‹ Histoire des progrès des sciences naturelles depuis 1789 jusqu'à ce jour (volume 4)Chapitre 8 sur 11 · SCIENCES D'APPLICATION · texte numérisé non relu

SCIENCES D'APPLICATION

Elle» se réunissent toutes dans les deux arts ou sciences pratiques de lagriculture et de la médecine , qui ne sont que des applications générales des connoissatices physiques aux plus pressants be- ^iiis 4^ rhomme , et dont lune nous apprend à propager et à entretenir les êtres dont nous nous servons, tandis que l'autre nous fait connoître les Maladies auxquelles ils sont sujets , ainsi que nous , et les moyens de les prévenir et de les guérir.

Les êtres organisés sont donc le principal objet de la médecine et de l'agriculture ; mais toutes les substances naturelles peuvent devenir leurs agents : la physiologie animale et végétale çst leur principale doctrine auxiliari'fe; mais il ne leur est permis de négliger aucune des doctrines qui fournissent à celle-là les données doiit elle part.

Médecine.

La médecine sur-tout s'est fait, dans tous les temps , honneur de l'appui que lui prêtent les

3l2 SCIENCES PHYSIQUES.

sciences naturelles; et les hommes précieux qui l'exercent se sont toujours livrés avec ardeur à Tétude de ces sciences : il fj^it même reconnoître que c est à eux qu elles doivent , sans comparaison , le plus grand nombre de leurs accroissements. Peutêtre n aurions-nous encore ni chimie, ni botanique, ni anatomie , si les miédecin^ ne le^ avoient cultivées, s'ils ne les avoieat enseignées dans leurs écoles, et si les souverains ne les avoient encoi^ragées , à cause de leurs rapports avec l'art de guérir. Aujourd'hui même que ces sciences, sorties du cercle de la Faculté , et introdqites dans la philosophie générale et dans l'éducation commune , exigent, à cause de leur immensité , des hommes qui s'y livrent presque ^entièrement, leur inflMehce sur Ja médecine reste encore plus sensible que sur toutes les autres professions ; et tout ce que nous ayons dit de leurs progrès pourroit presque être compté . au nombre des sien§.

Cependant, pour éviter les répétitions, nous ne considérerons plus les parties de letude nj^édicale que nous avons déjà envisagées dans des rapports plus généraux , et nous nous bornerons ici à tracer les progrès particuliers de la connoissance des maladies et de l'art de les prévenir ou d'y remédier.

ly économie organique est tellementréglée, toutes les fonctions qui concourent à la maintenir ont

MÉDECINE. 3l3

entre elles des rapports si étroits , que les maladies mêmes sont assujetties à une mal'che fixe , et que chacune d'elles a ses symptômes , ses périodes , et sa durée , sur lesquels l'homme habile se méprend rarement.

Mais si la physiologie , qui considère l'être vivant dans son état régulier et ordinaire, est encore si loin d être devenue une science entièrement rationnelle , combien la pathologie , ou Tétude de ces irrégularités, qui, toutes constantes qu'elles sont dans leur marche, n'en troublent pas moins l'ordre commun des fonctions , sera^t-^lle plus éloignée encore de cet idéal de perfection 1

Nous voilà donc revenus à cette obligation d'observer , de réduire nos observations en histoires comparables , et d'en tirer quelques règles d'analogie qui puissent nous faire prévoir les phénomènes d'après ceux qui ont eu heu dans des cas semblables.

S'il étoit possible d élever ces analogies à un degré de généralité tel qu'il en résultât un principe applicable à tous les cas , on auroit ce que l'on entend par les mots de théorie médicale; mais , quelques efforts qu'aient. faits depuis tant de siècles les hommes de génie qui ont exercé la médecine , aucune des doctrines qu'ils ont proposéeswus ce titre n'a pu encore obtenir un assentiment durable. Les

3l4 SCIENCES PHYSIQUES.

jeunes gens les adoptent chaque fois avec enthousiasme , parcequ elles semblent abréger Tétude, et donner le fil d un labyrinthe presque inextricable; mais la plus courte expérience ne tarde point à les désabuser.

Les conceptions des Stahl , des Hofîman ^ des Boerhaave , des CuUen , des Brown seront toujours considérées comme des tentatives d'esprits supérieurs ; elles feront honneur à la mémoire de leurs auteurs , en donnant une haute idée de Fétendue des matières que leur génie, pouvoit embrasser; mais ce seroit en vain que Fou croiroit y trouver des guides assurés dans l'exercice de Fart.

La théorie médicale de Brown avoit des titres marqués au genre de succ^ dont nous avons parlé, par son extrême simplicité et par quelques changements heureux quelle a introduits dans la pratique. La vie représentée comme une sorte de combat entre le corps vivant et les agents extérieurs; la ibrce vitale considérée comme une quantité déterminée dont la consommation , lente ou rapide, retarde ou accélère le terme de la vie , mais qui peut l'anéantir par sa surabondance aussi bien que par son épuiselnent; Fattention restreinte à Fintensité de Faction vitale, et détournée des modificalioûs qu'on est^îlenté de lui supposer; la distribution des maladies et des ihédicaments en deux classes op-

MÉDECINE. 3l5

posées selon que Factioii vitale se trouve excitée ou ralentie; toutes ces idées sembloient réduire Fart médical à un petit nombre de formules : aussi cette doctrine a-t-elle joui, pendant quelque temps ^ en Allemagne et en Italie, dune faveur qui alloit jusque la passion; mais il paroit qu aujourd'hui ce qu'elle a d'ingénieux ne fait plus méconnoître Fiajustice de Fexclu^ion quelle donne, pour ainsi dire, à Fétat des organes et à la grande variété descauses extérieures qui peuvent influer sur les altérations des fonctions.

Il eu a été à-peu-près de même des modifications ; que quelques médecins, tels que MM. Roschlaub, Joseph Franck, etc. , ont essayé de lui faire subir, et qui ont donné Heu à autant de systèmes divers que Fou a compris sous le titre général de théorie de C incitation \

Quant aux essais plu§ nouveaux tentés en Allemagne par lés sectateurs de ce qu'on appelle , en ce pay^Ak y philosophie de la nature, on peut déjà en prendre une idée par ce que nous avons dit de leur physiologie. Us se placent à un point de vue si élevé que les détails leur échappent nécessaire^

' VoyeB le Màgasio de Tart de ^éiir, par Roschlaub ; le Dîl-huitièoM Siècle, oa Histoire des découvertes, théories, et systèmes, par M. Hecker, avec uu entrait de son Journal, ainsi qulua ouvrage plus moderne du même auteur sur l'histMre des théories et des systèmes depuis Hippocrate.

3l6 SCIENCES PHYSIQUES.

ment ; et la pratique de la médecine n'offre que des détails et des exceptions : aussi ne paroissentils avoir obtenu qu'une influence momentanée sur l'exercice de Fart * .

Au reste on peut remarquer ici qu'il y a dans l'histoire-des théories médicales , comme dans celle de la physiologie , une sorte d'oscillation remarquable et tout-à-fait corresponilante «à celles de la philosophie générale à chaque époque. Les idées chimiques, les idées mécaniques, s'étoient succédées et combattues dans le dix-septième siècle; on en étoit revenu , pendant le di?^-huitième , au pouvoir de l'ame raisonnable sur les mouvements involontaires , au principe vital , à l'excitabilité , ou à telle autre qualité plus ou moins ocf ulte ; et à mesure que la métaphysique se reporte vers les abstractions et la mysticité, l'on voit la médecine chercher à la suivre dans^ces régions élevées.

C'est ainsi que les progrès rapides de la chimie modenie avoient encouragé , il y a quelques années , plusietirs médecins à envisager ou à expliquer les maladies d'après le gfenre d'altération dans la composition des organes qu'ils supposoient pro-

* Voyez^.sar la médecine des sectateurs de la philosophie de la nature, la Philosophie de la médecine, par Wa^er; TEssai d'u». système de médecine , par Rilian ; Idées pour servir de base à la nosologie et à la thérapie, par Troxler; et les ouvrages déjà cités à l'article de la Physiologie : ils sont tous en allemand.

MÉDECINE. 3l7

duire chacune d'elles , et d'où il leur sembloit facile de conclure les moyens propres à les guérir.

M. Beddôes, M. Darwin, en Angleterre; M. Reil, M. Girtanner, et plus récemment quelques autres médecins, en Allemagne; et M. Baume, en France, ont présenté les plus nsmarquables de ces essais : mais, quelque vraisemblance que puisse avoir le principe en général , et quelque esprit que ces auteurs aient mis dans son emploi , nous avons trop vu ci-devant combien la chimie des corps organisés est encore peu avancée pour que nous puissions en espérer une application détaillée.

Ainsi, de quelque tîôté qu'on ait envisagé Jes analogies qui résultent de l*observation médicale sur les altérations de l'économie organique , on ne leur a pu adapter de lien commun ; les observations sont restées fragmentaires ; et la distribution régulière des altérations, d'après certains caractères apparents, est le seul but que nous puissions jusqu'à présent espérer d'atteindre dans cette partie de la science médicale comme dans toutes les sciences naturelles dont les objets sont un peu compliqués.

