TOMI I
96 SCIENCES PHfSIQUES.
On s'était beaucoup occcupé du labyrinthe osseux de l'oreille : mais on avait négligé le labyrinthe membraneux qui le remplit. Scarpa (l) et Gomparetti (2) ont rappelé l'attention sur cette partie essentielle ; c'est également l'anatomie comparée qui les y a conduits.
Les nerfs des viscères avaient été admirablement décrits en 1783 par Walther, de Berlin (3). Scarpa , de Pavie , a fait , en 1794, un travail de la même patience sur ceux de la poitrine , et en particulier sur ceux du cœur , qu'il a suivis jusque dans la substance de toutes les parties de cet organe (4).
Bichat a donné à l'anatomie un grand intérêt , par l'opposition de structure et de forme qu'il a développée entre les organes de la vie animale , c'est*à*dire du sentiment et du mouvement, et ceux de la vie purement végétative (5). Les premiers seuls sont symétriques. Cette différence s'étend même jusqu'aux nerfs dont il semble qu'il y ait deux systèmes. Reil (6) a aussi présenté , d'une manière ingénieuse , les différences de forme de ces deux systèmes , et la nature de leur union , qui , dans l'état ordinaire , les fait paraître entièrement séparés , et , dans les passions ou les maladies , établit une influence plus ou moins funeste de l'un sur l'autre.
L'attention particulière donnée par Bichat au tissu et aux fonctions des diverses membranes, et l'analogie qu'il a établie entre, celles de parties très éloignées , ont jeté aussi des lumières nou- Yelles sur l'anatomie , pnncipalement dans ses rapports avec la médecine (7).
Chaussier a rendu un service important à l'enseignement de toute cette science, en cherchant à lui donner une nomenclature méthodique, prise de la position et des attaches des parties (8). L'application qu'il vient d'en faire au cerveau est appuyée d'une bonne description de ce viscère (9).
(1) Anatamieœ disquiêitioneê de audifu et olfaetu; Paris, 1789, 1 vol. in-^foUo.
(2) Ohtervationeê anaiomicœ de aure intenta ; Pad., 1789, 1 volume iD-4'*.
(3) Tabulœ nervorum thoracis et abdominis ; Berlin, 1783, I volume in-folio.
(4) Tabulœ nevrelogicm ; Pavie, 1794, format d'atlas.
iV. B. Let planches de ces ouvrages névrologiques et de plusieurs autres, tels que ceux des élèves de Haller , de MM. jfeubauer , Bœhraer , Schmidt , Fischer , Andersch, etc., sont rassemblées avec beaucoup de soin dans la grande collection des planches anatomiques de M. Loder; Weimar, 1794, 2 vol. in-fol., le meilleur recueil de ce genre qui existe. La plupart des bonnes dissertations névrologiques ont aussi été recueillies dans les êcriptores nevrologici minores de Ludvrig ; Leipx., 1793 et 1794 , 4 vol. in-4».
(5) Mémoires de la société médicale d'émulation, t. L
(6) Archives physiologiques.
(7) Traité des membranes ; Paris, an viii, 1 vol. in-8^.
(8) Exposition sommaire des muscles; Dijon, 1789, 1 vol. in-â®. — MM. Duméril et Dumas ont aussi publié les essais de nomenclature anatomique. Celle de M. Duméril est surtout remarquable par les terminaisons caractéristiques qu'il donne aux noms de chaque genre d'organes.
(9) Exposition sommaire de la structure et des différentes parties de Venoéphale ; Paris, 1808, l vol. in-8^. — Les ouvrages les plus récents où l'anatomie humaine soit exposée
PHTSiOLOGIE. 99
Il y a aussi plusieurs obseiTations intéressantes sur les détails de l'anatomie végétale (1).
Les petites ouvertures de Técorce , découvertes par Saussure le
S ère , ont été examinées dans toutes les familles par M. DeeanolJe : on les observe aux parties vertes dans les plantes <jui ne vivent point sous Teau ; celle des cryptogames qui n'ont point de vaisseaux manquent aussi de pores corticaux ; les plantes grasses en ont moins que les autres ,• les feuilles des arbres les ont surtout en dessous. Ces pores s'ouvrent et se ferment dans des circonstances déterminées , et paraissent jouer un grand rôle dans l'économie végétale; il est probable qu'ils servent alternativement à exhaler et â absorber.
Les tubes qu'on observe dans presque toutes les plantes , formés d'un fil spiral et ressemblant en cela aux trachées qui servent à la respiration des insectes , avaient aussi reçu ce nom de trachées , et on leur a longtemps attribué l'emploi de porter l'air dans l'intérieur du végétal, il est prouvé aujourd'hui , par les expériences de Reichel et par les observations de Link , de Rudolphi , et de plusieurs autres botanistes , qu'ils conduisent la sève , en la prenant et la rendant au tissu cellulaire qui les entoure , et qui la transmet comme eux , mais plus lentement.
Mirbel a distin^é des trachées parfaitement en spirale, les fausses trachées qui n'ont que des fentes transversales non continues et les tubes simplement poreux : mais en même temps il a fait voir que ces différents vaisseaux ont les mêmes fonctions, et que souvent un seul et même tube a ces diverses structures en diflFérentes Mrties de sa longueur ; il parait même qu'ils se changent les uns aans les autres.
Beaucoup de plantes produisent des sucs colorés ou autrement caractérisés appelés suça propres , que quelques botanistes ont regardés comme des analogues du sang , et par conséquent comme les véritables fluides nourriciers , considérant seulement la sève comme l'analogue du chyle non encore préparé : on supposait que les vaisseaux qui les contiennent s'étendent régulièrement d'une extrémité du végétal à l'autre , et on leur attribuait dans ces vaisseaux une marche descendante.
Treviranus et Link ont trouvé que ces sucs résident dans de simples cellules ; et ils ont confirmé par-là l'opinion contraire à la
dans tout son ensemble, sont celui de SœmmeriDg , en allemand et en latin , remarquable par son élëe^nce, son érudition , et l'étendue de ses Tues physiologiques ; celui de Boyer, en françou, où toutes les parties sont décrites aTcc beaucoup de détails et d'exactitude; et l'anatomie générale et descriptive de Bichat, ouvrage écrit un peu é la hâte, mais plein d'idées originales.
(1) Voyez sur toutes ces questions les ouvrages cités plus haut de MM. Mirbel, Link, Treviranus, Rudolphi ; voyez aussi les Principes de botanique placés en tête de la nouvelle édition de la flore française par de Decandolle.
100 scie:vc£s physiques.
précédente , qui en fait des liqueurs particulières produites par sécrétion , et par conséquent extraites du suc nourricier , mais ne les constituant pas. Ces cellules ne sont même pas toujours remplies ni visibles à tous les âges de certaines plantes.
La moelle , ou cette cellulosité lâche qu'on observe dans l'axe de beaucoup de plantes , avait été comparée à la moelle des os ou à celle de l'épine. Linnaeus lui faisait jouer un grand rôle dans le développement du végétal. On sait aujourd'hui , par les recherches de Medicus , et plus récemment par celles de Mirbel , que c'est un simple tissu cellulaire dilaté et formant ce que ce dernier botaniste nomme des lacunes , ordinairement remplies d'air. Du Petit- Thouars l'a considérée comme le réservoir de la nourriture des bourgeons (1); mais il pense aussi qu'après l'éiiiption des feuilles elle n'a plus de fonction à remplir.
La structure de la fleur a encore été l'objet des recherches de Mirbel : il a montré comment les vaisseaux passent du pédoncule dans les différentes enveloppes et jusqu'au placenta , c est-à-dire aux attaches des graines.
Turpin (2) a cru reconnaître la voie par laquelle la fécondation des graines s'exécute. C'est un petit canal qui descend du pistil et pénètre jusqu'à la graine ; il le nomme micropyle. Nisole avait anciennement avancé cette opinion : mais on l'avait entièrement oubliée.
L'anatomie particulière de la graine a été faite avec beaucoup de soin , et presque en même temps , par feu Gaertner (3) et par Jussieu {6k)\ lis ont surtout appelé l'attention sur un corps que le premier nomme albumen^ et \e second périsperme ^ et qui se trouve dans beaucoup de graines indépendamment des enveloppes ordinaires et des parties connues du germe. Sa nature varie beau- ,coup ; c'est lui , par exemple , qui est farineux dans les céréales , corné dans les rubiacées , et surtout dans le café , charnu dans les ombellifères , etc. : mais on n'a sur son usage que des idées incertaines.
Gœrlner distinguait encore une petite partie qu'il nommait vùellus , mais qui n'est, selon Correa , qu'un appendice dilaté de la radicule.
(1) Dans me suite de inëmoires qui -vont bientôt paraître , et où l'auteur établit un nou-veau système sur la i^égétation. Son idée principale consiste d regarder les fibres ligneuses de chaque couche comme les racines des bourgeons : selon lui , à césure que le bourgeon se développe, ses racines descendent et euTeloppent le tronc d*une noui^elle couche de bois.
(2) Annales du muséum d'histoire naturelle.
(3) Voyez la Carpoiogie de Gaertner, ouvrage éminemment classique, 2 toI. in-4®, que le fils de ce grand observateur continue avec zèle.
(4) Dans son Gênera plantarum ', Paris, 1789, 1 toI. in-8". — Depuis la rédaction de ce travail , Richard a publié , sur la structure du fruit , un ouvrage où il y a des vuea intéressantes ;^na/y«0 </u /rut'/, Paris, 1808, 1 vol. in-12. Nous en rendrons compte dans la seconde partie de cette histoire.
PHTSiOLOGiE.'... /.\ -' : :• •' . ; .: ••. : : ^t •••""• •••••. r*'t/ ••
Il nous reste à traiter de la partie dynamique du grand problème de la yie , ou des forces qui produisent les mouvements nombreux dont nous ayoQS dit qu'elle se compose. C'est , en e£fet , s'en faire une idée fausse que de la considérer comme un simple lien qui retiendrait ensemble les éléments du corps vivant, tandis qu'Ole est , au contraire , un ressort qui les meut et les transporte sans cesse : ces éléments ne conservent pas un instant les mêmes rapports et les mêmes connexions , ou , en d'autres termes , le corps vivant ne garde pas un instant le même état ni la même composition; plus sa vie est active , plus ses échanges et ses métamorphoses' sont continuels ; et le moment indivisible de repos absolu , que l'on appelle la mort complète , n'est que le précurseur des mouvements nouveaux de la putréfaction.
C'est ici que commence l'emploi raisonnable du terme de forces vitales s pour peu que l'on étudie en eflFet les corps vivants , on ne tarde point à s'apercevoir que leurs mouvements ne sont pas tous produits par des chocs ou des tiraillements mécaniques , et qu'il faut qu'il y ait en eux une source constante productrice de force et de mouvement.
