METHODES
Brôngniart a saisi dans la structure du cœur et dans celle des organes des sens et du mouyement les yrais motifs de la diyisiou des reptiles en ordres et en genres (1). Daudin s'est borné à multiplier ceux-ci , peut-élre sans nécessité.
De Lacépède , dans sa grande Histoire des poissons , est entré dans les détails les plus scrupuleux sur les téguments des branchies, sur la disposition des nageoires , et sur tous les autres caractères propres à subdiviser les genres établis avant lui , auxquels il en a ajouté un grand nombre d'entièrement inconnus, les distribuant tous dans un grand tableau très régulier où les téguments des branchies forment un élément nouveau que l'auteur a très ingénieusemeut combiné avec ceux que Linnœus avait employés avant lui (2).
Le nombre des cœurs et la disposition générale des organes du mouvement ont fourni à Cuvier les familles naturelles de la grande classe des mollusques (3) ; Tordre des testacés , fondé autrefois sur le caractère peu important de la coquille , est proscrit et dispersé dans plusieurs classes. La Marck a établi avec autant de soin que de sagacité les genres de coquilles (4).
les crustacés , qu'Aristote avait déjà mis dans une classe à part , se trouvaient confondus par Linnœus dans l'immense famille des insectes. Cuvier et Delà Marck les en ont distingués par des caractères de premier ordre, tirés de leur circulation ; ce dernier sépare même , sous le nom d*arachnides, un certain nombre d'insectes sans ailes.
Les vers à sang rouge, nommés aujourd'hui anneiides par De La Marck , forment une famille caractérisée par une circulation parti* entière que Cuvier a fait connaître , et par un système nerveux dont Mangili a donné la première description.
De tous les animaux les insectes sont ceux qui occupent le plus de naturalistes y à cause de leur nombre effrayant.
Linnaeus, qui les avait assez bien circonscrits, les divisait en ordres d'après des caractères à peu près indiqués par Aristote , et tirés principalement du nombre et de la nature des ailes. Une partie de ces ordres est assez naturelle ; et le perfectionnement le plus essentiel qu'on y ait apporté depuis est la séparation des orthoptères , due à de Geer, à Retzius, et à Olivier.
Cependant Fabricius imagina , en 1775, de les subdiviser comme les quadrupèdes , d'après les organes de la manducation ; et par une patience infatigable il est parvenu à appliquer ce principe aux ordres et aux genres , en se bornant à y joindre le concours des antennes. L'entomologie a gagné par-là non seulement la connaissance positive de toutes les modifications d'un organe important,
(1) Mémoires présentés a l'Iostitnt, 1. 1, p. 587.
(2) HUtolrc naturelle des poissons , déjà citée.
(3) Mémoire lu a la Société d'histoire naturelle de Paris, le 11 prairial an m, imprime dans le Magasin encyclopédique.
(4) Dans le Système des animaux sons vertèbres ; Paris, 1801, 1 vol. in-8®.
142 SGIEPICES PHTSIQUHS.
mais encore une foule de genres et de familles que l'on aurait probablement négligés , en ne considérant pas les insectes sous ce point de vue (1) : cependant il faut convenir que les caractères trop minutieux employés par Fabricius Font très souTent écarté des Trais rapports naturels des genres , surtout dans ses derniers ouvrages.
Vers la fin du dix-septième siècle le célèbre Swammerdam avait indiqué une méthode encore toute différente de ces deux-là , prise de la métamorphose , et principalement de cet état intermédiaire appelé nymphe^ par où il faut que le ver ou larve passe pour devenir insecte parfait.
La vérité est qu'il faut combiner ces trois sortes de caractères pour arriver à quelque chose de naturel , et que l'on doit ici , comme dans toutes les autres classes , avoir égard uon pas à tout un organe considéré en masse, mais à l'influence spéciale de telle ou telle modification sur Têtre qui l'éprouve.
C'est ce que fait Latreille dans son Système des insectes , dont les trois premières parties viennent de paraître. Les plus petits détails d'organisation propres à faire distinguer les familles et les genres y sont exposés, et l'imagination s'étonne à la vue de cette prodigieuse suite d'êtres que le vulgaire aperçoit à peine , et auxquels la nature a prodigué cependant des variétés de formes et de propriétés plus remarquables peut*étre qu'à tous les grands animaux (2).
