‹ Histoire des progres des sciences naturelles depuis 1789 jusqu'a 1831Chapitre 3 sur 6 · Pollen solide · texte numérisé non relu

Pollen solide

* A. Masses composées de deux massettes.

a. Loges de l'anthère simples.

Calypso. Liparis. Malaxis.

b. Loges de l'anthère bilocellées.

Corallorhiza.

Il donne ensuite au caractère de chaque section tout le développement dont il est susceptible.

Il termine son travail par Tindication des espèces de chaque genre.

Une planche, où les principales modifications de la structure des organes sexuels sont figurées avec exactitude, en rend Tintelligence plus facile et plus claire.

Quoique le mémoire de M. Richard ait principalement pour but declairer les orchidées d'Europe, les botanistes y trouveront des principes généraux appUcables à celles de toutes les parties du monde.

Il y a lieu d*espérer que ce travail, résultat de nombreuses et difficiles recherches , les excitera à coopérer au perfectionnement de cette famille intéressante par des descriptions plus complètes et plus exactes qu'elles ne Font été jusqu a ce jour.

Il n'est presque aucune des subdivisions de nos analyses que nous ne puissions enrichir des observations que M. de Humboldt a recueillies dans son grand voyage, et qu'il a toujours l'attention de communiquer à l'Académie à mesure qu'il les rédige. Ses observations astronomiques, son nivellement barométrique des Gordilières, sa géographie des plante^, son tableau des régions équinoxialcs,

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Ses recherches sur les monuments des peuples indigènes de rAmérique, et une partie de ses observations de zoologie et de la relation historique de son voyage , ont été annoncés dans leur temps par nous ou par notre collègue, et sont maintenant livrés au public ; mais parmi toutes ces belles acquisitions, celles qui se distinguent peut-être le plus par leur nombre et par leur magnificence sont celles qui se rapportent à la connpissance spécifique et systématique des plantes.

Le choix de plantes équinoxiales , les monographies des rhexias et des mélastomes, en nous faisant connoitre tout leclat dont la nature a embelli la végétation des pays chauds , nous font admirer le zèle et la sagacité des deux voyageurs qui en ont recueilli les productions, et le talent des artistes qu'ils oùt chargés de les représenter.

Mais Tun des naturalistes, M. Bonpland, est retourné dans le pays qui lui a procuré de si riches récpltes. 11 veut y en faire de nouvelles, et enrichir encore une fois nos jardins et nos musées ; et pour accélérer la publication du nombre immense d espèces qui restoient à faire connoitre, M. de Humboldt a dû chercher un autre collaborateur. M. Kunth, professeur de botanique à luniversité de Berlin , s*est charge de décrire les genres et les espèces nouvelles ou peu connues rapportées par

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MM. de Humboldt et Bonpland. Le nombre en sera de quatre mille, dont trois mille au moins sont entiërement nouvelles pour les botanistes. Elles occuperont cinq ou six volumes in-folio, dont le premier, qui renferme les monocotylédones au nombre de huit cents, est déjà publié, et dont le deuxième sera bientôt terminé. On imprimera en même temps le quatrième qui sera entièrement consacré à la £imille des composées.

M. Runth, en décrivant un si grand nombre d'espèces, a été conduit à envisager les familles des plantes d après des vues générales. Il les a soumises à une nouvelle révision, et a établi des sections nouvelles et des nouveaux genres en grand nombre, revu et rectifié les caractères des genres anciens.

A la fin de cliaque section M. de Humboldt fait connoitre dans des notes spéciales la variété des formes qui abondent le plus sous chaque latitude, et l'influence de la lumière, de la chaleur, et de rhumidité, sur la multiplication de chaque tribu de végétaux.

Le plus anciennement connu et le plus utile des palmiers, est sans contredit le dattier. Tune des principales richesses de la Barbarie et de l^Égypte , et qui se cultive aussi avec avantage dans plusieurs

contrées de TEurope méridionale. M. Delile, qui en a observé la culture avec soin pendant qu'il étoit attaché à l'expédition d'Egypte', Fa décrite avec détail dans un mémoire qu'il a présenté à l'Académie. Cet arbre vient de graines, de drageons, et même de bouture. L opération de la bouture, qui consiste à replanter le sommet après Tavoir séparé de son tronc , avoit déjà été mentionnée par Théophraste et par Pline ; et M. Delile a entendu des Arabes lui assurer qu'on la pratique encore. On sait que le dattier a les sexes séparés sur des individus différents; les drageons de chaque arbre produisent des individus du même sexe. Les habitants, pour tirer le plus de parti possible de leur terrain, ont soin de ne replanter que le petit nombre de mâles nécessaires pour la fécondation artificielle des femelles; et lorsque des causes quelconques empêchent que l'on ne place en temps convenable les régimes de ces dattiers mâles à portée de répandre leur poussière fécondante sur les fleurs femelles, les fruits ne mûrissent point et la récolte est perdue.

Une espèce de palmier beaucoup moins connue que le dattier est celle du nipa, qui croit spontanément dans l'Archipel des Indes le long des bords de la mer, et dont Rumphius et M. Thunberg ont donné des descriptions' incomplètes; on en mange les jeunes amandes confites. Son régime, coupé

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avant son développement, donne une liqueur douce qui, en fermentant, devient spiritueuse et agréable à boire. On fait avec ses feuilles des paniers, des nattes, et d autres menus ouvrages.

M. Houtou La Billardière en a observé et décrit avec soin la fructification, et rectifié sur plusieurs points les idées que'Fon s en faisoit. La fleur femelle a trois stigmates , et le jeune fruit trois ovules ; Fembryon est placé à la base de la graine ; ses chatons mâles à fleurs sessiies, ses anthères portées sur un seul filet, quoique non ramifié, se$ fleurs femelles dépourvues de calice, et ses fruits agglomérés, lui donnent des rapports sensibles avec les pandanus. Mais ses spathes, les calices à six divisions de ses fleurs mâles, ses feuilles pennées, le rapprochent encore davantage des vrais palmiers.

Les anciens parleut beaucoup d'un arbre de TÉgypte, auquel ils donnent le nom de persea, qui ressembloit à un poirier, mais dont les feuilles duroient toute Tannée, dont le fruit à noyau étoit très doux et très sain , et dont le bois dur et noir avoit une grande valeur. On trouve encore dans les auteurs arabes du moyen âge des descriptions d*un arbre qu'ils appellent leback, et qui offre tous les caractères attribués par les anciens à \e\xY persea; mais aujourd'hui cet arbre est devenu si rare, au moins dans la Basse -Egypte, que les botanistes ne

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1 ont pas reconnu avec certitude : lés uns , comme Lécluse, et Linnaeus d après lui, ont donné le nom de persea à une espèce de laurier ; opinion d autant moins admissible que ce laurier vient d'Amérique. D'autres, comme Schréber, ont cru le retrouver dans ]e sébestier {cordia mixa)^ dont le fruit visqueux est tout différent. M. Délite a été plus heureux ; ayant observé dans un jardin du Caire un individu de larbre appelé par lAnnadus ximenia œgyptiaca, il lui trouva la plupart des caractères du persea: une hauteur de dix-huit à vingt pieds, des branches épineuses, des feuilles ovales persistantes, longues d'un pouce à dix-huit lignes, traits qui ont pu donner lieu à la comparaison avec le poirier; un fruit de la forme d'une datte, doux lorsqu'il est mûr, contenant un noyau un peu ligneux, etc.

Parvenu dans la Haute-Egypte, M. Delile en rencontra deux autres, et il apprit, par les habitants des contrées supérieures, que l'espèce est commune en Nubie et en Abyssinie, et très estimée dans le Darfour ; cependant il n'a pu savoir si le cœur du bois est noir comme le disent les anciens de leur persea.

Cet arbre se nomme aujourd'hui en Nubie eglig. M. Delile lui trouve des différences assez marquées pour le séparer des autres ximenia, et il en fait un genre sous le nom de balanites.

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Parmi les végétaux d'où découle un suc d apparence laiteuse , Fun des plus remarquables est celui que les colons espagnols ont nommé ïizrbre de la vache, parceque son lait, loin d'avoir, comme celui des euphorbes et de la plupart des autres plantes laiteuses , des qualités acres et malfaisantes , fournit au contraire une boisson saine et agréable. M. de Humboldt a lu à TAcadéraie une description de cet arbre, et des expériences sur le suc qu'il fournit. Ce célèbre voyageur n'ayant pu le voir en fleur n'en détermine pas le genre ; mais d'après son fruit il parolt appartenir à la famille des sapotilliers : son port est élevé, ses feuilles longues de huit à dix pouces, alternes, coriaces, oblongues, pointues, marquées de nervures latérales et parallèles. Quan4 on y fait des incisions il en découle un lait gluant, d'une odeur de baume très agréable, dont les Nègi'es mangent beaucoup en y trempant du pain de maïs ou de manioc , et qui les engraisse sensiblement. A l'air il s'y forme à la surface des pellicules qui prennent, en se desséchant, quelque chose de l'élasticité du caoutchouc, et il se sépare un caillot qui s'aigrit avec le temps , et auquel le peuple donne le nom de fromage.

M. de Humboldt s'est livré , à ce sujet , à des considérations générales sur les différents laits végétaux dont les qualités malfaisantes dépendent de

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certains principes vénéneux qui s y trouvent assez abondants pour se manifester par leurs effets , tels que la morphine dans Topium; mais dans les familles même les plus délétères , il existe des espèces dont le suc nest pas malfaisant, telles que Yeuphorbia balsamifera des Canaries , Yasclepias laciifera de Ceylan.

MM. de Humboldt et Bonpland ont continué la publication de leur grand ouvrage de botanique, intitulé Nova gênera et species plantarum cequinoctialium\ Le troisième volume, qui sera achevé en quelques mçis, et le quatrième, qui est déjà imprimé , mais non encore publié , compléteront la série des plantes à corolle monopétale. Ces quatre volumes renferment plus de trois mille espèces nouvelles réparties en six cent vingt-trois genres, dont près de cent nouveaux. M. Kunth , correspondant de TAcadémie, auquel la p\iblication de cet ouvrage est confiée, a décrit, dans la famille des composées, près de six cent espèces rangées d'après une méthode qui lui est propre. Des notes ajoutées par M. de Humboldt offrent les hauteurs auxquelles croissent les plantes des Cordillères , et des coiisi-

^ « Novu gênera et species plantarum quas in peregrinatione ad « plagam œquinoctialem Orbis novi coUegerunt , descripserunt et « partîm adumbraverunt Am. Bonpland et Al. de Humboldt; ex sche- « dis autographis A. Bonplandii in ordinem digessit G. S. Runtb.

dérations sur les distributions des formes végétales sur le globe. Il reste encore deuii volumes à publier, consacrés aux familles des plantes à corolle polypétalc.

Mais comme le plan adopté pour les Nooa gênera et species ne permet pas de donner les figures de toutes les plantes rapportées par les voyageurs, M. Kunth a commencé de donner, dans un ou vi*age particulier, sous le titre des Mimoses et autt'es plantes du nouveau continent de la famille des légumineuses , le choix des espèces les plus belles. Les dessins, exécutés avec tout le luxe auquel se prête Ficonographie françoise , seront accompagnés d'un travail général sur les légumineuses. Les dessins appartenant au premier cahier de cette monographie ont été présentés à TAcadémie.

Pour assigner à chaque genre sa place dans Tordre naturel, M. Kunth a été obligé d'étudier particulièrement toutes les familles des plantes, d'examiner rimmense nombre de genres et d'espèces conservés dans les herbiers , et de compulser tous les différents auteurs qui ont traité les mêmes objets avant lui. C'est à la suite de ces recherches qu'il nous a donné, dans des mémoires particuliers, des observations générales sur les familles des graminées , des cypéracées , des pipéracées , des aroidées, et encore dernièrement la révision de la fa-

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mille des bignoniacées. Ces travaux ont pour objet, ou d'indiquer les groupes ou sous-divisions qu on peut établir dans ces familles , ou de circonscrire avec plus de précision les caractères deleurs genres.

En même temps , le savant auteur de la Mono^ graphie des jungefmannia, M. Hooker, continue à Londres la publication des plantes cryptogames que M. de Humboldt lui a confiée. Il a réuni ces plantes à celles qui ont été rapportées par M. Menzies. L'ouvrage de M. Hooker porte le titre de Musci exotici.

M. de Beauvois continue toujours avec la même persévérance la publication des plantes recueillies dans ses voyages ; et il a fait paroitre cette année la dix-septième livraison de sa Flore dOware et de fienitty dont nous avons déjà plusieurs fois entretenu nos lecteurs.

Une des plus belles entreprises de Thistoire naturelle philosophique dans ces derniers temps a été celle de faire voir qu'un grand nombre d'organisations en apparence très différentes se laissent ramener cependant à un plan commun , et se composent de parties de même nature, variant par les proportions seulement.

M. Turpin vient de faire en ce genre un heureux

essai dans son mémoire sur Tinflorescence des graminées et des cypéracées , mémoire où il étend ses vues au régne végétal presque entier. Les bouquets si variés dont la nature couronne les végétaux, ces épis, ces chatons, ces grappes, ces ombelles, les fleurs composées elles-mêmes, ne sont, selon M. Turpin, que des dispositions semblables , dont l'apparente diversité ne tient qu au plus ou moins de prolongement de la tige commune et des pédicules particuliers de chaque fleur. En réalité toutes les fleurs sont solitaires, et presque toutes sont axilliaires ; ce qui veut dire qu'elles sortent des aisselles des feuilles, ou de parties analogues aux feuilles, quelque nom qu'elles portent d'ailleurs dans la langue de la botanique.

L'auteur, pour appliquer sa théorie aux graminées , considère leur fleur comme une fleur nue , c'est-à-dire sans corolle et sans calice, et composée seulement du pistil et des étamines. Cette écaille qui l'enveloppe à l'extérieur, et que les botanistes , qui la nomment valve extérieure de la balle , regardent comme une pièce de la corolle, n'est pour M. Turpin qu'une bradée. Il nomme spaihelle l'autre pièce plus mince qui est du côté de la tige, et qui s'ouvre au moment de la floraison pour laisser paroître les fleurs proprement dites; mais ces bractées et ces spathelles ne sont jamais que des feuilles. Le mé-

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moire de M. Turpîn contient dailleurs beaucoup d'observations intéressantes sur les parties intérieure!^ de la fleur, et notamment sur des bourrelets ou parties analogues qui entourent la base du pistil, sur les cotylédons, qu'il dit être au nombre de deux dans certaines graminées , telles que le froment ou l'avoine, et principalement sur la disposition des bourgeons , qui , selon lui , ont toujours dans les monocotylédons leur première écaille adossée à la tige , tandis que dans les dicotylédons elle est ou latérale, ou , ce qui est plus rare , opposée à la tige et adossée à la feuille dans laisselle de laquelle nattle bourgeon.

M. Loiseleur des Lonchamps, médecin de Paris, a présenté à l'Académie un traité botanique des plantes usuelles , à la suite duquel se trouvent plusieurs mémoires sur les plantes de notre pays qui pourroient être substituées aux végétaux étrangers pour l'usage de la médecine.

D'après ses expériences on pourroit substituer à l'ipécacuanha diverses espèces de tithymales, le cabaret ou azarum europeum, la dentelaire ou pliimbagOy etc. Il donne la préférence aux titbymales. Le séné pourroit être remplacé par le globularia aly^ pum, qui croît en Provence, par Yanagyrisfœtida, par le cameleacneorum, et même par les rameaux et

les feuilles de (\ue\(\ues daphnés, réputés jusqu^à présent caustiques et hydragogues , mais que M. Loiseleur prouve n'être que drastiques. Au jalap il substitue assez naturellement d autres espèces de liserons, et sur-tout le convolvulus soldanella, qui habite les bords de la mer, la racine de concombre sauvage( momorrfica elaterium), et même les pétales de quelques rosiers , dont Faction est cependant plus foible. Quant à lopium , qui se tire aux Indes et dans le Levant d une variété du grand pavot à graines blanches et à capsules rondes, M. Loiseleur montre comment on pourroit l'extraire de notre pavot ordinaire des jardins à graines noires, qui en fourniroit abondamment. Il traite aussi de quelques autres narcotiques , tels que la siramoine et la laitue vireuse.

Les grands ouvrages de botanique entrepris par quelques uns de nos confrères se continuent avec ardeur. M. Palisot de Beauvois, qu'une mort prématurée vient d'enlever à la scienc , a voit conduit sa Flore ctOware et de Bénin jusqu'à la dix -neuvième livraison.

M. de Humboldt , aidé de M. Kunth , avance chaque année à grands pas dans son immense Histoire des plantes de t Amérique équinoxiale.

Le troisième volume de ses Nova gênera et species

plantarum œquinoctialium a été achevé ;. le quatrième, qui conipléte les deux tiers de Ibuvrage, est imprimé en entier : on y trouvera les descriptions de trois mille espèces , parmi lesquelles il en est un grand nombre qui appartiennent à des familles trop long-temps négligées par les botanistes voyageurs. Il a paru trois cahiers des Mimoses, ouvrage spécial, consacré à Tune des plus belles familles de plantes de la zone torride, et pour la représentation desquelles les auteurs ont cherché à employer les artistes les plus distingués dans ce genre de travail.

M. de Huinboldt a fait paroître.la première partie du second volume de la Relation historique de son voyage, avec un atlas où se trouvent les cartes des côtes de Caraccas, des landes de Venezuela et des rives de TOrénoque. L'auteur y traite de plusieurs objets relatifs à la zoologie, tels que la puissance électrique des gymnotes , la récolte des œufs de tortue, les mœurs du jaguar et du caïman , etc.

M* Kunth en particulier a présenté une révision de la famille des bignoniacées.

M. de Humboldt, qui avoit publié en 1816 un ouvrage particulier dont nous avons rendu compte sur la distribution proportionnelle des espèces de

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végétaux de difFérentés familles dans les difFéients climats, et sur les rapports de cette distribution avec la chaleur moyenne annuelle de chaque pays , ou ce que ce grand physicien a nommé les lignes isothermes, est revenu cette année sur le même sujet, riche d'une foule d'observations nouvelles, qui pour la plupart ont confirmé de la manière la plus frappante les régies qu'il avoit établies. Ces questions se lient intimement à toute l'histoire des hommes; labondance des graminées, celle des palmiers ou des conifères, ont influé sur letat social des peuples, sur leurs mœurs, et le développement plus ou moins rapide de leurs arts ; mais le nombre relatif des espèces de chaque &mille n'exprime pas l'importance réelle de la famille , de l'aspect qu elle donne à un pays , de Tinfluence qu'elle exerce sur les habitants. Souvent une espèce d'une famille peut occuper à elle seule plus de terrain que de nombreuses espèces d'une autre famille. Le détail de cette étude fait voir qu'il y a des genres et des familles qui appartiennent exclusivement à certaines zones ^ à des conditions spéciales de climat, mais qu'un plus grand nombre a des représentants dans toutes les zones ; la proportion n'est pas répartie de même pour les espèces; dans la zone glaciale et sur les hautes montagnes, la variété des formes génériques ne diminue pas au même degré que celle des

BCTFFON. GOMPLÉM. T. 111. 8

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espèces. Il y a d'ailleurs des différences qui tiennent aux communications des continents, et à leur population végétale primitive. Ainsi l'on croît déjà pouvoir distinguer dans la zone torride quatre systèmes de végétation ; savoir, ceux du nouveau continent, de TAfrique occidentale, de llnde, et de la Nouvelle-Hollande. Malgré toutes ces complications, M. de Humboldt ne pense pas que l'on doive renoncer à une étude aussi importante , pas plus que Ton n'a renoncé à dessiner des cartes, lorsque l'on s'est aperçu des sinuosités infinies des rivières et des côtes. Il a même dressé une table de ses observations , qui offre les résultats les plus intéressants ; Ion y voit dans quelle proportion , chaque famille de plante, dans chaque zone et dans chaque continent, se trouve avec la masse entière des plantes phanérogames ou à fructification connue, et si cette proportion diminue en allant vers le nord ou vers le midi.

Ces faits donnés par la géographie des végétaux se lient en quelque sorte à toutes les branches de la physique du globe.

Ainsi un habile ingénieur anglois,-M. Webb, ayant mesuré trigonométriquement les plus hauts pics de cette grande chaîne de l'Himalaya qui borne l'Inde au norj^, en avoit trouvé qui s'élèvent audessus de tout ce que Ton connbissoit de plus élevé

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sur la terre. Il en est un par exemple de 7820 mètres de hauteur qui surpasse autant le Chimborasso que le Mont-Blanc surpasse le Mont-Perdu; mais on attaqua la justesse de ces mesures, principalement parceque au revers septentrional de la chaîne la neige perpétuelle ne descend pas aussi bas qu'on devroit le croire d après la latitude, et parcequ'il y croît des plantes qui ne viendroient nulle part ailleurs à cette hauteur; et Ion avoit soupçonné que la réfraction avoit été pour quelque chose dans l'erreur dont on accusoit ces évaluations.

M. de Humboldt a présenté à l'Académie des calculs qui prouvent que pour rabaisser ces montagnes seulement au niveau du Chimborasso il faudroit supposer que le coefficient de la réfraction est de 0,3 au lieu de 0,08 , quantité qui n'est pas admissible dans une zone aussi méridionale.

II est bien vrai que dans les passages et au revers de l'Himalaya qui regarde les plateaux de la Tartarie la neige fond en été à la hauteur de cinq mille soixante -dix -sept mètres, hauteur où sous lequateur même elle est certainement éternelle. M. Webb n'en a pas trouvé à trois cents pieds encore plus haut, quoiqu'il fit cette observation au 3i° de latitude nord. A cette même latitude, au nord de la crête de ITIimâlaya , on trouve dea j^âturages, du froment, une belle végétation à quatre mille cinq

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membrane et à ses sillons , il n'eut pas de peine à voir que c etoit une portion analogue au stigmate rayonné du vrai pistil.

Ces filaments se réunissoient à la base, mais en se groupant en plus ou moins grand nombre. C'est ce qui étoit plus facile à apercevoir en écartant le rang supérieur de l'ovaire qu'ils entouroient ; ainsi ils formoient une sorte de monadelphie tendante vers la polyadelphie.

