‹ Histoire des progrès des sciences naturelles depuis 1789 jusqu'à ce jour (volume 4)Chapitre 7 sur 11 · BUFFON. COMPLÉM. T. I · texte numérisé non relu

BUFFON. COMPLÉM. T. I

plantes. Ces propriétés, en effet, dépendent de la composition des sucset desautres produits végétaux, laquelle dépend, à sou tour, des formes des organes sécrétoires. Aussi Linna&us lui-même avoit41 aperçu la constance de ce rapport entre lensemble des formes des plantes et leurs propriétés de tous les genres. M. Decandolle vient de la développer dans un ouvrage où il fixe avec beaucoup de sagacité les précautions à prendre pour en faire l'application ^ .

On voit , par ce que nous avons dit ci-dessus, que cette subordination établie parmi les caractères botaniques, et fondement de toute méthode naturelle parmi les plantés y repose presque uniquement sur lobservation de la constance de ces caractères. C'est en effet à cela que nous réduisent l'obscurité qui régne encore dans l'économie végétale, et l'ignorance où nous sonmies de ce qui résulte de telle ou telle modification d'organe: aussi estr«on heureux chaque fois qu*il s'introduit dans les principes de la classification des {Jantes quelque chose de rationnel.

Telle est la belle observation de M. Desfontaines , que nous avons citée précédemment , liur la manière opposée dont se développent les fibres ligneuses dans les plantes à cotylédons simples et doubles.

' Essai sur le* propriétés médicales des {4aiHes, comparées avec leurs formes extérienres ; Paris, 1S049 in-4*'*

Une différence aussi marquée ff^s Je tissu intime du végétal j uattfie en quelque sorte , en l'expliquant , cette grande dlvisioa du régne.

Les plantes n'ayant d'oi^anes, ni pour le mou^

que le sien. Ce livre porte lempreinte du dévouement de près de cinquante années que son auteur a consacrées à le rendre digpie du public, s'en occupant uniquement dans la retraite la plus profonde, sans désir d une réputation prématurée, et donnant ainsi un exemple aussi précieux que rare aux hommes qui recherchent la vérité ' .

Méthode naturelle des animaux.

Les animaux offroient plus de facilité que les végétaux pour une méthode naturelle fondée sur le raisonnement : les ressemblances y sont plus frappantes , et leurs causes plus faciles à trouver. Aristote en avoit déjà fort bien saisi les principales classes ; et ces classes ^ introduites depuis dan^ presque toutes les divisions zoologiques , les rendant moins choquantes, et rappelant moins la nécessité d'une méthode naturelle, en avoient toujours fait négliger la recherche. Il étoit résulté de là que les clauses des animaux vertébrés, assez naturelles en elles-mêmes , étoient subdivisées de la manière la plus bizarre , et que celles des animaux saris vertèbres avoient fini par se trouver beaucoup plus mal étabhes dans Linnaeus que dans Aristote.

M. Cuvier, en étudiant la physiologie de ces

' La Garpologie, dëja citéç«

classes naturelles des animaux vertébrés , a trouvé, dans la quantité respective de leur respiration, la raison de leur quantité de mouvements, et par conséquent de l'espèce de ces mouvements. Celle-ci motive les formes de leurs squelettes et de leurs muscles : l'énergie de leurs sens et la force de leur digestion sont en rapport nécessaire avec elle. Ainsi une division qui n'avoit été jusque-là établie, comme celle des végétaux, que par l'observation, s'est trouvée reposer sur des causes apprécii^les et applicables à d'autres cas*. En effet, M. Guvier, ayant examiné les modifications qu'éprouvent dans les animaux sans vertèbres les organes de la circulation , de la respiration , et des sensations , et ayant calculé les résultats nécessaires de ces modifications, en a déduit une division nouvelle où ces animaux sont rangés suivant leurs véritables rapports ^ La classe des mollusques sur-tout , que Linnaeus et ses successeurs confondoient, sous le nom commun de

^ Leçons d'Anatomie comparée, t. IV, leçon xzrv.

