‹ Histoire des progrès des sciences naturelles: depuis 1789 jusqu'à ce jourChapitre 10 sur 31 · ZO0L0GI · texte numérisé non relu

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mis moins d'attention à en dresser l'état. Linnaeus encore, en portant dans cette branche de la science cette méthode précise, qui lui a donné tant de succès en botanique, a eu Tavantage d'y trouver un champ plus neuf et plus fécond , qu'il a eiïleuré rapidement tout entier, pendant que BufiFon et Pallas en cultivaient quelques parties avec plus de profondeur et d'éclat.

Les efforts réunis de ces hommes célèbres ont inspiré plus d'intérêt pour rhistoire des animaux, et l'effet commence à devenir sensible ; car la période actuelle est plus riche que toutes les autres eu travaux sur ce règne.

Les quadrupèdes ont éprouvé peu d'augmentation depuis Pallas et Buffon, si ce n'est par la Zoologie de la Mouvelle-HoUande de Sbaw , et par les espèces que Schreber ajoute de temps en temps à la grande histoire de cette classe, qu'il publie depuis plusieurs années (1). Cependant l'ouvrage d'Audebert sur les singes peut être cité comme livre de luxe (2). La description de la ménagerie du Muséum, commencée par de Lacépède, Cuvier, et Geoffroy, offre aussi de belles figures de quadrupèdes dessinées par Maréchal et de Wailly (3). On attend avec intérêt l'ouvrage que Geoffroy prépare sur les animaux à bourse, et dont il a donné séparément de beaux échantillons. Pérou a rapporté beaucoup de quadrupèdes nouveaux de la Nouvelle-Hollande, et Leschenault, de l'île de Java. Buffon, qui se proposait de terminer ses travaux par Thistoiredes cétacés, fut arrêté par la mort ; de Lacépède a glorieusement rempli ce besoin de la science (4) et ce désir de son illustre maitre.

Latham est celui qui a le plus ajouté au catalogue des oiseaux (5). La France a produit sur cette classe des ouvrages de luxe remarquables par la beauté de leurs planches. Les oiseaux d'Afrique (6), par Le Vaillant, présentent beaucoup d'espèces nouvelles et un grand nombre d'observations intéressantes. Les perroquets (7)^ les oiseaux de paradis, les toucans, etc. (8), par le même auteur, avec des figures de Barraband ; les colibris et autres oiseaux dorés par Audebert et Vieillot (0); les tangaras de Desmarets fils, avec des figures de mademoiselle Decourcelles (10), sont à la fois de véritables objets de commerce et des recueils dont la science peut tirer parti. On en a aussi commencé de semblables en Allemagne; les figures des

(1) Publiée en français et en allemand , à Erlang , depuis 1775 ; le quatrième volume est fort avancé.

(2) Histoire naturelle des singes, in-fol.

(S) Commencée en l'an x, in-fol. Il a paru par cahiers de quatre planches chacun.

(4) Histoire des cétacés; Paris , anxii, in-4'^,

(5) Inde* omithologicua ; Londres , 1790, 2 vol. in-4<^.

(6) Paris, in-fol. et in-4^ Commencé en 1799; il est en six volumes.

(7) Ibid. Commencé en 180 1 ; deux volumes.

(8) Paris , 1806, 2 vol. grand in-fol.

(9) Paris , 1802, 2 vol. grand in-fol.

(10) Paris, 1805, grand infol.

128 SGIE!<(GES PHYSIQUES.

oiseaux de ce pays , .publiées par Wolf et Meyer (1), et plus encore celles de Borkhausen , Lichthammer, et Becker (2) , méritent des éloges; mais peut-être vaudrait-il mieux représenter plus simplement des espèces nouvelles que de reproduire ainsi des espèces connues, uniquement pour approcher davantage d'une perfection d'images que Ion n'atteindra jamais complètement, et qui n*est pas nécessaire au naturaliste. D'Azzara, dont on a en français une excellente Histoire des quadrupèdes du Paraguay, traduite par Moreau de Saint-Merry (3), vient de donner, en espagnol, celledes oiseaux, qui ne sera pas moins précieuse.

Le luxe des figures a aussi été porté sur une classe qui n'en paraissait guère susceptible. Daudin, en France, a fait représenter les grenouilles, rainettes, et crapauds (4), et Russel, en Angleterre, les serpents de la côte de Goromandel, avec beaucoup de magnificence (5).