L'exemple le plus évident est celui des mouvements volontaires des animaux : chaque ordre , chaque caprice de leur volonté , produit à l'instant dans leurs muscles une contraction que le calcul prouve être infiniment supérieure à tous les agents mécaniques imaginables.
La chimie moderne nous montre , à la vérité , beaucoup d'exemples de mouvements spontanés très violents dans les dégagements de chaleur ou de fluides élastiques qui résultent du jeu des affinités ; mais tous les efforts des physiologistes n'ont point encore réussi à faire de cet ordre de phénomènes une application positive aux contractions de la fibre. Si , comme on est presque obligé de le penser , l'entrée ou le départ de quelque agent l'occasionne , il faut que cet agent soit non seulement impondérable , mais encore entièrement insaisissable pour nos instruments et imperceptible pour nos sens. L'espoir que pouvaient donner à cet égard les expériences galvaniques s'est évanoui , depuis qu'on n'a vu dans l'électricité qu'un agent d'irritation extérieur.
On peut donc légitimement considérer rirritabililé musculaire comme un fait jusqu'à présent inexplicable, ou qui ne se laisse réduire encore ni à l'impulsion ordinaire ni même à l'attraction moléculaire , si ce n'est d'une manière vague et générale.
On peut donc aussi adopter ce fait comme principe , et l'employer en cette qualité pour l'explication des effets de détail qui en dénvent.
C'est ce que l'on a fait ; et l'on n'a point tardé h reconnaître que cette irritabilité de la fibre produit non seulement les mouvements extérieurs et volontaires , mais qu'elle est encore le principe de tous
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les mouvements intérieurs <pi appartiennent A la vie régétatiyeet sur lesquels la volonté n'a pomt aempire , des contractions des intestins , de celles du oœur et des artères , Tcritables agents de tout le tourbillon vital ; elle s*étend même visiblement à une foule de vaisseaux et d'organes , où Ton ne peut apercevoir de fibres charnues proprement dites : la matrice en est un exemple très frappant ; et les artères , les vaisseaux lymphatiques , les vaisseaux sécrétoires , des exemples très probables.
Il est cependant resté longtemps des doutes et des dissentiments sur la nature de ces contractions intérieures. Une école célèbre voulait 7 faire intervenir cette autre faculté animale que l'on appelle ia sensibiiité , et persistait A défendre ce que Stahl nommmait /e pouvoir de tame sur les mouvements communément pris pour involontaires.
On ose croire que ces oppositions peuvent être conciliées par l'union intime de la substance nerveuse avec la fibre et les autres éléments organiques contractiles , et par leur action réciproque , présentées avec tant de vraisemblance par les physiologistes de l'école écossaise , mais qui ne sont guère sorties de la classe des hypothèses que par les observations de la période actuelle.
Ce n'est point par elle seule que la fibre se contracte , mais par l'influence des filets nerveux qui s'y unissent toujours. Le changement qui produit la contraction ne peut avoir ligu sans le concours des deux substances ; et il faut encore qu'il soit occasionné chaque fois par une cause extérieure, par un stimulant.
La volonté est un de ces stimulants qui a ce caractère particulier que son conducteur est le nerf, et que c'est du cerveau cpi'ella vient, du moins dans les animaux d'ordre supérieur : mais elle excite l'irritabilité à la manière des agents extérieurs, et sans la constituer ; car , dans les paralytiques par apoplexie , l'irritabilité se conserve , quoique la volonté n'ait plus d'empire (1).
Ainsi l'irritabilité dépend bien en partie du nerf, sans dépendre pour cela de la sensibilité : cette dernière propriété, plus admirable et plus occulte encore , s'il est possible , que l'irritabilité , ne fait qu'une petite partie des fonctions du système nerveux ; et c'est par un abus de mots qu'on en étend la dénomination aux fonctions de ce système qui ne sont point accompagnées de perception.
L uniformité de structure et la nature sécrétoire de toutes les parties médullaires ou nerveuses, présumées en quelque sorte par Plalner (2) , qui en faisait un emploi ingénieux pour défendre le système de Stahl , est maintenant , A ce qu'il semble, directement prouvé par les observations anatomiques de Prochaska et Reil (3),
(1) NystenTa montré encore récemment par des expériences.
(2) Nouvelle anthropologie A l'usage des médecins et des philosepkes , en elleoiand ; Leipsiok, 1790, in-8^
(3) Voyet les ouvrages anatomiques cités plus haut.
PHÏSIOLOaiE. 103
achèTent de faire coiiceroir le jeu des forces du corps vivant , sans obliger d'attribuer , comme Stahl , à Tame raisonnable les mouve^ nients involontaires. 11 n*y a qu^à se représenter que toutes ces parties produisent Tagent nerveux , qu elles en sont les seuls conducleurs ; c*est-à-dire qu'il ne peut être transmis que par elles seules, et qu'il est altéré ou consommé dans ses divers emplois. Alors tout paratt simple : une portion de muscle conserve quelque temps son irritabilité, à cause de la portion de nerf qu'on arrache toujours avec elle. La sensibilité et l'irritabilité s'épuisent réciproquement par trop d'exercice , parcequ'elles consomment ou altèrent le même agent. Tous les mouvements intérieurs de digestion , de sécrétion, d'excrétion participent à cet épuisement, ou peuvent l'amener. Toute excitation locale sur les nerfs amène plus de sang, en augmentant l'irritabilité des artères , et l'afflux du sang augmente la sensibilité locale, en augmentant la production de l'agent nerveux. Se là les plaisirs des titillations , les douleurs des inflammations. Les sécrétions particulières augmentent de même et par les mêmes causes; et l'imagination exerce (toujours par le moyen des nerfs) sur les fibres intérieures artérielles ou autres , et par elles sur les sécrétions , une action analogue à celle de la volonté sur les muscles du mouvement volontaire. L'excitation locale, portée quelquefois à son comble dans les blessures ou dans certaines maladies , et semblant attirer violemment a son foyer toutes les forces de la vie , épuise le corps entier : de là ces prétendus efforts de l'ame pour repousser une attaque funeste. Comme chaque sens extérieur est exclusivement disposé pour se laisser pénétrer seulement par les substances qu'il doit percevoir , de même chaque organe intérieur , sécrétoire ou autre , est aussi plus excitable par tel agent que par tel autre : de là ce qu*on a voulu appeler sensibilité ou vie propre des organes , et l'influence des spécifiques qui ^ introduits dans la circulation générale, n'affectent cependant que certaines parties. Enfin si l'agent nerveux ne peut devenir sensible pour nous c'est que toute sensation exige qu'il soit altéré d'une manière ou d'une autre , et
qu'il ne peut pas s'altérer lui-même.
Telle est l'idée sommai
sommaire que l'on peut , à ce qu'il nous semble , se faire aujourd'hui du jeu mutuel et général des forces vitales dans les animaux ; mais il serait difficile d'assigner avec précision ce que l'on doit à chaque physiologiste en particulier dans ces éclaircissements de la plus difficile de toutes les sciences.
Keconnaissant le vide des hypothèses tirées d'une mécanique et d'une chimie imparfaites, qui avaient régné pendant le dix-septième siècle, Stabl se jeta dans une extrémité. opposée , en exagérant les idées de VanHelmont, et en attribuant, non plus à un principe spécial nommé archée ou ame végétative y mais à l'ame raisonnable , toutes les actions vitales , même celles dont elle s'aperçoit le moins.
Son ingénieux rival , Frédéric Hofman , commença , à peu près
vers le même temps , à donner la première indication de la route intermédiaire que Ton suit aujourd'hui , en cherchant à distinguer les facultés propres de chaque élément organique.
L'immortel Haller procéda plus rigoureusement à l'analyse de ces facultés ; mais , trop occupé de cette irritabilité de la fibre , dont il détermina le premier les vrais caractères, il n'accorda point assez à l'influence nerveuse , sur laquelle ses sentiments approchèrent peut-être moins du vrai que ceux d'Hofman.
n eut beaucoup d'antagonistes , dont les uns se bornaient à combattre ses expériences , et les autres prétendirent établir des systèmes nouveaux. £n France surtout, les idées de Stahl, adoptées par Sauvages , modifiées par Bordeu , par La Case , furent reproduites par Barthez (1) sous une forme et avec des termes nouveaux qui les rapprochaient davantage de celles de Van Helmont : mais, outre l'espèce de contradiction et l'obscurité métaphysique où devait nécessairement entraîner une prétendue sensibihté locale sans perception , admise dans les organes particuliers par tous ces médecins , et défendue jusqu'à nos jours par quelques uns , on peut reprocher à plusieurs d'entre eux d'avoir abusé de ce qu'ils appelaient principe vital , en employant cet être occulte d'une manière vague, pourlui attribuer, sans autre développement, tous les phénomènes difficiles à expliquer.
Cullen , Macbride , Gregory , en Ecosse , Grimaud , en France , prirent une route plus heureuse , et rendirent aux nerfs leur véritable rôle , en le limitant avec précision.
La théorie de l'excitation , si renommée dans ces derniers temps par son iofluence sur la pathologie et sur la thérapeutique , n'est au fond qu'une modification du système écossais , dans laquelle , comprenant sous un nom commun la sensibilité et l'irritabilité , on se retranche dans une abstraction telle que , si Von simplifie la médecine , on semble anéantir toute physiologie positive.
Il a fallu que les découvertes de la chimie sur les agents impondérables et sur leur action physique , souvent si prodigieuse , vinssent se joindre à celles de Tanatomie sur la structure uniforme du système nerveux , et sur ses dégradations dans l'échelle des animaux , pour faire concevoir la possibilité de revenir à un classement plus particulier des phénomènes vitaux , et pour rendre à l'analyse des forces propres à chaque élément organique , si bien commencée par Haller , le crédit et l'activité d'où dépend , selon nous , le sort de la physiologie.
Il nous parait donc que les véritables progrès que cette science a faits dans ces derniers temps sont dus à ceux qui ont combiné , avec la théorie de l'action nerveuse , les découvertes modernes de
(I) IfouTeaux «Siemens de la science de l'homme, deuxième édition de 1806, 2¥oI. in-8».
l'anatomie et de la chimie. C'est ainsi que Procliaska , Sœmmering, Reil, Kielmeyer, Autenrieth, en Allemagne; Bichat , en France (pour ne point parler' des physiologistes vivants de ce pays, et n être point obligé d*assigner les rangs entre nos maîtres , nos confrères, et nos amis); Fontana, Moscati, Spallanzani, en Italie, Hunter, Home, Carlisle, Cruikshank , en Angleterre, ont, de notre temps , développé des idées ou publié des expériences qui resteront toujours comme éléments essentiels de la physiologie générale des animaux , et qu'une foule d'autres hommes de mérite ont enrichi la physiologie particulière des organes ou des diverses espèces.
