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la science de la géologie positive ou générale , laquelle , assignant les lois de la position respective des divers minéraux , est de la plus haute importance pour guider dans leur recherche.
Comme à 1 ordinaire c'est Imtérêt qui a fourni les premiers traits du tableau ; on a d abord étudié les montagnes riches en filons métalliques , et on les a distinguées de celles dont les couches horizontales sont le plus souvent pauvres en métaux ; c'est là qu on en étoit venu vers le milieu du dix-huitième siècle : bientôt on s aperçut que les roches à filons tiennent toujours de près aux roches plus compactes encore qui composent les chaînes de montagnes les plus élevées ; que les unes et les autres sont dépourvues de ces débris de corps organisés qui remplissent les couches oixlinaires ; enfin que celles-ci, posées sur lès flancs des premières, doivent avoir été formées après elles.
De là cette distinction fondamentale , en géologie , des terrains primitifs que Ton suppose antérieurs à l'organisation , et des terrains secondaires déposés sur les autres par les eaux, et fourmillant des débris de leurs productions organiques.
Il paroit que Lehman et Rouelle sont les premiers qui aient classé nettement les terrains d'après ces idées ^
' On peut consulter sur Thistoire de la géologie, principalement
Mais il restoit encore beaucoup de développements à leur donner : les terrains primitifs sont euxmêmes de plusieurs sortes, et probablement de plusieurs âges; et Ion peut encore moins méconnoitre une longue succession parmi les secondaires.
Le granit et les roches analogues forment le massif qui porte tous les autres terrains , et qui les perce pours élever en aiguilles , en crêtes ou en plateaux, dans la ligne moyenne des chaînes les plus hautes : sur leurs flancs sont couchés les gneiss , les schistes, et autres roches feuilletées , réceptacles ordinaires des filons métalliques , que recouvrent à leur tour ou parmi lesquels se mêlent les divers marbres sa* lins. IjCs couches de toutes ces substances sont brisées , relevées , désordonnées de mille manières.
Voilà ce que M. Pallas a annoncé pour les montagnes de Russie ; ce que MM. de Saussure et Dolomieu ont coiifirmé pour celles d'Europe ; ce que M. Deluc a développé.
Les Pyrénées paroissoient faire une exception à la règle ; mais M. Ramond a montré que cette exception nest qu^apparente, et tient seulement à ce que les schistes et les calcaires , du côté de TEspagne, sont plus élevés que la crête granitique mitoyenne' .
dans le dix-huitième siècle, différents articles du Dictionnaire de Géographie physique de FEncyclopédie méthodique , de M. Desmarets. * Voyage au Mont-Perdu; Paris, iSoi; i volé in-S**.
M. Werner et ses élèves ont donné de bien plus grands détails touchant la superposition de ces terrains primitifs; mais peut-être ont*ils trop multiplié les classes, pour que leurs observations soient applicables dans leur entier à d autres pays qu a ceux qu'ils ont observés. M. Werner a donné aussi dans sa Théorie des filons un recueil intéressant d observations sur la marche de ces fissures singulières, et a cherché à déterminer d'une manière précise l'âge des métaux , par la manière dont les filons se coupent; car si, comme il le paroit, les filons ne sont que des fentes remplies après coup, ceux qui traversent les autres doivent leur être postérieurs'.
Les terrains secondaires sont moins faciles à observer que les primitifs : plus généralement horizontaux , il est plus rare d'en trouver des coupes verticales un peu considérables, et leurs divers arrangements n'ont pas , à beaucoup près , autant d'uniformité. On remarque cependant aussi dans ce qu'on en connoit un certain ordre de superposition. Les calcaires durs, remplis de cornes d'ammon , les schistes , et les charbons de terre marqués d'empreintes de fougères ou de palmiers ; les craies pleines de silex moulés en oursins ou de bélemnites
* Nouvelle Théorie de la formation des filons, etc., trslduite de l'allemand, par M. Daubuisson; Paris, i8oa.
spatbiques, les calcaires grossiers, composés de coquilles plus semblables à celles de nos mers,, se succèdent suivant de certaines lois. Des marnes, des sables , des gypses , les recouvrent çà et là, et recèlent pêle-mêle des coquilles roulées et des os de quadrupèdes, ou des empreintes de poissons.
Ces immenses dépôts , sillonnés par les fleuves et par les rivières, interrompus par des trainées de laves ou d'autres produits volcaniques , complétés ou bordés par des terrains d'alluvion , couverts en beaucoup d'endroits d'une abondance de cailloux roulés, portant çà et là des débris évidents de terrains plus anciens , marques infaillibles de grandes révolutions , constituent la partie la plus considérable de nos continents.
Une foule de détails attirent dans ce grand ensemble les regards et les réflexions de l'observateur.
D'énormes blocs de pierres primitives, telles que des granits, sont éparssur les terrains secondaires, comme s'ils y eussent été lancés, et semblent indiquer de grandes éruptions. M. Deluc a beaucoup appuyé sur ce fait: M. de Buch a observé récemment que les blocs du nord de l'Allemagne ressemblent aux roches de la Suède et de la Laponie, et paroissent venir de cette région.
Des amas de cailloux roulés occupent l'issue des
grandes vallées , et paroissent annoncer de grandes débâcles. M. de Saussure a pris soin d en citer plusieurs exemples.
Quelquefois des couches de ces cailloux liés en poudingues sont relevées ; preuve de bouleversements.postérieurs à quelques unes de ces débâcles. On en voit des exemples jusqu'en Sibérie : M. Patrin en a décrit ; M. de Humboldt en a tfouvé en abondance dans la vaste plaine qu arrose le fleuve des Amazones.
En général les terrains secondaires que Ton est obligé de supposer formés tranquillement et par voie de dépôt ou de précipitation nont pas tous conservé leur position originaire : on en voit d'inclinés, de redressés, de déchirés, de bouleversés. M. Deluc a aussi le mérite d'avoir bien montré tous ces désordres * .
Les volcans sont une cause encore active de changements en certains points de la surface du globe; il étoit intéressant d'étudier leur manière d'agir, la nature et les caractères de leurs produits, le degré de chaleur avec lequel ces produits sortent du cratère, de chercher même à conjecturer la profon-
' Les lettres de M. Deluc à M. de La Métherie , recueillies dans le Journal de Physique, années 1789, 1790, 1791 , et les Lettres géologiques du même auteur à M. Blumenbach; Paris, 1798; i vol. in-8°, contiennent Fexposé de ses idées particulières sur la théorie de la
deur du foyer d où ils émanent , les causes qui peuvent y occasioner et y nourrir Tinflammation , et celles qui entretiennent la fusion des laves.
Dolomieu ' et Spallanzani sont ceux qui ont mis dans ces derniers temps le plus de suite à ce genre de recherches ; ils ont recueilli Tu n et l'autre , et décrit avec beaucoup de soin , les produits du Vésuve et de TEtna. M. de Humboldt , en revenant de gravir les pics les plus élevés et les volcans plus terribles encore qui hérissent la Cordillière des Andes , a eu lavantage de voir de près la dernière éruption du Vésuve. Le volcan de l'île de Bourbon a fourni des observations précieuses à MM. Huber et Bory-Saint* Vincent.
L'un des faits les plus remarquables qui parois* sent avoir été constatés c'est que le feu des volcans n'a pas , à beaucoup près , le haut degré de chaleur qu'on lui attribuoit. Dolomieu s'en est assuré , en examinant l'action de la lave sur les divers objets qu'elle enveloppa en 1 798 , dans un village au pied da Vésuve; il a expliqué par-là comment elle a pu entraîner sans les fondre divers cristaux très fusibles dont elle est souvent remplie. Cependant la lave
' Voyage aux îles de Lipari, 1783; Voyages aox iles Poocôs, et Catalogue raisonné des produits de l'Etna, 1788; et sur-tout ses. der^ niers Mémoires dans les Journaux de Physique et des liines. Ajoutez à ces ouvrages les Mémoires de M. Fleuriau de Bellevue, ceux de M. Daubuisson, et TEssai de M. de Montlosier sur les volcans de l'Auvergne.
est très fluide ; elle s'insinue jusque dans les plus petits interstices des corps : on a de File de Bourbon des troncs de palmiers dont toutes les fentes en sont remplies (cest une des remarques de M. Huber). Lorsqu'elle coule elle bouillonne et répand au loin des vapeurs épaisses : ne s'enflanuneroit-elle qu'au contact de l'atmosphère, et y laisseroit^elle échapper quelque substance qui entretenoit la fusion à ce degré modéré de chaleur, comme l'ont soupçonné Kirwan et Dolomieu?
La quantité de ces laves est énorme. MM. Deluc ont cherché à faire voir que toute la masse des montagnes volcaniques est formée des produits mêmes de leurs éruptions ; et le nombre des volcans a été autrefois bien plus considérable qu'aujourd'hui. C'est ce qu'on a reconnu^ dès qu'on a eu sur les laves modernes des notions suffisantes pour pouvoir les comparer avec les anciennes.
M. Desmarets est un des premiers qui se soient occupés dece genre de recherches ; il a fait connoitre sur-tout les volcans éteints de l'Auvergne; il est remonté à leurs cratères ; il a^ suivi les traînées de leurs laves; il les a vues se fendre en piliers basaltiques; et c'est d'après ses observations que l'on a attribué long-temps à tous les basaltes, pierre^s assez semblables à certaines laves, une origine volcanique.
M. Faujas a Ëiit des travaux semblables sur les
volcans éteints du Vîvarais ' ; Fortis , sur ceux du Vicentin % etc.
Il paroit cependant que les terrains qui ont de la ressemblance avec les laves n'ont pas tous la niêraeorigine.Tellessont les roches nommées tuâmes; elles occupent de grandes étendues dans certaines contrées de rAllemagnc ; elles y sont bien horizontales, n'y tiennent à aucune élévation quelon puisse regarder comme un cratère, reposent souvent sur des houilles très combustibles, qu'elles nont point altérées : elles ne sont donc point volcaniques. M. Werner a bien démontré ces faits ; et une multitude de terrains ont été dépouillés , par suite de ses observations, de l'origine quon leur attribuoit. Tout au plus resteroit-il lopinion de Hutton et de M. James Hall , qu'ils ont été fondus en place, lors d'un échaufFement général et violent éprouvé par le globe.
La ressemblance de la pierre ne suffit donc plus pour faire croire à un volcan éteint ; il faut encore des traces d'éruption : mais lorsque ces traces sont évidentes on ne peut refuser de s'y rendre. Aussi des élèves distingués de M. Werner, MM. de Buch
' Recherches sur les volcans éteints du Vivarais et du Velay ; Paris, 1778; 1 vol. in-folio. Minéralogie des volcans ; Paris , i vol. in-S**.
' Mémoires pour servir à l'histoire naturelle, et principalement à Foryctographie de l'Italie ; Paris $ iSoa, 2 vol. in-8*.
et Daubuisson , ont-ils reconnu la nature volcanique des pics de l'Auvergne.
C'est en examinant ainsi les diverses contrées du globe que Ton trouve que les volcans ont été autrefois infiniment plus nombreux qu'aujourd'hui : il y en a sur toute la longueur de ritalie; et les sept montagnes de Rome sont les débris d un cratère, selon M. Breislak \ Les bords du Rhin en sont hérissés; on en voit en Hongrie, en Transylvanie, et jusque dans le fond de l'Ecosse.
L'observation des volcans éteints a même donné des lumières sur la nature des volcans en général. Ainsi Dolomieu, en étudiant ceux de l'Auvergne, a cru s'apercevoir que leur foyer devoit être soua un immense plateau de granit, que les produits de leurs éruptions couvrent maintenant. C'est ainsi qu'on expliqueroitcespio'res inconnues ailleurs, quêtant de laves contiennent,. Il n'est cependant pas entièrement prouvé qu'il n'ait pas pu en cristalliser quelques unes pendant que la lave étoit encore liquide.
Au reste , quel qu'ait pu être le nombre des anciens volcans, ce ne sont pas eux qui ont bouleversé les autres couches. Il paroît bien prouvé, d'après les remarques de MM. Deluc , qu'ils n'ont pu exercer qu'une influence locale , en per<5ant ces couches , et en les recouvrant de leurs produits.
• Voyages dans laCampanie; Paris, 1801 ; 2 vol. in-8*.
BUFFON. COMPLBM. T. I. 12
lyS SCIENCES Ï>HYSIQUES.
La haute antiquité cle.quelques uns est démontrée par les couches marines qui se sont formées dessus ou qui alternent avec leurs laves.
Mais comment le feu des volcan^ peut-il être entretenu à cç§ profondeurs inaccessibles? Pourquoi presque tous les volcans brûlants sont-ils à peu de distance de la mer? L'cj^u salée est-elle nécessaire à ces fermentations intérieures? Esl^ce d'elle que viennent les produits salins qui saccumulent sur les bords des cratères , et dont on trouve encore quelques uns dans les volcans éteints, comme M. Vauquelin la remarqué en Auvergne?
Voilà des questions qui pourront long-temps encore occuper les physiciens.
Les eaux courantes sont une autre cause de changement moins violente, mais aujourd'hui plus générale que les volcans. Elles entraînent les pierres , les sables , et les terres des lieux élevés , et vont les déposer dans les lieuxbas , quand elles perdent leur rapidité. De là les alluvions des bords des rivières , et sur-tout de leur embouchure; c'est ainsi que le Delta de l'Egypte s'est formé et s'accroît encore» La basse Lombardie, une partie de la Hollande, delà Zélande, n'ont point d'autre origine. IjCS terres ainsi formées sont les plus fertiles du monde : mais les inondations qui les créent les dévastent aussi de temps en temps ; et si on les enceint trop tôt par
des dig[ues , on les expose à rester trop au-dessous du niveau du fleuve : c est le cas de la Hollande qui, en beaucoup d'endroits, ne se desséche qnk force de machines. L'intérêt leplus pressantexigeoit donc qu'on étudiât cette brandie de la g^éologîe, pour trouver àJa-fois les moyens de profiter de ces terres nouvelles et ceux d'en éviter les inconvénients.