' Cette distribution des animaux sans vertèbres, proposée pour la première fois à la Société d'histoire naturelle de Paris , le a i floréal an 3, dans un Mémoire imprimé dans la Décade philosophique, perfectionnée dans le Tableau élémentaive et dans lesLeçoQs d*Anatomie comparée de Tauteur, reparoîtra bientôt sous un nouveau jour, et appuyée de grands développements, d^ns le Traité anatomique deà animaux sans vertèbres, qui est sous presse, avec beaucoup de planches. -

vers^ avec les zoophytes et autres animaux les plus simples , est distinguée et reportée à la tète des animaux sans vertèbres , qn^dle surpasse tous par une organisation beaucoup plus complète, et spéciale^ ment par lexistence d'un cœur et d'un cerveau plus ou moins compliqués. M, Cuviez a également reconnu du sang rouge et une Circulation particulière dans uneclasse entièrequeLinnaeus confondoit avec les vers en général , et en particulier avec ceux des intestins * . Ce fait justifie le titre dUanimaux sans ver^ tèbres proposé par M. de Iiamarck pour cette immense partie du règne animal , au lieu de celui d'animaux à sang blanc ^ qu'on leur donnoit auparavant. M4 Guvier pense que les insectes n ont pas de circulation ^ et que c'est pour cela que leurs trachées leur portent l'air par tout le corps \ En général, la quantité de respiration produit sur le mouvement le même e£FeC dans les animaux sans vertèbres que dans les autres» Les zcfophytes n'ont ni cœur , ni vaisseaux , ni poumons , ni nerfs , ni cerveau. M. Guvier la montré en détail : il ne reste quelque embarras que pour les oursins , les astéries , et les holothuries.

M. de Lamarck ^ , qui a fiait un ouvrage sur les

* BuUtttiii des Scrances, metûdor an 10%

» Mém. d« la Soc. d'hist. nttor. de fws ; Pari», an S^ m-4**? p. 34.

^ Système des aDimaux sans vertèbres, Paris, 1801, in-S**.

îvmî:thodes. 295

animaux sans vertèbres , où il en étend immensément la connoissance , sur-tout par une di^tribu-» tion toute nouvelle des mdOiusques à coquilles , a adopté , à quelques modifications et additions près, les classes de M. Guvier, MM. Dumérir, Roissy"*, et plusieurs autres qui traitent de cette portion importante du règne animal, s y conforment également en grande partie. Il n y a pas de doute que la méthode naturelle ne l'emporte bientôt sur toutes les autres , en zoologie comme eh botanique.

La zoologie est si immense que chaque classe est en ^pAglque sorte le partage d'écrivains particu^ lîers , et toutes <mt éprouvé de grand«s améliora** tions dans dette période.

MM. Geoffroy et Cuvier^ ont établi une distribution nouvelle parmi les quadrupèdes , dont les pirincipaux moti& avoieflit été pressentis et eta^ pèoyés avec habileté par M. Storr^ : Fanatomie la confirme et la perfectionne journellement , et elle va bientôt trouva* des caractères très précis dans lesobservatioDsdeM. Frédéric Guvier ^ sur les dents mâobelières. «

• Traité élémeataire cPhistoire naturelle, et Zoolo^e analytique. ^ Hist. natw. àt9 molUsq. , faisantsuitè aa Buffon de Dnffârt, t. V. ^ Tableau élémentaire de Thistoire naturelle des animaux ; Paris , an 6, in-8*.

^ Prodromus methodi mammalium ; Tnbinçvè, 1766, m»^'*.

^ Annales du Muséum d'hist. natur., t. X, p. loS; t. XII et suiv.

M. de Lacépéde, considérant cette classe sous d'autres rapports , en a fait une division qui a surtout lavantage d'être très régulière et très rigoureuse'. Il en a donné une sur les oiseaux, fondée sur des principes analogues , et également régulière'. M. Bechstein , dans son Histoire des oiseaux d'Allemagne^, a feit quelques modifications à la méthode de M. Latham ; mais la classe des oiseaux , en général , paroît peu susceptible d'être soumise à des caractères rigoureux.