L'auteur avoit déjà observé une monstruosité semblable dans la joubarbe : on peut les regarder comme une interversion de l'ordre dans lequel se font d'ordinaire ces sortes de métamorphoses.

Mais M. du Petit-Thouars , liant ces phénomènes à d'autres, espère arriver à prouver sous peu de temps ,

I** Que la fleur n'est que la transformation d'une feuille et du bourgeon qui en dépend ;

1^ Que la feuille donne les étamines , et en outre le calice, la corolle , quand il y en a ;

3** Que le bourgeon devient le pistil , ensuite le fruit et la graine ;

4*^ Que le pistil étant la concentration d'une ou de plusieurs feuilles, il doit donner naissance à une réunion successive de bourgeons dont les feuilles deviennent les ovules destinés à recevoir l'embryon.

Mais à ces propositions , qui se déduisent en efFet assez naturellement de la transformation dont nous venons de parler, il en ajoute d autres qui ne paroissent pas y tenir d aussi près ; savoir ,

Que lembryon est formé par la réunion de deux molécules détachées , lune ligneuse , l'autre parenchymateuse , dont il paroit probable que lune est fournie par letamine, lautre par le pistil;

Que dès qu'une fois l'embryon est perceptible aux seqs il est détaché, ne présentant jamais d'apparence de cordon ombilical; ainsi' il ne croit que par intussusception ;

Enfin que , dans ce cas , lembryon est renversé , les cotylédons faisant la fonction des racines , et la radicule celle de tige ou de partie aérienne.

M. Dutrocbet a adressé, pour le concours de physiologie expérimentale fondé par M. de Montjon , un ouvrage de première importance sur l'accroissement et la reproduction des végétaux.

Tout en convenant avec M. de Mirbel que les fibres ligneuses ne sont qu'un tissu cellulaire différemment modifié, il pense néanmoins qu'on doit les considérer compie des organes particuliers destinés à conduire la sève. Il regarde le parenchyme de l'écorce et la moelle de la tige comme des substances analogues disposées en sens inverse. Il donne à Tune le nom de médule corticale, et à lautre celui

c(iii sont les rayons médullaires corticaux. Une ligne du même tissu cellulaire se montre au milieu de chaque feston. Bientôt après un nouveau feston ou faisceau de fibres apparoit dans le milieu de cette ligne de tissu cellulaire qui occupe le centre du premier feston. Le nouveau feston se développe et divise par le sommet celui dans lequel il est né. Alors les deux fragments latéraux du feston divisé forment encore chacun un feston nouveau par la naissance, dans leur milieu, d^une ligne nouvelle de tissu cellulaire. Il résulte de là qu'un feston simple primitivement se trouve en faire trois, ce qui augmente dans la même proportion le nombre des rayons médullaires corticaux. Cette observation nouvelle et intéressante offre deux faits très remarquables : le premier est la tendance des fibres longitudinales à développer dans leur milieu de nouveaux rayons médullaires; le deuxième est la tendance qu'ont les rayons médullaires à développer aussi dans leur milieu des faisceaux de fibres longitudinales. C'est ce que M. Dutrochet appelle production médiane.

L'auteur traite ensuite de l'accroissement en largeur du système central. Il choisit pour objet d'étude une jeune pousse du clematis vitalba dont la coupe est une aire à six angles saillants et à six rentrants j les angles saillants sont formés par des

faisceaux de fibres lon{][itudinales, et la coupe transversale offre des festons analogues à ceux du système cortical de Vechium vulgare. Les faisceaux saillants du c/emaf ts appartiennent au système central; ils sont séparés les uns des autres par des rayons médullaires centraux, et ces rayons, ainsi que les faisceaux de fibres interposés entre eux , se multiplient comme ceux du système cortical de la racine de Yechium vulgare; d'où il résulte que le système cortical et le système central ont le même mode d accroissement en largeur.

L accroissement des deux systèmes en épaisseur s'opère par la formation de couches successives. L'opinion de la transformation du liber en bois a long- temps prévalu; d'autres systèmes ont encore été proposés sur la formation des coucbes ligneuses; mais aucun d'eux, suivant M. Dutrochet, n'est admissible ; la couche de liber et celle d'aubier n'ont aucune liaison organique entre elles, elles ne sont que juxta-posées; la nouvelle couche de liber est une extension du liber ancien, et la nouvelle couche d'aubier est une extension de l'ancien aubier.

La couche de liber et d'aubier de nouvelle formation est séparée de l'ancienne par une couche mince de tissu cellulaire; c'est ce qu'on peut observer facilement sur la coupe transversale d'une tige du rhus typhinum; on y voit distinctement les cou-

ches ligneuses séparées par des couches d un tissu cellulaire roussâtre, parfaitement semblable à celui de la moelle centrale, et les vaisseaux qu'on observe dans les couches de ce tissu sont analogues à ceux de 1 étui médullaire.

M. Dutrochet confirme encore les mêmes faits par des observations qui lui sont propres. Il a remarqué que la moelle des bourgeons du sommet des branches et de ceux qui naissent dans les aisselles des feuilles correspond toujours à la moelle centrale et à son étui , et que la moelle des bourgeons adventifs correspond à la couche médullaire placée au-dessous de la couche extérieure d'aubier, et il a vu de même que les vaisseaux de 1 étui médullaire de ces bourgeons adventifs tirent leur origine de la même couche médullaire. Ces observations prouvent évidemment que les couches ligneuses sont séparées les unes des autres par des couches de moelle accompagnées chacune d'un étui médullaire.

Cest par cette régénération de la moelle et de son étui que la végétation commence au printemps; la couche d aubier vient ensuite , et recouvre en dehors cette couche médullaire que Ton n aperçoit pas dans un grand nombre de végétaux à cause de son peu d'épaisseur, mais que Ion distingue facilement sur la coupe transversale des tiges du rhustypliinum.

Ainsi ce n'est point, suivant M. Dutrochet, une simple couche d^aubier qui se forme chaque année, il y a une reproduction complète de la moelle, de son étui, et des fibres ligneuses. C'est un système central tout entier qui enveloppe l'ancien. Le même phénomène a lieu dans le système cortical: ce ne sont point de simples couches intérieures d'écorce qui se forment annuellement; chacune de ces couches est un système cortical complet , composé extérieurement d'une couche de parenchyme ou médule corticale , et intérieurement d'une couche de fibres.

L'auteur compare ensuite l'accroissement en épaisseur avec l'accroissement en largeur, en rappelant que ce dernier s'opère par des productions médianes, que des faisceaux de fibres naissent dans le milieu du tissu cellulaire, et qu'il naît aussi du tissu cellulaire dans le milieu des faisceaux de fibres; il pense que les couches concentriques se forment

suivant les mêmes lois. Il voit les deux couches nou-

velles de fibres naître entre les deux couches de. médulé, l'une centrale, l'autre corticale, par la production desquelles commence la végétation au printemps; il voit réciproquement les deux nouvelles couches de fibres corticales et centrales juxtaposées donner naissance à de nouvelles couches médullaires; ce qui se rattache au phénomène gé-

la racine naissante dont la fibre coudée doit former le système central. Cette fibre , d abord séparée de la poche corticale , s'en approche , applique le sommet de sa courbure contre la surface concave de cette poche 5 et s'en fait une enveloppe en forme de coiftë ; puis la racine naissante se produit au dehors , en. ] déchirant lecorce de la tige au-dessous de laquelle | s'est formée celle qui l'enveloppe.

Il résulte dé cettte observation, i® que le système cortical et le système central de la racine sont primitivement isolés, mais que Tun et l'autre existent avant de former un tout organique par leur assemblage ; 2^ que le système central pénétre dans le système cortical; 3° que le système cortical de la racine se forme au-dessous de Fécorce de la tige d où elle prend naissance, et qu'elle perce cette écorce pour se produire au dehors.

Le sparganiumerecturny ainsi que plusieurs autres plantes , a deux sortes de tiges , les unes aériennes, les autres souterraines; les bourgeons qui produisent les dernières naissent dans les aisselles des feuilles qui enveloppent la base de la tige aérienne; ils se présentent dabord à la surface de Fécorce sous la forme d une petite calotte hémisphérique composée de couches superposées. C'est le système cortical du bourgeon naissant. Une saillie du système central de la tige s'approche peu à peu de

cette calotte corticale, s^introduit dans son intérieur, et s'en enveloppe ; la calotte s alonge et ses couches deviennent de petits cônes creux emboîtés les uns dans les autres. L auteur leur donne le nom de plléoles. I^e bourgeon , en se développant en longueur, déchire la piléole terminale qui devient une feuille engainante ; la seconde se déchire ensuite , puis la troisième ; elles deviennent des feuilles comme la première , et leurs scissures sont alternes. Ces observations prouvent que le système central et le système cortical des tiges et des racines sont primitivement isolés , que le système central pénétre dans le système cortical, que celui de la tige prend son écorce à la surface extérieure de la tige qui lui donne naissance, et que la racine au contraire la prend à la surface intérieure de Técorce; qu ainsi les tiges et les racines opposées par leur direction , le sont aussi par le mode de leur origine. Celles du tjpha latifolia , observées de la même manière et dans les mêmes circonstances, ont offert les mêmes résultats.

Lauteur observe que la pointe des bourgeons est composée de couches qui sont les rudiments des feuilles.

Il termine cette partie par un coup d'œil général sur Félongation des tiges et des racines.

L'élongation des tiges et des racines se fait par

BUPFON. COMPLBM. T. PI.

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un développement successif des fibres qui sortent du centre d'un bourgeon, en sorte que les plus nouvelles sont plus voisines du centre de la tige que les plus anciennes ; ainsi la production centrale n'appartient point uniquement aux monocotylédons, mais les dicotylédons forment des couches qui sont indépendantes de Télongation.

Les pétioles des feuilles reçoivent de letui médullaire des vaisseaux qui pénétrent dans leur tissu; ainsi les feuilles communiquent dans lorigine avec le centre du végétal, par où arrive la sève ascendante, d après l'observation de Coulomb. La formation de la première couche d'aubier donne en outre à ces feuilles une nouvelle communication vasculaire; et, comme cette première couche d'aubier est continue avec la couche d aubier là plus intérieure du végétal, il en résulte que la feuille a également des communications vasculaires avec la couche de nouvelle formation par laquelle s opère la descente de la sève; ainsi la feuille a des vaisseaux adducteurs issus de l'étui médullaire qui conduisent la sève ascendante, et des vaisseaux réducteurs continus avec la couche d'aubier qui conduisent la sève descendante.

Les observations de l'auteur sur l'origine des tiges et des racines lui ont appris ((ue leurs extrémités sont terminées par des fibres coudées , et c est

ET PHYSIOLOGIÇ VÉGÉTALE. 1 !H I

par le développement médian de ces fibres dans Veudroit où elles sont coudées qu elles s alongent ; mais il y a aussi une élongation dans toutes les parties des tiges naissantes jusqu a ce quelles soient devenues ligneuses.

M. iDutrochet s'est proposé aussi de découvrir rorigine et la nature de lembryon de la graine, de connoitre ses enveloppes et les autres organes qui raccompagnent. Dans cette vue il a examiné avec beaucoup de soin les ovules de plusieurs espèces de végétaux depuis le moment où Ton commencée les apercevoir jusqu a leur maturité. Les ovules qu'il a étudiés sont ceux du phaseolus communis, du pisiim sativum, du fagus castanea, y du galium aparine, du spinacia oleracea, du mirabilis jalappa y du ladtyrus latifoliuSy et du nympliœa luiea.

Il seroit trop long de rapporter ici tou tes les observations de Fauteur, et difficile de les &ire entendre sans le secours des figures. Nous sommes obligés de renvoyer au mémoire et aux dessins des divers organes que M. Dutrochet a observés et décrits avec beaucoup de soins et de détails.

Cet ouvrage offre une théorie nouvelle de l'organisation végétale fondée sur des observations dont plusieurs ont été vérifiées par les juges du concours; et il a paru digne du prix pour lequel il avoit concouru.

Nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de leur en avoir donné dès à présent une idée un j>eu complète.

M. du Petît-Thouars a soumis à TAcadémie un f;rand travail sur les orchidées, famille non moins célèbre en botanique par la beauté des plantes qu'elle renferme que par les singularités de la structure de ses fleurs. Ce travail commencé dans rinde , et avant que Fauteur pût prévoir tout ce que letude des orchidées devoit faire de progrès par les travaux de MM. Swartz et Robert Brown, est déjà connu |>ar un tableau publié il y a quelques années^ ei qui oflre vingt-un f;enres et plus de quatre-vingts espèces; toutes ces plantes ont été observées, analvsées et décriles sur le frais. M. du Petit-Tbouars a mis sous les veux de l'Académie trente- six plaucbesdéja gravées^ et appartenantes au genre qu'il appelle wi^rchis.

Nous avons parlé, dans notre analyse de 1816, de la iàniille des hoopUiées , formée par M. de Cassini lie quelques plantes à Heurs composées, mais où les authèn^s nninies seulement jwr leur partie intt^rieuiv nont (>oint d ap}>endices dans le haut, et où la graine susjxMidue au sommet, à la voûte de la oaviiô de lovaiix^ «>outient un albumen épais et eh;unu.

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M. Robert Brown qui travailloit de son côté sur les mêmes plantes, leur donnoit le nom de calycérées, et M. Richard vient d'en faire l'objet dun grand travail, où il donne la description la plus détaillée des espèces qu il a pu observer avec une analyse très exacte de leur fructification. Cette femille placée entre les syuanthérées ou com)X>sé€M$, et les dipsacées, se rapproche davantage des premières; leur involucre est dune seule pièce; leur réceptacle garni de petites bractées; leur calice divisé en cinq lanières souvent inégales ; leur corolle régulière à très long tube; ses lanières ont chacune trois nervures. De petites glandes alternent entre les bases des étamines, le style est lisse et terminé par un stigmate renflé et simple. Après que la fleur est tombée les lanières du calice se durcissent et se changent en épines ou en sorte de cornes. Ija semence, comme nous lavons dit, est renversée et contient dans son axe un embryon droit.

M. Jaume Saint-Hilaire a présenté une monographie des froments, c'est-à-dire une description particulière des espèces et des variétés de ce genre de graminées si important dans Thistoire de la civilisation. Il en porte le nombre à soixante. Le même botaniste a donné un nouveau travail sur

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les genres aspalathus, borbonia^ et liparia, qu^ilavoit déjà décrits en 1 8 1 3 ; mais un voyage qu'il a fait en Angleterre lui a procuré vingt- deux espèces nouvelles; il a d ailleurs rectifié quelques^ erreurs de synonymie d après l'herbier de Linnaeus qu*il a eu loccasion de consulter, et apporté diverses corrections aux caractères des deux derniers de ces genres.

M. Richard fils en a lu une des hydrocotytes ou ëcuellesdeau, genre dont il n'existe en France qu'une espèce, et dont on en connoit maintenant cinquanteneuf. Sur ce nombre, vingt-septont été découvertes par lauteur en visitant seulement les herbiers des botanistes de Paris.

M. Richard les divise en sept tribus, établit leurs caractères, et cherche à fixer plus exactement ceux qui distinguent ce genre des genres les plus voisins.

L'Académie a vu avec intérêt des figures de plantes exécutées par les procédés lithographiques de M. Guyot; il lui a paru que ces procédés peuvent, avec quelques légers perfectionnements, arriver au point de précision nécessaire à l'histoire naturelle, en même temps qu'ils offriront leurs secours à cette science à bien meilleur marché que la gravure en taille-douce.

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[.e quatrième volume des nouvelles plantes cquinoxiales de MM. de Humboldt, Bonpland, et Kunth, a été publié en entier dans le courant de cette année; avec lui se termine une des g;randes divisions du règne végétal , celle des dicotylédons à corolles monotopétales; les quatre volumes renferment les descriptions de trois mille espèces nouvelles , et les figures de quatre cent douze; les deux derniers volumes que MM. de Humboldt et Kunth espèrent mettre au jour dans le courant de 1821 contiendront encore plus de douze cents espèces des familles à corolles polypétales, et ces infatigables naturalistes ont donné en outre six Ëiscicules de leur magnifique ouvrage qui a pour objet spécial les mimoses et les genres voisins , et qui en représente les espèces par de si belles figures en couleur.

La Flore cCOwar et de Bénin, de feu notre confrère M. de Beauvois , s'est close à la vingtième livraison, qui termine le deuxième volume.

Dans un ouvrage intitulé Flore médicale des An-tilles, M. Descourtils, qui a long-temps exercé la médecine dans les lies , a cherché à faire connoitre les plantes usuelles qui s y trouvent , ainsi que les propriétés que 1 expérience a constatées pour chacune

d^elles dans le traitement des maladies, et à rattacher ces propriétés aux principes immédiats que l'analyse chimique y découvre. L'auteur décrit six cents plantes distribuées en vingt-cinq classes , d'après l'action thérapeutique qui leur est attribuée, et les représente par autant de figures coloriées. Il traite aussi de leur culture et des services qu'elles rendent aux arts et à l'économie rurale.

M. Delessert, associé libre, qui se plaît à faire servir une grande fortune aux progrès des sciences utiles , en même temps qu'il lemploie avec tant de zèle au soulagement de l'humanité souffrante, viept de publier un premier recueil de plantes rares choisies dans les herbiers les plus considérables de Paris, et sur-tout dans le sien.

Ce volume contient cent planches exactement gravées au trait d'après les dessins de Thabile artiste M. Turpin , avec des caractères extraits du Système des végétaux de M. Decandolle. Les espèces qui y sont représentées sont presque toutes du nombre de celles que ce savant botaniste a décrites pour la première fois; elles appartiennent aux familles naturelles des renonculacées, des dilléniacées, des magnoliacées, des anonacées, et des niénispermées , et plusieurs sont fort remarquables par leur beauté ou la singularité de leurs caractères. Les botanistes ne peuvent que désirer vive-

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ment la continuation d'un ouvrage aussi intéressant.

M. deHumboldt travaille sans relâche à compléter la publication de ses immenses Recherches sur HA-mériquc équinoxiale. Les Nova gênera et species, que M. Kunth rédige pour cette grande collection , sont arrivés au dix-neuvième et au vingtième cahiers , qui sont les premiers du cinquième volume; la série des plantes polypétales commence dans cette partie de Touvrage. M. Kunth , en suivant généralement Tordre établi par M. de Jussieu dans son Gênera, y traite successivement les araliacées, les omhellifères, les renonculacées , les anones, les crucifères, et les capparidées. Toutes ces familles ont éprouvé une augmentation très considérable par les espèces découvertes par MM. de Humboldt et Bonplaad.

F^es botanistes, qui s'occupent plus particulièrement de la distribution des formes végétales , y remarqueront avec intérêt que la chaiue des Andes offre un grand nombre d'ombellifères et de crucifères, quoique ces deux familles appartiennent presque exclusivement à la zone tempérée.

Les mimoses et autres légumineuses, qui forment dans le recueil général de M. de Humboldt une collection particulière, exécutée avec plus de magnificence , en sont à leur huitième livraison.

M. de Humboldt lui-même a fait imprimer dans

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le Dictionnaire des Sciences naturelles ses nouvelles recherches sur la distribution des formes végétales à lasurfacedu globe, d'après les climats et lesautres influences physiques dont nous avons déjà donné une analyse Tannée dernière , et qui rectifient beaucoup d'idées peu exactes que l'on s'étoit faites sur ce sujet compliqué.

M. Decandolle s'est aussi occupé de ce sujet dans un mémoire imprimé depuis dans le Dictionnaire des Sciences naturelles. Il y analyse particulièrement l'influence des éléments extérieurs sur les végétaux; les modifications qui résultent pour chaque espèce du besoin qu'elle a des diverses substances, et des moyens par lesquels elle peut échapper à leur action ; et l'effet de ces diverses combinaisons sur ce que les botanistes nomment les habitations des plantes et sur leurs stations , c'est-à-dire sur les pays où elles se propagent et sur les lieux déterminés qu'elles occupent dans chaque pays. Ainsi parmi les plantes de France , parmi les plantes d'une province de France, les unes cependant ne viennent que sur les hauteurs , les autres que dans les marais ou sur les bords de la mer, etc. L'étude des stations est en quelque sorte la topographie, et celle des habitations la géographie botanique ; et une partie de la confusion qui a régné dans cette branche de la science vient de ce qu'on n'a pas assez distingué ces

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deux sortes de rapports. L'espèce de guerre que se font les végétaux en se disputant l'espace , les circonstances qui , en favorisant la multiplication d'une espèce ,^ou en arrêtant celle des autres, donnent à la première l'empire exclusif d'une certaine localité, sont encore en cette matière d^importants objets d'étude auxquels M. DecandoUe a donné toute son attention. En quelques endroits ces circonstances sont tellement impérieuses qu'elles rendent sociales en apparence des plantes qui par-tout ailleurs vivent éparses.

' M. DecandoUe, dans ce mémoire , estime à cinquante-six mille le nombre des espèces végétales déjà observées ou rassemblées dans les collections des botanistes, et peut-être à cent vingt mille celles qui existent sur le globe ; ce qui laisse encore un vaste champ aux recherches, et indique en même temps 1 absolue nécessité de perfectionner les méthodes.

M. Coquebert deMontbret, associé libre, a contribué à donner de la précision à un point important de cette géographie végétale, par une carte de la France où il a porté avec exactitude , et d'après des renseignements officiels, les limites de quatre de nos principales cultures ; savoir, de la vigne , du maïs , de l'olivier, et de l'oranger. Les lignes fort irrégulières que ces cultures ne dépassent point

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sont (léterminées par des causes qui rcatrent toutes daus Tordre de celles que nous venons d'indiquer.

Plusieurs fois nous avons cherché à donner quelque idée de la manière dont M. du Petit- Thouars envisage la végétation. Ce savant botaniste a lui-même présenté à TAcadémie une sorte de résumé de sa doctrine , dont nous allons essayer de reproduire le tableau.

