BUFFON. COMPLÉM. T. II
290 MÏN.ÉBALOGIE
deux larges mâchoires , en un mot toutes ks paatics caractéristiques qui ne peuvent plus permettre à personne de douter que ce squelette n ait en effet appartenu à une salamandre. Il a fait voir à l'Institut le dessin de ce fossile ainsi complètement mis à découvert, qu il doit adresser avec sa descriptionr à l'Académie de Harlem.
Le même membre a fait voir une tête récemment dégagée du gypse de Montmartre de l'espèce d'animal perdu qu'il a nommée palœotlierium médium. Cette tête étoit complète , et confirmoit tout ce que Ton avoit pu conclure jusqu'ici d'après des fragments isolés.
M. de Humboldt, associé étranger, a communia que l'histoire vraiment étonnante du volcan de JoruJlo, qui s'ouvrit en 1769, au Mexique, sur nu plateau uni, bien cultivé, où couloient deux rivières d'eau froide, et où, de mémoire d'homme, il ne setoit pas même fait entendre un bruit souterrain. La catastrophe futannpncéc quelques mois d'avance par des secousses et des mugissements qui durèrent quinze ou vingt jours. Il y eut ensuite une pluie de cendres et des mugissements plus violents qui déterminèrent ïes habitants à U fuite. Des flammes s'élevèrent sur u^e étendue de plus d'une demi-lieue carrée ; des fragments de roche furent lancés à de grandes hauteurs ; la croûte dii terrain
s'élèvt^it et è'abaissôit comme Ife ottdéi; il en sortît utje multitude itinombitible de petits eôties de six à neuf pieds qui hérisâèreiit la surface du plâtéaù comme dès ampoules, et qui subsistent entoile; H s'éleva enfin dans la direction du S. 8. E. âu N. N. E. une Éuite de six collines, dont la principale, t|Ui Conserve encore aujourd'bui un Cratère enflammé , n'a pas moins de 1600 pieds de hauteur. Ces eFfrayantes opérations de lâ nature durèrent depuis le mois de septembre ! 7 Sg jusqu'au mois de février suivant Des témoins oculaires attestent que le bruit égâlôit celui qu'aurôient pu produire des milliers de pièces de canon, et qu'il fut accompagné d'une chalèut brùlônte, dont une partie se conserve encore à présent ; car M. de Humboldt à trouvé la chaleur du sol de 20 degrés supérieure à celle de l'atmosphère. Tous les matins des milliers de Ôlêts dé fbmée s'élèvent des cônes et des crevasses d^ ce grand plateau ; les deux rivières ne roulent
plus que de Feau chaude imprégnée d'hydrogène sulfuré, et la végétation ne feit que de renîtttre sur tJê térrrain bouleversé.
Oe volôân eât è 46 lieues de k mer, et à une distancé à«péu-près pareille du volcan actitleplds voisin ; et à tètte occasion , M. de Humboldt remarqué qtte plusieurs vôléîiiis du Nouveau -Monde sont
aussi éloignés de lu mer que celui-là; tandis que
dans Fanciea on n en connoit aucun qui s'en éloigne à plus de douze lieues , et que la plupart sont sur ses bords. Ce savant voyageur nous apprend aussi que tous les grands volcans du Mexique se trouvent non seulement à-peu-près sur une même ligne transversale à la direction des Cordillères , mais encore, à quelques minutes près, sous le même parallèle, comme s'ils avoient tous été soulevés sur une crevasse souterraine qui aboutiroit d'une mer à lautre. Il s est assuré de tous ces faits par des mesures et des déterminations de position aussi exactes que pénibles. Le public en verra tout le détail dans la continuation du célèbre ouvrage où M. de Humboldt a consigné les résultats de son grand voyage en Amérique.
Entre les questions que les savants occupés de la théorie de la terre agitent ordinairement il en est peu de plus difficile ni qui ait occasioné des disputes plus longues et plus opiniâtres que celle de l'origine des basaltes et des vakes, sortes de roches que les uns considèrent comme des produits tl'anciens volcans , tandis que d'autres les regardent comme déposés dans le liquide général où se sont formées les roches ordinaires, et comme analogues aux trapps des terrains primitifs.
M. Cordier, inspecteur- divisionnaire des mines et correspondant de TAcadémie , ayant porté aussi son attention sur ce grand problème, a imaginé, pour le résoudre, des moyens entièrement nouveaux.
Ses premières réflexions lui firent apercevoir que la plus grande difficulté pour comparer les matières d'une nature contestée, avec celles dont l'origine, soit volcanique ou non volcanique, est incontestable, tient à ce que les unes et les autres se composent souvent de particules tellement mélangées, réduites en pâte d'apparence tellement homogène, (ju'il est impossible à l'œil de les discerner. La chimie né peut venir ici au secours des sens, parcequ'elle confond toutes ces particules dans ses analyses, et ne donne en résultatque la liste totale de leurs éléments primitifs, au lieu de distinguer ceux qui appartiennent à chacune de leurs espèces.
M. Cordier imagina donc un nouveau mode d'analyse mécanique, qui consiste à réduire d'abord en parcelles les espèces minérales dont on peut soupçonner l'existence dans les roches que l'on veut examiner ; à bien déterminer les caractères physiques de ces parcelles et leur manière de se comporter au chalumeau; à pulvériser ensuite les roches dont on fait l'objet de son étude ; à tirer, au moyen du vannage ou du lavage, les diverses
sortes de particule^ que cette puilvérisatiQn b, détachéef; (e^ nnm des autres, et à \e^ çoumettrç aux méme$ épreuves qijie Ion ^ fait mVw wi(^ parqeUes de ^^bstances biea çoimues.
Cest, comme on voit, une sorte de minérs^logia miscroscopique dont M. Cordier a tiré un excellent parti. Le^ pâte« pierreuses, recopnues pour des fe-* ye3, et historiquement constatées pour telles, se sout fort bien prêtéeSiàcette nouvelle analyse; leurs p^rticule^ se $ont asses^ s^içément séparées \ eUes ne lui ont offert qu'un petit, nombre de combiuaisoas» daps lesquelles domîpoient tantôt le feldspatb> t9ntôt; le pyroxènç, et pu ils s'allioient eu diverses proportions au fer titane ; à ces trais éléments copst^uts se mèloient, mais d une manière moi|[)s g^ nér^le, Tamphibole, lamphigè^e, le mica, le p4" ridot , et le fer oUgiste.
Tjcs pâtqs basaltiques d^upe origine plus ou moip^ contestée n qqt pas ^té plus difficiles 9 diviser dans leurs parties constituantes, et ce^ parties né sq spal pa$ prouvées différentes. Toutes ces pâtes apcieiines ou modernes ^ reconnues ou pon pour des laves^, sont; donq, selou Fs^utenr, des granités microscopiques dansk le^uels Tunifor^iité du tissu eatrejWc^ nest interrompue que par de très petite yide^, un peu moins r^res dans certaines laves que d^P^ d autres, et qui parois^ut, à Toçil nu, d^s masses
ET CÉOLOGfE. 295
homogènes où dominent, soft les caractères du pyroxène, soit ceux du feldspath, et qui ne peuvent plus alors être distinguées qu'en deux sortes. Une partie des scories qui accompagnent les ïaves pierreuses, et qui sont les premiers prodnîts de la coagulation des matières en fusion, se compose aussi de grains' divers, mais plus fins, moins régulièrement entrelacés, et cependant des mêmes espèces que les masses qu'elles recouvrent; une autre partie plus altérée par Faction du feu se rap^ proche davantage de Fétat vitrifié : d atf très enfin sont complètement à cet* état, mais il leur reste toujours assez de traces de leur origine pour qu'on ne puisse les méconnottre. Elles se rapportent tou-^ jours à l'un des deux ordres principaux de combinaisons, reconnus parmi les laves pierreuses.
M. Gordîer cherche à expliquer, par la différence d^état des scories, ce phénomène qiri a frappé plusteufs voyageurs, que certains courants de laves résiîem ^rnellement stériles, tancfis que d'autres se parent ppomptement de la plus helle végétation. Cest qt^eles preitiiers, plus vitrifiés que les antres, se décomposent moins aisément.
L'auteur examine aussi les obsidiennes ou verres volcaniques; et^ en comparant toutes lès nuances de leur ptus ou moins de vitrification, i\ y trouve toujours qudiqtres traces de ce pyroxèue ou de ce
feldspath , principes dominants de$^ deux ordresr de lave, et les obsidiennes qui fondent en verre noir lui ont montré des transitions par&ites jusqu'au basalte le plus dense; en un mpt, les obsidiennes,- les scories, les laves, les basaltes, pe diffèrent point en composition, mais seulement par le^ accidents de leur tissu. Il nest pas jusqu'aux cables et cendres volcaniques où Ion ne retrou ve,^ par le lavagç, les nièmes matériau^^ dont ^agrégation forme les laves voisines. M. Cordier a suivi ces matériaux dans les diverses substances après qii elles ont été altérées par le temps , et les y a dégagés des substances nouvelle^ qui les ont enveloppés; ou qui se sont infiltrées dans leurs intervalles; en un mot il n a négligé l'examen d aucune des modifications des produits volcaniques vrais ou contes^ tés, et il n'a trouvé nulle part ses régies générales en défaut ; mais lorsqu'il est passé enfin à ces trapps, à ces cornéennes, à ces pétrosilex, en nn mot, à . ces anciennes roches auxquelles on avoit voulu, rapporter les basaltes, il n'y a plus reconnu au-, cun de ces caractères si marqués qui établissent entre les laves et les basaltes des rapports incontestables.
La masse de ces anciennes roches n a point de. vides apparents ; à peine y aperçoit -on des grains, et ilî^ ne diffèrent point entre eux pour la couleur;
on né peut pas les isoler ni en faire lanalyse mécanique. Par conséquent, si une partie de ces roches se compose de matériaux hétérogènes, il n'est pas possible de déterminer les espèces minéralogiques auxquelles ces matériaux appartiennent.
Leur analyse chimique donne aussi d autres résultats, sur-tout parccquelle n'y montre aucune trace de fer titane.
Ainsi lanalogie prétendue entre les trappe et les basaltes ne supporteroit pas un examen rigoureux.
Quaqt à l'origine des laves , et aux causes de leur fusion, M. Cordier ne se permet aucune conjecture ; mais, considérant leur masse comme coagulée par une cristallisation instantanée, il résout aisément le problème particulier long -temps débattu : si les cristaux renfermés dans les laves ont été enlevés tout formés aux entrailles de la terre, et enveloppéspar elle, ou s'ils se sont formés après coup dans leurs vides, ou enfin s'ils ont cristallisé au même instant que le reste de leur masse s'est durci ; et l'on comprend aisément que c'est ce dernier parti qu'il adopte.
Il termine ce grand et beau travail par une énumération méthodique des basaltes et des produits des volcans, rangés d'après leurs matériaux d'agrégation, et sious les bannières des deux substances qui y prédominent, le feldspath et le pyroxène.
Cette nature si mystérieuse des voleans, ces foyersr immenses de chaleur, loin de toutes les coDdiftîoii9 qui entretiennent la chaleur à la surface de In terre, aaront longf^temps encore un des grands objets delà curiosité des physiciens, et exciteront leurs eftbrts tant qw'il leur restera quekjne espoir de succès. Un jeune minéralogiste , aussi isélé qu'instruit , M. Mes* nard de La Groye, d'Anger&, ayant eu occasion en 18 1 2 et 18 r3 d'obserTcr de près plusieurs des phénomènes du Vésuve , en a dressé un journal d'ime Qxactitudesingulière, qu'il a entremêlé de beaucoup d'idées et de suppositions originales^
Depuis Fénorme diminution quelecônedu tgIean a éprouvée en 1 794 , où il s afïaissa de plus de 400 pieds, tontes les éru^ptions se sont faites' par son sommet , ce qui paroît les avoir empêchées^ d'être aussi abondantes et a«ssi destructives^ quo eelles qui perçoient se9 flancs. Le fond du cratères s'est relevé, et il ne seroit pas impossible qu'il vtnt ià se remplir : d'où M. de La Groye* tire cette cooeleiaioia, qu'il ne fendroit pas toujours refuser à^ une montagne la qualification de volcanique», papeequ>'elle n'auroit pas- de cratère.
Les^ coulées de laves sont d^autan4? mcnns abon* dantès qa'il y a un phis^ grand nombre de scories et ée karpilti» tancés par rérnption. Tout le cène esÉ couvert de ces petites pierres qui y sowtbienli6talt^
r^ par tes vapeurs acide$> Qt prennent ces couleurs vives et variées qui les font prendre de loin pour des gajsons en fleur, et qui ont du moins 4onné à croira, même à des nîjtturalistes, que le eratère est rempli de soufre; ce qui est si peu vrai f|u il est même rare d'y sentir des vapeurs sulfu* reusi^ i il s'y élève au contraire de fofftes et continuelles exhalaisons d acide muriatique, et le sel marin y est par-tout en concrétion.
M. Mesnard de La Groye prend de là occasion d^ diviser les volcans en deu«, classes ; ceux où le sou*f rejoue un rôle essentiel, et ceux où domine laeidfe muriatique. Cest parmi ces derniers qu'il range le Vésuve.
Il fait aussi remarquer les fumées continuellea qui a^éléyent des coulées de laves, et qui y annoncent une grande humidité : elles sont en effet pure^ meut ai|ueuses. On ne voit point de flammes, mais les sables et les pierres embrasés » et la réverbéra^ tion du foyer intérieur sur les vapeurs qui en sortent, produisent cette illusion. La lave marche lei^tement; ses boixls refroidis lui fonnent un ca-- 9aK et la tiennent élevée au-dessus du terrain toute couverte de scories ; 3 est d une difficulté cxtrênM de voir sa partie fluide. On sait dailleurs que sa chaleur n'a rien qui approche de celle du verre fondu ; om lorsqu'elle enveloppe des troncs d'ar-
3oo MINÉRALOGIE
bres, elle ne les carbonne pas jusqu'au centre. Aussi M. de LaGroye croit-il que laJave doit sa fluidité à quelque principequi se consun^e par le fait même de la fusion, et que c'est à cela que tient la difficulté de refondre celle qui est refroidie. La pleine masse, la partie non boursouflée en scories^ a laspect tout pierreux ; c'est ce que les Allemands appellent grausiein. L'auteur compare les périodes de la fusion des laves à ceux par où passent les sels qui fondent après s'être boursouflés ; il rapporte des faits curieux sur la prodigieuse durée de leur chaleur, et en conclut qu'elles portent en ellesmêmes le principe de leur échaufFement , et qu'elles n'ont pas simplement une chaleur communiquée. A toutes ces remarques, M. de La Groye joint une relation fort détaillée de la grande éruption de i8i3, qui produisit une infinité de lapillis et de cendre, mais dont les laves n'arrivèrent pas jusqu'aux terrains cultivés.
Après avoir étudié avec tant de soin les volcani» brûlants, M. de La Groye a voulu aussi se rendre compte des motifs que Ton peut avoir pour ranger diverses montagnes parmi les volcans éteints, et il en a visité une que de Saussure et d autres grands géologistes avoient déjà placée dans cette classe, mais où les neptunistes obstinés trouveroient encore bien des prétextes pour appuyer leuts doutes.