Plusieurs ouvrages élémentaires et généraux exposent , avec plus ou moins d'étendue , Tétat actuel de la science ; nous distinguerons , parmi ceux qu'a vus naître la période dont nous traçons l'histoire, en France, ceux de Dumas (1) et Richerand (2); et en Allemagne , celui de Autenrieth (3) , et celui de Walther de Landshutb, qui se distingue par un emploi fréquent de l'anatomie comparée , mais qui se livre un peu trop à la marche vague et conjecturale aujourd'hui si en vogue dans son pays.
C'est en effet ici qrfe l'on nous demandera compte des nouveaux systèmes de physiologie qu'a produits en Allemagne cette métaphysique appelée philosophie de la nature , dont nous avons déjà dit quelques mots en jjénéral; mais nous avouerons que, malgré l'étude que nous avons faite de cette manière de philosopher , nous avons encore peine à croire que nous l'ayons bien saisie et que nous soyons en état d'en donner une idée juste , tant elle nous paraît contradictoire avec le mérite et l'esprit de plusieurs de ceux qui l'emploient.
Partant de ces anciennes spéculations métaphysiques , où tantôt les phénomènes sont considérés comme de simples modifications du moi , tantôt les êtres existants sont regardés comme des émanations de la substance suprême, tantôt enfin l'univers entier est censé l'être unique dont tous les autres êtres ne sont que des manifestations ; portant ces spéculations à un degré d'abstraction tel que la grande et simple unité , seule existante par elle-même , ne produit (comme ils disent) les autres existences qu'en se différenciant en qualités opposées , qui s'anéantissent réciproquement, d'où il résulte que l'existence suprême ne serait rien au fond ; les partisans de cette méthode ont cherché à redescendre de leurs conceptions abstraites aux faits positifs pour les en déduire rationnellement; et, comme
(1) PrÎDcipes de physioloeie , première édition : Paris y 4 -vol. iii-8<^; deuxième édition . iftû/.,1806. r 1 ^ yr
(2) NonTeaoi éiëroentfl de physiologie, 2 vol. in-8<* ; la quatrième édition est de 1807.
(3) Vanuel de phvsiolosie humaine eipérimentale , en allemand , 3 vol. in-8'*i tah. I80M802. »- ^ »
on le devine aisément , c'est snr les parties les plus obscures des sciences naturelles qu'ils ont dû le plus s'exercer.
Aussi est-ce principalement en physiologie et en médecine que cette sorte de philosophie s'est introduite , cherchant surtout à faire considérer les organisations partielles comme des membres du jypand tout , de la grande organisation , et à les soumettre aux lois imaginées pour celle-ci : mais ce projet imposant ne s'est exécuté jusqu'à présent qu'en passant continuellement et brusquement, sans règle fixe , de la métaphysique à la physique , qu'en appliquant sans cesse un terme moral à un phénomène physique , et réciproquement ; qu'en employant des métaphores au lieu d'arguments : en un mot cette méthode , qui d'ailleurs n'a fait découvrir jusqu'à présent aucun fait nouveau auquel on n'ait pu arriver aussi par la marche ordinaire , est telle que Ton a peine à concevoir la fortune qu'elle a faite dans un pays renommé par sa raison et par sa logique , et comment elle y a trouvé des partisans parmi des hommes d'un talent réel , et dont les expériences ont d'ailleurs enrichi les sciences de faits précieux que nous avons cherché à recueillir dans cette histoire , aux endroits où il convenait de les placer (1).
Pour la physiologie comme pour l'anatomie , les végétaux sont enveloppés de plus d'obscurité que les animaux. Les nerfs et la sensibilité leur manquent; mais n'ont-ils point quelque force contractile plus ou moins analogue à l'irritabilité ?
Longtemps on a cru le mouvement de leurs fluides suffisamment expliqué par la succion capillaire de leurs racines et de leur tissu , par l'humidité du sol où s'enfonce leur partie inférieure , et par l'évaporation plus ou moins forte qui se fait à la grande surface de leur cime , au moins pendant le jour ; et il est certain que leurs vaisseaux peuvent transmettre dans tous les sens les liquides qu'ils con-
(l)Les ArchWes physiologiqueff deReil et Autcnrieth ( Halle en Saxe y en allemand), dont il a paru sept -volumes in-S^ depuis 1796, sont le recueil le plus intéressant des mémoires , dissertations , et autres ouvrages , relatifs à la physiologie , sans acception de système. Mais pour connaître la marche ou plutôt les marches divergentes et souvent très opposées de la physiologie, dans Fécele appelée de la physiologie de la nature, il faut lire d'abord l'écrit sur Vame du monde ^ 1798; le premier Eeêai d'un êyathme de physiologie de la nature, par Schelling; Icna etLeipsick, 1799, in-8^; et suivre ensuite les applications de cette doctrine , faites soit par l'auteur lui-même dans divers autres écrits , dans son Journal pour la physique spéculative , et dans celui qu'il donae avec Marcus, sous le titre d'Annales fie la médecine,- soit par ceux qui ont plus ou moins adopté ses principes , quoiqu'il soit loin de les avouer tous comme ses élèves. Les physiologies de Domling et Treviranus , les idées sur la pathogénie et sur la théorie de l'excitation , par Roschiaub , appartiennent plus ou moins A ce système. On peut compter parmi les plus récents de ses sectateurs , et parmi ceux qui ont mis la hardiesse la^ plus extraordinaire dans leurs conceptions, Steffens, dans son Histoire naturelle intérieure de la terre , et dans son Esquisse d'une physique philosophique ; Oken , dans sa Biologie, dans ses Matériaux pour la zoologie, l'anatomie, et la physiologie comparées, et dans quelques autres petits écrits, tels que celui qui porte pour titre V Univers continuation du système sensitif; léna, 1808.
tiennent, qu'on peut retourner un arbre, et faire donner des boorgeons à ses racines et du chevelu à ses branches, etc. Cependant on a cbjecté que la sère monte avec plus de force au printemps lorsque les feuilles n'ont pas encore épanoui leur surface ; qu'elle monte et jaillit encore en abondance d'une tiçe dont on a coupé la cime, ainsi que l'a fait remarquer Brugpnans (1)^ que les pleurs de la vi^e sont un phénomène du même p^enre où ni la succion ni ré?aporation ne peuvent avoir part. Yan Marmn a même fait voir que l'électricité arrête les ascensions de sève, comme elle détruit l'irritabilité animale.
Tout rend donc vraisemblable qu'il existe aussi dans le tissu végétal une force particulière employée à en faire mouvoir les sucs, et que Ton peut croire produite par le développement de quelque agent impondérable: mais elle doit être faible; les exemples évidents en paraissent rares , et sa nature et son siège sont également inconnus; peut-être même n'a-t*elle point de tendance fixe vers un point plutôt que vers un autre, et la position du végétal rompt-elle seule l'équilibre.
Cette détermination des forces générales propres aux corps vivants, de leurs rapports mutuels, de ce qui les entretient ou les afiFaiblit, constitue la physiologie générale; leur application à chaque fonction, au moyen de la structure découverte par Tanatomie dans chaque organe, est l'objet de la physiologie particulière.
Ici encore l'époque actuelle a été assez féconde.
La respiration se présente à nous la première comme la plus importante des fonctions: le changement chimique qui en fait Tessence a été exposé ci-dessus; le sang s'y décarbonise et y prend de la chaleur et une couleur vermeille.
La quantité de Tair inspiré , celle de Toxigène consommé, celle de l'acide carbonique et de l'eau produits, ont été l'objet des recherches longues et pénibles de Menziez(2), Seguin (3), et autres médecins et chunistes : l'action de l'oxygène sur du sang , même au travers du tissu membraneux d'une vessie, a été vérifiée par Hassenfratz (4).
On doutait du lieu précis où ce changement s'opère. Des expériences très ingénieuses de Bichat ont prouvé que c'est au passage même des artères dans les veines pulmonaires et d'une manière subite que le sang devient rouge (6).
On disputait sur les effets immédiats de ce changement et sur la
(I^Bmginans et Vitringa'Coalonib, dû muiata humorum indole in regno organieo, a M tiiaU poêorum derivanda ; Leyde, 1789, iii-8«. (2) Annales do chimie , t. VIH, p. 21 1 .
(3)/&»d.,t.XX,p.225.
(4) Annales de chimie , t. IX, p. 261.
(5) Voyet l'Anâtomie générale de Bichat ; Paris, an x-1801 , 4 toI. in^« j et son ingénieui Tnité de la yie et de la mort; Paris, an thi, l vol. in-8°.
cause de la mort par asphyxie: les expériences de Godwin (l) ont eu pour objet de montrer que le sang a besoin d'avoir respiré pour exciter les contractions du cœur. Des expériences analogues de Nysten ont fait voir que des différents çaz que Ton peut injecter dans le cœur, l'oxygène est celui qui en stimule le plus puissamment les contractions : Inydrogène sulfuré, après les avoir excitées d'abord mécaniquement, les anéantit bientôt. Mais cet effet de la respiration sur le cœur n'est qu'un cas particulier d'une loi générale. Des expériences nombreuses, dont la plupart sont encore de Bichat, oot appris que c'est la respiration qui donne essentiellement au'sang le
Pouvoir d'entretenir partout la force musculaire, et par conséquent énergie des mouvements volontaires, et de tout le jeu intérieur de la circulation et des sécrétions : mais Bichat pense que c*est par l'inteimède du cerveau et du système nerveux que le sang exerce ce pouvoir sur la fibre.
La qualité délétère des gaz différents de l'oxygène ou de l'air commun a été en quelque sorte mesurée et comparée par des expériences faites à l'École de médecine d<» Paris, et auxquelles Chaussier, Dupuytren et M. Thenard ont principalement contribué. Le gaz hydrogène sulfuré est le plus pernicieux de tous , soit quant à rétendue du mal , soit quant à sa promptitude , soit quant à la difficulté d'y remédier ; l'hydrogène carboné vient après , ensuite l'acide carbonique: ils agissent tous les trois comme vrais poisons, et non pas seulement parce qu'ils ne contiennent point d'oxigène libre. L'azote et l'hydrogène pur au contraire n'ont qu'un effet négatif, ils se bornent à ne point fournir au sang le principe que l'oxygène seul peut lui donner.
Ces premiers gaz ont aussi un effet funeste quand on les introduit dans le corps par l'absorption cutanée , les plaies ou les premières voies; Chaussier s'en est assuré par des expériences très bien faites. Les expériences de Nysten sur le cœur, dont nous venons déparier, rentrant dans la règle générale établie par celles-ci.