Le bourgeon, selon M. du Petit-Thouars , est le premier mobile de la végétation ; il en existe un à l'aisselle de toutes les feuilles : il se nourrit aux dépens des sucs contenus dans le parenchyme intérieur du végétal, et c'est là ce qui fait passer ce parenchyme à Tétat de moelle ; on le prouve en faisant voirque les changements dans la consistance de ce parenchyme correspondent à ceux qui arrivent au bourgeon. Dès que le bourgeon se manifeste il obéit à deux mouvements généraux, Tun ascendant ou aérien , lautre descendant ou terrestre: du premier résultent les embryons de feuilles , du second la formation de nouvelles fibres ligneuses et corticales ; et ce nouveau théorème se démontre de même par la coïncidence dans laccroissement des parties intérieures et extérieures du végétal j et c'est ainsi que M. du Petit-Thouars établit Tindépen-

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dancc de la formation du liber et de celle du bois.

11 ajoute que les nouvelles fibres se forment aux dépens du cambium , c est-à-dire de la sève produite par les fibres plus anciennes , et déposée entre le bois et lecorce. Ces fibres nouvelles apportent elles-mêmes la matière nécessaire à leur prolongement vers le bas , et c'est ce que Ton nomme la sève descendante. Ainsi se fait laccroissement des arbres eu épaisseur; et M. du Petit- Thouars assure qu'il est une époque de Tannée oui la plupart des arbres peuvent être dépouillés de toute leur écorce , et la reproduire en moînsdc quinze jours , sans qu'il soit nécessaire de leui appliquer aucun enduit. Ce sont aussi les fibres nouvelles qui sollicitent et qui apportent la matière de leur prolongement en hauteur, ou la sève montante. Deux substances résultent de cette sève : le ligneux formé de fibres qui , une fois complètes , ne varient plus; et le parenchymateux , composé d'abord d'un amas de petits grains qui se gonflent en utricules. Le parenchymateux peut s'étendre en tout sens, et est seul susceptible de prendre la couleur verte. Les parties ligneuses se forment ensemble depuis le sommet de l'arbre jusqu'à sa base. Lauteur a vu dans Thélianthe annuel ou grand soleil des fibres d'une sorte de liber se montrant à l'extérieur sous l'épiderme , se formant

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lair; mais aucune de ces causes ne les explique. M. Dutrocbet a placé des graines dans des trous percés au fond d'un vase rempli de terre humide et suspendu au plafond d'une chambre. Il sembloit qu elles dussent pousser la tige en bas ; il n en fut rien. Les racines descendoient dans lair, et les tiges se prolongeoient dans la terre humide jusqu a ce qu elles pussent percer sa surface supérieure.

C'est, selon M. Dutrocbet, par un principe intérieur que les végétaux se dirigent, et nullement parFattraction des corps vers lesquels ils se portent. Une graine de gui qu'on faisoit germer, attachée à la pointe d'une aiguille parfaitement mobile sur un pivot, et à proximité de laquelle on avoit mis une petite planche, dirigea bientôt ses racines vers la planche , et la leur fit atteindre en cinq jours , mais sans que laiguille sur laquelle elle étoit éprouvât le moindre mouvement.

Les torsions des feuilles et des autres parties des plantes vers la lumière se font aussi par un principe interne. Si on remplace leur pétiole par un cheveu, elles ne se tordent point sur le cheveu , mais leur partie supérieure se tord sur l'inférieure.

Des tiges dognon et de poireau, couchées dans l'obscurité avec leur bulbe , se redressent , bien que moins vite qu'à la lumière : elles se redressent même lorsqu'on les couche dans l'eau , ce qui prouve bien

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que ce nest ni lair ni Thumidité qui leur impriment cette direction.

Ce mémoire , rempli d'un grand nombre d autres expériences intéressantes sur ce sujet , avoit été présenté pour le prix de physiologie , et TAcadémie a dû regretter que ce prix fÙt restreint dès cette année à la physiologie animale : toutefois elle a arrêté qu il seroit fait du travail de M. Dutrochet une mention honorable à la séance publique.

Depuis long -temps les physiciens, recherchent quelle est la cause qui dirige toujours la racine des plantes vers la terre, et leur tige vers le ciel , dans quelque position que leur semence ait été placée ; et nous avons fait connoitre , dans notre analyse de Tannée dernière , des expériences très ingénieuses de M. Dutrochet, qui tendent à prouver que c'est une force intérieure qui leur imprime cette direction. Il vient d^en faire de nouvelles sur la direction de ces parties , quand la semence que Ton fait germer est en mouvement.

Si Ton fixe des graines en germination sur les rayons d'une roue que l'eau fait mouvoir continuellement , les deux caudex séminaux se dirigent dans le sens du rayon de la roue ; la plumule se porte vers le centre, et la radicule vers la circonférence.

BUPPON. COMKLÉM. T. III. lO

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Cette expérience , qui , comme on le sait , est due à M. Knight, a été répétée par M. Dutrochet, en employant un procédé particulier qui lui a donné le moyen d arriver à de nouveaux résultats. Il place des graines, avec une sufiBsante quantité deau, dans des ballons de verre , au centre desquels ces graines sont fixées par des fils métalliques. Ces ballons de verre sont ensuite attachés sur une roue qui est mue par un mouvement d'borlogerie avec une vitesse que Fobservateur peut régler à volonté. M. Dutrochet est parvenu par ce moyen aux résultats suivants.

liorsque les graines, dans leur mouvement de rotation , parcourent plus de trois métrés par minute, les deux caudex séminaux prennent toujours la direction du rayon ; la plumule se dirige vers le centre, et la radicule vers la circonférence. Lorsque les graines parcourent moins de trois métrés par minute, les deux caudex séminaux prennent toujours la direction de la tangente; la plumule se dirige en arrièrre, et la radicule en avant. Dans le premier cas les deux caudex séminaux affectent une direction perpendiculaire à celle du mouvement; dans le second cas la direction de ces mêmes caudex est parallèle à celle du mouvement.

Lorsqu'on fait tourner des graines sur ellesmêmes, et que Taxe de leur rotation est incliné.

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même fort légèrement par rapport à Thorizon , les deux caudex séminaux prennent la direction de cet ase ; la plumule se porte vers la plumule ascendante , et la radicule vers la partie déclive. Lorsque Taxe est parfaitement horizontal , les deux caudex séminaux prennent la direction de la tangfente au très petit cercle décrit par l'embryon.

M. Dutrochet ayant fait tourner sur lui-même un ballon de verre , au centre duquel des graines en germination étoient fixées , fit en sorte que ce ballon reoevoit en tournant de petits coups de marteau sur un point toujours le même de la périphérie. Toutes les plumules se dirigèrent vers le point firappé; toutes les radicules se portèrent vers le point diamétralement opposé. Ici les deux caudex séminaux étoient dirigés parallèlement à la direc-» tion du mouvement de secousse. Ayant augmenté, dans une proportion déterminée ^ le nombre et la ibree des coups du marteau , les deux caudex sémiimux prirent une nouvelle direction ; ils se placé* rent perpendiculairement à la direction précéden te, c^eslÀKiîre qu'ils affectèrent une direction perpendiculaire à celle du mouvement de secousse.

Ainsi la ligne suivant laquelle se disposent les deux caudex séminaux considérés dans leur ensemble est parallèle à la direction du mouvement lorsqjue la force.de ce mouvement est inférieure à

lO.

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un certain degré moyen déterminé par l'observation ; cette ligne est perpendiculaire à la direction du mouvement lorsque la force de ce mouvement est supérieure à ce même degré moyen. Dans chacune de ces deux circonstances, la radicule se dirige dans le sens de la tendance à laquelle elle est soumise, et la plumule dans le sens diamétralement opposé à celui de cette tendance.

M. Dutrocliet a également soumis à la rotation des tiges garnies de feuilles, et renfermées dans des ballons de verre avec un peu deau. Les feuilles soumises à cette expérience ont dirigé leur face supérieure vers le centre de la rotation , et par conséquent leur face inférieure vers la circonférence. Gela s est opéré au moyen de la torsion des pétioles, c'est-à-dire de la même manière que s'opère le retournement (les feuilles dans l'état naturel.

M. du Petit-Thouars , en continuant à donner la solution des huit problèmes dans lesquels il a résumé sa manière de considérer la fleur comme une transmutation de la feuille et du bourgeon qui en dépend, a présenté plusieurs observations qui lui paroissent importantes pour la physiologie végétale. Il a cherché à prouver, par des exemples faciles à se procurer, que la partie qu'on nommoit depuis GrevïT radicule, dans les embryons dicotylé-

dones, est.une véritable tige ou tigelle: vérité déjà annoncée par M. Rnight en 1 809. Cela est évident, selon M. du Petit- Thouars, pour le plus grand nombre de ces plantes , puisque , lors de la germination, les cotylédons sont soulevés depuis le point où reposoit la graine jusqu a une distance plus ou moins grande au-dessus du sol , ce qui ne peut avoir lieu que parFélongation ascendante de la prétendue radicule qui s exécutoit tout en montant. On distingue par Tépithéte d'épigée ce mode de germination par opposition à celui d'hypogée qu on donne aux germinations beaucoup moins nombreuses où les cotylédons restent à la place où la graine avoit été placée; dans le plus grand nombre de ces germinations la radicule prend une direction oblique et s'arrête brusquement à peu de distance; tandis que dans d autres elle s'enfonce perpendiculairement en formant un pivot. Cette considération , qui sembleroit majeure, est pourtant de peu d'importance, puisque des plantes rapprochées comme genre , telles que le hêtre et le châtaignier, ou comme simple variété, comme le haricot commun et Vécarlatey sont, Tune épigée, et lautre hypogée. Aussi cela tientil à une légère cause; car, suivant M. du Petit- Thouars, cela provient uniquement du plus ou moins de pesanteur des cotylédons. Leur masse devient telle que la tigelle ne peut plus les soulever :

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alors elle est obligée de s'échapper latéralement, ou de s enfoncer perpendiculairement en pivot , et celui-ci porte toujours intérieurement la preuve de son origine aérienne , 1 existence de la moelle jus- . qu a une certaine profondeur. C'est ce fait mal observé qui avoit été allégué contre lopinion généralement établie , que les racines se distinguoient des tiges parcequ'elles navoient pas de moelle. M. du Petit*Tbouars a cbercbé à prouver directement son assertion : fixant des graines épigées ^ il a vu ieur radicule se diriger latéralement et s'arrêter brusquement comme dans le plus grand nombre des hypogées y tandisque dans celles-ci, en diminuant le poids de leurs cotylédons par le retranchement d'une partie , il les a vus soulevés au-dessus du sol par Télongation de la radicule.

Pour appuyer sa manière d envisager la fleur comme provenant de la feuille M. du Petit^Thouars a cité des observations générales avant d'en venir à de particulières. Ainsi, suivant lui, les ^Vioo ^^ monocotylédones présentent le nombre 3 dans leur fleur, tandis que dans les dicotylédones les Yio dépendent du nombre 5 : il a fait remarquer que dans celles-ci on trouve assez fréquemment que leurs feuilles présentent cinq nervures principales qui partent de leur base, et qu'assez ordinairement elles vont se rendre chacune à un lobe plus oi|

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moiiis prononcé : la vigne en donne un exemple ; que dans la fleur, assez ordinairement aussi, le nombre des étamines est en rapport simple ou composé avec celui du calice ou de la corolle. Ceci pourroit donc être regardé comme un type primordial qui se trouve plus ou moins déguisé; et c'est à le démêler à travers ses altérations que Ton doit porter son attention. Ainsi ramener une anomalie à une règle générale est une véritable découverte. M. du Petit-Thouars a été doublement heureux de ce côté ; car il a vu deux irrégularités que lui présentoit une famille très circonscrite s'expliquer lune par lautre. Dans toutes les cucurbitacées les feuilles ont cinq lobes plus ou moins prononcés; cependant de la base il ne part que trois faisceaux, le principal et deux latéraux ; mais on remarque déjaque, contre lordinaire, ceux-ci sont les plus renflés ; aussi à une distance plus ou moins grande ils se bifurquent, en sorte qu'ils reviennent au nombre cinq : voilà la première singularité. Voici la seconde : dans là fleur le calice et la corolle sont de même à cinq divisions ; au centre il n'y a que trois filaments réunis par leurs anthères ; mais on s aperçoit facilement que deux des anthères qu'ils portent sont beaucoup plus grosses , ce qui mène à découvrir que les deux filaments qui les portent sont aussi plus larges, et laissent facilement voir

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qu ils sont la réunion des deux faisceaux de fibres intérieures. U est donc certain que dans la fleur le nombre de trois filaments dans les étamines n*étoit qu apparent comme celui des nervures primordiales de la feuille, d'où il résulte que par-là se manifeste la plus grande analogie entre ces deux parties, la feuille et la fleur.

M. du Petit-Thouars ne s'est pasbornéà considérer la moelle des plantes comme partie essentielle de la végétation , il a voulu lobserver intrinsèquement : il lui a reconnu des propriétés physiques qui lui ont paru très remarquables, et il a découvert entre autres qu elle est douée d'un genre particulier dVlasticité. Si Ton détache sur une branche plus ou moins ancienne l'espace qui se trouve entre deux feuilles, ce que l'auteur nomme mërithalle, qu'on prenne le sureau pour exemple, attendu que c'est l'arbuste de nos climats dont la moelle est la plus ample ; qu'elle ait six pouces de long ; que par le moyen d une broche tenue du même calibre que la moelle on presse celle-ci, elle cédera facilement en se tassant jusqu'à ce qu'elle soit réduite au sixième de sa longueur, d'un pouce par conséquent : parvenue là , elle résiste davantage à la pression ; mais avec un peu d'effort elle cède toutà-coup, et on la voit sortir par une sorte d'explosion en un cylindre de cinq pouces. Continuant la

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pression elle sort tout entière, et se retrouve juste de sa longueur primitive, celle de six pouces. Dans cet état, quoique déjà très légère, on s^aperçoit qu elle contient encore une certaine quantité d'humidité ; elle ne tarde par à la perdre , et parvient à un maximum de siccité; alors si on la soumet de nouveau à la pression , soit sur sa hauteur, soit sur sa largeur, elle y obéit facilement jusqu'à un certain point; c'est à- peu -près le même c^ue celui qu'on avoit trouvé lorsqu'on l'a chassée de son méri thalle ; lorsqu'on l'abandonne à elle-même , elle reste dans cet état de dépression ; mais si on la plonge dans l'eau elle revient plus ou moins promptement , suivant le degré de chaleur de cette eau , à son premier volume ; si on la soumet de noureau à la pression elle revient tout de suite à son volume primitif, comme la première fois. On voit facilement que c'est parcequ'elle a repris de l'humidité ; aussi redevient-elle susceptible de conserver la compression lorsqu'elle l'a perdue.

Le plus grand nombre des autres moelles , assez larges pour être soumises à ces épreuves , présentent les mêmes effets, notamment celles de vigne, d'IiipfoccLstane, d'hydrange, etc.

' Mais celle de figuier se comporte différemment. D'abord elle est plus susceptible de pression , car ce n'est que lorsqu'elle est réduite au douzième de son

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volume quelle s échappe du mérithalle; mais elle reste dans cet état de compression : on peut la ramener à son volume primitif eu la tirant légèrement avec le doigt ; mais dans leau elle revient plus facilement , et toujours d autant plus promptement que Feau est plus chaude. C'est en se gorgeaut du liquide qu elle reprend son premier volume , à td point quelle devient plus lourde que Feau, puisquelle y plonge.

Ici se trouve un point de recherche important pour la physique, le volume de cette moelle, dans cet état , ne devoit être que de leau plus la petite rondelle provenant de la compression du cylindre ; mais celle-ci, quoique réduite au douzième de sa masse, étoit encore plus légère que leau. Doù provient donc le lest qui fait plonger le total?

Dans les derniers jours de gelée de cet hiyer, M. duPetit-Thouarsayantcoupédejeunes branches de figuier pour voir si elles n avoient pas souffert, après les avoir examinées sous ce point de vue, et s'être tranquillisé pour la future récolte, a voulu en tirer parti pour renouveler ses expériences précédentes sur la moelle; mais, à sa grande surprise, celle-ci est sortie quoiqu'elle fût à peine réduite au tiers de son volume; en l'examinant il s'est aperçu que c'étoit parcequ'elle contenoit une plus grande quantité d'humidité : placée dans l'eau elle a repris

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son premier volume, et a plongé comme les précéd^ites.

AyanI; phoé ensuite le mérithalle , ou la portion de branched où il avoit retiré la moelle, dans Feaa , il la vu plonger ; en sorte <[u il étoit plus lourd que Tèau, ce qui la surpris* Lie dégel étant survenu il n a pu réitérer ces épreuves ni les étendre à d autres plantes; mais cela lui a donné les moyens de con-* stater que par l'adoucissement de température b muoelle de figuier étoit redevenue telle qu il lavoit observée pnéoédemment, c'est-à-dire ne se dégageant par la pression que lorsqu'elle étoit réduite au douzième de son volume, et qu'elle revenoit de même il son premier point de dilatation. Quant au mérithalle privé de moelle il ne plongeoit plus, et restoit en équilibre à la surface de leau. Il suit de là que, pendant la gelée, il y avoit dans les branches de figuier, soumises à lexamen, une plus grande quantité de liquide , soit lymphe, soit sève, qu'il n y en a lorsque le thermomètre est au-dessus de zéro.

M. du Petit-Thouars a trouvé que cela s accordoit avec quelques unes des observations qu'il a consignées dans son mémoire sur les eftets de la gelée dans les plantes , où il dit positivement que toutes les circonstances qu'il avoit exposées sembloient prouver qu'il y a plus de liquide dans les plantes pendant la gelée qu avant ou après.

j56 botanique

M. du Petit-Thouars a. déjà annoncé plusieurs fois à rAcadéniie que , par un procédé aussi simple qu*expéditif, il a fait un examen approximatif du rapport de pesanteur spécifique des différentes parties qui composent le corps ligneux des arbre$, suivant qu'il est plus près de la circonférence ou du centre, c'est-à-dire qu'il fait partie de Vaubier ou du cœur, 11 a trouvé, hors quelques cas extraordinaires, que la couche étoit d autant plus lourde qu elle approchoit davantage de l'écorce , en sorte que très souvent la seule couche annuelle plongeoit, et que les autres étoienten équilibre ou surnageoient plus ou moins. Ce fait se trouve d'accord avec ses principes, puisque suivant lui cette couche extérieure est la réunion des racines des nouveaux bourgeons , et la seule qui soit en pleine végétation ; mais il est contraire à lopinion générale qui, regardant le cœur comme le bois dans son état de perfection, le juge comme le plus lourd.

Il a profité de l'occasion d'une palissade de thuia d'Orient qu'on a été obligé d'abattre pour multiplier ses recherches à ce sujet ; mais il a trouve que dans cet arbre où le cœur étoit bien distingué par une couleur fauve de l'aubier qui étoit blanc, celui-ci plongeoit comme étant gorgé de sucs, tandis que le cœur non seulement surnageoit de plus d'un tiers de sa longueur, mais éloit tellement sec qu'il

brûioit rapidement en flambant et répandant une odeur très agréable , en sorte qu'il étoit à letat de ^15 mort II a constaté que cela avoit lieu dans toutes les saisons de Tannée, été comme hiver. Ces observations l'ont conduit à expliquer comment un de ces thuias à qui Ion avoit enlevé une ceinture complète d'écorce a pu végéter pendant dix ans; la couleur blan che de laubier maintenue sous une couche fauve de bois mort indiquoit la route de la sève. Malgré les exemples nombreux recueillis par tous ceux qui ont écrit sur la physiologie végétale, beaucoup de personnes répugnent à croire que non seulement les arbres écorcés peuvent , comme ce thuia, vivre plusieurs années, mais que dans des circonstances particulières ils peuvent réparer complètement leur écorce. On avoit rangé parmi les fables ce que Frisch racontoit dans les Miscellanea de Berlin, an 1728, qu un seigneur qui aimoit à soigner lui-^même les arbres fruitiers n*hésitoit pas à leur enlever totalement leur écorce, quand elle devenoit trop raboteuse , depuis l'origine des branches jusqu'à celle des racines , sûr que, sans mettre aucun enduit, elle se répareroit, pourvu qu'il prît une saison favorable , le milieu de l'été : cette assertion avoit été peu répandue à cause de la répugnahce qu'on avoit à y croire ; en sorte que ce n'est qu'après avoir réussi que M. du Petit-Thouars a appris qu'il

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ne feisoit que confirmer cette découverte : maU il a multiplié les expériences à ce sujet ; il y a des arbres qu il a écorcés trois années de suite sans qu'ils en paroissent souffrir. Jusqu aprésent ce n'est qu un objet de curiosité, mais il deviendroit très important si le chêne étoit du nombre de ceux qui renouvellent leur écorce. Malheureusement c'est jusqu a présent presque le seul sur lequel-M. du Petit-Thonars ait tenté cette expérience inutilement. L'auteur a multiplié ses recherches pour expliquer cette réparation de l'écorce. Il a vu d'abord que le premier travail de la nature, pour effectuer la réparation, étoit de dessécher la superficie du nouveau bois en formant un épidermeà l'abri duquel il se reformera une nouvelle couche de liber et d^aubier; et, conséquent à ses principes, il a regardé ces deux couches comme étant produites par les bourgeons du sommet. Pour s'en assurer, non content d'écorcer totalement plusieurs espèces d'arbres, il les a étètés, en sorte que ce n'étoient plus que des bâtons enracinés. Sur tous il a vu paroitre l'affluence du parenchymateux devenant vert et se recouvrant d'un nouvel épiderme ; mais c'étoit une sorte d'effervescence locale qui n'a pas duré long-temps, et tous les arbres ont péri excepté un seul : c'étoit un orme. S'étant préparé comme les autres, il se manifesta sur son nouvel épiderrae des protubérances qui prirent

ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE^ iSg

une teinte verdâtre; bientôt on put les reconnoitre comme des bourgeons aduentifs;Yhi\ev survenant, ils disparurent presque tous, mais au printemps suivant il en reparut un assez grand nombre pour recommencer un nouvel arbre. Il aura pour souche un chicot desséché, et voilà la troisième année qu'il continue de végéter. M. du Petit-Thouars n'a pas été surpris de voir que ce f&t un orme qui eût réussi , parceque c'est Fespéce qui produit le plus habituellement des boui^eons adventifs. Cependant Thippocastane , qui est à-peu-près dans le même cas , a succombé dans cette opération.