L'Histoire générale des reptiles, par deLacépède, qui remonte aux premières années de notre période, a commencé à porter un grand jour dans cette classe auparavant peu étudiée (6). Les travaux de ce célèbre naturaliste, continués depuis cette époque , et ceux que Daudiii a faits en partie sous ses yeux , ont mis ce dernier en état d'en publier récemment une autre-(7) où le nombre des espèces est plus que doublé. Schneider, dans deux ouvrages sur la même classe, a publié aussi des remarques très intéressantes (8).

De Lacépède est encore celui qui a publié l'histoire des poissons la plus récente et la plus riche. C'est, par ses vues, par le nombre des faits qui y sont rassemblés, par l'ordre qui y règne, par Téclat de son style , un digne complément du magnifique édifice commencé par Bufifon (9).

L'ouvrage de Blocn (10), qui l'avait précédé de peu d'années, est remarquable par la beauté de ses figures enluminées et par le grand nombre de ses nouvelles espèces. L'abrégé latin (11) que Schneider vient d'en publier, avec des additions, contribue à le compléter et à faire connaître avec plus d'exactitude un certain nombre d'es-

(I) Nuremberg, grand in-fol.

(2)Dariii>tadt, in-fol.

(3) Paris, 1801 , 2 vol. in.80.

(4) Paris , an xi, in-4®.

(5) Londres, 2 toI. grand in-fol.

(6) Histoire naturelle des quadrupèdes ovipares et des serpents; Paris, 1788 et 1789, 2 vol. in-4».

(7) Histoire naturelle des reptiles ; Paris , ans x et zi, 8 volumes in-8*^.

(8) Amphihtorum phyaiotogiœ ttpec. let //,- Zullichove , 1797, in-4'; et Hitioriœ amphibioriim naiuralis et litlerariœ faacic. Jet II; lëna , 1799, et 1801, in-S®.

(9) Histoire naturelle des poissons ; Paris , an ix etxi, 5 vol. in-4''.

(10) Histoire naturelle des poissons, en français et en allemand; 12 vol. in-fol. etin^**. Commencée en 1782.

(II) Systema ichfhyologiœ iconibus CX illustratum; Berlin, 1801,2vol. in-S*.

ZOOLOaiE. 129

pèees ; mais la méthode bizarre que cet éditeur a suWie , d'après le nombre des nageoires, en rend Fusage embarrassant.

La classe immense des insectes est celle qui a donné lieu à plus de recherches et à plus d'ouvrages- Il y en a de ces derniers presque autant que sur les plantes, et l'espace nous manquerait pour en rapporter seulement les titres.

Nous citerons néanmoins, parmi les descriptions d'insectes de certains pays, la Faune étrusque, de Rossi (1); celle de Suède, de Paykull (2) ; la grande Faune des insectes d'Allemagne, avec de jolies figures, par Panzer (3); l'Entomologie helvétique, de Clairville (4.) ; celle de la Grande-Bretagne, par Marsham ; la Faune des insectes des environs de Paris, par Vaickenaer (5), qui ajoute beaucoup à celle de GeofFroy et Fourcroy ; les Insectes de Guinée et d'Amérique, par Palisot de Beauvois (6).

Parmi les descriptions d'insectes de certaines familles, se distinguent éminemment , par leur magnificence , les descriptions et les figures des papillons, de Cramer (7), d'Engramelle etErnst(8), d'Esper (9), et surtout celles d'Hubner (10). On doit y ajouter l'Iconographie des hémiptères, de Stoll (1 1) ; celle des crustacés, de Herbst (12); les punaises, de Wolf; les diptères, de Schellenberg (13) ; les abeilles d'Angleterre, de Kirby (14); enfin l'Histoire des coléoptères, d'Olivier (16), qui joint au luxe des figures l'ensemble le plus complet sur les mœurs, et un grand nombre d'espèces étrangères observées par l'auteur dans les cabinets de l'Angleterre et de la Hollande.

D'autres ouvrages sur cette classe, quoique dépourvus de nombreuses planches enluminées, sont remarquables par l'exactitude des observations qu'ils renferment. Telles sont les Monographies des carabes, des staphyHns, et des charançons, par Paykull (16); celles des fourmis et des abeilles, par Latreille (17) ; celles des coléoptères à petites élytres, par Graveuhorst (18).

(l)LWourne etPise, 1790-1794, 4 volumes in-4^, dont deux de supplément.

