‹ Histoire des progrès des sciences naturelles depuis 1789 jusqu'à ce jour (volume 3)Chapitre 5 sur 8 · MÉDECINE ET CHIRURGIE · texte numérisé non relu

MÉDECINE ET CHIRURGIE

le cheval, et les divise en quatre classes, sdon qu^elles viennent de naissance , ou qu^ellès sont anciennes ou récentes , ou enfin qu elles surviennent à la suite de la castration ; les bandages ne peuvent rien contre ces accidents, parcequil nest pas possible de les maintenir dans ]a position nécessaire. Le taxis , c'est-à-dire une compression méthodique pour faire rentrer Tintestin dans sa position naturelle, et la ca^ration dite à testicule couvert, sont les moyens les plus sûrs dans les chevaux hongres, et lorsque Thernie n'est ni étranglée ni adhérente; mais dans les cas compliqués il faut recourir à des opérations qhe M. Girard décrit avec soin , mais dont nous ne pouvons donner le détail. Il ajoute à son ouvrage les moyens de reconnoître dans un cheval qui a péri d une hernie si cette maladie étoit ancienne ou nouvelle ; ce qui peut avoir de rimportance lorsque cet accident arrive à un cheval nouvellement vendu pendant la durée de la garantie.

guerre sembloit avoir condamnées à une sorte de repos, et qui, rendues à une activité nouvelle par la liberté des communications, nous ont donné déjà et nous promettent encore des moissons extraordinaires. G est un choix qui ma semblé particulièrement convenable pour la célébration du jour qui nous a rendu la paix.

Dès l'origine des sociétés l'on voit les conducteurs des nations leur recommander de connoître et de distinguer les êtres naturels. Nos livres saints, à leur début, nous représentent le Créateur faisant passer ses ouvrages sous les yeux du premier homme, et lui ordonnant de leur imposer des noms : heureuse allégorie qui nous enseigne assez clairement que lun de nos premiers devoirs est de nous pénétrer de la bonté et de la sagesse de l'auteur de la nature par -une étude suivie des œuvres de sa puissance.

Ce devoir, comme tous les autres, est dans rhomme un sentiment inné : Ion en retrouve la trace dans l'opinion des peuples à toutes les époques de l'histoire.

Les Hébreux en font entrer l'accomplissement dans les mérites de celui de leurs rois qu'ils nous présentent comme l'idéal de la sagesse humaine.

Cet autre idéal de toutes les grandeurs, Alexandre, a indissolublement lié sa mémoire à celle

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d'Aristote ; et même c'est par ce concours du plus grand des philosophes que commence l'histoire de notre science.

Des concourssemblablesoQtmarqué les époques de ses plus brillants progrès. Les rois que l'histoire

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ne les a vus ensemble , et s'il ne les a étudiés à fond. Pour bien nommer enfin , en prenant ce mot dans toute sa force, non seulement il faudroit bien connottre ; on pourroit dire qull faudroit tout connoitre. La superstition des cabalistes croyoit au pouvoir magique des noms : c'étoit une fausse conséquence dun principe très vrai-; c'est que s'ils étoient parfaits , ils représenteroient lensemble des choses et leur essence.

Tel est lobjet de cette partie de la science que des esprits légers vouloient condamner au mépris sous le nom de nomenclature. Il suffiroit pour leur répondre de cette condition fondamentale que nous venons d'énoncer : pour bien nommer, ilfoxi bienconnoitre. Or ces êtres et ces parties d'êtres qu'il Êiut connoitre c'est par millions quon les compte; et ce n'est pas tout encore que de les connoitre <;hacuQ isolément ; ils sont soumis à un ordre, à des rapports mutuels^ qu'il faut apprécier aussi: car c'est d'après cet ordre, d'après ces rapports, qu ils ont chacun leur rôle à rempUr ; qu'ils disparoisse&t chacun à son terme ^ qu'ils renaissent toujours semblables, toujours dans les mêmes proportions rela^ tives , et avec les forces et les facultés nécessaires pour le maintien de ces proportions et de rensembie de ce perpétuel tourbillon. Non seulement chaque être est un organisme, l'univers tout entier en est

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un, mais bien des millions de 6>is plus compliqué; et ce que lanatomiste fait pour un seul animial, pour. le petit monde, comme disoient les philosophes mystiques du moyen âge, c'est au naturaliste à le faire pour 1 animal universel, pour le jeu de cette effrayante agrégation d'organismes partids.