Il en résulte ce qu'on appelle nosologie, c'est-àdire un catalogue méthodique des maladies , toutà-fait comparable aux systèmes des naturalistes, c]uoique d'une application infiniment plus difficile, parceque les caractères des naturalistes res-

3l8 SCIENCES PHYSIQUES.

tent toujours les mêmes, tandis que chaque maladie est en quelque sorte un tableau mouvant, et se compose d'une suite souvent fort disparate de métamorphoses. Cependant lordonnance de ce catalogue, sa nomenclature, ses caractères disdnctifs, ses descriptions, sont susceptibles d améliorations journalières ; et Ton a malheureusement occasion d'y ajouter quelquefois des maladies nou' velles.

L'exemple des naturalistes et les perfectionnements introduits dans leurs méthodes distribu tires ont beaucoup influé sur cette partie de là science médicale. Sauvages et Linnaeus essayèrent , il y a fenviron cinquante ans , d'y porter une partie de la précision «t de la netteté qui venoieat d'être introduites en botanique } mais on sent que les maladies ri'étoient pas si aisées à diviser tii à caractériser que lés plantes. Le défaut lé plus important, et cependant le plus difficile à éviter, c'étoitla variation du principe de distribution. On l'a pris tantôt dam les symptômes , tantôt dans les causes ^ tantôt dans les sièges des désordres. Mais les sièges ne sont pas toujours faciles à découvrir : les.causes se compliquent d'ailleurs à l'infini et ne sont pas dans un rapjpdrt dii*ect avec les symptômes ; on perd souvent de vue la première de toutes , et plus souvent encore on les conclut d'après une pathologie hy-

MÉDECINE. 3l9

pothétique : aussi ne voit-on que trop 1^ distributions nosologîques varier avec chaque système médical. Les symptômes eux-mêmes sont exposés aux variations 1^ plus bizfirres ; et Ton ne peut , en un mot , suppléer à ce défaut de principes rigoureux de distribution que par des descriptions bien complètes.

C*est la voie qu'ont tentée les plus grands médecins de tous les siècles , ceux que l'on regarde encore comme les guides les plus sArs dans l'exercice de Tart; et tout récemment M. Pinel a cherché à la suivre fidèlement dans sa Nosographie philosophique * ^ ouvrage dont les divers articles sont regardés comme autant de tableaux , affligeants sans doute , mais parfaitement ressemblants , des maux qui nous assiègent. Cependant l'auteur n a point négligé la partie distributive ; mais il en a cherché les bases dans ce que l'on a de plus certain. Ses classes sont fondées sur les modes de lésion , ses ordres sur les sièges ; et les considérations qui ont servi de fondement à cette dernière distribution ont précédé et prépaté celles qui ont guidé Bichat dans ses recherches ànatomiques sur les membranes.

Indépendamment de» ouvrages généraux de pa-

' Nosogri^[>hie philosophique, çrê Idéthode de l'analyse appliquée k la médeciae : la troisième éàiâon^ eià 3t vol. in-S*^, est de 1807.

.HaO SCIENCES PHYSIQUES.

thologie et de nosologie les médecins ont fait des travaux particuliers sur certaines classes ou , comme on pourroit s'exprimer, à lexemple des naturalistes , sur certaines familles de maladies , soit qu ils aient choisi pour cela les maux les plus communs, soit que des circonstances malheureuses leur aient donné sujet d'en observer de plus rares *.

Ainsi l'expédition d'Egypte a fourni quelques occasions de mieux connoître la nature de la peste et d'observer plus fréquemment la lèpre , et quelques autres de ces maladies endémiques dans l'Orient, dont la poHce bien entendue de nos lazarets a depuis si long-temps préservé la chrétienté^.

Jamais on n'a mieux senti l'importance de cette police que lorsqu'une maladie désastreuse, concentrée dans quelques parties de la zone torride, après avoir dévasté les États-Unis , est venue désola* divers cantons de l'Espagne et, pendant quelque temps ^ menacer toute l'Europe. «.

Le gouvernement a envoyé en Espagne des mé-

* On trouvera l'éiiumiération des innombrables obsërtations de maladies particulières dans la Bibliotheca mediciwf$ practicœ realis de M. Ploucquet, et dans les journaux. Il nous c^toit impossible d'entrer dans ce détail.

' Voyez la Relation chirurgicale de l'expédition d'Ë^pte et de Syrie, par M. Larrëy; Paris, i8o3, i vol. in-8°; et l'Histoire médicale de l'armée d'Orient, par M. Desgenettes, ibid,, an lo. Gonsultei aussi les ouvrages de MM. Pugnel et PouqueviUe.

MÉDECIIÏE. 331

decins chargés de recueillir sur la fièvre jaune tous les renseignements propres à en faire connoitre la nature et le traitement , ainsi qu'à indiquer les précautions nécessaire^ pour s'cti préserver. Les médecins espagnols et ceux de Gibraltar leur ont com^ muniqué, avec le zèle le plus louable, toutes leurs observations qui , rapprochées de celles des médecins de Livourde , des États-Unis , et de Saint-Do^ mingue^ donneront un corps de doctrine aussi complet qu'il est possible de lattenth^e. On ne peut qu en désirer la prompte pubUcation ' .

En général les Anglois et les Américains ont particulièrement travaillé sur les maladies des pays chauds. John Hunter, Gilbert, Blane, Ghahna^, et sur-tout Jackson Bush , doivent être cités avec éloge. Le radsygin des Norvégiens ,* le pokolwar de Hongrie , le peiagra des Milanois , ont donné lieu à de nouvelles recherches ; le crétinisme ^ le penvphygus , ont été examinés avec plus d'attention^.

La fameuse pUqoe polonoise ^a été étudiée , pen«dmt les campagnes de Varmé^ irmuqoim^ par des

' Voyez, sur la fièvre jaune ^ les ouvraçes de M. Derézé;' Paris, an 12 ; de M. Valentin; ibid. i8o3 ; de M. Bertbe; Montpellier, i8o4; et THistoire mëdicale de Tarmëe de Saint-Domin^e en Fan lo, par M.Oitt>erC ( Paris, an 1 1*

* M>. Fiii|K a cherciië ë rétndr dans sa Cé ^ g faphié iaëdi6al$, pifbliée en 1 793 , ce qni se trouve épars dans les divers voyageurs stir h»ttfciladtes ë ^^ éaàqmu »

BUPFOlf. OOMPLÉM. T. I. 21

mëdecins exempts des préjugés accrédités depuis lonp-temps dans le pays. Il paroît constant aujourd'hui que Ion peut, sans danger, couper les cheveux mêles ; qu'il n en découle ni sang ni autre humeur : quelques uns même vont jusqu'à soutenir que la plique n'est pas une maladie réelle, et î que la malpropreté seule feutre ou colle les che-

|! veux ' . *

Quelques maladies communes pajrmi nous ont aussi donné lieu à des ouvrages particuHjers qui en ij ont plus ou moins peifectionné la :connoissance.

al

i Tels sont ceux d« de M. Portai sur le rachitis ^la

phthisie, qui ont été répandus par ordre du gou- .v^ernement et traduits dans plusieurs langues ; le Tffbleau des névralgies , par M. Chaussier, qui a remis de Tordre dans une famille de maux mal distijaguée. Une grande partie des thèses soutenues daas l'École de médecine sont d'excellentes monographies de certaines maladies^ et donnent une l]|aute idée des études qui préparent les jeunes gens à débuter d'une «manière aussi brillante ^ qjuelques us^es , développées par leurs auteurs , sont devenues des ouvrages importants^. * . ,

' Mëmobres présentés à Tlnstitat par MM« Ronssille -Klliaiiiserti et I^arrey. Voyez aussi ceux de M. 4e £afoDtaiiie,.p6ur ropiiuon contraire.

' Tel est sur-tout le Traité des fièvres atAJÙgae0;9%»arM.jAlibert

M- Alibert a essayé avec succès , à l'exemple de l'Anglois Willan et de quelques Allemands , d*appliquer aux maladies de la peau ce même luxe d'images que Ion a introduit dans la botanique -et dans la zoologie*. M. Halle avoit proposé depuis long-temps cet emploi des arts , et les écoles de médecine s'en étoient servies en particulier pour la vaccine. Cette sorte de description , qui parle aux yeux, surpasse en effet en vivacité les paroles les plus expressives, pour tout ce qui a rapport 'aux couleurs et aux figures; mais comme aucune personne n'est précisément malade comme une autre , on ne peut donner de nos infirmités que des portraits individuels , tandis que , dans les êtres réguliers , rindividu représente l'espèce»

C'est malheureusement, comme nous l'avons déjà dit , une difficulté générale de toute la nosologie; mais c'est aussi ce qui rend si nécessaires et si glorieux les travaux des hommes qui s'attachent

On a encore remarqué, parmi les thèses médicales, celles de M. Pallois, sur rhyjgiène navale ; de M. Baylé, sur les pustules malices; de M. Blattin, sur le catarre utérin ; de M. Sçhwi]gué, sur le croup; de M. Royer-Collard , sur l'aménorrhée ; de M. Duvernoy, sur l'hystérie ; de M. Tartra, sur les empoisonnements par Facide nitrique; de M. Rouard, sur ceux du Yert-de-gris, etc. Plus do détails nous mèneroient trop loin ; et il nous a été impossible seulement de connoître les bonnes thèses étrangères.

* Description des maladies de la peau ; Paris, in-fol. Cet ouvrage a été commencé en 1806.

3a4 SCIENCES PHYSIQUES.

ainsi , à 1 exemple du père de la médecine , a décrire scrupuleusement les maladies, à les caractériser avec exactitude , et à dotmer plus d'étendue et de solidité à cette science, premier fondement de Fart de guérir, comme les systèn^s de nomra-^ clature sont les prenûères bases de ThistcHre natth relle.