M. Fodera a faitdesexpérîencessurlextension des efiets que lattouchement produit sur les feuilles de la sensitive. Si Ton en touche légèrement une foliole, elle se fermera seule; si Ton en couche plusieurs, ensemble ou successivement, elles se fermeront encore, sans que le mouvement se communique aux autres; mais si on pique une foliole, ou si on la brûle au moyen des rayons du soleil concentrés par une lentille, non seulement la foliole, mais toutes celles du même rameau de la feuille se fermeront très promptement, et bientôt celles des autres rameaux se fermeront aussi , et la feuille tout entière s'abaissera. Si Ton porte la piqûre ou la brûlure sur la tige de la plante, si Ton en coupe une branche avec des

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ciseaux sans en agiter les feuilles , celles-ci ne se fer* ment point : mais si on applique à cette tige une goutte d'acide nitrique ou vitriolique toutes les feuilles s abaissent et se ferment promptement , ainsi que M. Desfontaines lavoit déjà observé il y a nombre d années.

A propos de ces faits M. Fodera en rappelle d autres que M. DecandoUe a constatés autrefois; c'est que la sensitive a en quelque sorte des habitudes qu'elle nç perd qu'avec le temps. Si on 1 enferme, par exemple, dans un lieu obscur, elle continuera, pendant quelque temps, de fermer ses feuilles, seulement quand le soleil est au-dessous de lliorizon, même si on Téclaire, dans ces moments Jà, par une lumière artificielle; mais avec de la persévérance on parvient à lui faire prendre des habitudes contraires , et elle finit par s'épanouir, même pendant la nuit , si on lui fournit une lumière artificielle très vive.

M. Desfontaines a constaté aussi qu'une sensitive , transportée dans une voiture rapide, se contracte d'abord , mais que peu à peu elle se fait à ce mouvement, et reprend son épanouissement ordinaire comme dans l'état tranquille.

M. Fodera cherche à se rend re compte de ces faits, en les comparant à ces mouvements que , dans les animaux , on a nommés sympathiques , et dans les-

ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE, ifil

quels, selon son opinion particulière, le cerveau ni les centres du système nerveux n'intervienrient point. Cette dernière thèse deviendroit en effet très facile à prouver s'il étoit prouvé que les mouvements de la sensitive sont de même nature , puisque la sensitive, ainsi que les autres végétaux, manque entièrement de système nerveux.

Tout le monde connoît la cannelle, et depuis bien des siècles : larbre qui la produit , espèce particulière de laurier {laurus cinnamomum. L.), a été décrit aussi depuis bien des années par les l)otanistes ; mais ses variétés et les détails de sa cjilture avoient besoin de recherches nouvelles , devenues d autant plus nécessaires que, grâce aux efforts suivis de ladministration , nous avons aujourd'hui dans nos colonies des plantations de cannelliers , et qu'il importe de ne rien négliger pour les faire prospérer.

M. Leschenault de La Tour , dans son voyage à Ceylan, a soigneusement étudié cette partie de l'agriculture indienne.

Il n'existe qu'une espèce de cannellier; mais son écorce varie selon l'âge de l'arbre , son exposition , sa culture, et la nature du sol; ce qui lui a fait donner plusieurs noms relatifs aux propriétés que les circonstances lui impriment.

BUFFOV. OOMPLBM. T. III. II

l62 BOTANIQUE

Dans un bon terrain cet arbre s'élève à vingt-cinq ou trente pieds , et son tronc prend de quinze à dix-huit pouces de diamètre ; mais 1 ecorce eu est alors trop épaisse pour entrer dans le commerce.

Les corbeaux et les pigeons sauvages, très friands deson fruit, contribuent beaucoup à en disséminer les graines; mais on en fait aussi des semis et des plantations. G est à lage de six à sept ans que Ion commence à couper, pour les écorcer, les jets les plus forts, parvenus à huit pieds de hauteur. Il faut les prendre entre dix-huit lignes et deux pouces de diamètre : on choisit pour cela le temps des pluies , et Ton s assure d abord par une petite entaille que Técorce se détache aisément. On l'enlève sur le plus de longueur qu'il est possible , et on la met pour vingt-quatre heures en paquets , où elle éprouve une légère fermentation qui en détache l'épiderme; elle se roule sur elle-même , et après un jour de dessiccation à l'ombre, et un autre au soleil, elle est bonne à mettre en vente.

Les débris se distillent dans de l'eau salée , et donnent deux sortes d'huiles fort recherchées : Tune légère , l'autre pesante et qui brûle avec un parfum agréable; on en tire aussi des feuilles, mais de beaucoup moins précieuse. Les racines donnent beaucoup de camphre , et le bois en contient en si grande quantité qu'à quinze ou dix-huit ans on en

andicola , découvert dans les Gordilières par MM. de Humboldt et Bonpland.

Cette plante, dont les graines ont été adressées à M. Delile par M. Jacquin , est nommée par ce savant botaniste benincaza cerifera.

Les grands ouvrages de botanique se continuent avec une courageuse persévérance. M. de Humboldt , qu aucune difficulté n arrête dans la vaste entreprise à laquelle il consacre depuis vingt-cinq ans ses talents et sa fortune , a conduit pendant cette année à la dixième livraison sa superbe collection de mimoseSy et à la vingt-deuxième celle des genres et des espèces nouvelles de la zone torride , qu'il publie avec M. Kunth.

M. Kunth a donné en un volume in-8** le Synopsis y ou tableau général où Ton voit d'un coup d'œil tous les genres et les espèces produits des immenses recherches de M. de Humboldt.

M. du Petit-Thouars a fait paroître cent planches et le commencement d une histoire des plantes de la famille des orchis, qui doit faire partie de la Flore des îles de France et de Bourbon , à laquelle ce savant botaniste travaille depuis long-temps.

M. Kunth a publié le premier volume d'un traité où il reprend et examine de nouveau les caractères des genres de la famille des mauves y et de celles des

buitnères et des tiliacées; et feu M. Richard , que FAcadémie a perdu dans le courant de cette année , avoit laissé un écrit sur la famille des balanopho^ rées, qui n'a pu nous être présenté que par son fils, M. Achille Richard, jeune botaniste, digne héritier d^une famille qui depuis près dun siècle a rendu de si grands services à la science des végétaux.

Ce seroit avec grand plaisir que nous entretiendrions avec plus de détail nos lecteurs du contenu de ces ouvrages importants ; mais ils sont à-la-fois si riches et si concis qu'il faudroit pour en rendre un compte utile les copier presque entièrement. Nous ne pouvons donc qu'y renvoyer les amis de la botanique.

M. Dutrochet vient de réunir en un seul volume les longues et importantes recherches qu'il a faites sur les forces motrices qui agissent dans les corps organisés ; ses expériences sur la sensitive , dont nous avons déjà donné quelque idée dans nos analyses précédentes , occupent une partie essentielle de cet ouvrage. Un procédé nouveau qu'il a employé pour l'anàtomie végétale l'a conduit à des résultats qui tendroient à infirmer une théorie célèbre. 11 assure que tous les organes élémentaires des

l66 BOTANIQUE

plantes , c est-à-dire les cellules et les tubes dont leur corps est composé, ont une existence indépendante et forment des organes circonscrits , en sorte que ces organes n auroient entre eux que des rapports de voisinage et ne formeroient point par leur assemblage un tissu réellement continu. Il affirme qu'il u y a ni pores ni fentes visibles au microscope dans le tissu cellulaire , non plus que sur les tubes des végétaux. On voit seulement sur les parois de ces organes de petits corps glanduleux demi-transparents et des corps linéaires qui deviennent opaques par Faction des acides, et qui sont rendus transparents par Faction des alcalis. M. Dutrochet considère ces petits corps comme les éléments d un système nerveux diffus. Aux analogies de structure intime et de nature chimique qu'il met en avant pour étayer cette opinion , Fauteur joint des considérations physiologiques prises d expériences qui lui sont propres, et qui prouvent, selon lui, que les xnouvements des végétaux sont spontanés, c est-àdire qu'ils dépendent d un principe intérieur, lequel reçoit immédiatement Finfluence des agents du dehors. Toutefois répugnant à reconnoître de la sensibilité chesi les végétaux , M. Dutrochet substitue ^ ce nom celui de nervimotilité.

U s'agissoit de déterminer quel est l'organe du mouvement dans les feuilles de la sensitive;.M. Du-

ttt)chet a prouvé, par des expériences décisives, que cet organe consiste dans un renflement du parenchyme ou de la médulle corticale qui est situé à la base du pétiole, à la base de chacune des pinnules et de chacune des folioles dont la feuille de la sensitivc est composée. Il a vu que cet organe, auquel il a donné le nom de bourrelet, est spécialement composé de cellules globuleuses disposées en séries longitudinales et remplies d'un fluide coagulable. Ce n'est point par le moyen d'articulations que la sensitive, non plus que les autres végétaux irritables, meut ses parties mobiles ; c'est par le moyen d'une courbure imprimée à ces parties dans l'endroit où se trouve l'organe du mouvement. Ainsi chez la sensitivece sont les seuls bourrelets qui en se courbant produisent la plicature des feuilles. M. Dutrochet a vu que cette courbure est le résultat d'une force élastique vitale qui se manifeste même dans les tranches minces que l'on enlève à ces bourrelets, il abonné à ce phénomène le nom d'incurvation. Ainsi l'irritabilité végétale ne consite que dans une incurvation élastique, laquelle est tantôtyîjce et tantôt oscillatoire. Par exemple cette incurvation élastique estjïxe dans les vrilles des végétaux , dans les valves de l'ovaire de la balsamine, etc. ; elle est oscillatoire chez les végétaux que l'on nomme irritables par excellence, végétaux qui offrent dans leurs parties mobiles un

état d'incurvation et de redressement alternatifs.

On sait depuis. long-temps que la sensitive ofire un phénomène de transmission sympathique. Il suffit de brûler légèrement une seule des folioles de cette plante avec un verre ardent pour que toutes les feuilles qui appartiennent à la même tige se ploient les unes après les autres. Ce mouvement de transmission sympathique méritoit d'être étudié avec soin. Il sagissoit de déterminer quelle est la partie de la tige par laquelle s'opère cette transmission. Pour résoudre ce problème M. Dutrochet a fait plusieurs expériences fort délicates, desquelles il résulte que cette transmission ne s'opère ni par la moelle ni par l'écorce , mais qu'elle a lieu exclusivement par la partie ligneuse du système central. Recherchant ensuite quels sont , dans cette partie ligneuse , les organes spéciaux de cette transmission , il arrive à cette conclusion qu'elle s'opère par l'intermédiaire de la sève contenue dans les tubes qu'il nomme corpusculifèrès. Il a trouvé que le maximum de la vitesse de ce mouvement de transmission est de quinze millimètres par seconde dans les pétioles des feuilles, et seulement de trois millimètres par seconde dans le corps de la tige. L'état de la température ne paroît point influer sur sa vitesse. '

La lumière exerce sur l'irritabilité de la sensitive une influence très remarquableetdontFobservation

tX PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 169

appartient également à M. Dutrochet. Si on place une sensitive dans uneobscurité complète, en la couvrant avec un récipient opaque , cette plante perdra entièrement son irritabilité, et cela dans un temps plus ou moins long, suivant un certain état d abaissement ou d'élévation de la température environnante. Ainsi , par une température de + 20 à 26 degrés R. , il ne faut que quatre jours d obscurité pour anéaijitir complètement l'irritabilité d une sensitive, tandis qu'il faut quinze jours d obscurité pour produire le même effet lorsque la température environnante est dans les limites de+ioài5 degrés; en sorte qu'en prenant seulement les degi^és de température dans lesquels la sensitive peut vivre j on peut établir que lextinction de Tirritabilité de cette plante dans l'obscurité s'opère dans un temps dont la durée est en raison inverse de l'élévation de la température.

M. Dutrochet a observé que la sensitive privée de son irritabilité par le moyen de l'obscurité la récupéroit par l'exposition à la lumière, et que cette réparation des conditions de l'irritabilité étoit plus rapide par Fexposition de la plante à la lumière directe du soleil que par son exposition à la simple lumière du jour, telle qu'elle existe à l'ombre. Fondé sur ces observations, M. Dutrochet considère la lumière comme l'agent extérieur dans

l-yo BOTANIQUE

lïnfluence duquel les végétaux puisent le renouvellement des conditions de leur irritabilité, ou plus généralement de leur motilité, conditions qui sont sujettes à déperdition dans Tétat naturel, et qui ainsi ont besoin d être continuellement réparées.

Nous reviendrons un peu plus bas sur les expériences de Tauteur concernant la motilité des animaux.

Une plante dicotylédone peut- elle être distinguée dans tous les cas d une monocotylédone par la seule inspection de sa structure intérieure? Cette question s'est présentée à M. du Petit-Thouars à Foccasion de deux tronçons isolés qu'une sorte de hasard avoit fait tomber entre ses mains. Au premier aspect ils paroissoient avoir beaucoup de ressemblance : car Tun comme l'autre étoit un cylindre de matière fongueuse ou médullaire traversé dans sa longueur par des filets isolés; de là on pouvoit présumer qu'ils étoient tous les deux monocotylédones, mais dans lun on voyoit que ces filets étoient des faisceaux composés de différents tubes et sur-toutde trachées spirales, tandis que dans l'autre ils étoient de la plus grande simplicité. Cela sùffisoit pour constater qu'ils avoient appartenu à des végétaux très différents ; mais Técorce qui existoit sur le dernier et qui manquoit au premier a permis

Wr PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 171

daller plus loin. Par elle seule ce botaniste a pu prononcer que c'étoit une plante dicotylédoue , et même qu'elle appartenoit aux ombellifères ; enfin que c etoit une espèce du genre ferula, tandis que la première étoit réellement monocotylcdone. Mais quelle étoit Torigine et la nature de ces filets disséminés dans la substance de la moelle? Cétoit une nouvelle question et très importante dont on pouvoit tirer des conséquences contre une des principales bases de la méthode naturelle , mais ce n'étoit que par Tinspection d une plante vivante de ce genre qu on pouvoit en espérer la solution. M. du Petit- Thouars s'en est procuré une quelques mois après : c'étoit une tige duferulaferulago; et elle lui a donné une pleine satisfaction; car ayant coupénetparle milieu un de ses entre-nœuds , il a vu de nombreuses gouttelettes d'une liqueur blanche suinter de toutes les parties de la tranche. Il a donc reconnu que ces filets nétoient autre chose que des vaisseaux destinés à renfermer un suc propre très abondant dans quelques ombellifères, mais sur-tout dans les férules. Ce seroient des lacunes formées aux dépens de la substance même du parenchyme médullaire, et qui ne dépendent en rien du corps ligneux. Ainsi cette sin* gularité ne porte aucune atteinte aux principes sur lesquels repose maintenant 1 étude des plantes : les rapports naturels. Il est donc certain qu'on peut dis-

tipguer plusieurs grandes séries de végétaux aussi bien par leur structure intérieure que par l'extérieure. Cependant on voit , par cet exemple , qu'il est besoin d'ajouter quelques nouvelles considéra-^ tions à celles qui avoient été employées jusqu'ici.

Si le second tron<;on eût été dépouillé de son enveloppe comme le premier, on n'eût trouvé de différence que dans la simplicité des filaments interposés dans l'un , tandis qu'ils étoient fascicules dans l'autre, et c'est justement dans cette fascicu" lation que M. du Petit-Thouars trouve des caractères solides pour distinguer les grandes séries de végétaux. Suivant lui, ces iàsciciila tions paroissent isolées dans les monocotylédones , tandis qu^elles se combinent d'une manière déterminée dans les dicotylédones. De là suit une différente combinaison des deux substances primordiales qui constituent les végétaux : le ligneux et\e parenchymateux. Mais, par la manière dont ces substances s'entremêlent, le parenchjmateux y quoique toujours continu , paroit former trois parties distinctes dans les dicotylédones, qui sont , la moelle, les rayons médullaires , et le parenchyme extérieur, tandis qu'il semble homogène dans les monocotylédones.

Les bornes de cet extrait ne nous permettent pas de suivre l'auteur dans les développements quïl donne à cette idée. Nous nous contenterons de dire

qu il a observé plusieurs modifications de ce principe qui peuvent souvent le masquer. Il trouve qu'il y a peut-être autant de différence entre la structure intérieure des graminées et celle des autres monocotylédones qu'entre celle-ci €t celle des dicotylédones. Il annonce que les fougères, que l'on regarde comme absolument semblables aux monocotylédones, quant à leur structure intérieure, en dififèrent prodigieusement.

Il est bien vrai que le stipe des fougères présente sur, sa tranche des faisceaux isolés comme dans les monocotylédones ; mais on en trouve de semblables dans de véritables dicotylédones. C'est par le grand nombre fet le petit volume de ces faisceaux qu'on distingue les monocotylédones , tandis qu'au contraire les fougères sont remarquables pour l'ordinaire, parceque leurs faisceaux sont très gros et peu nombreux. Ils y forment sur leur tranche des figures constantes. On contioit celle de la fougère femelle qui représente en quelque sorte un aigle déployé, ce qui lui a valu le nom de pterisaquilina. M. du Petit-Thouars a fait une étude particulière de ces tranches pendant son séjour dans nos colonies africaines ; il croit, pouvoir certifier qu'il aurbit été à même de distinguer les cent vingt espèces qu'il a dessinées par ce seul caractère, et il lui a suffi pour reconnoître comme identiques quelques

unes d entre elles qui croissent aussi bien dans les environs de Paris que dans ces contrées éloi* gnées.

Entre plusieui*s remarques qu'il fait pour distinguer ces grandes séries végétales il expose celles-ci , que dans les dicotylédones les feuilles croissent simultanément en tous sens, en sorte qu elles forment toujours une figure semblable à celle qui existoit dans le bourgeon ; que dans les monocotylédones elles croissent du sommet à la base, en sorte qu'elles sont souvent sèches au sommet et tendres à la base ; enfin que dans les fougères elles croissent de la base au sommet : quelques unes même se développent si lentement qu il leur faut plus d'une année pour parvenir à leur maximum , et il y en a qui périssent avant d'y arriver.

M. Lestiboudois , botaniste à Lille, a présenté un mémoire sur la nature de la tige des plantes monocotylédones. Il pense qu'elle ne grossit que par les fibres qui naissent dans son intérieur, en sorte qu'il la considère comme analogue seulement à Tccorce de la tige des dicotylédones. Il cherche à établir sa proposition en soutenant que les feuilles et les rameaux sortent toujours du centre. On hii a opposé cette forte objection, que de grands arbres de cette classe, dont le tronc a son centre entière-

ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. lyS

ment détruit par la pouriture, ne laissent pas d produire encore des rameaux et des feuilles. C est ce que M. du Petit-Thouars et M. de La Billardière ont observé souvent sur les dracœna des forêts de rile-de-France.

Ordinairement le style est placé sur Tovaire y et quand il y a plusieurs ovaires chacun a son style. Mais il arrive aussi quelquefois que plusieurs ovaires ou plusieurs loges distinctes adhèrent autour de la base d^un style commun, et reçoivent par cette voie leur fécondation.

Cette partie de l'ovaire se nomme alors gynobase« M. Auguste de Saint-Hilaire, qui lui a donné une attention particulière, a constaté et décrit les modifications qu'elle éprouve dans les divers genres où on l'observe. Il présente comme résultat général de ses observations que le gynobase n est autre chose qu'une columelle centrale déprimée.

M. Adrien de Jussieu, fils de notre célèbre confrère, entre sous des auspices favorables dans la carrière que sa famille a parcourue avec tant de gloire depuis un siècle et demi. Il a repris lexamen de la famille des eiiphorbiacées , dont son illustre père avoit fixé les caractères dans son Gênera plan" tarum, mais que les découvertes des voyageurs de-

l-yô BOTANIQUE

puis trente ans ont troublée, et dans laquelle on connoit aujourd'hui plus de mille espèces.

On sait qu en général elles montrent des propriétés délétères qui se concentrent sur-tout dans leur embryon ; mais elles ne sont pas non plus sans utilité. Les graines de plusieurs donnent de Fhuile; le suc laiteux qu elles répandent prend dans quelques unes y en se desséchant, la consistance de la gomme élastique : il en est qui possèdent un principe colorant.

Certaines euphorbiacées n*ont à leurs fleurs qu'une enveloppe qui est un calice. D autres en ont deux, et il s agit alors de savoir si la seconde est une corolle ou un calice intérieur. Ce dernier nom lui avoit été donné par une autorité particulièrement respectable pour l'auteur : mais comme cette enveloppe intérieure est souvent colorée, et qu'elle se flétrit et tombe avant l'extérieure, M. Adrien de Jussieu se permet d'énoncer l'opinion qu'elle mérite alors le nom de corolle ; et toutefois, comme elle manque très souvent , il ne croit pas que l'on doive y attacher dans cette femille grande importance. Il examine avec un détail et une attention singulière toutes les formes et les dispositions que prennent les parties de la fleur et du fruit dans les différents genres qu'il décrit au nombre de quatre-vingt-trois, dont quinze sont nouveaux pour la botanique.

Les sexes séparés; les loges du fruit distribuées autour d'un axe central; les graines au nombre dune ou deux suspendues au sommet de chaque loge ; le périsperme charnu , les cotylédons planes, la radicule supérieure, sont les caractères généraux de la femille.

M. Adrien de Jussieu la divise d'abord en deux groupes , dont le premier comprend les genres qui ont deux graines dans chaque loge , et se subdivise en deux sections , selon que , dans les fleurs mâles , les étamines adhèrent immédiatement au centre de la fleur ou à la base d'un rudiment de pistil : le second comprend ceux qui n ont qu'une graine par loge; et pour subdiviser ce groupe, qui est de beaucoup le plus considérable, Fauteur est obligé de tirer ses caractères de Tinflorescence, qui tantôt est pourvue d'un involucre , tantôt est en épi avec ou sans feuilles florales , tantôt enfin est en panicule ou en bouquet. Ce sont là les caractères des quatre sections de ce second groupe.

Ce travail très précis, plein de faits nouveaux et de vues ingénieuses, et accompagné de dessins soignés de la main de l'auteur, vient d'être publié : il né peut qu'annoncer bien avantageusement ce jeune botaniste dans le monde savant.