Heureusement rintdiigence humaine a aussi une puissance organisatrice dont une sorte d'instinct lentraine à ùire usage. C'est comme malgré lui que 1 observateur classe, qu'il norame, qu'il rapproche, qu'il distingue; tout comme c'est d'instinct et presque sans y songer que les peuples les plus grossiers se créent un langage soumis à des régies , et où Ton croiroit qu'a présidé une. analyse philosophique.

Mais dans les méthodes comme dans les langue il peut y avoir des degrés infinis et pour letendue et pour la justesse, et même pour cette qualité plus facile à sentir qu'à définir, que dans les sciences comme dans lés ouvrages de l'art on nomme T^*gance.

Les anciens n'en essayèrent pokit de générale , et «deux siècles déjà s'étoient écoulés depuis la renaissance des letires aviintque l'on osai en proposer une» Linnaeus le premJer ne fut point cfilrayé de cette imipef^e entreprise; aussi vit-il son courage riceevoir les plus belles récompenses» La sagacité de ses di&tributions^ la précision de sa ierminologîe,

cette généralité même de son système, le firent presque généralement reconnottre pour dictateur. Une foule déjeunes gens, enrôlés sous ses drapeaux et ne jurant que par lui, se dispersa sur le globe, et, comme Fa dit un écrivain ingénieux, interrogea par-tout la nature en son nom. En dix années sa nomenclature étoit devenue un langage universel et obligé.

Cependant son édifice reposoit encore sur des bases ruineuses. Ne s'étant pas fait des idées suffisantes de rinnombrable quantité des espèces qui peuplent la surface du globe, il avoit pensé que des définitions courtes suffiroient pour lesi distinguer, et des caractères pris uniquement de leur configuration extérieure pour les distribuer; et sur cette confiance ses élèves crurent retrouver ses espèces et ses genres , toutes les fdis qu'ils crurent pouvoir appliquer ses phrases. De là naquirent des mépriser et des embarras inextricables. Tant quil vécut son autorité sut y mettre un terme ; mais lorsque le maître manqua, lanarchie s empara delà nomenclature, et la langue universelle redevint promptement la langue de la confusion.

A la vérité Buffon , Daubenton et Pallas avoieot ouvert de meilleures voies en donnant des modèles de descriptions plus complètes ; et Jussieu avoit montré combien de rapports plus délicats et plu«

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nombreux doit saisir quiconque préteqd distribuer les êtres d'une manière qui satisfasse Fésprit. Mais c'est toujours une révolution à faire que de changer des habitudes devenues générales; et les révolutions les plus nécessaires n'arrivent pas sans quelque circonstance que souvent il faut long-temps attendre.

C'est en cette occasion que l'on a le mieux vu comment tout sert aux sciences, même les retards et les contrariétés qu'elles paroissent éprouver. Les événements qui ont troublé le monde, et tari momentanément pour l'histoire naturelle ses sources extérieures de richesses, Font obligée de se replier sur elle-même, et de faire de ce qu'elle possédoit une étude nouvelle, plus féconde que n'auroient pu l'être les courses les plus heureuses. Pendant ce repos apparent toutes les parties de la méthode ont été approfondies ; l'intérieur des êtres a été pénétré ; jusqu'aux minéraux, qui se sont vus démembrés et réduits à leurs éléments mécaniques; une analyse plus intime encore en a été faite par une chimie perfectionnée; la terre elle-même dans cet inter7 valle a été, si on peut le dire, disséquée par les géologistes ; ses profondeurs ont été sondées ; l'ordre de superposition des couches qui forment son enveloppe reconnu. A défaut de contributions étrangères l'intérieur du sol sur lequel nous mar-