Néanmoins comme Fhistoire naturelle a encore sa partie rationnelle où elle calcule linfluence des formes et de lorganisation des êtres sur les phénomènes qu'ils présentent , on doit chercher aussi à ajouter à la simple description de chaque nudadie des recherches sur son siège, sur les altérations primitives qui Font occasionée, et sur la nature intime des désordres qui Façcompagnent et qui la suivent.

Cette partie rationnelle de la pathologie, ou cette physique des maladies , communément appelée éiiologie , beaucoup moinis avancée que leur descrip tion, est aussi beaucoup plus difficile, parceque Fexamen aua tomique des cadavres et la comparaison chimique de leurs liquides et de leurs sohdes , qui forment ses deux principaux éléments, ne peuvent avoir lieu qua une époque où tout est contommé, et qu'elle participe d'ailleurs de toutes les difficultés de la physiologie ordinaire.

Nous avons déjà parlé, dans Fhi^oire de la cbi*

MÉDEdlliïS. 325

mie, des counomances acquises dans (^a derniers temps sur les altérations chimiques de lurine , du sang, de la substance des os, et sur la nature des concrétions calculeuses, biliaires, goutteuses. Ce gont là autant de vrais progrès pour cette partie de la médecine. .

L examen des cadavres , ou ce qu'on appelle anatomie pathologique^ n'a pas été moins fécond. Déjà, avant 1 époque dont nous parlons, cette partie de la science médicale possédoit beaucoup de maté^ riaux recueillis par Saillie , par Voigtel. Les cabî-*- Hiets de Hunter à Londres , de MM. Sandifort et Brugmans à Leyde, Bonn à Amsterdam, Walther à Berlin, Meckel à Halle, ceux de Vienne, de Pavie. de Florence, avoient oflfert d'importants objets d^é^ tude ; mais nos François semblent s'y être particu* librement livrés dans ces derniers temps.

M. Portai, qui enseigne publiquement cette jMirtie de la médecine au Collège de France depuis plu-*sieurs année$ , a donné , dans un grand traité sur ce sujet, les résultats de sa longue expérience'; L'École de médecine a fortement excité l'ardeur des jeunes gens à cet égard ; et plusieurs centaines d ouvertures qui ont été faites dans ses laboratoires, jwomettent un grand ensemble d'observations sur la fréquence de chaque genre de lésions organi-

' Cours d'Anatomie médicale; Paris, i8o4, 5 vol. iit-S**.

ques, sur leur nature, leurs nuances et leurs rapports avec les symptômes observés pendant les maladies auxquelles elles correspondoient *.

Parmi tous ces travaux d anatomie pathologique, se distinguent éminemment ceux de M. C!orvisart sur les maladies organiques du cœur, dont le précieux recueil vient d'être rendu public par M. Horeau^. Il en résulte quelles sont beaucoup plus communes qu'on ne le croy oit jusqu'ici , et que c'est à elles qu'une foule de maladies que l'on regardoit comme primitives, telles que beaucoup d'hydropisies de poitrine et autres, doivent leur origine.

Cette connoîssance intime de la nature de nos maux seroit l'indication la plus sûre de la possibilité et des moyens d'y remédier: aussi a-t-elle fourni, dans ces derniers temps, plusieurs vues, que le succès a justifiées. Ainsi l'altération presque végétale de l'urine dans le diabètes a indiqué son traitement par l'usage exclusif des matières animales joint à l'emploi des alcalis et de l'opium ; l'analyse

* MAi. Dupuytren, Bayle, Laennec, eÇc. se sont sur-tout occupa de ce genre de recherches, auquel Bichat avoit aussi donné une grande impulsijmg^jW?^ *^'

' Essai sar les maladies et les lésions or^^aniqui^s du cœur; Paris, j[8o6, I vol. in-8". Depuis, M. Corvisart a encore publié un ouvrage vraiment classique ; sa traduction et son commentaire de la Méthode d*Avenbrugger pour connoître les maladies internes de la poitrine par la percussio»; Paris , 1808, 1 vol. in-8^.

des divers calculs a donné l'espoir de parvenir à en dissoudre quelques uns par des injections appropriées : les notions acquises «ur la fréquence des maladies organiques et sur leurs symptômes extérieurs ont au moins l'avantage de montrer dans quels cas il est inutile de tourmenter le malade par des remèdes impuissants.

Cette connoissance physique des maladies est cependant encore tellement imparfaite, que nous serions bien malheureux si la partie de la médecine qui s'occupe deguérirnavoit pas d'autre base: heureusement il e^te une suite d'observations régulières , une tradition transmise par les siècles , qui prescrit les méthodes et fournit les remèdes, et qui", ^ sa qualité de corps de doctrine expérimentale, est susceptible de perfectionnements journaliers , indépendants d'iine étiologie encore absolument nulle dans un si grand nombre de cas. Parmi ces perfectionnements dictés par la simple expérience, et fondés sur des essais répétés à l'infini, nous devons placer sur-tout ces méthodes plus généralement excitantes, plus actives, qui se sont intro^ duites dans la pratique, et l'abandon de ces traitements afFoiblissants, de ces purgations continuelles, qui sembloient si bien faire Tessence de la médecine , qu'elles s'en étoient approprié le nom ; nous devons y placer au$si l'emploi pAus fréquent de quelques

remèdes aoti& que la mollesae des mœurs avoit trop losg-^temps fait négliger.

Les amélioratioDs du traitement des aliénés tieih nent à des études dun ordre plus élevé, à lobservatiou suivie de leur état moral et des aberratiom de leurs idées, dont on a d abord été redevable aux Anglois et aux Allemands , mais qui s est introduite en Franœ avec beaucoup de succès , et dont M. Piùel * et d autres médecins ont obtenu d'admirables résultats , en faisant venir la psychologie la plus dâicate au secours de lart de guérir.

On a imaginé et Ion commence à eipployer fréquemment un heureux moyen de constater les résultats généraux des divers essais, et d assigner la véritable valeur des probabilités sur lesquelles r^)0^ sent presque uniquement la plupart de nos méthodes , en soumettant en quelque sorte au calcul rexpérience médicale : ce sont les tables comparées qui présentent d*ùn seul coup-d*œil le tableau de toute une épidémie, ou des longs résultats de la pratique d un hôpital. M. Pinel en a donné un exemple intéressant sur les aUénations mentales, et le plus ou moins de probabilité qu'il y a d'en guérir chaque espèce * .

* Traité médico-philosophique stir TaliéDatioii mentale ou la ma* pie', Paris, an 9, in-S".

* Mémoires de Flnstitnt, 1807, jpiremier semestre, p. 169.

Mais ^ toutes les applications que ron a pu fiiire de ces tables , il n'y en aura peut^tre jamais d!aussi satisiaisantes , dWssi admirables même, que belles qui coBcernent la vertu préservative de la vaccine, et leur comparaison avec celles qui retracent les ravages de la petite-vérole * . Aussi , quand la découdverte de la vaccine seroit la seule que la médecine eût obtenue dans la période actuelle, elle suffirait pour illustrer à jamais notre tempâ dans l'histoire des sciences , comme pour immortaliser le nom de Jenner, en lui assignant une place éminente parmi les principaux bienfaiteurs de rhumanité.

Il n est pa3 nécessaire que nous rapportions en détail les expériences qui ont été faites pour consta«ter l'efficacité de la vaccine. Depuis lygS que M. Jenner publia les siennes, il en a été fait dans tous les états éclairés; tous les gouvernements les ont ordonnées et surveillées; tous les hommes bieh- ÊBiisants y dnt pris part. Eii France, sur-tout, une souscription volontaire, proposée par M. de lian* court, ayant contribué aux premiers frais, un comité d'hommes instruits nommés par les souscripteurs a soumis ce merveilleux préservatif au?: épreuves les mieux raisoniiees ; il a entretenu cons-^ tam^ment un foyer de matière vaccine, d'où il en a

' Voyez Analyse et Tableaux de Tinfliience de Jar- petite-vérole sur la moralité, éic. par M. Du^Hard; Paris, 1B06, in-4^

33o SCIENCES PHYSIQUES.

répandu dans toute TEurope. En un mot , il n'y a point, dans la nature, de phénomène à-la-fbis aussi surprfenafit et aussi certain que celui-là; et Ton ne sait plus de quoi Ion pourroit désespérer maintenant j quand on songe que quelques atomes de matière purulente, recueillis sur des vaches du Devonshire, sont devenus un véritable talisman qui fera bientôt disparoitre lun des plus cruels fléaux qui aient jamais accablé l'humanité '.

L action des acides minéraux, et principalement de lacide muriatique oxigéné, pour détruire les miasmes contagieux, est encore une des découvertes modernes les plus utiles et les mieux certifiées par des expériences nombreuses et rigoureuses. Les États-Unis, l'Espagne, nos hôpitaux, nos prisons, ont eu mille occasions de s'en féliciter; et la voix publique a applaudi à l'honorable récompense décernée par le gouvernement à M. Guyton de Morveau, principal auteur de ce nouveau bienfeit de la science \

Les trois régnes de la nature ont encore fourni

* Consultez le Rapport d.u comité central de vaccine; Paris ^ i8o3, I vol. in-8*; le Rapport fait à l'Institut par M. Halle, et les Recherches historiques mëdicales sur la vaccine, par M. Husson; Paris' i8o3, in-S**., troisième édition.