Les philosophes Font étudiée par une autre raison : ils ont cru y trouver le plus sûr indice de l'époque où nos continents ont subi leur dernière révolution. En effet ces alluvions augmentent assez rapidement; et comme dans l'origine ils dévoient aller plus vite encore, leur étendue actuelle semble s'accorder avec too6 les monuments de l'histoire , pour faire regarder cette révolution comme assez récente. MM. Deluc et Dolomieii sont encore ceux qui nous paroissent avoir le mieux développé cet ordre de faits.
Mais ce que les éludes géologiques ont offert de plus piquant c'est, sans contredit, ce qui concerne ces innombrables restes de corps organisés dont fourmillent les terrains secondaires, et dont ils semblent même entièrement composés en quelques endroits.
Depuis long-temps on avoit remarqué que les productions de la mer couvrent ainsi la terre ferme de leurs amas jusqu'à des hauteurs infini^
ment supérîeure&à celles qu'atteindroient aujourd'hui les plus terribles inondations.
Un exao&en plus attentif avoit {ait connoitre que les productions qui couvrent chaque contrée ne sont presque jamais celles des mers voisines, et même qu'un grand nombre d entre elles n'ont pu encore être retrouvées dans aucune mer. La même observation s appliquoit aux débris de végétaux et aux ossements d animaux terrestres*
Un si grand aiguillon pour b curiosité a produit son efFet. Les fossiles, les pétrifications , ont été recueillis de toute part ; et ieurs descriptions commencent à former une grande série toute particulière, qui ajoute beaucoup d'espèces à celles des êtres connus pour vivants. M. de Lamarck est^ dans l'époque actuelle, celui qui s'est occupé des coquilles fossiles avec le plus de suite et de fruit : il en a fait connoître plusieurs centaines d'espèces nouvelles , seulement dans les environs de Paris ' . '
Les poissons fos»les des environs de Vérone ont été décrits et gravés avec magnificence par les soins de M. de Gazola ^
' Dans les différents Tolumes des Annales du Muséum d*histoire naturelle.
' Ittiologia Veronese, in-fol. Il n'en a encore paru qu'une foible partie, quoique toutes les planches soient prêtes.
Les végétaux fossiles ont été moina étudiés. Il y en a dans des couehes récentes d'assez semblables à ceux d'aujourd'hui. M. Faujas en a décrit plusieurs ; mais les houilles et les schistes en recèlent d'inconnus. M. le comte de Sternberg a donné récemment un essai à leur sujet ' ; on commence aussi à les recueillir et à les graver e«i AngleteiTe et en Allemagne. On peut citer dans ce dernier pays Touvragede M. Schletheim. •
Parmi ces étonnants monuments des révolutions du globe, il ny en avoit point qui dussent faire espérer des renseignements plus lumineux que les débris des quadrupèdes, pareequ'il étoit plus aisé de s assurer de leurs^^péces, et des ressemblances ou des difiiérences quelles peuvent avoir aveo celles qui subsistent* aujourd'hui ; mais comme on trouve leurs os presque toujours épars; et le plus souvent mutilé&, il falloit imaginer une méthode de reconnoitre chaque os^ chaque portion d'os, et de les rapporter à leurs espèces. Nous verrons ailleurs coimnent M. Cuvier y est parvenu. Il a examiné les os en question d après cette méthode, et il a recréé ainsi plusies-rs grandes espèces de quadrupèdes dont il ne reste plus aucun individu vivant à la surface du globe. Les plâ-
' C'est aussi dans les Annales du Muséum que IVIM. Faujas et de Sternberg; ont publié leurs Mémoires.
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trières des environs de Paris lui en ont seules fourni plus de^ix qui forment même des genres nouveaux. Des terrains plus récents ont des os de genres connus, mais d espèces qui ne le sont point. Ge n'est que dans les alluvions et autres terrains qui êe forment encore journellement que l'on trouve le» os de nos espèces actuelles *.
Presque toujours les os inconnus sont recouverts par des couches pleines de coquilles de mer. C!est donc quelque inondation marine qui en a anéanti les espèces ; mais Finftuence de cette révolution; à cause de sa nature même^ ne s'est peutêtre pas exercée sur tous les animaux marins.
Il esjt cependant indubitable que les couches les plus profondes, et par conséquent les plus ancieimes parmi les secondaires, fourmillent de coquilles et d'autres ppodnctions qu'il a «té jusqu'à présent imp<»ssible de retrouver dans aucun des parages de l'Océan ; et comme les espèces sembla* blés à ecJles qu'on pêche aujourd'hui ©'existent que dans les couches superficielle», on est autorisé à croire qu'il y en a eu une certaine succession dans les formes des êtres vivants.
Les houilles ou charbons de terre paroissent
■ Les Mémoires de M. Cuvier sur la rëintégratioii des espèces perdu p*> de quadrupèdes ne sont encore que dans les Annales du Muséum d^histoire naturelle.
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aussi être d'anciens produits de la vie : ce sont probablement des restes de forêts de ces temps reculés que la nature semble avoir mis -en réserve pour les âges présents. Plus utiles qu'aucun autre fossile, elles devoient-naturellement attirer de bonne heu re l'attention. Le«r profondeur. et la nature des couches pierreuses qui les renferment annoncent leur antiquité; et les espèce» toutes étrangères de plantes qu'elles tecèient s'accordent avec les fossiles animaux, pour prouver les variations qiie l'organisa- tion a subies sur la teri^.
It n'est pas jusqu'à l'aiiibré jaune qui ne recèle des insectes inconnus, et qui ne se trouve quel^ quefois dans des fentes de bois fossiles qui ne le sont pas moins.
A la vue d'un spectacle si imposant, si terrible même , que celui de ces débris de la vie formant presque tout le sol «ttv lequel portent nos pas, il est bien difficile de retenir son imagination , et de ne point hasarder quelques conjectures sur les causes qui ont pu amener de si grands eflfets.
Aussi , depuis plus d'un siècle , la géologie a-t-elle été si fertile en systèmes de ce ge-nre que bit?n des gens cpoient qu'ils la constituent essenti^ellement, et la regardent comme une science ptirement hypothétique. Ce que nous en avons dit jusqu'à présent montre qu'elle a une partie tout aussi posi-
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tive qu aucune autre science d observation ; mais nous croyons avoir montré en même temps que cette partie positive n'est point encore assez complète, qu'elle na point encore assez recueilli de faits pour fournir une base suffisante aux explications. La géologie explicative, dans l'état actuel des sciences , ^st encore un problème indéterminé dont aucune solatioii ne remportera sur les autres, tant qu'il n y aura pas un plus grand nombre de conditions fixées. Les systèmes ont eu cependant le mérite d exciter à la recherche des faits, et nous devons, à cet égard, de la recoiinoissance à leurs auteurs. Oh connoit depuis long-temps ceux de Wood-^ wards, de^Whiston, de Burnet, de Leibnitz, de Scheuchzer : conçus avant qu'on eût aucuneiiotion détaillée delà structure du globe, ils nepouvoient soutenir un examen sérieux. Le premier système de Buffon les éclipsa tous par la manière éloquente dont il fut présenté : il excita un enthousiasme gé-» néral, et produisit en quelque sorte des observateurs dans chaque coin de la terre. On lui fut donc réellement redevable des observations mèmesqai le détruisirent. Ledeuxièmedu même auteur, présenté avec plus d'art encore dans ses Époques de la nature, vint trop tard pour avoir même un succès momentané. Le véritable esprit d'observation , la recherche des fait positifs, animoient tous les naturalistes; et
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Von peut dire que dès-lors ceux qui ont proposé leurs idées sur ces grands sujets sont plutôt des génies spéculatifs, de hardis contemplateurs, que des ob* servateurs philosophes.
Les conséquences les plus incontestables des faits auroient déjà de quoi effrayer les esprits habitués à la marche rigoureuse, ou si Ion veut timide, que les sciences suivent aujourd'hui. La diminution primitive des eaux , leurs retours répétés, les variations des produits qu'elles ont déposés, et qui forment maintenant nos couches; celles des êtres organisés, dont les dépouilles remplissent une partie de ces couches ; la première origine de ces mêmes êtres : comment résoudre de pareils problèmes avec les forces que nous comioissons maintenant à la nature? Nos éruptions volcaniques, nos atterrissements, nos courants, sont des agents bien foibles pour de si grands effets : aussi n est-il rien de si violent qu on n ait imaginé. Selon les uns, des comètes ont choqué la terre, ou l'ont consuméa^ ou Font couverte do» vapeurs de leur queoe^ d autres ont supposé que la terre est sortie du soleil, ou en verre liquide , ou en vapeur ; on a placé dans son intérieur des abymes qui se seroient affaissés suocessivement, ou Ton en a fait sortir des émanations qiii s en échappoient avec violence : on est allé jusqu a croire que sa masse a pu se former de la réunion
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des fragments d'autres planètes. Quelque talent, quelque force d'esprit qu'il ait fallu pour imaginer ces systèmes, et pour les faire cadrer avec les faits, nous ne pouvons les placer dans ce tableau des progrès des sciences : ils tendent plutôt à en contrarier la véritable marche ,.en laissant croire que Ion peut se dispenser de continuer les observations* dans une matière si importante, et cependant à peine effleurée'.
Histoire naturelle des corps vivants.
L'histoire naturelle des corps vivants offre encore des problèmes bien autrenoient compliqués que celle des minéraux, quoique les objets en soient continudlement sous nos yeux , et que lesprit n ait aucune conjecture à former sur leur état précédent.
Dans les minéraux iLn'existe qu'une donnée de forme; celle de la molécule primitive, doù tout le reste se laisse déduire. Dans les corps vivants il
* L'exposé historique le plus complet qui ait paru en françois, des systèmes divers imagines par les géologistes, se trouve dans la Théorie de ta terre, de M. de La Métherie ; Paris, 1797 , 5 vol. in-8° ; ouvrage qui contient aussi le recueil le plus mëthodMfM des faits dont ia Géologie se composott à Tépoque où il a été publié. Il faut y joindre ceux de MM. de Marschall, Bertrand, Lamarck, André de Gy, Faujas 4e SaiiKt*^onds , et aotres qui ont paru depuis cette époque.
GOBPS VIVANTS. 187
faut recevoir comme des données indispensables la forme générale de lensemble et les moindres détails des formes des parties : rien n'en explique lorigine, et la génération est encore un mystère sur lequel tous les efforts humains nbnt rien obtenu de plausible.
Les minéraux n'offrent qu'une composition constante et homogène dans chaque espèce, et des masses qui restent en repos tant qu'elles ne sont point altérées dans Tordre de leurs éléments. Dans les corps vivants, chaque partie a sa composition propre et distincte; aucune de leurs molécules ne reste en place; toutes entrent et sortent successivement : la vie est un tourbillon continuel, dont la direclion, toute. compliquée qu'elle est, demeure constante, ainsi que l'espèce des mcJécnlés qui y sont entraînées, mais non les molécules individuel* les eUes-mèmes; au contraire la matière actuelle du corps vivant n'y sera bientôt plus , et cependant elle est dépositaire de la force qui contraindra la matière future à marcher dans lo même sens qu'elle. Ainsi la forme de cas corps leur ^st plus essentielle que leur matière , puisque celle-ci change sans cesse , tandis que lautre se conserve, et que d ailleurs ce sont les formes qui constitueat les différences des espèces, et non les combinaisons de matières, qui sont presque les mêmes dans toutes, .
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En un mot la forme, dont Finfluence étoit nulle dans rhistoire de 1 atmosphère et des eaux, qui n avoit qu une importance accessoire en minéralogie, devient, dans l'étude des corps vivants, la considération dominante , et y donne à 1 anatomie un rôle tout aussi important que celui de la chimie ; et ces deux sciences deviennent les iustruments nécessaires et simultanés de toutes les recherches dont il nous reste à parler.
Histoire générale des fonctions et de la structure des corps vivants.
Le premier point qui nous frappe dans Tétude de la vie c est cette force des corps off^anisés pour attirer dans leur tourbillon des substances étrangères, pour les y retenir pendant quelque temps après se les être assimilées, pour distribuer enfin ces substances xlevenues les leurs dansantes leurs parties, selon les fonctions qui doivent s'y exei^er.
Ce pouvi^ir présente trois objets d étude. Il faut voir quelles matières ces êtres attirent , et ce qu'ils en rejettent* Le résidu formera leur matière propre : C'est la partie chimique du problème.
Il faut décrire ensuite les voies que <es matières traversent depuis leur entrée jusqu'à leur sortie : c'est la partie anatomique*
Il faut examiner enfin par quelles forces ces matières sont attirées , retenues , dirigées , et expulsées : on peut nommer cette recherche la partie dynami^ que, on proprement physiologique.
La partie chimique na été résolue que dans cette période; mais elle la été à-peu-près complètement.
Les végétaux, essentiellement composés de carbone, d'hydrogène, et d'oxygène, ainsi que nous avons vu que l'a découvert Lavoisier, n'ont besoin que d'eau et d'acide carbonique pour se nourrir : les terreaux et fumiers leur sont plus ou moins utiles, mais non pas nécessaires. Les expériences de MM. Sennebier \ Théodore de Saussure*, et GrelF, le mettent hors de doute. Ils ont élevé des plantes dans du sable, avec de l'eau pure et Fair atmosphérique; et M. Crell a fait porter graine aux siennes.
Les plantes décomposent donc l'eau et l'acide carbonique, pour mettre le carbone et l'hydrogène plus ou moins à nu, et former par leurs diverses proportions tous leurs principes immédiats. G est ce qui arrive en eflFet par l'intermède de la lumière , qui leur enlève leur oxygène surabondant , d'après
* Physiolo^e végétale, par M. Sennebier ; Genève, an 8, 5 volum. m-8°.
