s'élève des plaines échaudëes redissout les nuages qui sy rendent, et y maintient la sérénité: la fraîcheur des montagnes produit un effet contraire^ et semble attirer les nuages. On sait tout cela en gros ' ; mais c'est à-peu-près tout ce qu'on sait sur les météores simplement aqueux. I^es autres sopt bien plus irréguliers encore, et nous n'apercevons pas même d'une manière générale leurs causes originaires.
Ainsi l'on en est réduit à de simples descriptions historiques, ou tout au plus à des conjectures, sur les causes immédiate$ des trombes , des tourbillons , des ouragans, ainsi que de la plupart des météores lumineux : mais ce qui les amène précisément en tel temps et en tels lieux nous échappe presque entièrement.
Nous devons cependant beaucoup de reconnoissance aux hommes laborieux qui observent les variations de l'atmosphère , et cherchent à saisir quel-
' Voyez le Mémoire de M. Mon^Cy Annales de Chimie^ t. V, p. i.
l44 SCIENCES PHYSIQUES.
que rapport entre elles et des phénomènes plus constants.
Les mouvements des astres étoient ceux de ces phénomènes auxquels il étoit le plus naturel de penser; et la lune, comme plus voisine de nous, devoit la première attirer Fattention. Le peuple at^ tribuedès long-temps à ses phasesquelque influence sur le temps : Toaldo ' et M. Cotte ^ ont réfuté cette opinion. M. deLamarck cherche, depuis plusieurs années , si le lieu de la lune, sa distance et ses rap* ])orts de position avec le soleil , n en auroient pas davantage. La méthode qu'il emploie de former d avance des espèces de calendriers ne peut manquer d'exciter les observateurs à noter avec soin tout ce qui arrive; et c'est ainsi qu'on obtiendra tout ce qu'il sera possible d'obtenir de certain ^.
Nous devons une reconnoissance non moins grande à ceux qui imaginent et qui emploient avec constance les instruments propres à mesurer avec quelque précision tous ces genres de variations , et à en donner au moins une histoire exacte^.
' Journal de physique , t. XXXIX , p. 43 ; Essai météorologique , traduit de ritalien de Toaldo par Daquin ; Chambéry, 1784; in-4'*
' Ibid.y depuis 1787 jusqu'à présent. Voyez a^ssi son Traité et ses Mémoires de Météorologie; Paris, 1774-1788; 3 -vol. in-4°*
^ Voyez les Annuaires météorologiques de M. de Lamarck.
* Voyez, sur tous ces genres d'observations, TAtmosphérologie de Lampadius, en allemand ; Freyberg, 1806 ; i vol. in-S**.
MÉTÉ0B0LO6IB. l45
Le baromètre et le thermomètre sont déjà anciens. On sait aujourdliui , par des observations répétées presque à l'infini , tout ce que leurs mouvements peuvent avoir de relatif à la saison , aux heures du jour, à la latitude , à 1 Wva tion verticale , au voisinage des eaux ou des montagnes , à la position àans des lieux ouverts ou enfoncés, enfin aux météores des diverses sortes.
On n a pas observé l'électromètre atmosphérique avec moins de patience , pour déterminer les rapports de Télectricité naturelle avec toutes ces circonstances ; mais ses accumulations subites dans les orages échappent à toutes les régies.
L'état du magnétisme lui-même a été observé souts ce rapport: il y a des variations diurnes de I aiguille ^ il y en a d'annuelles ; il y en a qui correspondent avec certains météores. Les remarques de M. Gassini sur ce sujet sont très prédeuses ; mais on n^entrevoit Picore rien de positif qui explique les liaisons de ces différents phénomènes.
On connoît aussi maintenant par des instruments fort exacts la quantité d'eau qui tombe dans chaque pays et celle qui s'en évapore , ainsi que la direction ordinaire et la force des principaux vents.
L'hygromètre, qui doit nous faire connoltre l'humidité de lair, étoit le plus important de tous ces instruments, parcequ'il a les rapports les plus éti oîts
BDPFON. COMPLBM. T. I. lO
l46 SCIEHCES PfiTSIQCES.
avec les météores «queux, qui sont ceux qui nous intéressent le pfais ; chaoun sait à quel point il a occupé MM. de Saussure et Deiuc On y emploie , en général, une fibre organique, cheveu, filet dlvoire, de plume, tranche d^un Jànon de baleine ou autre; Thumidité alonge ces corps, la sécheresse les raccourcit : on peut aussi employer des sels déliquescents , et peser Fhumidité qu'ils ont attirée dans un temps donné; mais aucun de ces moyens ne donne la quantité absolue de 1 eau , et, malgré tous les soins di$ ceux .qui ont inventé ou perfeo^ tionné ces instruments , ils n'ont pu encore les rendre comparables.