M. Brongiiiart a saisi dans la structure du cœur et dans celle des organes des sens et du mouvement les vrais motifs de la division des reptiles en ordres et en genres 1 Daudin s'est borné à multiplier ceuxci , peut'^tre sans nécessité.

M. de Lacépéde, dans sa grande Histoire des poissons , est entré dans les détails les plus scrupuleux sur les téguments des branchies , sur la disposition des nageoires , et sur tous les autres caraot^^es propres à subdiviser les genres établis avant lui , auxquels il en a ajouté un grand nombre d'en-r tiàrement inconnus, les distribuant tous dans un grand tableau très régulier où les téguments des branchies forment un élément nouveau que 1 au-

' Mémoires de Flnstilat, t. m, p. 469. — ' Ibid.^ p. 454*

^ En allemand; t. I, in-S**.

* Mémoires présemés à Flnstitut, t. I, p. 587.

teur a très ingénieusement combiné avec ceux que Linnaeus avoit employés avant lui *.

. Le nombre des coeurs et la disposition générale des organes du mouvement ont fourni à M. Cuvîer les familles naturelles de la grande clause des mollusques * ; l'ordre des testacés , fondé autrefois sur le caractère peu importait de la coquille, est proscrit et dispersé, dans plusieurs classes. M. de Lamarck a établi avec autant de 3oin que de sagacité les genres des coquilles^.

Les crustacés , quiAristote avoit déjà mis dans une classe à part^ se t^ouvoient. confondus par Linnaeus d^ns limmense famille des insectes.

MM. Gwéeret de Lamarck les en ont distingués par des caractères de premier ordre tirés de leur circulation ; ce dernier sépare même , sous le nom d'arachnides y un certain nombre dlnse^es sans ailes.

Les vers à samg rouge, nommés avijourd'hui an-nelides par M. de Lamarck , forment une famille caractérisée par une circulation particulière que M. Cuvier a fait connoître , et par un système ner-

\ Histoire naturelle des poissons, déjà citée.

' Mémoii^e lu à la Sodiété d'histoire naturelle de Paris le 1 1 prairial an 3 , imprimé dans le Magasin encyclopédique.

^ Dans le Système des animaux sans vertèbres ; |*aris, 1801 , i voh in-8".

veux dont M. Mangili a donné la premtère descrip^ tion.

De tous les animaux , les insectes sont ceux qui occupent le plus de naturalistes, à cause de l^r nombre effrayant.

Linnœus, qui les avoit assez bien circonscrits ^ les divisoit en ordres. d'après des caractères à-peuprès indiqués par Aristote , et tirés prtndpalement du nombre et de la nature des ailes. Une^ partie de ces ordres est assez naturelle; et le perfectionnement le plus essentiel qu'on y ait apporté depuis est la séparation des orthoptères , due à de Geer , à M, Retzius , et à M. Olivier.

Cependant M* Fabrioius imagina , en ijjS^àe les subdiviser comme les quadrupèdes , d'après les organes de la manducation; et par une patience in&tigable il est parvenu à appliquer ce prindpe aux ordres et aux genres, en se bornant à y joindre le concours dçs antennes, L'entomc^ogie a gagné par-là non seuletnent k cosmoissanoe positive de toutes les modifications d'un c»rgane important, maïs encore une foule de genres et de ibmilles que l'on auroit probablemeiit négligés , en ne considérant pas les insectes sous ce. point de vue ^ : cependant il faut convenir que les caractères trop mina-

* Voyefe la lîMe^MI ^ïDrtrà^ de M. Fabtieius, donnéftil farticie de la Zoologie. . '

tieUK employés par M. Fabricius Tout très auvent écarté des vrais rapports naturels des genres, surtout dans ses derniers ouvrages.

Vers la fin du dix-septième siècle, le célèbre Swammerdam avoit indiqué une méthode encore toute difiPérente de ces deux -là, prise de la métamorphose, et principalement^ de oet état intermédiaire appelé nymphe , par où il ftrut que le ver ou larve passe pour de^uenir insecte parfait.