"* Ouvrage déjà cité sur la végétation. — ^ Mémoire mMiuscrit.
igo SCIENCES PHYSIQUES.
les expériences de Priestley et dlngenhouz '. Sans la lumière elles restent aqueuses et blanches. Voilà pourquoi elles exhalent de l'oxygène pendant le jour; mais pendant la nuit elles en absorbent, ainsi que M. Théodore de Saussure la fait voir : il paroît que c'est pour réduire en acide carbonique le carbone qu'elles ont pompé en nature, et qui ne peut contribuer à leur nutrition qu'après avoir subi cette métamorphose.
M. de CrelP, et en France M. Braconnot^, vont plus loin encore dans le pouvoir qu'ils attribuent aux plantes; ils assurent qu'ils en ont fait croître sans leur fournir la moindre parcelle d'acide carbonique. Elles composeroient donc le carbone de toutes pièces; ce qui seroit une des découvertes les plus importantes que l'on pût ajouter à la théorie chimique : mais on est loin de trouver encore les expériences de ces chimistes concluantes.
Le reste des matériaux des plantes, les terres, les alcalis, etc. , leur est apporté avec la sève. M. Théodore de Saussure l'a montré en détail pour chacun d'eux. Il a fait voir aussi, par beaucoup de belles expériences, qu'elles absorbent les substances qui ne leur conviennent pas , lorsque celles-ci sont dis-
• Expériences sur les yëgëtanx; Paris, 1787 et 1789, a vol. in-8*.
* Mémoire manuscrit.
^ Annales de Chimie.
soutes dans Feau qui les nourrit, mais qu elles les rejettent avec les parties qui tombent.
La marche générale de la végétation consiste donc à reproduire des substances combustibles ; et elle en accumule en effet par-tout où ni les animaux ni le feu ne viennent les consommer. De là ces couches immenses de terreau qui se forment dans les iles désertes et dans les forêts non exploitées.
Laninialisation suit une marche opposée; elle brûle les substances susceptibles d'être bMlées. Le caractère commun des principes immédiats des animaux est une surabondance d azote. Ils se noui^ rissent tous de végétaux, ou d animaux qui s'en étoient nourris. Le composé végétal est donc la base du leur ; mais l'hydrogène et le carbone leur sont en partie enlevés par la respiration, au moyen de l'oxygène qui agit sur leur sang : leur azote, de quelque part qu'ils l'aient reçu, leur reste; il doit donc prédominer à la longue. Cette marche a été bien développée par M. Halle*.
Ainsi la végétation et lanimalisation sont des opérations inverses : dans l'une il se défait de l'eau et de l'acide carbonique ; dans l'autre il s'en refait. C'est ainsi que la proportion de ces deux composés est maintenue dans l'atmosphère et à la surface du globe.
* Annales de Chimie, t. XI, p. i58.
La respiration animale est donc une combustion : aussi produit-elle de la chaleur, quand elle est assez abondante et assez vive.
Sa théorie, prise ainsi en général, e^t le résultat des vues successives de Mayow, de Willis, de Crawfor t , et de Lavoisier ' .
Sa nécessité, même dans les dernières classes des animaux , se démontre par les expériences multipliées de Spallanzani % de M. Vauquelin ^, et de plusieurs autres physiciens.
Elle ne s exerce pas dans le poumon seulement : dans tous les points du corps où des vaisseaux sanguins sont en contact avec Tair, le sang respire plus ou moins, c'est-à-dire qu'il produit de l'eau et de l'acide carbonique. Les dernières expériences de Spallanzani et de M. Sennebier le prouvent, et nous verrons ailleurs qu elles donnent ainsi la clef d'une foule de phénomènes. Il n'est pas jusqu'au canal intestinal où M. Erman ^ vient de montrer que cer-
* Voyez les ouvrages cités à Tarticle des' Gaz , le Traité de la respiration de Mayow, le Traité de anima brutomm de Willis, celui de la Clialeur de Crawford; et le Mémoire de Lavoisier sur la respiration, Académie des Sciences, année 1777, p. i85, réimpr. dans sa collection posthume.
* Mémoires sur -la respiration, et rapports de Tair avec les êtres organisés, par Spallanzani, traduit par Sennebier; Genève, iSo3*i8o7, 4 vol. in-8\
^ Annales de Chimie, t. XII, p. 273.
^ Mémoire manuscrit adressé à Tlnstitut.
tains poissons exercent £^ussi une sorte de respiration.
Le reste des matériaux élémentaires des animaux vient de leurs aliments.
Quant à cette répartition des matériaux élémen** taires des corps vivants dans leurs diverses parties, selon certaines proportions, pour former leurs principes immédiats tels qu ils doivent se trouver dans chaque organe pour que ceux-ci puissent remplir leurs fonctions, c'est ce que Ton nomme sécrétions.
On ne s est fait encore de leur mécanisme que des idées très obscures : les uns supposent pour chaque sécrétion une sorte de crible; les autres, quelque tissu qui attire par voie d affinité : il en est qui , avec plus de raison, y font coopérer tout lappareil des forces vitales. Ce que l'on peut dire de général c'est que la sécrétion tient à la forme primitive de chaque organe , et par conséquent à celle du corps. Chaque organe a pour sa part, comme le corps entier, le pouvoir d'attirer et de rejeter les substances qui sont à sa portée , comme il convient à sa nature. On peut donc faire, pour chaque organe, ce que l'on fait pour le corps entier. On peut examiner , par exemple, ce qui entre dans le foie, ce qui en sort, et ce qui y reste : mais il est sensible qu'il faudroit ici connoître avec rigueur, non seulement la composition générale des principes animaux , mais la
BUFFON. COMPLBM. T. 1. . 1 3
194 SGIEKGES PHYSIQUES.
proportion particulière de chaque principe séparé ; et nous avonsvu plus haut que, dans ces différences minutieuses^ la chimie nous abandonne.
Voilà pourq uoi la théorie des sécrétions partielles se réduit encore à des généralités un peu vagues, même dans sa partie purement chimique. Au reste il s'en fait dans les deux régnes : les sucs propres qui occupent des cellules particulières le long des branches et des tiges des végétaux , ceux qui abreuvent le tissu des fruits, peuvent être comparée aux diverses humeurs locales des animaux ; mais on n en connoit pas si bien l'usage.
La partie anatomique du problème général de la vie est résolue depuis long-temps pour les animaux , au moins pour ceux dentre eux qui nous intéressent le plus. Les voies que les substances y parcourent sont connues; les premières, ou celles de la digestion, depuis bien des siècles; les secondes, ou celles de labsorption, depuis Pecquet, Rudbeck, et Ruysch; les troisièmes, ou celles de la circulation, depuis Harvey. Les travaux dcsanatomistesanglois et italiens sur le système lymphatique, portes à la phis grande perfection dans le bel ouvrage de M.Mascagni ', qui appartient encoreà notre période actuelle, ont achevé tout ce qui restoit à dire à cet
* Fasoi-um lymphaticorum corporis humani Historia et Iconogra" tfAia; Sienne, 1789, i vol. in-foL
PHYSIOLOGIE. igS
égard. Les routes du chyle et du sang sont maintenant évidentes ; Toeil en suit tous les détours ^ et rencontre par-tout des valvules ou d autres indices qui lui en marquent la direction ; il aperçoit aussi comment ces routes, si compliquées dans Thomme, se simplifient par degrés dans les animaux inférieurs, et finissent par se réduire à une spongiosité uniforme. Les recherches de M. Cuvier * ont achevé d'assigner à chaque animal sa place dans la grande échelle des complications de structuK.
Il n en est pas entièrement ainsi des végétaux ; leur structure anatomique laisse quelque incerti*tude sur les routes de la nutrition, précisément à cause de sa simplicité.
On sait aujourd'hui par les recherches d'Ingenfaouz, de MM. Sennebier, Decandolte, que la fonc^ tion essentielle des plantes, le dégagement de roxy*gène, se fait dans toutes leurs parties vertes, et principalement dans leur cime.
Des recherches plus anciennes, et surtout celles de Bonnet, avoient montré qu'indépendamment de labsoption des racines il s en fait aussi une par la cime, et particulièrement dans les arbres par la face inférieure des feuilles, dont la quantité dépend de rhumidité de l'air *.
' Dans ses Leçon» d*Anatoniie comparée.
* Dans son Traité des usages des feuilles.
Il se feit déjà une préparation lors de cette première entrée ; car les sèves des diverses plantes sont des liquides assez compliqués et assez différents entre eux , comme M. Vauquelin * s'en est assuré. M. Théodore de Saussure a vu , de son côté, que la plante nadmet point les parties les plus grossières que contient leau dans laquelle on la plonge^.
On sait, par des expériences assez anciennes aussi , multipliées et constatées par Duhamel , que Faccroissement du tronc et de la racine dans les arbres et lés plantes vivaces ordinaires se &it par des couches de fibres ligneuses, qui se développent et s'interposent à l'extérieur entre le vieux bois et Técorce. Il paroît, d'après les observations de M. Link^, qu'il s'en développe également autour de la moelle, du moins jusqu'à cequecelle-ci ait entièrement disparu par la compression des couches extérieures.
M. Desfontaines *^ a fait cett-e découverte , Tune des plus belles et des jpJus fécondes dont notre période ait enrichi la^ïiysiologie végétale, que, dans
' Voyez son Mémoire' cité plus haut, sur TaDalyse de la séye.
' Dans ses Recherches chimiques sur la végétation; Paris, 18049 I vol. in-<8°.
^ Éléments de TAnatomie et de la Physiologie végétales, en allemand; Gott., 1807, in-8°.
* Mémoires de l'Institut, Sciences mathématiques et physiques, t. I, P 478.
les arbres et plantes moaocotylédones, le développement des nouvelles fibres ligneuses se fait par une interposition générale qui a lieu sur-tout ver» le centre. Nous verrons ailleurs comment ce fait, ainsi généralisé, çst devenu Fune des bases les plus solides de la division méthodique des plantes.
On sait que si on lie un tronc ou qu'on enlève un anneau de son écorce, il grossit au-dessus de la ligature, et non au-dessous; ce qui montre que l'accroissement en grosseur se fait par des sucs qui descendent par Técorce et entre lecorce et le bois. Une branche ainsi préparée fleurit plus tôt et porte de plus beaux fruits, parceque les sucs y sont retenus: c'est une observation de Laucrit, devenue fort utile en agriculture.
Il n en est pas moins certain que la sève monte avec une grande force, sur-tout au printemps; et des expériences récentes de feu Coulomb ', confirmées par d'autres de M. Cotta * et de M. Link, ont montré que c'est principalement vers l'axe de l'arbre qu'elle monte*, entraînant beaucoup d'air avec elle.
Il semble donc qu'elle doit produire, en mon-
. * Journal de Physique, t. XLIX, p. 892 .
^ Observations sur les mouvements et les fonctions de la sève dans les véQéiauXy et sur-tout dans les végétaux ligneux, en allemand ;t Weimar, i8o6, in-4'.
tant ainsi vers Taxe, Taccroissement en longueur, étendre les feuilles , et , après y avoir subi 1 action de lair et delà lumière, redescendre sous Féeorce pour grossir le tronc en y développa nt les nouvelles fibres.
Mais, quand on enlève un morceau d'écorce, le bois mis à nu paroit faire suinter un liquide qu'on a nommé cambium, et que l'on croît donner le nouveau bois. Il y auroit donc aussi une marche des sucs dans le sens horizontal en rayonnant; et en effet les rayons médullaires, ou ces suites de cellules qui vont entre les fibres, du centre vers la circonférence, semblent indiquer cette route.
D'un autre côté on ne voit point qu'aucune partie de l'arbre soit nécessaire au maintien du reste : il y a des troncs dont les trois quarts du pourtourçttout l'intérieur sont enlevés, etqui n'en produisent pas moins chaque année des fleurs et des fruits. On peut couper transversalement des por^ tions de la largeti r d'un tronc à différentes hauteurs , de manière qu'aucun vaisseau ne reste entier, et Ton n'arrête pas pour cela la végétation : c'est une expérience très concluante de Duhamel, répétée encore récemment par M. Cotta.
Les recherches intéressantes de M. Mirbel ' sur
* Traite d'Anatomie et de Physiologie Yégëtales; Paris, a vol. iKi-8% an 10; et plusieurs Mémoires dont les extraits sont imprimes daii# les Annales du Muséum d'histoire naturelle. Comparez à ces ouvrages
Fanatomie des végétaux éclaircissent une partie de ces faits ; il a trouvé tout ce cjuc Ion nouime vais^ seatorduDS les plantes percé de trous latéraux : toutes les partiesdu végétal peuventdonc se communiquer librement leurs sucs. Ainsi , quoique la direction des vaisseaux de chaque partie ouvre h ces sucs une marche plus facile dans un certain sens, quoique les vabseaux soient plus abondants vers Taxe où se fait la plus forte ascension, quoiqu'ils soient plus nombreux et plus ouverts dans les parties qui se développent plus vite, comme les fleurs, il est clair aussi que les sucs peuvent se détourner plus ou moins quand ils sont arrêtés par quelque obstacle; ou plutôt, à parler rigoureusement, il n'y a pas de vaisseaux dans le sens ordinaire de ce mot 9 cW-àdire parfaitement clos, et qui necommuniqueroieut que par des anastomoses : aussi ne sont-ils point divisés en branches et en rameaux , mais rassembles en faisceaux parallèles.
Les végétaux, même les plus parfaits, ressembleroientdonc, jusqu'à un certain point, aux animaux zoophytes.
de M. Michd ceux de MM. Link et Gotta, que nous venons de citer; ëelai de M. Treviranus, intitulé De la Stn^ciure des végétaux} Gbtt., 1806, ip-S"*; et celui de M. Rudoipbi sur FAnatomie des plantes; Berlin, 1S07, in-8" ; tous deux en allemand; voyez enfin l'Exposition ^t Défende cje )a Théorie àfi Voiig9ni$ation végétale , de M. Mifbel , en François et en allemand; La Haye, 1808, i vol. in-S**.