ET GÉOLOGIE. 3oi
C est la montagne de Beaulieu , à trois lieues environ d'Aix en Provence. Les inégalités du sol qui l'environne représentent des traînées comparables aux courants de laves ; son étendue est de 1 200 toises de longueur sur 6 à 700 de largeur, son élévation moyenne au-dessus de la mer de 200; ce qui l'entoure est calcaire à une distance indéfinie : vers 1 est sont les buttes basaltiques, qui semblent former le noyau de tout le système ; mais dans la partie basaltique même il y a aussi des coquilles marines et beaucoup de calcaire. Les amygdaloïdes et les basaltes en sont recouverts en plusieurs endroits ; en d'autres, leurs fragments en sont empâtés, et composent avec ce calcaire une sorte de brèche; il a souvent pénétré dans les cellules des amygdaloïdes.
Cependant la roche principale est le griinstein secondaire des Allemands, composé de feldspath et de pyrôxène, quelquefois en si gros grains qu'il ressemble à du granit. Il forme une longue traînée, et l'on passe de cette rochffpar des intermédiaires comparables à des trapps proprement dits jusqu'au basalte ordinaire contenant du péridot, et dont de Saussure a vu quelques parties divisées en prismes. Il y a aussi de la vake qui sert de base à l'amygdaloïde, et qui, lorsque ces cellules sopt vides, ressemble tout-à-fait à une lave poreuse, mais où elles sont le plus souvent remplies de calcaire,
3o:2 MINÉRALOGIE
oomme dans le luandekteiii des AUemotids. On trouve enfiù un tuf basaltique rempli de petits ga^ letâ calcaires et contenant deé pyroxènes^ des péri*dots, des micas ) et ces autres espèces minérales û communes dans les laves. M. Mesnaixl voit à Beafl-^ lieu jusqua un enfoncement qui lui paroit un reste de cratère* Enfin Fauteur^ après avoir donné quet ques raisonnements généraux tontre les objection» des neptunistes , conclut que cette montagne est le produit d'une éruption sous^marine, et que la ùi& où elle s'est faite a continué long-temps après à dé^ poser du calcaire. De Saussure avoit déjà paru favch rable à cette opinion ; M. Faujas Fa regardée çomitie incontestable y et M» Mesnard croit y voir un moyea de concilier toutes les opinions sur les prétendus trapps sepoudaires, objets de si longs débats.
Parmi ces nombreux débris d'Organisations itt^ connues qui remplissent les couches de la terre, il se trouve des empreintes d'animauK d'uue siDgti-»lière forme*, composée d'une t^rte de corcelet et dun abdomen formé de plusieurs segnneïits^ dont chacun est divisé en trois lobes. Les tiaturàlisttffi leur ont donné les liomB d'entomoiitfèes et de ttihbitêi} mais ils ne les avoient pas assez distingués entité eux 5 et ne s'étoient pas occupite de déterminer à quel ordre ^e couclie chaque espèce appartient.
M. Brongniart^ correspondant et directeur de )d
ET GÉOLOGIE. 3o3
mauuiilciui^ de Sèvres, que rinstitut vient d'acquérir au nombre de ses membi^s pour sa section de minéralogie ) à la place de feu M. Desmarets, a présenté un travail sur ce sMJ^t, où, d après une comparaison exacte des échantillons qu'il s'est procurés, ain^i que les auteurs précédents, il montra qu'il existe au nioins sept espèce de ces trilobites; que leurs formes principales sont assez différentes pour les répartir dans quatre genres, lesquels doi^ vent tous être rangés dans là classe des crustacés^ et dans Tordre de ceux dont les branchies sont à dé^ couvert. La plupart de ces trilobit^ appartiennent aux plus anciens, c^es1>àrdire aux plus profonds, des terrains qui recèlent des dépouilles animales; ils doivent donc^voirétédu nombre des premiers êtres vivants; et en effet à mesure qu'on approche de la surface on trouvé des crustacés plus semblables à ceux que la mer nourrit aujourd'hui ; mais les tri^ lobites disparoissent entièrement.
M. Gillet-^Laumont, membre du conseil des mines et correspondant de l'Institut, a ftiit voir des agates où de petits cercles blanchâtres, disposés en quinconce, simuloient quelque pétrification de la classe des polypiers ; mais ils étoient le produit de l'artifice* M. Laumont, qui avoit remarqué pré^ cédemment quedes coups, ménagés d une certaine ïiàanîère^ détachoiént d'an bloc de gi'ès des cônes
3o4 MINÉRALOGIE
trè» réguliers, a appliqué des coups pareils à des agates, et y a produit de même des fissures coniques dont la coupe a offert des cercles entièrement semblablesà ceux qui avoient d abord fait illusion.
M. Cordier a publié un mémoire sur les mines de houille de France, et sur les progrès que leur exploitation a faits depuis vingt-cinq ans. Il prouve que dans cet intervalle les produits ont plus que quadruplé. Cet ouvrage, très important pour ladministration , est accompagné dune carte qui désigne rétendue dç nos terrains houillers, les fosses principales qui s y exploitent, et la direction de leurs divers débouchés : il a été inséré dans le Journal des Mines.
Il est encore tombé cette année des pierres de l'atmosphère aux environs de Langres , avec toutes les circonstances accoutumées. M. PistpUet, médecin de cette ville, en a recueilli; elles ressemblent en tout aux autres pierres de même origine, excepté que leur cassure est peut-être un peu plus blanche.
M. Vauquelin , qui avoit été chargé Tannée dernière d'examiner les aérolithes d'Agen, a présenté quelques réflexions sur 1 état où se trouvent les principaux éléments de ces sortes de pierres. Une partie de la silice lui paroit y être en combinaison avec la magnésie ; il y a du soufre uni au fer, car il
ET GÉOLOGIE. 3o5
donne du gaz hydrogène sulftiré en se dissolvant dans les acides ; quant au chrome , il paroît être isolé, et se montre quelquefois en molécules assez grosses pour éloigner toute idée de combinaison.
Le Groenland a fourni, depuis quelques années, une pierre en petits cristaux dodécaèdres d un vert céladon , que Ton a nommée sodalithe, parcequ'elle contient près d un quart de son poids de soude unie avec de la silice et de lalumine.
M. le comte Dunin-Borkowsky, gentilhomme gallicien et minéralogiste aussi zélé qu'instruit , a découvert une variété incolore et en gros prisme$ dé cette même pierre, dans cette partie de la pente du Vésuve appelée FossoGrande y si céléhre par lé
nombre et la variété des minéraux qu elle a offerts
aux collecteurs. La composition de ceux-ci , fort analogue à celle du verre , auroit pu frapper dans des cristaux rejetés par un volcan ^ s'ils n etoient accompagnés d une multitude d'autres espèces qui n ont rien de commun avec le verre , et si les sodalithes du Groenland ne se trouvoient pas dans des terrains où Ton n'aperçoit nulle trace de feux souterrains.
La géologie, dans la forme scientifique à laquelle elle s'est élevée dans ces derniers temps , a moins
BUFFON. GOMPLÉM. T. II. 30
3o6 MINÉRALOGIE
pour objet d'imaginer, comme autrefois , des systèmes suc les états par où le globe a passé , que de décrire exactement son état actuel , et la position relative des masses qui composent son écorce. On sait que, sous ce dernier rapport, on a distingué ces masses en primitives, c'est-à-dire dans lesquelles on ne voit point de traces de corps organisés , et que Ton croit antérieures a la vie ; et en secondaires, qui toutes sont plus ou moins remplies des débris de ces corps , et qui doivent en conséquence avoir été formées depuis qu'ils existent. Ce» masses sont en outre généralement difFérentes par leur nature et par les matières qui les composent; Ion a cru même long*temps que ces matières s'étoient succédé e$ remplacées d'une manière également tranchée ; en sorte qu'aucune de celles qui se déposoient avant l'existence des corps organisés ne se serait déposée depuis , et réciproquement.
Cétoit là une assertion préqiaturée que des observations plus exactes ont démentie. On s est aperçu qu'entre ces deux genres de terrains il en existe d6 mélangés , en quelque sorte , où d'anciennes matières se reproduisent après que des matières nouvelles se sont montrées ; où quelques corps organisés sont recouverts^ par des masses de la aLême nature que celles qu'an croyoit avoir cessé de se déposer
depuis que la Tie s'étoit montrée sur le globe. Ces monuments du passage d*un état de chose à un autre ont été appelés terrains de transition.
Il n'est pas toujours facile de les reconnottre pour tels; et M. Brochant, dans un mémoire publié il y a quelque temps , avoit eu besoin de toute sa sagacité pour rappeler à cette classe intermédiaire les plus grandes portions de la vallée de Tarentaise , d autant que Ion n a voit point découvert alors quelques coquilles dont Texistence dans ces roches a confirmé, de la manière la plus flatteuse, les conjectures et les raisonnements de ce savant géologiste.
Il a étendu depuis ce genre de recherches , et les a portées principalement, cette année, sur les gypses anciens qui se trouvent en abondance dans certaines parties des Alp6s, et dont tous les voyageurs qui traversent le Mont-pénis ne peuvent man<^ quer de remarquer d'énormes masses. Aprèd avoir décrit , avec une scrupuleuse exactitude , toutes les circonstapces de leur gisement, et avoir souvent contourné les montagues, sur les flancs desquelles ils se présentent, Tau teur montre leurs rapports de situation et de nature avec les terrains de transition , et prouve que Ton doit les l'anger dans cette classe.
Les terrains priraiti£( etix-mèmes ne sont pas toujours feeiks à caractériser : Tirrégularité de leur
3o8 MINÉRALOGIE
position , 1 enormité des espaces où il faut quelquefois poursuivre leurs rapports, et les variations nuancées de leur composition, offrent de grandes difficultés. Ainsi M. Brochant a reconnu, par de longs voyages et de pénibles examens , que les hautes cimes des Alpes, depuis le Mont-Cénis jusqu'au Saint-Gotbard , et notamment le Mont-Blanc, ne sont point, comme on lavoit cru, de granit proprement dit , mais d une variété plus cristalline et plus abondante en feldspath, d'une roche talqueuse et feldspathique qui domine dans une assez grande partie des Alpes , et qui contient souvent des miner rais métalliques en couches ; il s'est assuré , en même temps , qu'un véritable terrain de granit régne sur la bordure méridionale de lai chaîne; et, d après l'analogie , il regarde comme très vraiseniblable que ce terrain granitique supporte le terrain tal-^ queux ; d'où il conclut que les hautes cim^ des Alpes ne sont point la partie relativement la plus ancienne de ces montagnes.
Nous avons rendu compte, dans le temps, d'une disposition fort analogue , découverte dans les Pyrénées par M. Ramond.
L'on doit toutefois remarquer que la primordialité du granit, parmi les roches connues, souffre 4es exceptions. M. de Buch a constaté en Norwége que des granits, évidemment reconnoissables pour
ET GÉOLOGIE. Sog
tels, sont superposés à des terrains que Ion croyoit plus modernes , et même à des terrains à pétrifications. Ce fait a été observé également en Saxe et jusque dans le Caucase.
M. de Bonnard , ingénieur des mines de France , qui, par une singularité honorable pour nous, a donné à la géologie la première description complète de l'Ertzgeburg, de cette province de Saxe qui est en quelque sorte la patrie de la géologie ; M. de Bonnard s'est attaché, dans cet ouvrage, à déterminer les lieux où le granit est inférieur aux autres terrains , et ceux où il est supérieur à quelquesuns. On nepeut douter, d'après ses recherches^ que 1^ granit de Dohna ne soit dans ce dernier eas , ainsi que Favoient annoncé des observateurs saxons ; mais , en d'autres endroits , et sur-tout près de Freyberg, on s'est trop empressé de conclure la supériorité du granit, de quelques irrégularités dans la forme de ses masses, dont les parties saillantes se font quelquefois jour au travers des roches qui le recouvrent. Il paroît, au l'esté, que la chaîne qui sépare la Saxe de la Bohème a aussi les granits d'un côté de sa crête , du côté méridional .
Cet écrit de M. de Bonnard contient beaucoup d'autres détails précieux sur la nature et la position des terrains de la province célèbre qu il a étudiée, ainsi que sur les nches filotis métalliques qui la par
3lO MiJ^ÉRALOGlË
courent dans tous les sens, et sur lesquels Tindustric des mineurs s exerce depuis si long-temps. Sous ces rapports , il est d'un égal intérêt pour la géologie et pour Fart de l'exploitation des mines.
M. Héron dé Villefosse , aujourd'hui associé libre de l'Académie, a rendu a ce même art un bien grand service , par son ouvrage intitulé de la Richesse Minérale. Le premier volume, qui avoit pour objet l'administration des mines , imprimé dès 1 8 1 o , est connu et apprécié depuis long-temps. Le second, où il est traité de leur exploitation , a été présenté eo manuscrit*à l'Académie. L'auteur y réunit, à toutes les directions que donnent les sciences nombreuses d'où dérive la théorie, une immense quantité de faits pratiques qu'il a recueillis dans ses voyages et dans l'exercice de ses fonctions, en sorte que les préceptes y sont appuyés d'axemples qui n'ont rien d'imaginaire, mais qui sonttousréalisésen quelques lieux. Un magnifique atlas offre à Tœil tout ce que ces exemples ont de sensible ; on y voit des cartes géologiques de Hartzwald et de la Saxe, les pays les plus célèbres par l'ancienneté de leurs mines; des plans et des coupes de toutes les manières d'être du minerai dans le sein de la terre, ainsi que des voies que l'art a su ouvrir pour len retirer, et des mécaniques de tous genres que l'on emploie à cet effet; et presque tous ces matériaux sont inédits et ras*-
ET GÉOLOGIE. 3l l
semblés sur les lieux par Fauteur. On ne peut mettre en doute la grande utilité d un tel ouvrage pour un pays où lart dont il traite est encore si peu florissant.
La découverte si importante en géologie, faite par MM. Brongniart et Guvier, de certaines couches pierreuses qui ne contiennent que des coquillages de terre et d ejau douce , et qui ne ne peuvent par conséquent avoir été Formées dans la tner t^omme les autres ooucbes^ coquillières , a excité de nom* breuses recherches dans toute l'Europe. Nous avons rendu compte dans le temps de celles de MM. Marcel de Serres et Daudebarl de Férussac sur les terrains d'eau douce de diverses contrées de Frsince, d'Espagne et d'Alleînagne; on en à fait d'analogues et fort étendues en Angleterre. Cette année, M; Beudant i professeur à Marseille , à considéré cette matière sous un nouveau rapport. Comme oti trouve en quelques endroits des cocjuilles d'eau douce mêlées à des coquilles marines, il a cherché à découvrir par l'expérience jusqu'à quel point les mollusques d'eau douce peuvent s'habituer à tivre dans^ l'eau salée, et réciproquement jusqu'à qUel point les mollusques mariùs peuvent supporter l'eau douce. Il a tronvé que tous ces animaux meurent pi^omptement qiiand on changé subitement leur séjour, mais qu'en augmentant p^ degrés la salure
3l2 MINÉRALOGIE
de Teau pour les uns, et en la diminuant par degrés pour les autres , on les habitue , pour la plupart, à vivre dans une eau qui ne leur est pas naturelle. Quelques espèces résistent cependant à ces tentatives, et ne supportent point de variations dans Teau qu elles habitent.
La nature indiquoit d avance ces résultats ; certaines huttres, certaines cérites, la moule commune, remontent assez haut dans les fleuves, et Ton voit quelques limnées dans des endroits où 1 eau participe beaucoup de la salure de la mer.
M. Marcel de Serres a donné la suite de ses premières recherches sur ces terrains deau douce, dont nous avons rendu compte dans notre analyse de i8i3. Il a Êiit connoitre principalement , cette année, une formation de ce genre, qu'il regarde comme plus nouvelle que toutes les autres, et qu'il a découverte dans sept lieux différents des environs de Montpellier. Ses observations se rattachent en partie à celles de M. Beudant : il distingue les espèces des environs de Montpellier en celles qui ne paroissent pouvoir vivre que datis les eaux douces; celles qui- peuvent subsister dans des eaux saumâ-^ très, dont le maximum est de 2° 7 5 ; enfin celles à qui les eaux marines paroissent nécessaires. Il explique par-là quelques mélanges fort rares des dé* bris de ces êtres.