(2) Gustavii Paykull Fauna suecica, Inaecta; Upsal , 1798 , 4 vol. in-8^.

(3) Commencée en 1793, par feuilles détachées, et se continuant encore.

(4) Zurich, 1798, 1 toI. in-8^, en français et en allemand.

(5) Paris , 1802, 2 vol. in-S».

(6) Insectes recueillis en Afrique et en Amérique \ Paris , in-fol. Commencé en 1806.

(7) Papillons exotiques. Commencé en 1779, continué par HoU jusqu'en 1790.

(8) Papillons d'Europe; in-4*. Commencé en 1779, continué jusqu'en 1790.

(9) Commencé à Erlang en 1777, in-4*.

(10) Huit volumes in-4^.

ni) Commencée en 1788; Amsterdam, in-4^.

(12) Commencée en 1790 , Berlin et Stralsund , in-4<'.

il 3) Genres des mouches diptères, en français et en allemand ; Zurich, 1803, in-8'. 14) Monographia apumAngliœ ,en anglais; Ipsvirich, 1802, 2 vol. in-8^.

(15) Commencée en 1789, et complettée en six volumes in-4^.

(16) Monographia êtaphylinorum Suecia; Upsal, 1789, in-8<^. Monographia carahorum^ ibîd., 1790, in^.

(17)Paris, 1802, in-8».

(18) Brunswick, 1802, et Gott., 1806, 2 vol. in^».

TIMIE I. 9

130 SGIENCKS PHYSIQUES.

Poiir les descriptions d'insectes nouveaux en général , on a plusieurs recueils périodiques , surtout en Âllema^e , où ce çenre de publication est plus en usage. Fuessly (l) , Scriba (2) , Illiger, ont successivement mis leurs noms à la tête de semblables recueils.

Quant au catalogue général des insectes, Fabricius (8), est, depuis longtemps , en quelque sorte en possession de le rédiger. Ses éditions successives , depuis celle de 1775 , l'ont porté au nombre efFrayantde près de vingt mille espèces recueillies, soit dans les ouvrages que nous venons de citer , soit dans les cabinets que Fabricius a soin de visiter chaque année dans une partie de l'Europe. La France est l'un des pays qui lui ont fourni le plus de matériaux (4).

Nous avons en français un excellent ouvrage sur les insectes , c'est celui que Latreille a joint à l'édition de Buffon imprimée chez Duffart (5) ; et il y en a en Allemagne un beaucoup plus considérable , commencé par Jablonsky et continué par Herbst (6).

Les coquilles et les divers lithophytes n'ont pas manqué de descripteurs ni de dessinateurs. Scnroeter (7), Draparnaud (8), Poiret (9), etFérussac (10), ont traité des coquilles d'eau douce; le grand ouvrage de Martini a été continué par Ghemnitz (11), etc.

Les coquilles fossiles des environs de Paris ont trouvé dans La Marck un descripteur infatigable, qui en a déjà ajouté plusieurs centaines à la liste de celles qu'on observe vivantes dans la mer et dans les eaux douces (12).

Mais les molusques nus, ceux qui habitent l'intérieur des coquillages , les vers, et les zoophytes , ont été trop négligés ; l'intérêt et la variété de leur structure n*ont prévalu qu'auprès d'un petit

(1) Le journal de Fuessly a commencé en 1778. lia paru sous différents titres jusqu'en 1794, à Zurich et à Winterthur, in-8<*.

(2) Celui de Scriba , imprimé é Francfort, a paru depuic 1790-1793, in-8* et in4".

(3) Ce savant naturaliste n'est mort que depuis la présentation de ce rapport.

(4) Systema entomologiœ ; Flensbourg et Leipsick , 1775, in-8^. Species in^eciorum ; Hambourg etKiel, 1781, 2 toI. in-8^. Mantiata inseclomm ; Hafn., 1787 , 2 vol. in-S*. Entomologia sysfematica: Hafn. , 1792-1794, 4 vol. in-8®. Syatema êletUeratotum ; Kiel. 1801, 2 vol. in-8^. Systetna ulonat. ; et ainsi de suite pour les autres classes.

(9) Paris, ans x et xni, 14 vol. in-8^. Le même auteur a publié depuis , en latin, ses Gênera insectorumi Paris et Strasbourg, 1806 et 1807, 4 vol. in-8^

(6) Système de tous les insectes connus, commencé A Berlin en 1785, in-4*.