' Traité des moyens de désinfecter Fair, etc. La troisième édit. est de i8o5, I voL in-S"; mais la découverte date de 1773, et fuî annoncée dans le Journal de Physique, t. I^ p. 4lv: >

à la médecine d autres mëdicaments , dont la plupart se bornent à exercer une action générale d'incitation ou d afFoiblissement , mais dont qiielques uns pa^ * roissent aussi avoir une vertu tout-à-feit spécifique sur certaines fonctions.

La digitale pourprée, en ralentissant le pouls, promet d'être utile à beaucoup de phthisiques; le suc de belladonne, en paralysant momentanément Firis, aide à faire avec plus de facilité lopératioii de la cataracte. L usage des topiques arsenicaux contre les ulcères chancreux de la face, des pommades oxigénées par Facide nitrique contre les maladies psoriques, du charbon 'contre les ulcères fétides, des salivations mercurielles contre les afifections aiguës du foie et Fhydrocépbale interne, de certains ïiçiélanges gazeux contre diverses affections pulmonaires, du sénéga contre le croup, de la gélatine contre les fièvres intermittentes, du nitrate d'argent contre Fépilepsie, de la pensée contre la croûte laiteuse, del'éther alternant avec les purgatifs contre le ver solitaire, du quinquina contre plusieurs poisons métalliques, du galvanisme contre quelques paralysies, semble s'accréditer; mais leur action, comme celle de presque tous les médicaments, se complique si fort avec les divers états des malades, qu'une longue suite d'observations peut seule parvenir à en mettre l'efficacité au rang des

vàitéft démoiitrëes * . Ce n en sont pas moins des instruments de fhns que Fart possède, et qui peuvent le servir quaD4 ses moyens anciens labaodonnent.

On doit mettre aussi dans le nombre de ces secours que lui ont procurés les sciences physiques, rétablissement en grand des eaus^ minérales artifi- -cielles. Sans remplir entièrement le but des eam naturelles , elles en ojBFrent cependant les principaux avantages, débarrassés de ces nombreux obstacles qu'opposent à leur emploi les distances et les sai- ^sons.

Un véritable pi^grès de lart est encore d'avoir

banni de Fusage plusieurs drogues exotiques et rares qui n avoient point d avantage particulier, et la plupart de ces compositions compliquées si célèbres dans les temps d'ignorance ; d'avoir simplifié •et rendu plus constante, en vertu de^ nouvelles lumières de la chimie, la préparation d'un grand

' On conçoit qu*il a ét(é impossible, dans un ouTrage tel qae celiuci, d'entreprendre rënumération de cette prodigieuse quantité àe remèdes employés et yaniës dans eette période aussi bien ^e daM tontes les autres. On ne pouvoit non plus analyser toutes les observations particulières publiées par les médecins ; mais on est obligé de renvoyer lé lecteur aux journaux estimables que publient, sur la oa^ decine, MM. Lfroiu, StdiUot, Graperon, etc., et aux Mémoires «1^ Sociétés savantes. Il y a aussi dans l'étranger de grandes collections périodiques de ce genre, parmi lesquelles on doit distinguer le iovv nal de M. Hufeland.

nombre de médkametits connus; d'avoir appKqué, d'après les régies de ThiStoire naturelle, des caractères plus certains aux substances médictamen-^ teuses ; mais il seroit difficile d'assigner en particu'^ lier chacun des feits nouveaux dont se compose cet ordre de recherches, et de nommer spécialement tous les médecins auxquels on les doit; nons ne pouvons que renvoyer aux ouvrages dont MM. AB^ hett ', Barbier^, Schv^^ilgué^ et Swediaur^ont enri»- Ai en ï^rance cette partie de Fart qu'on appelle* matière médicale^ ^

Dans ces divers ouvrages, et dans èeux que quelques étrangers ont publiés sur le même sujet, les substances médicamenteuses sont classées diaprés différents points de vue: les uns ont pris pour prinh cipe de distribution là femillé naturelle dbù chaque substance est tirée; d'autres, la composition que l'analyse chimique a cru y démêler; d'autres encore , le système organique sur lequel elle exerèe sa principale action; enfin les médecins qui se sont

* Nouveaux Éléon^uts de thifri^utiqiie et de matière mëdÎQale; Paris, 1808, a vol. in-8".

* t^rincipes géoéràux de Pharmacologie ; Paris , i8o5, in-8°.

' 'Traité de matièi^m^câle; t8ô5^ à vol. in-^12. -a

^ Materia medica; Paris, an 8, in- 12.

^, Les traraoK ttiodeiUes âur la«matièare'lii^ioaàè en AllenKmtté sbnt coDSi^^iiésy ou au moibs r^ppieUtr^ ^ les^smimes iniU<)aéet daius Itts ouvrages de M. Burdaph. . ;

attachés à la doctrine de Brown, ont principalement considéré lexcitation ou TaffoiMissement que chaque substance paroît produire. A force de multiplier ainsi les aspects sous lesquels on a envisagé les médicaments, on na pu manquer den étendre la connoissance.

Les changements survenus dans le langage et la théorie t*himiques en ont exigé d analogues dans les codes pharnlaceutiques : la ville de Nancv a donné la première en France l'exemple de les y irftroduire; et le respectable M. Parmentier vient de le fair%avec autant de succès que de zèle pour celle de Paris. Les pharmacopées des autres états ont égalem6|it été mises au niveau des connoissaitces actuelles*.

Au reste , il est une remarque essentielle à faire ici; c'est que la médecine nest point, comme les autres. sciences, tout ent^re dans les hvres: aussi bien que tous les arts pratiques, elle est différente dans chacun de ceux qui l'exercent; et tous les livres ne seroient riensans le génie et le talent particulier des individus. Aussi , pour avoir une bistoire complète des progrès de la médecine, faudroit-il connoître tous les changements introduits

' On trouvera dansia Pl1ara1aci0.de M« Dorlurt L'indieatioB de ce ^ui a été fait sur cet objet en Allçmagoe par MM. Rose, Tromsdorf, Bucholz , etc.

dans les procédés de cette foule d'hommes utiles occupés de toute part à soulager l'humanité souffrante; mais Cette seule recherche exigeroit un temps et son exposition demanderoit un espace qu'il nou^ est impossible de trouver dans un travail comme celui-éi : nous nous bornerons donc à indiquer quelques uns des grands praticiens qui ont pubhë les recueils d'observations les plus importants, tels que les Pierre Franck, les Reil, les Hufe^ land , les Quarin , les Formey , parmi les Allemands ; les Hebèrden, les Fordyce, les Lettsom, les Gre-r gory, les Duncan , parmi les Anglois ; les Cotugno , les GSrillo, parmi les Italiens. Les noms des meilleurs praticiens françois sont connus universellement; et ce n'est pas. à nous à donner notre voix 4ans un jugement qui est plus qu'auann autre du re^çort du public,

SlFon trouvoit notreénumérÉ^tion des principaux progrès de l'art de guérir bien i^ommaire encomp^r raison de k quantité immense d«s ouvrages qui opat paru sur son. ensemble et sur ses diverses parties, nous téppndrions qu'en effet nous ft'osons assurer que . nous n'ayons pas omis do rappeler quelque prjitiquje avantag|au$e consignée dans c/es innombrables écrits , sur-tout daas ceux des étrangers :• j(aaistnpus avons lieu 4e croire (^ue nqs omi^ sions ne sont point proportionnées à la quan^té de^

ces ouTrages, attendu que là médecine a encore cela de difiiérent des autres sciences naturelles, que Ton peut y être porté à écrire par beaucoup d'autres motifs que celui d annoncer des vérités nouvelle La chirurgie, ou médecine opératoire^ est dans le même cas ; et ce seroit un travail aA-dessus de dos forces que d étudier assez profondément cette multitude de livres chirurgicaux qui ont paru depuis 1789, pour être en état de dire avec précision ce que chacun deux a ajouté d'utile et de certain dui procédés connus. Il n'est pas même aisé d'assigno' le moment où chaque procédé atteint sa ])e^ fectîon ; lobscnrvation les pr^are qudquefois longtemps d'avance, la voix des hommes accrédités eitgage à les mettre en pratique ^ Texpérience ec k temps seuls les consacrent. La guerre elle-iAéme«t coi?Ltribué à augmenter le nombre <m la tetûtid^ de ces procédés; le caractère distinctif des plaies d V^^ ^ ^ ^ été mieux connu ; les cas ou l'amputation devient laécessair», et Tinstant où allô est le plus favorable, mieux déterminés; FaviiUftage à conserver le ^lus possible de cbairs 01 4é c^umeflts, mieux constaté : les instruments pour rextracliofi des corps étrapigers, simplifiés; la «uture, abandonnée dans presque tout?es les plaies simples; ^ onguens^ bdnmsdans les plaies aveê perte de ^ staUde. '* •• ■' , • , : , '.•^. -^^ •'

On doit compter sans douté aussi parmi les progrès de la chirurgie militaire, cette discipline active par laquelle on est parvenu à rapprocher la promptitude des secours de celle des moyens de destruction , et à conserver quelques défenseurs de plus à la patrie, en inspirant à ceux qui les soignent un dévouement et un courage semblables aux leurs. Le Manuel de chirurgie des armées de M. Percy , les Observations de chirurgie faites en Égypte^ par M. Larrey, sont de beaux monuments des services rendus par lart médical à cette ctasse respectable qui sacrifie son existence à la gloire et à la défense du prince et d^ l'état.