ET GÉOLOGIE. 3l3
Le terrain qu'il décrit se compose d'abord en quelque sorte de deux étages renfermant des coquilles difSérentes. Le supérieur en coatient de terrestres eil même temps que d'aquatiques. La formation nouvelle est appliquée à la surface de terrains divers , et principalement sur le haut des collines ou des plateaux. On y voit beaucoup de coquilles terrestres et d'empreintes de végétaux parfaitement semblables aux espèces qui vivent actuellement sur le même sol.
A mesure que l'on approfondit en Europe les méthodes d'observation géologique , il se trouve des naturalistes zélés qui les appliquent aux pay^ plus éloignés , et qui y retrouvent la nature fidèle aux mêmes lois.
Nous avons parlé plusieurs fois des immenses travaux de M. de Humboldt sur la structure et l'élévation respective des montagnes des deux Amériques. Ce savant voyageur a semblé préluder à des travaux non moins importants par un tableau des résultats obtenus dans l'Inde , sur la hauteur de divers pics de œtte immense chaîne connue des anciens sous le nom d'Imaùs, et où les Indous ont placé les principaux faits de leur mythologie.
D'après lesmesures trîgonométriques de M. Webb, ingénieur anglois, quatre de ces pics seroient plus élevés que le Chimboraço, et Fun d'eux, la plus
3l4 MlISéRÂLOGIE
haute montagne connuejusqu a cejour sur le globe, au roit 4o 1 3 toises > ou 7 8 3 1 mètres ; et même , selon d autres calculs , 4^o < toises, ou 8 1 87 mètres.
M. de Humboldt fait dans ce mémoire un usage heureux des lois de la géographie végétale, pour suppléer aux mesures de hauteur de certains plateaux que Ton na point encore pu prendre immédiatement ; et , lorsque telle ou telle plante se cultive dans un lieu, il détermine, d après la latitude, quelle hauteur le plateau sur lequel ce lieu se trouve ne peut avoir dépassée. Ce sera un sujet curieux de vérification pour les voyageurs, qui, d'après les nomhreux rapports qui s établissent, vont sans doute de plus en plus visiter ces vallées et ces montagnes de rimaûs , ce Thibet , ce Boutan , ce Népaul , les contrées les plus intéressantes peut-être du monde pour rhistoire du genre humain, si comme tout lannonce c'est de là que notre race est descendue.
Dans un espace plus borné , M. Moreau de ion-, nés, nommé depuis peu correspondant, na pa* laissé que de faire des observations utiles. Il a présenté à rAcadémie une carte géologique d'une partie de la Martinique où soiît marquées avec ud grand soin les hauteurs des montagnes et des collines qui la hérissent, et principalement dû vplta)* éteint qui paroit avoir donné naissance à ces inégalités qu'il domine.
ET GÉOLOGIE, 3l5
Lauteur a étendu ses recherches à la géologie d'une grande partie des Antilies. Des pics volcaniques occupent les centres élevés de ces iles, et se nomment mornes ; les crêtes de laves qui en sont découlées s'appellent barres, et Ion désigne par la dénomination de plainiérs les plateaux qu elles ont formés en s étalant à leur partie inférieure.
Les îles où il ne se trouve qu'un pic et un seul système de déjections, telles que Saba, Niéves, Saint-Vincent, sont pluspetites, moins importantes pour l'agriculture. Elles n'ont point de bons ports, parceque ces ports ne sont que l'extrémité des vallées laissées entre deux ou plusieurs systèmes, tels qu'il s'en voit à la Guadeloupe, à la Martinique, à la Dominique, à Sainte-Liidie, à la Grenade, etc.; laMartinique, en particulier, paroît devoir son ori* gine à six foyers volcaniques , et montre encore six pics auxquels tout son terrain se .rapporte. C'est la topographie et la minéralogie exactes de l'un des six, celui de la montagne Pelée, que nous donne M. de Jonnès. Il croit cette nature volcanique si générale qu'il suppose qu elle sert de base même à celles deâ Antilles , qui n'offrent à l'extérieur que dés ealcairesmanifestement coquilliers ^ telles que la Barbade et la grande terre de la Guadeloupe. La Guadeloupe proprement dite est formée de quatre ^y&tèmes d'éruption , un desquels, la Soufrière, a
3l6 MINÉRALOGIE
conservé encore quelque activité. M. de Jonnès ea donne aussi une description soignée dans une statistique générale de cette île.
Les minéraux, considérés sous un point de vue général, n'occupent essentiellement que les naturalistes ; mais les rapports particuliers d*un grand nombre de leurs espèces avec les besoins et les agréments de la société sont pour ainsi dire infinis. Les moins importants de leurs usages, ceux qui n intéressent que la vanité , produisent encore dans le commerce et dans les relations mutuelles des peuples des mouvements que la politique étudie, et que la philosophie ne doit pas dédaigner, car elle en tire toujours quelque profit. Le plus puéril de tous les luxes est bien certainement celui des pierres précieuses , et cependant nous lui devons la première connoissance de contrées éloignées , et plusieurs feits de physique dignes de toute notre attention. M. Hauy, dont les travaux ont donné à la grande minéralogie une face si nouvelle en la soumettant aux procédés d'une physique délicate et aux calculs d'une géométrie rigoureuse , a voulu que ces minéralogistes pratiques , qui ne s'occupent que des minéraux de luxe , participassent aussi aux progrès delà science. Il vient de publier un traité
ET GÉOLOGIE. 3l7
des caractères physiques des pierres précieuses, où il donne les moyens les plus sûrs d en distinguer les espèces , malgré les altérations que Tart leur a fait subir eu les taillant, en les chaufFant , ou de toute aut^ëïhanière; et ce qui étoit plus difficile, malgré toutes les diversités de couleur et de transparence que la nature leur imprime. Cenesont là que des accidents ; lessence de chaque espèce consiste dans laforme de sa molécule intégrante, dans la disposition de ses lames, et dans la nature de ses éléments ; mais on ne pourroit constater ces caractères dans une gemme sans la détruire ; on est donc réduit à ceux qui dérivent des premiers et en sont en quelque sorte les indicateurs ; savoir, à la dureté, à la pesanteur spécifique, à la double réfrac^ tion, et à lelectrisation , «oit par le frottement, soit par la chaleur. G est 3ur ceux-là que M. Haiiy insiste dans un ouvrage qui sera également avantageux et à ceux qui travaillent les pierres précieuses et à ceux qui aiment à s en parer.
Nous avons parlé plusieurs fois de la grande question élevée entre les cristallogr^phes et les chimistes, sur la préférence que méritent les caractères offerts par leurs sciences respectives pour la distinction de minéraux, et nous avons cité quelques exemples de substances dont la composition
320 MIJÏÉRALOGIE
1er dans les vastes intervalles des premières, sans aucun ordre relatif à lattraction de leurs propres facettes? Il y a certainement là des mystères digues de toutes les recherches des physiciens, et d'un ordre bien au-dessus de la question de savoir si Ion doit classer les minéraux par leur analyse ou par leur forme.
M. Leliévre, qui avoit trouvé en 1786 dans une mine de plomb des Pyrénées une substance d'un aspect particulier, qui lui parut dabord une sorte de calcédoine , en a donné lanalyse faite par M. Berthier, ingénieur des mines , qui y a reconnu 44»^ d'alumine, i5 de silice, et 4o,5 d'eau. En conséquence, M. Leliévre la nomme alumine hydratée 5t7ici/ère. Sa cassure est un peu résineuse; elle happe à la langue; roussie au feu , elle devient friable, et perd 4o pour 1 00 de son poids ; elle ne fond pas au chalumeau ; les acides nitrique et sulfurique lacon^ vertissent en magma salin.
On avoit déjà remarqué plusieurs ressemblances entre les aérolithes et cette célèbre masse de fer natif, observée à la surface de la terre en Sibérie par feu Pallas ; M, Laugier vient d'en compléter l'ensemble dans l'analyse qu'il a donnée d'un fragment de cette masse. Non seulement il y a retrouvé
le nickel; mais le chrome, dont il a le premier découvert l'existence dans les aérolithes , s est aussi offert à lui) ainsi que le soufre.
Il se fait en quelques endroits de lltalie et de la Sicile des éruptions d'une vase argileuse et froide, qui sort de terre , s élève et coule à-peu-près comme la lave ; et Ton a donné à cette espèce de volcans les noms desalsa^ de gorgogli, et de bollitôri. C'est de lun d'eux, situé à Sassuolo dans le Modenois, que paroissent être sorties de violentes déjections, ac* compagnées de flammes et de tremblements de terre ^ dont Pline fait mention. Des auteurs beaucoup plus modernes parlent aussi de flammes , de boue , et de pierres lancées à de grandes hauteurs. Mais Spallanzani , qui en a donné dans ses voyages une description fort étendue , Ta trouvé beaucoup plus tranquille; et M. Mesnard La Groye, qui l'a visité encore plus récemment, l'auroit presque méprisé, si des phénomènes singuliers de la nature pouvoient jamais paroi tre méprisables à un physicien. Un petit tertre de terre argileuse est percé d'une ouverture assez étroite , remplie d'une va$e molle , sur laquelle on voit quelques filets de pé^ trole. Il s'en exhale continuellement des bulles d'un gaz inflammable, qui est un hydrogène carboné mêlé d'acide carbonique, et il s'en dégage des on<-
BUPFON. OOMPliM. T. I^. S I
322 MIMÉRALOGJK
des d'une eau salée. Tout autour dé cette petite bouche, un grand cercle stérile tt salé est le vestige des anciennes éruptions, et montre qu'elles ont dû être considérables. Mais elles n arrivent que de temps en temps , comme celles des yolcans ordinaires.
L auteur compare cette salze avec deux ou trois autres qu'il a vues dans les environs ; avec cdle de Macaltibà en Sicile, qua décrite Dolomleu ; avec une autre plus grande de Crimée, dont a parlé Pallas; et en général avec toutes celles dont il a trouvé des traces dans les différents auteurs. Sans prétendre assigner la.cause de ces phénomènes Tt marquables, M. Mesnard La Groye se borne à faire remarquer qu'ils sont toujours placés dans le voi-^ sinage des sources de pétrole, des fontaines ai> deuteis , des feux naturels;, et près de la lim&e du dernier calcaire marin. Au re$te il dit, ce que Ton voit assez, que les salzes ne supportent aucune comparaison réelle avec les véritables volcans.
Les cavernes dont un si grand nombre de moâ^ tagpessont creusées appartiennent aussi aux phéno mèn^S^ remarquables qui occupent le géologiste.-
M. de Humbpldt,qtiiavoit obserVc depuis lou^ temps celles des chaînes calcaires d'une partie dct rAUemagne, n a pU manquer déporter son atten"
' ; , , rr'
ET GÉOLOGFE. 323
tion sur ceHes de la grande chaîne porphyritique et volcanique des Andes. Ce qui, dans les premières, appartient à l'action des eaux semble avoir été quelquefois dans les autres l'effet d'émanations ga* seifses. On voit de ces cavernes auprès de Quito,' aS6^ étendues pour servii' de refuge et comme de* caravanseraîs aux voyageurs. Elles sont générale-^ méat peu profondes , et tapissées d^ soufre. L'é-* norme grandeur de leurs ouvertures les feiit dis-' tinguer aisément de celles qu'offrent les tuffii^ volcaniques en Italie , aux Canaries ^ et mèine dans les Andes.
M. Beudant continue à enrichir la cristallographie de recbercbeft aussi neuves qu'intéressantes.^ Nous avon^s vu, l'année dernière, comment, daîns^ sies expériences, un principe salin- d'une èertaine> espèce imprime quelquefois sa forme cristalline à un mélange dont il ne fait pas à beaucoup près la plus grande partie»
Il «'«st occupé cette année d'une' question qui* n'iiiifK»:*te pas moins à la scient des cristaux ; c'est' celle 4es causer qui déterminent un sel dôiit tes^ molécules primitives et le noyau ont une fbrme> constante à revêtir, par l'accumulation deces trio-^^ léculés selon »d^ Wis diverses^ des formes secon-
daires si variées que leur nombre étonne quelquefois rimagination. ^
Ayant remarqué que les formes secondaires d'une même substance sont le plus souvent les mêmes dans les mêmes gisements, et dans les lieux où elles se trouvent associées de la même manière à d autres minéraux, il a jugé que ces formes secondaires doivent être déterminées par les circonstances au milieu desquelles se fiiit la cristallisation.
On savoit depuis long-temps, par les expériences de Rome de Lille , et par celles de Fourcroy et de M. Vauquelin, que la présence de lu rée détermine le sel marin à prendre la forme secondaire octaèdre, tandis que dans Feau pure il cristallise en cubes semblables à ses molécules constituantes. Elle produit un efiet inverse*sur le muriate d'ammoniac, qui cristallise en octaèdre dans Teau pure; elle le fait cristalliser en cube..
Un peu plus ou un peu moins de base dans Valun lui imprime des formes secondaires cubiques ou octaédriques ; et ce sont si bien des forihes secondaires qu'un cristal octaèdre dalun , plongé dans une solution plus ricbe en base, s'y enveloppe de couches qui lui donneront en définitive la forme d*un cube.
. Partant de ces premiers Êiits, M. Beudant a traité
ET OÉOLOGIE. 3^5
la question en grand, et a soumis la cristallisation des sels à répreuve de toutes les circonstances qu'il a crues capables d'influer sur elle ; savoir, i ** lescir* constances extérieures et générales , telles que là chaleur, le poids de Fatmosphère, le plus ou moins de rapidité de Tévaporation , le volume de la solution, la forme du vase , etc. ;
2** Les mélanges mécaniques qui troublent la solution en s y trouvant, soit en simple suspension, soit en précipité sans cohérence , soit sous forme de dépôt gélatineux ^
3^® Ce qu'il appelle les mélanges chin^iques existants dans les mêmes solutions ;
4^ Enfin les variations entre les proportions des principes constituants de la substance cristallisée.
Lea circonstances du premier genre n'exercent point d'action, si ce n'est sur la grandeur et la. netteté des cristaux. Il en est de même des petites quantités de matière qui peuvent rester en suspension permanente dans un liquide. Mais on ne peut pas en dire autant des précipités et des mélanges chimiques.
Les cristaux qui se forment au milieu d'un précipité sans cohérence, d'une bouillie déposée au fond du liquide, entraînent toujours une partie plud ou nioins considérable des molécules de ce dépôt , et perdent alors ordinairement toutes les
32(3 MlNÉAAI#OGtfi
petites facettes additionaelles qui auroiant pu mo^ difier leur fbi:ine dominante. Cette ibrme arrive à plus de simplicité lorsqu'elle aufoit dû être oool^ pliquée ; mais les substances qui auraient sans eéla doxMié des cristaux simple» continuent de les donoer^.et ne i^oiventpoiatxle modification. \ :
Dans un dépôt (^^élatineux les crîsteux sont rare^ ment groupés, mais presque toujotjurs isolés , d une f^tteté et dkine régularité remarquables; et ilsner prou yent d a u très variations que celle qui résulte de Fintervention chimique de la sufa^taBCjé du dépèl.