(7) Sur les coquilles d'eau douce, principalement de Thuringe, Halle, 1779, in-4^, en allemand.

(8) Histoire naturelle des mollusques terrestres et fluviatiles de la France ; Paris , 1805, in-40.

(9) Coquilles iluviatiles et terrestres observées dans le département de l'Aisne \ Paris, an IX, in-S®.

(10) Essai d'une métkode conchyliologique ; Paris, 1807.

(11) Nouveau cabinet systématique de coquilles; Nuremberg, 1769-1788, 10 Tol. in-4^

(12) Dans les différents volumes des Annales d« Muséum d'hist. natur.

nombre de naturalistes sur la difficulté de les recueillir et de les conserver.

Poli cepeiidant a publié, sur les animaux des coquilles du royaume de Naples , im magnifique ouvrage où il expose et représente leur anatomie avec beaucoup d'exactitude (l) , et répand un jour tout nouveau sw* leur physiologie*

Cuvier s'est occupé de tous ces anisaaux nus; il en a fait connaître plusieurs nouveaux , tant à l'extérieur qu'à l'intérieur , et a rectifié

fiar le moyen de l'anatomie la plupart des notions que l'on avait sur es autres (2).

Gœtze(3), Werner, Fischer (4), Bloch, Rudolphi, ont donné beaucoup d'étendue à la connaissance des vers intestinaux , famille si singuhère par la nécessité qui la retient dans l'intérieur des ani* maux.

Bruguière avaijt commencé, dans l'Encyclopédie, une histoire générale de tous ces animaux sans vertébrés , qui ne sont pas des insectes , et que Von confondait sous le nom commun de tiers. Son voyage et sa mort l'ont interrompue ; et maintenant que la distribution méthodique de ceiLte parUe du règne est changée , on ne pourra pas continuer cet ouvrage sur le même plan.

Il y a beaucoup moins d'ouvrages généraux sur le règne animal que sur la botanique , parcequ'il est très difficile qu'un seul homme étudie les espèces innombrables et les formes à la fois si compliquées et si diversifiées des animaux. Shaw est jusqu'à présent le seul qui ait entrepris d'en écrire un détaillé (5) ; mais il est encore loin de f avoir terminé , et la plus grande pailie de ses figures est empruntée d'autres ouvrages. Il y en a au moins plusieurs tableaux abrégés, l^es Allemands , accoutumés depuis longtemps à enseigner l'histoire naturelle <}ans leurs universités , ont surtout le Manud de Blumenbach.(6). Le pr.emier écrit méthodique de ce genre qui ait

{>aru en France est le Tableau élémentaire de Cuvier (7) , qu'a suivi a Zoologie analytique àeJkmimi^ ouvrage qui présente tous les genres distribués d'après une analyse rigoureuse , et où l'auteur propose beaucoup de divisions nouvelles (8).

(1) Têsiacea utfiuêque Siciliw; 2 vol. grand în^fol.

(2) Dans les Annales du Muséum d'histoire nuturelle.

(3) Essai d'une histoire naturelle des vers intestins des animaux ; Blankenhourgi 1782, 1 vol. iB-4^, en dllemand.

(4) Vennitam i/ntettinulium hnvi» expoêUio,auct. Werner: Xeips., 1782, 1 toI. iii-8^; Ejuêdem coniin. J; ibid., 1782; Contin. lia Leonh. Fischer, 1786 ; Contin, ill, aucton ïisaher, 1788.

(5) General Zoologie, commencée en 1800 ; Londres, in-8*.

(6) la hoitiène édition est de 1807. Il y en « une traduction fiançaiie, par H. Artaud, fait« sur la sixième «dition; Metz, 1803, 2 vol. iii^°.

(7) Paria, «n ¥i,in-8».

(8) Paris, 1806, in-8*. — Au reste, pour se mettre au coumnA 4le toutes les découvertes de détail dont se sont enrichies les diverses branches de Thiatoire naturelle , il faut encore parcourir les ouvrages périodiques généraux , tels que le Naturforteher, le

Les animaux nous offrent moins souvent des objets nouveaux d'utilité que les végétaux , parce que nous avons moins de moyens de nous en rendre maîtres et de nous consacrer leur existence.

Cependant cette période a fait connaître de nouvelles espèces de gibier que Ton pourrait répandre dans nos bois , comme le pbascolome de la Nouvelle-Hollande , etc. ; de nouvelles pelleteries propres à alimenter le commerce ou à donner du poil pour la chapellerie , comme le couy du Paraguay , etc.