Les chirurgiens sédentaires profitent, pendant ce temps, de leur position plus tranquille, pour imaginer et donner à Tart des moyens encore plus sûrs et plus délicats.

L'utilité de la trachéotomie pour enlever les corps étrangers de la trachée-artère a été démontrée par M. Pelletan. M.» Deschamps a fait voir qu'on peut lier certaines artères au-dessus d'un anévrisme, et les laisser s'oblitérer sans danger et sans récidive. Dans l'anévrisme faux , on est allé chercher l'artère blessée aux plus grandes profondeurs j et l'on a réussi à la lier avec des rubans et un instrument nouvellement imaginé. M. Scarpa a enrichi l'art d'un «uvrage général ^ur l'anévrisme, où il appré-^

BUFFON. CatâVLBM, T. I. asî

cie toutes les méthodes de le traiter'. L'opération de la symphyse a été pratiquée heureusement par M. Giraud. La création d'une pupille artificielle, quand la véritable est obstruée, est devenue une opération facile et sûre pour MM, Demours, Maunoir, et, d après leur exemple, pour la {dupart des chirurgiens. MM. Himly et Cooper ont proposé même, et quelquefois pratiqué avec succès, la perforation du tympan dans certaines surdités. M. Guerin de Bordeaux a imaginé un instrument qui donne la plus grande précision à l'opération de la taille , et un autre qui facilite celle de la cataracte. M. Sabatier a montré la nécessité du cautère actuel contre la rage , et désabusé des remèdes illusoires avec lesquels on se Aattoit de prévenir ce mal affreux ^ En général, on doit dire que la/ chirurgie françoise se maintient dans cette gloire dont une longue suite d'hommes de mérite l'a fait briller depuis plus d'un siècle , et que tout annonce qne les maîtres qu'jelle a perdus dans cette période ne manqueront point de successeurs^. MM. Flajani, Pajola,

' Pavie, 1804? in-fol. en italien. Il y a une traduction allemande avec des ad£tiong, par M. Harles d'Erlang; Zurich, t8o8, în-îf°. M. Heurteioup vient d*en annoncer une traduction françoise.

' Mémoires de rinstitut ; Sciences physiques, t. II, p. 249.

^ L'Allemagne possède dans la Bibliothèque chirurgicale de M. Richter un excellent recueil d'analyses des ouvrages chirurgicaux qui ont pani depuis vingt aui', et des principales découvertes dùtot IVârt s'esf

en Italie; Cline, Home, Tell, en Angleterre j Muiv sinna , Siebold , Richter, en Allemagne , çt beaucoup d^utrès, sans doute ^ soutiennent et étendent cet art dans leur pays;

Nous le répétons, en effët, toutes cé^ découvertes , tous ces procédés plus oti moins ingénieux , tous ces traitements, tous ces remèdes plus ou mbins efficaces, n'existent en quelque sorte pour Fart qu'autant que les individus soùt Uabilés à les mettre en pratique; et, sous ce rapport, le perfectionnement de l'instruction intéresse plus essentiellement la médecine que les sciences purement théoriques. lia France peut se flatter d'avoir éprouvé (Bti ce genre les améliorations les plus iinportantes j dans l'époque dont nous traçons l'histoire. On a cherché enfin â s'y rapprocher et même à y surpàs^ ser les exemples que doimoient depuis long-temps les universités de PaVie j de Halk, d'Edimbourg, dé Vienne, etc. Trois gt^andes écoles y ont été fondées nvéctout^ les chaii*es et tous les secours matériels iiécessafrres pour l'enseigneinent le plus complet : les différérites parties de l'art qui peuvent bfen être eiercëfe^ séparément , mais^ dont les principes et l'en-

•upvcitu dans* le même .intense* D'vâutres buiFrages périodiques sem« blables bût été entrepris depuis par MM. Loder, Mursimia, Siebold et autres. Le Dictionnaire de ebirur^e de M. Bemstein s'enrichit patdes suppléments assé2 complets, qu'on ptiblie de teinps en temps;

34o SCIENCES PHYSIQUES.

setgnement sont nécessairement les mêmes, y ont été réunies; la clinique sur-tout, cette instruction si importante qui se donne au lit des malades, et qui n existoit point auparavant en France par autorité publique, y a été établie et organisée sur le meilleur pied; les élèves qui montrent le plus de dispositions sont exercés sous les yeux des maîtres, et les secondent dans leurs récherches pour les progrès de Fart; en un mot, on peut dire, sans hésiter, que de toutes les parties de Finstruction publique, c'est peut-être à celle-ci qu'il y a le moins à désirer: elle deviendra |)arfaite, si Ton arrive à rendre les réceptions des médecins, et sur-tout celles des chirurgiens, un peu moins faciles; et le moyen en est bien simple, car il suffit pour cela de ne pas faire dépendre la fortune des exat^inateurs de leur indulgence.

Les ouvrages élémentaires publiés par quelques uns des professeurs ne sont pas au moindre ran{[ des moyens d'instructioil : la nature de ce rapport ne nous permet que de rappeler en peu de mots ceux où MM. Sabatier et Ldssus ont consigné les résultats de leur longue et heureuse expérience dans la médecine opératoire; celui que M. Richerand a intitulé Nosographie chirurgicale ' , où il se montre un digne élève de l'un des plus grands maîtres que son

» Paris, i8o5, 3 vol. in-S"*.

art ait possédés, Desault, qui a été enlevé encore dans sa force au commencement de notre période, mais dont la nombreuse école perpétue la gloire; le grand Traité de M. Baudeloeque sur les accouchements , qui a été traduit dans toutes les langues , etc. Nous regrettons beaucoup de n avoir pas de notions suffisantes des ouvrages du même genre publiés par les étrangers, afin de leur rendre la même justice. En Allemagne, sur-tout, où Tusage des livres élémentaires est plus commun que chez nous, il n est presque aucune université dont les professeurs n'en aient publié d'excellents.

S'il étoit de notre sujet de montrer à quel point les lumières des sciences , en se répandant, peuvent éclairer et diriger utilement l'administration , c'est ici sur-tout que nous aurions un beau champ. La précision donnée aux jugements de la médecine légale ' , les précautions indiquées par la médecine à la police pour prévenir les épidémies et pour arrêter les contagions, les secours prép£u*és pour les

* Les Allemands se sont occupés avec beaucoup de zèle de la mëdecine lé{];ale ; plusieurs ouvrages de MM. fiudwi(j, Metzger, Pyl. Scherf et autres, en font foi. Mais la police raédicfale est sur-tout de^ venue un objet d'étude particulière, depuis que M. Frank l'a traitée dans un grand ouvrage. ^M. Foddré et Mabon ont ajouté aux connoissauces sur cette matière en France. Le Manuel de M. Schmidtmnller, qui est le plus moderne, indique les livres auxquels on peut avoir recours pour chaque objet en particulier.

noyés et pour les asphyxiés , la surveillance exercée sur la nourriture du peuple , le perfectionnement des hôpitaux de tous les genres , présenteroient un tableau consolant pour rhumanité. Il seroit beau de montrer les gouvernements européens s occupant à lenvi d apphquer au bien-être de leurs peuples les découvertes des savants ; mais ce n est point à nous à tracer ce tableau , et le^ découvertes elles-mêmes ou leur développemfsnt scientifique doivent seuls nous occuper. Nous ne nous éte]:^drons pas même sur Thygiène priyée , et sur Tinfluence heureuse que lés lumières générales de la physique et de la médecide ont exercée pour rendre plus salubres le genre de vie, le vêtement, le logement , les aliments des citoyens de toutes les classes et de tous les âges ; quiconque comparera avec un peu de soin et d'impartialité notre vie prir vée à celle que nous menions il y a trente ans , n en pourra méconnoître les avantages : mais cfBS effets heureux des sciences, dont l'action lente n'est pas toujours sentie par ceux mêmes qui en profitent le plus , ne sont pas de nature à être exposés en détail dans un ouvrage tel que celui-ci. Qu'il nous soit seulement permis de rappeler l'immense et important travail de M. Tenon sur les hôpitaux , et les améhorations que les vues de ce chirurgien philanthrope ont produites dans ces retraites du malheur;

l'Hygiène de M. Halle , Fingémeuse Macrobiotique de M, Hufeland , et le grand Code de la santé et de la longévité du chevalier John Sinclair ' , ouvrages o\i toutes les connoissances de la médecine sont employées pour enseigner aux hommes les moyens de se passer des médecins. La science nous prend en quelque sorte au berceau pour nous prémunir contre tous les dangers qui nous attendent ; et les leçons données aux mères par M. Desessarts^^ par M^ Alphonse Leroy ^, épargneront à beaucoup d'hommes une vie débile qu'une éducation impru-dente auroit pu leur préparer.

La médecine vétérinaire est encore une branche de Fart de guérir dont l'objet est moins noble sans doute que celui de la médecine humaine, mais dont les principes sont les mêmes , et qui ne diffère dans son application qu'à cause des dififérences de structure et de régime des animaux et de la plus grande simphcité de leur genre de vie.

Elle vient de tirer un grand parti de cette analogie en imaginant d'inoculer le claveau aux moutons. Cette idée, fondée sur la ressemblance du claveau et de la petite-vérole , paroit avoir parfai-

* Edimbourg, 1807, 4 vol. in-S**, en anglois.

' Traité de l'éducation corporelle des enfants, première édit. 1 759, deuxième édit. 1798.