Il y en a qui leur ressemblent plus exactement encore , en ce qu'ils n-ont pas même ces apparences de vaisseaux tracc^es dans leur cellulosité; ce sont les alf^ues et certains chainpigilons. MM. Mirbel et Decandolle ont bien fait connoitre cette extrême simplicité de leur structure.
Comme il y a une recherche chimique particulière à faire sur les sécrétions de chaque organe, on peut faire aussi des recherches anatomiques sur les inflexions particulières qu'y prennent les vaisseaux , ou les autres éléments généraux du tissu organique; en un mot sur la structure propre de ces organes.
Cette anatomie spéciale des organes laissôit plus à faire dans les deux règnes que lanatomie générale, et a fourni , dans la période actuelle, des découvertes plus nombreuses.
Le plus grand nombre appartient' aux animaux. L'homme lui-même en a offert, quoique Ion dût peu s'y attendre après trois siècles de recherches continues sur son anatomie.
M. Sœmmering ' a eu le bonheur de trouver dans le centre de la rétine de Fœil une tache jaune, un pli saillant et un point transparent qui avoient échappé à ses prédécesseurs. On en ignore l'usage;
' Voyez ses excellentes fi^^es de Torgane de la vue ; Francfort , in-fo]io«
mais oix sait déjà que les seuls quadrumanes parmi les animaux partagent avec Tbomme cette singularité.
M. Prochaska' et M. Reil* ont réussi, par des dissections délicates et des macérations appropriées, à bien démontrer la structure des nerfs et Thomogénéité du système médullaire dans le corps entier, et à rendre très vraisemblable la nature sécrétoire de toutes ses parties.
Le cerveau, qui avoit été examiné tant de fois, a montré encore, peu d années avant la période actuelle, des particularités nouvelles à M. Malacarne ^ et à Vicq-d'Azir"^. Celui-ci en a donné une description plus complète qu aucun de ses prédécesseurs, ornée de planches magnifiques; mais la méthode des coupes, à laquelle il s'en est tenu, ne pou voit lui donner autant de lumières que celle des développements.
M. Gall^ a porté très loin cette dçrnière. En rappelant plusieurs observations éparses dans des au-
* Opéra minora; Vienne, 1800, 2 vol in-8*.
' Exercitatio anatomica de structura nervorum ; Halle , 1 796 , I cahier in-folio.
* Encephalotomia nuova universale ; Torino , 1680, in-Ô**.
^ Voyez le grand Traité d*Anatomie qne la mort l'a empêché d'a-> chever, et dont la partie terminée ne concerne que le cerveau et le cervelet de Thonmie.
^ Mémoire manuscrit présenté à Tlnstitut.
leurs anciens, et en y ajoutaut les siennes, il a vu les fibres de la moejle alongée se croiser avant de former les éminences pyramidales ; il les a suivies au travers du pont, des couches, et des corps cannelés, juscfue dans la voûte des hémisphères; il a montré que leurs faisceaux grossissent à chacun de ces passa{][e8 , et que la partie médullaire dans laquelle ils se terminent double l'enveloppe cortî-cale du cerveau , se repliant comme elle et semblant suivre tous ses contours. Il a distingué les fibres qui sortent de cette substance médullaire pour don<^ ner naissance aux commissures, que cet anatomiste appelle nerfs convergents. Plusieurs des nerfs que Ton regarde comme sortant immédiatement du cerveau ont été suivis par lui jusque dans la moelle alongée, et il lui paroit vraisemblable qu'ils en sortent tous. Le cerveau proprement dit, ainsi que le cervelet, ne communiqueroientdonc avec ]e reste du systèmeque par leurs jambes; mais leurs deux moitiés communiquent entre elles par divers faisceaux transverses , tels que le pont de Varole pour le^ cervelet, le corps calleux, la voûte, et la commissure antérieure pour le cerveau. M. Gall pense que chaque paire de nerfs a aussi une communication transversale entre ses deux portions, et il en montre dans plusieurs.
Qn a aujourd'hui sur les diverse^ dégradations
PUTSIOLOGIE. 3o3
du système nerveux dans le régne animal , et sur leur correspondance avec les divers degrés d'intel* ligence, des notions aussi complètes que pour le système sanjguin. MM. Monro', Camper^, Vicqd'Azir^, Sœmmering^, et Cuvier^, y ont successivement travaillé : ce dernier en a fait un tableau général.
M. Cuvier, en disséquant deux éléphants , est parvenu à rendre plus sensible la nature veineuse du corps caverneux delà verge; ce qui ajoute quelque lumière a la théorie de lerection.
Ces grands animaux lui ont bien fait connoitre aussi les organes qui versent Thunieur synoviale dans les articulations, sur la nature desquels on n'étoit point d'accords
M. Honie^ a découvert un petit lobe de la glande prostate, qui avoit échappé avant lui à tous les anatomistes.
On s'étoit beaucoup occupé du labyrinthe os-
' Dans son Traité du système pervetu:, en anfulois ; Édiflob^, ^783, I vol m-rfûl.
' Daqs plusieurs obsenrations éparses dans ses own^^e»,.
^ Dans les Ménipireii de TAcadémie des Sciences, 1786.
* D^nf sop Trailé de Basi encephali; Gott., 1778, in-4**. — Voyez apssi une dissertation de M. Ébel, intitulée Observât, nevrolog, ex anat. compar. ; Francfort-sur-l'Oder, in-S*,
' Dans ses Leçons d*Anatomie comparée, t. U.
^ Transactions philosophiques.
2o4 SCIENCES PHYSIQUES.
seux de rorcille; mais on avoit négligé le labyrinthe membraneux qui le remplit. M. Scarpa* et Gomparetti ' ont rappelé lattention sur cette partie essentielle; c'est également lanatomie comparée qui les y a conduits.
Les nerfs des viscères avoient été admirablement décrits en 1 788 par M. Walther, de Berlin^.; M. Scarpa, de Pavie, a fait, en 1794» un travail de la même patience sur ceux de la poitrine, et en particulier sur ceux du cœur, qu'il a suivis jusque dans la substance de toutes les parties de cet organe^.
Bichat a donné à Tanatomie un grand intérêt, par l'opposition de structure et de forme qu'il a développée entre les organes de la vie animale, c'est-
* jinatomicœ.disquisitiones de auditu et olfactu; Paris, ^7^99 ' ^^^* in-folio.
' Obseruationes ànatomîcœ de aure interna; Pad., 1789, i volume
^ Tabulée nervorum thoracis et abdominis; Berlin, 1783, i volume in-folio.
* Tabulœ nevrologicœ; Pavie, 1794? format d'atlas.
N. B. Les planches de ces ouvrages n^yrologiques et de plusieurs autres , tp\s que ceux des élèves de Haller, de MM. Neubauer, Bœhmer, ' Schmidt, Fischer, Andersch, etc. , sont rassemblées avec beaucoup de sûin dans la grande collection des planches anatomiques de M. Loder; Weimar, 1794^ 2 vol. in-fol., le meilleur recueil de ce genre qui existe. La plupart des bonnes dissertations névrologiques ont aussi été recueillies dans les Scriptores nevrologicî minores de Ludwig; Leipz., 1793 et 1794,4 vol. in-4^
PHYSIOLOGIE. 2o5
à-dire du sentiment et du mouvement, et ceux de la vie purement végétative'. Les premiers seuls sont symétriques. Cette difiFérence s'étend même jusqu'aux nerfs dont il semble qu'il y ait deux systèmes. M. Reil^ a aussi présenté, d'une manière ingénieuse, les différences de forme de ces deux systèmes, et la nature de letiPlinion, qui , dans l'état ordinaire , les feiit paroltre entièrement séparés , et, dans les passions ou les maladies, établit une influence plus ou moins funeste de l'un sur l'autre.
L'attention particulière donnée par Bichat au tissu et aux fonction%des diverses membranes, et l'analogie qu'il a étaolie entre celles de parties très éloignées, ont jeté aussi des lumières noiiveUes sur Fanatomie, principalement dans ses rapports avec la médecine^.
M. Cbaussier a rendu un service important à l'enseignement de toute cette science, eu cherchant à lui donner une nomenclature méthodique, prise de la position et des attaches des parties"^. L'appli-
* Mémoires de la Société médicale d'émuIatioD, 1. 1.
* Archives physiolo^ques.
^ Traité des membranes; Paris, an 8, i vol. in-S**.
* Exposition sommaire des mnscles; Dijon, 1789, î vol. in-8**. — . MM. Duménl et Dumas ont aussi publié les Essais de Nomenclature anatomique. Celle de M. Duméril est sur-tout remarquable par les terminaisons caractéristiques quil donne aux noms de chaque genre d'organes.
cation qu'il vient dVn faire au cerveau est appuyée d'une bonne description de ce viscère ■.
Il y a aussi plusieurs observations intéressantes sur les détails de lanatomie végétale^.
Les petites ouvertures de Fécorce, découvertes par Saussure le père,, ont été examinées dans toutes les familles par M. E^mlndoUe : on les observe aux parties vertes dans les plantes qui ne vivent point sous leau; celles des cryptogames qui nônt point de vaisseaux manquent aussi de pores corticaux; les plantes grasses en oqt moins que les autres; les feuilles des arbres les ont sujr-tout en-dessous. Ces pores s'ouvrent etse ferment Jans des circonstances déterminées, et paroissent jouer un grand rôle dans l'économie végétale; il est probable qu'ils servent alternativement à exhaler et à absorber^
* Exposition sommaire de la Stmolure et des différentes parties de l'encéphale; Paris, 1808, 1 vol. in-S"*. — Les ouvrages les plus récents où Tanatomie humaine soit exposée dans tout son ensemble sont celui de M. Sœmmerinç, en allemand et en latin, remarquable par son élê^ gance , son érudition , et l'étendue de ses vues physiologiques ; celui de M. Boyer, eu françois, où toutes les. parties sont décrites, avec beaucoup de détails et d'exactitude ; et rAnatomie générale et descriptive de Bichat , ouvrage écrit un peu à la hâte, mais plein d'idées originales.
* Voyee sur toutes ces questions les ouvrages cités plus haut de MM. Mhrbel, link, Treviranus, Rudolphi; voyez aussi les Principes «de Botanique placés en tête de la nouvelle édition de la Flore françoise par M. de Deoandolle.
lies tubes qu on observe dans presque toutes les plantes, formés d'un fil spiral et ressemblant en cela aux trachées qui servent à la respiration des insectes, avoient aussi reçu ce nom de trachées, et on leur a long-temps attribué Temploi de porter l'air dans l'intérieur du végétal. Il est prouvé aujourd'hui , par les expériences de Reichel et par les observations de Link, de Rudolphi , et de plusieurs autres botanistes, qu'ils conduisent la sève, en la prenant et la rendant.au tissu cellulaire qui les entoure, et qui la transmet comme eux, mais plus lentement.
M. Mirbel a distingué des trachées parfaitement en spirale, les fausses trachées qui n'ont que des fentes transversales non continues et les tubes simplement poreux : mais en même temps il a fait voir que ces différents vaisseaux ont les mêmes fonctions, et que souvent un seul et même tube a ces diverses structures en différentes parties de sa longueur; il paroitméme qu'ils se changent les uns dans les autres.
Beaucoup de plantes produisent des sucs colorés ou autrement caractérisés appelés sucs propres, que quelques botanistes ont regardés comme des analogues du sang, et par conséquent comme les véritables fluides nourriciers, considérant seulement la sève comme l'analogue du chyle non encore pré-
2o8 SCIENCES PHYSIQUES,
paré : on supposoit que les vaisseaux qui les contiennent s'étendent régulièrement d'une extrémité du végétal à l'autre, et on leur attribuoit dans ces vaisseaux une marché descendante.
MM. Treviranus et Link ont trouvé que ces sucs résident dans de simples cellules; et ils ont confirmé par-là l'opinion contraire à la précédente, qui en lait des liqueurs jparticulières produites par sécrétion, et par conséquent extraites du suc nourricier, mais ne les constituant pas. Ces cellules ne sont même pas toujours remplies ni visibles à tous les âges de certaines plantes.
La moelle, ou cette cellulosité lâche qu'on observe dans l'axe de beaucoup de plantes , avoit été comparée à la moelle des os ou à celle de lepine. Linnaeus lui faisoit jouer un grand rôle dans le développement du végétal. On sait aujourd'hui, par les recherches de Medicus, et plus récemment par celles de M. Mirbel, que c'est un simple tissu cellulaire dilaté et formant ce que ce dernier botaniste nomme des lacunes, ordinairement remplies d'air. M. du Petit-Thouars l'a considérée comme le réservoir de la nourriture des bourgeons ^ ; mais il
' Dans nne snite de Mémoires qui vont bientôt paroitre, et où Fauteur établit un nouveau système sur la yë();étation. Son idée principale consiste à regarder les fibres ligneuses de chaque coacbe comme les racines des bourgeons : selon lui, à mesure que le bourgeon se déye-
PHTSIOLOOIE. 209
pense aussi qu'après réruption des feuilles die na plus de fonctiop à remplir.
La structure de la fleur a encore été Tobjet des recherches de M. Mirbel : il a montré comment les vaisseaux passent du pédoncule dans les difFé^ rentes enveloppes et jusqu'au placenta, cest-^nlire aux attaches des graines.
M. Turpin ' a cru reconnoitre la voie par la-^ quelle la fécondation des graines sexécute. G est un petit canal qui descend du pistil et pénétre jusqu'à la graine ; il le nomme micràpyle. Nissole avoit anciennement avancé cette opinion ; mais on Tavoit entièrement oubliée.
L anatomie particulière de la graine a été faite av.ec beaucoup de soin , et presque en même temps, par feu Gaertner ' et par M< de Jussieu^; ils ont surtout appelé Tattention sur un corps que le pi^emier nomme n/^umen^ et le second périsperme, et qui se trouve dans beaucoup de graines indépen-
loppe , ses rticiaes descendent et enveloppent le tronc d'une nonyelle conche de bois.