Le^ variations sont asficiz nombreuses dans; les cristaux qui se forment dans un mélangé chimique, c'e$tàrdir<?d^ps un^ solution d'uûe autre substance, même lorsqu^e. cette ^ubstapce ne peut s'unir avec pffjL. Les phénomènes rapportés plus haut s'y répétîent defdiv^rses façons : du ^el marin qjui crÎ3tal- ^^dans une solution de horaj^ pre]^ de$ ûronca-» tures au3ç angles solides d^ ^s cubes ; Velim. dans lacidemuriià^^que prepd upe forme que M^ Beudaut n a jamais pl^tenue autremei^t. < » ■<■->
Si la dissolution peut s'unir en une portion quelconque au qristal d'utUP autre subst{M[ice qui s y ^rn^e, çt que néanmoins qecri^t^ dfiifirm'mey.^^j' s^ plus grande énergie, la f^ripe de la molécule €;Qnstitu$inte,, a^^ que po]4^ lavoQs vu ïaimée dernière pour le cas du sul&tede fer, la matière de
WT GÉOLOGIE. 32 7
la solution exerce aussi à son tour quelque influence sur la forme secondaire , et cette influence consiste le plus souvent à la simplifier en faisant disparottre les surfaces additionnelles.
Ainsi 3o ou 4o centièmes de sulfiite de cuivre se soumettent encore à la cristallisation rbombôédtique du sulfate de fer, mais en réduisant au pur rhomboïde, sans aucune troncature ni sur les angles ni sur les arêtes.
Dn peu d'acétate de cuivre ramène à cette forme un sulfate de fer, quelque disposé qu'il soità se compliquer de surfiices additionnelles.
D autres mélanges simplifient un peu moins:
ainsi le sul£ite d^alumine ramène celui de fer' à un rlumiboèdre tronqué aux angles latéraux, ou à ce que M. Haùy nomme variété unitaire; et même quand on trouve dans^le commerce de la couperose de cette variété, ce qui est ^ssez commun , on peut être sûr, selon M. Beudant, qu'elle contient de Ta^ lumine.
Enfin les proportions de la base à Tacide, oii dana lès ^els doubles des deux bases entre elles , produisent a ussi des effets très sensibles sur la forme secondaire sanf altérer le moins du monde la forme primitive. Ce^t ce que nous avons vu plus haut pour Falun, et ce que M. Beudant a constaté sut pusieur^antres sels.
* L auteur de ces recherches eu fait des^ applica-^ tions ingénieuses aux phénomènes de diverses substances minérales cristallisées, sur lesquelles nous ne pouvons pas faire d'expériences directes dans Tétat actuel de la science ; et il y fait remarquer de grandes analogies : les cristaux mélangés de substances étrangères sont en générai plus simples ; on en voit même dans lespéce de Faxinite, ou schorl violet du Dauphiné, dont une extrémité mélangée de chlorite est réduite à la forme primitive, tandis que l'autre, plus pure, est variée de plusieurs facettes produites par divers décroissements.
On trouve assez ahondamment dans un ravin du Mont-Dor en Auvergne des fragments d'une brèche que sa dureté et ses autres qualités extérieures faisoient regarder comme siliceuse , et à la*quelle les minéralogistes n avoient donné d'attention qu'à cause de quelques parcelles de soufre q«i se voient quelquefois dans ses petites cavités.
M. Cordier l'ayant soumise à des épreuves variées s'aperçut qu'elle donnoit par la chaleur une quantité notable d'acide sulfurique ; et, d'après cette indication importante, il procéda à une analyse complète, d'où il résulte que cette pierre contient environ 28 centièmes de silice, 27 d'acide sulfurique, 3i d'alumine, 6 de potasse, et un peu d'eau et de fer. C'est à peu de chose près la composition
de la pierre célèbre de la Tolfa qui donne Talun de Rome. Et en effet en traitant la brèche du Mont- Dor suivant les procédés en usage à la Tolfa, c està-dire en la concassant, la torréfiant, et Fexposant à Vair humide, on a obtenu de lo à 20 pour cent d-un alun très pur; elle en donne mèmç sans la torréfier, et par la simple exposition dans un lieu humide.
Daprès des recherches faites; sur les lieux par M. Ramond, il est probable qu'avec un peu de soin Ton découvriroit, dans la partie moyenne du Mont-Dor, les couches dont les fragments épars dans ce ravijise sont détachés, et que Ion pourroit y ouvrir des carrières dont l'exploitation ne seroit pas sans avantage. ,
M. Cordier regarde ces sortes de pierres comme une espèce minéralogique dont Tessence consisteroit dans la présence de l'acide, de l'alumine, et de la potasse. La silice y est moins essentielle, car il existe à Montrone en Toscane des carrières d'une pierre qui n'en contient point, mais qui a tous les autres principes constituants, et donne les mêmes produits que celle de la Tolfa. Les variétés de cette espèce, où il entre delà silice, se distinguent aisément par la gelée qu'elles forment quand on les traite successivement par la potasse caustique et l'acide hydrochlorique étendu dans l'eau.
M. Cordier y rapporte plusieurs pierres voltîâiii* ques désignées vaguement jusqu'ici ^ par les géo» logistes, sous la dénomination générale de Uwes altéf'ées.
Des paysans du département du Lot, conduits par lappât de prétendus trésors que Ton disoit avoir été enfouis autrefois par les Angldis dans certaines cavernes des environs de Breugue, ont pénétré dans ces cavités, et, ayant creusé et^élargi quelques crevasses qui se trouvoient dans leur profondeur, ont découvert un dépôt d ossements ^ dont les uns appartenoient à des chevaux, les autres à des rhinocéros de la même espèce dont il y a en si grande quantité des ossements fossiles en Sibérie, en Allemagne, et en Angleterre; les troi- $ièmes à une espèce de cerf inconnue aujourd'hui sur le globe, et dont les bois ont quelque rapport éloigné avec ceux d'un jeune renne.
Gruettard avoit trouvé un grand nombre de ces mêmes bois aux environs d'Étampes.
Ces témoins importants des révolutions de notre continent ont été recueillis par M. Delpont, pro^ cureur du i-oi à Figeac, et présentés à l'Académie par M. Cuvier. Ils sont déposés au Cabinet du rm.
M. Palisot de Beauvois a eptretepu TAcadémie d'un phénomène géologique assez singulier qu'ai a observé dans le comté de Rowan, province de ta
Caroline du nord. Au milieu d'une colline dun sat^e très fin , entremêlé de petites pierres de quartz et de nombreuses perches de mioa, argenté*, se trouve une veine de pierres disposées si régulière^ ment que les habitants, qui Tout remarquée depuis long-temps , lui donnent le nom de mur naturel, et que des naturalistes ont même prétendu depuis quelque temps que c^étoit un véritable mur qui pou voit avoir été construit à des époques reculées par quelque peuple aujourd'hui inconnu. Les pierres ont généralement quatre arêtes , sont amin^ cies'à lune de leurs extrémités, et ont une petite entaille au-dessous du sommet : elles sont rangées horizontalement. L espèce de mur qu elles forment a environ 1 8 pouces d'épaisseur ; sa hauteur à Fen-» droit où il est à découvert est de 6 à 9 pieds : mais onlâisuivi en creusant jusqu'à 12 et 18 pieds dans le sol^ et on a déjà reconnu qu'il s^étend à plus de 3o6 pieds en longueur. Une sorte de ciment argileux remplit les intervalles des pierres, et les enduit à l'extérieur, et «hacune d'elles est revêtue d'une couche de terre ocracée et sablonneuse.
- M. de Beauvois.en a rapporté quelques unes, qui 5 eilaminées par- les minéralogistes de l'Académie!, ont olïert la plupau*t des caractères des' ba- $alt^ ; mais' comme âl n'a encore été observé dans les États-Unis aucune trace ni de basaltes ni de vol-
cans, et comme le terrain enviroimant est généralement primitif, il seroit possible que ce prétendu mur ne fût qu'une couche de trapp, roche amphibolique très semblable à certains basaltes.
Nous avons parlé en 1816 du travail entrepris par M. Moreau de Jonnès pour déterminer la nature géologique des Antilles, des idées générales qu'il s'en foit, et des descriptions particulières relatives à la Martinique et à la Guadeloupe, qu'il a présentées à l'Académie. Il a continué la rédaction de ce travail, et a lu tin mémoire sur le Fauclain, l'un des monts les plus remarquables de la Martinique, non qu'il soit le plus élevé, mais parceque c'est celui qui sert de point de reconnoissance et qui annonce cette tle aux navigateurs. Il n'a point la forme d'un cône creusé à son sommet, mais celle d'un prisme couché ou d'une immense arête basaltique, et M. de Jonnès le regarde comme une partie de l'orle et du bord d un très grand cratère dont il croit avoir reconnu tout le pourtour. Le fond de ce cratère est aujourd'hui une vallée aussi fertile que bien cultivée.
Le même auteur a donné une description géologique dç la Guadeloupe. Il a reconnu que l'île occi* dentale, où il y a une solfatare en activité, et dont la surface est d environ soixante-sept Ueues carrées , doit son origine à des éruptions parties de quatre
grands foyers volcaniques sous-marins ^ et que Ftle orientale, connue sous le nom de Grande-Terre, est fbripée d'une base volcanique recouverte par une grande stratification de calcaire coquillier. A la Martinique les quartiers situés à ForienC sont également recouverts par des lits de calcaire marinjsoit coquillier, soit coralin.
La seconde partie de la Richesse minérale de M. Héron de Villefosse, qui avoit été présentée en manuscrit à FAcadémie en 1816, a paru imprimée cette année avec Fatlas. Cet ouvrage a justifié le jugement qu^en avoit porté la compagnie, et est devenu le guide indispensable de tous ceux qui s'occupent de Fadministration des mines et de leur exploitation.
La branche la plus intéressante , mais peut-être la plus difficile de la connoissance des minéraux, celle qui depuis Pallas , de Saussure et Werner occupe le plus généralement Fattention des naturalistes, c'esi; la position respective des substances minérales dans les masses qui forment Fécorce du globe. En effet c^est dans leur superposition seulement quCfFon peut retrouver les traces de leur histoire et les monuments de leur chronologie. Déjà elle nous offre des iaits généraux bien consta-
334 MI19ÉBALOGIE
tës^ d'où 96 laisse déduire une première ciassifica-^ tion des terrains d après leur plus ou moins d an^ ctenneté ; mais lorsque Ion veut fixer les limites de chacune de ces classes principales , et sur-tout lors-» ^'il s^agit de distribuer d'après Tordre de supers position les espèces particulières de terrains qui appaitiennent à chaque classe , il s'en faut de beaucoup que les feits recueillis soient assez précis et assez nombreux. Souvent toute apparence d'ordre échappe a l'observateur, et ce n'est quaprès des recherches pénibles et des combinaisons délicates qu'il parvient à renouer le fil qui s'étoit brisé dans ses mains.
On peut très bien juger de cet état de la science dans un ouvrage que M. de Bonnard, ingénieur en chef des mines, a présenté à l'Académie, et qu'il a intitulé Aperçu géognostique des terrains. C'est un exposé des diverses roches connues, des positions où chacune d'elles se rencontre, du plus ou moins d'étendue qu'elles occupent, et des fossiles que contiennent leurs lits. L'auteur a mis à profit les observations les plus récentes des autres géok>^. gistes, et celles qull a fieiites' lui-même- dans de nombreux voyages. Ilseroitbien difficile d'analyser, ici nn 6urrage qui n'est lui-même qu'un» analyse fort ooncentrée.Nous en présenteronsseulementles résultats principaor^ On y voitqu'à l'époque reculéa
ET OÉOLOGIR, 335
oit se formoient les terrains primordiaux le liquide déposoit quelquefois encore, à deux et trois re* prises, les mêmes substances qu^il avoit déposées d'abord . Les irrégularités, les répétitions des roches, deviennent plus fréquentes k la seconde, époqiie^ lorsqu'il se dépose aussi des bancs compos^B des débris jdes roches primitives , et lorsque les roche$ qui domineront à l'époque troisième commencent à se montrer* A mesure qu on avance vers les temps récents les roches deviennept moins caractérisées, ou plutôt les minéralogistes, donnant moins. d'at^ tention à l^urs différences, ne les distinguent pltis d une manière aussi claire. Il arrive enfin une quatrième époque où il ne se forme plus de ces couches générales qui eiabrassent presque tout le g^obe, mais seulement des dépôts partiels qui semblent s être précipités dans des bassins séparés les uns des autres. . >
M, de Bonnard £ut coanoître les roches qui ap*i partiennept à chaeune de ces grandes classes, non plus par ordre de formation., parceque les retours^ le^ répétitions, lui auroient donné trop de difficultés, mais d après leur nature minéralogique ^ ce qui s'écarte peut-être un peu de son plan pri** mitif : mais la géognosie en est là; le temps seul et .tes efforts d'observateurs doués de géniô peuvent découvrir deaJok; qui permettront à la>mé^
thode de descendre jusqu aux lits les plus particuliers.
M. Brongniart a montré par un exemple curieux qu'en effet les mêmes lits , contenant des fossiles de même nature, se trouvent quelquefois sur les points de la terre les plus éloig^nés avec des circonstances dont la similitude va jusqu'à la minutie.
M. Hozack, médecin et naturaliste américain, avoit adressé à FAcadémie une empreinte de cette espèce singulière de crustacé inconnue aujour^ d'hui dans les mers, et qui se rencontre assez fréquemment pétrifiée, à laquelle on a donné le nom de trilobite.
i/l. Brongniart, qui avoit fait depuis long-temps une étude particulière de ce genre de fossiles , avoit montré que tous les terrains où il existe appartiennent à la classe dite des terrains de sédiments anciens , et que les difiërences spécifiques qu'il présente sont en rapport avec le plus ou moins à^ncienneté des dépôts qui composent ces terrains.
Ce que Ion a observé sur les trilobi tes d'Amérique est en accord parfait avec le résultat des observations faites dans l'ancien monde.
M* Bigollot, membre de l'académie d'Amiens, a adressé des observations sur un genre de fossile
ET OÉÔLtX^IÉ. 337
plus commun , sur des dents d'éléphants et de rhinocéros déterrées à la porte d'Amiens dans des couches de gravier. La vallée de la Somme, comme beaucoup d'autres, est remplie de ces sortes de débris organiques ; et déjà plusieurs fois nous avons eu occasion d'en parler d'après les recherches de M. TrauUé^ correspondant de llnstitutà Abbeville.
Nous devons à M. Brochant un traité élémentaire sur la cristallisation, que l'auteur a inséré dans le Dictionnaire des Sciences naturelles. Tous les faits que cette partie importante de Thistoire des minéraux doit aux longues et savantes recherches de M. Haûy sur les formes des cristaux et sur la manière dont celles de chaque espèce peuvent être ramenées à une forme primitive constante sont exposés dans cet ouvrage avec méthode et clarté. L'auteur y a joint les résultats des nouvelles expériences de M. Beudant sur les causes extérieures et intérieures qui peuvent déterminer dans chaque espèce la production d'une forme secondaire plutôt que d'une autre.
M. Sage, accablé par des infirmités cruelles et nombreuses , ne cesse cependant de donner au public quelques produits de sa plume*
L'Académie' a reçu de lui cette année une bro-
•17VFON. COMPLiM. T. II. 22
338 MIBÉBALOGIE
cbure sur ses découveites minéralogiques, et un ouvrage qu^il a intitulé : Mélange$ htstoriques et physiques.