En revanche les animaux offrent au philosophe , dans leurs propriétés et dans leurs diverses industries , des sujets de méditation plus nombreux et plus intéressants.

Leurs mœurs , les procédés de leur instinct , méritent surtout l'attention et exigent souvent beaucoup de sagacité pour être bien développés.

L'abeille, qui fait depuis si longtemps l'objet de l'admiration des naturalistes et des hommes instruits de toutes les classes , n'était point encore parfaitement connue ; et il était réservé à Huber de dévoiler tout à fait les secrets du gouvernement des ruches (1).

Il y a peu de propriétés plus remarquables que celle que Spallanzani a découverte dans les chauve-souris , de pouvoir se diriger dans Tobscurilé, de démêler tous les contours, toutes les fentes des souterrains , et d'éviter tous les obstacles sans employer le sens de la vue : la délicatesse du sens du toucher répandu sur Ténorme surface de leurs oreilles et de leurs ailes , et l'extrême finesse de leur ouïe, peuvent également y contribuer.

La faculté de reproduire les parties coupées , portée à l'extrême dans le polype à bras , si célèbre par les expériences de Trembley , ne se manifeste guère moins fortement dans les actinies et dans quelques autres zoophytes, selon l'abbé Dicquemare (2) : on Ta connue de tout temps pour les écrevisses; on sait, par Spallanzani et Bonnet, à quel point elle va dans les salamandres aquatiques et les limaçons. Dans la période actuelle Broussonnet a constaté qu'elle est presque aussi étendue dans les poissons (3).

Bonnet avait découvert dans les pucerons la faculté d'être fécondés pour plusieurs générations par un seul accouplement : Jurtoe l'a vue portée encore plus loin dans certains monocles (4).

Journal de Voigt , 4es Annales du Muséum d'histoire natureUe, les écrits de la Sociétc de s naturalistes de Berlin, le Naluraliat's tniscellany deShaw, etc. Ce dernier a le défaut de reproduire beaucoup de choses connues.

(1) Nouvelles observations sur les abeilles, par François Huber; Genève, 1792 in-8».

(2) Les recherches de Dicqueaiare ne sont encore connues que par quelques mémoires cpars dans le Journal de physique; mais le manuscrit existe en entier, ovec beaucoup de planches toutes gravées, dans les mains de mademoiselle le Masson le Golft : il est fort à désirer qu'il soit bientôt publié.

(3) Académie des sciences , 1786.

(4) Bulletin des sciences , thermidor an ix.

La léthargie plus ou moins profonde dans laquelle certains animaux , comme les marmottes , les loirs , etc. , passent la saison froide est encore une propriété bien digne d'attention. Llnstitut en a fait deux fois le sujet d'un prix ; et sa question a produit des travaux intéressants qui ont bien fait connaître, sinon les causes de ce singulier phénomène, du moins toutes les circonstances qui l'amènent , l'accompagnent , ou l'interrompent.

Les observations de Hérold et Rafn , qui furent couronnés par rinstitut, et de Saissy (1), qui l'a été plus tard, jointes à celles de Mangili (2) et Prunelle, qui n'ont point jugé à propos de concourir, et à celles que Spallanzani avait faites sur la fin de sa vie , donnent UD corps assez complet de doctrine sur ce sujet.

La léthargie parfaite est accompagnée d'une suspension totale de la respiration , de la sensibilité , du mouvement , et de la digestion. La circulation est très ralentie , et la nutrition et la transpiration réduites à très peu de chose. Le sang semble quitter les extrémités et engorger les vaisseaux de l'abdomen.

La seule condition de la léthargie est le froid et l'absence des causes irritantes. Celles-ci peuvent mdme contrarier l'action du froid ; et c'est ce qui fait que dans l'état domestique plusieurs de ces animaux ne tombent jamais en léthargie , et que d'autres y ont besoin pour cela de plus de froid, tandis qu'un repos absolu et un air renfermé les endorment plus tôt qu'à l'ordinaire. Un froid trop vif devient lui-même un irritant et les réveille. Pendant la léthargie leur chaleur naturelle ne s^élève guère au-dessus de celle du milieu; mais si on les réveille ils reviennent promptement à leur chaleur ordinaire, quelque froid qu'il fasse : au contraire si on les abandonne ou sommeil à quelques degrés au-dessous de zéro , ils périssent gelés.