Le concours des nerfs qui se distribuent dans le poumon et qui animent son tissu, et particulièrement ses artères, est nécessaire pour que l'air exerce toute son action sur le sang au travers des tuniques de ces vaisseaux. Dupuytren l'a prouvé en coupant les nerfs de la huitième paire dans des chevaux et dans des chiens : le diaphragme et les côtes avaient beau continuer leur jeu, le sang restait noir.
La chaleur animale, l'un des plus importants résultats de la respiration , est à peu près constante pour chaque espèce et même pour chaque classe, et se maintient malgré le froid extérieur, comme il était naturel de l'attendre, puique sa source est constamment active; mais un phénomène plus singulier c'est qu'elle se maintient pen-
(1) La connexion de la vie avec la respiration, en anglais , traduit par Halle; Londres,
dant quelque temps même dans un milieu beaucoup plus chaud, comme si la respiration devenait aloi-s subitement capable de produire |du froid. Cette conclusion, qui semblait résulter des expériences de Fordice , de Crawford , etc. , a été soumise à un nouvel examen par deux médecins, Delaroche et Berger (l). Ils ont rendu très vraisemblable que l'augmentation de transpiration et d'évaporation, jointe i la qualité peu conductrice du corps vivant pour la chaleur, est ce qui le met en état de résister ainsi pendant quelque temps aux causes extérieures d'échauffement.
Au reste il ne faut pas voir seulement dans la transpiration une évaporation d'humidité ; elle est aussi , à d'autres égards , une fonction analogue à la respiration , et qui enlève le carbone du corps en le combinant à l'oxygène de l'atmosphère. Ainsi la peau tout entière respire jusqu'à un certain point et rentre par conséquent sous la loi générale de toutes les parties vivantes où l'air peut parvenir; loi que nous avons exposée ci-aessus d'après Spalanzani.
Cnxikshank (2) l'avait annoncé dès 1779. Lavoisier et Seguin l'ont montré plus rigoureusement par des expériences pénibles et ingénieuses : chacun sait comment un crime à jamais déplorable les a interrompues.
La digestion, ou cette première préparation des aliments pour les rendre propres à fournir du chyle, n'avait ^ère commencé à être bien étudiée que par Réaumur. Spallanzani a développé les expériences de cet ingénieux physicien , et a donné au suc gastrique beaucoup de célébrité (3). Toutes les substances alimentaires se dissolvent dans ce singulier liquide ; et les divers appareils de trituration que l'on remarque dans les estomacs de plusieurs animaux ne lui servent que d'auxiliaire, en suppléant i une mastication imparfaite. Les aliments, ainsi réduits en bouillie homosfène, passent dans l'in* testin où la bile parait opérer une précipitation de la matière excrémentielle et en séparer le chyle propre à être absorbé. Outre cet emploi de la bile, Fourcroy a montré qu'étant formée d'une grande partie des principes combustibles du sanç, elle donne lieu de considérer, sous ce rapport, le foie comme un véritable auxiliaire du poumon.
La rate est de tous les viscères abdominaux celui dont les fonctions paraissent les plus obscures , et donnent encore lieu à plus de recherches et oie suppositions. On ne lui a vu longtemps d'autre emploi que de fournir au foie le sang qu'elle reçoit , et qu'elle prépare pour augmenter la matière d'où doit sortir la bile. Moreschi, dePavie (4), dans un ouvrage plein d'observations exactes d'anatomie
(l)lxp4riencefiar les effets qu'une forte chaleur produit dans récon<iiDie animale ; Paris. I%06,in^'.
(2) Eip^riences sur la transpiration insensible , pour montrer son affinité aYec la respiration; en anglais; Londres, 1779-1795.
(3) Expériences sur la digestion , traduit par Sennebier ; GenèTC , 1788.
(4) Deivêro eprimario uêo délia miUa ; Milan , 1803.
comparée, a cherché à montrer que la rate a des rapports plus immédiats avec les fonctions de l'estomac ; que son volume est proportionné à la force digestive de plusieurs animaux ; et que c'est probablement parceque la compression de la rate, quand 1 estomac est plein , fait refluer Yei*s ce dernier yiscère une partie du sang destmé au premier , et augmente ainsi la sécrétion du fluide gastrique*
L'estimation mathématique des forces qui produisent la circulation a beaucoup occupé autrefois les physiologistes. On a reconnu que c'est un problème insoluble dans 1 état actuel des sciences : cependant on peut rechercher quels agents y ont part. Les fibres musculaires du cœur sont sans contredit le principal^ mais sont-elles aidées par celles des artères? On Ta contesté : mais une foule de
f>hénomènes le rendent yraisemblable , dans les animaux voisina de 'homme; et cependant on en voit aussi où des artères entièrement inflexibles exigent que Faction du cœur s'étende immédiatement jusqu'aux plus petits rameaux du système circulatoire.
La nutntion proprement dite, ou le dépôt que le sang fait des molécules nouvelles pour accroître les solides ou pour les entretenir, a aussi été l'objet de grandes recherches.
Scarpa ( 1 ) s'est occupé de celle des os, sur laquelle on avait diverses opinions depuis Halpighi, Gagliardi, et Duhamel. Il a montré qu'on se faisait des idées fausses de leur tissu, en se le représentant comme composé de lames et de fibres régulières; mais qu'il est toujours cellulaire , et que ses parties les plus évidemment fibreuses sont toujours formées de fibres ramifiées et réticulaires : c'est en se déposant dans les cellules des cartilages que le phosphate de chaux donne ces apparences au tissu osseux.
L'accroissement des dents ne se fait pas de la même manière que celui des os. John Hunter (2) a fait voir que leur substance extérieure est excrétée par couches de la surface de leur noyau pulpeux , sans conserver de connexion organique avec lui , et qu'en même temps leur émail est déposé sur elles en fibres perpendiculaires par la capsule membraneuse qui les revêt. Une troisième substance qui enveloppe l'émail dans certains animaux est également déposée après l'émail et par la même membrane. Ce dernier point a été bien développé par Blake (3).
Cuvier (4) parait avoir mis hors de doute tous ces- phénomènes , en les vérifiant sur les énormes dents de l'éléphant , où il est très aisé de les suivre. Aussi les dents peuvent-elles être entamées, usées, sans éprouver les mêmes accidents que les os ; il faut même que
(1) De penitiori oêsium structura commoniariuê ^ Leips., 1799, in-4'.
(2) Histoire naturelle des dents, en anglais; 1 Toi. iD-4^.
(3) Essai sur la structure et la formation des dents dans rhomme et divers ammaui, en anglais, par Robert Blacke; Dublin , 1801 , 1 Yol. in-S^.
(4) Annales du muséum d'histoire naturelle, t. VIII , p. 93.
celles des animaux herbivores le soient. Tenon (1), dans un grand et beau travail sur ce sujet, a montré jusqu'à quel point va cette détrition, et comment, à mesure qu'elle emporte la couronne de la dent, celle-ci s'alonge de nouveau du côté de sa racine; jusqu'à ce que, ce supplément venant à finir, elle s'use et tombe définitivement. Il a fixé avec une précision toute nouvelle les époques de l'éruption, de la chute, et du remplacement de chaque dent dans plusieurs animaux , et fait connaître une multitude de changements singuliers que l'état variable des dents amène successivement dans Foi^anisation des mâchoires.
Les dents se trouvent reportées par-là dans la grande classe des substances qai recouvrent les parties extérieures , et qui croissent toutes par addition de couches nouvelles sous les précédentes; les poils , les cheveux , les ongles , les cornes , les becs , les écailles , les têts, les coquilles , les corps durs qui arment l'intérieur de certains estomacs, sont dans ce cas, et sont tous ipisensibles , et susceptibles d'être mutilés sans douleur et sans danger : c'est le noyau intérieur
S ni s* enflamme et devient douloureux dans la dent, et non la dent le-naéme. Les substances pierreuses des coraux croissent aussi par couches, mais dont les dernières enveloppent les précédentes, comme dans les arbres.
Les organes extérieurs des sensations sont de tout le corps vivant ceux qui se prêtent à un plus grand nombre d'applications des sciences physiques.
Tout ce qui se passe dans l'osil, par exemple, jusqu'au moment où l'image visuelle se peint sur la rétine, se réduit à des opérations d'optique, que l'on a comparées avec raison à celles de la chambre obscure : mais l'œil a deux propriétés essentielles qui manquent à cet instrument; celle de rétrécir ou d'élargir son entrée, qui est la pupille, selon l'abondance ou la rareté de la lumière, et celle de rapprocher ou d'éloigner son foyer suivant la distance de l'objet qu n faut voir. Cette dernière faculté surtout est très étendue dans certaines espèces, et particulièrement dans les oiseaux, obligés de voir également bien leur proie du haut des nues, pour diriger leur vol sur elle, et tout près de terre, pour la saisir.
Les moyens que la nature emploie pour arriver à ce double but, dans les diverses classes, ont fait l'objet de longues recherches pour Olbers, Porterfield, Hunter, Home, et Young (l).
On peut imaginer pour cela, ou que la cornée change de convexité, ou que c'est le cristallin, ou que l'axe de l'œil change sa longueur, et par conséquent la distance de sa rétine, ou enfin que le cristal change sa position. Lequel de ces moyens est le vrai? Le
(1) Hëmoires de rinviitat, sciences mathématiques et physiques , t. I.
(2) Voyei surtout le mémoire sur l'œil par Toung, dans les Tronsactions philosophiques de 1801.
112 SCIE^ÎCES PHYSIQUES.
premier et le troisième seuls peuvent être les objets d'une mesure immédiate. Young a montré d'uae manière ingénieuse qu'ils ne contribuent point sensiblement à l'effet qu'on désire expliquer; il a donc recours au deuxième, c'est-à-dire à la variation du cristallin : mais l'anatomie nous parait y répugner; le cristallin est souvent dur comme de la pierre. Peut-être le quatrième moyen est-il le principal ; et il n'est pas nécessaire de supposer de vrais muscles qui agissent sur le cristallin : on peut penser aussi qu'il est mû par un changement analog^ue à l'érection qui aurait lieu, soit dans les procès ciliaires, soit cfans une membrane particulière aux oiseaux qui se nomme le peigne; elle part du fond de l'œil , et s'attache dans le tissu vitré, non loin du cristallin. Les oiseaux auraient donc le moyen le plus puissant de changer leur foyer, ainsi que leur genre de vie l'exige.
Gomme plusieurs paires de nerfs se distribuent à la langue , on n'était pas entièrement certain de celle qui reçoit la sensation du goût, quoique la facilité de suivre les filets de la cinquième jusqu'aux papilles de cet organe semblât prouver beaucoup en sa faveur. Le galvanisme a démontré à Dupuytren ce que l'anatomie annonçait. La langue n'est entrée en convulsion que par l'excitation de la neuvième paire; la cinquième, ne la mouvant point, doit donc être l'organe de la sensibilité. En effet, quand cette paire se'paralyse, la langue ne savoure plus rien.