M. Gordier, dans un mémoire dont nous ayons rendu compte Tannée dernière , nous a appris que la pierre d*alun compacte ne se trouve pas seulement à la TolÊi et dans quelques endroits de lltalie et de la Hongrie , mais qu on la rencontre dans plusieurs volcans brûlants , et dans les volcans éteints de TA u vergue ; il a de plus établi cette pierre :comme une espèce minéralogique caractérisée. Cette année le même minéralogiste en a décrit les cristaux d après de beaux échantillons de la Tolfa qui lui ont été communiqués par M. le chevalier de Parga, conseiller d'état du roi d^Espagne.
Ces cristaux n'excèdent pas trois millimètres. Leur forme primitive est un rhomboèdre de Sg"* et de 91'' d angles, en sorte qu'à Tœil on la cbnfoBdroit avec un cube. Il est sous-divisible dans le sens d'un plan perpendiculaire à l'axe. Outre la forme primitive on en aonnott une variété tronquée par les sommets , et dont la troncature peut aller jusqu'à convertir le cristal en une lame hexagone. Leur pesanteur spécifique est de 2,7 5 1 7 ; leur analyse a donné :
ET OÉOLÔGiE. 339
Àçiik sulfuri^pie i6,a6d
Alumine v 39,533
Potasse 10,377
Eau 145827.
M. Beudant, qui a examiné sur place eu Hongï*ie de» roches de la même nature, les a vues au milieu d autres roches auxquelles elles passent insensible*ment, et qui lui ont paru résulter de la décomposi* tion des pierres ponces, et d'une nouvelle combi-*'' naison de leurs éléments. Elles renferment souvent des débris organiques.
Les roches appelées serpentines ou gabbro des Italiens, et dans les derniers temps ophiolithes, et ces autres roches que les Italiens nomment grctni*tone et auxquelles on vient de donner le nom d'euphoUdeSy forment , soit chacune à part , soit asso--* ciées Tune à Fautre , des étendues considérables de terrain , et les géologistes les plus habiles avoient pensé jusqua présent quelles senfonçoient toujours sous les roches calcaires qui les avoisinent, et appartenoient en conséquence à des formations plus anciennes; on les rapportoit sinon aux terrains primordiaux , du moins aux premiers terrains de transition.
M. Brongniart, qui a beaucoup étudié la position de ces roches dans son dernier voyage dltalie , croit
34o MINÉRALOGIE
en avoir reconnu des couches bien postérieures à tous les terrains de transition.
Il les a vues distinctement en trois lieux différents de la crête des Apennins; savoir, au-dessus de la Spezzia , au-dessus de Prato , et entre Florence et Bologne , reposant sur des jaspes et sur des bancs de différents calcaires de sédiment et d'agrégation, tels que le calcaire compacte , à grain fin gris brun , traversé de veines spathiques, qui forme en certains endroits une grande partie de la masse des Apennins ; le calcaire solide , d apparence grenue et micacée d'un gris bleuâtre, appelé pietra serena parles Florentins; et cet autre calcaire grenu et micacé, de texture schisteuse, nommé macigno ou bardellone^
On voit quelquefois entre les lits de ces pierres des noyaux de silex , toujours étrangers aux anciens terrains de transition ; mais ils ne renferment point comme ces derniers des métaux ni des aniracites; si on les compare au contraire avec ceux qu on appelle alpinSy etqui sont certainement plus modernes, que les terrains de transition , on trouve qu'ils ont avec eux la plus grande ressemblance; ainsi les couches dophiolithes placées sur les pierres de nature alpine sont elles-mêmes nécessairement plus modernes que les terrains de transition.
A la vérité M. Brongniart a remarqué en quel-
ET GÉOLOGIE. 34l
ques endroits, notamm'ent au Monte-Ramazzo, audessus de Gênes, que lophiolithe y repose immédiatement sur des terrains talqueux et schisteux anciens, mais il pense qu'en ces endroits les calcaires qui devroient s'interposer sont venus à manquer.
Il a observé en ce même lieu que le marbre célèbre dans les arts sous le nom de vert de mer^ et qui se compose de calcaire et de serpentine , appartient aux terrains ophiolithiques.
L auteur nous fait aussi connoitre dans le cours de son mémoire que les émanations du gaz hydrogène qui entretient les feux si célèbres de Pietra- Maltty entre Florence et Bologne , et ceux de J5angazzo^ entre Pistoia et Modène , sortent du calcaire arénacé; mais les autres vapeurs, non moins remarquables, d'une chaleur excessive, et qui portent lacide boracique dans les petits lacs des environs de Volterre , traversent le calcaire compacte.
Quant à Fopinion qui fait le principal objet de son travail, elle est tellement différente de celle de tous les géologistes qui ont jusqua présent visité lltalie que M. Brongniart se demande s'il n'y auroit pas en ce pays deux formations ophiolithiques. Il est sur-tout porté à le penser d'après une description très explicite donnée par M. Brocchi du prx)moijtoired'Argentaro près d'Orbitello, où il paroi-
troit que la serpentine est bien certaiEiement sous le calcaire.
Les géologistes avoient d^abord porté leur atten^ ti<^n sur les g^randes masses pierreuses qui forment en quelque sorte l'ossature ou la charpente da globe : les grandes chaînes granitiques ou scbistepses^ les couches de marbres salins, les monta*gnes calcaires d'une grande étendue, avoient été les objets de leurs études^ mais pendant . long-temps ils avoient négligé les terrains plus modernes qui forment nos plaines et nos collines inférieures; on peut même avancer qu'il y a vingt ans les détails de ces terrains, les lois de leur composition, ét<»cnt à-peu-près inconnus; on les consîdéroit ooinme des dépôts de transports locaux et très limités , qui méritoient à peine que l'on s'en occupât, tandis qu'en réalité ils offrent à l'esprit autant et plus de sujets d'observations , de méditations , et même de découvertes , que les terrains primordiaux et ceux qui les accompagnent immédiatement. Les recherches ébiî* tes aux environs de Paris par MM. Cuvicr et Br&or gniart, celles que d'autres savants ont faites en di* verses parties de l'Angleterre , ont commencé à ouvrir cette non velle mine ; on a vu que de certaines successions d'êtres organisés , des banci cor» respcmdants de pierres diverses , remplissent dans
un ordre déterminé des espaces infioiinent plus considérables qu'on ne lavoit pensé ; on s est convaincu que rhistoire des hommes dle-méme étoit intéressée à ces traces des révolutions qui ont précédé immédiatement rétablissement des peuples; et on s est livré avec ardeur à une branche entièrement nouvelle de faits.
M. Prévost» élève de M. Broogniart, a étudié dans cette vue les environs de Vienne en Autriche, et il y a retrouvé plusieurs des circonstances les plus importantes reconnues dans nos environs.
Le bassin de Paris , renfermé dans uue grande excavation de la craie, se compose de trois formations principales : une calcaire d origine marine , placée inférieurement, et qui donne nos pierres à bâtir; une intermédiaire, principalement gypseuse, et qui ne renferme que des produits de la terre et de Teau douce; enfin une supérieure de nature sableuse de nouveau produite par la mer, et recouverte encore par une dernière couche de terrain d*eau douce.
Le fond du bassin de Vienne , appuyé sur la base septentrionale des Alpes , n est pas de craie , mais de ce calcaire compacte que Ion a nommé alpin , et §ort inférieur à la craie , recouvert de cette espèce de poudingue nommée en Suisse nagelflue ; les terrains tertiaires marins qui remplissent ce bassin
sont comme les nôtres recouverts de terrains d eau douce, mais notre formation g^ypseuse y manque, et ils ressemblent par leurs coquilles non pas à notre calcaire marin inférieur, mais au supérieur; et à cette occasion M. Prévost, ayant comparé des coquilles de nos deux terrains dWi(][ine marine, y a remarqué des différences plus considérables que ne les avoient aperçues MM. Brongniart et Cuvier dans leur premier travail.
Mais des coquilles auxquelles celles des environs de Vienne ressemblent encore plus qu'à celles de Paris , ce sont celles qui remplissent les couches des collines du pied de FApennin, et que M. Brocchia si bien fait connoitre dans son bel ouvrage intitulé : Conchiologia subapennina.
M. Preyost a retrouvé aussi les mêmes coquilles dans beaucoup de terrains superficiels du midi de la France.
M. Cuvier donne une édition nouvelle et entiè-t rement refondue de son Histoire des Ossements Fossiles. Le premier volume a paru il y a six mois ; le second et le troisième paroîtront sous peu de jours. Quelques unes des découvertes nouvelles qui entrent dans ces trois volumes ont été communiquées par l'auteur à l'Académie. Telles sont sur-tout une nou-
velle et très petite espèce d'hippopotame fossile , et trois espèces nouvelles de rhinocéros fossiles. Une de ces espèces a des dents incisives , comme tous les rhinocéros d'Asie, une autre réunit à ce caractère celui d'être tout au plus égale au sanglier pour la taille. ^ [ ■
M. Guvier a recueilli aussi plusieurs espèces fos-» siles de tapirs dune très grande taille, et jusqu'à six ou huit espèces d'un genre inconnu , voisin des tapirs , et qu'il nomme lophiodon.
Dans son troisième volume, qui traite des ani-. maux enfouis dans les gypses des environs de Paris, *M. Cuvier ajoutant tous les morceaux qui lui ont été apportés depuis sa première édition , et les présentant dans un ordre plus méthodique qu'il n'avoit pu le faire d'abord , restitue quinze espèces des genres perdus, qu'il a désignés depuis longtemps sous les noms (ïanoplotherium et de palœotherium; il fait connoître deux autres genres de pachydermes différents des premiers, et quil nomme ehœropotame et adapis. Ces mêmes carrières de gypse lui ont fourni plusieurs espèces de carnassiers, deux rongeurs, et jusqu^à huit ou dix espèces d'oiseaux. On sait combien les oiseaux sont rares parmi les fossiles, et même que ce n^est qu'à Montmartre qu'il en avoit été trouvé d'incontestables. M. Cuvier en a recueilli en effet qui ne laissent aucun doute ,
et un entre autres qui présente toutes ses parties, le bec , les ailes , le sternum , le bassin , et les pieds par&itement reconnoissables.
On vient aussi den découvrir en Auvei^ne; eî M. le comte de Chabrol , préfet de la Seine , en a donné au Muséum d^bistoire naturelle des échaiH tillons dont les caractères sont parfaitement assurés.
Le même troisième volume contiendra la defr* cription d un genre de pachydermes entièremenl inconnu et fort remarquable, qui vient d'être trouvé dans les iignites de la Ligurie.
Ainsi le catalogue de ces animaux qui habitoieat autrefois la surfiice de la terre , et que les révolutions du globe ont détruits , s'étend et s'enrichit chaque jour, et il devient de plus en plus vraisem* I)iable qiie cette ancienne population du monde n'étoit ni moins belle ni moins variée que celle qui l'oocupe aujourd'hui.
On ne peut espérer de retrouver les traces des catastrophes qui ont Irappé tant d'êtres coosidérâr blés que par une étude approfoi^te des couches et des bancs^ qui recèlent les débris de ces êtres* C'est à quoi MM. Brongniart et Cuvier ont donné, comme on sait , une grande attention dans le rayon qui se trouvoit à portée de leurs observations*
Leur Deserij^Jum Géologique des enmrom ée P^
ET GÉOLO<ÏIE. 347
ris reparott augmentée de beaucoup de faits noureanx, et M, Brangniart y a sur- tout ajouté un travail d un grand intérêt.
C'est une comparaison des couches de nos envi* rons avec les couches analogues des autres pays ; comparaison d'où il résuite que la plupart de nos •couches s'étendent infiniment plus lodn <{u*ot^ ne Tavoit cru , et -en conservant toujours leurs earac»tères, et, qui plus est. les débris des mêmes espèces, soit d animaux vertébrés, soit de coquilles.
C'est ainsi que dans la partie de ce travail qui cûnceme la craie , et que M. Brongniart a lue à l'A^^ <mdémte, il l*etrouve les mêmes coquilles, et dans le même ordre de superposition , en France , en Suisse , en Angleterre , en Allemagne , eo Pologne ^ et jusqu'en Amérique.
Dans une autre partie de son travail, il &it counottr e les rapports des terrain s calcaires et trappéens qui occupent le pied méridional des Alpes de Lomn bardie, avec notre calcaire grossier inférieur. La position relative de ces terrains, que M. Brongniart a étudiés en cinq endroits différents , est fat même ; on y trouve les mêmes débris organiques ; «t il n'est pas jusqu'aux conckesdenaturetrappéenvie, auxquelles M. Brongniart ne trouve de l'analogie avec les grains de terre verte si abondamment ré* pandus dans cette partie de i|o« bancs calcairesi.
Les recherches de ce savant minéralogiste sur l'argile plastique qui recouvre la craie , et sur les lignites ou bois fossiles qu'elle contient, ne sont pas moins dignes de remarque. Ces lignites qui contiennent iambre jaune ont été déposés dans l'eau douce; et par-totit où ils se montrent, cest avec des coquilles d'eau douce; en sorte que ce grand phénomène de l'envahissement de la mer sur des pays auparavant peuplés d'animaux et de végétaux terrestres n'est plus sujet à contestation pour aucune contrée. Dans la nôtre il est certain qu'il a eu lieu au moins à trois époques distinctes. C'est à la seconde de ces époques que furent submergés les palœotherium et les autres quadrupèdes enfouis aujourd'hui dans nos gypses, ainsi que les palmiers et les autres végétaux qui les ombrageoient ou les nourrissoient.
L'histoire de ces végétaux elle-même étoît intéressante à faire. M. Adolphe Brongniart, digne fils d'un homme dont les travaux ont si fort avancé la géologie , s'en est occupé. Il a été obligé de chercher aux végétaux des caractères distinctifs, tirés des parties qu'ils conservent dans l'état fossile , et qui sont souvent fort différentes de celles que les botanistes étudient le plus ; et il est ainsi parvenu non seulement à étendre ce que MM. de Schlotheim et de Sternberg ^voient déjà donné sur les végétaux fos-
siles en général, maïs à déterminer particulièrement plusieurs des espèces de nos couches. Ces espèces ne diffèrent pas moins que les animaux des végétaux qui couvrent aujourd'hui la surfece du pays.
M. de Férussac , qui s'est tant occupé de l'histoire des coquilles de terre et d'eau douce, a cherché de nouveau à l'appliquer à l'histoire des révolutions du globe. Il a lu à l'Académie une suite de mémoires géologiques sur les terrains qu'il appelle tertiaires, particulièrement sur les dépôts de cette espèce de charbon de terre qu'on a nommée lignite, et sur les coquilles fluviatiles qui les accompagnent. Il y décrit ces terrains tels qu'on les observe dans les d ivers bassins des rivières de France , en Angleterre , en Italie, dans les Alpes, et croit pouvoir tirer les résultats suivants des faits observés par lui ou par les autres géologues.
Selon lui , toutes ces sortes de formations sont locales. La succession des divers dépôts marins ou d'eau douce est le plus souvent différente dans des bassins contigus. Les débris de l'ancienne végétation du globe couvrent des parties considérables de sa surface; on en trouve à toutes les hauteurs et à toutes les latitudes. Cette dernière observation prouve qu'à des élévations ou à un degré de température qui ne permettent plus aujourd'hui à la végétation de se développer, elle étoit autrefois très
35o MINÉRALOGIE
forte. Ses débris montrent qu'elle étoit analogue à celle qui couvre au jour4'b ui la zone où nous vivons ; tandis que les débris des végétaux renfermés dans les parties basses de notre sol sont au contraire analogues à la végétation actuelle de la zone torride. M. de Férussac en conclut que la température de la surface de la terre a notablement changé ; qu'il y a eu un refoulement de la végétation des parties élevées vers les parties moyennes , et de celles-ci vers les parties basses. Gomme la plupart des géologistes du dernier siècle y il rapporte lanéantissement des races d animaux perdues aux mêmes causes qui ont Élit changer la végétation , c est-à-dire à rabaissement de la température et à celui des eaux , bien que Ton sache aujourd'hui que les animaux, tels que les mammouths que Ion croyoit naturels de la zone torride, ont au contraire très bien pu supporter le froid , à cause de la laine et des longs poils dont ils étoient revêtus.