BUPFON. GOMPLÉM. T. IV. 2 3

chons devenoit tributaire de la science. Les êtres dont il renferme les restes reparoissoientau jour, et révéloient une histoire naturelle antérieure à celle d aujourd'hui ^différente dans ses formes , et cependant soumise à des lois toutes semblables, ce qui donnoit à ces lois un genre de sanction auquel personne ne se seroit attendu. Les botanistes naccumuloient pas autant de plantes dans leurs herbiers, mais,|la loupe en main, démon troient deplusen plus la structure intime du fruit, de la graine, les divers rapports qui lient les parties de la fleur, et les indications que ces rapports fournissent pour une distribution naturelle. Ce qu'il y a de plus délié dans le tissu des corps organiques étoit manifesté; la médecine et la chimie réunissoient leurs efforts pour apprécier dans ses plus petits détails raction des éléments extérieurs sur l'être vivant. Les dive^ ses combinaisons d organes, ou ce qu'on appelle les différentes classes, les diflRérents genres, nétoient pas moins étudiés que lés théories générales. Il n étoit -point de si petits animaux dont Tintérieur dévoilé par l'anatomie ne fût aussi bien connu que le nôtre. Chacun des systèmes organiques étoit soumis de même à un examen spéciaL Le cerveau, marque du degré des acuités intellectuelles; les dents, signes de la nature et de Ténergie des forces dîgestives; le système osseux surtout qui est le

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soutien de tous les autres, et qui détermine les formes d ensemble des animaux , étoîent suivis jusque dans les plus petites espèces et dans leurs plus petites parties. M. Greofïh)y-Saint-Hilaire s'attachoit à montrer l'identité du plan sur lequel la nature a formé les animaux; vertébrés. I^es formes les pltis disparates ne parvenoient point à se soustraire à son esprit de comparaison, et daps les monstres eux-mêmes il retrou voit encore les traces de chaque point d ossification.

On comprend qu'après de pareilles études il ne pouvoît plus être question de méthodes extérieures et artificielles. La vieille histoire naturelle avoit cessé de régner. Ce ne fut plus elle, mais une science pleine de vivacité et de jeunesse, armée de moyens tout nouveaux, qui vit la paix lui rouvrir l'univers. Son énergie a témoigné de cette renaissance. De tous les pays civilisés une jeunesse ardente s'est élancée vers les climats lointains. Ni les glaces du pôle , ni les marais pestilentiels de la zone torridcy ni les cruautés des peuples barbares, nel'ont effrayée. Qui ne se rappelle les souffrances endurées trois fois par les compagnons de Ross et de ParryPles horreurs auxquelles ceux de Franklin ont été en proie? la destruction complète, absolue, par la maladie, de tous les hommes de l'expédition du capitaine Tiickey sur le Zaïre? Et que de victimes

partielles ! Déjà Péron et Delalaade sont tombés, presque en touchant le sol de la patrie, des suites de leurs fatigues dans des climats brûlants. Haveta expiré au moment où il mettoitle pied sur le rivage de Madagascar, cette terre de promission des naturalistes, comme lappeloit Commerson, mais cette terre dont lapproche semble être défendue par la contagion, le plus cruel des monstres. Godefroy a été assassiné dans une insurrection des ignares habitants de Manille contre les étrangers qu ils supposoient leur avoir apporté le choiera - morbus. Duvaucel, dangereusement blessé par les bêtes féroces sur les bords du Gange, a été long-temps sur un lit de douleur.

Ce dévouement n'a pas été renfermé dans la jeunesse. Noël de La Morinière, à qui son âge et ses travaux antérieurs donnoient tant de droits au repos, na pas hésité à saisir l'occasion de visiter la Norwége et la Laponie. Le froid du Cap-Nord Ta fait périr à Drontheim d'une inflammation au cerveau.

Les étrangers aussi ont eu leurs martyrs de Tbistoire naturelle. L aventurier Badia assassiné sur le chemin de la Mecque, le jeune et intéressant Ritchie périssant dans Tabandon au Fezzan, Kuhl succombant au climat contagieux de Batavia, n'ont pas refroidi leurs successeurs : par-tout ils ont été

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remplacés. Tout récemment encore le brave et spirituel Bowdicb, guidé seulement par lespérance, alloits enfoncer encore danscetteAfriqueintérieure sur laquelle il nous avoit donné de si curieux renseignements. Il é toit accompagné de sa jeune femme pleine de grâce et de talents, qui s'étoit préparée ainsi que lui par de longues études à cette nouvelle entreprise. Tout seipbloit promettre les plus beaux résultats. A peine arrivoit-il à la Gambie que la mort a fait évanouir ses projets et Taitente des amis des sciences. Mais ce n'est qu aji prix du danger ou de la souffrance qu'en tout genre est la gloire. La science, comme la victoire, choisit à des conditions dures ceux qu'elle enregistre dans ses fastes.