^ Médecine maternelle; Paris, i8o3, i vol. in-8°.

tement réussi; et les nombreuses expériences de M. Huzard ont constaté que c est un préservatif sûr et à-peu-près sans danger. On a essayé la vaccine dans la même vue , mais sans avoir encore ri^ obtenu de décisif.

Il n'est pas jusqu'aux végéta\ix qui n'aient leurs maladies^ et leur médecine susceptible d études et de vues tout*à-£eiit analogues à celles qui dirigent la médecine des êtres animés.

Les recherches de M. Tessier sur les maladie^ des blés , celles des botanistes qui ont con^até que la plupart de ces maladies sont dues à des champignons parasites, la certitude obtenue par des expériences répétées à l'infini , que la plus funeste^ Ja carie du froment, a son remède infaiUible dans Popération du chaulage, sont autant de résultats dus aux savants qui honorent notre période.

Agriculture.

La deuxième des sciences pratiques qui se ratr tachent plus particulièrement aux sciences naturelles c'est l'agriculture. Comme la médecine , elle s'occupe des êtres vivants : mais elle les considère principalement dans l'état de santé; et son objet est sur-tout de multiplier, autant qu'il est possible, ceux d'entre eux qui nous sont utiles , ou , en d'au-

très termes , d'employer la force de la vie pour rassembler et retenir le plus possible d'éléments éans ces combinaisons que la vie seule peut produire , et qui sont nécessaires à notte nourriture , à nos vêtements ou aux autres besoins de notre société. En sa qualité de la plus indispensable et de la plus vaste de toutes les fabriques, elle peut être considérée sous un double point de vue, celui de la politique et celui de la doctrine; et cette dernière ellemême est susceptible d'un double aspect : celui de l'étendue qu'elle a acquise , ou de l'ensemble des vérités qui en général ont été reconnues , et celui du plus ou moins d'extension que ces vérités ont obtenue parmi les cultivateurs. Sous le rapport de la politique, l'hiôfoire de l'agriculture devroit exposer quel étoit son état avant la révolution , quelle influence ont eue sur elle l'abolition xles droits féodaux , la division des graijdes propriétés , la guerre continentale et maritime, et les variations ^ dans le système des contributions et dans celui des douanes ; dans quelles provinces il s'est introduit des procédés plus avantageux , quelles causes y ont contribué; s'il se produit aujourd'hui plus ou moins de chaque denrée qu'autrefois , et si on l'emploie avec plus d'avantage aux besoins du peuple et de l'état. Mais tous ces objets ^€^^i ne dépendent que des circonstances politiques ou morales, regardent l'ad-

miaistration , et non pas Tlnstitut ; et quoique nùtie compagnie ue soit point étrangère à la propagation des découvertes agricoles, ses fonctions consistent sur-tout à les constater ou à les rendre plus nombreuses, et son devoir, en ce moment, se borne à exposer l'histoire de celles qui appartiennent à Tépoque actuelle.

En général ces découvertes se rapportent à deux sortes; introduction de nouvelles espèces et de nouvelles variétés, ou procédés nouveaux dans leur gouvernement. On peut , si Ion veut , en feire une troisième sorte des nouvelles combinaisons de cultures diverses propres à tirer un meilleur parti dun espace donné, et des procédés convenables pour mettre en culture des terrains auparavant stériles.

Cependant nous ne devons pas nous en tenir trop étroitement , en ce genre , à ce qui peut être appelé nouveau dans toute la rigueur du terme. Si quelques pratiques, auparavant concentrées dans certains cantons particuliers, ou connues seulement dans des pays éloignés , sont devenues plus générales , il appartient à cette histoire des sciences àe montrer comment les notions tirées de la chimie et de l'histoire naturelle ont fait sentir à nos compatriotes l'avantage de ces pra^ues, et les ont engagés à les étudier et à les introduire parmi nous.

Nous avons déjà cité, à 1 article .du régne végé^ tal y plusieurs plantes étrangères dont Futilité s*est fait connoitre dans ces46rnières années: nous en pourrions citer beaucoup d'autres qui, connues depuis long-temps , n ont été admises que depuis peu dans l'agriculture françoise.

La pistache de terre (àrachis hypogœa) commence à se répandre dans le midi , où elle a été introduit^ par Gilbert; sa semence, si singulière par sa posi-r tion souterraine y donne une huile agréable. La pa-r tate douce de Malaga a été introduite, en 1789, à Montpellier et à Toulouse par M. Parmentier; celle d'Amérique, qui est plus agréable, a été cultivée depuis à Bordeaux par M. Villers, et a réussi dans nos départements plus septentrionaux par les soins de M. LeUeur. Le topinambour (helianthus tuberosus) ydont la racine a l'avantage de se conserver sous terre sans geler, s'emploie de jdus en plus pour les bestiaux. Le navet de Suéde , dit ruta-baga, plante qui réunit beaucoup d'utilités différentes, se répand généralement. Tout le monde se souvient des grandes expériences de M. Parmentier sur les pommes de terre, et des services rendus par ces racines dans les disettes dont nous fûmes menacés deux fois pendant la révolution ; le goût s'en est répandu dès-lors , et les meilleures variétés se sont introduites par-tout. On s'est assuré de la possibi-

lité de cultiver le coton herbacé dans quelques parties méridionales de la France , et de rendre ainsi nos fabriques un peu moins dépendantes de nos relations politiques. Le phormium tenax commence à être cultivé dans les mêmes départements, et fournira bientôt les plus puissants de tous les cordages. La multiplication du faux acacia ou robinier a été très considérable par-tout , et très avantageuse à cause de la promptitude de son développement et de sa facilité à venir dans les plus mauvaises situations. Nous avons déjà parlé des arbres de TAmérique septentrionale que l'on peut naturaliser parmi lions. Les essais en ce genre, dus aux soins de MM. Michaux et exécutés sous les auspices de ladministration 4es forêts , sont déjà nombreux et promettent beaucoup; avec de Tordre. et de la patience on enrichira la France d une foule de bois de .qualités diverses , et dont le plus ou moins de rapidité à croître et de facilité à vivre dans des terrains variés offre les plus grands avantages.

De toutes les opérations de plantation, la plus intéressante et la plus immédiatement utile est bien celle des pins maritimes pour la fixation des dunes: non seulement elle met en valçur des terrains immenses , mais elle assuré l'existence de villages , de cantons entiers , que les dunes menaçoient d'une destruction totale. On ne peut trop célébrer le zèle

de M. Bremontier, qui a le premier constaté les vrais moyens de rendre ce travail efficace, et qui à mis toutç son SLCtrùté à en presser Vexécution '.

La plus importante des races d'animaux que Ion peut considérer comme nouvelles en France, celle dont la multiplication a été la plus générale , c'est sans contredit celle des moutons d'Espagne à laine fine, appelés mérinos; ih sont aujourd'hui répan-^ dus dans presque toutes nos provinces. Déjà la laine qu'ils fournissent diminue sensiblement pour nos fabriques de draps le besoin des laines étrangères ; et les cultivateurs qui tirent un revenu double d'un troupeau qui n'exige pas une ncftirriture plus abondante ni plus chère , bénissent les Dau-r benton, les Tessier, les Gilbert, les Htizard, les Silvestre, dont les longs travaux, encouragés par le gouvernement , leur ont procuré cette nouvelle source de prospérité.

Les bœufs dltaUe, plus propres que les autres au tirage , les buffles , si utiles pour tirer parti des terrains marécageux, nous ont été procurés par les conquête de la première armée dltalie. On commeâce à multiplier 1^ vaches sans cornes, qui joigiient à l'avantaige de se blesser moins souvent entre elles , celui de fpurnir un lait aussi bon que copieux.

' Mëmoire sur les dime8,,an 5.

35o SCIENCES PHYSIQUES.

Les soins donnés aux haras par le gouvernementales instructions qui ont été publiées sous ses auspices par M. Hnzard, ont déjà uh effet très sensible sur les races de nos chevaux.

Grâce aux observations des naturalistes, lart, ptesque nouveau en France , de recueillir le mid sans détruire les abeilles commence à se répandre et aura de l'influence sur cette branche importante d'économie. • -

Ëû tout genre , les connoissances phis exactes «ur la manière de conduire chaque espèce , et sur la quantité et la qualité des produits de chaque variété^ 8orit au moins aussi précieuses à acquérir que des espèces ou des ra£es entièrement nouvelles. La comparaison dés différentes céréales pat* M, Tessîer, celle des diverses variétés de vignes, deledrs rapports avec les terrains et l'exposition , et-Ae leur influence sur la qualité du vin , par M. Bosc * , méritient donc un rang distingué parmi les travaux utiles de cette période.