* Annales da Musëum dhistoire naturelle.
* Voyez la Garpologie de Gsitner, ouvrage éminemment classique, 3 yol. io-4*9 <pic le ^Is de ce grand observateur continue avec zèle.
' Dans S09 Gênera plantarum; Paris, 17^9) ^ ^^^* in-8^. — Depuis la rédaction de ce travail, M. Richard a publié, sur la structure du fruit, un ouvrage où il y a des vues intéressantes; Analyse du Fruit, Paris, 1808, I vol. in-ia. Nous en rendrons compte dans la seconde partie de cette histoire.
r.UFFON. COMPLl^M. T. I. , l4
2IO f^CIENCES PHYSIQUES.
damment des enveloppes ordinaires et des partiel connues du germe. Sa nature varie beaucoup ; c'est lui, par exemple, qui est farineux dans leë céréales, corné dans les rubiacées, et sur-*tout dans le café, charnu dans les ombellifères , etc. ï mais on na sur son usagô que des idées incertaines.
Gaertner distinguoit encore une petite partie qu'il nmnmoit vitellus, mais qui n'est, selon M, Correa, qu^un appendice dilaté de la radicule^
Il nous reste à traiter de la partie dynamique du grand problème de la vie, ou des forces qui prçvdutsent les mouvements nombreux dout nous avons dit qu^elle se compose* Cest, en effet, s'en faire une idée fausse que de la considérer comme un simple lien qui retiendroiteUs^mble les élé-* ments du corps vivant, tandis qu'elle est, au contraire > un ressort qui les meut et les transporte sans cesse : ces éléments ne conservent pas un in-^ stant les mêmes rapports et les mêmes connexions, ou , en d'autres termes , le corps vivant ne garde pas un instant le même état ni la même composition j plus sa vie est active, plus ses échanges et ses métaniorphoses sont continuels,; et le moment in-^ divisible de repos absolu , que Ton appelle la mort complète^ n'est que le précurseur des mouvements nouveaux de la putréfaction.
C'est ici que commence lemploi raisonnable dn
PHTSIOLOGIE. 211
terme de forcer vitales : pour peu que 1 on étudie en effet les corps vivants, on ne tarde point à s apercevoir que leurs mouvements ne sont pas tous pro^ duits par des chocs ou des tiraillements mécaniques, et qu'il faut qu*il y ait en eux une source constante productrice de force et de mouvement.
L exemple le plus évident est celui des mouvements volontaires des animaux : chaque ordre, chaque caprjceule leur volonté, produite Tinstant dans leurs muscles une contraction que le calcul prouve être inBniment supérieure à tous les agents mécaniques imaginables.
La chimiemodernenousmontre, àla vérité, beau* coupd'exemplesde mouvements spontanés très violents dans les dégagements de chaleur où de fluides élastiques qui résultent du jeu des affinités; mais tous les efforts des physiologistes n'ont point encore réussià faire de cetordre dephénoménes une application positive aux contractions de la fibre. Si, comme on est presque obligé de le penser, Tentrée où le départ de quelque agent Toccasione, il faut que cet agent soit non seulement impondérable, mais encore entièrement insaisissable pour nos instruments et imperceptible pour nos sens. L'espoir que pouvoient donner à cet égard les expériences galvaniques sW évanoui , depuis qu'on n'a vu dans l'électricité qu'un agent d'irritation extc^rieur.
212 SGIEl^CfS PHYSIQUES.
On peut donc l^itimement considérer Tirrita-^ biiité musculaire comme un £iit jusqu a présent inexplicable, ou qui ne se laisse réduire encore ni à Fimpulsion ordinaire ni même à lattractioa moléculaire , ^i ce n est d'une manière vague et ^ nérale.
On peut donc aussi adopter ce fait comme principe, et remployer en cette qualité pour l'explica* tion des effets de détail qui en dérivent.
Cest ce que l'on a fait ; et Ton n a point tardé à reconnoitre que cette irritabilité de la fibre produit non seulement les mouvements extérieurs et volontaires , mais qu'elle est encore le principe de tous les mouvements intérieurs qui appartiennent à la vie végétative et sur lesquels la volonté n'a point d'empire ,, des contractions des intestins , de celles du cœur et des artères , véritables agents de tout le tourbillon vital ^ elle s'étend même visiblement à une foule de vaisseaux et d'organes , où l'on ne peut apercevoir de fibres cbarnues proprement dites : la ^ matrice^en est un exemple très frappant; et les artères , les vaisseaux lympbatiques , les vaisseaux sécrétoires , des exemples très probables.
Il est cependant resté long-temps des doutes et des dissentiments sur la nature dé ces contractions intérieures. Une école célèbre vouloit y faire intervenir cette autre faculté animale que 1 on appelle
PHTSiOLOGIE. ii3
lasensibiUié, et pei^sistoit à défendre ce que Stahl nommoit le pouvoir de Came sur les mouvements communément pris pour involontaires.
On dse croire que ces oppositions peuvent être conciliées par Tunion intima de la substance nei<^ veuse avec la fibre et les autres éléments organi* qnes contractiles, et par leur action réciproque ^ présentées avec tant de vraisemblance par les phy* siologistes de Técole écossaise, mais qui ne sont ^ère sorties de la classe des hypothèses que par les observations dé la période actuelle^
Ce n*est point par elle seule que la fibre se cbn-^ tracte, mais par Tinfluence des filets nerveuit qui' s'y unissent toujours. Le changement qui produit la contraction ne peut avoir lieu sans le concours des deux substances; et il faut encore qu'il soit occasioné chaque fois par une cause extérieure, par un stimulant.
La volonté est un de ces stimulants qui a ce caractère particulier que son conducteur est le nerf; et que c'est du cerveau quelle vient, du moins dans les animaux d'ordre supérieur : mais elle excite l'irritabilité à la manière des agents extérieurs, et sans la constituer; car, dans les paralytiques par apoplexie , l'irritabilité se conserve , quoique la volonté n'ait plus d'empire \
* M. Nysten l'a montré encore récemment par des expériences.
2l4 . S€IEl!9GBS PHYSIQUES,
Ainsi rimtabilité dépend bien en partie du nerf, sans dépendre pour cela de la sensibilité : ^oette dernière propriété, plus admiraUeet plus occulte encore, s'il est possible, que Firritabilité, ne fait qu une petite partie <^ fonctions du système nerveux; et c'est par un abus de mots qu^on en étend la dénomination aux £)ncttons de ce système qui ne sont point accompagnées de perception.
L'uniformité de structure et la nature sécrétoire de toutes les parties médullaires ou nerveuses , présumées en quelque sorte par M. Platner ', qui en fiûsoit UQ emploi ingénieux pour défendre le système de Stahl, et maintenant, à ce quil semble, directement prouvées par les observations anatomi^ ques de MM. Prochaska et Reil^, achèvent de faire concevoir le jeu des forces du corps vivant, sans obliger d'attribuer, comme Stahl y à Tame raison-^ nable les mouvements involontaires. Il n'y a qu'à se représenter que toutes ces parles pl*oduisent l'agent nerveux , qu'elles en sont lès seuls conduc*c teurs; c'est-à-dire qu'il îie peut être transmis que par elles seules^ et qu'il est altéré qu consommé dans ses divers emplois. Alors tout paroît simple : ^ne portion de muscle conserve quelque temps son
' Nouvelle Anthropologie à Tusa^e des médecins et des pMloso-: phes, en allemand; Leipsick, 1790, in-8*.
' Voyez les ouvrages aaatomiques cités plus haut.
PHYSIOLOOltC 21 5
iriîHabilité, à causç de la portion de nerf qu'on arrache toujours avec elle, T^a sensibilité et Tirrita^ bilité s'épuisent réciproquement par trop d exer-r cice, parcequ elles çonsomméntou altèrent le même agent. Tous les mouvements intérieurs de digestion, de sécrétiofi, d'excrétion, participent à cet épuisement, oii peuvent Tamener. Toute excitation
^ locale sur les nerfs amène plus <ie sang, en augmentant l'irritabilité des artères, et l'afQux du sang augmente la sensibilité locale, eh augmentant la production de l'agent nerveux. Delà les plaisirs des titillations , les douleurs des inflammations. Les se* crétiohs particulières augmentent de même et par les mêmes causes ; et l'imagination exerce ( toujours par le moyen des nerfs) sur les fibres intérieures artérielles ou autres , et par elles sur les sécrétions, une action analogue à celle de la volonté sur tes
-muscles du mouvement volontaire. L'excitation locale , portée quelquefois à son comble dans ]es blessures ou dans certaines maladies, et semblant attirer violemment à sou foyer toutes les fidrces de la vie, épuise le corps entier : de là ces prétendus efforts de l'ame pour repousser une attaque funeste. Comme chaque sens extérieur est exclusivement disposé pour se laisser pénétrer seulement par les substance^ qu'il doit percevoir, de même chaque Q^'^ane intérieur) isécrétoire ou autre , est aussi plus
2l6 SCIENCES PHYSIQUES.
excitable par tel agent que par tel autre : de ià ce qu on a voulu appeler sensibilité où vie propre des organes, et Tinfluence des spécifiques qui, introduits dans la circulation générale, n'affectent cependant que certaines parties. Enfin si lagent nerveux pe peut devenir sensible pour nous c'est que toute sensation exige qu il soit altéré d une manière ou d'une autre, et qu'il ne peut pas s'altérer lui-même.
Telle est l'idée sommaire que Ton peut, à ce qu'il nous semble, se faire aujourd'hui du jeu mutuel et général des forces vitales dans les animaux ; mais il seroit difficile d'assigner avec précision ce que l'on doit à chaque physiologiste en particu^ lier dans ces éclaircissements de la plus difficile de toutes les sciences.
Reconnoissant le vide des hypothèses tirées d'une mécanique et d'une chimie imparfaites, qui avoient régné pendant le dix-septième siècle, Stahl se jeta dans une extrémité opposée , en exagérant les idées de Van-Helmont, et en attribuant, non plus à un principe spécial nommé archée ou ame végétative , mais à l'ame raisonnable , toutes les actions vitales, même celles dont elle s'aperçoit le moins.
Son ingénieux rival, Frédéric Hôfmaq, commença , à^peu-^près vers le même temps , à donner la première indication de la route intermédiaire que
lonsuitaujourdliai, en cherchant à distinguer les facultés propres de chaque élément organique.
L'immortel Haller procéda plus rigoureusement à Fanalyse de ces facultés; mais, trop occupé de cette irritabilité de la fibre, dont il détermina le premier les vrais caractères , il n accorda point assez à Tinfluence nerveuse, sur laquelle ses sentiments approchèrent peut-être moinls du vrai que ceux dIElofman.
Il eut beaucoup d'antagonistes , dont les uns se bornoient à combattre ses expériences , et les autres prétendirent établir des systèmes nouveaux. En France sur-tout , les idées de Stahl , adoptées par Sauvages, modifiées par Bordeu, par La Case 4 furent reproduites par Barthez ' sous une forme et avec des termes nouveaux qui les rapprochoient davantage de celles de Van-Helmont : mais, outre Tespéce de contradiction et lobscurité métaphysique où devoit nécessairement entraîner une prétendue sensibilité locale sans perception, admise dans les organes particuliers par tous ces médecins, et défendue jusqua nos jours piir quelques uns, on peut reprocher à plusieurs d'entre eux d'avoir abusé de ce qu'ils appeloient principe vital, en employant cet être occulte d'une manière vague,
' Nouveaux Éléments de la Scietice de riiomme, deuxième édition 4e 1806, 2 vol. in-8^
2l8 SCIENCES PHYSIQUES.
pour lui attribuer, sans autre développement , tous les phénomènes difficiles à expliquer.
CuUen, Macbride, Gregory, en Ecosse, Grimaud, en France, prirent une route plus heu* reuse, et rendirent aux nerfs leur véritable rôle, en le limitant avec précision.
La théorie de lexcitation , si renommée dans ces derniers temps par son influence sur la pathologie et sur la thérapeutique , n est au fond qu'une modification du système écossois, dans laquelle, comprenant sous un nom commun la sensibilité et Tir* ritabilité, on se retranche dans une abstraction telle que, si Ion simplifie la médedûe, on semble anéantir toute physiologie positive.
Il a fallu quQ les découvertes de la chimie sur les agents impondérables et sur leur action physique, souvent si prodigieuse, vinssent se joindre à celles de lanatomie sur la structure uniforme du système nerveux , et sur ses dégradations dans 1 échelle des animaux , pour faire concevoir la possibilité de revenir à un classement plus particulier des phénomtënes vitaux , et pour rendre à l'analyse des forces propices à chaque élément organique , si bien commencée par Haller, le crédit et Factivité doù dé- |>end, selon nous, 1^ sort de la physiologie.
Il nous paroit donc que les véritables progrès que cette science a faits dans ces derniers temps
Hb^i^Élii^
soat dus à ceux qui ont combiné, avec là théorie de Taction nerveuse, les découvertes modernes de laoatomie et de la chimie. C'est ainsi que Prochaska , Sœmmeriog^ Reil, Kielmeyer, Autenrieth , en Allemagne; jBichat, en Fr^inoe ( pour ne point parler des physiologistes vivants de ce pays, et n'être point obligé d'assigner les rangs entre nos maîtres, nos confrère, et nos amis); Fontana, Moscati^ Spallanzani, en Italie; Hunter, Home, Carliste, Cruikshank, en Angleterre, ont, de notre temps, développé des idées ou publié des expé* riences qui resteront toujours comme éléments essentiels de la physiqlogie générale des. animaux » et qu une foule d autres hommes de mérite ont en* richi la physiologie particulière des organes ou des. diverses espèces.
Plusieurs ouvrages élémentaires et généraux exposent , avec plus ou moins d étendue, 1 état actuel de la science; nous distinguerons, parmi ceux qu a vus naître la période dont nous traçons l'histoire , en France, ceux de MM. Dumas ' et Richerand ^ ; et ^n Allemagne, celui de M. Autenrieth ^, et celui de
' Principe^ de Physiologie, première ëdition; Paris, 4 ^^^' i<>-3**; «kiodène ^ûon , ibid. , 1 806.