Le cyanomètre doit mesurer la transparence de lair : c'e$t une bande colorée de diverses nuances de bleu, que Ion compare de Tœil avec le bleu de ciel. M. de Saussure la imaginé ; mais son emploi n'est pas très fréquent.
L'eudiométre, qui mesure la pureté de 1 air ou la quantité deson oxygène, est au contraire d'un usage journalier, nonseulemen t en météorologie, mais en* cove dans toutes les opérations relatives à l'analyse des gaz* On peut y employer toutes les substances qui absorbent l'oxygène ; mais il y a de grandes diir férences dans la perfection de cette absorption* '
Le gaz nitreux fut d'abord proposé par Priestley ; il lait la base de leudiométre de Fontana. M» Volta
MÉTÉ0R0L06I G. 1 47
emploie dans le sien la eombustion du gaz hydrogène; M. Âcfaard elM. Seguin se servent du phos*phore, dont Faction est prompte, mais tumultueuse; M. Bertliollet préfère les sulfures alcalins, qui paroissent absorber le plus complètement, mais qui agissent avec lenteur: il semble cependant quff les physiciens s'arrêtent à 1 eudiométre de Volta , qui a d'ailleurs par-dessus tous les autres f avantagé de faire reconnottre la présence et la quantité de l'hydrogène. C'est par ces divers moyens , et par les travaux successifs et pénibles de MM. Cavendish ^ Beddoes,BerthoIIet,Humboldt, Gay-Lussac, etc. , que Ion est arrivé à ce résultat singulier, que la compo* sition gazeuse de l'atmosphère est la même sur tout le globe et à toutes les hauteurs.
M. Cavendish a montré que les odeurs qui affectent si vivement nos sens, et les miasmes qui attaquent si cruellement notre économie, lie peuvent être saisis par aucuns moyens chimiques, quoiquHl soit bien certain que ces moyens les détruisent. C'est encore une preuve entre mille de eeUte mijltitude de substances qui agissent à notre insu dans les opérations de la nature.
Il est bien à regretter que Ton n'ait pas «desT ob#servations à-la-fois assez anciennes et assez sâfes pour constater s'il n'y a point dans toutes ces va^ nations des périodes plus longues que celles qu'on
l48 SGIBUCES PHYSIQUES.
a soupçonnées jusqu'à ce jour. Le magnéiîsinè est peut-être de tous les phénomènes celui pour lequel cette recherche auroit le plus dlntérèt. . Le plus remarquable des faits relatifs à Fatmo^ sphère, sur lesquels Tépoque actuelle a donné des lunûèresnou velies, n*appartientpeutètrepasmème véritablement à la classe des météores aériens. Il est bien certain aujourd'hui qu'il tombe quelquefois des pierres de l'atmosphère sur la terre ; que ces .pierres, dans quelque heu qu'elles tombent, sont sonblables entre dles , et qu'elles ne ressemblent à aucune de cdles que la terre produit naturellement.
L'antiquité etie moyen fige n ont pointignoré ces chutes de pierres ; Plutarque et Albert -le -Grand cherchent même à les expliquer chacun à la manière de son temps. M. Ghladny, physicien aile* mand , est parmi les modernes le premier qui ait osé en soutenir la réalité : M. Howard, chimiste anglois , a le premier montré l'identité de composition des pierres tombéesen des lieux très di£Férents, et a dirigé ainsi l'attention générale sur un objet si curieux. Cette attention a rendu les observations plus fréquentes. Il est tombé de ces pierres en divers lieux de France. M. Biot a fait à Ilnstitut un rapport très circonstancié sur celles qui sont tombées à TAigle, département de l'Orne, rapport qui ne
MÉTÉOROLOGIB. . l49
• peut bisser de doute qu'aux personnes prévenues '. On en a encore recueilli dans le département de Vaucluse et dans celui du Gard. Les analyses fiâtes par MM. Fourcroy, Vauqudin, Thenard^ et Lau** ^er^ ontconfirmé cdies de M. Howard. M. Laugier en particulier a reconnu le premier dans ces pieires Texistence du chrome '.
Mais d'où TÎennent^es? M. Ghkdny les croit des corps flottants dans Fespace , des espèces de pe^ tites planètes; M. Delaplace et M. Poisson ont montré quil est mathématiquement possible qu'elles soient lancées par les volcans de la lune. Des chimistes, et spécialement M. Yauquelin , ont bien fait voir aussi qu'une partie des éléments de ces pierres peut ètresuspenduedansFatmosphère ; mais on neconçott guère comment il pourroits'en réunir assez pour former, avant la chute ^ des masses aussi considérables^.