Mais la partie là plus transcendaiïte de Fagricutture consiste à trouver la combinaisofi et la succession d'espèces la plus avantageuse ^ à déterminer avec J)réciàion, dans chaque circonstance, quelle partie ^de terrain doit être coiisacrée à chaque cul-

* Plan pour la détermination et la classification des diverses varié tés de la vigne cultivée en France, i vol. in-S*, i^8.

ture, et la proportion relative de» animaux et des grains que l'on doit chercher à obtenir. C'est dans cette proportion que consiste le problème des assole^ . ments et des prairies artificielles ; problème dont la solution, pour être parfaite, exige, pour ainsi dire, la réunion de toutes lés sciences naturelles : aussi est-ce sur ce point que l'agriculture a fait, dans cette période, les progrès les plus marqués. L'ouvrage de Gilbert * avoit déjà montré, avant }e commencement de notre époque ^ l'avantage d'étendre la culture des prairies artificielles; et dès -lors lés expériences ont été multipliées ; des hommes habiles ont réussi à faire entrer ces prairies dans l'ordre de leurs récoltes successives, et l'art des assolements a feit un grand pas vers sa perfection. Lçs bons exemples de ce genre ont été particulièrement donnés pat* MM. Yvart, Mallet, Pictet, Barbançois, FremiUf, Jumilhac, Rosway, Devilliers, Fera -Rou ville, Sageret, etc. Les principels de cet art ont été établis dans un ouvrage que M. Yvart ^ a publié sur ce sujet , après avoir obtenu l'approbation de la classe; et les résultats heureux de ces dé-^ couvertes se soM principalement répandus par le zèle des sociétés d'agriculture;

Les jachères ont diminué parJ-tout , les bestiaux

• Traite des prairies artificielles, i vol. in-8**, 1789.

* Essai sur les assolements.

$e sont multiplias ; Fart des enj^rais s'est perfectionné , la poudrette en a fourni un nouveau ; le plâtre a été mieux employé anis. amendements ; et Fusjage si utile d'enfouir des végétaux vivants, semes à cet effet , commence à être adopté dans plusieurs cantons.

Nous devons mettre au premier rang des travaux utiles qui ont contribué à répandre le goût et les connoissances positives de lagriculture , les cours publics d'économie rurale qui ont été faits dans cette période, et pour la première fois en France, par MM. Silvestre et Coquebert-Montbret , et celui que M. Yvart professe depuis deux années à l'école vétérinaire d'Alfort.

Ce seroit en vain que nous essaierions de nommer tous les hommes zélés qui ont contribué par leurs écrits et par leurs exémiples à disséminer l'instruction agricole dans notre pays ; encore moins ceux qui ont rendu des services semblables aux pays étrangers. Qu'il nous suffise de cito' ici les Mémoires de la société d'agriculture de Paris', composés d'observations intéressantes sur toutes les parties de l'agronomie , et danA, lesquels M. Silvestre, secrétaire de cette société, epi exposant chaque annéç, l'état de^ progrès de l'agriculture françoise, leur a donné encore une nouvelle im-

' II vol. in-S".

pulsion ; la partie d'agriculture de la bibliothèque britannique , rédigée par M, C. Pictet , de Genève , et les Annales de l'agriculture Françoise de M. Tessier, comme les recueils qui ont le plus contribué à cette œuvre si utile dans la partie de l'agriculture. Les instructions populaires sur divers sujets spéciaux , publiées par ordre du gouvernement , et rédigées par MM. Parmentier , Gels , Gilbert , Huzard , Tessier , Vilmorin , Yvart , Chabert , Nysten ; l'Instruction pour les bergers de feu Daubenn ton ' , celle de M. Huzard sur les haras * ; l'ouvrage de M. Silvestre sur les moyens de perfectionner les arts . économiques ; les écrits de M. Lasteyrie sur les moutons^, les constructions rurales^, le cotonnier ^ ; ceux de M. Dumont-Courset , sur le jardinage^; de M. Maurice, sur les engrais; les Voyages agronomiques de M. François de Neufchâteau^; ceux de M. Depère®; l'ouvrage sur les dessièchements , de M. Ghassiron ^; les Traités des

* Troisième édition, i vol. in-8', an lo.

* Un volame iii-8'', an lo.

^ Histoire de l'introduction des moutons à laine fine d'Espagne, I vol. in-8°, an 1 1 .

* Traduction du Traite de construction rurale publié par le bureau d'agriculture de Londres, i vol. in-8**, an lo.

' Du cotonnier et de sa culture, i toI. in-S**, 1808.

^ Le Botaniste cultivateur, 4 voL in-8°, i8oa.

7 Un voL in-4**9 1806. —*- ' Manuel d'agriculture prati^e,. 16^.

9 Lettre aux cultivateurs françois sur les dessèchements^ an 9.

BUFION. COMPLBH. T. I. a 3

354 SCIEMCE8 PHYSIQUES.

bois et des irrigations , par M. de Perthuis * ; la pai^ tie d'agriculture de FEncyclopédie méthodique; la nouvelle édition du Dictionnaire de Rozier, et celle du Théâtre d agriculture, d'Olivier de Serres : v<Hlà les ouvrages qui se présentent le plus avantageusement à notre mémoire.

Mais de* dire positivement, comme nous ravons iait pour les sciences théoriques , ce que chacun de ces auteurs a fourni de nouveau à l'gl^icukure, c'est ce qui nous seroit impossible. Ici , comme en médecine , comme en chirurgie , les procédés se propagent lentement ; leur utilité se constate plus lentement encore : ce n'est point par sa nouveauté qu'une découverte se recommande : faire passer une pratique d'un canton dans un autre , est souvent une chose plus utile que ne pourroient l'être les oonoeptions les plus profcoides , les efforts les plus soutenus de l'esprit; et dans ces transmigrations de races , d'instruments , d*opérattons , doas cette communication qui s'en fait entre des gens peu instruits , plus désireux de profits que de gloire , le nom du véritable inventeur se perd et disparoît le plus souvent. La même observation s'applique à la technologie , la troisième de nos

* Traite de Vaména^f/emeot et de la resiavratioii des Mis et ioréu de ttt France, an if . Hfteoire 'Mir ^'amélioration des prairies artificielles et sur leor •irriintioii ; rSoSé

scumces pratiques, et celle par laqudk nous terminerons cette histoire des sdençes.

Technologie y ou œnnoissance des arts ei métiers.

La technologie embrasse tous les arts , c'estrè-* dire toutes les modifications que nous savons don-* ner aux productions naturelles , pour les accommoder à nos besoins, depuis les altérations les plus simples , que leur facilité et leur néc^sité journalière font ranger dans l'économie domestique ou rurale, jusqu'aux fabrications les plus étendues et les plus délicates. L'histoire détaillée de leurs pro* grès exigeroit des recherches que notre genre de vie et les moyens qui sont à notre disposition ne nous permettent pas de rendre complètes. Cen'est ni dans les livres, quelque nombreux qu'ils soient, ni dans le cabinet , que l'on peut s'en instruire. Il faudroit parcourir les ateliers , suivre les manipulations des ouvriers; s'entretenir avec les chefe, souvent leur arracher des secrets d'où dépend leur fortune : et même , après plusieurs années , combien n ignôreroit-on pas encore de pratiques , cachées ou concentrées dans quelques ateliers particuliers, ou qiiî , des pays étrangers , n'auroi6nt|point pénétré jusque chez no^s ?

U faut donc , en technologie , comme en méàe

cine, comme en a{][riculture , nous borner à une revue rapide des principaux objets qui sont parvenus à notre connoissance, et les considérer non seulement en tant qu'ils seroient nouveaux en euxmêmes, mais avoir encore égard à ceux qui sont au moins nouveaux pour la France , et qui n'y ont été propagés que dans ces derniers temps. Aussi bien c'est au goût des sciences devenu plus général, c'est aux lumières devenues plus communes parmi les manufacturiers , que l'on doit cet intérêt qu'ils ont mis à s'instruire , à se procurer la connoissance de ces pratiques étrangères ou peu connues , et cette justesse avec laquelle ils ont pu les apprécier.

Cette énumération nous présente d'ailleurs encore , dans sa rapidité , un tableau assez remarquable et assez digne de l'attention de ceux qu'intéressent la gloire et la prospérité de la France.

Ainsi la physique a fourni des ami^orations tout-à-feit inattendues dans l'art de conduire le feu et d'épargner Ye combustible. Le chaufiFage des appartements a reçu des poêles et des cheminées de toutes les sortes, qui ont peut-être réduit d'un tiers la consommation du bois, ou multiplié d'autant les jouissances des individus. La dépense que la cuisine exige est réduit^ à moins de moitié par les nouveaux procédés de M. le comte de Rumford , dont l'utilité s'étend à toutes les fSBd)idques qui emploient

des liquides chauds , depuis les bains et les lessives jusqu'aux teintures et aux savonneries' : les distilleries sont arrivées par-là à des économies presque incroyables. Les^ thermolampes de M. Lebon , qui tii^nt parti dii même feu pour chauffer et pour éclairer, ont reçu dHmportantes applications en An" gleterre et en Allemagne , et s'emploient d^a avec grand profit dans diverses manufactures considérables. C'est auxdécouvertes physiques sur l'influence de la pression dans les combinaisons, que Ton doit le nouvel art mis en pratique par M. Paul pour composer les eaux minérales artificielles.

Toutes les parties de Féconomie rurale et domestique ont reçu des perfectionnements par lextension des connoissances chimiques relatives aux sub* stances qu'elles emploient.

ha. meunerie , la boulangerie , ont été améliorées par M. Parmentier *. La mouture économique et les bons procédés de panification se sont généralisés. On a appris à Ê4f ^ de l'amidon avec une infinité de substances végétales plus communes que le blé, ou même auparavant tout-à-fait inutiles.

' Essais politiques et économiques, etc., par M. le comte de Rumford, a vol. in-S**, 1799 ; et difFërents Mémoires imprimés parmi ceux de rinstitut.

' Le parfait Botdanger, i ^ol. in^S**, 1778 ; et plusieurs! antiwà^ Mémoires. < ^-itt .»/ .