' NouTeaiiz Élémento de Pbysiolqg^e, a vol. in*8''; la 4|uatrième édition est de 1807.
' Manuel de Physiologie humaine expérimentale, en allemand,, 3 Tol. in^, tab. i8oi-i8oa.
220 SGIEHCES PflTSIQUES.
M. Walther de Landshath j qui se distingue par un emploi fréquent de Fauatomie comparée , mais qui se livre un peu trop à la marche vague et conjecturale aujourd'hui si en vogue dans son pays.
CTest en efiet ici que Ion nous demandera compte des nouveaux systèmes de physiologie qua pro* duits en AU^nagne cette métaphysique appelée philosophie de la nature , dont nous avons déjà dit quelques mots en général; mais nous avouerons que , malgré l'étude que nous avons faite de cette manière de philosopher , nous avons encore peine à croire que nous l'ayons bien saisie et que nous soyons en état d'en donner une idée juste , tant elle nous paroît contradictoire avec le mérite et l'esprit de plusieurs de ceux qui l'emploient.
Partant de ces anciennes spéculations métaphysiques, où tantôt les phénomènes sont considérés comme de simples modifications du moi , tantôt les êtres existants sont regardés comme des émanations de la substance suprême, tantôt enfin l'univers entier est censé l'être unique dont tous les autres êtres ne sont que des manifestations; portant ces spéculations à un degré d'abstraction tel que la grande et simple unité , seule existante par elle-même, ne produit (comme ils disent) les autres existences qu'en se différenciant en qualités opposées, qui s'anéantissent réciproquement, d'où
PHTSIOLOOIE. 221
il résulte qae Texistence suprême ne seroit rien au fond; les partisans de cette méthode ont cherché à redescendre de leurs conceptions abstraites aux faits positifs pour les en déduire rationndlement; et , comme on le devine aisément , c'est sur les parties les plus obscures des sciences naturelles qu'ils ont dû le plus s'exercer.
Aussi est-ce principalement en physiologie et en médecine que cette sorte de philosophie s^'est introduite , cherchant sur-tout à faire considérer les organisations partielles comme des membres du grand tout j de la grande organisation , et à les soumettre aux lois imaginées pour cdle^ci : mais ce projet imposant ne s est exécuté jusqu'à présent qu'en passant continuellement et brusquement , sans régie fixe, de la métaphysique à la physique; qu'en appliquant satits cesse un terme moral à un phénomène physique^ et réciproquement; qu'en employant des métaphores au lieu d'arguments : en an mot cette méthode, qui d'ailleurs n'a fait découvrir jusqu a présent aucun fait nouveau auquel on n*ait pu arriver aussi par la marche ordinaire^ est telle que l'on a peine à concefoir la fortune qu'elle a faite dans un pays renommé par sa raison et par sa logique, et comment elle y a trouvé des partisans parmi des hommes d'un talent réel , et dont les expériences ont d'ailleurs enrichi les
222 SCIEHCES PHYSIQUES.
sciences de fiiits précieux que nous avons cher^ ché à recueillir dans cette histoire, aux endroits où il convenoit de les placer '.
Pour la physiologie comme pour Tanatomie , les végétaux sont enveloppés de plus d obscurité que les animaux. Les nerfs et la sensibilité leur manquent ; mais n ont-ils point quelque force contrac^ tile plus ou moins analogue à l'irritabilité?
' Les AicfaÎTes phytiolo^qnes de BIM. Reil et Antenrieth {Htdh en Saxe, en allemand), dont il a para sept volumes in-8' depuis 1796., sont le recoeil le plus intéressant des mémoires , dissertations , et antres ouvrages , relatifs à la physiologie , sans acception de système. Maïs pour comu^tra la marefae on pltttèt les marches diveii^entet et souvent très opposées de la physiolo^e, dans Técole appelée de U Physiologie de la nature^ il faut lire d'abord Técrit sur Cjàme du monde y 1 798 ; le premier Easai dtùn système de Physiologie de la nature, par M. Schellinç; Téna et Leipiick, 1799 9 in-S**; et suivre ensuite les applications de cette doctrine, faites soit par fauteur luimême dans divers autres écrits , dans son Journal pour la PhyMqne spéculative , et dans celui qu'il donne avec M. Marcus , sous le titi^e SJnHalêS de la Médecine ; ^it par ceux qui ont plus ou moins adopté 9e9 principes, quoiqu'il soit loin de les avouer tous comme ses élèves. Les Physiologies de MM. Domling et Treviranus , les idées sur la Pathogénie et sur la Théorie de l'excitation, par M. Roschlaub, appartiennent plus ou moins à ce système. On peut compter parmi les plus récents de ses sectateurs , et parmi ceux qui otit mis la hardiesse la plus extraordinaire dans leurs conceptions , M. StefFens , dans son Histoire naturelle intérieure de la terre , et dans son Esquisse d'une Physique philosophique ; M. Oken , dans sa Biologie , dans ses Matériaux pour la Zoologie , l'Anatomie , et la Physiologie comparées , et dans quelques autres petits écrits , tels que celui qui porte pour titre t Univers continuation du système sensitif; Yéna, »8o8.
LoDg.*- temps on a cru le mouvement de leurs fluides suffisamment expliqué par la succion capillaire de leurs racines et de leur tissu , par Thumiditédu sol où s'enfonce leur partie inférieure^ et par Tévaporation plus on moins forte qui se fait à la grande surface de leur cime, au moins pendant le jour; et il est certain que leurs vaisseaux peuvent transmettre dans tous les sens les liquides qu^ils contiennent, qu'on peut retourner un arbre, et faire donner des bourgeons à ses racines et du che-^ velu à ses branches, etc. Cependant on a objecté que la sève monte avec plus de force au printemps lorsque les feuilles n'ont pas encore épanoui leur sur&ce; qu'dle monte et jaillit encore en abondance d'une tige dont on a coupé la cime, ainsi que l'a fait remarquer M. Brugmans ' ; que les pleurs de la vigne sont un pjiénoinéne du même genre où ni la succion ni l'évaporation ne peuvent avoir part. M. Yan-Marum a même fait voir que l'électricité arrête les ascensions de sève, comme elle détruit l'irritabilité animale»
Tout rend donc vraisemblable qu'il existe aussi dans le tissu végétal une force particulière em-* ployée à en faire mouvoir les sucs, et que l'on peut croire produite par le développement de quelque
* Brugmans et Vitringa-Coiilomb, De tnutata humorum indole in regno orgànicoy à vi vitali vasorum derivandd; Leyde, 1789, in-8".
agent impondérable : mais elle doit être foiUe; les exemples évidents en paroissent rares, et sa nature et son siège sont paiement inconnus; peut-être même n'a-t^elle point de tendance fixe vers un point plutôt que vers un autre, et la position du végétal rompt-elle seule Féquilibre. ^
Cette détermination des forces générales propres aux corps vivants, de leurs rapports mutuels, de ce qui les entretient ou les affoiblit, constitue la physiologie générale, leur application à chaque fonc^ tion, au moyen de la structure découverte par lanatamie dans chaque organe, est Tobjet de la physiologie particulière.
Ici encore 1 époque actuelle a été assez féconde. , La respiration se présente à nous la première comme la plus importante des fonctions : le changement chimique qui en fait lessence a été exposé ci-dessus; le sang s y décarbonise et y prend de la chaleur et une couleur vermeille*
La quantité de lair insjHré, celle de Foxygène consommé, celle de 1 acide carbonique etdeleau produits, ont été lobjet des recherches longues et pénibles de MM. Menziez', Seguin'', et autres médecins et chimistes : Faction de F^xygène sur du sang, même au travers du tissu membraneux
' Annales deChimie, t. VUI, p. au.
» /6iW.,t. XX,p. m5.
d'une vessie, a été vérifiée par M. Hassenfratz'.
On doutoit du lieu précis où ce changement s opère. Des expériences très ingénieuses de Bichat ont prouvé que c est au passage même des artères dans les veines pulmonaires et d une manière subite que le sang devient rouge ^.
On disputoit sur les effets immédiats de ce changement et sur la cause de la mort par asphyxie : les expériences de Godvrin ^ ont eu pour objet de montrer que le sang a besoin d'avoir respiré pour exciter les contractions du cœur. Des expériences analogues de M. Nysten ont fait voir que des différents' gaz que Ton peut injecter dans le cœur, Foxygène est celui qui en stimule le plus puissamment les contractions: l'hydrogène sulfuré, après les avoir excitées d abord mécaniquement, les anéantit bientôt. Mais cet effet de la respiration sur le cœur . n'est qu'un cas particulier d'une loi générale. Des expériences nombreuses, dont la plupart sont encore dé Bichat , ont appris que c'est la respiration qui donne essentiellement au sang le pouvoir d'entretenir par-tout la force musculaire , et par consé-
* Annales de Chimie, t. IX, p. a6i.
* Voyez TAnatomie générale de Bichat; Paris, an 10-1801, 4 vol. iji-8^; et. son ingénieux Traité de la vie et de la mort; Paris, an 8, 1 Yol. in-8°.
^ La Connexion de la vie avec la respiration, en anglois, traduit par M. Halle; Londres, 1789.
BOFFON. GOMPLÉM. T. I. 1 5
({uent l énergie des mouvements volontaires, et de tout le jeu intérieur de la circulation et des sécrétions : mais Bichat pense que c'est par Tintermédc du cerveau et du système nerveux que le sang exerce ce pouvoir sur la fibre.
La qualité délétère des gaz différents de loxygène ou de Tair commun a été en quelque sorte mesurée et comparée par des expériences £iites à FÉcole de médecine de Paris, et auxquelles MM. Chaussier, Thénard , et Dupuy tren ont principalement contribué. Le gaz hydrogène sulfuré est le plus pernicieu2( de tous, soit quant à Tétendue du mal, soit quant à sa promptitude, soit quant à la difficulté d'y remédier ; l'hydrogène carboné vient après , ensuite l'acide carbonique : ils agissent tous les trois comme vrais poisons, et non pas seulement parcequ'ilsne contiennent point d'oxygène libre. L'azote et rhydrogène pur au contraire n'ont qu*un effet négatif, ils se bornent à ne point fournir au sang le principe que l'oxygène seul peut lui donner.
Ces premiers gaz ont aussi un effet funeste quand on les introduit dans le corps par l'absorption cutanée, les plaies ou les premières voies ; M. Chaussier s'en est assuré par des expériences très bien faites. Les expériences de M. Nysten sur le cœur, dont nous venons de parler, rentrent dans la régie générale établie par celles-ci.
TiC concours des nerfs qui se distribuent dans le poumon et qui animent son tissu , et particulièrement ses artères , est nécessaire pour que lair exerce tout# son action sur le sang au travers des tuniques de ces vaisseaux. M. Dupuytren Fa prouvé en coupant les nerfs de la huitième paire dans des chevaux et dans des chiens : le diaphragme et les côtes a voient beau continuer leur jeu , le sang restoit noir.
La chaleur animale, Tun des plus importants résultats de la respiration , est à-peu-près constante pour chaque espèce et même pour chaque classe , et se maintient malgré le froid extérieur, comme il étoit naturel de 1 attendre, puisque sa source est constamment active ; mais un phénomène plus sin- . gulier c'est qu'elle se maintient pendant quelque temps même dans un milieu beaucoup plus chaud , comme si la respiration devenoit alors subitement capable de produire du froid. Cette conclusion , qui semblôit résulter des expériences de Fordice, de Grawford , etc. , a été soumise à un nouvel examen par deux jeunes médecins , MM. Delaroche et Berger'. Ils ont rendu très vraisemblable que laugmentation de transpiration et d'évaporation , jointe à la qualité peu conductrice du corps vivant pour la chaleur, est ce qui le met en état de résister ainsi
* Expérieaces sur les effets qu*uiie forte chaleur produit dans Yéconomie animale; Paris, iSo6, in-4°.
pendant quelque temps aux causes extérieures dcchauflfement.
Au reste il ne faut pas voir seulement dans la transpiration une évaporation d'humidité; elie est aussi, à d autres égards, une fonction analogue à la respiration, et qui enlève le carbone du corps en le combinant à l'oxygène de Tatmosphère. Ainsi la peau tout entière respire jusqu'à un certain point et rentre par conséquent sous la loi générale de toutes les parties vivantes où l'air peut parvenir; loi que nous avons exposée ci-dessus d'après Spallan^ani.
M, Cruikshank ' Favoit annoncé dès 1779. MM. Ijavoisier et Seguin l'ont montré plus rigpurcusement par des expériences pénibles et ingénieuses : chacun sait comment un crime à jamais déplorable les a interrompues.
La digestion, ou cette première préparation des aliments pour les rendre propres à fournir du chyle, n'avoit guère commencé à être bien étudiée que par Eé.iumur. Spallanzani a développé les expériences de cet ingénieux physicien, et a donné au suc gastrique beaucoup de célébrité^. Toutes les
* ETipéricTices sur la transpiration insensible, pour montrer son af- Hoilè avec la re.çpiration ; en anglois; Londres, Ï779-1795.
' Eji péri en CCS sur la digestion, traduit par Sennebier; Genève,
substances alimentaires se dissolvent dans ce singulier liquide ; et les divers appareils de trituration que Ion remarque dans les estomacs de plusieurs animaux ne lui servent que d auxiliaire, en suppléant à une mastication imparËiite. Les aliments, ainsi réduits en une bouillie homogène, passent dans rintestin où la bile paroît opérer une précipitation de la matière excrémentielle et en séparer le chyle propre à être absorbé. Outre cet emploi de la bile, M. Fourcroy a montré qu'étant formée d'une grande partie des principes combustibles du sang, elle donne lieu déconsidérer, sous ce rapport, le foie comme un véritable auxiliaire du poumon.