Les zoophytes ont été établis dans leurs limites «actuelles par Cuvier ; mais De La Marck eu sépare encore quelques genres d'une structure plus compliquée que Les autres , qu'il nomme radiaires.
Tant de travaux et des résultats si heureux dans la partie philosophique de la Mologie autorisent bien à dire qu'elle est en quelque sorte aujourd'hui une science française. Appliquées un jour à toutes les espèces dans un ouvrage général^ nos méthodes obtiendront bientôt une influence universelle.
Progrès d$ ranaiamie comparée*
C'est surtout à l'anatomie comparée que la zool(^ie doit son caractère actuel.
L'exemple des {botanistes avait longtemps fait croire aux zoologistes qu'ils devaient se borner aux caractères extérieurs : il avait déjà fallu du courage à Linnaeus pour prendre de ces caractères dans le nombre des dents ^ encore, pour s'être borné aux dents antérieures , n'en avait-il pas tiré tout l'avantage qu'elles offrent.
(1) Voyex la lUte des ouTrages de Fabricius, donnée à l'article de la Zoologie.
(2) VoyeK de même l'indication des ouvrages de Latreille.
ANATOIIE G0SPA&2E. 143
C'est qae presijue tous les oi^anes des yégétaux sont en dehors; ils n'ont d*estomac et d'inleslius qu*i la surface de leurs racines, de
Eoumon qu'à celle de leurs feuilles; la surface de leur cime aide eauooup au mouvement de leurs fluides et leur tient lieu de cœur ; tout leur système génératif est aussi visible au-dehors et se montre dans la fleur ; taudis que dans les animaux presque tout l'essentiel est en dedans , cœur , vaisseaux , nerfe , cerveau , intestins ; et si on ne les dissèque , on ne peut expliquer ni leur digestion, ni leurs mouvements, ni leurs sensations, ni leur degré d'intelligence.
L'anatomie comparée, cultivée avec beaucoup d'ardeur jusqu'à la An du dix-septième siècle , fut donc un peu négligée dans les deux premiers tiers du dix-huitième. Linnaeus y contribua invoion* tairenient en portant dans l'élude des animaux la marche des botanistes; mais Bufïbn, Daubenton, et après euxPallas, lui opposèrent leur exemple, et rappelèrent l'importance de l'anatomie comparée en zoologie , en même temps que Haller prouvait combien elle peut en avoir en physiologie. John Hunier en Angleterre, les deux Monro en Ecosse, Camper en Hollande, et Yicq-d'Azyr en France, furent ceux qui suivirent les premiers ces indications. Camper porta , pour ainsi dire en passant , le coup d'œil du génie sur une foule d'objets intéressants; mais presque tous ses travaux ne furent que des ébauches; Vicq-d'Azyr, plus assidu, fut arrêté par une mort prématurée au milieu de la plus brillante carrière : mais leurs travaux avaient inspiré un intérêt général , et l'Europe compte maintenant plusieurs savants qui s'occupent soit de disséquer les animaux qui n'ont pas encore été examinés anatomiquement , soit d'employer l'anatomie à déterminer la nature des animaux et à expliquer leurs fonctions , soit enfin de fiiire réfléchir les rayons de Tanatomie comparée sur la physiologie générale (l).
Ëverard Home , en Angleterre , a marché sur les traces de son maître Hunter ; il nous a fait connaître le premier Torganisation singulière de ces quadrupèdes de la Nouvelle -Hollande qui semblent participer de la nature des oiseaux et de celles des reptiles. Ils manquent de mamelles et de matrice ; il sera du plus grand intérêt de connaître leur génération. Ses observations sur la matrice
Le Traité dei dents et let ««très «cr«tt de Bunter , inBérés en partie dans les tran-
» philosophiques ; les œuvres de Camper, recueillies en allemand par Ilarbell,
français par iansen, Paris, 3 yo\. inS^ a^ec un atlas; rAbrégé d'anatomie
irée de Honro le père , traduit par Sue ; TAnatomie et la Physiologie des pois-
(I) Le Traité desdenU et les avtres écWts de Hunter , insérés en partie dans les inn- ■actions i ' — . -
et en
comparée __ .,
sons de Monro le fils, en anglais, et traduites en allemand par Schneider ; les Mémoires de Vicqnl'àsyr, insérés parmi ceux de l'Aoadémie des sciences, et recueillis, mais inoomplétameat, par Moreau, Paris, 3 vol. in-8*; son Recueil de descriptions anatoniques d'animaux, commencé pour rEncyclopédië méthodique, et quelques Mémoires de BrouMouiet, sont, en anatomie comparée, les meilleurs écrits de la période qui « précédé immédiatement celle dont nous faisons l'histoire.
et la gestation du kangaroo, sur la dentition de Téléphant, sur lanatomie du laret, etc. , sont pleines d'intérêt.