La vérité est qu'il faut combiner ces trois sortes de caractères pour arriver à quelque chose de naturel , et que Ion doit ici , comme dans toutes les autres classes , avoir égard non pas à tout un organe considéré en masse, mais à Imfluenct spéciale de telle ou telle modification sur l'être qui l'éprouve*

C'est ce que fait M. Latreille dans soft Système des inseôtes dont les ti*ois premières parties viennent de paroltre. Les plus petits détaib d'organisation propres à faire distinguer les familles et les genres y sont exposés , et l'imagination s'étonne à la vue de cette prodigieuse suite d'êtres que le vulgaire aperçoit à peine , et auitfjuels la nature a prodigué cependant des variétés de formes et de propriétés plus remarquables peutnêtre qu'à tous les grands animaux ' .

^ Voyez de même rindicatioD des ouvrages de M. LalreiOe.

3oo SCIENCES PHYSIQUES.

Les zoophytes ont été établis dans leurs limites actuelles par M. Cuvier ; mais M. de Lamarck en sépare encore quelques genres d une structure plus compliquée que les autres, qu'il nomme radiaires.

Tant de travaux et des résultats si heureux dans la partie philosophique de la zoologie autorisent bien à dire qu elje est en quelque sorte aujourd'hui une science Françoise. Appliquées un jour à toutes les espèces dans un ouvrage général , nos méthodes obtiendront bientôt une influence universelle.

Progrès de tanatomie comparée.

Ge^t sur-tout à lanatomie comparée que la zoologie doit soa caractère actuel.

L'exemple des botanistes" avoit long-temps fait croire au» zoologistes qu'ils dévoient se borner aux caractères extérieurs : il avoit déjà fallu du courage à Linnaeus pour prendre de ces caractères dans le nombre des dents ; encore , pour s'être borné aux dents antérieures , n'en avoit^il pas tiré tout l'avantage qu'elles offrent. C'est que presque tous les organes des végétaux sont en dehors ; ils n'ont d'estomac et d'intestins qu'à la surface de leurs racines, de poumon qu'à celle de leurs feuilles ; la surface de leur cime aide beaucoup au mouvement de leurs fluides et leur tient lieu de cœur ; tout leur système

ANATOMIE COMPARÉE. 3oi

génératif est aussi visible au -dehors et se montre dans la fleur; tandis que, dans les animaux, presque tout lessentiel est en dedans , cœur, vaisseaux , nerfe , cerveau , intestins ; et si on ne les dissèque , on ne peut expliquer ni leur digestion, ni leurs mouvements , ni leurs sensations , ni leur degré d'iolelligence.

Lanatomie comparée, cultivée avec beaucoup d ardeur jusqu'à la fin du dix -septième siècle, fut donc un peu négligée dans les deux premiers tiers du dix-huitiènle. Linnaeus y contribua involontairement en portant dans l'étude des animaux la marche des botanistes; mais BufFon, Daubenton, et aprè^ eux M. Pallas, lui opposèrent leur exemple, et rappelèrent l'importance de l'anatomie comparée en zoologie , en même temps que Haller prouvoit combien elle peut en avoir en physiologie. John Hunter en Angleterre , les deux Monro en Ecosse , Camper en Hollande , et Vicq -d'Azyr en France , furent ceux qui suivirent les premiers ces indications. Camper porta , pour ainsi dire en passant , le coup d'oeil du génie sur une foule d'objets intéressants , mais presque tous ses travaux ne furent que des ébauches; Vicq-d'Azyr, plus assidu, fut arrêté par une mort prématurée au milieu de la plus brillante carrière : mais leurs travaux avoient inspiré un intérêt général, et l'Europe compte

3o2 SCIENCES PHYSIQUES,

maintenant plusieurs savants qui s'occupent soit de disséquer les animaux qui n ont pas encore été examinés anatomiquement , $oit d'employer Vaushtomie à déterminer la nature des animaux et à expliquer leurs fonctions y soit enfin de faire réfléchir les rayons de Tanatomie comparée sur la physiologie générale * . •

M, Eyerard Home , en Angleterre , a marché sur les traces de son maître Huntar ; il nous 9 fkit connottre le premier lorganisation singulière de ces quadrupèdes de la Nouvelle-Hollande qui semblent participer de la nature des oiseaux et de celle des reptiles. Ils manquent de mamelles et de matrice ; il sera du plus grand intérêt de connôître leur génération. Ses observations sur la matrice et la gestation du kanguroo , sur la dentition de l'éléphant ,