La rate est de tous les viscères abdominaux celui dont les fonctions paroissent les plus obscures, et donnent encore lieu à plus de recherches et de suppositions. On ne lui a vu long-temps d autre emploi que de fournir au foie le sang quelle reçoit, et qu'elle prépare pour augmenter la matière d'où doit sortir la bile. M. Moreschi, de Pavie ', dans un ouvrage plein d'observations exactes d'anatomie comparée, a cherché à montrer que la raté a des rapports plus immédiats avec les fonctions de l'estomac ; que son volume est proportionné à la force digestive de plusieurs animaux ; et que c'est proba-
* Del vero e priniario uso délia milza; Milan, i8o3.
23o SCIENCES PHYSIQUES.
blemeat parceque la compression de la rate, quand I estomac est plein, fait refluer vers ce dernier viscère une partie du sang destiné au premier, et augmente ainsi la sécrétion du fluide gastrique.
L estimation mathématique des forces qui pro^ duisent la circulation a beaucoup occupé autrefois les physiologistes. On a reconnu que c'est un problème insoluble dans letat actuel des sciences : cependant on peut i*echercher quels agents y ont part. Les fibres musculaires du cœur sont sans contredit le principal ; mais sont-elles aidées par celles des artères? On Fa contesté: mais une foule de phénomènes le rendent vraisemblable, dans les animaux voisins de Fhomme; et cependant on eu voit aussi où des artères entièrement inflexibles exigent que Faction du cœur s étende immédiatement jusqu'aux plus petits rameaux du système circulatoire.
La nutrition proprement dite, ou le dépôt que le sang fait des molécules nouvelles pour accroître les solides ou pour les entretenir, a aussi été Fobjet de grandes recherches.
M. Scarpa * s^est occupé de celle des os, sur laquelle on avoit diverses opinions depuis Malpigbi, Gagliardi, et Duhamel. Il a montré qu'on se faisoit des idées fausses de leur tissu, en se le représentant
' De penitiori ossium structura Commentarius; Leips., 1799, in-i4''*
PHYSIOLOGIE. 23 ï
comme composé de lames et de fibres régulières; mnh qu'il est toujours cellulaire, et que ses parties les plus évidemment fibreuses sont toujours formées de fibres ramifiées et réticulaires : c'est en se déposant dans les cellules des cartilages que le phosphaté de chaux donne ces apparences au tissu os^ seux.
L'accroissement des dents ne se feit pas de la même manière que celui des os. John Hunter ' a fait voir que leur substance extérieure est excrétée par couches de la surface de leur noyau pulpeux , sans conserver de connexion organique avec lui , et qu'en même temps leur émail est déposé sur elles en fibres perpendiculaires par la capsule membraneuse qui les revêt. Une troisième substance qui enveîoppe l'émail dans certains animaux est également déposée après l'émail et par la même membrane. Ce dernier point a été bien développé par M.Blake\
M. Cuvier^ parolt avoir mis hors de doute tous ces phénomènes, en les vérifiant sur les énormes dents de l'éléphant, où il est très aisé de les suivre. Aussi les dents peuvent-elles être entamées, usées ,
' Histoire ttaturellë des Dents, en anglois; i vol. rn-4*.
' Essai sur la stmcture et la formation des Dents dans rhomine- et divers animaux, en anglois , par Robert Blacke ; Dublin , 1801, i vol. in-8*.
' Annales du Mn«énm d'histoiire naturelle , t. VIII , p. 93.
sans éprouver les nièmes accidents que les os ; il faut même que celles des animaux herbivores le soient. M. Tenon % dans un grand et beau travail sur ce sujet, a montré jusqu'à quel point va cette détrition , et comment , à mesure qu elle emporte la couronne de la dent, celle-ci salonge de nouveau du côté de sa racine; jusqu'à ce que, ce supplément venant à finir, elle s'use et tombe définitivement. Il a fixé avec une précision toute nouvelle les époques de Téruption, de la chute, et du remplacement de chaque dent dans plusieurs animaux, et fait connoître une multitude de changements singuliers que 1 état variable des dents amène successivement dans l'organisation des mâchoires.
Les dents se trouvent reportées par-là dans la grande classe des substances qui recouvrent les parties extérieures, et qui croissent toutes par addition de couches nouvelles sous les précédentes; les poils , les cheveux , les ongles , les cornes , les becs , les écailles, les têts, les coquilles, les corps durs qui arment l'intérieur de certains estomacs, sont dans ce cas, et sont tous insensibles, et susceptibles d'être mutilés sans douleur et sans danger : c'est le noyau intérieur qui s.'enflamme et devient douloureux dans la dent, et non la dent elle-même. Les substances pierreuses des coraux croissent aussi par
' Mémoires de Flnstitut, Sciences mathématiques et physiques, 1. 1.
PHïTSIOLOGIE. 233
couches, mais dont les dernières enveloppent les précédentes, comme dans les arbres.
Les organes extérieurs des sensations sont de tout le corps vivant ceux qui se prêtent à un plus granduombredapplicationsdessciences physiques.
Tout ce qui se passe dans Toeil , par exemple, jusqu'au moment où Timage visuelle se peint sur la rétine ,. se réduit à des opérations d'optique , que Ton a comparées avec raison à celles de la chambre obscure : mais l'œil a deux propriétés essentielles qui manquent à cet instrument ; celle de rétrécir ou d élargir son entrée, qui est la pupille, selon labon' danceou la rareté de la lumière, et celle de rappro* cher ou d'éloigner son foyer suivant la distance de l objet qu'il faut voir. Cette dernière faculté sur-tout est très étendue dans certaines espèces , et particulièrement dans les oiseaux , obligés de voir également bien leur proie du haut des nues, pour diriger leur vol sur elle , et tout près de terre , pour la saisir. »
Les moyens que la nature emploie pour arriver à ce double but dans les diverses classes ont fait l'objet de longues recherches pour MM. Olbers, Porterfîeld , Hunter, Home , et Young *.
On peut imaginer pour cela , ou que la cornée
' Voyez sur-tout le Mémoire sur l'œil par M. Young, dans les Transactions philosophiques de 1801 .
234 SCIENCES PHlTSIQUES.
change de convexité , ou que c*est le cristallin , ou que Taxe de lœil change sa longueur, et par conséquent la distance de sa rétine , ou enfin que le cristallin change sa position. Lequel de ces moyens est le vrai? Le premier et le troisième seuls peuvent être les objets d'une mesure immédiate. M. Young a montré d'une manière ingénieuse qu'ils ne contribuent point sensiblement à lefFet qu'on désire expliquer ; il a donc recours au deuxième > c'est-àdire à la variation du cristallin : mais lanatomie nous paroit y répugner; le cristallin estsouventdur comme de la pierre. Peut-être le quatrième moyeu est-il le principal ; et il n'est pas nécessaire de supposer de vrais muscles qui agissent sur le cristallin : on peut penser aussi qu'il est mû par un changement analogue à lerection qui auroit lieu^ soit dans les procès ciliaires , soit dans une membrane particulière aux oiseaux qui se nomme le peigne; elle part du fond de l'œil , et s'attache dans le tis&u vitré, non loin du cristallin. Les oiseaux auroient donc le moyen le plus puissant de changer leur foyer, ainsi que leur genre de vie l'exige.
Comme plusieurs paires de nerfs se distribuent à la langue, on n'étoit pas entièrement certain de celle qui reçoit la sensation du goût , quoique la facilité de suivre les filets de la cinquième jusqu'aux papilles de cet organe semblât prouver beaucoup
PHYSIOLOGIE. a35
CQ sa faveur. Le galvanisme a démontré à M. Dupuytren ce que lanatoniie annonçoit. La langue n est^entrée en convulsion que par Texcitation de la neuvième paire ; la cinquième, ne la mou van t point, doit donc être lorgane de la sensibilité. En effet quand cette paire se paralyse la langue ne savoure plus rien.
Nous avons déjà annoncé que les rechercbes de Scarpa et de Comparetti ont placé dans la pulpe du labyrinthe membraneux le véritable siégede louïe. On explique parl-à lefifet de 1 ébranlement d u crâne par les corps sonores , qui fait entendre les personnes dont la surdité ne vient que de Tobstruction du. canal extérieur de loreille. Cest seulement de cette manière qu'entendent les poissons, attendu qu'ils n ont point de canal externe.
Tout le monde sait que la production d'une perception , ou cette action des corps extérieurs sur le moi , d où résulte une sensation , une image , est un problème à jamais incompréhensible , et qu'il existe en ce point, entre les sciences physiques et les sciences morales, un intervalle que tous les efforts de notre esprit ne pourront jamais combler.
Les sciences morales commencent au-delà de cette limite : elles montrent comment de ces sensations répétées naissent les idées particulières ; de la comparaison de celles-ci , les idées générales ; des
a36 SCIENCES PHYSIQUES.
combinaisons d'idées, les jugements ; et de ceux-ci, les raisonnements et la volonté.
Mais les sciences physiques , de leur côté , ne s arrêtent pas à beaucoup près à Timpression reçue par le sens extérieur; ce n'est pas celle-là que perçoit le moi ; il faut qu'elle se transmette plus loin , qu'elle arrive jusqu'au cerveau ; et comme les jugements ne s'opèrent que sur les idées reproduites par la mémoire, il faut que cette action, une fois reçue dans le cerveau , y laisse des traces plus ou moins durables. Le cerveau est donc à-la-fois le dernier terme de l'impression sensible et le réceptacle des images que la mémoire et rimagination soumettent à l'esprit. Il est, sous ce rapport, l'instrument matériel de l'ame; et le plus ou moins de facilité qu'il a de recevoir les impressions, de les reproduire promptement, vivement, régulièrement, et abondamment, et d'obéir en cela aux ordres de la volonté , influe de la manière la plus puissante sur l'état moral de chaque être*
On conçoit donc d'abord que l'état du cerveau , en sa qualité d'organe lié à toute l'économie , dépend, jusqu'à un certain point, de l'état de tous les autres organes : c'est là l'origine àe l'influence du physique sur le moral , dont M. Cabanis a tracé un tableau brillant et animé '.
* Rapport du physique et du moral de Thomme, par M. Cabanis i Paris, 2 vol. in-8". La deuxième édition est de i8o5.
On conçoit encore qu'un dérangement partiel ou total de l'organisation du cerveau peut altérer ou suspendre en tout ou en partie l'ordre des images, et par conséquent celui des idées et des opérations intellectuelles; ce qui explique tous les genres d'aliénation mentale.
Il n'est pas moins clair que des cerveaux sains d'ailleurs peuvent différer entre eux par une organisation plus ou moins heureuse, et, présentante l'esprit des images plus ou moins vives , plus ou moins abondantes , et plus ou moins bien ordonnées, occasioner des différences infinies dans. la portée de l'intelligence et dans les ressorts de la volonté, et les faire descendre jusqu'à un degré voisin ^e l'imbécillité absolue. L'expérience et la comparaison des différents individus et des différentes espèces d'animaux montrent qu'à cet égard le volume , et spécialement celui de la partie supérieure nommée hémisphères^ est la circonstance favorable la plus apparente.
Enfin comme l'expérience fait voir aussi qu'en beaucoup d'occasions Ion peut avoir une perception par un mouvement immédiat du cerveau, et sans que le sens extérieur ait été frappé, on peut se représenter qu'il existe constamment dans certains êtres de ces perceptions internes qui les déterminent à cet ordre d'actions que Ton appelle instincts ^ telles que sont les diverses industries , souvent très
compliquées, qu exercent dès leur naissance*, sans les avoir apprises deleurs parents ni de Texpérience, et d une manière toujours constante , des espèces d animaux d ailleurs très stupides et placées fort bas dans réchelle.
Quant à ce que Ion a voulu appeler instincts automatiques y ce sont certains mouvements volontaires qui dérivent de jugements devenus tellement prompts par Thabitude et par lassociation plus constante des idées qui en résulte que nous ne nous apercevons pas deles avoir faits. Qui peut nier qu^e rhomme qui Ht, celui qui touche de l'orgue, celui qui fait des armes, ne se souviennent, ne voient, ne jugent, et ne raisonnent, à chaque contraction de muscle? Sans doute c'est là sur-tout que se montre la rapidité de la pensée. Il n'y a donc point de comparaison à faire de ces actes prétendus automatiquesa vecles mouvements intérieurs invo-^ lontaires, et ceux-ci restent expliqués par les forces vitales ordinaires et irrationnelles , comme nous l'avons vu à l'article Physiologie générale.
Les pertes et les suspensions partielles ou totales de mémoire , les folies fixes qui ne portent que sur un seul objet , et les visions ou folies fixes momentanées, les songes et le somnambulisme, n'offrent aucune difficulté importante d'après ces idées sur l'influence du cerveau , idées que les découvertes de
ces derniers temps ont seules pu rendre claires ^ quoique leurs principaux germefs se soient déjà présentés à plusieurs bons esprits, et se trouvent surtout assez nettement indiqués dans les ouvrages de Bonnet et de Hartiey.
M. Gâll ' a soutenu récemment que les traces des diverses impressions se répartissent en différents lieux du cerveau , selon leurs espèces, et que le volume particulier de chacun de ces lieux annonce lo degré des dispositions particulières , de la même façon que le volume général des hémisphères an-* nonce la portée générale de Tintelligence ; on sait même qu'il croit ces différences assez sensibles pour être aperçues dans fhomme vivant par le moyen des formes dû crâne. Mais quoique cette doctrine, réduite aux termes dans lesquels nous venons de lexprimer, n ait rien de contraire aux notions générales de la physiologie, on sent aisément qu'il faudroit encore bien des milliers d observations, avant que Ton pût la ranger dans la série des vérités généralement reconnues.
La théorie générale de la formation des êtres organisés reste toujours, comme nous lavons dit, le plus profond mystère des sciences naturelles : jusqu^à présent pour nous la vie ne naît que de la vie;
' Physiologie intellectuelle, par J. B. Demao{];eon ; Paris ^ i8o6, I vol. in-S".