Histoire naturtUe des Eaux.
L'hydrologie, ou l'histoire naturelle des eaux , a déjà quelque chose de plus facile à saisir que celle
' Ménoîrefl del'iiutinit, annëe 1806, p. 224.
* Annales du Muséum d'histoire naturelle, t VII, p. 39».
' On trouTera dans la Lithologie atmosphëiique de M. Isarn l'exposé de la plupart des observations et Findication des Mémoires où elles sont consignées; Paris, i8o3, i vol. in-8*'.
l5o SCIENCES PHYSIQUES.
de i «tofeosphère. On iiede8ire.plus ri«[i eurVorigiae ides fontaines et de» rivières ; il est prouvé que la pluie et les autres météores aqueux en sont les seules causes. L'aaalysedes diverses matières qu'elles tiennent en dissolution , ou qui» en précipitent, est &ite avec toute la rigueur de la chimie moderne. Celle des eaux minérales sur -tout possède aujourd'hui des méthodesaussi exactes qu ingâûeuses. Ijeur importance en médecine y avoît fiût songer dès longtemps. Bergman s en étoitoccupé avec beaucoup de fcuit. M« FouriH'oy leur adonné une perfection nouvelle dans son livre sur l'analyse de Feau d'Ënghien \
La composition de Teau de la mer^ la force de sa salure, qui augmente vers le midi et diminue vers le nord , ont également été examinées. On s'est occupé même de la température de Teau à difierentes profondeurs , et de la quantité ainsi que de la qualité de Tair qu elle contient. Les expériences de M. Pérou dans les mers des pays chauds , comparées avec celles de Forster vers le pôle sud, et dlrwing vers le pôle nord, paroissent prouver que Feau diminue de chaleur à mesure que l'on descend ; et M. Pérou pense que cette diminution pourroit bien aller par-tout jusqu'à la congélation. Sa sur&cc est échauffée par le soleil ; elle varie moins que l'at-
' Un vol. in-S"; Paris, 1788.
HYDROLOGIE. »5f.
mosph^ne : elle s*échsuiFe davantage près des côtes dans left pays chauds ; dUe doit s y refroidir vers les pôles.
Ces expériences intéressent sar*tout par rapport à la grande question des sources de Ja dialeur du globe ; question importante elle-même pour toutes les branches de Thiatoire .naturelle. On en attribuoit autrefois une partie à quelq ue feu oen tral , on à telle autre cause intérieure; mais la composition du de* gré de la chaleur des caves, aux diverses latitudes , semble se joindre à toutes les autres observations pour attester que le soleil seul échauffe la terre;
Histoire naturelle des Minéraux.
Aucune partie de Thistoire naturelle ne semble ofFrir plus de facilité que la minéralogie , puisque les corps qu*elle étudie, immobiles et à*peu*près inaltérables par le temps, se laissent aisément recueil-^ lir, conserver, et soumettre à volonté à tous les genres d expériences.
Elle a cependant aussi des difficultés particu-^ lière», dont la plus grande est peut-être Tabsence dW principe rationnel , pour y établir cette première sorte de division que Ion appelle espèce dans les corps organisés.
Dans ceux-ci c est la génération qui est ce prin-
l52 8G1EIIGB8 PHYSIQUES.
cipe: mais elle n*a pas lieu pour les mmëtam; a ton ddaut on s y contente d*une certaine ressemUance dans les propriétés. Jusque vers le milien da dixhuitième siècle on n*eut gnère d'égaid <|uViax propriétésphysiqueset extérieures, prises assezarbitrai* rement pour caractères distincti6. Aussi tous les efforts de WaUerius, et iloême du finnà Linnesus, qui joignoit encore la figure cristalline aux propriétés employées jusqu'à lui, ne parvinrent41s à rien de précis dans cette détermination des espèces nnnéraies. Gronstedt ouvrit une routeoouvelle, en em« ployant le premier la composition chimique comme caractère dominant.
CTest d'après cette idée que Gronstedt, Bergman, Kirwan, RIaproth , Yanquelin, et d'autres chimistes, ont commencé à mettre dans la minéralogie une partie du bel ordre qui s*y introduit ; et en effet, si la composition étoit la seule cause efficiente de toutes les propriétés minérales, puisqu'elle les produiroit, il feudroit bien la mettre à leur tète: mais il est bon de se rappeler ici Finfluence que des circonstances passagères peuvent avoir sur la formation et sur les qualités physiques des composés, d'après la théorie de M. BerthoUet ; elle peut être telle, qu'à composition égale toutes les qualités sensibles soient changées.