* Le Traité des dents et les autres écrits de Hunter, insérés ei^ partie dans les Transactions philosophiques ; les œuvres de Camper, recueillies en allemand par M. Hërbell , et en françois par M. Jansen, Paris, 3" W. in-9° avec un atlas; FAbrégé d'Anatomie comparée de Monro le père, traduit par M, Sue; FAnaipinie et la Pl»y8ip}o|pa 4es poissons de Monro le fils, en anglois, et traduites en allemand par M. Schneider; les Mémoires de Vicq-d'Azyr, insérés parmi ceux de r Académie des Sciences, et recoei}!», mais incompUtement, par M. Moreau^ Paris, 3 tpI. in-3° ; sop Recufil de 46ScriptioQS ^ajtcM^iques d'animaux , commencé pour l'Encyclopédie méthodique, et quelques Mémoires de M. Broussonnet, sont, en Anatomie comparée, les ÉMÎtleurs écrits de la période qui a.pr^^é immédiatement edle dont nou^ faisons l'histoirA-

ANATOMIE COMPARÉE. 3o3

sur lanatomie du taret , etc. , sont pleines dïntérçt.

Le Traité des dents , par M. Blake , contient aussi plusieurs faits nouveaux applicables à lanatomie comparée, et qui, joints à ceux qu'ont fait connoître MM. Tenon , Home , et Cuvier , portent , à peu de chose près , cette branche de la science à sa perfection.

Dansée même pays , M. Garlisle a fait la remarque intéressante que dans les quadrupèdes très lents , tels que les paresseux , les artères des membres sont excessivement subdivisées à leur origine et se réunissent ensuite pour se distribuer comme à lordinaire,

M. Hatcbett a soumis. les os et les coquilles à des opérations chimiques analogues à celles que Hérissant leur avoit feit subir, et qui ont le mérite d'en expliquer les apparences en faisant connoitre leur structure intime'.

M. Towns^ a fait des observations et des expériences curieuses sur le mécanisme de la respiration des reptiles , qui ont été confirmées par celles de MM. Herold et Rafn , de Copenhague*.

En général, lanatomie comparée a été cultivée

' Les Mânoires de MM. Home, CarHsle, et Hatohett, sont ins^r^ dans les Transaotions philosophiqae».

* Traités et obsenrations'sar l'histoire naturelle et la Physiolo^e, par Rob. Townson, en anglois; Londres, '799*

3o4 SCIENCES PHYSIQUES.

avec succès en Danemarck , ainsi que la zoologie; et Ton doit à MM. Abildgaard et Viborg de bonnes remarques dans le premier genre comme dans le second'.

M. Neergaard , Danois , résidant à Gottingen , a publié dexcellentes observations sur les intestins des quadrupèdes et des oiseaux*.

En Hollande, M. Adrien Camper, continuant d'illustrer un nom déjà célèbre, a publié une Anatomie de 1 éléphant ^, et se dispose à en faire paroître une des cétacés.

En Allemagne , M. Blumenbach a enrichi d observations piquantes presque toutes les branches de la science. Ses comparaisons des animaux à sang chaud et à sang froid , ovipares et vivipares , en sont pleines ^. Il a comparé même entre elles les variétés de l'espèce humaine, et fixé leurs caractères distinctifs.

' Dans les Mémoires de la Société royale et de là Société d'histoire naturelle de Copenhague.

^ Anatomie et Physiologie [comparées des organes de la digestion dans les quadrupèdes et les oiseaux, en allemand ; Berlin, 1806, in-S***

' Paris, 1806, grand in-fol.

^ Spécimen physiologiœ comparatœ animalium calidi sanguirùs; Gottingue, 1789 ; et Spécimen physiologUjB compamtœ animalium fngidi sanguinis; ibid. : Décades craniorum y recueil commencé en 1790; et De generis humard varietate nativâf la trôiaème- édition est de Gottingue, 1796, in-ia: il y en a une traduction françoise, Paris 7 2806, in-S*.