On avoit trouvé, il y a quelques années, à la Guadeloupe, dans un endroit que recouvre la haute marée , des squelettes humains incrustés dans une roche calcaire; et Ton avoit prétendu en foire un argument contre la proposition assez généralement reçue en géolc^ie , qu'il n'existe point, sur nos continents actuels^ d'os humains à Fétat fossile. M. Moreau de Jcnnès , qui a examiné les heux , a &it voir
que la roche qui contient ces squelettes est d'origine très moderne) et formée à cet endroit, comme en beaucoup d autres points du rivage, par l'agglutination des fragments de madrépores, et d'au* très parcelles calcaires que la mer y rejette.
Ces squelettes n^appartiennent donc point à cet ordre d ossements fossiles qui remplit en si grande abondance les couches régulières et étendues du globe, et ils rentrent dans les phénomènes locaux et accidentels que les causes actuellement agissantes continuent de produire.
L^Académie a eu le malheur de perdre Tun de ses plus illustres membres, M« Haily, au moment où il étoit occupé de publier une nouvelle édition de son célèbre ouvrage sur les minéraux : mais le public n en sera pas privé ; tout le manuscrit étoit préparé , et Fimpressioln s'achève sous les yeux de M. Delafosse , Fun de% élèves les plus distingués de M. Haûy, et celui qu'il avoit choisi depuis longtemps pour le seconder dans les détails de cette grande entreprise.
On a déjà deux volumes qui embrassent toute la théorie mathématique de la cristallisation , et trois autres sur la minéralogie praprement dite; le qua^ trième et dernier reste seul à parottre.
C'est en portant à ce degré de perfection un ou-^ Vrage depuis long-temps admiré du monde savant que cet homme de génie a terminé une carrière si féconde pour le développement de Tune des branches les plus importantes et les plus difficiles des sciences naturelles.
Les matériaux les plus utiles à la géologie sont les descriptions spéciales et topographiques des divers pays, où Ion note avec soin Tordre dans lequel les bancs qui composent leur sol se succèdent, soit dans une superposition horizontale, soit en s'appuyant obliquement les uns sur les autres. Ce dernier genre de succession, propre aux bancs plus anciens, se voit plus facilement qu'ailleurs le long des bords escarpés de la mer, où Ton en suit horizontalement un beaucoup plus grand nombre que Ion ne pouvoit faire par des percements verticaux, puisque Ion y voit successivement sortir en quelque sorte de dessous terre des couches qui dans d autres lieux sont enfoncées à une grande profondeur. Pénétré de cette vue, M. Constant Prévost, naturaliste habile, élève de M. Bronguiart, a suivi les falaises de la Picardie et de la Normandie, depuis Calais j usqu à Cherbourg.
Aux deux extrémités de cette ligne, de près de quatre-vingts lieues, on reconnott les mêmes roches
et des roches qui appartiennent aux terrains primordiaux, et forment comme les bords de Kmmense bassin dans lequel se sont déposés les bancs des terrains postérieurs.
C'est vers Dieppe que paroit être le milieu àe ce bassin, et que Von ne voit à jour que les bancs les plus superficiels, qui sont presque horizon,taux. De^ deux côtés se relèvent obliquement les bancs intermédiaires,
M. Prévost a présenté un tableau de cette coupe, oilr v^ne enluminure ingénieuse montre les grandes divisions de terrain avec teurs caractères généraux et leurs dernières subdivisions, et par conséquent tous les faits dé détail qui en composent l'histoire.
Dam cette série le calcaire coquillier le plus ancien est celui que caractérisent les huîtres dites gryphées, et que l'on retrouve identique au pied du Jura. Après lui vient le calcaire nommé lias par les Anglois, et ensuite lexalcaire oo/iiAiqfiié?. C'est entre les bancs de ce dernierqu'est interposée cette marne argileuse qui contient une espèce remarquable et inconnue.de fossile appelée ichthyosaurusyYun des reptiles qui aient vécu le plus anciennement sur le globe. La pierre de Pôrtland et les pierres de Càen, si cojmues par leur facilité à se tailler et leur emploi en architecture , appartiennent à ce calcaire oolithique. Sur lui repose la craie avec ses bancs de
BUFFON. COMPLÉM. T. II. . a3
silex ; maisjun fait très reixiarc{uabl6, et que M. Prévost parolt avoir constaté, c'est qu'on observe en abondance dans certains oolithes/ des coquilles nommées cérites, et d'autres très communes aussi dans le calcaire grossier, terrain supérieur à la craie, et qui est séparé par toute Timmense épaisseur de celle-ci du terrain oolithique , tandis que la craie eUe^mème n'en offre aucune trace. On trouve aussi dans l'oolithe des ossements de potssons et de reptiles^ et nommément d un crocodile inconnu. U y a encore une et même deux autres espèces de crocodiles dans les marnes bleuâtres, placées entre le calcaire ooUthique et la craie, qu'il neÊuit pas confondre avec celles que Ton voit entre l'oolithe et le calcaire à gryphé^. Sur la craie se voient quelques lambeaux de nos terrains des environs de Pajris , et sur^tout de notre terrain d'eau douce inférieur et des lignites qui en foitnent souvent une grande partie.
C'est ainsi que M. Prévost arrive à lier par une succession non interrompue les anciens terrains dits primitifs, ou antérieurs à la vie, avec nos terrains récents des environs de Paris , décrits avec tant de détails par MM. Brongniart et Gu vier ; mais sur ce% derniers terrains eux-mêmes M. Prévost a fait encore des observations intére^sanl^.
Ceux de transport, situés à l'est de la riviëffe de
Dive, ne lui ont montré que des débris des silex de la craie et de ses couches les plus profoûdes, tandis qu'à Touest ils ne lui ont offert que de$ fra^ents roulés de quartz et de grès appartenant aux couches de transition du C!otentin , qui sont encore de beaucoup inférieures à la craie. Ces divers débris ne viennent pas cependant de la profondeur, mais ils s'expliquent par la^ première observation de Fauteur, celle qu'à mesure qu'on se porte vers les extrémités du bassin on y rencontre les terrains plus anciens et plus profonds qui se relèvent et qui embrassent les terrains plus récents et plus superficiels. C'est des crêtes redressées de ce^ terrains anciens que leurs débris ont pu être roulés sur les terrains modernes qui forment des plaines moins élevées*
Ce résultat général des observations de M* Prévost est accompagné deplusîeurs faits de détail dont les conséquences intéressent toute la géologie. Ainsi il a vu dans la craie des silex en couches continues et fort étendues, dont quelques parties paroissent avoir été rompues et déplacées , et d'autres fléchies et diversement courbées ; ce qui annonce qu'à une certaine époque elles ont été dans un état de mollesse.
Il a constaté que 1^ belles carrières de Ca«i , depuis si long-temps c^èbres, appartiennent aux
couches supérieures du calcaire oolithique. Il a vérifié à Valognes des dépôts que M. de Gerville avoitd^a fait connoitre , et qui contiennent pêlemêle des coquilles d'âges très différents ; mais il a vu aussi que ceadépôtsjsont dans des vallées étroites ou de longues cavités placées entre des bancs presque verticaux de roches primitives, et que les coquilles y sont dans un ordre inverse de leur ancienneté et avec toutes les marques d'un transport violent et lointain, sans y être recouvertes par aucune roche.
M. Beudant, savant minéralogiste, dont nous avonseu plusieurs fois occasion de citer les travaux, et qui vient d^être nommé professeur à la fa<^ulté des sciences de Paris, a fait par ordre du roi, en 1818, un voyage en Hongrie, Furi des ^ayl de l'Europe les plus intéressants par rapport aux nombreux produits du régne minéral qu'il recèle, aussi bien que par leur disposition géologique, dont ou n'avoit point encore de connoissance suffisante. Il a présenté à TAcadémie le résultat de ses observations, qu il a fait imprimer depuis en trois volumes in-4^- Il importoit sur-tout de tracer dans ce jwys la limite encore incertaine entre les terrains à inine ctor et les terrains dits de trachyUi, et présumés de la plus ancienne origine volcanique. A cet dfet
M. Beudant a fait de Schemnitz le centre d'excursions cju'il a dirigées en divers sens, et qu'il a même portées jusqu'aux mines de sel de Wieliczka en Galicie. Des frontières de la Transylvanie il est revenu par Pesth et le sud-ouest du lac Balaton , où il a observé de vastes terrains basaltiques. Une grande carte de tout ce royaume, deux cartes particulières des environs de Schemnitz et de ceux du lac Balaton, et dix-sept planches <ie coupes, représentent ce qu'il a pu déterminer sur la disposition géologique des terrains. Quant à la Transylvanie et au Bannat, l'auteur n'a pu en parlerque d'après d'autres minéralogistes.
Il fait voir que le terrain à mine d'or, formé d'une syénite ou griinstein poi^phyritiqucy appartient à la série des terrains de transition , ou tout au plus aux derniers terrains primitifs; et il le juge diaprés les couches subordonnées qu'il renferme d^une nature étrangère aux volcans, bien qu'il soit souvent recouvert par des terrains volcaniques, et qu'il contienne des pyroxènes et des feldspath vitreux fort semblables à ceux des trachytes. Quant à ces derniers terrains l'auteur en donne une description très détaillée, et distingue avec le plus granjd soin leurs différentes variétés, ainsi que toutes ies substances qu'ils enveloppent et^ les cowies formées des amas de leurs débris.
Les variétés se succèdent ou plutôt se circonscrivent dans un ordre assez déterminé, et soDt circonscrites à leur tour par les couches deleurs débris de mani^ à former des groupes de montagnes qui ont chacune un centre et deâ irradiations: c'est dans les couches de débris ou les conglomérats que sont situées les roches d'où se tire lalun, et que sont enchâssées en quelques endroits ces belles opales si célèbres en bijouterie. Dans ceux de œs conglomérats qui sont formés des débris des roches les plus poreuses, les plus semblables à la pierre ponce , se trouvent des bois changés en opale , des impressions végétales, et des coquilles, dont plusieurs ressemblent à celles de nos pierres calcaires.
Ce qui est plus extraordinaire c'est que les roches trachy tiques contiennent quelquefois en amas irré* guliers de l'argent sulfuré contenant de l'or.
Ces terrains de trachy tes ne sont jamais recouverts que par dés terrains tertiaires analogues à ceux de nos environs : ainsi leur formation est relativement assez récente.
M. Beudant partage Fopinion de ceux qui attribuent àces terrains trachytiques une origine ignée; mais il regarde comme assez probable qu'ils sont dus à des ëMl^tions sous-marines.* En Hongrie ils sont constamment séparés des basaltes.
ET GÉOLOGIE. 3Sg
Pliisieurs autres observations et discussions dans le détail desquelles il nous est impossible d entrer ajoutent un grand jprix à cet ouvrage, qui a paru aux oommissairesde rAcadémie sedistinguer d'une manière éminente de la plupart de ceux du m^ne genre.
L'importance des. débris fc^siles de corps orga-nisés, considérés comme des monuments des ca** tastrophes du ^^obe , s étend aujourd^bui à toutes les classes.
M. Desmarets s*6st occupé de celle des crustacés, et a présenté à TAcadémie un ouvrage, imprimé depuis , où il traite des écrevisses et des crabes trouvés à Fétat de pétrification. Comme tous les naturalistes qui s occupent des fossiles , M. Desmarets a été ol^é de découvrir des caractères distinctii^ qui pussent se retrouver dans des individus mutilés, et remplacer ceux que les naturalistes ont coutume de tirer et tirent aisément des individus entiers , 'mais qui par leur nature ont dû presque toujours disparoitre daps les fossiles. Il a donc étudié le test de ces animaux, et a cherché à y distinguer par des déno* minations précises^les divers compartiments qui en occupent la surikce, et les sillons qui les séparent, aussi bien qu a déterminer les rapports du nombre et de la courbure de ces compartiments et de ces
36o MIJSÉHALOGItr
silloDS avec les genres et les sous-genres, ou divisions <et subdivisions naturelles de ces animaux; idée d autant plus heureuse que ces compartiments correspondent avec assez de constance à des viscères différents dont les volumes relatifs influent sur l'étendue de ces compartiments, en sorte que le plus ou moins de grandeur de ces derniers est dans un rapport intime avec la nature de chaque animal.
Un sillon en forme d'H majuscule placé sur le milieu du test des crabes et des écrevisses , et dont les branches se subdivisent dans diverses directions, partage ce test en trois régions médianes placées à la suite lune de Tautre, et en trois divisions latérales de chaque côté, auxquelles M. Desmarets donne des noms daprès les organes qu elles recouvrent; et c est d après leurs proportions et leurs positions relatives, jointes à la forme générale, qu'il reconnoit ses genres et ses sous-genres.
Il a décrit ainsi jusqu'à trente-quatre jespécesde crustacés fossiles, appartenant à des subdivisions zoologiques différentes et enfouis dans de3 terrains de différentes formations. Les plus anciens se trouvent dans les schistes de cal caire argileux de la vallée de rAltmûhl, et nommément dans les carrières de Pappenheim. Il y en a même une espèce à longue queue que Tonne peut rapporter à aucun des sous-
ET GÉOLOGIE. 36l
^nres connus aujourd'hui , et Ton y envoit une de Umule pu crabe des Moluques, genre maintenant étranger à l'Europe : mais on n'y a encore découvert aucun crabe proprement dit , oti à queue courte et repliée; ces crabes, deviennent au contraire fort communs dans les couches supérieures. La série de ces animaux commence en quelque sorte où finit celle des trilobite^, dont nous avons parlé d'après M. Brongniart dans notre analyse de 1 8 1 9.
Elle se continue ensuite dans les terrains plus récents ; car il existe des crustacés fossiles dans les couches argileuses inférieures à la craie, dans le calcaire grossier, et j usque dans les derniers terrains d'eau douce.
A cet ouvrage, qui est imprimé avec celui de M. Brongniart sur les trilobitcs, sont jointes de belles planches lithographiées, où l'auteur a eu l'attention de compléter chaque figure par le rapprochement d'individus mutilés différemment, mais dont l'identité d'espèce ne restoit pas douteuse.
Le travail de M. Adolphe Brongniart sur les végétaux fossiles, dont nous avons parlé l'année dernière, a aussi été^publié avec des lithographies très . délicates. Cet art, en se perfectionnant, devient chaque jour plus utile aux scieïices naturelles, qui ont tant besoin de moyens peu dispendieux de représenter les formes , objet principal de leur étude.
M. Latreille a communiqué un mémmre de M. Germar sur un de ces crustacés fossiles. C'est une espèce de cymothoa, genre voisin des clopoi*tes , qui devoit vivre dans des cavités de roches à la manière de quelques espèces vivantes découvertes d^ puis peu sur les côtes d'Angleterre. On la trouvé dans un schiste bitumineux de Saxe.
M. Brongniart a. découvert auprès de Coulom* miers une pierre analogue à celle que Ton nomme vulgairement écume de mer, et composée de a4 P^i*" ties de magnésie, 54 de silice, 20 deau, et de i ou 2 d^alumine. Un examen attentif des couches entre lesquelles elle étoit placée et des coquilles qui s'y rencontroient lui a fait reconnottre que son gisement est dans ce terrain d'eau douce, mélangé de calcaire et de silice, qui dans nos environs est inter^ posé entre deux formations marines. D après cette indication il Fa retrouvée en plusieurs autres points du bassin de Paris; et il s'est assuré que dans plu-^ sieurs pays éloignés , près de Madrid , en Piémont , et ailleurs, des pierres de même nature se trouvent dans des gisements très analogues.