Par conséquent les caractères physiques , bien
MINÉBALOOIE. l5J
appréciés , ne peuvent ni ne dm^ent être bannis des déterminations nnnérelogiques; mais il n'est pas permis de les employer indistinctement. Il y «i a ^ comme la eouieur et la transparenoe, qni sont trop Yariafales poar diitenir nn rang élevé dans la mé-* thode ; mais eenx qui tiennent de près à la com^ poHtion intime, comme la pesanteur spécifique , et sur-tout le clivage, ou cette disposition da lames qui détnmine la forme du. noyau et la mcdécnle primitive , sont d'un autre intérêt* Us restent en général les mêmes , tant qne la composition ne change' pmttt: «nsi, c<msidérés uniquement sous ce rap* port , ils seroient déjà d'excellents indices propres à suppléer à teUe compoai^n quand elle est ineojaaue.
nlia forme cristalbiM, sur<-tout, a précédé plu-* siettrs fois l'analyse, et a fiiit prévoir une composi* tien difli^ente dans plusieurs cas où l'on n'en soup^ çonnoit point. Cest par elle seulement que M. Haiiy a distingué les diverses {terres que l'on confondott sous le titre de sehorl^^ et cdttes qu'embrassoit le nom commun de zA)Utltë ^. Bien avant que la stron^ tiane fùt reconnue pour une terre particulière,
*■ JoamtX de Pbjaiqae, t. XSVHI, p. 63^ Académie dea Scienceft,
* Obserrations sur les Zëolithes ; Journal des Mines , brumaire
an4,p.a6. --
l54 SCI£BC£S PHYSIQUES.
M. HaUy avoit remarqué qae les cristaux de sa combinaison avec lacide snlfiirique diffi^'ent de ceux de la baryte unie au même acide '•
Dans d'autres cas lidentité de forme a fiiit prévoir ndentité de compositioa entre des minéraux qu on croyoit différents. Il y en a iin exemple notable ; celui du b»il et de Témeraude. Ce n estqu après un examen réitéré que M. Yauquelin s'est convaincu delà ress^oaMance chimiqae de ces deux pierres , que la cristall(^ra{>bie annonçoit d'avance* Les réunions opérées parla cristallographie entre le jargon, Thyacinthe, et la prétendue vésuvieme de Norwége, entre la chrysolitbe , lapatite, et ]e moroxite , entre le corindon et la télésie , ont également été confirmées par la chimie ; et il est a croire qu'eUe confirmera de même celles de la sibérite ave«, ^ tourmaline et d'autres semblables ^ que la cristallographie prévoit dès aujourd'hui.
Il est arrivé aussi que l'analyse chimique a rapproché ou écarté des minéraux, contre ce qu'une étude superficielk de le«r forme indiquoit, mais un nouvelexamen cristallograpfaique a bientôt tout remis d'accord*, en découvrant des dii^ences ou des rapports de forme qui avoient échappé.
Il y a cependant certains minéraux où il n'est pas possible encore de mettre les deux méthodes en
» Annales de Chimie, t. XII, p. i.
MINÉKALOGIE» l55
harmoaie. Nmi&a?oas déjà dk qu'on en trouve dont la forme Tarie, quoique Tanalyse en soit la même : 1 arragonite et le sfMudi calcaire en sont Fexemple le plus oAëbre. Il y en a bien davantage où c'est Tinverse qui a lieu. Une]settle et même forme passe par nuances insensibles d une composition à une autre presque opposée : tel est le fer apathique. Mais il finit considérer que certains minéraux peuvent être plus ou moins pénétrés* par des substances étran^ gères sans varier de forme. Quoique ces substances aeoessoires changent beaucoup le résultat de Tanalyse chimique, elles ne doivent point faire établir d'espèces nouvelles, car il est naturel de supposer que la substance principale les a entraînées dans son tissu en se cristallisant, et il arrive souvent que , dans un même morceau , la substance principale pure<à une extrémité se change par degrés en se pénétrant de la substance accessoire.Gellerci peut même, en quelque cas, remplacer entièrement la première, en prenant^aiactement son tissu le plus intime, comme cm je* vok dans les bois changés en agate ^ qui montrent encore leurs fibre», leurs rayons médullaires, et leurs trachées. Il faut con-^ sidérer encore que, dans plusieurs circonstances, Tétat actuel de lartdes analyses est insuffisant pour reconnottre tous les principes ; nous avons des exemples récents de découveites tôut-à^fait im<*
i56 scibucss physiques.
prévues sur la compMÎtkm det minéfBiix qu'on çroyoit les mieus analyses , et rien n empêche que ces exemples ne puissent se reproduire. Tdles sont les causes pnJiables de celte opposition apparente entre les caractères extérieurs et les caractères chimiques.