On trouve dans ces faits des preuves bien éviclentes de l'influence des irritants extérieurs pour entretenir l'activité du tourbillon vital; mais on y en trouve de non moins remarquables de la possibilité que la vie subsiste malgré le ralentissement excessif des mouvements dont elle se compose.

Quant à la cause prédisposante , c'est-à-dire aux circonstances

Krticulières d'organisation qui font que certains animaux dorment liver et que d'autres de même classe ne dorment point, elles sont encore fort obscures.

Depuis un temps immémorial on attribuait aux vipères et, plus qu'à tout autre, aux serpents à sonnette la faculté d'étourdir et en

(1) Recherches expérimentales sur la physique des animaux mammifères hivernauls, etc., par M. Saissy ; Lyon , 1808, 1 vol. in-8».

(2) Estais d'obsenrations ponr servir à l'histoire des mammifères sujctbà uuc lélharsic périodique, en italien ; Milan , 1807, in-8°.

quelque sorte d'attirer à soi les petits animaux dont ces reptiles se nourrissent. Barton a réduit cette faculté dans ses justes bornes, en montrant que le serpent à sonnette ne prend ainsi que de petits oiseaux ou animaux qui nichent près de terre , et que c'est dans les mouvements qu'ils se donnent pour défendre leurs petits qu'ils s'approchent assez de la gueule du reptile pour qu'il puisse s'en emparer (I).

Au nombre des émanations nuisibles les plus extraordinaires doit être comptée rélectricité galvanique que certains poissons manifestent à volonté, de Humboldt a fait connaître le degré prodigieux de celle du gymnote de la Guiane (2), et Geoffroy a décrit les organes où elle se produit dans le silure électrique du Nil (3).

Il y aussi des animaux intéressauts par leurs formes singulières , et la Nouvelle-Hollande se fait remarquer plus que tout autre pa^^s par ces formes extraordinaires. En général elle a renouvelé ce fait remarquable qui eut déjà lieu lors de la découverte de l'Amérique méridionale , c'est que tous ses êtres vivants , excepté l'homme et le chien, sont d'espèces et souvent de genres inconnus au reste du globe , comme s'il y avait eu pour elle une création particulière.

Le kanguroo^ découvert par le capitaine Cook , haut de six pieds, faisant des sauts énormes sur ses jambes de derrière disproportionnées , portant ses petits dans une poche ; le phascolome , décrit par Geoffroy , et qui réunit la poche des didelphes , la marche lente des paresseux , et les dents des rongeurs ; l'ornithorhynque de Blumenbach , dont les pieds ressemblent è ceux d'un phoque et le museau au bec d'un canard ; l'échidné, qui joint un museau tubuleux et une langue extensible de fourmilier à des épines de hérisson , frappent d'étonnement les yeux les plus habitués aux singularités de la nature.

Cette géographie des êtres organisés présente plusieurs autres considérations, et de Humboldt lui a donné le plus grand intérêt dans sa Description physique de l'Amérique équinoxiale. C'est là que l'on voit avec le plus de précision comment chaque plante , chaque animal, sont limités dans leurs migrations par la combinaison du soi , du climat, et de l'élévation verticale.

Tant de richesses dans tous les règnes mériteraient bien d'être recueillies dans un ouvrage général. Il est surtout nécessaire pour le règne animal , où il n'y en a point qui mérite ce nom : l'édition de Liuuœus , par Gmelin (4) , n'est presque partout qu'une com-

(1) Mémoire concernant la faculté de faiicîner attribuée au serpent à sonnette, en anglais ; Philadelphie , 1796, in-8*.

(2) Dans les Observations de zoologie et d'anatomie comparée qui font partie de son Toyage.

(3) Bulletin des sciences , nivôse an xi ; Annales du Muséum d'histoire naturelle.

(4) Leipsick, 1788-1793, trois parties faisant 10 Tolumes; réimprimée à Lyon.

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pilatioD ioforme , et sa refoDte serait peut-être uoe des choses les plus utiles aux scienoes naturelles.

L'Europe entière avouerait sans doute un ourrage de ce genre , ' rédigé par les naturalistes français. La collection intitulée jinnales du Muséum d'hùioire naturelle^ qui se publie depuis 1802 (1), prouYe en effet que Paris est peut-être la seule ville où les objets d^observation et les secours d'érudition s'unissent aux connaissances acquises et aux vues élevées au degré nécessaire pour y faire réussir une entreprise aussi vaste.