Cest ainsi que les lois géologiques prennent chaque jour plus d*e généralité.
On le voit pliis que jamais dans Fimmense travail dont M. Brongniart vient d'enrichir la description
géologique des environs de Paris, qui lui est commune avec M. Cuvier. Dans ce travail additionnel , entièrement propre à M. Brongniart, ce savant géologiste suit les terrains analogues à ceux de Paris dans tous les pays où il a été possible de les observer, et fait voir qu ils s'étendent sans modification bien importante à de très grandes distances.
Il a communiqué à TAcadémie larticle qui re* garde les terrains d'eau douée, et principalement ceux de la Suisse et de lltalie. L'auteur y rapporte ces schistes d'Œningen, près du lac de Constance, si. célèbres par les innombrables poissons dont ils recèlent les restes, et qui appartiennent en effet tous à des genres de lacs ou de rivières. Ce gîte de pétrifications se rapporte d^ailleurs à cet immense dépôt de psammites ou de cailloux et sables roulés connu en Suisse sous le nom de nagelfluey et M. Brongniart le regarde comme d'une époque àpeiHprès contemporaine, peut-être même postérieure à celle des gypses de nos environs.
Les carrières de travertin^ pierre si utile en Italie pour les constructions, appartiennent également aux terrains d'eau douce ; et il n est en général , dans ce pays , presque aucune petite vallée où l'on n'en découvre quelque dépôt : en sorte que cet ordre de formation, qui étoit à peine soupçonné il y a vingt ans, bien que son influence §ur les hypothèses
364 MINÉBALOGIE
g[éologiques dût être si puissante, se trouvera, gracf aux travaux de M. Brong[uiart, Tun des plus répandus à la surface actuelle du globe.
Les découvertes d^animaux terrestres détruits par les révolutions du globe , et qui ne peuvent être connus que par leurs débris, se multiplient chaque jour.
M. Cuvier, qui vient de publier le quatrième volume de son grand ouvrage sur ce sujet, en a communiqué quelques articles à FAcadémie avant leur impression.
Il lui a fait voir par exemple des os et des dents d'un quadrupède de genre inconnu , découvert par JA. Lafîn de Turin dans les lignites de Gadibona, près de Savone, et qui étoit voisin des sangliers et des hippopotames. On en trouve de deux espèces différentes par la grandeur, et Ton vient aussi d'en découvrir dans quelques endroits de la France des espèces analogues.
M. Cuvier a nommé ce genre anthracotherium.
Le même naturaliste, ayant constaté que des os fossiles d'une espèce voisine du renne se déterrent en divers endroits de la France , a- dû s'occuper de savoir sur quoi repose l'opinion assez répandne qu'il existoit des rennes dans les Pyrénées au douzième siècle. Il a reconnu que cette opinion, mise
en savant par BufFoB , ne venoit que d une citation tronquée d'un passage du Traité sur la chasse du comte de Foix Gaston III, surnommé PA^6ti5; et, ayant vériBé dans les manuscrits du temps ce passage que les imprimés rendent d'une manière inintelligible, il s'est assuré que Gaston n'y parle que des^rennes qu'il avoit vus dans ses. voyages en Norwégé et en Suéde.
Depuis long -temps on connoissoit différentes espèces fossiles de crocodiles. On en a découvert encore une nouvelle Tannée dernière dans ce calcaire oolithiqne des environs de Cacn, dont nous venons de parler d'après M. Prévost. ïJn savant naturaliste de cette ville, M. Lamouroux, en a adressé une notice et plusieurs fragments intéressants; et par les soins de l'Académie des sciences et belleslettres de Gaen il en a été envoyé des modèles en plâtre au Muséum d'histoire naturellie, d'après lesquels M. Cuviez sera en état d'en donner une histoire complète dans le cinquième volume de son ouvrage.
Des missionnaires ont rapporté d'Afrique à Londres une tête de rhinocéros à deux cornes, d'une très grande taille, et remarquable par la forme grêle et excessivement alongée de sa défense antérieure : d'après un examen superficiel on Ta voit crue semblable à ces tètes de rhinocéros fossiles communes
en Sibérie, en Allemagne, eten Angleterre; cequî, eu prouvant que ces dernières n étoient pas d*une espèce éteinte , auroit donné des motifs de douter de lextinction de plusieurs auU*es animaux fossiles.
M. Cuvier, par une comparaison plus soignée, à montré au contraire que cette tête africaine ressemble, à la grandeur près, qui venoit sans doute de rage, à toutes celles de Tespéce bicorne d'Afrique, et qu'elle difinère des rhinocéros fossiles^ autant qu aucune autre têtede rhinocéros TÎirants.
M. Guvier, qui a publié cette anpée le quatrième et la première partie du cinquième vobtme de la deuxième édition de ses Recherches sur les animaux fossiles f a communiqué à TAcadémie plusieurs des articles nouveaux qui entrent dans cet ouvrage. Il a fait voir entre autres bs débns d'une espèce inconnue de crocodile , dont quelques squelettes ont été retirés des carrières de pierre c£|lcaire oolithique des environs de Caen ; et des têtes de cétacés d'un gence d^Gérent de ceux qui exisèent aujourd'hui , déterrées sur la plage de Provence et lors de r<»cavatîoa du bassin d'Anvers.
Une seule phalange ^ trcmvée dans une sablon«^ nière du pays de Darmstadt , lui a dimné la preuve
de ranciemie existence dW quadrupède du genre des pangolins, mais d'une taille gigantesque.
On parloit depuis long-temps de squeleites humains incrustés dans un rocher de la côte de la Guadeloupe, et dont u^ avoit été déposé au Muséum britannique. Le ministre de la marine ayant bien voulu donner des ordres pour en faire appor^^ ter un autre au Cabinet du roi , M. Cuvier la présenté à FAcadémie, et a -fait voir, par les coquilles terrestres et marines toutes semblables à celles dç la côte environnante ^ ain^i qtiç par la situation dans laquelle sont ces squelettes, que la pierre xjni les enveloppe est d'origine moderne, et le produit de quelques sources incrustantes qui coulent .vers cet endroit.
11 a aussi lu un mémoire sur des tètes humaines
d'une épaisseur im>nstrueu9e et d^une dureté excessive, qui ont passé aux yeux de quelques auieuris pour des pétrifications, et même pour des restes d'une anciemie race de géants : l'une d'elles , trouvée en Champagne , est célèbre depuis longtemps, et a été gravée plusieurs fois ; l'autre a été tirée
d'un ossuaire. M^ Cuviêr a établi que toutes deux sont des tètes défigurées pat une m^adie des os que l'on nommela maladiç élmrnée, et qu'elles viennent même ^ssez probablement d'exxSàïMU à l'âge où ilschangeoient de dents^ Auciw de ce$ feits ne peut
donc être cité comme preuve qu'il existerott des ossements humains dans les couches anciennes et régulières.
Deux jeunes naturalistes partis depuis peu pour TAmérique méridionale, M. Boussingault, François y et M. Bivero , Péruvien , ont déjà communiqué plusieurs observations des plus intéressantes.
Us ont reconnu , à 20 lieues nord-est de Santa- Fé, une aéroUthe pesant 1 5oo livres, qui avoit été trouvée en 1810 sur une colline de grès par une jeune fille, sans que Ton ait rien su de sa chute ; mais on voit encore Texcavation qu elle a formée, et plusieurs fragments se trouvoient aux environs^
Le grain de cette masse est fin ; elle na point la
croûte vitrifiée ordinaire aux aérohtbes. Son ana-
lyse a donné 91,41 ^^ fer^et 8,59 de nickel.
Ces mêmes naturalistes ont adressé au Muséum d'histoire natnrelle des ossement&de mastodonte à dents étroites , trouvés près de Bogota , et qui ajou^ tent à nos connoissances sur cet animal perdu.
Le principal hesoin de la géologie consiste dans la détermination posiiive de l'ordre dans lequel les divers terrains se superposent les. uns aux autres, et Ion ne peiU arriver à la oonnoissance des lois générales dç cette superposition que par des descrip-
tions exactes des contrées dans lesquelles il est possible d'en apercevoir un certain nombre dans leur ordre naturel.
M. BertrandRoux, négociantet naturalisteéclairé, delà ville du Puy-en-Vela j% a entrepris de faire connoître, sous ces rapports, les environs de sa demeure, et il en a fait l'objet d'un ouvrage consid(> rable , où toutes les couches sont décrites , leurs rapports de position indiqués , et leurs hauteurs ^ ainsi que les différentes inégalités du terrain , mesurées au baromètre.
La ville même du Puy est au centre d'un bassin entouré de montagnes assez hautes , et dont la Loire ne s'échappe que par une gorge étroite. Les noyaux de ces montagnes sont granitiques , et de trois variétés caractérisées en partie par leur plus ou moins de consistance ^ et que l'on distingue de loin au plus ou moins d'escarpement de leurs cimes et de leurs talus; mais une grande partie de leurs crêtes sont hérissées de volcans, très reconnoissables , bien qu'éteints long-temps avant les époques historiques. Dans cette enceinte , comme dans le fond d'un vase, sont déposés les terrains postérieurs : d'abord quelques dépôts épars de psammites formés des débris du granité, dans Fun desquels il y a déjà des restes de végétaux; ensuite, et tout d'un coup, des terrains ter tiaires , des couches puissantes d'argile, des
BUPFOV. GOMPliM. T. II. ^4
marnes en lits nombreux, sans corpsoi^anisés, que Fauteur croit analogues à nos argiles plastiques des environs de Paris; et, sous elles, des terrains de plus de cent mètres d épaisseur, qui ne contiennent que les coquillages de Feau douce, des restes de tortues, ou des ossements d animaux terrestres aujourd'hui inconnus, et nommément des palœotherium , si communs dans nos plâtrières de Paris , et d'un genre voisin nommé anthracotherium par M. Cuvier.
Cest sur ce fond de bassin ainsi constitué que se sont répandues les déjections des volcans, et quelles ont formé des pics, des collines, et des plateaux. M. Roux les divise en deux sortes : les plus anciennes ont le feldspath pour base , et composent des terrains que M. Roux nomme trachytiques lorsque le feldspath est lamelleux, et phonolithiques quand il est compacte; les autres, où abonde le pyroxène , comprennent des laves basaltiques de diverses époques, des scories, et des cendres.
Ceux-ci sont incontestablement plus récents que les terrains tertiaires, qu'ils recouvrent en plusieurs endroits d'une manière évidente. On les voit quelquefois s'étendre aussi sur les trachytes; ce qui prouve l'antériorité de ces derniers. M. Roux croit que les trachytes eux-mêmes sont, aussi bien que
les laves et les basaltes, plus récents que les terraius tertiaires. Il ne les a pas vus cependant superposés à ces terrains ; mais il tire sa conclusion principalement de ce fait que les terrains tertiaires ne contiennent point de débris de tracbytes , mais seulement ceux des granités.
Ces tracbytes se sont principalement déposés le long de la chaîne orientale, de celle qui sépare le Velay du Vivarais , et dont la cime principale est connue sous le nom de Mézin; leurs contextures sont uniformes, et ils doivent s'être déposés dans un temps assez court, tandis que les laves et les basaltes diffèrent entre eux par la structure et par les époques des éruptions qui les ont produits. Les dernières de ces éruptions sont au reste déjà très anciennes ; car les élévations qu elles ont formées avoient déjà eu letemps d'être dégradées et escarpées, comme elles le sont aujourd'hui , dès le temps où les Romains firent dans ces environs leurs premières routes et leurs prenaières constructions.
La chaîne de l'ouest est celle où ont brûlé les volcans, principalement les plus modernes : elle en offre au moins cent ; mais, à l'exception de deux ou trois , leurs cratères sont presque effacés aujourd'hui.
Une des élévations volcaniques les plus remarquables du Velay est la Roche Rouge y pic basaltique
isolé , fort noir, entièrement entouré de granité , et que M. Roux regarde comme ayant été soulevé de bas en haiit , et offrant des traces d'une ancienne bouche volcanique.
A ces descriptions, dont nous abrégeons à regret l'extrait, M. Roux joint des conjectures plus ou moins ingénieuses sur les causes qui ont amené tant de modifications diverses : elles ajoutent à l'intérêt d'un ouvrage dont la public^ition fera connoître une des contrées de Tintérieur de la France les plus intéressantes sous le rapport de l'histoire naturelle , aussi bien que de la singularité des sites et de la beauté des paysages.
Parmi les bancs nombreux qui forment les terrains des environs de Paris , il en est un composé principalement d'argile que l'on exploite en divers endroits pour en fabriquer de& poteries plus ou moins belles. On Fa nommé par cette raison argile plastique. Son origine est déjà ancienne , car il est surmonté parles immenses massifs de pierre à bâtir, de plâtre, de sable, et de grès, qui forment toutes nos collines; et la craie seule, dans nos environs, est au-dessous de lui. On y trouve divers corps étrangers , et entre autres des bois réduits en charbon , qui , dans plusieurs lieux , sont encore utiles comme combustibles, et que Ton a nommés lignites. Des
grains de succin et d ambre jaune sont fréquemment au milieu de ces lignites ; et même tout rend vraisemblable que Pambre jaune des bords de la Baltique , si célèbre dès les temps les plus reculés , appartient à cette formation ^ dont letendue est considérable, et que l'on a déjà suivie très loin de Paris et jusqu'en Angleterre.
Un jeune physicien, M. Bequerel, a particulièrement étudié des couches de cet argile que quelques fouilles venoîent de niettre à découvert près d'Auteuil. Il y a recueilli des minéraux peu communs dans une semblable position , du phosphate de chaux en noyaux oblongs , du sulfate de strontiane en cristallisations particulières. Il a trouvé aussi des lignites avec du bel ambre jaune , et de très petits cristaux de sulfure de zinc sur ces lignites. Tous les corps organisés y sont de terre ou deau douce, et dans le nombre sont sur-tout quelques fragments d os de crocodiles. Les observations faites sur cette argile en d'autres lieux n'ont donné aussi que des restes d animaux de Feau douce , et cependant elle est recouverte de deux formations marines très considérables. Aussi les range-t-on au nombre des monuments et des preuves des invasions répétées de la mer sur les continents.
Ces terrains placés sur la craie, et qui remplis-
374 MINERALOGIE
sent presque seuls le bassin où est situé Paris, ap« partiennent aux dernières époques des révolutions du globe , et cependant ils se sont déposés sur des étendues très vastes , et recouvrent, dans une infinité de lieux souvent très éloignés, les terrains plus anciens : s*ils sont masqués et peu reconnoissables dans quelques cantons par Tinterposition de quelque formation locale , ou par des déplacements occasionés par des catastrophes particulières , c'est à la sagacité du géologiste à les démêler dans ces circonstances accidentelles , et à rechercher les causes qui ont pu les modifier ainsi.
M. Brongniart , qui a tant contribué à en éclaircir l'histoire, a trouvé moyen de les reconnoître dans le Vicentin , pays où tout ce qui les accomipagne étoit fait pour dérouter un observateur moins exercé.
Il a observé dans tes collines qui bordent le val de Néra un calcaire contenant les mêmes coquilles que le nôtre , alternant quatre fois avec une brèche en petits fragments de cornéenne, et surmonté par des basaltes. Mais ces collines ne forment pas , à beaucoup près, la masse de la montagne. Celle-ci appartient à Tordre bien plus ancien de couches que Ton a nommées terrains du Jura , et les collines sont seulement appuyées contre ses flancs.