Ces remarques prouvent qull est nécessaire d'étudier avec le plus ^prand soin les minéraux sous toutes leurs laces, et de comparer sans cesse les résultats de ces averses sortes d^études. Cest ce qui se Élit aujourd'hui de toute part avec d'autant phis de zèle qu'il existe une sorte de rivalité «itre les méthodes 9 chaque miaéralog[iste attachant plus dWportance à la fiice qu'il envisage le plus; mais on ne doit voir dans leurs discussions à cet égard que des motîfii d'émulation qui rendront la minéralogie plus parfaite. La vraie philosophie des sciences demande qu'aucun genre d'observation ne soit négligé.
Ainsi M* Wemei de Freyberg et toute son école examinent avec une attention extrême Fensemble des caractères extérieurs; et leurs observations, saisissant les nuances délicates négligées par d'autnes minéralogistes, leur ont souvent £iit reconnoltre des espèces nouvelles : mais quelquefois aussi des distinctions trop scrupuleuses de propriétés peu importantes leur ont £aiit regarder
MINÉRALOGIE. iS;
comme espèces de simples yariëtés. Nous avons en françois un bon ouvrage, rédigé d'après les principes de M. Wemer, par M. Brochant, ingé^ nieur des mines ^
M. Hatiy, M. Toiinellier, M. Gillet , M, Leliéfvre, M. de Bournon, et en général ceux qui appKquent la méthode cristallographique du minéralogiste fiançms, s'attachant plus exclusivement à la propriété qui tient de plus près à la nature intime, ramènent d'ordinaire ces variétés à leurs espèces, et leurs résultats sont le plus souvent confirmés par Tanalyse.
C'est celle-ci qui CQurohne l'œuvre quand elle le peut ; et elle y a très souvent réussi dans les combinaisons métalliques et dans les substances acidifères, a quelques nuances près, qui se trouvent dans les proportions de certaines espèces. Aussi at-on pu disposer ces sortes de minéraux en ordres , en genres , et en espèces rigoureusement définies , et leur appliquer une nomdnckture analogue à celle des chimistes ef indicative de leur oomposition.
Mais les pierres dures , cmnidûnéinent dites 5{7tcernes, les magnésiennes, la plupart aussi de celles
' Paris, ans 9 et 11, 2 vol. in-S**. — L'Allemagae a produit un très grand nombre d'ouvrages sur le même sujet, teb que cett^ de MM. Karsten, Emmerling, Retiss, etc.
l58 SGIENCRS PHYSIQUES.
qui sont réanîes dms les roches , sont enoMne loin detre si bien connues. L^irs analyses, fûtes par di£Bérents auteurs, ne se ressemblent pas; et c^est sur-tout dans cette classe que le même chimiste trouve quelqueficHs, comme nous lavons dit, dans une seconde analyse, un principe important qui lui avoit échappé dans la première. C'est ainsi que M. Rlaproth vient de découvrir facide fluoriquc dans la topaze, où il ne lavoit pas trouvé d abord , et que M. Yauquelin, répétant celte expérience, Fy a trouvé encore en beaucoup plus grande quantité'.
En attendant donc quV>n en soit venu pour ces sortes d analyses a des méthodes plus sûres, on laisse ces pierres ensemble sans en former des genres proprement dits, les isolant daprès^ leurs propriétés physiques les plus essentielles, et leur donnant des noms arbitraires tirés deqùdques unes de ces propriétés.
Telle est la marche actueUe de la minéralogie , marche qui n a été entièrement adoptée] que dans la période dont nous rendons compte, et diaprés laquelle le catalogue 4es minera uj( a été non seulrmeni mieux ordonné, mais encore singulièrement enrichi '.
' Annales de Chimie de 1807.
' Voyez rénumération de tontes les découvertes, avec Tindication
MINÉRALOOIE* iSg
Il a fellay insérer d'abord tous les notiveaux élëmeuts métalliques et terreux reconnus par la chimie, ainsi que leurs diversescombinaisons. Gomme nous en avons parlé précédemment, il est^ inutile que nous revenions sur ce sujet.
On y a ajouté un gi:and nombre de combinaisons dont les éléments étoient connus, înais dont on ne savoit pas auparavant qu'ils existassent réunis dans la nature. Ainsi le phosphate de chaux ^ que Ton savoit depuis long-temps être la matière terreuse des os, s'est trouvé formant des montagnes entières en Espagne et en Hongrie, et des cristaux isolés dans beaucoup d endroits* MM. Proust, Kiaproth, et Yauquelin, Fy ont reconnu successive* ment. Cette même chaux a été découverte, par M. Selb , unie à 1 acide de Tarsenic et formant une pierre empoisonnée.