M. Poiteau a présenté la description de cinq

BDFFON. COMPLiM. T. III. 12

genres d'arbres de la famille des myrtes , dont les botanistes n'avoient encore les caractères que d^une manière incomplète: le lécytis, le bertholletia, le couroupita , le gustavia , et le couratari.

Le plus remarquable est le lécytis , dont l'espèce la plus connue, à cause de son grand fruit ligneux en forme de vase ouvert et rempli de graines que les singes aiment beaucoup , porte dans nos colonies le nom de marmite de singe. M. Poiteau en décrit trois espèces nouvelles dont une est un arbre de haute futaie, mais ne porte que d'assez petits fruits. Le berthoUetia est un des arbres les plus utiles du Nouveau-Monde. Haut de plus de cent pieds , il porte des fleurs jaunes et larges de deux pouces, disposées en grappes à Textrémité des rameaux, suivies de fruits gros comme des tètes d'enfants, contenant douze ou quinze amandes d'un goût exquis, et qui donnent une bonne huile. C'est un objet considérable de commerce, et on en ex* pédie du Brésil à la Guiane , en Portugal , et en An» gleterre.

La partie botanique du grand ouvrage de MM.de Humboldt et Bonpland avance rapidement vers sa fin. M. Kunth a terminé cette année le cinquième, et la plus grande partie du sixième volume des Nova gênera et species plantarum Americœ œquinoctialis.

Toutes les familles à corolle poly pétale, à lexception des légumÎDeuses, des térébinthes et des rhamnées, se trouvent comprises dans ces deux volumes. Les trois dernières &milles restent encore à publier. Mais M. Runth a fait connoître; dans la- partie.de Ibuvrage de M. de Humboldt qui est doja entre les maiiis des botanistes , plus de quatre mille espèces dont les neuf dixièmes au moins sont nouvelles, et appartiennent à cent trente-sept £similies et huit cent soixante-cinq genres» Il nexiste aucun autre ouvrage qui présente à-la-fois un si grand nombre de plantes exotiques, rangées d après 'la méthode naturelle, décrites et figurées jusque dans les moindres détails de leur fructification. Parmi les Flores deTAmérique méridionale, celle de Swartz, par exemple! , ne renferme que mille espèces.

Il ne reste à publier qu un cahier des mimoses. Cet ouvrage, exécuté avec le luxe et la beauté de ' gravure que Thabileté des artistes françois a pu seule atteindre jusqu'ici, sert de supplément au grand ouvrage. M* Kunth a publié en outre tnois volumi^ in-8^ d'un extrait raisonné des Nova genemj sous te titre de Synopsis plantarum œquixioo* liftitm^^bisnouL Dans ces différents ouvrages il a établi pluisieurs femilles nôuvelli3s,.en a mieux eithconscrit d'autres, institué cent 'Vingt-huit genres nouveaux, et déposé un grand nombre d'observa-

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tions sur des plantes étrangères à son premier travail. Quelques unes de ses idées ont été développées dans des mémoires particuliers qu^il a présentés successivement à FAcadémie, et dont nous citerons seulement une Notice sur le myrtus et Ceugenia, deux genres quil propose de réunir en un seul, et la Révision des familles des maluacées, des bûttneriacées, et des tiliacées. Ce dernier travail a été adopté en en-

tier par M. DecaadôUe dans son Synopsis regni vegetabilis. Dans une notice historique sur Richard, M. Runth a donné une analyse raisonnée des trar vaux carpologiques de cet illustre botaniste décédé en 1821, et dont nous lirons bientôt Féloge historique.

La Monographie des mélastômes et des rhexias, ouvrage rédigé en plus grande partie par M. Bonpland ,aété terminée par M. Runth dans le courant de cette année.

Visoetes lacustris est une plante que Ton range aujourd'hui auprès des lycopodes, et qui crott dans le limon des eaux stagnantes. D'une base bulbeuse à trois lobes , elle pousse une touffe de feuilles étroites, pointues, tubuleuses, et plus ou moins longues, suivant le degré d'humidité dont elles jouissent, aux hases desquelles sont de petits boucliers membraneux qui couvrent chacun une petite cavité, et

ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. l8l

florventde réceptacles, les uns, ceux des feuilles les plus intérieures, à la poussière mâle; les autres, ceux des feuilles extérieures, aux sciucDces. On n^aTOÎt point encore suffisamment observe ces semences ni leur manière de geimer; et M. Baffeneau Delile, professeur de botanique à Montpellier, profitant de labondance de llsoéte dans un petit lac des environs de cette ville, vient de les soumettre à un examen très attentif. Elles sont très petites, et contiennent sous un double tégument, marcpaé de trois arêtes, un petit corps vésiculaire, que M. Delile considère comme un embryon sans cotylédon. I^es téguments s ouvrent en trois valves dans le baut pour laisser passer la première feuille , en même temps que la première radicule les perce dans le bas ; les autres feuilles et les autres radicules poussent ainsi successivement; et pendant ce temps le tubercule qui est entre elles grossit et devient le bnlbeou la soucb e qui les portera toutes. Les fieuilles se dessécbent quand la plante est privée d eau ; mais lelmlbe conservelong-temps sa vitalité, et repousse même après deux ans quand on Fbumecte.

Les licbens sont une fiamille de plantes cryptogames dont le nombre est prodigieux , mais don t la classification et la distinction sont accompagnées de grandes difficultés , à cause du peu de parties

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qu'ils présentent , et du peu de caractères auxquels ces parties donnent prise. Cependant les travaux de- Hoffman et d'Acharius ont ouvert de nouvelles voies et excité une grande émulation pour ce travail.

M. Delise , de Vire y département du Calvados , se propose d en donner Thistoire générale, et en a déjà recueilli à cet efFet plus de mille espèces. Il a présenté à FAcadémie, comme échantillon de son travail^ l'histoire particulière du. genre sticte, Fun des trente-cinq qu il conserve ou qu il établit dam la famille. Ce fragment est fait pour donner une idée très avantageuse de Fensemble , dont il est fort à désirer que les amateurs de cette partie du régne végétal puissent bientôt jouir.

Les écorces employées en médecine nous arri»

vent des pays étrangers dans leur état brut, €t souvent encore chargées des lichens et des autres cryptogames qui croissent naturellement sur dks. M. Fée s'est attaché à étudier ces espèces de parasites , et en a découvert et décrit un grand nombre que les voyageurs, occupés dans leurs courses d'objets plus sensibles , nayoient pas remarquée» Les lichens sur-tout lui ont donné lieu d'établir dws cette famille une distribution nouvelle. Il la fonde premièrement sur les diversités de formes du corps

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même du lichen , ou de ce que les botanistes nomment thallus, et ne prend que pour caractère secondaire les organes variés qui naissent sur ce thallus, et que les botanistes , qui les nomment apothecium , ont supposé assez légèrement, à ce que pense M. Fée, appartenir à la génération.

Comme il arrive dans les pays étrangers aussi bien que dans le nôtre que certains cryptogames se fixent de préférence sur certaines écorces, les descriptions de M. Fée , toutes très exactes et très détaillées et accompagnées de figures fort soignées Eûtes par M. Poiteau , indépendamment de laccroissement quelles fournissent à la botanique, pourront encore aider en certains cas les pharmaciens à distinguer avec plus de précision les écorces que leur apporte le commerce.

M. Moreau de Jonnès , qui suppose que tes terrains , soit calcaires , soit volcaniques des Antilles , ont été mis à découvert plus tard que les grands continents , a dû rechercher lorigine de leur population végétale, et par quels agents et de quels pays chacune de leurs plantes y a été transportée.

Pour cet efïet il a préparé pendant qu'il séjournoit à la Martinique des mélanges de terre propres à la végétation , et dans lesquels il s*est bien assuré qu*il ne subsistoit point de germes de plantes. Il les

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a exposés , avec les précautions convenables et séparément, à Faction des pluies orageuses, à celle des différents vents, à celle des oiseaux de passage, à celle des divers courants , et compté , autant qu'il lui a été possible , le nombre des espèces que chacune de ces causes a amenées. Il a aussi cherché à apprécier ce que les communications des hommes peuvent apporter de semences et de germes de plantes avec les eaux prises en d'autres pays pour lapprovisionnement des navires , avec les matières qui servent à emballer des marchandises étrangères , avec les bois et les fourrages , et jusque dans le lest des vaisseaux et parmi les poils des bestiaux que Ion importe dans les lies.

Le plus puissant et le plus constant des agents naturels lui a paru être le grand courant équàtorial de l'Atlantique. Il assure avoir reconnu qu'en deux mois il apporta des graines de cent cinquante espèces différentes; mais toutes les semences ne se laissent pas également transporter par tous les agents ; et pour pouvoir arriver dans une direction et à une distance données , encore en état de reproduire leurs espèces, elles doivent réunir certaines conditions de légèreté, de mobilité, de résistance à la destruction , de difficulté ou de facilité de la germination, et autres semblables; ainsi parmi les cent cinquante espèces de semences apportées par

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le courant, il ny en a que vingt -six qui germèrent.v

Quant à raction des hommes , M. de Jonnès la croit bien supérieure à celle des agents naturels, et pense qu'elle peut en quelques siècles changer entièrement les rapports établis par ces derniers depuis Forigine d un pays.

M. de La Billardière ayoit présenté à TAcadémie en 1 802 un mémoire sur le lin dé la Nouvelle-Zélande , plante nommée par les botanistes phormium tenax, où il annonçoit la possibilité de cultiver cette plante en France , et faisoit voir que ses fils surpassent de moitié ceux du chanvre pour Texpansibilité et pour la force , deux qualités également précieuses dans la fabrication des cordes. Ces fils sont en. mÊme temps de la plus grande finesse, en sorte que Ton pourra les employer aux ouvrages les plus délicats.

M. Gachin, inspecteur- général des ponts et chaussées , est parvenu en efFet à élever le phormium tenax à Cherbourg , et à lui faire porter des graines qui , semées par plusieurs cultivateurs, ont germé avec facilité; et M. Gillet de Laumont a rendu compte à FAcadémie d'un succès qui promet à notre pays une nouvelle richesse végétale.

L'un des Mestors de la botanique en France ,

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M. le docteur Paulet , de Fontainebleau , si connu par ses travaux sur les champignons, s'est occupé depuis long-temps de reconnoltre les plantes et les animaux dont les anciens ont parlé , et a présenté cette année à FAcadémie un. grand commentaire sur rhistoire des plaiités de Théophraste , et un autre ouvrage de moindre volume intitulé Flore et Faune de Virgile. C est une des matières les plus difficiles et les plus sujettes à controverse de toute la critique classique.

h'hyacinthus^ par exemple, est aux yeux de Linnseus le pied d'alouette {delphinium ajacis )^ Sprengel soutient que c'est le gldieul (gladiolus communis^y Dodoens veut que ce soit le martagon {liUum, martagon) , et Martin lé lis orangé ( lilium croceum). ' Il n'est guère de plantes , si l'on en excepte les plus communes, celles qui ont toujours été des objets d'agriculture et d'économie domestique , qui ne puissent exciter de semblables contentions. M. Pau» let apportedonc aussi des conjectures plutôt que des résultats décisifs; mais plusieurs de ces conjectures sont heureuses , et réunissent de plus grandes probabilités en leur Ëiveur que celles de ses adversaires.

M. de Humboldt a fait connoitre il y a plusieurs années les propriétés de l'arbre dit de la vache,

doai le suc ressemble au lait non seulement par sa couleur, mais parcequ il est nourrissant, et non pas vénéneux , comme le sont la plupart des laits végétaux. MM. Rivero et Boucingault en ont &k lanalyse. U s y forme des pellicules comme sur le lait de vache , et elles ressemblait à la frangipane. Dessous reste un liquide huileux ,dans lequel nage une substance fibreuse qui se racornit par la chaleur et répand alors une odeur caractérisée de viande frite. Ce lait donne de la cire , de la fibrine semblable à ceUe des animaux , et un^peu de sucre et d'un sel magnésien.

M. Romain Féburier, de Versailles, connu. par j^usieurs recjxerches de physiologie végétale , a souimîs^à FAcadémie un petit traité sur cette matière, destiné à éclairer les cultivateurs,qui a été imprimé, et où il combine, les résultats des auteurs qui font préçédé^vec ses propres expériences.

■Jl décrit la moelle comme un amas de cellules polyèdres vséparées par des cloisons toujours CQuamunes à deux d'entre elles. Dans certaines espèces leur ensemble en se déchirant produit tantôt des espèces de cloisons transversales, tantôt un vide continu. Les filets vasculaires qu'on y voit quelquefois lui paroissent des vaisseaux détachés d^ Tétui

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médullaire. Cet étui enveloppe la moelle. Il est composé de plusieurs vaisseaux , tels que trachées, fausses trachées, tuhes poreux et simples, entremêlés d un peu de tissu cellulaire. Selon Fauteur, c'est la manière dont le fil élastique des trachées est enroulé qui dans les plantes grimpantes détermine la direction selon laquelle elles s entortillent autour des appuis. Il regarde Tétui médullaire comme la hase de Forganisation de Femhryon , et croit que c'est lui qui détermine le genre et Fespèce du végétal. Chaque année ses vaisseaux salongent,et des faisceaux s'en séparent pour traverser l'écorce et produire des hourgeons , les feuilles, et les houtons. Ces Êiisceaux fixent la position des gemmes et le nombre des angles saillants qui donnent la forme à la moelle. Des suites de cellules alongées s'étendent horizontalement en rayonnant du centre à la circonférence : c'est ce qu'on nomme les rayons médullaires. A mesure qu'il se forme de nouvelles couches annuelles de hois qui grossissent le tronc, il se forme de noiiveaux rayons qui se placent entre les autres sans atteindre jusqu'au centre. La der* nière des couches du bois et la plus extérieure est Yaubier; il est enveloppé par Fécorce, formée aussi par couches, mais dont la plus nouvelle et la plus intérieure se nomme /i6er. C'est à Fécorce qu'appartiennent les vaisseaux propres^ ainsi nommés des

SUCS particuliers qu'ils contiennent et qui ont été primitivement élaborés par les feuilles. La partie superficielle du parenchyme prend à la lumière une couleur verte , qui l'a fait appeler tissu herbacé ^ et il est enveloppé d'un épiderme que M. Féburier ùe croit pas simplement formé par la dernière et la plus extrême couche de ce parenchyme, comme le pensent la plupart des auteurs de physiologie végétale. Les racines ressemblent aux tiges et aux branches par leur organisation, mais leur position les empêche de devenir vertes ; les dernières ramifications de leurs faisceaux de fibres, au lieu de se réunir pour former des feuilles, s'isolent et ne donnent que du chevelu. L'auteur n'adopte pas l'opinion presque générale que les racines n'ont pas de moelle; seulement, dit-il, elle est plus mince. Certaines espèces produisent indépendamment des racines des filets garnis ou terminés par des tuber* cules remplis de substance amilacée ou mucilâgineuse.

Les feuilles ne sont que l'épanouissement des filets médullaires à leur sortie du pétiole; ces filets en composent les nervures, dont le réseau est rempli d'un parenchyme semblable à celui du tissu herbacé , et revêtu de même d'un épiderine. C'est de la distribution des nervures que dépend sur -tout la figure de la feuille.

dans une feuille sont continues jusqu'à rextrémité d une racine, en sorte que partant d un point productif, soit d un bourgeon, soit d une graine, elles ont été simultanément montantes et descendantes ; que dans leur partie montante elles sont soumises à une loi d association ou de fasciculation ; que c'est dans les différentes modifications numériques des faisceaux qu'il faut chercher la source de toutes les différences qui caractérisent les groupes comme classes, genres, et espèces.

Un des arguments qui lui paroissoient les plus propres à justifier cette assertion c'étoit de voir que certains nombres sont beaucoup plus souvent employés que d'autres dans la structure des plantes.

C'est un auteur anglois, Thomas Brown, qui, dans un petit traité peu connu, cherchant à prouver que la nature semble avoir plus de propension à employer le nombre cinq que tout autre , tirant ses principales preuves du régne végétal , annonça en i655 que dans le plus grand nombre des fleurs on trouve ce nombre simple ou multiple dans la distribution de leurs parties. Effectivement il appartient au moins aux ^lo <l6S plantes dicotylédones, tandis que le nombre trois ou ses multiples appartient peut-être au ^Vioo <lcs monocotylédones. D'un autre côté, Brown Êiisoit aussi remarquer que dans le plus grand nombre des plantes à

ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. igi

feuilles alternes, celles-ci se trouvent disposées de manière à former autour de la tige une spirale tellement régulière que la sixième revient constamment au-dessus de la première, et la onzième audessus de celle-là , en sorte qu'elles forment autour de la tige cinq séries régulières.

La première de ces observations paroissoit être une des preuves les plus spécieuses de la proposition de M. du Petit-Tbouars, que la fleur nestquune transformation d'une feuille et du bourgeon qui en dépend. Effectivement le nombre cinq se trouve évidemment dans les nervures palmaires d'un grand nombre de feuilles ; de la vigne par exemple. Rapprochez-en les deux bords et supposez- les soudés en cornet, vous avez une fleur à cinq divisions, par conséquent à cinq étamines, tandis que dans le marronier d'Inde, qui a sept folioles, vous avez sept étamines. Ainsi, suivant l'auteur, la fleur n aurait été composée que d'une seule feuille , tandis qu'il peut y en avoir plusieurs dans le fruit , ce qu'il faisoit dépendre de leur arrangement primordial.

Cette théorie paroissoit séduisante ; mais M. du Petit-Thouars ne dissimule pas que dans plus d'une occasion Tobservation lui a semblé contraire ; et cependant il a été assez heureux pour démêler, dans beaucoup de cas , la cause d'anomalies apparentes. C'est ainsi qu'il trou voit difficile de découvrir la

BOFFOH. COMPLBM. T. III. l3

source du nombre 2 et de ses puissances, comme 4 , 8, etc., dans les fleurs, attendu que les nervures des feuilles doivent toujours être impaires. Pour lever cette difficulté il eut recours à lexamen de trois plantes annuelles qu'il prit dès le moment de leur germination ; de la rave pour représenter les crucifères, du grateron pour les rubiacées, et du lamium pour les labiées. Il trouva entre autres que la nervure principale ou médiane est double dans ces plantes, que par conséquent le nombre total devient pair; et ce qui le satisfit beaucoup pour le moment . ce fut de trouver pareillement la nervure principale des cotylédons ou protopbylles double; mais quel* que temps après , ayant observé avec le même soin Chelianthus annuus ou soleil, il trouva que dans ses cotylédons la nervure médiane est pareillement double, quoique sa fleur soit à cinq divisions comme toutes celles des composées.

Il a même constaté que dans le plus grand nom* bre des dicotylédones la nervure médiane des cotylédons est évidemment double : mais elle paroit $imple dans les ombellifères , et lauteur croit que cest sa ténuité seule qui lui donne cette apparence, ear il est porté à croire que même dans les plantes adultes elle est originairement double. Mais il remet à une autre occasion d appuyer cette opinion par des preuves matérielles.

Il s*e8t contenté de donner comme résultat de Texamen de la germination des dicotylédones, que leur plantule est composée de deux plantes aussi eom piétés que possible, ayant un entre-feuille ou mérithalle et une feuille; que de leur réunion ré^ suite le bourgeon primordial ou la plumule; que c'est elle qui détermine les parties montantes ou aériennes, et qu'en même temps elle forme les racines qui partent de la base; mais on ne les reconnoit pour telles que lorsqu'elles sont parvenues à Fabri de lecorce au point où commence la partie enfouie. La différence entre les deux parties aérienne et terrestre viendroit de ce que dans la première les fibres intégrantes seroient soumises à une sorte de fascicula tion régulière, tandis que dans l'autre elles tendroient à s'éparpiller irrégulièrement. Ainsi les racines ne présenteroient d'agrégation/a5ciculaire que par une sorte de contrainte qu'elles éprouveroient dans le corps de l'arbre, et il seroit de leur essence de devenir simples dès que les circonstances le leur permettroient. Du moins M. du Petit-Thouars étoit porté à le croire , lorsqu'un exemple remarquable est venu lui apporter de nouvelles lupiièrçs sur ce sujet. Ce sont les cucurbitacées qui les lui ont procurées : il a reconnu que dans Iç grand nombre de c«s plantes le corps intérieur ou ligneux de la racine est composé de quatre faisceaux

inté{][rants , formant un cylindre qui se divise sans effort en quatre quartiers. C'est de leur suture que partent les nouvelles racines ou les secondaires. On voit facilement que de chacun des deux qui se trouvent contîgus il sort deux faisceaux pour former ces racines. Il faut remarquer que, par suite du développement de la plumule, la tigelle des eucurbitacées devient pcntagonale , étant composée de cinq faisceaux ; que c'est par conséquent de ce nombre cinq que se compose celui de quatre qui appartient aux racines.

Dans le momordica elaterium , la racine forme une sorte de navet plus renflé que la tigelle. Par l'examen seul de son extérieur on voit qu'elle présente quatre lobes arrondis; si on la coupe en travers, on découvre au centre un noyau ou une sorte de mèche quadrangulaire, entourée de quatre lobes distincts qui paroissent s'y être ajoutés. La bryone présente aussi quelque chose de particulier, mais l'auteur n'a pu encore remonter à la source de ces apparences par le moyen de leur germination; il n'a pu satisfaire pleinement au désir qu'il avoit de s'assurer si dans les autres familles il ne se trouve pas quelque chose d'analogue dans la structure de leurs racines ; il a seulement reconnu qu'elles ont au moins beaucoup de propension à se séparer longitudinalement eu deux portions égales. Gela se re-

marque entre autres dans la bourrache , la rave , le haricot, et toujours c'est des sutures qui s'y trouvent que sortent les racines souvent en séries très rapprochées, notamment dans le haricot. Il est porté à croire que cette séparation ou suture provient de la disposition hinaire des cotylédons. Ces deux genres d'ohservations prennent un plus grand degré d'intérêt par la nouvelle relation qu elles tendent à étahlir entre les deux parties qu'elles concernent, les cotylédons et les racines.

Les grands ouvrages de botanique, dont nous avons successivement annoncé les livraisons, se continuent avec la même assiduité et les mêmes soins.