L ouvrage de M. Ghaptal sur le vin ', dont ii<his arvon» parlé à larticle de la chimiey a produit la plus heureuse révolution dans cette branche si impor^ tante de l'industrie françoise ; et plusieurs cantons, dont les virïs étoient de mauvaise qualité , ont déjà réussi à les perfectionner d api'ès les précités de ce savant chimiste.

L'analyse du lait, par MM. Parmentier et Deyeux^ a donné des procédés sûrs pour imiter par-toût toutes les sortes de fromages , et pour rendre le beurré plus agréable et plus facile à conserver.

T^es filtres de charbon , suite des découvertes de Lowitz, de Morozzo, de Rouppe, ont fourni les moyens de rendre salubres et agréables les eaux les plus corrompues \

La théorie du tannage , découverte par M. Seguin , a produit cet effety que Ton termine maintenant en trois ou quatre mois , dans la plupart des ateliers ) ce qui en exigeoit auparavant douze ou quinze^ D ailleurs les procédés spéciaux nécessaires pour chaque sorte de tannage, chamoisagev et coi>royage, sont devenus des connoissances générales.

Il en est de même des fabriques de produits salins , dont Isi France manquoit autrefois , et que

' Art de faire le vin, i vol. in-S", 1807.

^' VoycE U Mftnièrd de bonfier parfutemeiK lèt ettdSy par Barry, I vol. in-S", an la.

TECHNOLOGIE. ÎSg

la chim^ a mulfipUées au niveau de nos besoins, La céruse, le vert-de^ris, la couperose ^ Talun , le sel ammoniac, la soude, se font maintenant chez nous aussi par&itement qu'en aucun autre pays : comme on les fabrique, pour la pluj^t^ de toutes pièces, on leur donne un d^ré de pureté qu'il étoit impossible d obtenir auparavant; et si Ton trouve moyen d adoucir, pour les deux derniers objets, Fimpôtsur le sel, nous soutiendrons toute espèce de concurrence '.

Nous serons également, dans tous les ma^rcbés^ lès rivaux des Anglois pour lacide sulfurique, si le Gouvernement permet à ces fabriques de s approvisionner de salpêtre de Tlnde *.

L emploi de cet acide pour clarifier tes huiles^ les plus troubles, sur-tout celle de colza, et les rendre limpides comme de leau , est encore un des bien^ faits récents de la chimie.

Tout le monde se souvient du service important qu'elle rendit à Tétat dans des naoments périlleux: , eda simplifiant et en rendant populaire Textraction du salpêtre et la fabrication de la poudre ^.

* Depuis la présentation de ce Rapport, Texemption a été accordée ; et il s*est formé une vin^aine de fabriques de soude artificielle par la décomposition du sel marin.

' Cette permis^on a été accordée,

^ Instruction sur la fabrication du salpêtre, an 2.

36o SCIENCES PHYSIQUES.

Aucun art ne devoit attendre de cette scient et n en a reçu en efjet plus d'amélioration que la tein- . ture. M. BertkoUet lui a donné le blanchiment par ladde muriatique oxigéné , qui épargne le temps et les frais ^ et qui a lavantage inappréciable d^enlevex les couleurs mal appliquées \

I/emploi de lacide oxalique , pour enlever à volonté loxide de fer; celui de lacide muriatique, pour nuancer les couleurs, et des muriates d'étain, de fer, et de bismuth , comme mordants , sont aussi des sources de grandes commodités en teinture; comme la substitution de lacide pyroligneux au vinaigre, dans presque tous les cas où Ion employoit celui-ci , a été celle d^une très grande économie. La tieinture du coton en rouge a été réduite aux principes les plus sûrs par les travaux successif de MM. Haussman et Chaptal " : M. Tingry en a fait autant pour lart des vernis.

L art d'enlever dans la juste proportion le suint des laines qu'on veut tdndre est une découverte encore toute nouvelle due à MM. Vauquelin , Godine , et Roard. /

M. Chaptal a imaginé de remplacer les jiiuiles, dans la febrication du savon , par de vieux débris

' Annales de Chimie de 1789.

' Art de la teinture du coton en rouge ;' 1807, i ▼ol. in-8**. Voyei aussi les Éléments de teinture, de M. BerthoUet..

<îe £ai^e; et Ton y emploie lùaintenant^ en Angletçrre, jusqu'aux vieux cadavres de poissons.

Le blanchiment à la vapeur est encore une découverte importante, généralisée par M. Chaptal'.

Nous avons déjà parlé des nouvelles couleurs fournies par la chimie à la peinture à Thuile et à la peinture en émail, comme le bleu de cobalt, de M. Thenard ; le rouge de chrome ; le vert du même métal, appliqué à la porcelaine , par M. Brongniart. Nous aurions pu y ajouter l'introduction en France de la fabrication du bleu de Prusse et du bleu anglois , qui n'est qu'un bleu de Prusse mêlé d'alumine.

L'analyse plus exacte des terres n'a pas été moins utile à la poterie ; et il suffit , pour s'en convaincre , de comparer nos poteries communes d'aujourd'hui à celles que nous avions il y a vingt ans. Le cailloutage de Sarguemines et les hygiocérames de M. Fourmy méritent d'être distingués dans ce nombre *.

Le rouissage du chanvre par des moyens chimiques est infiniment plus sûr, plus court, et plus salubre qu'autrefois.

Nous n'avons pas besoin de traiter des progrès de la docimasie et de la métallurgie , qui marchent

* Essai sur le blanchiment, par Oreilly; 1801 , i vol. in-S**.

* Mémoire sur les ouvrages en terre cuite, parFourmy; brochure in-8**, i8o2.

nécessairement du même pas que la chimie, ni de rappeler la précision admirable à laquelfe est ar* rïvé le monnoyage ; mais nous pouvons dire que la purification du platine et Fart de le travailler ont donné à tous les autres arts les vases les plus utiles par leur inaltérabilité.

Nous avons déjà exposé ailleurs le nouvel art de Êibriquer Tacier fondu, inventé par Clouet; celui des crayons de mine de plomb , par Conté ; et càm •de décomposer le métal des cloches, par M. Fourcroy. Ce dernier a pu tenir momentanément lieu <ie mines d'étain et de cuivre.

Ij établissement de fabriques de fer-blanc , qui ne laissent plus rien à désirer, est encore une conquête récente sur Tétranger.

La fabrication des cristaux et de tous les genres Ae verres n a pas fait de moindres progrès que les autres arts chimiques , pour la netteté , la Uan* cheur, le volume, et Féconomie ; on peut s'en convaincre dans les moindres demeures des particuliers , aussi bien que dans Fexcellent ouvrage de M. Loysel sur la verrerie^. M. PajotDescharmese» est venu jusqua souder les glaces^ Le rouge à polir, autrefois très cher, se fait maintenant d'une manière infiniment plus simple , d après les procédés de MM. Guyton et Frédéric Cuvier.

• Essai sur Fart de la verrerie; anfi, i vol. in- 8**.

Les cimeats de toute espèce , le» pouzscdaiies ar* tifidellcB^ j&briquées selon leé métbodès imaginées par MM. Ghaptal , Père , etc. , ainsi que celles de nos volcans éteints , ont donné à nos constructeurs les moyens de se passer des produits étrangers. M. Fabroni en Italie, et diaprés lui M. Faujas en France , ont trouvé des terres propres à faire des briques si légères qu elle» flottent sur leau , invention précieuse pour construire les fours des vaisseaux.

La carbonisation de la tourbe, la purification du eoak ou cbarbon de terre dessoufré, ont été introduites en France dans cette période.

L opération des assignats, quels qu'aient été ses résultats politiques, a laissé à Fart du papetier des perfectionnements durables , et sur-tout lemploi de Tacide mnriatique oxigéné pour le blanchiment de la pâte. C'est même à elle que Ton doit en grande partie le nouvel emploi des €a;ractèreà stéréotypes , qui augmenteront les bienfaits de 1 imprimerie , ^i £Eiisant pénétrer les conceptions du génie jusque dans les pauvres diaumières.

La technologie n'a point d école en France où Ton en démontre ks principes ; et quoique les arts et métiers aient été souvent décrits en détail dans de grands ouvrages , il n'y a encore d'élémentaire et propre à l'instruction générale que la Chimie appli-

364 SCIENCES PHTSIQUES.

quëe aux arts , de M. Chaptal ; livre exceUent, mais qui n embrasse que les arts exclusivement chimiques ' . Du moins dans cette partie , 1 on peut to assuré que la lumière des sciences pénétrera dans les ateliers; et ses efiets sont déjà très sensiUes chez les manufacturiers éclairés.

Résumé.

CTest ici que nous terminerons cet aperçu sommaire des changements les plus avantageux que les progrès de la chimie et de la physique ont introduits dans la pratique des arts pendant la première période dont nous avons à rendre compte. Nous aurions pu l'étendre beaucoup , si le temps et la nature de nos connoissances nouslavoient permis, et sur-tout s'il nous avoit été possible d'entrer dans tous les perfectionnements de détail qui eut été adaptés aux divers procédés particuliers ; nous aurions pu y ajouter enfin Vénumération de cette quantité de substances que la botanique , la min^ ralogie , et la zoologie , ont découvertes et fournies aux différents arts , si nous n'en avions déjà indiqué les principales en parlant de ces sciences ellesmêmes^ et si nous n avions encore ajouté à cette

' Chimie appliquée aux arts ; 1807, 4 ^^^' ù^'S".

Page 1