Parmi les gypses ou sulfates de chaux on en a reconnu un qui manque d'eau de cristallisation et dont les qualités physiques diffèrent du gypse commun. L'abbé Poda Tavoit indiqué; M. KJaprotb en a commepcé l'analyse, et M. Yauquelin Fa terminée.
de Jean aatenrs et des JMëmairei où il» les qM conmfçaées, dans le Traité de Minéralogie de M. Haiiy, Paris, 1800; 4 ^^^* in-B*^ et un atlas; et dans les suppléments joints par M. Lucas fils à fabrégé qu'il a donné de cet ouvrage: consultez aussi les différents volumes du Journal des Mines.
l6o SCIBliCES P^T8IQUES.
La baryte unie à Tacide carbonique est une autre pierre qui empcmcmne; le docteur Witberiii^ Fa découverte dan$ le Lancasbire en Anglet»re.
Certains cristaux presque cubiques, assez durs , des environs de Lunebourg , ont été reconnus , par MM. Westrumb e^ Vauqu^n, pour un composé de magnésie et d'acide boracique. La.eombiaaison de la cbaux et de la silice avec le même acide a été découverte en Norwége par M. EsmarlL , et analysée par M. Rlaproth. On a trouvé au Groenland Talumine combinée a Tacide fluorique; M. Abildgaard la fait conn<rître.
Parmi les combinaisons métalliques, le euivre , uni à 1 acide arsenique, ibrme des mines très-ricbes en Angleterre. Il y en a, dans le pays de Nassau , d'uni à lacide phosf4iorique«
M. Lelièvre a fait connottre un manganèse cai^ bcmaté , et a découvert à File d'Elbe un oxyde de fer combiné à celui du manganèse, à la silice, et à la cbaux, et iormant un minéral que ce savant a nommé ^^tte.
Le fer et Tadde du chrome constituent un autre minéral récemment ^découvert en France par M. PoQtier,.et qui fournit en abondance le chrome devenu nécessaire à nos manufactures demaux et de couleurs. On a encore trouvé des combinaisons du fer avec le titane et avec les acides de
MINÉRALOGIE. l6l
larsenic et du phosphore. M. Fourcroy a fait lanalyse de cette dernière.
On a mis ensuite à leur véritable place dans le catalogue plusieurs minéraux que Ion possédoit à la vérité depuis long-temps , mais sur la composition desquels on n'avoit point d'idées justes. La chimie a même offert à cet égard les résultats les plus inattendus. Ainsi le corindon et la télésie, qu^ comprend les rubis , les saphirs, et les topazes d'Orient, ne se sont trouvés que des cristallisations d'alumine presque pure ; à peine Témeril en diffèret-il, selon M. Tennant. La diaspore, dont on doit la connoissance à M. Leliévre et l'analyse à M. Vauquelin, et la wavellite, découverte par le docteur Wavel en Devonshire, et analysée par M. Davy, sont des pierres très différentes des précédentes, et ne contiennent cependant que de l'alumine et de l'eau ; et, en général, l'eau a été reconnue dans cette période pour un principe souvent très influent de la composition minérale. Lespinelle, ou rubis octaèdre, est seulement de l'alumine unie à un peu de magnésie et colorée par l'acide chrômique. L'émeraude, le béryl, se distinguent par la présence de la glucine; les topazes de Saxe et du Brésil, par celle de l'acide fluorique. L'antimoine a été reconnu pour un des principes de l'argent rouge. Le nickel s'est trouvé être le principe colorant de la
BUF^ON. GOMPLEM. T. I.
prase; le chrome, celui de lemeraude, de la diallage, et de la plupart des serpentines.
MM. Klaproth et Yauquelin sont les auteurs de la plupart de ces découvertes importantes *.
Enfin Ton a déterminé les caractères de plusieurs minéraux dont les propriétés physiques ou la présence de quelque élément particulier exigent la se-paration, quoiqu'ils soient de la classe de ceux dont lanalyse chimique n'est point encore entièrement satisfaisante. Nous n en citerons qu'un pe* tit nombre: l'euclase, rapportée du Pérou par Dombey, est une gemme analogue à lemeraude en couleur et en composition , mais qui se brise trop facilement pour pouvoir être taillée. La gadolinite se trouve dans certaines roches de Suéde ; c'est elle qui a fourni la terre nouvelle appelée ytiria, etc.