Le traité des dents, par Blaque, «contient aussi plusieurs faits nouveaux applicables à Fanatomie comparée, et qui, joints à ceux qu'ont fait connaître Tenon , Home , et Cuvier , portent , à peu de chose près , cette branche de la science à sa perfection.
Dans le même pays Carlisle a fait la remarque intéressante que dans les quadrupèdes très lents , tels que les parresseux , les artères des membres sont excessivement subdivisées à leur origine et se réunissent ensuite pour se distribuer comme à l'ordinaire.
Hatchett a soumis les os et les coquilles à des opérations chimiques analogues à celles que Hérissant leur avait fait subir , et qui ont le mérite d'en expliquer les apparences en faisant connaître leur structure intime (1).
Town&on a fait des observations et des expériences curieuses sur le mécanisme de la respiration des reptiles , qui ont été confirmées par celles de Herold et Rafn , de Copenhague (2).
En général l'anatomie comparée a été cultivée avec succès en Danemarck, ainsi que la zoologie, et l'on doit à Abildgaard et Yiborg de bonnes remarques dans le premier genre comme dans le second (3).
Neergaard , Danois , résidant à Gôttingen , a publié d'excellentes observations sur les intestins des quadrupèdes et des oiseaux (4).
En Hollande Adrien Camper, continuant d'illustrer un nom déjà célèbre, a publié une Anatomie de l'éléphant (4), et se dispose à en faire paraître une des cétacés.
• En Allemagne Blumenbach a enrichi d'observations piquantes presque toutes les branches de la science. Ses comparaisons des animaux à sang chaud et à sang froid, ovipares et vivipares, en sont pleines (5). Il a comparé même entre elles les variétés de Tespèce humaine, et fixé leurs caractères distinctifs.
Albert, de Bremen, a beaucoup travaillé sur les poissons, les cétacés y les oiseaux , principalement sur leurs organes de la vue, et
(l)Les mémoires de Home, Carlisle, et Hatchett, sont insérés dans les transactions philosophiques.
(2) Traités etobserrations sur l'histoire naturelle et ia physiologie, parRob. Townson, en anglais ; Londres , 1799.
(3) Dans les Hémoires de la Société royale et de la Société d'histoire naturelle de Copenhague.
(4) Anatomie et Physiologie comparées des organes de la digestion dans les quadrupèdes et les oiseaux , en allemand; Berlin , 1806, in-8®.
(5) Paris, 1806, grand in-fol.
(6) Spécimen physiologiœ compamtœ animalium calidi sanguinis ; Gôttingen, 1789; ei Spécimen phyaiologiœ comparaiœ aninuUium frigidi sanguinis; ihid. : Décades craniorumt recueil commencé en 1790; et De generis humani varietate natiea; la troisième édition e^t de (Gôttingen, 1795, in-12 : il y en a une traduction française, Paris, 1806, in-8«.
AiVATOMlE COUPâRËE. 145
a donné une bonne anatomie du phoque (1). Il s'occupe en ce moment de publier, sur Tanatomie des cétacés , un traité général qui ne peut être attendu qu'avec impatience.
Hedwig fils et Rudolphi (2) ont examiné avec soin les papilles des intestins.
Fischer, aujourd'hui professeur à Moscou, s'est occupé de la vessie natatoire des poissons, et de l'os intermaxillaiie des quadrupèdes (3). Les bassins de ces derniers ont été comparés par M. Autenrieth, qui en général a porté très loin les rapprochements comparatifs des parties dans tout le règne animal.
Wiedeman , professeur à Kiel , a donné , dans ses Archives zootomiques , des descriptions détaillées de Tostéologie de la tête de plusieurs quadrupèdes , et divers autres morceaux intéressants (4).
Meckel a fait des recherches précieuses sur le thymus et les glandes surrénales des divers animaux (5).
L'Italie, celte terre si éminemment classique pour l'anatomie, a produit encore dans cette période de grands travaux en ce genre.