Des dispositions analogues se sont montrées dans
le val de Ronça. A Montechio-Maggiore , lieu célèbre par les nombreuses espèces minéralogiques que renferment ses amygdaloïdes , les basaltes et les brèches de cornéenne dominent; le calcaire n'y est qu'en indice; ses coquilles sont aussi enveloppées dans la pâte des brèches , mais non pas dans les fragments de basalte et d amygdaloïde que cette pâte enveloppe. On y trouve çà et là des lignites ; à Monte-Viale ces lignites offrent même quelques poissons fossiles.
Cette indication a conduit M. Brongniart à fixer la position géologique des célèbres carrières de Monte-Bolca , où sont déposées des quantités si étonnantes de ces poissons. Sous divers lits de basalte, de brèche, et de calcaire, sont deux bancs de cesichtyolithes séparés par un calcaire coquillier contenant des nummulithes et d'autres coquilles. Tous les poissons appartiennent à des genres marins; le second de ces bancs contient, outre les poissons, des lignites et des plantes la plupart terrestres ou d eau douce.
A Montechio-Maggiore ce sont les couches trappéennes qui dominent ; à Bolca , au contraire , c'est le calcaire, et de beaucoup; mais, sauf la proportion , la ressemblance de ces lieux et de nombre d'autres du voisinage est très grande; et leur calcaire, par sa nature, par les coquilles, les silex , et
les autres objets qu'il renferme, ressemble aussi beaucoup' au calcaire g;rossier de nos environs, à celui qui repose sur la craie et qui supporte le gypse.
Les roches trappéennes forment la différence essentielle; encore retrou veroit-on plusieurs de leurs éléments dans notre chlorique et notre argile plastique.
Les collines du pied de FAppennin ressemblent au contraire bien davantage à celles de notre calcaire et de notre grès supérieurs aux gypses. M. Prévost 1 avait remarqué dans un mémoire sur les environs de Vienne, dont nous avons donné l'extrait il y a quelques années, et M. Brongniart Fa confirmé par Fexamen scrupuleux qu'il a fait de la colline de la Superga près Turin.
Ce qui est plus extraordinaire , c'est qu'un terrain et des coquilles très semblables se retrouvent au sommet de la montagne des Diablerets, au-dessus de Bex, non seulement à plus de trois mille mètres de hauteur, mais surmontés par des bancs de nature alpine, et d'origine très ancienne. M. Brongniart produit une coupe de cette partie de la montagne, qui semble prouver que c'est un dépôt formé dans un creux ou dans un repli ancien de ces bancs.
Il a retrouvé jusque dans les montagnes d auprès
de Glaris des couches qui, d'après les coquilles et les subtances qui les composent, lui ont paru devoir se rapporter à nos terrains de sédiment supérieurs.
M. de Buch a examiné, sous le rapport géologi-^ que, une contrée voisine du Vicentin, le Tyrol méridional ; il y a trouvé en grande masse ces terrains porphyriques ou plutôt pyroxéniques qu'il croit soulevés par Faction du feu, ou, comme il s'exprime, apposés aux calcaires voisins, mais non déposés de la même manière qu'eux : ces terrains en se soulevant ont tantôt percé, tantôt soulevé avec eux, les porphyres rouges, les grès rouges, et les dolomies ou calcaires magnésiens qui les suvr montoient, et les ont rompus et désordonnés de manière qu'il est impossible aujourd'hui de les raniener au même niveau. M. de Buch, qui avoit déjà appliqué cette manière de voir aux montagnes de l'Auvergne , croit pouvoir l'étendre à la plus grande partie des Alpes, au moins des Alpes calcaires; et il a découvert dans plusieurs endroits le porphyre pyroxénique demeuré caché ailleurs^, mais qui a été par-tout la cause des soulèvements. N'observant dans ces cantons les masses de dolomie que fendillées en sens divers, ou creusées de cavernes, et placées sur le porphyre pyroxénique et au niveau du calcaire ordinaire des Alpes, M. do
Buch croit que cette pierre est une transformation du calcaire pénétré parla magnésie que le porphyre y a introduite. En un mot elle n en est qu'un accident. Vouloir distinguer une formation de calcaire magnésien ou de dolomie, ce seroit, suivant M. de Buch , comme si Ion proposoit de faire une espèce d'un chêne qui auroit des galles et une autre de celui qui n en auroit pas.
Les naturalistes viennent d obtenir un puissant secours pour apprendre à bien connoître l'Auvergne , ce pays classique pour letude des anciens volcans, et de toutes ces masses soulevées et travaillées par les feux souterrains.
M. Desmarets , le fils , a publié la carte à laquelle feu son père a voit travaillé presque pendant toute sa vie, et où il a marqué la nature de chaque pic, les cratères des différentes époques, les courants de laves descendus de chacun d'eux, les basaltes qu'elles ont déposés, enfin toutes les modifications imprimées à ce pays par l'action successive de ces mystérieux foyers, et celles que leurs produits euxmênpies ont éprouvées avec le temps de la part des agents actuels. C'est un service important que ce jeune naturaliste a rendu à la science, non moins qu'un tribut naturel de respectdont il s'est acquité envers la mémoire de son père.
M. Bory de Saint-Vincent a posé une base essen*^ tielle pour la géologie de l'Espagne , en décrivant avec netteté la géographie physique de ce pays, eu fixant la direction et la hauteur des différents étages de ses montagnes, la pente de ses plaines, et le cours de ses fleuves. Ce travail exécuté avec soin, et accompagné d'une carte, a paru dans le Guide du voyageur en Espagne, publié par Fauteur en un volume in-8**.
On voit que la géologie positive, celle qui s'occupe de constater l'état des couches, fait chaque jours de nouveaux pas. Nous aurions pu en donner bien d'autres preuves s'il nous eût été permis d'exposer tous ceux que lui ont fait faire les savants étrangers à l'Académie; mais on en trouvera le résultat, et en même temps le tableau le plus brillant et le plus exact de l'état actuel de la science, dans l'ouvrage que vient de publier l'un de nos confrères, qui a lui-même contribué plus qu'aucun autre à ses progrès, M. de Humboldt, dans son Essai géo* gnostique sur le gisement des roches dans les deux hémisphères, a embrassé d'un coup d'œil leur ordre et leur succession dans toutes les parties du monde connu , et personne n'a voit encore mieux montré, par l'uniformité des produits, la généra-^ lité des causes qui ont agi autrefois sur le globe avec
38o MINÉRALOGIE
tant de puissance, et dont la nature est aujourd'hui pour ses habitants une énigme si attrayante et si obscure.
M. Leschenauh de^La Tour avoit recueilh aux Indes quelques minéraux dont les caractères extérieurs n etoient pas assez évidents pour que Ton pût assigner leurs genres et leurs espèces. M. Laugier en a fait l'analyse. Le premier, venu de Bombay, nommé bombite par M. de Bournoa, composé de silice avec protoxyde de fer, alumine , magnésie , chaux en petite quantité, charbon, et trace de soufre, a été reconnu pour une vraie pierre de touche. Le second , originaire de Ceylan , qui ne s'est fondu qu'avec 1 200 parties de potasse et en quatre traitements, se compose de 65 parties d'alumine, 1 6 7a d'oxyde de fer, 1 3 de magnésie, 2 de silice, 3 de chaux, et une trace de manganèse. C'est à-peu-près l'analyse de la ceylanite , telle que l'avoit faite feu Collet Descoltils; et par conséquent cette pierre, comme la ceylanite, est un spinelle.
Le troisième, venu aussi de Ceylan, est le plus remarquable par sa composition compliquée et la réunion de deux métaux rares. Il est d'un brun noirâtre à cassure vitreuse, se boursoufle au feu, est attaqué par les acides et les alcalis, et a donné
ET GÉOLOGIE. 38l
à l'analyse 36 parties d oxyde de cerium, 19 d oxyde de fer, 8 d oxyde de titane, 8 de chaux, 6 d alumine, 1,2 d'oxyde de manganèse, et 1 1 d'eau. Néanmoins il a semblé n'avoir perdu qu'un 1 o® de son poids ; mais c'est que le cerium , qui n'étoit qu'à l'état de protoxyde, en s'oxydant plus complètement a compensé par son augmentation de poids l'eau qui s'étoit perdue.
On peut le regarder comme une variété de cérite titanifère.
C'est principalement par l'étude scrupuleuse de la superposition et des rapports des terrains dans les cantons particuliers que la géologie s'est perfectionnée dans ces derniers temps, et qu'elle peut espérer de procurer un caractère de démonstration à ses lois générales. L'exemple heureux donné par quelques recherches de ce genre est aujourd'hui apprécié et suivi dans toute l'Europe.
M. de Bonnard , ingénieur au corps royal des mines, a présenté à l'Académie un ouvrage qui contient l'examen le plus approfondi d'une contrée de la France très remarquable par le contact presque immédiat où des calcaires d'une formation très secondaire , les oolithes du Jura , s'y trouvent avec le granité , le plus ancien des terrains primitifs con-
382 MIJNÉRALOGIE
ïàusi ce sont les environs d'Avalon en Bourgogne. A la surface des parties élevées se montre un calcaire compacte qui paroit être le même que celui qui sert à la lithographie; au-dessous est roolithe avec les coquilles qu'il contient d ordinaire, et les marnes blanches qui laccompagnent toujours; puis un calcaire entièrement composé d entroques ou tiges d encrinites, que suivent des lits de calcaire marneux remplis d ammonites et de lespèce de gryphi te nommée gryphœa cymbium, A celui-là succède le vrai calcaire à gryphées, caractérisé par l'abondance du gryphœa cymbium. Il se trouve dans la même position en Angleterre, en Nornomndie, dans le midi de la France , en Allemagne , et sur-tout dans la longue chaîne du Jura. Ici, comme pa^ tout, il repose sur un autre calcaire plus fin, plus gris , moins marneux , qui comprend le terrain nommé aux environs de Gottingen muschel^kalk) et le calcaire alpin dit en Allemagne zechstein. Jusqu'à cette profondeur l'analogie se soutient, et les bancs sont dans Tordre généralement reconnu; mais , en pénétrant plus bas , on ne découvre point le grès à pierre de taille, ou quaader-sand'Stein des Allemands , ni un autre calcaire coquillier qui est ordinairement sous ce grès, ou du moins l'un et l'autre ne sont représentés que très imparfaitement. Une plus grande différence encore cest qu'entre
des roches calcaires et le granité on ne trouve, en bancs distincts, quune roche arénacée composée de grains de quartz et de feldspath , mêlés de calcaire , de baryte , de galène , roche que M. de Bonnard rapporte aux psammites.
Il manque donc dans cette partie de la Bourgogne beaucoup de formations, et toutefois il en reste des vestiges, que M. de Bonnard est parvenu, à force d'observations et de sagacité, à saisir et à Élire connoitre. Leurs parties constituantes y existent, mais dans un mélange presque complet, au lieu d y être , comme ailleurs , en bancs distincts et superposés les uns aux autres; les mêmes parties métalliques , les mêmes débris organiques qui sont dordinaire enveloppés par ces couches manquantes, se rencontrent dans les parties inférieures du psammite.
M. Palassou , qui a passé sa longue vie à observer les Pyrénées , et à qui Ion devoit déjà sur ces montagnes trois volumes pleins défaits importants pour la géologie , vient d en publier un quatrième, où il a rassemblé, comme en un dernier faisceau, différents détails qui lui Hvoient échappé jusque-là. Il y décrit la bande calcaire qui se prolonge au pied des Pyrénées depuis FOcéan jusqua la Méditerranée ; il Y fixe la position et la hauteur d'un assez
grand nombre de pics; y décrit, d'après Tabbé Pounel, divers volcans éteints de la Catalogne, et y présente un tableau des innombrables défriche- ' ments faits dans ces contrées depuis des époques connues, sans vouloir en conclure, comme tant de personnes paroissent disposées à le faire, quils ont eu une influence sensible sur les variations de latmosphère.
M. Palassou parle aussi d'une famille anciennement établie à Visos , et dont la taille étoit d une grandeur démesurée, au pointqu on répugnoitdans ce pays à s'allier avec elle, et que les individus qui > mouroient nétoient point placés dans le cimetière commun. On les nommoit les Proussons: le dernier est mort en 1777; il n'a voit que 6 pieds; mais on prétend que l'on a déterré dans les tombeaux de ses ancêtres des tibia de 20 à 24 pouces.
La seconde partie du cinquième tome , qui termine l'ouvrage de M. Cuvier sur les ossements fossiles, a paru cette année, et l'auteur, avant delà livrer au public, en a soumis plusieurs chapitres à l'Académie; il lui a présenté sur-tout des échantillons nombreux et considérables de deux genres extraordinaires de reptiles, découverts dans les falaises de l'Angleterre, et décrits par les géologistes anglois , mais dont on a trouvé aussi quelques
échantillons en France et en Allemagne. L un est celui de richthyosaurus, qui réunit à un corps de lézard une grande tète assez semblable à celle dun crocodile du Gange, et quatre pattes courtes et comprimées, qui rappellent les nageoires des cétacés; on en a déjà recueilli les os de cinq ou six espèces dont les tailles varient depuis 3 pieds jusqu'à 25.
L autre a été nommé plesiosaurus ; il a aussi la forme d'un lézard, et des pattes en forme de nageoires; mais sa tête est petite, et, ce dont on ne connoit pas d'autre exemple, portée sur un cou mince presque aussi long que le corps, et composé de trente et quelques vertèbres , nombre supérieur même à celui des vertèbres du cou du cygne.
Ces animaux , que l'on ne peut comparer même de loin, à rien de ce que nous connoissons aujourd'hui à l'état de vie, sont incrustés dans des bancs d'un ordre de terrains fort anciens , qui fait partie de ceux que l'on a nommés calcaires du Jura.
L'ouvrage de M. Cuvier contient l'histoire de plusieurs autres reptiles de ces mêmes terrains, tous remarquables par leur taille, ou j>ar quelques caractères singuliers; quelques uns par exemple voloient probablement comme le dragon , mais au moyen d'un de leurs doigts très prolongé qui devoit soutenir une membrane. Leurs os n'y sont point ac-
FUFPON. COMPLÉM. T. II. 25
compagnes d ossements de quadrupèdes vivipares ; en sorte qu^à lepoque de la formation de ces terrains la classe des reptiles devoit être infiniment plus nombreuse et plus puissante qu aujourd'hui , tandis que celle des quadrupèdes vivipares où mammifères ) si elle existoit , étoit réduite à quelques petites espèces fort peu multipliées.
Dans les longues recherches sur lesquelles M. G uvier a fondé son ouvrage il ne lui est jamais arrivé de trouver d'ossements fossiles de singes ni dauouns quadrumanes ; mais, tout nouvellement, M« le comte de Bournon, minéralogiste, célèbre par ses ouvrages et par la belle collection qui en a fourni les bases , lui a fait connottre une vraie chauvesouris dans la pierre à plâtre de Montmartre.
M. de Férussac à communiqué à TAcadémie Textrait d un travail, dont il s'occupe, sur la géographie des mollusques^ et sur-tout des coquillages, animaux qui, par leur organisation, offrent des faits plas concluants pour la détermination des lob qui ont présidé à la distribution de la vie sur le globe quW^ cun de ceux des autres classes.
Il résulte des faits les plus généraux de leur ré-* partition , tels que M. de Férussac les énonce, qu'où peut reconnoitre à la surface de la terre des oeutroi ou des bassins de productions semblables , ëquiva-*