C'est par ces additions successives que le nombre des espèces minérales , dont Cronstedt et Bergman ne comptoient guère qu'une centaine , a été porté à près de cent soixante, sans parler des innombra* blés variétés, des mélanges, et des espèces encore incertaines: et ici les variétés sont très souvent
' Les différents Mémoires analytiques de M. VauqaeJio remplissent le Journal des Mioes et les Annales de Chimie. Ceux de M. Rlaprath ont été recueillis en allemand; Berlin, 1807; 4 'vol. in-8^; et M. Tassaert vient d*en commencer une traduction françoise; Paris, 1807; in-8\
MINÉRALOGIE. l63
d'une grande importance; et Ion est obligé de les énumérer toutes dans le catalogue ; car c'est par elles que se détermine Tusage des substances pierreuses. La craie, la pierre à bâtir, les marbres de toute sorte, 1 albâtre, les spaths calcaires, par exemple, ne sont que des variétés du carbonate calcaire : et à combien d emplois différents chacune de ces variétés n'est-elle pas exclusivement propre!
Il nest pas moins nécessaire de conuoitre, de classer et de caractériser les divers mélanges. C est daprès eux que telle argile n est bonne qu a mar-» ner ; telle autre qua faire des briques ou des poteries communes, tandis qu'une sorte plus pure donne la plus belle porcelaine. Qui voudroit employer indifféremment les variétés de schistes s'exposeroit à de terribles mécomptes. Il faut donc qu elles soient toutes bien déterminées dans les livres.
Les variétés de forme, de leur côté, ont un grand intérêt scientifique : il. y a quelque chose d'admirable dans cette prodigieuse multitude de combinaisons d'où résultent toutes ces facettes disposées avec tant de symétrie. M. Haiiy a donc rendu un vrai service à la philosophie naturelle, en tenant compte de toutes ces différences ^ et en , les analysant d après les lois de sa théorie. Il a
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donné ainsi à la minéralogie un caractère tout nouveau qui la rapproche beaucoup de T^xactitude des sciences mathématiques.
C est ce que Ton admire sur-tout dans son grand traité sur cette science, magnifique monument des progrès faits dans ces dernières années, et auxquels Fauteur a contribué plus que tout autre'.
L'ouvrage que M. Brongniart a rédigé par ordre du gouvernement pour l'usage des lycées a donné de son côté une attention plus suivie aux variétés non cristallines qui fixent les usages , et , sous ce rapport, il est aussi utile aux arts qu a Tinstruction publique*.
Géologie.
Mais la formation et lordonnance de ce grand catalogue des minéraux, et même lexposé le plus complet des propriétés de chacun d eux, ne sont encore qu'une partie de leur histoire : il faut y ajouter la connoissance de leur position respective, et de leur distribution dans celles des couches du globe que nous pouvons percer.
C'est là l'objet de la géologie positive et de la géographie physique. Celle-ci est une sorte de géolo-. gie particulière, base de la géologie générale. On y
' Paris, 1800; 4^ol. in-8% et un atlas.
* Traité élémentaire de Minéralogie; Paris, 1807; 2 vol. in-8*.
GÉOLOGIE. l65
examine à fond la structure minérale d un pays déterminé, et la nature des pierres ou des autres minéraux qui composent ses montagnes, ses collines et ses plaines, ain^i que leur position relative; c est une science pour ainsi dire toute moderne. Pallas en a donné de beaux exemples pour la Russie', Saussure pour les Alpes ^, M. Deluc pour certaines régions dç la Hollande et de la Westphalie^. L'école de Werner a fait à cet égard les plus belles recherches en Saxe et dans plu-» sieurs autres contrées de TAUemagne et des pays voisins"^. Les cantons des mines ont été, comme on devoit s'y attendre, examinés avec encore plus de soin queles autres: l'intérêt immédiat le demandoit; et ceux de Saxe et de Hongrie, où Tart des
' Dans ses observations sur la formation des montagnes, Académie de Pétershourg , 1777, et dans ses Voyages.
' Voyages dans les Alpes; Neufchâtel, 1779-96; 4 "vol- in-4**.
^ Lettres à la reine d'Angleterre sur l'histoire de la terre et de l'homme ; La Haye, 1 768 ; 6 vol. in-S".
* Les ouvrages géologiques particuliers sortis de l'école de M. Werner sont aussi nombreux qu'importants : leur éuumératiou, et l'exposé le plus complet qu'il y ait encore de leurs résultats, se trouvent dans la Géognosie de Reuss; Leipsick, i8o5; 2 vol. in-8**, en allemand. On distingue dans le nombre cçux de MM. de Bach, Sturl, Leonhard, Lazius, Noze, Voigt, Freisleben, Wrede, etc. Nous n'avons pas besoin de citer le plus célèbre des élèves de Werner, l'illustre et courageux M. de Humboldt. Il est bon de consulter aussi les ouvrages plus anciens de Charpentier, de Bom, etc.