Toujours infatigables dans un travail d'une immense étendue, MM. de Humboldt et Kunth ont porté à trente-un fascicules leurs Nova gênera etspecies plantarum œquinoctialium , et ils ont fait paroitre le tome troisième de leur Synopsis plantarum œquinoctialiuin or bis novi. M. Kunth , en particulier, a exposé dans un ouvrage spécial les caractères des genres de la famille des térébinthacées.

M. Delesscrt a publié le second volume de se& icônes selectœ.

M. Auguste de Saint-Hilaire a donné quatre cahiers de ses Plantes usuelles des Brasiliens ^ et quatre

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de son Histoire des plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay.

La première partie du Sertum austrocaledonicum , de M. de La Billardière , a été imprimée,

M. Paulet, ce respectable vieillard qui a consacré sa vie à la botanique utile , a donné la seizième et la dix-buitiènie livraison de ses Champignons. Il a aussi fait imprimer sa Fbre de Virgile, dont nous avons parlé Tannée dernière.

Le nombre des espèces nouvelles que ces ouvra^ ges font connoître, celui des genres que les auteurs établissent, sont tels que leur simple catalogue excéderoit les bornes d'une analyse comme la nôtre; C'est à peine s'il nous sera possible d'indiquer les remarques générales que ces savants observateurs présentent, relativement aux caractères et aux limites des familles, quelque intéressantes qu'elles soient pour la science de la botanique.

En examinant cette modification d'organe qu oti a appelée gynobase, M. Auguste de Saint- Hilaire avoit discuté les rapports des ochnacées, des simaroubées, et des rutacées. Pendant qu'il rédigeoit sob mémoire quelques savants étrangers se sont aussi occupés de cette dernière famille, et ont cru pouvoir la diviser en différents groupes. M. de Saint- Hilaire examine leur travail; il établit quelques lois

carpologiques très importantes; il passe en^evue les difiFéreuts genres compris dans la famille des ru-tacées; et après avoir donné une analyse très détail-^ lée de leur ovaire et de leur semence, il prouve que ces genres se nuancent entre eux d une manière trop insensible pour pouvoir être séparés. Il démontre qu'on ne peut pas même éloigner des autres rulacées les espèces à fleurs irrégulières , qui étoient peu connues avant ses voyages y et il conclut quUl faut laisser subsister la famille des rutacées telle qu'elle a été forn^ée par M. de Jussieu.

Dans un mémoire, que M. Auguste de Saint-Hilaire avoit lu plus anciennement à TÂcadémie, il avoit discuté les rapports des plantes qui forment aujourd'hui les quatre familles des droséracées, des violacées, des cistéeSy et des frankeniées , et il avoit montré que ces familles composent un vaste groupe de plantes à jamais inséparables. Son tableau monographique des plantes du Brésil qui appartiennent à ce groupe présente lapplication des principes qu'il avoit établis dans le mémoire qui vient d'être rappelé. Il passe chaque genre eh revue ; il examine l'organisation des plantes qui y appartiennent; il discute leurs caractères et leurs affinités; il les considère sous le rapport géographique, et donne une description complète des espèces.

Dans un travail particulier sur les genres sauvagesia et lavradia M. de Saint-Hilaire fait connottre des faits qui, s*ils viennent à être constatés, apporteront quelques modifications à des règles que Ton croyoit générales.

On ne pensoit pas qu^aucune plante dicotylédonefût commune aux deux mondes. L auteur na trouvé aucune différence entre des individus de sauvagesia erecta cueillis dans presque toutes les parties chaudes de TAmérique , et ceux que Ion a reçus de Guinée et de Madagascar ; et cependant il ne croit pas qu une plante peu remarquable , qui n'est d aucun usage , et dont les graines ne sont ni ailées ni accrochantes , ait pu être transportée par les hommes ni volontairement ni accidentel* lement.

C'est sur-tout lorsqu'on s attache à l'étude spér ciale de quelque famille de corps organisés , et particulièrement des plus petits , que l'on parvient à se faire une idée de l'inimaginable richesse de la nature , et du nombre incalculable des espèces qu'elle a produites.

Les conferves, ces êtres aquatiques d'nne nature ambiguë, qui semblent ne consister qu'en filets membraneux et articulés, remplis de graips ver-

dâtres , lorsqu elles ont été examinées en détail par les botanistes modernes , ont offert tant de différences dans les formes de leurs articulations, dans la manière dont elles s'unissent, dans celle dont leurs filaments se groupent, et dans une multitude d autres circonstances , que d'un genre seul , où Linnaeus les avoit classées, on a été obligé de former une famille entière qui contient déjà plus de cinquante genres . et qui en voit établir chaque jour de nouveaux. G est ce qui arrive aussi pour les lichens, ainsi que nous Favons dit l'année dernière en par^ lant du travail de M. Delise , botaniste, demeurant à Vire , et de celui de M. Fée , pharmacien de Paris. Les conferves font aujourd'hui l'objet d'une étude assidue de la part de M. Bonnemaison , qui , demeurant à Quimper, est placé de manière à observer avec une égale facilité celles de mer et celles d'eau douce. Il a déjà présenté à l'Académie le commencement de son travail. Selon lui, les conferves forment une classe entière qu'il nomme hydrophyies loculés. Dans ce premier chapitre il ne traite que d'une de leurs familles, celle qu'il nomme ^/7icfermécy et qu'il diviseen genres nombreux dont quatre sont établis par lui , et fondés sur ses observations, ou démembrés de ceux de ses prédécesseurs.

Chacun a entendu parler du manioc (Jatropha

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maniot. L.), de cet arbuste dont les racines , après quW en a extrait un suc vénéneux , donnent une fécule nourrissante et salubre nommée cassave, qui est le principal aliment des peuples de la partie chaude de l'Amérique , et des nègres qui y remplissent les colonies européennes. Raynal a cru quil étoit originaire d'Afrique , et qu'il avoit été transporté aux Antilles avec les nègres , auxquels il devoit servir de nourriture. « Les sauvagc;s, dit-il, qui offrirent à nos premiers navigateurs des bananes, des ignames, des patates, ne leur présentèrent point de manioc. » M. Moreau de Jonnès a prouvé au contraire , par des témoignages contemporains, qu'ils ne présentèrent point de bananes , mais bien une racine qui, sous le nom de juca, ne difïëroit point du manioc ; et sa fécule , nommée cassabi ou cassave comme aujourd'hui : ce sont les Portugais qui ont porté le manioc en Afrique avec le mais. M. de Jonnès a recherché avec beaucoup de soin l'origine primitive et Thistoire des irradiations de cet utile végétal. Colomb, Drake, Newport, l'ont trouvé dès les quinzième et seizième siècles chez les sauvages des diverses Antilles. Améric Vespuce l'a vu servir de nourriture ordinaire à la Guiane; Bartidas dans la province de Sainte-Marthe ; Cabrai et Pigafetta au Brésil ; mais, par une singularité remarquable, il étoit inconnu dans l'Amérique sep-

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tentrionale et dans toutes les provinces situées sur la mer du Sud ; c est parcequ'on a transporté le nom dejuca à Yarum virginicum que Ion a cru le manioc cultivé par les habitants de la Floride.

Gomme le manioc venu de f][raines n a pas de racines tubéreuses , il n est pas probable qu'il se soit répandu dans le vaste espace qu'il occupe par les agents naturels ; ce sont plutôt les peuples qui se le sont transmis les uns aux autres.

Une ancienne tradition des Haïtiens, rapportée par Pierre Martyr, pourroit faire croire qu'il étoit primitivement naturel de Saint-Domingue ; mais aujourd'hui on ne l'y trouve plus à l'état sauvage ; et M« de Jonnès ayant comparé les dénominations par lesquelles les différentes peuplades désignent le manioc et ses préparations les a trouvées plus nombreuses au Brésil qu'ailleurs , et a reconnu que celles dont on se sert plus au nord et en moindre nombre dérivent de celles du Brésil: d'où il conclut que c'est ce dernier pays qui est la vraie patrie du manioc, et la contrée où il a d'abord été cultivé et employé par les hommes. Ce qui le confirme dans cette idée c'est que c'est aussi au Brésil que le manioc a produit le plus grand nombre de variétés, et qu'il y en avoit déjà vingt-trois du temps de Marcgrave, tandis que les Galiris de la Guiane n'en ont jamais eu que six ou sept, et les Garaïbes que

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quatre; Saint-Domingue n'en possédoit que deux quand on le découvrit. Selon M. de Jonnès , c'est dans la chaîne des Andes et dans le peu de coni'^ munication des habitants des Antilles avec le Mexique et la Floride qu'il faut chercher les causes qui ont limité la propagation du manioc à l'espace où il se trouvoit répandu lors de la découverte de TAmérique, c'est-à-dire entre le fleuve de la Plataau midi, les Cordilières à l'ouest , et le canal de Bahama au nord.

Les auteurs latins parlent beaucoup d'un certaiu bois qu'ils appeloient citrus ou dtrum, et dont ils faisoient des meubles, et sur-tout des tables d'un prix qui aujourd'hui paroitroit extravagant, même aux hommes dont le luxe est porté le plus loin; Pline en cite des tables vendues une valeur de plus de 200,000 francs de notre monnoie actuelle , et une qui le fut 287,000 , quoique les plus grandes n^eussent pas en une seule pièce quatre de nos pieds de diamètre. Ce n étoit pas à beaucoup près notre citronnier d'aujourd'hui , qui est le malus medica des anciens , et dont les caractères sont tout différents. M. Mongès , membre de l'Académie des Belles-Lettres , a cherché à déterminer la véritable espèce du ciirus des Romains. A cet effet il a recueilli et comparé tous les passages des anciens où il en est

ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 2o5

question. Pline esta cet égard son auteur principal. On trou voit , dit-il , le citrus dans TAtlas ; c'étoit avec les loupes ou excroissances de son tronc et de ses branches, mais sur-tout avec celles de ses racines, que Ion fabriquoit des tables précieuses. La beauté en consistoit dans des veines ou des taches qui rappeloient celles de la peau du tigre, ou celles de la panthère, ou les yeux de la queue du paon, ou d'autres figures variées ; le fond de la couleur ajoutoit à leur prix ; on estinioit de préférence celles qui imitoient la couleur du moût de vin : des taches d'une autre nature, des parties autrement colorées que la mode ne lexigeoit, y étoient des défauts. Oa employoit différents procédés pour mettre ce bois à l'état qui plaisoit le plus aux acheteurs. On l'enfbuissoit dans la terre , on le mettoit dans le blé; on l'enduisoit de cire; quelque séjour dans Feau de mer le durcissoit; il se polissoit par la main de rhomme. Ce citrum étoit l'arbre qui avoit les plus grosses racines ; il surpassoit à cet égard le platane et le chêne ; malgré sa beauté on lui auroit préféré l'érable s'il avoit fourni des pièces aussi grandes. On en tiroit de l'huile, qui, ainsi que celle du cyprès , avoit les mêmes vertus que celle du myrte. A ces détails Pline ajoute que le citrus est le thuion d'Homère et deThéophraste, et cela est en effet très vraisemblable , au m'oins pour ce dernier, selon le-

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quel (liv. V, ch. 5) « le thuion , appelé aussi thuia , u croit auprès du temple de Jupiter Ammon , et « dans le territoire de Cyrène ; ressemble au cyprès, «et sur-tout au cyprès sauvage par les branches, « par les feuilles , par le tronc , et par le fruit; a le ubois incorruptible, et des racines très crépues, « dont on fait des meubles précieux. »

M. Mongès croit aussi pouvoir rapporter au même arbre un passage de Pline, liv. V, chap. i, où il n est pas fait mention de son nom , mais où il est dit : qu au rapport de Suétonius Paulinus le pied de FAtlas est couvert d'épaisses forêts d^un arbre inconnu , remarquable par Félévation de son tronc luisant et sans nœuds, dont les feuilles ressemblent à celles du cyprès, dune odeur forte, et couvert d'un duvet léger, dont avec Fart on pourroit faire des vêtements comme on en fait du bombyx.

M. Mongès après avoir fait une revue des différents arbres qui ont été considérés par divers botanistes, comme le citrum ou le thuium des anciens, et n'en trouvant parmi ceux de FAtlas aucun qui réponde à son gré à ce que Pline et Théophraste en ont dit, suppose que Fespéce en a été détruite sur cette chaîne de montagnes, comme celle du cèdre le sera probablement bientôt sur le Liban, et croit que si le citrum existé encore quelque part

OD doit le chercher dans une espèce de genévrier, improprement appelé juniperus thurifera par Linnaeus, et que Tournefort et Olivier ont observé sur le mont Taurus.

M. Desfontaines pense que c'est plutôt le tamarix orientaliSy ou Valtée des Égyptiens modernes ; mais il nest, selon M. Mongès, ni assez grand ni assez précieux pour répondre aux descriptions d u citru m : il n arrive pas à la grosseur du corps d*un homme, et c'est le bois de chauffage et de menuiserie le plus commun en Egypte.

M. Sprengel, dans ses notes sur Théophraste imprimées en 1822, voit le citrum dans le thuia ariiculata de Vahl ; arbre fort semblable au cyprès , de vingt-quatre à trente pieds de haut, sur douze à quinze pouces de diamètre, que M. Desfontaines a observé près de Tripoli, et que M. Dellacella a surtout trouvé en grande abondance dans la Cyrénaï* que. M. Mongès le regarde aussi comme trop petit, mais peut-être n est-il pas nécessaire de beaucoup sarrèter aux difficultés prises de la grandeur. Il n'en est question que dans le passage tiré de Suétonius Paulinus, qui n'est pas très évidemment relatif au citrum. D ailleurs il seroit possible , et M. Mongès lui-même semble le penser, que ces grands morceaux si recherchés pour des meubles de luxe ne fussent pas les produits ordinaires de

Tarbre, mais des excroissances, des monstruosités y peu communes; et même cette circonstance expliqueroit mieux que toute autre leur énorme cherté. Il faudra donc retrouver parmi les arbres assez nombreux, auxquels conviennent plus ou moins les descriptions vagues données par les anciens de leur thuion ou de leur citrum , quel est non pas celui qui devient le plus grand, mais celui qui est le plus sujet à ces sortes d*excroissances dont les veines et les taches pourroient produire un efïet agréable.

G est aux voyageurs qui visiteront de nouveau TAtlas et la Cyrénaïque qu'il appartiendra de résoudre complètement ce problème.

M. Bory Saint -Vincent -à rendu un service réel aux botanistes , en imaginant un appareil au moyen duquel les plantes destinées à entrer dans leurs herbiers se dessèchent plus vite et sans être autant altérées dans leurs couleurs que par les procédés ordinaires.

Cest une planchette percée de trous à laquelle s attache d un côté une toile garnie à son bord libre d une petite tringle de fer, et qui, au moyen de deux courroies , serre contre la planchette les feuilles de papier et les plantes que Ion place entre elles après leur avoir fait subir une première compression. La

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circulation de laii* accélère la dessiccation, et empêche la fermentation qui noircit les couleurs; on réussit par-là à conserver des orchis , des liliacées et d^autres plantes qui sont communémentfortdéfigurées dans les herbiers.

Chacun a pu remarquer que les vieux arbres peuvent perdre leur moelle sans en périr, et il n'est personne qui n'ait vu des troncs dormes ou de saules creusés par la pouriture de tout leur intérieur, et n'en produisant pas moins chaque année des feuilles et des branches. Mais M. du Petit- Thouars desiroit de savoir s'il en étoit de même dans les jeunes pousses dont la moelle est encore verte et enveloppée seulement d'une couche ligneuse tendre, et il éprouvoit quelque embarras sur la manière la plus concluante de faire cette expérience, lorsqu'un petit insecte, le callidiiim populeum, lui a donné une solution du problème. C'est un coléoptère dont la larve se loge dans l'épaisseur des jeunes pousses du ])euplier blanc , en dévore la moelle et en écarte les parois ligneuses et corticales, de manière à produire dans la pousse un renflement dont les traces subsistent pendant quelques années. Ces pousses ne souffrent pas sensiblement de Talteration que cet insecte leur fait

BUPFOII. COMPL»f. T. III. l4

éprouver dans une partie que Tod pouvoit ciroire si essentielle.

On sait depuis long- temps que plusieurs des parties des végétaux sont essentiellement de même nature et peuvent se changer les unes dans les autres; que les étamines se changent en pétales dans les fleurs doubles ; que les pétales se changent eu feuilles; que les pistils eux-mêmes prennent cette forme ; et Linnaens , dans une belle dissertatiop , a établi sur ces faits une théorie d'après laquelle la fleur tout entière n est que le développement simultané de toutes les parties d une branche, et le bourgeon à fleur ne diffère du bourgeon à bois que par une vie plus prompte et plus concentrée.

M. Baspail, jeune botaniste, daqs un grand travail sur les graminées , a été conduit à étendre cette théorie jusqu a la graine elle-même. Selon lui Fembryon ne seroit quune sommité de rameau que laction du fluide du pollen a détachée du cône qui le supportoit, et laissé renfermé dans la cavité de la feuille, à l'aisselle de laquelle il appartenoit, feuille dont le tissu cellulaire en se gonflant lui sert de périsperme ; le style et le stigmate ne sont qu'un développement incomplet du chaume de cp bourgeon. La fécondation dans les végétaux n est qu'un isolement ; tout bourgeon contient 1 équivalent

d une gi^aine ; et toute la plante se réduit primitivement à un cône ascendant, à un cône descendant , et à une articulation qui est le foyer et le centre de leur action et de leur existence.

Cette théorie repose sur des observations nombreuses et curieuses, relatives aux parties de la fleur dans les graminées, et sur des hypotbèses ingénieuses par lesquelles Fauteur chercbe à expliquer leur origine et les particularités de leur structure.

Ainsi la paillette supérieure de ces fleurs a tantôt les nervures en nombre pair, tantôt en nombre impair; et, dans le premier cas, lepillet auquel elle appartient a toujours plusieurs fleurs. Au contraire, dans le second cas, il n'y a qu'une fleur : d'où M. Baspail conclut que cette nervure impaire est le pédoncule d'une fleur avortée. Il a trouvé une confirmation sensible de cette conjecture dans cette variété de l'ivraie que l'on appelle lolium compositum , et dont l'épi est changé en partie en panicules. IjCS axes des épillets ainsi surajoutés y sortent de la base des paillettes, et ne sont que des développements de leurs nervures médianes.

L'auteur suit cette idée dans la graine qui germe. Le cotylédon lui paroît jouer à l'égard de la première feuille le même rôle que le chaume à l'égard

de la première feuille du bourgeon, ou que le pé-

doncule de la seconde fleur à Fégard de la paillette à nervures paires de la première : il en est la nervure médiane détachée; il représente, au milieu du périsperme farineux, le chaume encore renfermé dans la feuille qui lui sert de spathe.

Les filaments des étamines paroissent à M.Raspail les nervures des valves du calice, et les anthères des portions de ces valves remplies de pollen , lequel ne consisteroit lui-même qu en cellules injectées et isolées. Les petites écailles placées entre les étamines, et que plusieurs ont nommées pétales, seroient les débris de ces mêmes valves du calice.

M. Gaudichaud, Tun des naturalistes qui ont accompagné M. Freycinet dans son expédition autour du monde, et qui est chargé de rédiger dans la relation de ce beau voyage la partie botanique, a présenté à l'Académie une flore des îles Malouines.

Situées entre le 5i® et le 62^ degré 3o minutes de latitude sud , ces îles sont sujettes à des hivers très longs et très rigoureux , pendant lesquels la terre est chargée d'une neige épaisse. Le climat en est extrêmement humide. TjCs côtes sont bordées de rochers et de dunes, et l'intérieur composé de montagnes peu élevées et de plaines couvertes de lacs et de marais. Le sol est une tourbe spongieuse qui setend sans interruption sur les plaines et les

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montagnes, et qui se refuse à toute culture ; aussi les diverses colonies européennes qui ont tenté à diverses reprises de s'établir dans ces îles se sont-elles vues obligées de les abandonner. Néanmoins ce sol produit beaucoup de plantes, mais qui appartiennent à des espèces peu nombreuses. Il n'y vient pas un arbre; et l'arbrisseau le plus élevé, la veronica decussata de Willednovv^, ne s y élève pas audessus de six pieds. L'une des espèces les plus remarquables est une graminée (festuca Jlabellata de Tiamarck), dont les feuilles s'étalent en éventail comme celles des iris, et dont la tige vers sa base a le goût savoureux du chou-palmiste.

M. Gaudicbaud annonce que, malgré la pauvreté de leur végétation, les Malouines possèdent plus de quarante espèces qui n'ont pas encore été trouvées ailleurs.

Les familles dominantes sont les lichens, les fou* gères , les mousses , les cypéracées , les graminées , les synanthérées, et les renonculacées.

Nous regrettons que les bornes prescrites à notre travail ne nous permettent pas d'entrer dans les détails des espèces décrites par l'auteur, et des particularités qu'il en rapporte; mais les botanistes trouveront bientôt ces résultats intéressants dans la suite du bel ouvrage où sont consignés tous ceux de l'expédition de M. Freycinet.

2l4 BOTANIQUE

Nous regrettons également de ne pouvoir donner assez d étendue à lanalyse du grand travail de M. Adrien de Jussieu sur la famille des rutacées. Lexamen quil a fait du plus grand nombre des espèces connues, les dessins exacts qu'il a donnés de leurs fleurs et de leurs fruits, et les rapports nombreux quil a saisis entre leurs différents groupes , donnent une grande importance à cette dissertation. L auteur y divise les ru tacées en cinq groupes généraux.

Celui des zygophyllées est composé d'arbres, d'arbrisseaux, et de plantes herbacées à feuilles composées et accompagnées de stipules. Les fleurs, toutes hermaphrodites, ont un calice à quatre ou cinq divisions, autant de pétales; des étamines hypogynes en nombre double des pétales ; un ovaire à deux ou cinq loges renfermant deux ou un plus grand nombre d'ovules; une capsule également à deux ou cinq loges; autant de valves; une ou plusieurs graines dans chaque loge; l'embryon vert; les cotylédons foliacés ; la radicule supérieure.