Heureusement il est aussi des succès qui consolent et qui encouragent. Plusieurs expéditions maritimes ep. sont d'éclatants exemples. Il n'est plus de nation chrétienne qui n'en commande et qui ne se fasse un honneur de contribuer ainsi pour sa part aux acquisitions de l'histoire naturelle et de la géographie. Bien plus, lezéle de simples particuliers ne se croit plus au-dessous de pareilles dépenses. Après le voyage autour du monde de l'an^iral russe Krusenstern , qui déjà avoit fort enrichi la zoologie et la géographie, on a vu M. le comte Romanzof expédier à ses frais le capitaine Kotzebue, et cette expédition n'a pas moins fructifié que l'autre. Qui

auroit imaginé rien de semblable il y a cent trente ans, lorsque Pierre-le-Grand construisoit sur unlac sa première frégate?

Parmi nos François le capitaine Freycinet a été particulièrement utile à la physique et à Tastronomie , et malgré son naufrage il a rapporté une foule d objets précieux recueillis par ses officiers de santé, MM. Quoy, Gaimard, et Gaudichaud. L'Europe savante va bientôt en jouir par lattention qn a eue le gouvernement d*en ordonner la publication; et nous en faisons à bon droit un sujet de louanges, car trop souvent après avoir commandé à grands frais un voyage on a refusé au retour la légère dépense qui eût suffi pour en rendre les produits utiles au public. MM. Milius et Philibert ont peuplé nos serres de be9ucoup de végétaux de la zone torride. Déjà ce que nous apprenons de Texpédition du capitaine Duperrey pique notre curiosité et encourage nos espérances. Ainsi tout annonce qne notre marine ne restera en arrière d'aucune autre en résultats brillants non plus qu'en science et eo courage.

Cependant une méthode bien moins dispendieuse, et encore plus fructueuse pour ce qui concerne rhistoire naturelle proprement dite, a été conçue et mise en pratique, depuis Tépoquedont nous traitons, par quelques gouvernements.

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De jeunes naturalistes sont allés s'établir en dif^ férents cKmats, et, du point central qulls avoîent choisi , faisant chasser ou pêcher dans toutes ies directions, leurs récoltes ont été beaucoup plus productives que s'ils n eussent fait que toucher momentanément en quelques ports. C est ainsi que FAu triche a envoyé au Brésil MM. Mikan etSchott; la Bavière, MM. Spix et Martius ; la Prusse, MM, Dolfers et Sello; que le gouvernement des Pays-Bas a entretenu successivement à Java MM. Reinwardt , Kuhl, et Van Hasselt.

Le roi de France a mis autant de suite que de munificence à favoriser ce genre d établissements , et ses vues ont été parfiiitement secondées par les ministres qui ont occupé les départements de Tintérieur et de la marine. Par-tout la France a eu ses envoyés scientifiques, et la guerre elle-même n'a pas interrompu cette nouvelle diplomatie. M. De* lalande , le premier, s'est rendu au Brésil-; et il y a préludé par des collections déjà très belles à celles qu'il a faites ensuite au cap de Bonne-Espérance. MM. Diard et Duvaucel, conduits d abord parleur zèle, mais trouvant par-tout la protection la plus généreuse, ont recueilli immensément d objets au Bengale et dans les iles de la Sonde , à Sumatra surtout, qui avant eux n'avoit rien envoyé à «os cabinets d'Europe. M. Leschenault, pendant cinq années

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de séjour à la côte de Goromandel, n a presque rien laissé à connoître des productions de ce pays si riche. Il vient de partir pour l'Amérique méridionale, et déjà nous sommes informés qu'il a repris ses travaux avec une nouvelle ardeur, M. Fontanier est à Téflis , en Géorgie , chargé de réunir les productions du Caucase; recherche dans laquelle il est secondé par M. Gamba , consul de France dans cette ville. M. Cailliaud , parmi ses découvertes en Nubie et jusque dans le voisinage de FAbyssinie, en a fait qui intéressent l'histoire naturelle non moins que lantiquité. Elles complètent celles que nous devions aux savants engagés dans une expédition mémorable. MM. Milbert et Lesueur ont parcouru les États-Unis; M. Happel Lachesnaye a séjourné à la Caroline et à la Guadeloupe; déjà M. Moreau de Jonnès avoitfait, pendant la guerre, des observations importantes à la Martinique ; M. Peley a visité plusieurs des Antilles, et a touché à la Terre-Ferme ; de tous ces lieux des plantes et des animaux en quantité considérable sont arrivés au Muséum. M. Milbert sur- tout, artiste distingué, qui déjà avoit accompagné Baudin jusqu'à l'Ile-de-France, excité par M. Hyde de Neuville , notre ambassadeur aux Etats-Unis, a mis dans ses recherches une persévérance inouïe , et expédié près de soixante envois. Sans avoir été d'abord un naturaliste de pro-