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mines est exercé depuis un temps immémorial, ont eu les plus excellents historiens.
IjS géographie physique de la France n a pas été cultivée dans ces derniers temps avec moins d ardeur que celle des pays étrangers; les cours de Rouelle , ceux de Valmont de Bomare , de Daubenton, et de M. Sage, ainsi que leurs ouvrages élémentaires, ont commencé à répandre dans notre nation le goût de la minéralogie, long-temps concentré en Allemagne et en Suéde.
Des cabinets ont été formés dans nos principales villes, et des voyages minéi'alogiques entrepris dans presque toutes nos provinces. Dès avant l'époque dont nous rendons compte, deGensanneetSoulavie avoient décrit le Languedoc, Besson les Vosges: nos mines de fer, principale richesse de la France en ce genre, avoient été examinées par Dietrich*; et Picot-la-Peyrouse avoit décrit celles du comté de Foix^ ; Polassou , et plus récemment M. Bamond, ont fait connoitre en détail les Pyrénées^.
Le conseil des mines, établi en 1793, lorsque l'interruption de tout rapport avec l'étranger fit
* Description des gîtes de minerai des forges et des salines des Pyrdnëes, par le B. de Dietrich; Paris, 1786; 4 vol- in-8*.
* Trait<^ snr les mines de fer et les forges du comte de Foix par de La Peyrouse; Toulouse, 1786; i vol. in-8'.
^ Essai sur la Minéralogie des Pyrénées; Paris, 17B1. Observations faites dans les Pyrénées, par Bamond; Paris, 1789; i vol. in-S*.
sentir le besoin de tirer parti de notre territoire, a donné à ces sortes de recherches une impulsion toute nouvelle. Des injgénieurs , envoyés par ses ordres dans les divers départements , en ont étudié la minéralogie; et les descriptions exactes d'un assez grand nombre, faites sur^tout par MM. Dolo* mieu, de Grensanne, Lefebvre, Duhamel fils^ Baillet du Belloy, Héron de Villefosse, Cordier, Rosière, Héricartde Thury, ont déjà été recueillies dans le Journal des Mines ' . Nos mines de houille ont excité une vive attention , et MM. Duhamel père, Lefebvre, Gillet-Laumont, de Gensanne, se sont occupés avec succès de leur gisement, de leurs inflexions , des failles ou filons pierreux qui les interrompait , et de tous les détails de leur exploitation et de leur emploi. Les riches mines que le sort des armes a fait tomber au pouvoir de la France dans les départements conquis ont été examinées et décrites avec soin , et ont enrichi la science en même temps que Fempire. Dans les àn<* ciennes provinces on a découvert ou décrit diverses mines de métaux utiles aux arts, depuis le mercure et le cuivre jusqu'au chrome et au manganèse, et de nombreuses carrières de pierres propres à tous
' Cette collection a commencé en vendémiaire an 3, et elle continue avec suooès. L'Allemagne en a pliuienrs d'analo^es, teUes que celles de M. de Moll , de M. de Hof , etc.
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les genres de constructions, depuis les marbres et les porphyres qui enrichissent nos palais , jusqu aux briques insubmersibles dont en fabrique les fours des vaisseaux; et parmi toutes ces recherches il s est rencontré une foule de minéraux qui, sans avoir encore d'utilité immédiate, appartiennent cependant au grand système de. notre géographie physique, et fournissent des matériaux précieux aux recherches de la chimie.
Ainsi Témeraude a été trouvée près de Limoges par M. Leliévre; la pinite, au Puy-de-Dôme, par M. Gocq; lantimoine natif et oxydé, à Allemont, par M. Sçhreiber; lurane oxydé, à Sémur, par M. Ghampeaux, et à Chanteloup près Limioges. L'une des plus intéressantes de ces découvertes est celle d'une mine de fer chromaté &ite dans le département du Var par M. Pontier, et dont nous avons parlé il n'y a qu'un moment ^
Ces descriptions minéralogiques des diverses contrées, rapprochées et comparées, offrent plusieurs points de conformité, qui doivent, par leur conformité même, tenir essentiellement à la structure de la croûte du globe. La série de ces résultats communs, qui se retrouvent à-peu-près les mêmes par toute la terre, est ce qui constitue proprement
' On trouvera ces Mémoires et ^plusieurs, [antres dans le Jonnial des Mines.