Nous avons déjà annoncé que les recherches de Scarpa et de Gomparetti ont placé dans la pulpe du labyrinthe membraneux le véritable siège de l'ouïe. On explique par là l'effet de l'ébranlement du crâne par les corps sonores, qui fait entendre les personnes dont la surdité ne vient que de l'obstruction du canal extérieur de l'oreille. G'est seulement de cette manière qu'entendent les poissons, attendu qu'ils n'ont point de canal externe.
Tout le monde sait que la production d'une perception, ou cette action des corps extérieurs sur le moi , d'où résulte une sensation , une image , est un problème à jamais incompréhensible , et qu'il existe eu ce point , entre les sciences physiques et les sciences morales, un intervalle que tous les efforts de notre esprit ne pourront jamais combler.
Les sciences morales commencent au-delà de cette limite : elles montrent comment de ces sensations répétées naissent les idées particulières; de la comparaison de celles-ci, les idées générales; des combinaisons d'idées , les jugements ; et de ceux-ci, les raisonnements et la volonté.
Mais les sciences physiques, de leur côté, ne s'arrêtent pas à beaucoup près à l'impression reçue par le sens extérieur ; ce n'est pas celle-là que perçoit le moi ; il faut qu'elle se transmette plus loin, qu'elle arrive jusqu'au cerveau ; et comme les jugements ne s'opèrent que sur les idées reproduites par la mémoire , il faut que cette
action, une fois reçue dans le cerveau , y laisse des traces plue ou moins durables. Le cerveau est donc à la fois le dernier terme de rimpression sensible et le réceptacle des images que la mémoire et l'imagination soumettent à Tesprit. Il est, sous ce rapport, Tinstrument matériel de l'âme ; et le plus ou moins de facilité qu'il a de recevoir les impressions, de les reproduire promptement, vivement, régulièrement, et abondamment, et d'obéir en cela aux ordres de la volonté , influe de la manière la plus puissante sur l'état moral de chaque être.
On conçoit donc d'abord que l'état du cerveau , en sa qualité d'oTffane lié à toute l'économie , dépend , jusqu'à un certain point, de 1 état de tous les autres organes : c'est là l'origine de l'influence du physique sur le moral, dont Cabanis a tracé un tableau brillant et animé (1).
On conçoit encore qu'un dérangement partiel ou total de l'organisation du cerveau peut altérer ou suspendre en tout ou en partie l'ordre des images , et par conséquent celui des idées et des opérations intellectuelles; ce qui explique tous les genres d'aliénation mentale.
Il n'est pas moins clair que des cerveaux sains d'ailleurs peuvent différer entre eux par une organisation plus ou moins heureuse, et, présentant à l'esprit des images plus ou moins vives, plus ou moins abondantes , plus ou moins bien ordonnées, occasionner des différences infinies dans la portée de l'intelligence et dans les ressorts de la volonté, et les faire descendre jusqu'à un degré voisin de l'imbécillité absolue. L'expérience et la comparaison des différents individus et des différentes espèces d'animaux montrent qu'à cet égard le volume , et spécialement celui de la partie supérieure nommée hémisphères., est la circonstance favorable la plus apparente.
Enfin comme l'expérience fait voir aussi qu'en beaucoup d'occasions l'on peut avoir une perception par un mouvement immédiat du cerveau, et sans que le sens extérieur ait été frappé, on peut se représenter qu'il existe constamment dans certains êtres de ces perceptions internes qui les déterminent à cet ordre d'actions que l'on appelle tnsiinciê, telles que sont les diverses industries, souvent très compliquées , qu'exercent dès leur naissance , sans les avoir apprises de leurs parents ni de l'expérience , et d'une manière toujours constante , des espèces d'animaux d'ailleurs très stupides et placés fort bas dans l'échelle.
Quant à ce que l'on a voulu appeler instincts automatiques, ce
sont certains mouvements volontaires qui dérivent de jugements
devenus tellement prompts par l'habitude et par l'association
plus constante des idées que nous ne nous apercevons pas de
(1) Rapport dn physique et du moral de l'homme , par M. Cabanis ; Paris , 2 vol. in-8*« La deuxième édition est de 1805.
TOXB I. 8
114 SClEnCES PHYSIQUES.
les avoir faits. Qui peut nier que Thomme qui lit, celui qui touche de Torgue, celui qui fait des armes, ne se souviennent, ne voient, ne jug^ent, et ne raisonnent, à chaque contraction de muscle? Sans doute c'est là surtout que se montre la rapidité de la pensée. Il n'y a donc point de comparaison à faire de ces actes prétendus automatiques avec les mouvements intérieurs involontaires, et ceux-ci restent expliqués par les forces vitales ordinaires et irrationnelles, comme nous l'avons vu à l'article Physiologie générale.
Les pertes et les suspensions partielles ou totales de mémoire, les folies nxes qui ne portent que sur un seul objet , et les visions ou folies fixes momentanées, les songes et le somnambulisme, n'offrent aucune difficulté importante d'après ces idées sur l'influence du cerveau, idées que les découvertes de ces derniers temps ont seules pu rendre claires , quoique leurs principaux germes se soient déjà présentés à plusieurs bons esprits, et se trouvent surtout assez nettement indiqués dans les ouvrages de Bonnet et de Hartley.
Gall (1) a émis l'opinion que les traces des diverses impressions se répartissent en différents lieux du cerveau , selon leurs espèces, et que le volume particulier de chacun de ces lieux annonce le degré des dispositions particulières , de la même façon que le volume général des hémisphères annonce la portée générale de l'intelligence ; on sait même qu'il croit ces différences assez sensibles pour être aperçues dans l'homme vivant par le moyen des formes du crâne. Mais quoique cette doctrine, réduite aux termes dans lesquels nous venons de l'exprimer, n'ait rien de contraire aux notions générales de la physiologie, on sent aisément qu'il faudrait encore bien des milliers d'observations, avant que Ton pût la ranger dans la série des vérités généralement reconnues.
La théorie générale de la formation des êtres organisés reste toujours , comme nous l'avons dit, le plus profond mystère des sciences naturelles : jusqu'à présent pour nous la vie ne naît que de la vie ,• nous la voyons se transmettre, et jamais se produire; et quoique l'impossibilité d'une génération spontanée ne puisse pas se démontrer absolument, tous les efforts des physiologistes qui croient cette sorte de génération possible ne sont point encore parvenus à en faire voir une seule. L'esprit, réduit à choisir entre les diverses hypothèses du développement des germes, ou les qualités occultes mises en avant sous les titres de moule intérieur ^ d^ instinct formait f) de vertu plastique^ de polarité ou de différenciation^ ne trouve donc partout que nuages et obscurité.
Le seul point qui soit certain c'est que nous ne voyons autre chose qu'un développement , et que ce n'est pas à l'instant où elles deviennent visibles pour nous que les parties se forment ; mais qu'on nous fait remonter à leur germe toutes les fois qu'on peut
(1) Phy^ioloi^ie intellectuelle^ par J.B. Demangeon; Paris 1806 , 1 to). in-8*.
aider nos sens par quelque instrument plus parfait: aussi, dans presque tous les systèmes de physiologie , commence-t-on par supposer l'être vivant tout formé au moins en germe ; et bien peu de physiologistes ont- ils été assez hardis pour vouloir déduire d'un même principe et sa formation primitive et les phénomènes qu'il manifeste une fois qu'il jouit de l'existence : l'aoïnission tacite de cette existence est même si nécessaire que c'est sur la liaison réci-
Frogue des diverses parties que repose jusqu'à présent, pour nous, unité de l'être vivant, du moins dans le règne végétal , où l'on ne peut admettre de principe sensitif.
Mais si la génération en elle-même est inaccessible à toutes nos recherches, les circonstances qui l'accompagnent, la favorisent ou l'arrêtent , et les divers organes qui entretiennent dans les premiers temps la vie de l'embryon et du fœtus sont susceptibles d'être observés avec plus ou moins d'exactitude, et ont donné lieu à des découvertes intéressantes dans la période dont nous faisons l'histoire.
11 y a , parmi ces organes propres au fœtus , une vésicule qui communique avec le bas-ventre au travers de l'ombilic par un petit canal , et qui ne se voit dans l'homme que pendant les premières semaines de la gestation î elle porte , dans les animaux , le nom de tunique érythrotde; dans l'homme on l'a appelée vésicule ombilicale.
Blumenbach (1) avait reconnu son analogie avec la membrane qui contient le jaune dans les oiseaux. Oken d'Iéna (2) a annoncé qu'elle n'est qu'un appendice du canal intestinal , placé de manière que , quand elle s'en sépare , il reste une portion de son tube qui forme l'intestin cœcum: la liqueur qu'elle coiilîcnt passerait donc immédiatement dans les intestins }>our nourrir Tem* bryon. Divers anatomistes ont fait une observation assez semblable sur la manière dont le jaune de l'œuf entre dans Imtestin par le pédicule qui l'y unit,- cependant Léveillé(3) nie que ce pédicule soit creux: la nutrition se ferait donc seulement par les vaisseaux qui vont du mésentère à la membrane du jaune, eL lioiit Ir;; analogues se trouvent également sur la vésicule ombilicale. Chaussier les a bien injectés dans l'homme (4).
La respiration de l'oiseau dans l'œuf se fait par une membrane très riche en vaisseaux , qui prennent leur origine, comme ceux du placenta , dans les mammifères.
Aussi regarde-t-on aujourd'hui l'oxygénation du sang du fœtus comme une des fonctions principales du placenta, laquelle s'exerce
(n Danites Institutions physiologiques et son Hanuel d'anatomie comparée. (2i Dans ses Matériaux pour laioologie, la zootoxoie, et la physiologie comparée. (3i Dissertation sur la nutrition du fœtus ; Paris , an tii, in-8®. (4) Bulletin des sciences , Tendém. an xi.
par la communication que cet organe établit entre le fœtus et la mère: des observations de conception extra-utérines ont montré que cette communication peut s'établir ailleurs que dans la matrice; et des fœtus dont le placenta n'avait pu s'attacher qu'aux intestins ou au mésentère n'ont pas laissé de grossir.
Les végétaux n'offraient pas tant d'objets de recherches. Leurs fonctions particulières se réduisent aux sécrétions et à la génération, qui sont soumises aux mêmes difficultés générales que dans les animaux.