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nous la voyons se transmettre , et jamais se produire ; et quoique Timpossibilité d'une gfénération spontanée ne puisse pas se démontrer absolument, tous les efforts des physiologistes qui croient cette sorte de génération possible ne sont, point encore parvenus à en faire voir une seule. L'esprit, réduit à choisir entre les diverses hypothèses du développement des germes , ou les qualités occultes mises en avant sous les titres de moule intérieury d'instinct formatify de vertu plastique , de polarité ou de différenciation, ne trouve donc par-tout que nuages et qu'obscurité.
Le seul point qui soit certain c'est que nous ne voyons autre chose qu'un développement, et que ce n'est pas à l'instant où elles deviennent visibles pour nous que les parties se forment ; mais qu'on nous fait remonter à leur germe toutes les fois qu'on peut aider nos sens par quelque instrument plus parfait: aussi, dans presque tous les systèmes de physiologie, commence-t-on par supposer Têtre vivant tout formé au moins en germe; et bien peu de physiologistes ont-ils été assez hardis pour vouloir déduire d'un même principe et sa formation primitive , et les phénomènes qu'il manifeste une fois qu'il jouit de l'existence : l'admission tacite de cette existence est même si nécessaire que c'est sur la liaison réciproque des diverses parties que repose jusqu'à
présent pour nous Tunitcde Tétre vivant , du moins dans le régne v^étal, où longue peut admettre de principe sensitiE
Mais si la génération en elle-même est inaccessible à toutes nos recherches , les circonstances qui raccompagnent la favorisent ou larrètent, et les divers organes qui entretiennent dans les premiers ' temps la vie de lembryon et du fœtus sont susceptibles d'être observés avec plus où moins d exactitude , et ont donné lieu à des découvertes intéressantes dans la période dont nous faisons Thistoire.
Il y à, parmi ces organes propres au fœtus, une vésicule qui communique avec le bas-ventre au travers de Fombilic par un petit canal, et qui ne se voit dans Thomme que pendant les premières semaines de la gestation : elle porte , dans les animaux, le nom de tunique érythroide; dans Thomme on l'a appelée vésicule ombilicale.
M. Blumenbach ' avoit reconnu son analogie avec la membrane qui contient le jaune dans les oiseaux. M. Oken d'Iéna ^ vient d annoncer qu'elle n'est qu'un appendice du canal intestinal, placé de manière que, quand elle s'en sépare, il reste une
* Dans ses Institutions physiologiques et son Manuel d'Anatomie comparée.
* Dans ses Matériaux pour )a Zoologie, la Zootomie, et la Physiologie comparée.
DUPFON. GOMPLÉM. T. I. 16
portion (le son tube qui forme Tintestin cœcum: la liqueur qu elle contient passeroit donc immédiatement dans les intestins pour nourrir Tembryon. Divers anatomistes ont fait une observation assez semblable sur la manière dont le jaune de Tœuf entre dans l'intestin par le pédicule qui ly unit ; cependant M. Léveillé' nie que ce pédicule soit creux: la nutrition se feroit donc seulement par les vaisseaux qui vont du mésentère à la membrane du jaune, et dont les analogues se trouvent également sur la vésicule ombilicale. M. Gbaussier les a bien injectés dans l'homme^.
La respiration de 1 oiseau dans Tœuf se fait par une membrane très riche en vaisseaux , qui prennent leur origine, comme ceux du placenta, dans les mammifères.
Aussi regarde-t-on aujourd'hui Toxygénation du sang du fœtus comme une des fonctions principales du placenta, laquelle s'exerce parla communication que cet organe établit entre le foetus et la mère : des observations de conception extra-utérines ont montré que cette communication peut s'établir ailleurs que dans le matrice; et des fœtus dont le placenta n avoit pu .s attacher qu'aux intestins ou au mésentère n'ont pas laissé de grossir.
' Dissertation sur la nutritioo du fœtus; Paris, an 7, in-S*. * Bulletin «les Sciences , vendém. an 11. •
Les végétaux nofFroient pas tant d'objets de recherches. Leurs fonctions particulières se réduisent aux sécrétions et à la génération, qui sont soumises aux mêmes difficultés générales que dans les animaux.
La fécondation de leurs graines et leur germination pouvoient principalement prêter à des décou. vertes. Dans les végétaux ordinaires, le mode de la fécondation est depuis long -temps démontré* Tout le monde reconnoit que le pollen des étamines en est lorgane, ainsi que la prouvé autrefois Vaillant, et comme la confirmé Kœlbreuter en produisant des mulets végétaux. Mais les plantes appelées cryptogames ont leurs fleurs et leurs graines si petites et si cachées que Ion n est point encore du même avis sur leur compte. Lopinion dominante aujourd'hui pour les mousses est celle de Hedwig', qui prend pour les organes mâles certains filets creux presque imperceptibles , placés tantôt autour du pédicule de lurne, tantôt dans des rosettes de feuilles séparées, et qui regarde lurne elle-même comme la capsule des graines. M. de Beauvois' au contraire croit que la poussière
' Fundamentum historiœ naturalis mu$corum frondosorum ; Lipsiœ, 17S3, 10-4**; ^ Theoria generationis et fmcHficationis plantamm eryptogamicarum ; Pétersbom^ 1784, in-4", «^ L«ipsick, 1798.
' Prodrome d*-fithëogamie ; Paris, i8o5, 3 cah. in-12.
verte qui remplit lurne est le pollen mâle, et que la graine est dans une capsule plus intérieure, que les botanistes nomment columelle. Il y a des discussions analogues sur la fécondation des algues et des champignons : cependant on croit assez généralement que la poussière qui tombe de ces derniers est leur graine. M. DecandoUe ' a remarqué que ce qu on appeloit graine dans les fucus n'est que leur capsule, et contient la véritable graine, beaucoup plus petite. M. Stackhouse Va feit germer.
r^es conditions et les phénomènes généraux de la germination ont été étudiés par MM. de Humboldt, Huber^, etSennebier. Il faut aux graines, à peu d'exceptions près, de loxygène, pour quelles germent; et sa fonction paroît être, d après M. Théodore de Saussure, de leur, enlever leur carbone surabondant. M. de Humrboldt, en particulier, a remarqué que le gaz acide muriatique oxygéné accélère singulièrement la germination , et que tous les oxydes où loxygène adhère peu lui sont plus ou moins favorables.
Un des points particuliers les plus embarrassants de l économie des végétaux consiste dans certains
' Mémoire préseuté à l'Institut.
^ Mémoires sar l'inflaencc de l'air et de diverses substandes gazeuses daù» la germination des différentes graines ; Genève, iBoi, r volume
mouvements, en apparence spontanés, qu'ils manifestent dans diverses circonstances, et qui ressemblent quelquefois si fort à ceux des animaux , qu*iis pourroient faire £fttribuer aux plantes une sorte de sentiment et de volonté, sur- tout par ceux qui veulent encore voir quelque chose de semblable dans les mouvements intérieurs des viscères animaux.
Ainsi les cimes des arbres cherchent toujours la direction verticale , à moins qu elles ne se courbent vers la lumière; leurs racines tendent vers la bonne terre et Thumidité^ et se détournent pour les trouver, sans qu'aucune influence des causes extérieures puisse expliquer ces directions, si l'on n'admet pas une disposition interne pix)pre à en être affectée , et différente de la simple inertie des corps bruts.
On sait depuis long-temps comment les feuilles de la sensitive se replient sur elles-mêmes quand'on les touche. On sait aussi qu'une infinité de plantes fléchissent diversement leurs feuilles ou leurs pétales , selon l'intensité de la lumière : c'est ce que Linnaeus , dans son langage figuré , a nonimé le sommeil des plantes, M. DecandoUe a fait sur ce sujet des expériences fort curieuses , qui lui ont montré dans les plantes une sorte d'habitude que la lumière artificielle neparvient à surmonter qu'au bout d'un
certain lemps. Ainsi, pendant les premiers jours , des plantes enfermées dans une cave, et éclairées continuellement par des lampes , ne laissoient pas de se fermer quand la nuit venoit , et de s'ouvrir le matin '.
Il y a d autres sortes d'habitudes que les pflantes peuvent prendre ou perdre. Les fleurs qui se fermentàThumiditéfinissentparresterouvertes quand rhumidité dure trop long-temps. M. Desfontaines ayant mené une sensitive dans une voiture , les cahots la firent d abord se replier ; elle finit par s etendre comme en plein repos : c'est qu'encore ici la lumière, l'humidité, etc., n'agissent qu'en vertu d'une disposition intérieure particulière qui peut se perdre , s'altérer, par l'exercice même de cette action , et que la force vitale des plantes est sujette à des fatigues, à des épuisements, comme celle des animaux.
Vhedysarum gyrans est une plante bien singulière par les mouvements qu'elle donne jour et nuit à ses feuilles , sans avoir besoin d'aucune provocation. S'il y a dans le régne végétal quelque phéfloméne propre à faire illusion et à rappeler l'idée des mouvements volontaires des animaux , c'est bien celui-là. MM. Broussonet , Silvestre , Gels, et Halle,
* Mémoires des savants étrangers présentés à l'Institut, tome I, page 339.
1 ODt décrit en détail , et ont montré que son activité ne dépend que du bon état de la plante.
G est en général dans les organes de la fructification que les plantes montrent le plus de ces mouvements extérieurs. MM. Desfontaines et Descemets y ont donné beaucoup d'attention. Les étamines de plusieurs fleurs, entre autres celles des épiiieviuettes, paroissent avoir des inflexions spontanées , ou en prendre quand on les touche, même légèrement ; mais il faut bien distinguer ces mouvements de ceux qui ne dépendent que d'un ressort mis en liberté, comme sont ceux des capsules de la balsa* mine et des étamines des orties et des pariétaires. Nous ne parlerons pas ici des oscillatoires, parceque leur nature est encore douteuse. Âdanson en a bien fait des plantes ; mais M. Vaucher les considère comme des animaux.
Cependant ce seroit aller trop loin que de regarder même les mouvements de la sensitive comme tout4-fait comparables à ceux que l'irritabilité produit dans les animaux; non seulement il n est point démontré qu'ils tiennent à une cause parfaitement identique , mais il Test même qu'ils ne s'exercent pas dans des organes semblables. En effet tout mouvement musculaire est une contraction ; et M. Link a fait voir que les flexions diverses que prennent les parties des plantes dépendent autant des fibres qui
S alongent que de celles qui se raccourcissent lors de la flexion , et qu en coupant celles-ci le mouvement ne laisse pas d avoir lieu.
Ces contractions végétales nen sont pas moins encore un des faits généraux et non expliqués que Ion peut admettre parmi ce qu'on appelle les forces vitales; et comme la contraction musculaire entre pour beaucoupdans les mouvements intérieurs qui entretiennent la vie des animaux , il est très probable, ainsi que nous lavons dit, que cette autre sorte de contraction observée dans quelques parties extérieures des plantes s'exerce aussi à Fintérieur, et contribue au mouvement de la sève et à l'entretien de la vie végétale. Comme enfin, dans les animaux, le bon état des fonctions influe à son tour sur la force qui les entretient, de même, dans les végétaux, la chaleur, la nourriture, augmentent au diminuent ces contractions apparentes aussi bien que celles qui le sont moins. En un mot la vie végétale, comme la vie animale, est un cercle continuel d action et de réaction; tout y est à- lafois actif et passif, et la moindre partie jouit d une portion d'influence sur la marche générale de l'ensemble.
HISTOIR-E NATURELLE PARTICULIÈRE. 249
Histoire naturelle particulière des corps vivants.
Une fois que 1 on s est fait ainsi des idées nettes sur les forces attachées à chaque ordre d éléments organiques, et sur les fonctions propres à chaque organe , on peut en quelque là(;on calculer la nature de chaque espèce d être organisé, d après le nombre des organes qui entrent dans sa composition, d'après Tétendue, la figure, la connexion , et la direction de chacun d eux et de ses diverses par^ ties.
Cette étude de l'organisation d un être vivant , et des conséquences particulières qui en résultentdans son genre de vie, dans les phénomènes qu il manifeste , et dans ses rapports avec le reste de la nature , est ce que l'on nomme l'histoire naturelle de cet être.
Toute recherche de ce genre suppose que l'on a les moyens de distinguer nettement de tout autre letre dont on s'occupe. Cette distinction est la-pre* mière base de toute l'histoire naturelle : les vues les plus nouvelles, les phénomènes les plus curieux, perdent tout intérêt quand ils sont destitués de cet appui ; et c'est pour avoir négligé ce genre de pré- ^ caution que les ouvrages des anciens naturalistes conservent aujourd'hui si peu d'utilité. Ainsi les
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savants qui soccupent de cette partie de Thistoirc naturelle à laquelle on a donné le nom de nomenclature raénieni toute sorte de reconnoisance. Leur travail exige non seulement une patience et une sagacité peu communes, quand il s'agit de décrire les objets et d'en saisir les caractères distinctifs; il leur faut encore une érudition vaste et une critique profonde, pour démêler dans les écrits qui les ont précédés ce qui appartient aux espèces diverses , pour ne point confondre celles-ci, ou ne point les séparer mal-à-propos; et, s'ils ne faisoient un emploi ingénieux de mille moyens délicats, ils augmenteroient l'obscurité que leur art a j>our but de dissiper.
Linnseus a porté dans cette branche de la science un véritable génie, et lui a donné une impulsion extraordinaire; il est le premier qui ait étendu la nomenclature méthodique à tout l'ensemble des êtres naturels; tous ceux qu'il connoissoit bien ont été nommés, caractérisés, et classés par lui de la manière la plus précise et la plus claire ; il a déduit de la nature de la chose les régies qui doivent diriger dans ce genre de travail ; et chacun de ceux qui s'en occupent se considère comme l'un des continuateurs de l'immense édifice dont Linnseus avoit posé les bases.
Nous voulons parler de ce grand catalogue des