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fession c'est un des hommes à qui Fhistoire naturelle devra le plus de reconnoissance.

Cest au contraire après s y être préparé par les études et les méditations de plusieurs années cjue M. Auguste Saint-Hilaire a visité le Brésil. Botaniste profond et savant naturaliste dans tous les genres, pendant les cinq ans qu'il y a passés il a rassemblé de grandes collections d'animaux, de minéraux, et sur-tout de plantes ; magnifique supplément à celles que M. de Hnmboldt avoit Élites quelques années plus tôt au Mexique, au Pérou, et dans la Colombie, et dont ce savant universel avoit déjà tiré un parti si étonnant.

Cette passion de4a science a pénétré jusque dans les rangs les plus élevés de lii société. Le prince Maximilien de NeuM^ied n'a été surpassé par personne ni en courage, ni en patience, ni par le nombre et l'intérêt des objets qu'il a rassemblés au Brésil. Ijc prince Paul-Guillaume de Wurtemberg, parti de l'Europe à l'âge de vingt-trois ans, remontant jusque vers le haut Mississipi et les grands lacs , se confiant aux peuplades les plus sauvages, a exploré les parties centrales de l'Amérique du nord plus complètement qu'elles ne l'a voient jamais été. Ce que Ton sait déjà de ses découvertes excite le plus vif désir de les voir bientôt publier.

liCS commerçants eux-mêmes ne dédaignent plus

ce gfenre de richesses. U en est qui , à côté de leurs livres de compte , tiennent des journaux de leurs observations scientifiques. M. Dussumier, jeune négociant et armateur de Bordeaux, qui a fait plusieurs voyages à la Chine, n a jamais manqué dap porter chaque fois son tribut au Cabinet du roi. On y attend ses retours , et on les y note comme à la Douane ou à la Bourse.

Depuis long-temps les naturalistes demandoient en vain des notions exactes sur les grands cétacés, qu il est si difficile d'examiner, et encore plus de placer dans nos cabinets. C est un armateur, le capitaine Scoresby, qui les leur a fournies, et aussi complètes, aussi précises quUls auroient pu les âiire.

Par une révolution dans les esprits entièrement de la même nature, les établissements européens dans les deux mondes deviennent aujourd'hui des foyers de lumières qui rivalisent avec la vieille Europe. Il n y a rien parmi nous de mieux exécuté que les Histoires des serpents et des poissons du Bengale de M. Patrice Russel, et que celle des poissons du Gange de M. Hamilton Buchanan, dont les figures ont été dessinées par des indigènes. M. Dussumier a fait faire à Canton, par des peintres chinois, des dessins de plantes que ne renieroient pas les élèves de M. Redouté. Les oiseaux des États-Unis de M. Wilson , dessinés , gravés , et imprimés dans le

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pays et par des artistes du pays, ne le cèdent point à nos plus beaux recueils, et il n y a aucune différence pour la solidité et lauthenticité entre les descriptions que nous envoient les natifs de ces grandes colonies, les Barton, les Mitchill, et celles que nous pourrions y rédiger. Le jardin de la compagnie angloise des Indes à Calcutta , sous la direction deM. Wallicb , est devenu aussi grand et aussi beau qu aucun des nôtres, en même temps qu'il les surpasse tous par la facilité qu'y donne le climat d*y élever et d'y étudier cette magnifique végétation des pays cbauds, dont nous ne voyons en Europe que de maigres échantillons.