La fécondation de leurs graines et leur germination pouvaient principalement prêter à des découvertes. Dans les végétaux ordinaires , le mode de la fécondation est depuis longtemps démontré. Tout le monde reconnaît que le pollen des étamines en est l'organe, ainsi que l'a prouvé autrefois Vaillant, et comme l'a confirmé Kœlkreuter en produisant des mulets végétaux. Mais les plantes appelées cryptogames ont leurs fleurs et leurs graines si petites et si cachées que l'on n'est point encore du même avis sur leur compte. L'opinion déminante aujourd'hui pour les mousses est celle de Hedwig (1), qui prend pour les organes mâles certains filets creux presque imperceptibles , placés tantôt autour du pédicule de l'urne, tantôt dans des rosettes de feuilles séparées , et qui regarde l'urne ellemême comme la capsule des graines. Palisot de Beauvois (2) au contraire croit que la poussière verte qui remplit l'urne est le pollen mâle , et que la graine est dans une capsule plus intérieure, que les botanistes nomment columelle. Il y a des discussions analogues sur la fécondation des algues et des champignons: cependant on croit assez généralement que la poussière qui tombe de ces derniers est leur graine. Decandolle (3) a remarque que ce qu'on ajj^pelait y ratn^ dans les fucus n'est que leur capsule, et contient la véritable graine, beaucoup plus petite. Stackhouse l'a fait germer.
Les conditions et les phénomènes généraux de la germination ont été étudiés par Humboldt, Huber (4), et Sennebier. Il faut aux graines, à peu d'exceptions près, de l'oxygène, pour qu'elles germent j et sa fonction paraît être , d'après Théodore de Saussure , de leur enlever leur carbone surabondant. Humboldt , en particulier, a remarqué que le gaz acide muriatique oxygéné accélère singulièrement la germination , et que tous les oxydes où l'oxygène adhère peu lui sont favorables.
Un des points particuliers les plus embarrassants de l'économie des
(!) FundameniumkUtoricB naiuralis mnscorum frondosorutn; Lipsitdf 1782, in-4<*j et Theoria gencrationia et frtictificationis plantarum cryptogamicarum ^Véiershoursi, 1784, in-4», et Leipsick, 1798.
(2) Prodrome d'^thëogainie ; Paris, 1805, 3 cah. in-12.
(4) Mémoire présenté à Tlnstitut.
(4) Mémoires sur l'influence de l'air et de diverses substanrefl gazeuses dans la gcrminiktion des difTérentcsjp-ninesj Genève, 1801 , 1 volume in-8'*.
végétaux consiste dans certains mouvements, en apparence spontanés, qu'ils manifestent dans diverses circonstances, et qui ressemblent quelquefois si fort à ceux des animaux , qu'ils pourraient faire attribuer aux plantes une sorte de sentiment et de volonté, surtout par ceux qui veulent encore voir quelque chose de semblable dans les mouvements intérieurs des viscères animaux.
Ainsi les cimes des arbres cherchent toujours la direction verticale, à moins qu'elles ne se courbent vers la lumière; leurs racines tendent vers la bonne terre et l'humidité, et se détournent pour les trouver, sans qu'aucune influence de causes extérieures puisse expliquer ces directions, si Ton n'admet pas une disposition interne propre à en être affectée, et différente delà simple inertie des corps, bruts.
On sait depuis longtemps comment les feuilles de la sensitive se replient sur elles-mêmes quand on les touche. On sait aussi qu'une infinité de plantes fléchissent diversement leurs feuilles ou leurs pétales, selon l'intensité de la lumière : c'est ce que Linnaeus, dans son langage figuré, a nommé le sommet/ des plantes. DecandoUe a fait sur ce su/et des expériences fort curieuses, <}ui lui ont montré dans les plantes une sorte d'habitude que la lumière artificielle ne parvient à surmonter qu'au bout d'un certain temps. Ainsi, pendant les premiers jours , des plantes enfermées dans une cave, et éclairées continuellement par des lampes, ne laissaient pas de se fermer quand la nuit venait, et de s'ouvrir le matin (1).
Il y a d'autres sortes d'habitudes que les plantes peuvent prendre ou perdre. Les fleurs qui se ferment à l'humidité finissent par rester ouvertes quand l'humidité dure trop longtemps. Desfontaines ayant mené une sensitive dans une voiture, les cahots la firent d'abord se replier; elle finît par s'étendre comme en plein repos: c'est qu'encore ici la lumière, l'humidité, etc. , n'agissent qu'en vertu d'une disposition intérieure particulière qui peut se perdre, s'altérer , par l'exercice même de celte action, et que la force vitale des plantes est sujette à des fatigues, à des épuisements, comme celle des animaux.
Vhedysarum gyrans est une plante bien singulière par les mouvements qu'elle donne jour et nuit à ses feuilles, sans avoir besoin d'aucune provocation. S'il y a dans le règne végétal quelque phénomène propre à faire illusion et à rappeler Tidée des mouvements volontaires des animaux, c'est bien celui-là. Broussonet, Silvestre, Cels, et Halle , l'ont décrit en détail, et ont montré que son activité ne dépend que du bon état de la plante.
C'est en général dans les organes de la fructification que les plantes montrent le plus de ces mouvements extérieurs. Desfontaines et Descemels y ont donné beaucoup d'attention. Les étamines de plu-
(1) Mémoires des savants étrangers présentés à l'Institut, tome 1, page 329.
sieurs fleurs, entre autres celles des épinevinettes , paraissent avoir des inflexions spontanées, ou en prendre quand on les touche, même légèrement) mais il faut bien distinguer ces mouvements de ceux qui ne dépendent que d'un ressort mis en liberté, comme sont ceux des capsules de la balsamine et des étamines des orties et des
f>ariétaires. Nous ne parlerons pas ici des oscillatoires , parce que eur nature est encore douteuse. Adanson en a bien fait des plantes ; mais Yaucher les considère comme des animaux.
Cependant ce serait aller trop loin que de regarder même les mouvements de la sensitive comme tout à fait comparables à ceux que l'irritabilité produit dans les animaux; non seulement il n'est point démontré qu'ils tiennent à une cause parfaitement identique, mais il l'est même qu'ils ne s'exercent pas dans des organes semblables. En effet tout mouvement musculaire est une contraction; et Link a fait voir que les flexions diverses , que prennent les parties des plantes, dépendent autant des fibres qui s'allongent que de celles qui se raccourcissent lors de la flexion, et qu'en coupant celles-ci le mouvement ne laisse pas d'avoir lieu.
Ces contractions végétales n'en sont pas moins encore un des faits généraux et non expliqués , que Ton peut admettre parmi ce qu'on appelle les forces vitales, et comme la contraction musculaire entre pour beaucoup dans les mouvements intérieurs , qui entretiennent la vie des animaux, il est très probable, ainsi que nous l'avons dit, que cette autre sorte de contraction, observée dans quelques parties extérieures des plantes, s'exerce aussi à l'intérieur, et contribue au mouvement de la sève et à l'entretien de la vie végétale. Comme enfin, dans les animaux, le bon état des fonctions influe à son tour sur la force qui les entretient, de même , dans les végétaux , la cha* leur^ la nourriture, augmentent ou diminuent ces contractions apparentes aussi bien que celles qui le sont moins. En un mot la vie végétale , comme la vie animale, est un cercle continuel d'action et de réaction ; tout y est à la fois actif et passif et la moindre partie jouit d'une portion d'influence sur la marche générale de l'ensemble.
Histoire naturelle particulière des corps vivants.
Une fois que l'on s'est fait ainsi des idées nettes sur les forces attachées à chaque ordre d'éléments organiques, et sur les fonctions propres à chaque organe, on peut en quelque façon calculer la nature de chaque espèce d'être organisé , d'après le nombre des organes qui entrent dans sa composition, d'après l'étendue, la figure, la connexion, et la direction de chacun d'eux etde ses diverses parties.
Cette étude de l'organisation d'un être vivant, et des conséquences particulières qui en résultent dans son genre de vie, dans les phéno-
HISTOIRE NATURELLE DES CORPS VIYAÎiTS. il9
mènes quil manifeste, et dans ses rapports avec le reste de la nature, est ce que Ion nomme l'histoire naturelle de cet être.
Toute recherche de ce genre suppose que Ton a les moyens de distinguer nettement de tout autre l'être dont on s'occupe. Celte distinction est la première base de toute l'histoire naturelle: les rues les plus nouvelles, les phénomènes les plus curieux, perdent toat intérêt quand ils sont destitués de cet appui ; et c'est pour avoir négligé ce genre de précaution que les ouvrages des anciens naturalistes conservent aujourd'hui si peu d'utilité. Ainsi les savants qui s'occupent de cette partie de l'histoire naturelle à laquelle on a donné le nom àenomenclature^ méritent toute sorte de reconnaisnnce. Leur travail exige non seulement une patience et une sagacité peu communes , quand il s'agit de décrire les objets et d'en saisir les caractères distinctifs ; il leur faut encore une érudition vaste et une critique profonde, pour démêler dans les écrits qui les ont précédés ce qui appartient aux espèces diverses , pour ne point confondre celles-ci , on ne point les séparer mal à propos -y et, s'ils ne faisaient un emploi ingénieux de mille moyens délicats, ils augmenteraient Tobscurité que leur art a pour but de dissiper.
Linnaeus a porté dans cette branche de la science un véritable génie, et lui a donné une impulsion extraordinaire^ il est le premier ^ qui ait étendu la nomenclature méthodique à tout l'ensemble des êtres naturels; tous ceux qu'il connaissait bien ont été nommés, caractérisés , et classés par lui de la manière la plus précise et la plus claire ; il a déduit de la nature de la chose les règles ^ui doivent diriger dans ce genre de travail; et chacun de ceux qui s'en occupent, se considère comme l'un des continuateurs de l'immense édifice dont Linnseus avait posé les bases.
Nous voulons parler de ce grand catalogue des êtres existants auquel on a donné le nom de Systema naturœ. Tous les naturalistes s'empressent de le compléter; tous les gouvernements éclairés se sont fait un devoir de leur en procurer les moyens.
Des jardins, des ménageries , ont été établis; des collections ont été rassemblées dans toutes les grandes capitales ; de grands voyages ont été ordonnés , et c'est un des caractères de notre âge que ces expéditions lointaines et périlleuses , entreprises uniquement pour éclairer les hommes et enrichir les sciences.
Pour ne parler que des entreprises et des établissements des Français , nous rappellerons que le Muséum d'histoire naturelle a plus que doublé dans toutes ses parties , depuis l'époque où commence cet aperçu historique sur les sciences, et qu'il surpasse aujourd'hui tous les établissements du même çenre par l'ensemble des objets qu'il réunit, autant que par les facilités qu'il offre pour l'étude.
La belle réunion des plantes rares formée à la Malmaison par l'impératrice Joséphine a déjà procuré à notre pays d'importantes
richesses en ce genre, que la munificence de cette auguste princesse s*est empressée de rc^paodre dans les établissements publics et particuliers.
Les jardins et les cabinets des écoles centrales commençaient à être fort utiles pour faire connaître les productions naturelles des difFérenls départemenls de la France. Il raut espérer que les ordres du Gouvernement pour les réunir et les soigner dans les lycées auront été exécutés.