Perfectionnements dans les méthodes.

Il a été aisé de sentir, dès les premiers moments, que cette immense quantité d'objets que l'histoire naturelle considère, avait besoin de quelque arrangement pour se loger sans confusion dans la mémoire.

On les a donc de tout temps distribués en divisions et subdivisions de divers ordres , et, à mesure que la science a fait des progrès, on a désigné chacun de ces groupes par des caractères distinclifs plus précis.

Linnaeus surtout a porté cet art des distributions et des caractères à un tel degré de clarté et de brièveté , qu'il est aisé à celui qui s'est rendu son langage familier de trouver, dans son immense catalogue , la place et le nom d'un être quelconque qu'il observerait. C'est à la facilité qui résulte de cet arrangement, à la commodité de sa nomenclature , et surtout au soin qu'il a pris de placer dans son système tous les êtres connus de son temps , que cet homme célèbre a dû l'autorité extraordinaire qu'il avait acquise de son vivant , autorité qui , toute despotique qu'elle était , avait l'avantage de réunir les naturalistes sous les lois d'une langue commune et intelligible pour tous.

II faut convenir en effet que depuis la mort de Linnaeus une sorte d'anarchie s'est emparée de la partie systématique de l'histoire naturelle , et que les distributions de tous les degrés , et les noms qui s'y rattachent, ont varié au point de fatiguer les mémoires les plus tenaces et d'exciter des plaintes vives de la part des amateurs superficiels.

Mais ce désordre apparent ne vient que de la tendance naturelle aux bons esprits vers un ordre meilleur, dont la marche de Linnasus semblait vouloir nous tenir écartés pour jamais, vers cette distribu* tion des faits dont la science se compose , en propositions tellement graduées et subordonnées dans leur généralité que leur ensemble soit l'expression des rapports réels des êtres.

(1) Paru , iii-4*.

Il ne s'agit pour cet effet que de grouper les êtres d'après l'ensemble de leurs propriétés ou de leur organisation , de manière que ceux que le même groupe réunira se ressemblent plus entre eux qu'ils ne ressemblent à tout autre qui serait entré dans un groupe différent. Celte disposition est ce qu'on nomme méthode naturelle : une sorte de sentiment intérieur dirige vers elle tous ceux que la nature frappe ; mais comme elle supposerait pour être parfaite une connaissance très détaillée de toutes les parties des êtres , on a été longtemps obligé de s'en tenir à ces sytèmes de pure nomenclature établis, comme ceux de Linnseus, sur quelque organe isolé et choisi assez arbitrairement.

Il en a été imaginé avant et depuis Linnœus un très grand nombre , surtout en botanique; et ils ont eu au moins l'avantage de porter successivement l'attention sur les divers organes et de les faire étudier : mais comme ils satisfaisaient peu les esprits éclairés , on a cherché dans tous les temps à leur substituer la méthode naturelle.

Méthode naturelle des plantes,

Morison, Hagnol, Ray, Haller, Adanson, Bernard de Jussieu, LinnaBus même dans quelques écrits particuliers, ont cherché i rapprocher les plantes d'après ces principes : mais c'est à la France, et surtout à l'époque actuelle, qu'il était réservé d'en faire une application générale à tout le règne végétal , et c'est précisément en 1789 qu'a paru le Gênera plantarum de Jussieu, ouvrage fondamental en cette partie , et qui fait dans les sciefices d'observation une époque peut-être aussi importante que la Chimie de Lavoisier dans les sciences d'expérience (1).

Exposons en peu de mots les principes d'où Von est parti , et la marche que l'on a suivie pour arriver à cette distribution naturelle des plantes.

Il y a parmi les végétaux quelques familles reconnues universellement pour naturelles, suivant l'acception donnée précédemment à ce terme : les graminées , les ombellifères, les légumineuses, sont de ce nombre. Les botanistes , observant dans chacune de ces £amilles les organes constants et ceux qui varient, et trouvant que ceux qui sont constants dans l'une le sont aussi dans les autres , jugent que les premiers sont plus importants, et que l'on doit y donner plus d'attention dans la formation des familles moins évidentes.

Ayant ainsi classé les organes d'après l'importance qu'ils leur ont reconnue, ils mettent d'abord ensemble toutes les plantes qui s'ac-

(1) Gênera plantarum secundum ordines naturules disposita] Paris, 1789, in-8*.

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