La noble libéralité avec laquelle les savants des diverses nations se communiquent ce qu'ils possèdent ajoute encore à la rapidité de ces progrès de la science. On voit déjà dans le Muséum de Paris , et les objets recueillis l'année dernière par les Anglois près du pôle nord,et ceux qu'ils viennent d'ob* tenir de nouvelles découvertes à Botany-Bay, On y possède des échantillons de tous les fossiles qui se déterrent dans la Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie. Java n^a rien fourni aux HoUandois dont nous n^ayons joui bientôt après. Il n'existe plus d'autre jalousie, plus d'autre émulation que celle de contribuer plus efficacement à ce développement général de nos connoissances.

C'est par cette immense réunion d efforts que Ton commence, on peut le dire seulement de nos jours , à prendre une idée de la richesse de la nature organisée. Linnaeus, en 1778, dans sa revue générale des végétaux, en indiquoit environ huit mille espèces. Il y en a vingt-cinq mille dans celle de Wildenow, commencée trente ans après. M. Decandolle, dans celle dont il s'occupe aujourd'hui, en décrira quarante mille ; et de tous côtés , MM. de Humboldt, Kunth , Martius , Saint-Hilaire, lui préparent de riches suppléments. Avant peu d'années le nombre de cinquante mille sera dépassé. Les formes extraordinaires ne sont pas moins surprenantes que ces nombres, et certainement Linnaeus n'auroit pas soupçonné l'existence du raflesia, de cette plante parasite qui n'a ni tige ni feuilles, qui ne consiste que dans une fleur, mais dans unefleur de trois pieds de diamètre. C'est dans le fond des forêts de l'île de Sumatra qu'elle a été découverte il y a peu de temps.

Buffon avoit estimé le nombre des quadrupèdes existants à trois cents à-peu-près. M. Desmarets, dans un ouvrage récent, en a compté plus de sept cents, et il s'en faut beaucoup que lui-même regarde son énumération comme complète. On supposoit que lés grandes espèces au moins étoient toutes connues, mais les Indes en ont fourni en

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foule et de très grandes; quatre ou cinq cerfs, autant d'ours, deux rhinocéros, et jusqu'à un tapir, genre que Ton ne croyoit pas qui existât hors de TAmérique. C'est sur^tout à MM. Diard et Duvaucel que Ton doit ces accroissements dans la classe des quadrupèdes ; et ils sont consignés avec beaucoup d autres dans le grand ouvrage que MM. Geoffroy- Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier ont entrepris sur cette partie du régne animal.

Les ménageries où Ion rassemble ces animaux ont donné à l'observateur des moyens d'en observer l'instinct, et de fixer avec précision les limites qui séparent cette faculté de l'intelligence humaine. Les travaux de M. Frédéric Cuvier sur ce sujet ont ouvert une carrière nouvelle à cette branche de la philosophie.

On n'ose pas encore établir de nombre pour les oiseaux , les reptiles , et les poissons , sur lesquels aucun ouvrage récent n'a fixé les idées ; mais tous les cabinets regorgent d'espèces nouvelles qui appellent le nomenclateur.

Après les beaux recueils d'oiseaux de MM. Levaillant, Audebert, et Vieillot, MM. Temminck et Laugier viennent d'en entreprendre un qui déjà approche de la 3oo® planche, sans avoir encore rien donné qui ait déjà paru dans d'autres ouvrages.

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M. le comte de Lacépéde, il y a vin^ ans, dans sa célèbre Histoire des poissons, en comptoit moms de quinze cents espèces , bien qu'il y comprit toutes celles dont les auteurs avoient parlé , en même temps que celles qull avoit vues. Le seul Cabinet do roi en possède aujourd'hui deux mille cinq cents, dont plus de la moitié est due aux voyages !des dix dernières années; mais ces deux mille cinq cents espèces ne sont probablement qu un foible à-compte sur celles que donneront la u^r et les fleuves. Nos rivières de Franceen nourrissent environ cinquante d*eau douce , et déjà le Gange seul en a fourni deux cent soixante-dix à M. Hamilton Buchanan ; il ny a pas à douter que les autres rivières des pays chauds n'en possèdent des nombres proportionnés.

Des augmentations toutes pareilles se montrent dans le grand traité de M. de Ija Marck sur les animaux sans vertèbres , dans celui de M. Lamouroax sur les polypiers ,*et dans Touvrage magnifique que M. de Férussac vient de consacrer aux seuls mollusques de terre et d eau douce. C'est presque ufl monde que celui qu'a révélé M. Rudolphi dans son Histoire des vers qui vivent dans le corps des autres ani* maux.