ANATOMIE CaMPARÉE. 3o5

M. Albers , de Bremen , a beaucoup travaillé sur les poissons , les cétacés , les oiseaux , principalement sur leurs organes de la vue, et a donné une bonne anatomie du phoque ' . Il s'occupe en ce moment de publier , sur lanatomie des cétacés , un traité général qui né peut être attendu qifavec impatience.

MM. Hedwig fils et Rudolphi ' ont examiné avec soin les papilles des intestiïis.

M. Fischer, aujourd'hui établi à Moscou, s'est occupé de la vessie natatoire des poissons , et de l'os . intermaxillaire des quadrupèdes ^. Les bassins de ces deriiiers ont été comparés par M. Autenrieth, qui en général a porté très loin les rapprochements comparatifs des parties dans tout le règne animal.

M. Wiedeman, professeur à Kiel, a donné, dans ses Ai'chives zootomiques , des descriptions détaillées de Fostéologie de la tête de plusieurs quadrupèdes , et divers autres morceaux intéressants *.

M. Meckel a fait des recherches précieuses sur le

' Matériaux pour F anatomie et la physiolo^e des animaux, en allemand; Ëremen, l8o3, in-4*»

'Mémoires d*anatomie et de physiologie, en allemand; Èerlin, i8o»,ln-8".

' Sur les formes de Tos intermaxiîlaire, en allemand; Leipsick, 1800, in*-8".

^ Les Archives de la zoologie et de la zootomie , dont il a paru 4 vol. in-S**, sont un recueil précieux pour Tanatomie comparée.

BUFFON. COMPLBM. T. I. ao

3o6 SGIEnCES PHYSIQUES.

thymus et les glande surrénales des divers animaux V

Lltalie , cette terre si éminemmetit classique pour lanatomie , a produit encore dans cette période de grands travaux en ce genre.

Les excellents ouvrages de M. Scarpa et de Cornparetti sur les organes de l'ouïe, de lodorat, et de la vue, oiit pr^que complètementfsitconnoitreles modifications variées dé ces organes dans les diver^s classes. M. Mangili a démontré les nerfs dans quelques animaux où on ne les connoissoit pars. Nous avoris déjà parlé de la superbe Histoire anato^ inique des f estacés des mers de Naples, par M. Poli , et du grand travail de M. Môreschi sur la rate.

En France, M. Guvier a feit connoître dune inanière générale la structure des orgaaes de la voix des okeaux ^ et en a expliqué le mécanisme. MM. Bloch et Latham ont traité de quelques parties du même sujet en Allemagne et en Angleterre.

M* Guvier a encore développé le mécanisme des jets d'eau des cétacés , et les causes qui rendent ces animaux muets : il a donné une comparaison des cerveaux de diverses classes, et montré les rapports de leurs formes avec l'intelligence et m^me^avec quelques unes des habitudes particulières des ani-

< MéiOoires d'anatomie et de phyâioiogife humaines et comparée» , eo allemand ; Halle, rSéS, iti-8*.

ANÂTOttlE COMPABÉB. 807

maux. Il a décrit en 4étail les organes de la circulation des mollusques et des vers à sang rouge : il a cherché à prouver que les insectes n ont aucune circulation; et , pour y parvenir, il a décrit la structure de leurs viscères et celle de leurs organes séerétoires. Ceux-ci sont toujours de longs tuhes flottant dans le fluide nourricier dont ils extraient leurs sucs propres ' .

M. Geoffroy a entrepris un grand travail , pour montrer lanalogie dé toutes les parties du squelette dans toutes les classes d'animaux vertébrés, quelles que soient les modifications de leurs formes et de leurs connexions.

On connoissoit avant lui les organes électriques de la torpille et du gymnote ; mais il a décrit le premier ceux du silure, poisson bien supérieur à la torpille pour la force de cette propriété. Ces organes, toujours disposés par couches, paroissent avoir du rapport avec la pile galvanique. Il est piquant de savoir que les Arabes désignent ces animaux par le même mot que le tonnerre '.