Celui des rutées se distingue des zygophyllées par ses fruits divisés en lobes; par l'embryon entouré d'un périsperme charnu; par les feuilles, alternes, sans stipules^ et parsemées de glandes, si Ion excepte cependant le paganum dont le fruit est entier, et dont les feuilles non glanduleuses sont

ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 2l5

accompagnées de stipules. Ce genre intermédiaire entre les deux groupes établit le passage presque insensible de Tun à 1 autre.

Le groupe des diosmées le plus nombreux en genres et en espèces réunit des arbres et des arbrisseaux. I^urs fleurs hermapbroditesrégulièrcset irrégulières ont un calice à quatre ou cinq divisions, quatre ou cinq pétales libres ou soudés; les étamines hypogynes en nombre égal ou double de celui des pétales, quelquefois moindre; un ou cinq ovaires , deux ovules dans chaque loge ; la capsule composée de coques réunies ou distinctes; lendocarpe cartilagineux, bivalve, se séparant du sarcocarpe à la maturité; une ou deux graines dans chaque loge ; les feuilles parsemées de glandes. M. de Jussieu divise les diosmées en quatre sections.

Les zanthoxylées, qui forment le quatrième groupe, sont des arbres et arbrisseaux à feuilles alternes ou opposées, simples ou composées, souvent parsemées de points glanduleux. Tjcurs fleurs régulières et unisexueiles ont un calice à quatre ou cinq divisions, des pétales en pareil nombre, quelquefois nuls; quatre ou cinq étamines dans chaque fleur mâle, avec un rudiment de pistil. Les fleurs femelles ont souvent des étamines stériles. L'ovaire est simple, à deux ou cinq loges, surmonté dun

2â6 botanique;

style, ou bien multiple, avec autant de styles que d ovaires; deux ovules dans chaque log[e, dont un avorte souvent; le fruit capsulaire ou charnu, la graine entourée d'une enveloppe cassante, un périsperme, la radicule supérieure.

Le cinquième groupe, celui des simaroubées, a pour caractères des fleurs hermaphrodites, rarement unisexuelles, des calices à quatre ou cinq divisions, autant de pétales et detamines, dont la base de chaque filet s élargit en forme d écaille; quatre ou cinq ovaires contenant chacun un ovule, la graine recouverted'uneenvcloppe membraneuse, les cotylédons épais, la radicule supérieure, point de périsperme : les tiges ligneuses ; les feuilles le plus ordinairement composées et non ponctuées.

L auteur rappelle quelques genres dont Taffinité avec les rutacéeslui paroît encore douteuse, et qui doivent être soumis à un nouvel examen.

On voit, d'après ce qui vient detre exposé, que la famille des rutacées, formée d'un grand nombre dedivisionsetsous'divisionsliceslesunesaux autres par des affinités réciproques, a peu de caractères communs à tous les genres dont elle se compose, et qu'on ne peut conséquemment la définir avec une grande précision.

Il n'est pas possible non plus de ranger ces genres à la suite les uns des autres dans une série linéaire,

et eest ce qui a déterminé lauteur à tracer une sorte de réseau sur lequel, autour du principal g[enre de chaque division générale, il a placé ceux qui ont avec lui le plus d affinité, mais de manière à indiquer aussi les rapports qulls ont avec d autres genres.

Ce qui est très remarquable c'est que ces divisions et subdivisions établies sur des caractères botaniques se trouvent en rapport avec la distribution géographique des plantes dont elles se composent.

Les subdivisions des diosmées par exemple habitent Tune exclusivement dans TAmérique éc(uatoriale^lautreà la Nouvelle-Hollande, une troisième au cap de Bonne-Espérance, et une quatrième au midi de FEurope. Cette dernière est celle qui a le plus de rapport avec les rutacées, et les rutacées habitent également le midi de FEurope. Les simaroubées sont indigènes de TAmérique équatoriale, et c'est de la division des diosmées américaines qu elles se rapprochent le plus.

Plusieurs plantes médicinales, mais dont les propriétés sont fort variables, appartiennent à cette famille. Tels sont le gcaac, la rue, le zantoxylum , le cuspariafebrifugay dont l'écorce est connue dans les pharmacies sous le nom d'auguslura; le simaroubay le quassia amara; et elle réunit aussi des plantes d a-

2l8 BOTANIQUE

grément, comme la fraxinelle et plusieurs diosma du Gap, remarquables par Télégance de leurs formes et de leurs fleurs.

Ije cycas est un arbre des Indes , très remarquable par sa moelle qui doune une sorte de sagou très nourrissant, et par ses fruits qui , mangés sans précaution, sont un puissant vomitif, mais qui deviennent un aliment salubrc par la macération, et sont la nourriture obligée des Malais pendant les funérailles de leurs proches. Ses feuilles ressemblent à celles des fougères , mais ses organes de reproduction sont tellement singuliers que Ion hésite depuis long-temps sur la place que l'on doit lui assigner dans le régne végétal.

M. Robert Brovv^n en fait une famille particulière qu'il range entre les monocotylédones et les dicotylédones. M. du Petit-Thouars , qui Ta beaucou[) étudié à rUe-de-France, lui trouve beaucoup d'analogie avec les osmondes.

Cet arbre a été le sujet des observations de M. Gaudicbaud.

Il nous apprend qu'il repousse non seulement de l>outures, mais par de simples rondelles ou des fragments coupés sur les têtes des jeunes plants, et qu'il n'est pas même nécessaire d'enterrer, mais qui disséminés à la surface du terrain poussent pronip*-

tement des racines. Ce sont des espèces de bourgeons. Le tronc se ramifie comme celui du dracœna et du palmier-doum. Les naturels de certaines iles à qui le sagou de cycas sert de principal aliment , après Tavoir extrait de larbre, le macèrent dans Feau, et ensuite le font sécher sur des feuilles de palmier. Les spadices des individus femelles sécrètent une espèce de gomme très semblable à celle que Ion nomme adragant, et qui sort d'un astragale ; et, selon M. Gaudichaud , il est tel arbre dont on en retireroit cinq et six livres pesant.

L auteur croit en conséquence que le cycas pourroit être cultivé avec avantage dans nos colonies.

M. du Petit-Thouars a annoncé à ce sujet que, dans son opinion, le sagou est une production commune à beaucoup de fougères et de palmiers, et peut-être à toutes les plantes monocoiylédones.

Il croit même qu'on pourroit trouver un sagou indigène dans le blanc de lasporge.

Cette moelle diflère de la fécule des dicotylédones, de celle des pommes de terre, par exemple, principalement à cause de la présence de ce gluten animal qui caractérise aussi la farine des céréales.

M. Lamouroux , professeur à Caen , que les scien^ ces ont perdu cette année, a voit présenté peu de jours avant sa mort à l'Académie , dont il étoit cor-

respondant, un grand travail sur la distribution géographique des plantes marines. Elles sont réparties d après des régies fort semblables à celles qui régissent la distribution des plantes terrestres. Celles des côtes de rAmérique méridionale, par exemple , diffèrent de celles de l'Europe et de l'Afrique tout autant que les plantes de la surface de ces deux continents.

Il y a dans la mer comme sur la terre de grandes contrées qui ont chacune en propre son système de végétation. Ainsi l'Océan septentrional , depuis le pôle jusqu'au 4o^ degré de latitude nord , la mer des Antilles , y compris le golfe du Mexique , les côtes orientales de l'Amérique du sud , celles de la Nouvelle-Hollande , celles de la mer des Indes , la Méditerranée et ses divers golfes, la mer Rouge, etc., offrent autant de grandes régions marines à végétation particulière.

Les plantes marines sont ainsi confinées dans certaines régions par des causes analogues à celles qui limitent ou qui favorisent l'extension des plantes terrestres, la nature du sol et des roches, les pro-» éminences des terres, la profondeur de l'eau, les courants, la quantité de l'eau douce que les fleuves jettent dans certaines plages. Les stations de ces végétaux aquatiques sont encore très dignes de re^ marque. Il y en a, par exemple, qui s'établissent

ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 2:il

constamment dans les lieux que la marée couvre et découvre chaque jour, d'autres dans ceux cju elle ne découvre qu'aux syzygies ou même qu'aux équinoxcs ; il en est enfin qui veulent toujours être cachés sous les eaux.

Dans certaines espèces les individus vivent rapprochés en société et couvrent de grands espaces ; dans d'autres les individus vivent épars et mêlés parmi des espèces différentes.

Les plantes marines que la même saison voit naître et mourir se plaisent dans la zone polaire; les plus ligneuses sont plus multipliées entre les tropiques.

Au reste l'auteur ne donne pas encore ces règles comme immuables; et en effet l'on ne connoit pas à beaucoup près l'histoire des plantes marines autant que celle des plantes terrestres ; on n'a décrit jusqu'à ce jour que mille six cents espèces des premières , et il s'en faut beaucoup c|ue l'on ait pu suivre chacune d'elles dans tous les lieux où elle peut exister.

M. Delïse a continué l'histoire des lichens, dont nous avons annoncé les premières parties en 1823. Utraite , dans un deuxième mémoire , du genre roccellay auquel appartient l'orseille des teinturiers. Ses espèces ne croissent que sur les rochers des

bords de la mer, et se rapprochent des fucus }>ar la forme alongée de leurs rameaux et par 1 empâtement qui les fixe à la pierre. Elles sont bien moins nombreuses que celles du genre s^icte^ et Fauteur n en counoit que sept qu'il décrit avec beaucoup de «oin.

M. Delile, professeur à Montpellier, et correspondant de TAcadémie, lui a fait connottre un accident arrivé dans la ville où il réside, et qui prouve de plus en plus combien il faut se défier des champignons sauvages. Deux personnes y sont mortes pour avoir mangé des champignons pris dans une quantité dont le reste fut mangé sans inconvénient par une autre famille. Uagaricus bulbo* sus, espèce très dangereuse, se trouvoit dans les deux portions; et ceux qui lavoient fourni en faisoient usage depuis long-temps sans en souffrir. M. Delile attribue cette différence à celle de la pré* paration; le sel, le vinaigre, lebuUition, la près* sion, neutralisent quelquefois dans un champignon ^es qualités vénéneuses , et font illusion sur le dan* ger qu'il peut faire courir si on le mange sans avoir au préalable employé les mêmes moyens.

Les belles collections qui enrichissent la botanique ont continué avec le même succès. Les Nova gênera et species de MM. de Humboldt et Kunth

sont terminés avec le septième volume. Les trois collections que publie M. Auguste de Saint-Hilaire se continuent heureusement. Sa Flore du Brésil, en est au quatrième fascicule; son Histoire des ptcmtes tes plus remarquables de ce pays au cinquième, et il y ep a déjà huit de ses Plantes usuelles des Brasiliens. Jje respectable M. Paulet, le doyen des botanistes, a donné encore deux cahiers de ses Champignons; et M. le chevalier Smith, correspondant, a publié le troisième volume de sa Flore angloise. Je n ai pas besoin de dire quil mest impossible d'indiquer même en abrégé toutes les observations neuves dont, par leur nature, de tels ouvrages sont remplis. Il me suffîradonc d en avorr rappelé les titres.

Les végétaux dont les racines doivent être plongées dans la terre dirigent vers le centre du globe la radicule de leur embryon ; et depuis long-temps les physiciens recherchent la cause déterminante de ce mouvement, qui tient sans doute , à quelques égards, à la gravitation, mais dans lequel il entre nécessairement aussi quelque autre action de la part du végétal lui-même. La radicule du gui ne présente pas ce phénomène : elle se dirige vers les corps sur lesquels la graine de cette plante parasite est collée; en sorte qii'en fixant des graines de gui

sur la surface d une sphère on voit toutes les radicules se diriger vers le centre de cette sphère. M. Dutrochet a établi, par des expériences dont nous avons rendu compte en 1821 , que cette direction spéciale est le résultat d'une action vitale; et il pensait que Fattraction des corps sur lesquels la graine du gui se trouve fixée en était la cause déterminante. Mais plus récemment, en plaçant des graines de gui dans une obscurité complète, il s'est aperçu que leurs radicules n'observoient plus aucune direction fixe vers les corps sur lesquels elles étoient attachées; et il en a conclu que leur direction vers ces corps a pour seule cause déterminante la tendance que manifeste la radicule du gui à fuir la lumière. Fixé sur un corps opaque, l'embryon du gui dirige sa radicule vers ce corps, parceque c'est de ce côté seulement que ne lui arrive point la lumière afQuente de tous les autres côtés.

Le même naturaliste a fait des expériences d'un intérêt encore plus général et propres à éclaîrcir non seulement la physiologie végétale, mais celle de tous les corps organisés ; leur objet était sur- tout de trouver à l'ascension de la sève une cause qui ne fût point susceptible des mêmes objections que celles qui ont été imaginées jusqu'à ce jour, telles

que la capillarité des vaisseaux, la contractilité de leurs parois, levapo ration à la surface, et autres semblables, dont le peu de fondement lui paroissoit démontré, parcequ'ii n'en est aucune dont on ne puisse prouver Finsuffiçance. Le hasard lui fit remarquer que les capsules de certaines moisissures se remplissoicnt d'eau au travers de leurs parois , pendant qu'elles expulsoient par leur orifice une substance plus dense qp elles contenoient auparavant. Ce fait éveilla aussitôt ses idées, et il chercha à le reprod u ire plus en grand . Des cœcunïs d'oiseaux plongés dans l'eau , quoique liés au bout ouvert, se rem.plirent de ce fluide; ouverts, l'eau y pénétroit par leurs parois en chassant devant elle les matières qu'ils pou voient contenir, telles que du chyme ou du lait; et ces phénornénes duroient tant que ces matières n'étoient pas putréfiées : alors l'inverse avoit lieu , l'eau intérieure étoit chassée au dehors, et le petit intestin devenoit flasque.

M. Dutrochet eut alors l'idée de fermer, au moyen d'un des cœcums, l'extrémité inférieure d'un tube rempli d'eau gommée, et de le plonger à demi dans l'eau. Le liquide ambiant suivit la route accoutumée : il pénétra dans l'intestin, et avec assez de force pour soulever l'eau gommée , et la faire monter jusqu'à ce qu'elle s'écoulât par l'extrémité supérieure du tube.

BUFPON. GOMPLF.M. T. III, l5

Ea variant ces expériences, M. Dutrochet est arrivé à cette conséquence générale, que toutes les fois que deux liquides de densité différente sont séparés par une membrane organique, le moins dense se porte avec force du côté où est le plus dense, et que la cavité où étoit ce dernier se remplit et devient ce qu'en physiologie Ion nomme turgide; à moins toutefois que la nature chimique des liquides ne s y oppose, 1 alcalinité en certains cas produisant le même effet que la moindre densité. M. Dutrochet nomme endosmose cette tendance d'un liquide à pénétrer dans l'intérieur d'une cavité organique, et exosmose la tendance contraire; et Ion comprend aisément que par le moyen des impulsions et des expulsions que ces tendances doivent produire il lui est aisé de donner des explications plausibles des mouvements qui ont lieu dans les fluides des végétaux; il les applique même aux sécrétions des animaux.

Mais l'endosmose et Fexosmose avoient ellesmêmes besoin d'une explication , et l'auteur la trouve dans l'observation faite il y a quelque temps par M. Porrett, que lorsque deux fluides sont séparés par une membrane organisée, si Ion électrise l'un des deux , i! se porte avec force du côté de celui qui n'est pas électrisé; et dans la loi générale de 1 électricité galvanique, qu'aussitôt que deux

corps de densité différente sont en contact, Tun des deux s'élcctrise positivement et lautre négativement.

C'est ainsi qu'il est conduit à conclure que l'électricité est Yagent immédiat des mouvements vitaux.

II fait des applications ingénieuses de sa théorie aux mouvements du sang dans les vaisseaux capillaires, à ceux de la lymphe, et aux sécrétions; l'inflammation et la turgescence érectile sont pour lui des endosmoses portées à un plus haut degré, des hyperendosmoses : il voit, par exemple, la cause de l'inflammation que produit un corps étranger dans l'hyperendosmose amenée par la densité de ce corps supérieure à celle du sang environnant; et l'action antiphlogistique des cataplasmes et des autres substances humides lui parolt dépendre de l'atténuation qu'elles produisent dans les matières dont la densité excitoit une endosmose extraordinaire.

Nous ne suivrons pas l'auteur dans tous les développements de sa doctrine; mais on en trouvera un exposé complet dans l'ouvrage qu'il vient de publier, et qui est intitulé : [Agent immédiat du mouvement vital dévoilé dans sa nature et dans son mode dt action chez les végétaux et chez les animaux; I vol. in-8", Paris, 1826.

Depuis long-temps les botanistes ont remarqué dans la végétation des changements à-peu-près semblables quant au nombre des plantes , et quant aux genres et aux espèces auxquels elles appartiennent, lorsqu'ils se sont rapprochés du pôle, ou qu'ils se sont élevés vers les sommets des hautes montagnes. Le refroidissement progressif de la température dispose les végétaux à se ranger sur les divers étages des chaînes, comme aux différentes zones de la terre, et Tune de ces échelles représente l'autre en petit. On comprend néanmoins que cette conformité ne peut pas être complète. Ni la succession des jours et des nuits, ni letat et le poids de lair, ni la nature des météores, ni les facilités ou les difficultés de la dissémination des plantes , ne sont les mêmes ; et par ces raisons il reste toujours intéressant d'étudier sous ce rapport la végétation des montagnes, sur-tout celle des pics isolés, dont par beaucoup de causes les caractères doivent être phis prononcés.

C'est ce qui avoit engagé M. Ramond, que l'Académie a eu le malheur de perdre il y a seulement quelques semaines, à s'occuper, avec une suite toute particulière , de la végétation du pic du Midi de Bagnères , sommité de la lisière septentrionale des Pyrénées, élevée de plus de 3,ooo mètres audessus de la mer, et qui se trouve séparée des

sommets semblables les plus voisins par des intervalles rabaissés, et longs de deux et trois lieues. M. Kamond y est monté trente-cinq fois en quinze années différentes, et na rien négligé pour constater tous les points de sa constitution physique aussi bien que pour en recueillir tous les végétaux, quelque microscopiques qu'ils soient. La chaleur de lair s y porte rarement en été au-dessus de 16 ou 1 7° ; mais son sol schisteux et noirâtre s'échauffe bien davantage, et il élève quelquefois le thermomètre à 35*^ lorsque lair libre ne le fait monter qu'à 4 ou 5**. A cet échauffement du sol se joint la vivacité de la lumière , la transparence de l'air. L'évaporation que cette transparence provoque fait vivement contraster la froideur des nuits avec la chaleur des jours; les neiges n'y sont nulle part perpétuelles , et toutefois ce n'est guère qu'après le solstice qi^ll commence à s'y montrer des fleurs : la floraison devient générale pendantle mois d'août, et se soutient pendant celui de septembre; passé le 1 5 octobre il n'y a plus rien ; l'automne y finit quand le nôtre commence. Tout le reste de l'année appartient à l'hiver; mais pendant un été si court la température varie encore souvent et brusquement, par Imfluence des plaines environnantes : souvent au milieu du plus beau jour on voit le sommet du pic s'entourer de nuages , et sa surface se couvrir d'une

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gelée blanche ; et c est sur-tout par ces vicissitudes que le climat des montagnes doit se différencier de celui des régions arctiques, où tout concourt à donner aux phénomènes atmosphériques une continuité qulls ne peuvent avoir dans nos montagnes. Tel est un résumé fort court du tableau animé que M. Ramond a tracé de ce site singulier. Il le fait suivre de Ténumération des plantes qu'il y a recueillies. Malgré le peu d'étendue de Fespace, elles sont au nombre de cent trente- trois espèces : soixante-onze plantes ordinaires et soixante cryptogames ; encore Tauteur ne se flatte-t-il pas de n^en avoir pas laissé échapper quelqu'une de ces dernières , d autant que la facilité que la plupart ont de croître par-tout les rendoit moins importantes pour l'objet qu'il se propose. Parmi ces cryptogames il y a cinquante-un lichens; les hépatiques, les mousses, les fougères, n'ont fourni que onze espèces. Parmi les autres plantes que M. Ramond croit avoir à-peu-près toutes recueillies une seule a la consistance d'un arbrisseau ; c'est un très petit saule, salix retusa: des arbres ne pourroient résister aux ouragans de ces cimes; rien n'y subsiste, dit M. Ramond , que ce qui rampe, ce qui se cache ou ce qui plie. Parmi les herbacées il n'en est que cin({ dannuelles, toutes les autres sont yivaces. LiCs plantes annuelles n'ont qu'une existence pré-

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Caire dans une région dont les intempéries couipromettent tour-à-tour la fécondation des germes, la maturation des fruits , la germination des graines ; les plantes vivaces au contraire peuvent attendre les jours favorables. Ces plantes appartiennent à cinquante genres et à vingt-trois familles. Les composées seules forment un sixième du total ; les cypéracées et les graminées un septième ; les crucifères, les caryopbyllées , chacune un douzième; les lysimachies, les joubarbes, les saxifrages , les rosacées, les légumineuses, autant de dix-huitièmes. A l'exception de quelques espèces communes , ces plantes sont généralement étrangères aux contrées limitrophes, mais il s'en retrouve une partie sur les Alpes; une autre partie est propre à la chaîne des Pyrénées , et il en est plusieurs que Ion ne revoit que dans les régions polaires ; il y en a jusque dans File Melville, découverte récemment par le capitaine Parry ; la Flore de cette île n offre que cent dix-sept espèces , mais qui y sont dans des rapports très différents : les cryptogames en font les deux cinquièmes ; les cypéracées et les graminées prennent plus du quart du restant.