Quatre grandes expéditions lointaines ont été entreprises par des Français dans cette même époque. Chacun connaît le malheureux sort de celle de La Pérouse (1). Les discordes qui ont mis fin à celle de dTntrecasteaux n*ont pas empêché de La Billardière (2), Lahaye, Riche, d'en rapporter beaucoup de plantes et d*ammaux nouveaux. La première deBaudin, quoique bornée aux Antilles, n'a pas laissé de procurer aussi des plantes nouvelles: mais la seconde, ordonnée par le gouvernement consulaire, et qui s'est portée vers la Nouvelle- Hollande et l'Archipel indien, a été la plus fructueuse qu'aucune nation ait jamais exécutée (3) ; grâce au zèle infatigable de Pérou , Leschenault de La Tour, et Lesueur, les animaux et les végétaux inconnus en ont été rapportés par milliers; et nous pouvons assurer que nous sommes en état défaire connaître les productions de ces parages beaucoup plus complètement que les nations européennes qui les habitent depuis tant d'années.
Les naturalistes qui ont suivi l'armée française en Egypte ne laisseront rien à désirer sur l'histoire naturelle de cette contrée fameuse: Geoffroy en décrit les poissons et les quadrupèdes ; Savigny , les oiseaux et les insectes ; Delile , les plantes. Quelques uns de ces objets, présentés au public dans des mémoires isolés, tels que le poisson polyptère, décrit par Geoffroi (4), le palmier doum, par Delile (5), donnent la plus vive impatience de jouir de la totalité, et de voir bientôt les planches magnifiques dessinées sur les lieux par les plus habiles artistes.
Olivier a rapporté beaucoup de choses nouvelles de son voyage au Levant (6) ; Bosc , de celui d'Amérique ; Palisot de Beauvois, des deux qu'il a entrepis en Guinée et à Saint-Domingue. Desfontaines avait fait antérieurement un voyage très fructueux en Barbarie et sur l'Atlas; Poiret avait aussi été en Barbarie ; de La Billardière, en
(1) Voyage delà Pérouse autour dn monde, rëdigé par Milet-Hureau ; Paris, 1797, 2 vol. iB-4'', avec un atlas in-folio.
(2) Relation du voyagea la recherche de la Përouse; Paris, anviii, 2 vol. in-4®, et un atlas grand in-folio.
(3) Voyages de découvertes aux terres australes; Paris, 1807, in-4*, premier vol. avec un atlas.
(4) Bulletin des sciences, germinal an x.
(5) Ibid., pluviôse an x.
(6) Voyage dans l'Empire ottoman , l'Egypte , et la Perse; Paris, 1801-1807, 3 vol. in-4' avec un atlas.
Syrie et sur le Liban (1) ; Richard , à CayenDe; du Petit-Thouars , à rile de Bourbon; Poiteau et Turpin, à Saint-Domingue. Les correspondants du Muséum , à Charles-Town , à Cayenne , à Vlle-de- France, lui ont fait de riches envois: on doit citer avec éloge dans le nombre Michaux , Macé , et Martin.
Tous ces voyages, ajoutés à ceux de Sonnerat, de Commerson, de Dombey -, et d'autres, mettent certainement les Français au premier rang de ceux qui ont enrichi les collections européennes.
Cependant , quoique nous ne connaissions pas tous les voyages des étrangers , nous en savons assez pour dire qu'ils ont rivalisé de zèle avec nous. Seulement, dans la période dontnous rendons compte, la Cochiiichine a été visitée par Loureiro (2) , le Brésil par Vellezo, tous deux Portugais ; le Pérou et le Chili par Ruiz et Pavon (3), la Terre-Ferme par Mutis, le Mexique par deSessé et Mocino, tous cinq Espagnols; l'Inde par Roxburgh (4), le Cap par Masson, la Nouvelle- Hollande par tin grand nombre d'autres Anglais. Smith devait en décrire les plantes (5), et Shaw les animaux (6).
Le voyage de de Humboldt et Bonpland dans les diverses parties de l'Amérique espagnole , en même temps qu'il est le seul de cette importance dû au généreux dévouement d'un particulier, s'annonce comme l'un des plus instructifs que l'on ait jamais faits pour toutes les branches des sciences physiques.
Botanique.
Il y a cependant parmi ces voyageurs plus de botanistes que de zoologistes. Le plus grand nombre ont publié ou publient en ce moment les Flores des pays qu'ils ont parcourus.
Celles du mont. Atlas par I)esfbntaines(7), de la Nouvelle-Hollande par de La Billardière (8), d'Oware et de Bénin par Palisot de Beauvois (9), des lies de France et de Bourbon par du Petit-Thouars(lO), font honneur à la France et enrichissent la botanique. Pallas a continué celle du vaste empire de Russie , sous les auspices de son gouvernement (11); l'Espagne a publié avec magnificence celle du Pérou et du Chili ; Michaux a laissé celle des États-Unis, et un
(1) Syriœ plantœ rariores, dec. 1 et 2; Paris, 1790, in-4^
(2) Flora cocMnchinensiê y' Lisbonne, 1790, 2 toI. in-4<^; Berlin, 1793; 2 vol. in-8<>.
(3) Flora pêruviana et chilensis ; Madrid , 1799, 2 vol. in-fol.
(4) Plants ofthecoastofCoromandel^LondTeSf 1795, in-fol.
(5) A spécimen ofhotany of NewHolland ; Londres, 1793, l vol. in-4^. (6^ Zoologie of Netc-Uolland ; Londres, 1794, in-4®.
(7) Flora atlantica: Paris, an ti, 2 vol. in-4®.
(8) Novœ Hollandiœ plant, specim. , Paris, 1804-1806, 2 vol. in-40.
(9) Flore d'Oware et de Bénin en Afrique ; Paris, 1804, in-fol. non terminé.
(10) Histoire des végétaux recueillis dans les îles australes d'Afrique; Paris, 1806, in-4® non termioé.
(11) Flora roseica; Pétersbourg, 1784 et seq. , in-fol.
ouTrage particulier sur les nombreuses espèces de chênes de ce pays-là (i).
Parmi les Flores européennes on doit remarquer, pour la beauté des figures, celle du Danemark, commencée par OÉder (2), et que le gouvernement danois prend soin de faire continuer, ainsi que la zoologie du même pays; celle d'Autriche, entreprise et terminée par Jncquin (3), et celle que Ritaibel et Waldstein ont commencée pour la Hongrie (4). Bulliard en avait entrepis une en figures pour la France (5). Nous en avons du moins une excellente quoique dépourvue de cet ornement : c'est celle de Lamarck dont DecandoUe vient de soigner une nouvelle édition , et pour le perfectionnement de laquelle le gouvernement a envoyé ce savant botaniste dans les diverses parties de l'empire (6). Parmi les Flores de nos provinces celle du Dauphiné, par Vîllars, tient un des premiers rangs (7). Il y a une très bonne Flore d'Angleterre, par Smith (8), et la plupart des états de l'Europe ont aussi les leurs. Swartz en a donné une des Indes occidentales (9).
Pendant que l'on parcourt ainsi avec beaucoup de peine des pays voisins ou éloignés, les botanistes sédentaires travaillent à faire connaître les plantes des jardins et celles des herbiers. Les uns s'attachent à certaines collections particulières ; et dans ce genre la France peut citer avec orgueil la description du jardin de la Malmaison (10), où les talents du botaniste , Ventenat , et ceux de l'artiste , Redouté , ont rivalisé pour ériger un digne monument de la munificence de l'impératrice Joséphine, et de la protection éclairée qu'elle accorde aux sciences utiles. Le jardin de Gels, par Ventenat (11), est aussi un produit très honorable d'une entreprise privée.
En Autriche Jacquin continue depuis longtemps de décrire les plantes du jardin de l'empereur (12); Willdenow a commencé la description de celui de Berlin (13) ; celui du roi d'Angleterre à
(1) Flora horeali-amêricana ; Paris, 1803, 2 toI. in-8®. Histoire des cliénes de rÂmcrique ; Paris , 1801 , 1 vol. in-fol.
(2) Flora danica ; Hafn. , 1764 et seq., in-fol. non terminé.
(3) Flora ausiriaca f Vienne, 1773-1778, et ilft«cW/aif 0a austriaca.
(4) Planta rariorês Hungariœ.
(5) Herbier de la France; Paris, 1784 et seq., 4 vol. in-fol. non terminés.
(6) Flore française, première édition en trois vol. 1778; deuxième édition en 5 vol.,
(7) Histoire des plantes du Dauphiné; Grenoble, 1780, 4 volumes in-S*^.
(8) Flora hritannica, par Smith ; Londres , 1806, 3 vol. in-8® ; et Arrangement of british plants, parWhitering , 4 vol. io-S®.
(9) Flora indice oecid, ; Erlang, 1787 , 4 vol. in-8«.
(10) Jardin de la Halmaison; 1803 et seq., in-fol.
(11) Description des plantes nouvelles et peu connues cultivées dans le jardin de €els ; Paris , an vm ( 1802) , in-fulio ; et Choix de plantes dont la plupart sont tirées du jardin de Gels, 1803.
{\2)NortMs vindohononsis f Vienne , 1770-1776, in-fol.; eiHortut êchœnbriénnensit, ibid. 1797 et seq.
(13) Hbrttts heroUnenaiê; Berlin.
Kew a été publié par Aiton, et celui d'Hanovre par Schrader (1).
Parmi ceux qui se sont bornés à donner des espèces de suppléments au système en décrivant des plantes nouvelles , de quelque part qu'elles leur vinssent, nous citerons Vahl , dans ses Eclogœ americemœ (2) et dans ses Symboles (3) ; Ca vanilles, dans ses plantes rares d'Espagne (4);, Smith, dans ses Icônes (5). Les Stirpes et le Sertum Anglicum de l'Héritier (6) méritent aussi d'être cités honorablement dans ce nombre.
D'autres botanistes prennent pour sujets d'étude certaines familles de végétaux. Les Liliacées de Decandolle , avec des planches de Redouté , doivent être mises , pour la magnificence , à la tête de tous les ouvrages de ce genre (7). Decandolle a aussi donné un Traité sur les astragales et les genres voisins (8), et une Histoire des plantes grasses avec de belles figures (9). La Monographie des pins, de Lambert , est un ouvrage superbe ; celle des saules par Hofman (10), celle des carex par Schkuhr(ll), celle des oxalis par Jacquin (12), celle des gentianes par Frœlich (13), méritent des éloges pour leur exactitude : nous devons aussi remarquer celle des graminées d'Allemagne et de France, parKœhler, de Mayence (14). Il y a une foule d'autres travaux sur des familles particulières publiés dans les Mémoires des sociétés savantes, ou séparément, et qu'il nous est impossible d'énumérer complètement.