M. Duméril a fait connoitre le mécanisme de lartîeulation du genou et du jarret des oiseaux , qui

* Les Mémoires an atomiques de M. GuTÎer sont ^pars dans le Journal de Physique et dans le Bulletin des Sciences ; mais on en troUTe le résumé dans ses Leçons d'anatomie comparée.

* Les Mémoires de M. Geoffroy sont dalis les Annales do Muséoin:

3oK SCIENCES PHYSIQUES.

leur permet de se tenir si long-temps sur un pied; et il a rempli de se$ propres observations la partie de l'Anatomie comparée de M. Cuvier dont il a été le rédacteur. M. Duvernoy en a fait autant pour la sienne, et il a publié séparément des observations sur l'existence de l'hymen dans tous les quadrupèdes, et d'autres sur les organes de la déglutition, considérés dans toutes les classes vertébrées.

Il n'existoit point, avantJa période actuelle, d ouvrage général sur l'anatomie comparée. Tous les écrits qui portoient ce titre , comme ceux de Severinus, deBlasius, de Valentin, de Collins, deM onro, et celui que Vicq-d'Azyr avoit commencé pour l'Encyclopédie méthodique , n'étoient que des recueils de descriptions particulières. Les Leçons deM. Cuvier, publiées par MM. Duméril et Diivernoy % en font aujourd'hui un où chaque organe est considéré successivement dans toute la série des animaux. Il a feliu ^ pour cela , entreprendre un nombre considérable d'observations et de dissections nouvelles; mais la richesse des résultats, soit pour la connoissance des animaux , soit pour la théorie générale de leurs fonctions^ dédommage ampleionent de ce travail.

M. Blumenbach publioit eii même temps, en

' Paris, au8 8 et i4> 5 vol. in-S''.

ANATOMIE COMPARÉE. Sog

Allemagne, un traité moins étendu *, mais qui aura le même genre d'utilité , c'est-à-^dire qu'il servira de base à l'enseignement , et de point de départ pour des recherches ultérieures, en même temps qu'il fournira d'abondants matériaux à la physiologie, qui jusqu'à ces derniers temps faisoit de lanatomie comparée un usage un peu arbitraire , en n'employant presque jamais que des faits isolés.

Peut-être en abuse-t-on un peu aujourd^.hui dans un autre sens, en rapprochant, d'une maqière téméraire et sur des rapports examinés superficiellement, les classes et les organes les plus éloignés. C'est un reproche que l'on peut faire à quelques ^ physiologistes allemands : mais cette manière de Voir les engage toujours à faire des observations ; et les faits qu'ils auront découverts resteront, quand leurs idées systématiques seront passées.

M. Girard, professeur à Alfort% a publié, pour les écoles vétérinaires , un Traité particuHer d'anatomie des animaux domestiques , très utile pour ceux qui se livrent à ce genre de médecine.

Outre son emploi physiologique, l'anatomfe comparée en prend un très grand pour la simple distinction des êtres. En effet , cette comparaison des

' Manuel d'anatomie comparée, en alleniam] ; Gottin{;ue, i8o5, in-8°.

^ Anatomie des aniinauiL domestiques ; Paris, 1807, 2 vol. in-8".

3iO CGIBIIGES PHYSIQUES.

organes a donné pour chacun d eux et pour toutes leurs parties des caractères tds qu^une seule de ces parties peut faire reconnoître la classe, le genre, fet souvent l'espèce de Fanimal dont elle vient. Cda devoit nécessairement être ainsi : car tous les organes d'un mêmeanimal forment un systèmetînique dont toutes les parties se tiennent, agissent, et réagissent les unes sur les autres ; et il ne peut y avoir de modifications dans lune d'elles qui n en amènent d-analogûes dans toutes.

C'est sur ce principe qu est fondée la méthode imaginée par M. Cuvier, pour reconnoître un an^mal par un seul os , par une seule facette d'os ; méthode qui lui a donné de si curieux résultats sur les animaux fossiles.

Ainsi fenatomie éclaire jusqu'à la théorie de la terre ; ainsi toutes les sciences naturelles n'en fiwment qu'une seule, dont les différentes branches ont des connexions plus ou ^loin8 directes , et s'éclaircissent mutuellement.

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