M. Turpin, qui joint à un grand talent pour dessiner les plantes une connoissance fort approfondie de leur organisation , a présenté des vues

générales sur leur eomposition élémentaire : il n admet point ces alternatives de vie végétale et animale, ni sur-tout ces réunions d'êtres séparés pour en former un seul, que les observations de MM. Girod-Chantrans, Bory Saint-Vincent, Gaillon , et autres naturalistes , semblent indiquer dans certaines espèces d'une organisation inférieure; il ne pense pas qu'un être organisé qui a eu son centre particulier d'organisation puisse s'unir à d'autres pour former par juxtaposition un être plus compliqué ; et il considère les faits dans lesquels ces apparences de réunion ont eu lieu comme des cas particuliers d'une théorie générale qu'il établit sur la végétation. Tout végétal lui paroît composé de vésicules ; le végétal le plus simple , formé d'une vésicule unique, ou ce qu'il nomme g lobuUne, lui paroît se trouver dans ces croûtes légères et vertes qui se montrent sur les murs humides , sur les verres de Tintérieur des serres chaudes, et que les botanistes ont nommées lepra. Elles ne se composent que d'une agrégation de vésicules qui , bien que rapprochées, ont chacune leur existence indépendante, et qui se reproduisent par des vésicules plus petites formées dans leur intr rieur, et qui en sortent lorsqu'elles ont atteint le développement nécessaire. D'autres de ces lepra offrent des globulines attachées et comme enchaînées à des filaments : les monilies.

les conferveSy ne sont que des globulines attachées les unes au bout des autres , et dont chaque vésicule devient une capsule, une prison , pour de la globuline plus petite qui naît dans son intérieur ; c'est ce que l auteur nomme de la globuUne captive. L*intérieur du peridium des lycoperdons, les capsules desjungermannes et des marchantia, ne contiennent que de ces globulines captives. Il en est de même du pollen et des anthères : ce (jue Ion a nommé aura seminalis consiste dans ces globulines captives qui s'échappent. Le tissu cellulaire tout entier des végétaux ne se compose que de globulines qui en contiennent d autres , ou , comme M. Turpin s'exprime, que de vésicules-mères dont chacune est une sorte d'ovaire rempli d'ovules; ce sont ces petits ovules qui constituent la matière verte des feuilles, et qui produisent en général toutes les couleurs dont se parent les diverses parties des végétaux. C est par le développement continuel, par le sur-ajoutement de ces jeunes vésicules, que le tissu végétal s accroît sur tous les points et dans tous les sens. En soudant côte à côte par lu pensée plusieurs conferves simples on aura une lame d'ulva : la feuille réduite à sa partie essentielle n'est qu'une lame , une écaille , qui en s'articulant, en se découpant, en se repliant, donne toutes les parties du végétal ; les papilles, les poils

simples et cloisonnés, ne sont que des extensions des vésicules placées à la surface. Ce sont des extensions pareilles du pollen , favorisées par l'humidité du stigmate, que M. Adolphe Brongniart a considérées comme des pénis végétaux, et dont il vient de donner une histoire si curieuse. Lorsque Ion a cru voir la matière verte de l'intérieur des articulations des conferves s'agréger pour former ces globules qui en sortent et qui les reproduisent, c'est qu'une vésicule avoit grandi aux dépens des autres qui s'étoient oblitérées ; et l'avortement de tant de corps reproducteurs n'a rien dlmprobable, puisque nous en voyons sans cesse des exemples en grand dans les fruits de tant d arbres et de plantes. On a désigné trop vaguement sous le nom de matière verte ces substances qui se montrent dans les eaux croupissantes; ce sont tantôt des globulines, tantôt de véritables animaux microscopiques, et non une matière sans forme et sans limites. Ëniîn, dans l'idée de l'auteur, c'est parceque la globuline comme corps reproducteur existe dans l'intérieur de tous les tissus végétaux que ces tissus donnent naissance à ce que l'on nomme des embryons adventifs; qu'il peut naître des bulbes, des bourgeons sur des feuilles; et que ces embryons, détachés des feuillesmères , peuvent devenir des végétaux en tout sem-blables à ceux qui les ont produits. On comprencV

qu'il restera toujours à demander comment chacune de ces vésicules isolées emporte toujours avec elle le type de la plante dont elle est sortie, et par quelle force les vésicules qui naissent de celle-là, ou , comme dit l'auteur, qui s'y sur-ajoutent, sont toujours contraintes de se ranger dans un ordre et de se renfermer dans un espace semblable à ceux de cette première plante ; mais c est là le mystère de la génération , qu'aucune de nos théories n'est encore parvenue à percer.

Depuis vingt ans et plus M. du Petit -Thouars a publié presque chaque année les observations qu'il a &ites sur la physiologie végétale; mais ses résultats contrariant quelques unes des opinions reçues, ils n'ont pas été répandus autant que Fauteur pouvoit l'espérer, et il s'en est présenté de semblables à d'autres observateurs qui les ont crus nouveaux et qui les ont publiés comme tels ; mais il est arrivé plus d'une fois que l'on n'en a rencontré qu'une partie, en sorte que, suivant M. du Petit-Thouars, oaa mêlé des erreurs aux vérités qu'il a voit précédemment reconnues.

C'est pour détruire ces erreurs, plutôt que pour réclamer la priorité de ces découvertes , qu'il a entrepris de faire un résumé de ses travaux.

Il a rappelé que dès i8o5 il avoit annoncé que

les pousses du tilleul se trouvent arrêtées par le dessèchement subit du sommetde la jeune branche et par sa séparation, qui arrive six semaines ou deux mois après le premier développement du bourgeon qui lui avoit donné naissance; que poursuivant cette idée il Ta étendue à toutes les plantes, et en a fait le sujet d'un mémoire , lu le 7 octobre 1816, où, sous le titre de Terminaison des plantes , il a fait voir que le bour{][eon est une série de feuilles qui paroît avoir la faculté de se développer indéfiniment ; qu'une série pareille existe aussi bien dans une plante annuelle que dansTarbrele plus vivace; qu'on peut l'observer dans le mouron par exemple, aussi bien que dans le chêne ; mais que par des causes qui paroissent accidentelles , quoiqu'elles aient toujours lieu , elles se trouvent arrêtées dans leur carrière : dans les herbes annuelles en périssant en entier; dans les arbres, tantôt par une décurtation comme dans le tilleul et le lilas , tantôt par la formation d'un nouveau bourgeon terminal comme dans le chêne et le marronier dinde, tantôt enfin parceque leur extrémité est saisie par les premières gelées.

Les palmiers et quelques autres monocotylédones donnent, selon l'auteur, l'exemple de ce que pourroit produire un seul bourgeon par la perpétuité de son développement.

Mais pour établir cette proposition il lui a fallu étendre la signification du mot bourgeon en l'appliquant à toutes les nouvelles pousses qui paroisscnt dans laisselle des feuilles, quelles soient enveloppées d'écaillés à leur base ou qu'elles en soient privées.

Un naturaliste distingué par de nombreux et d'excellents travaux , M. Vaucber, a observé de nouveau cette décurtation du tilleul et d'autres arbres, et il en a fait le sujet d'un mémoire ; mais en même temps 9 s'en tenant à l'ancienne définition du bourgeon donnée par Ray et Linnœus , non seulement il a refusé des bourgeons aux herbes , aux arbres des pays équatoriaux, il en a refusé même aux conifères , parcequ'il a pensé que les écailles qui couvrent leurs nouvelles pousses n'ont rien de commun avec celles des autres arbres.

Sans s'arrêter à discuter ce point M. du Petit- Thouars s'est borné à faire connoître une particularité de la végétation des pins qui peut être utile pour leur culture : c'est que, contre l'opinion vulgaire, lorsque le sommet du scion terminal ou de la flèche est supprimé , du milieu des couples de feuilles les plus voisins de la plaie il sort une proéminence ou un véritable bourgeon qui donne de nouveaux scions ; mais au lieu d'écaillés il s'y montre des feuilles vertes et acérées , de l'aisselle des-

quelles sortent de nouveaux couples de feuilles. On a donc eu raison de regarder ces couples de feuilles ou les pinceaux du pin du nord comme de véritables bourgeons.

M. du Petît-Thouars avoit suivi Topinion la plus généralement répandue parmi ses prédécesseurs pour la sortie des racines en soutenant que les nouvelles racines sortent indifféremment de toutes les parties des anciennes, sans qu'il y ait de lieu déterminé pour leur sortie ; mais divers naturalistes ont avancé depuis qu il existe des parties prédestinées à la manifestation des racines, des espèces de bourgeons souterrains.

Dans un mémoire plus récent on a annoncé qu'U se trouve des organes semblables non seulement dans lesi parties enfouies, mais sur les branches les plus élevées. On les voit dans ce qu on nomme les pores corticaux , ou ce que Guettard nommoit des lenticelles.

On a montré que lorsque Ion plonge dans l'eaa une bouture de saule, ses pores se crèvent en laissant apercevoir l'intérieur de lecorce qui est d'un blanc éclatant et comme farineux. G est de là que sortent invariablement les nouvelles racines.

Mais M. du Petit-Thouars fait remarquer qu avoit déjà signalé ce phénomène en 1807 dans soik^ sixième essai ; il avoit reconnu qu'il sort effective-—

ment des racines de ces points. Il en avoit vu sortir

indifFéremment d autres parties, même sur les saules; mais dans le plus (^rand nombre les autres arbustes dont il avoit mis des boutons en expérience, tels que le sureau et la vigne, les racines sortoient de la partie inférieure ou de la plaie. Il avoit donc pensé que dans les saules ce n est que pour obéir à la loi de moindre résistance que ces racines sortent par ces pores ou lenticelles. Cependant il a trouvé récemment un arbuste qui appuie singulièrement lassertion contraire.

G est le solarium dulcamara ou la douce-amère. Sa tige est parsemée de tubercules blancs qui paroissent absolument semblables aux lenticelles, mais qui ne s'ouvrent pas. Si Ion enlève Técorce, on trouve vis-à-vis de chaque mamelon une radicelle détachée du corps ligneux, et qui semble prête à sortir, et cela lui arrive immanquablement au bout de vingt-quatre heures si on en forme une bouture en la plongeant dans Teau.

Il est certain que dans ce cas, qui paroit unique à l'auteur, cette radicelle est prédestinée à sortir par le mamelon : on ne voit aucune trace d'une partie semblable dans les saules, quelque promptitude ^u^ils mettent à pousser des racines; mais M. du I^ctit-Thouars présume que c'est ce plus grand déloppement qui caractérise le solanum radicans.

24o BOTANIQUE

C'est encore en citant ses travaux précédents que M. du Petit-Thouars a entrepris de traiter de Torigine de la couleur verte des végétaux. Il se trouve ' principalement en opposition avec ceux qui récemment ont agité cette question, parcequ*il soutient toujours que deux substances distinctes dès leur origine composent les végétaux: le ligneux et, , \eparencliyniateux. Il a voit déjà placé Tindividualitë végétale dans les fibres lig^neuses; il paroU qu'il voudroit aussi Taccordcr à chaque molécule détachée qui doit, par suite de la végétation, former les utricules du parenchyme. Il place la vitalité végétale dans laction réciproque de ces deux parties. Cela le conduit naturellement à traiter cette autre question : Que doit-on nommer organes dans les vë- . gétaux? Il entre en matière en citant une tentative curieuse. Ayant détaché les embryons ouscutelles de plusieurs grains de maïs encore laiteux pour reconnoître quels étoient leur poids et leur volume ea comparaison du reste, après avoir satisfait sa curiosité sur ce point Fidée lui est venue de les planter dans cet état, c est-à-dire privés de téguments et sur- tout de périsperme, et à sa grande surprise il les a vus pjresque tous germer et pousser aussi vi^ goureusement que les autres; et ce qui lui a paru, singulier c'est que le scutelle a été soulevé au-dessus du sol. Il est donc devenu ce qu on nomme<^y^iV/^aiit

la forme ramifiée semblable à celle des agates arborisées ou à une espèce d'arbre de Diane. Il s'est persuadé que c etoit la partie glutineuse qui avoit pris cette forme ; il en a conservé des échantillons qui ne lui laissent pas le moindre doute sur ce point.

C'est donc par une opération artificielle que M. du Petit-Thouars est conduit à regarder le périsperme comme un résidu étranger à la végétation; mais il n'abandonne pas l'observation du cours ordinaire de la nature sur les plantes les plus répandues. C'est ainsi qu'il tire de la comparaison de la feuille de capucine avec sa fleur dans l'état ordinaire une nouvelle preuve de l'une de ses propositions , que la fleur n'est qu'une transformation de la feuille et du bourgeon qui en dépend. Il retrouve par la conformité des faisceaux ligneux dans les deux parties, soit dans leur nombre, soit dans leur conformation , l'origine de toutes les anomalies que présentent leurs fleurs; la nature est venue lui offrir une pleine confirmation de tout ce qu'il avoit aperçu à l'apparition d'une chlorantie de cette fleur, cest-à-dirc d'une altération par laquelle toutes ses parties sont changées en feuilles vertes. M. Dutrochet l'avoit déjà découverte et annoncée, mais M. du Petit -Thouars étant à même de la suivre pendant deux mois a pu saisir toutes ses phases.

Ce qui lui a paru le plus remarquable c'est qu'une pointe ou mucro qui termine la nervure principale ou médiane seule dewientï anthère dans l'étamine, et le style et le stigmate dans chacune des trois feuilles qui composent le pistil ou lovaire. Il a pu suivre encore plus long-temps les changements d'une autre chbrantie, celle de la fraxinelle; cest une des plus anciennement connues, .car elle a été décrite et figurée aussi bien que possible par Marchant dans les mémoires de l'Académie pour i -706, La rencontre de ces déviations organiques a été pour M. du Petit-Thouars l'événement le plus heureux qu'il pût éprouver. Il regardoit comme très important d'en observer au moins une dans chaque grande famille naturelle. Il en possède trois dans les ombellifères qui lui paroissent des plus instructives, sur-tout pour la théorie des insertions. Il a continué ses recherches sur les germinations et il a trouvé une pleine confirmation de ce qu'il avoit annoncé précédemment , que dans tous les protophylles ou cot^^lédons développés des plantes dicotylédones la nervure médiane est composée de deux faisceaux distincts et parallèles. Gela est manifeste dans plusieurs espèces, telle que la mercuriale, par la bifurcation constante qu éprouve cette nervure à son somtaet. Cela arrive aussi par accident. Ainsi

il a trouvé sur le scandix pecten ou peigne de Fénus

quun de ses protophylles étoit profondément bifurqué au sommet; ce qui lui a donné le moyen de confirmer ce qu'il ne faisoit que soupçonner, que dans les ombellifères les nervures sont aussi doubles.

M. du Petit-Thouars s'est encore trouvé dans le cas de réclamer la priorité d'une idée par laquelle il terminoit IJexposition de sa manière d'envisager l'action réciproque des deux substances composant suivant lui tous ^es végétaux phanérogames , le ligneux et le parencbymateux ; il demandoit aux physiciens si on ne pouvoit pas y reconnoître urt appareil galvanique bien combiné , capable d'exercer une action directe sur la marche de la sève. Laissant entrevoir toutes les conséquences théoriques qu'on pourroit déduire de cette action pour expliquer une de ses assertions, la sève arrive où elle est demandée, il se borne pour le moment à attirer l'attention sur cette portion du parencbymateux qui, se trouvant à l'extérieur, forme totalement l'enveloppe qu'on connoit sous le nom d'épiderme. Ayant rempli toutes les phases de la végétation c'est un corps inerte ou impassible. On pourroit, à l'imitation des chimistes, le dire brûlé; il sert donc à préserver tout l'intérieur du contact des actions extérieures : de là il résulte que cet inté* rieur est un monde à part, où toutes les lois physi-

a46 BOTANIQUE ^

tanique insertion épigyne; et il en résulte que, dans la distribution adoptée jusqu a ce jour, elles ne peuvent plus rester près des rhamnées , auxquelles elles ressemblent cependant pour le port. Ce seroit près des ombellifères et des araliacées , qui leur ressemblent fort peu, quelles devroient se ranger; mais il feut se souvenir que la distribution des familles et des classes , d après les caractères tirés de Finsertion et de la présence ou de la division de la corolle, n est pas autant fondée en nature que les familles elles-mêmes.

M. Duvau prépare un grand travail sur le genre des véroniques , lun des plus nombreux et des plus répandus du régne végétal, remarquable d'ailleurs par les beautés délicates de ses fleurs et des bouquets qu'elles composent. 11 a présenté un mémoire où il passe en revue avec un grand détail toutes les modifications que présentent leur calice , leur corolle, leurs étamines, leur ovaire, leur stigmate, leur fruit , et leurs graines. La longueur relative des étamines , le nombre et la forme des graines , le nombre des panneaux dans lesquels se fendent les coques de leur péricarpe, donnent des caractères d'après lesquels leurs nombreuses espèces peuvent être réparties en certains groupes dont M. Duvau a donné le tableau. Il n'est pas jusqu^aux nervures

de la corolle qui ne varient pour le nombre , et cela diversement dans chacun de ces lobes. Ces observations délicates forment une introduction piquante à la description détaillée ou monographie de ce genre que Fauteur fait espérer, et qui, d après cet exposé préliminaire, intéressera infailliblement les botanistes.

Parmi ces productions marines d'une nature ambiguë , que Ton a rangées tantôt dans le régne animal , tantôt dans le régne végétal , il s'en trouve une de substance presque crétacée*, remarquable par des tiges grêles, surmontées de chapiteaux en forme de disques minces, rayonnes, et un peu concaves dans leur centre : c'est Yacetabulum de Tournefort , le corallina androsace de Pallas , le tubularia acetabulum de Gmelin , Yacétabulaire méditerranéen de Lamark, Yacetabularia intégra de Lamouroux. Cette seule énumcration de quelques uns de ses noms montre que les naturalistes les plus récents la regardent comme un polypier. M. Rafeneau-Delile , qui la suivie avec soin dans les étangs salés des environs de Montpellier, en a pris une auti*e opinion. On l'y observe souvent en touffes épaisses , soit sur des coquilles, soit sur des tiges à demi décomposées de zostera. A l'état de vie sa couleur est verte, les cellules rayonnantes de son disque renferment

des séries de globules visibles sans microscope. Elle se montre d abord comme de petits tubercules ou des mamelons verts dont la racine n est qu'un cal un peu épaissi; elle devient tubuleuse et s'élève quelquefois à trois ou quatre pouces de hauteur sans développer encore son disque; mais le plus souvent, dès leur premier alongement, ses tubes présentent des nœuds séparés par de légers étranglements , et l'on voit sur le contour des parties dilatées de petites saillies qui sont comme des ébauches de bourgeons disposés en anneaux; et ces bourgeons se développent quelquefois en rameaux, divisés en deux, trois ou quatre fois de suite; les parties ramifiées ne diffèrent point des conferves marines ordinaires : ce sont des tubes fermés à leurs points de jonction et qui renferment une matière verdâtre. A mesure que les tiges s'alongent elles produisent de nouveaux cercles de rameaux , et en même temps les cercles précédents et inférieurs se détruisent; leurs points d'attache mêmes cessent de paroitre. Il arrive enfin que les tubes d un de ces cercles sont soudés, et forment ainsi un plateau celluleux à compartiments disposés en rayons , qui est d abord transparent et qui s'élargit jusqu'à la maturité. Souvent il s'élève du centre de ce plateau une houppe de. ramifications flottantes qui ne diffèrent point de celles qu'a voit produites la jeune

tige. Dopati, qui avoit aussi observé cette production à letat de vie, avoit considéré ces filaments comme des étamines. La pulpe de Tintérieur des cellules du disque se distribue par degrés en globules qui demeurent renfermés jusqu'à ce que ce disque se rompe par accident ou par vétusté; ils tombent alors au fond de Icau, sans montrer aucun mouvement spontané.

M. Delile soupçonne que ces globules sont les moyens de reproduction de lacétabulaire, et il espère s'en assurer par de nouvelles expériences. D'après ces faits il pense que lacétabularia est un végétal de la famille des conferves.

L'analyse chimique faite à sa prière par M. Balard lui a paru confirmer cette classification. Après avoir dépouillé Tacétabularia de sa partie calcaire par 1 acide hydrochlorique étendu d'eau, il en a retiré une matière verte analogue à celle qui colore les feuilles, une gomme et une matière ligneuse. A la distillation l'on en retire à peine une trace sensible d'ammoniaque. Sa cendre se compose presque en totalité de carbonate de chaux, mêlé seulement d'un peu de carbonate de magnésie , d'alumine , et d'oxyde de fer.

Aux grands ouvrages de botanique que les membres et correspondants de l'Académie continuent

25o BOTANIQUE

de publier, tels que les Plantes usuelles des Brasiliens et la Flora Brasiliœ meridionalis de M. Auguste de Saint-Hilaire , parvenus, le premier à la dixième, le second à la cinquième livraison , sont venus se joindre les Mémoires sur les légumineuses par M. Decandolle, dont il a paru sept cahiers , et la Partie botanique du Voyage de M. Freycinety par M. Gaudichaud, qui est déjà à sa quatrième livraison.

La seconde partie du Sertum austro-^aledonicum, de M. de La Billardière, a paru dès 1826; mais nous croyons devoir en faire mention ici , parceque nous avions involontairement négligé d en parler Tannée précédente. La première partie du même ouvrage a été annoncée dans notre analyse de 1 824.

Dans tous ces écrits Fart du dessin et celui de la gravure prêtent à la science le secours qu elle devoit attendre de la perfection à laquelle ils sont parvenus, et sur-tout du grand nombre de personnes que l'enseignement prodigué par nos institutions a mises à même de les pratiquer.

M. Achille Richard, fils du célèbre botaniste que l'Académie a perdu en 1 82 1 , a mis au jour les deux ouvrages laissés par son père, sur les familles des conifères et des cycadées , et les a complétés par ses propres observations.

Ces deux ouvrages^ qui forment un volume in-fo-

lio accompagné de treute-deux planches dessinées par M. Richard père avec l'exactitude et la supériorité que tous les botanistes s'accordent à reconnoitre dans ses dessins, contiennent non seulement les caractères de ces deux familles et des genres qui les composent, mais encore des développements e( des discussions sur Içurs différents organes et les modifications nombreuses qu'ils éprouvent dans ces genres. Voici La classification des genres que M. Richard a adoptée pour la famille des conifères:

i" tribu. Taxinees.

a. Fleurs renversées.

Podocarpus. Dacrydium.

b. Fleurs dressées.

Phyllocladus. Taxus, Salishuria Ephedra.

2* tribu. GVPRESSINEES.

Juniperus. Thuya. Callitris, Cupressus. Taxodium.

3* tribu. Abietinees.

Pinus. Ahies. Cunninghamia, Agathis. Araucaria.

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