Les plantes cryptogames ont été étudiées avec une attention toute particulière : des figures et des descriptions des mousses ont été données par Hedwig (15), des lichens par Hofman(l6)etpar Acha-
(1) Hortuê ketpensis; Londres, 1789, 3 vol. in-8^.
(2) Sertum hanoveranumi Gott., 1795-1796, in-fol. (3)HafD.,1796, in-fol.
(4) Symholœ hotanicœ , Hafn., 1790, in-fol.
(5) Icônes et deacriptiones pfantarum quœ aut eponte in Hispania creteunt, aut in horti* hoêpitantur; Madrid, 1791-1801, 6 toI. in-fol.
(6) Iconea pietœ plant, rar, ; 1790-1793/ et Plant, iconea kactenua ineditœ :LondteB , 1789-1791, in-fol.
(7) Stirpea novœ ; Paris , 1780-17S5; et Sertum anglicum, 1788, in-fol.
(8) Les Liliacées; Paris, 1802 et seq. , grand in-fol. en hait yolumes.
(9) Aatragalogia : Paris, 1802, 1 toI. in-fol.
(10) Planta rum hiatoriaaueculentarumf Paris, an tn et suiv., in-fol.
(1 1) Hiatoria aalicum; Leips., 1785-1791 .
(12) Histoire des carex ou laiches, traduite de l'allemand par Belavigne; Leipsick, 1802,in^».
(13) Otalia monograpkia ; Vienne , 1794, 1 toL in-4^.
(14) Uhellua de gentiana;Y.rUrï%., 1786, in-81.
(15) Deacriptio qraminum in Gallia et Germania aponte creacentium: Francfort, 1802, in.8«.
(16) Deaeriptiû et adumbratio muacorum frondoaorum fteipsick y 1787-1797, 4 ^ol. in-fol { et Spêûiea muaeorum frondoaorumfLelpa., 1801, in-4®. Voyez aussi Muacologia reeentiorum, par M. Bridel ; Gott. , 1797-1799, 3 toi. in-4».
124 SCIENCES PHTSIQUES.
rius (1), des champignons parBuUiard (2). Tode (3) etPersoon (4) ont porté très loin Tétude des petits champignons; M. Decandolle y a beaucoup ajouté (5). Les algues et conferves ont été observés avec beaucoup de soin par Chantrans et Vaucher (6) : le premier croit que plusieurs de ces êtres appartiennent au règne animal. La Nereis brtiannica de Stackhouse (7) est une belle monographie des fucus. Il y en a une autre faite avec plus de luxe , par Welley : celle d'Esper est moins soignée (8).
Palisot de Beauvois a travaillé sur toute cette classe (9) : Swartz (10) et Smith (11) se sont occupés plus particulièrement des fougères.
Avec des secours si abondants il a été aisé de rendre les ouvrages
f généraux de botanique infiniment plus complets que Linnaeus ne es avait laissés.
Le Dictionnaire de botanique de l'Encyclopédie , par La Marck, continué par Poiret (12); le Species plantarum de Willdcnow (13), rénumération que Vahl (14) avait commencée , porteront à près de trente mille le nombre des espèces de plantes connues et enregistrées dans ce grand catalogue de la nature, et chaque jour en ajoute de nouvelles. Jussieu comptait dix-neuf cents genres en 1789 ; ce nombre serait presque doublé par ceux qu'ont établis Cavanilles , Loureiro, Smith, La Marck, RuizetPavon, Michaux, La Billardière, Thunberg, Gaertner, du Petit-Thouars , Ventenat, Decandolle, et Jussieu lui-même : mais une partie de ces genres rentreront les uns dans les autres , ou dans les genres anciens ; il en restera toujoui-s huit à neuf cents de nouveaux (15).
Il n'est pas possible que dans un si grand nombre de plantes il n'y en ait beaucoup dont la société pourra tirer parti. Sans vouloir, à l'exemple des anciens, attribuer à toutes les plantes
(1) Lichênographiœ suecicœ Prodromus ; Lînkîoptng, 1798.
(2) Dans l'Herbier de la France, et à part sous le titre de Champignons de la France.
{d) Fungi mecklenburgenses selecii j hunéhour^ f 1790-1791, in-A^.
(4) Synopsis methodica fungorum, Gott. 1801, in-8® ; et Jconespiciœ spec. rar. fun- 90 rtim ,• Paris, 1803 et suit.
(5) Dans son édition de la flore française.
(6) Histoire des conferves d'eau douce ; Genève, 1803, in-4^
(7) Balh , 1795, in-fol.
(8) Icônes fucorum; Nuremberg, 1797, et 1798, in-4®.
(9) Prodrome d'£théogamie, déjà cité.
(10) Synopsis filicum; Kiel , 1806, in-8^
(11) Mémoires de l'Académie de Turin.
(12) Commencé en 1783. On en est au huitième et dernier volume , in-8^
(13) Commencé en 1797 à Berlin. On en est au huitième et dernier volume : il yen aura deux de supplément ; in-8^. •
(14) Enumerai. plantar, ; Hafn,, 1805. 11 n*y en a que deux volumes.
(15) Consultei aussi sur les plantes nouvelles qui paraissent journellement les divers recueils périodiques de botanique , tels que le Journal de botanique d'Dsteri , celui de Schrader, le Botanist repository d'Andrews, les Annales du Muséum d'histoire naturelle de Paris , etc.
des vertus médicinales imaginaires, il est certain que la botanique a fourni , même dans ces derniers temps , plusieurs médicaments utiles.
Le tetragonia Cicpansa, rapporté des lies des Amis par le capitaine Cook, se cultive aujourd'hui en Europe comme plante alimentaire et comme excellent antiscorbutique ; le chenopodium anthelminthi" cum^ si utile contre les vers des enfants, s'est répandu des États- Unis dans beaucoup de jardins de l'Europe ; la mousse de Corse {fucus helminthocorton) est suppléée maintenant par plusieurs de nos varecs, suivant les indications de M. Gérard.
Plusieurs plantes médicinales , anciennement connues , mais apportées autrefois de l'étranger, sont actuellement communes dans nos jardins; le lobelta syphilitica de Virçinie, le jalap du Mexique [ctmvolvulus jalappà)^ la rhubarbe de Sibérie {rheum paltnatum) ^ celle des Arabes (rheum ribes)^ sont de ce nombre.
L'histoire, jusqu'à présent si obscure, de nos plus importants médicaments végétaux a été singulièrement éclaircie par les botanistes. Vahl , Ruiz , et Pavon , ont les premiers bien distingué les diverses sortes de quinquina , dont plusieurs égalent en vertu le quinquina rouge du Pérou.
Decandolle a montré que l'on confondait en pharmacie des plantes de genre et même de classes diiférentes , sous le nom commun (ïtpécacuanha ( 1 ) .
Sans toutes ces distinctions, sans la fixation précise du degré de vertu de chaque espèce, il est impossible à la médecine de rien prescrire de certain sur les doses et l'efficacité des médicaments.
Les botanistes n'ont pas mis moins de zèle à propager les plantes aromatiques ou alimentaires qu'ils ont découvertes.
Tout le monde est instruit de leurs suceès dans la transplantation à la Guiane des épiceries des Moluques. Ce monopole a été arraché à l'Orient par des Français, et la culture de ces plantes précieuses portée dans des contrées d'où le retour en Europe sera beaucoup moins pénible et moins coûteux.
Nos îles de France et de Bourbon, qui ont servi d'entrepôt pour celte grande entreprise, en parlagent le bénéfice : elles reçoivent elles-mêmes des espèces nouvelles; le ravendsara de Madagascar, arbre aromatique, y est maintenant naturalisé ; llnde et la Chine lui ont fourni le litchi, le ramboutan, et le mangoustan, dont les fruits sont très agréables.
Les professeurs du Muséum d'histoire naturelle sont parvenus à faire donner à nos colonies d'Amérique l'arbre à pain des lies des Amis. On en fait à présent usage à Cayenne. La canne à sucre vio- Iclte de Batavia remplacera bientôt la canne ordinaire ; elle donne plus de sucre et en moins de temps.
(I) BulleUn des sciences , messidor an x.
La France , déjà si riche en excellents fruits, a reçu le mûrier rouge du Canada, le néflier du Japon, et le noyer pacanier de rA.mérique septentrionale. Ces fruits agréables peuvent encore se perfectionner par la culture.
Une variété de la patate du Mexique, envoyée récemment de Philadelphie, se répand en France : son goût approche de la châtaigne. Ces plantes alimentaires souterraines, qui craignent peu les intempéries, sont une richesse plus certaine encore que les autres.
Les États-Unis nous ont donné une foule de nouveaux bois de charpente et de menuiserie, principalement des espèces de chênes, de fi-ênes, d'érables, de bouleaux, de pins, et de noyers, dont quelques-unes ont encore des usages accessoires très importants.
Le tan du chêne rouge est préféré à tous les autres ; le quercitron, ou chêne tinctorial, aide à teindre les cuirs en un jaune très solide; deux sortes d*érables donnent du sucre ; le tupelo aquatique remplacerait le liège ; le baumier donne un suc utile en médecine ; divers sapins et genévriers aromatisent la bière. Quelques-uns de ces arbres ont l'avantage de bien venir dans des terrains qui n'en nourrissaient pas d'autres de même genre. Le cyprès chauve veut des marais, etc.
La terre de Diémen nous enverrait de même des eucalyptus et des casuarina excellents pour la marine, et dont les diverses qualités s'approprieraient aisément à une foule d*autres usages particuliers. Le phormium tenax de la Nouvelle-Zélande peut servir la marine plus promptement encore par sa filasse, beaucoup plus robuste que celle du chanvre ; il viendra aisément dans nos provinces méridionales.
Nous ne parlerons pas de ce grand nombre de plantes d'agrément qui ornent aujourd'hui nos parterres et nos bosquets, quoique ce soit aussi une utilité que de multiplier ces sortes de jouissances, et que l'architecture et les fabriques en tirent journellement des moyens et des modèles.
C'est en grande partie par cette attention qu'ont toujours eue les naturalistes de réunir dans leur patrie les productions étrangères qui peuvent y réussir, que les peuples civilisés sont arrivés à leur prospérité actuelle. Le même moyen peut l'augmenter encore : les pays étrangers nous offrent bien d'autres plantes utiles ; nos colonies surtout peuvent en recevoir en foule des Indes et des autres pays chauds. Il serait digne d'un gouvernement paternel de les leur donner, et de faire encore pendant la paix ces conquêtes si douces et si peu dispendieuses.
Zoologie.
Le nombre des animaux existants est infiniment supérieur à celui des végétaux , mais on a commencé plus tard et l'on a longtemps