On est effrayé sur-tout dans la classe des insectes de ces nombres toujours croissants. Il n'est point de pays, si étudié qu'il soit, qui n'en offre tous les

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jours dlnconnus , et c'est par milliers que chaque voyageur en rapporte des pays chauds. Le seul Cahinet du roi en possède actuellement plus de vingt-cinq mille espèces ; et d'après les estimations les plus modérées il y en a dans les autres ca-^ binets de l'Europe au moins autant qu'il ne possède point. M. Latreille, l'homme qui a porté le plus loin la profonde connoissance de cette classe d'animaux, a calculé qu'un homme qui voudroit décrire tous ceux que l'on a rassemblés auroit besoin de trente ans d'un travail très assidu ; et pendant ce temps-là, si le tèle des voyageurs ne se ralentit point, il en sera encore arrivé un aussi grand nombre de nouveaux. Et je prie de remarquer qu il n'est ici question que de simples descriptions extérieures : pour l'organisation intérieure , deux ou trois de ces êtres que le vulgaire traite avec tant de mépris pourroient remplir la vie d'un homme.

On ne peut voir sans admiration cet ouvrage sur l'anatomie d'une seule chenille auquel Lyonnet consacra dix années. Un travail semblable et tout récent d'un jeune nati^raliste , M. Strauss , sur le hanneton, n'est pas moins &it pour confondre l'imagination. Dans ce petit corps à peine d'un pouce de longueur on peut compter trois cent six pièces dures servant d'enveloppe, quatre cent quatre^vingt-qua-

torze muscles propres à les mouvoir, vingt-quatre paires de nerfs pour les animer, toutes divisées en des filets innombrables; quarante-huit paires de trachées non moins divisées pour porter lair et la vie dans cet inextricable tissu. Cest un spectacle ravissant par sa finesse, sa régularité. Jusqu'au bel assortiment de ses couleurs , tout y semble calculé pour plaire à Fœil de Thomme , à Fœil de rhomme qui pour la première fois depuis que le monde existe y a peut-être regardé.

N'est-ce pas un des sujets les plus propres à exciter nos réflexions que le but de tant de beautés prodiguées par la nature sur ses ouvrages les plus cachés, ceux qui échappent le plus à nos regards? Ces milliers de poissons , par exemple , dont les écailles resplendissent de 1 éclat de For et de toutes les pierres précieuses , où toutes les couleurs de fins se brisent, se reflètent en bandes, en taches, eu lignes onduleuses, anguleuses, et toujours régulières, toujours de nuances admirablement assorties : pour le plaisir de qui étoieut destinées ces merveilles que les abymes de TOcéan nous dérobent? Us ne peuvent pas même se voir entre eux, car la lumière pénétre à peine dans les profondeurs où ils vivent. Plus on y réfléchit , et plus on se persuade que tant de beautés purement relatives à Fbomme sont un attrait pour rhomme. Les merveilles de la terre, comme

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celles du ciel , sont destinées à captiver notre esprit ^ à exciter notre génie. C'est la continuatioii de ce commandement de voir etdenommerparoùs ouvre la vie de notre espèce; c'est la voie qui devoit nous conduire soit à des contemplations plus hautes , soit seulement à des inventions utiles.

En effet Thistoire naturelle ne fait aucun pas sans que la physiologie et la philosophie générale marchent d'un pas égal, et sans que la société reçoive leur tribut commun. Aussi l'époque dont nous venons de parler ne hrille-t-elle pas moins par les sciences de l'expérience et de la combinaison, et par leurs applications à nos besoins, que par ces énormes accroissements des objets de nos études ; et il ne me faudroit pas moins de temps que je ne viens d'en prendre pour faire seulement la simple énumération de leurs services. Je montrerois tout ce que la botanique nous a procuré : le cèdre araucaria rapporté du Brésil par M. Saint-Hilaire , et qui sera un si bel ornement pour nos forêts du Midi. Je parlerois du phormium tenax rapporté autrefois par M. de La Billardière, et dont la propagation en France est maintenant assurée: ses fils, à-la-fbis plus déliés et plus robustes que ceux du chanvre, seront de la plus grande utilité pour notre marine. Je ferois valoir les services que M. Leschenault vient de rendre à l'ile de Bourbon , en lui apprenant la

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