Les excellents ouvrages de Scarpa et de Gomparetti sur les organes de l'ouïe, de l'odorat, et de la vue, ont presque complètement fait connaître les modifications variées de ces organes dans les diverses classes. Man^ili a démontré les nerfs dans quelques animaux où ou ne les connaissait pas. Nous avons déjà parlé de la superbe Histoire anatomique des cétacés des mers de Naplcs , par Poli , et du grand travail de tloreschi sur la rate.
£n France Cuvier a fait connaître d'une manière générale la struc lure des organes de la voix des oiseaux, et en a expliqué le mécanisme. Bloch et Lalham ont traité de quelques parties du même sujet en Allemagne et en Angleterre.
Cuvier a encore développé le mécanisme des jetsd'eau des cétacés, et les causes qui rendent ces animaux muets : il a donné une corn-
{^araison des cerveaux de diverses classes, et montré les rapports de eurs formes avec l'intelligence et même avec quelques unes des habitudes particulières des animaux. Il a décrit en détail les organes delaciriulation des mollusques et des vers à sang rouge: ilacherché à prouver que les insectes n'ont aucune circulation; et, pour y parvenir, il a décrit la structure de leurs viscères et celle de leurs organes sécrétoires. Ceux-ci sont toujours de longs tubes flottant
(1) Matériaux pour ranatomie et la physiologie des animaux, eu allemand -, Bremen, 1802, in-4<i.
(2) Mémoires d'anaiomie et de physiologie , en allemand ; Berlin , 1802, in-8^. {Z\ Sur les formes de Tos intermaxillaire , en allemand ^ Leipsick , 1800, in-8®.
(4) Les Archives de la loologie et de la xootomie, dont il a paru 4 toI. in-8^ , sont un recueil précieux pour l'anatomie comparée.
(5) Mémoires d'anatomie et de physiologie humaines et comparées, en allemand ; Halle, 1806, in-S*.
TOHI I. 10
dans le fluide nourricier dont ils extraient leurs sucs propres (1).
Geo£Froy a entrepris un grand travail, pour montrer l*analogie de toutes les parties du squelette dans toutes les classes d'animaux vertébrés , quelles que soient les modifications de leurs formes et de leurs connexions.
On connaissait avant lui les organes électriques de la torpille et du gymnote ; mais il a décrit le premier ceux du silure , poisson bien supérieur à la torpille pour la force de celte propriété. Ces organes, toujours disposés par couches, paraissent avoir du rapport avec la pile galvanique. Il est piquant de savoir que les Arabes désignent ces animaux par le même mot que le tonnerre (2).
Buméril a fait connaître le mécanisme de l'articulation du genou et du jarret des oiseaux qui leur permet de se tenir si longtemps sur un pied; et il a rempli de ses propres observations la partie de TAnatomie comparée de Cuvier dont il a été le rédacteur. Duvernoy en a fait autant pour la sienne , et il a publié séparément des observations sur l'existence de l'hymen dans tous les quadrupèdes , et d'autres sur les organes de la déglutition , considérés dans toutes les classes vertébrées.
Il n'existait point avant la période actuelle d'ouvrage général sur lanatomie comparée. Tous les écrits qui portaient ce titre , comme ceux de Severinus , de Blasius , de Yalentin , de Gollins , de Monro, et celui que Vicq-d'Azyr avait commencé pour l'Encyclopédie méthodique, n'étaient que des recueils de descriptions particulières. Les Leçons de Cuvier, publiées par Duméril et Duvernoy (3), en font aujourd'hui un où chaque organe est considéré successivement dans toute la série des animaux. Il a fallu pour cela entreprendre un nombre considérable d'observations et de dissections nouvelles ; mais la richesse des résultats , soit pour la connaissance des animaux, soit pour la théorie générale de leurs fonctions, dédommage amplement de ce travail.
Blumenbach publiait en même temps en Allemagne un traité moins étendu (4), mais qui aura le même genre d'utilité, c'est-à-dire qu'il servira de base a l'enseignement, et de point de départ pour des recherches ultérieures, en même temps qu'il fournira d'abondants matériaux à la physiologie, qui jusqu'à ces derniers temps, faisait de l'anatomie comparée un usage un peu arbitraire, en n'employant presque jamais que des faits isolés.
Peut-être en abuse-t-on un peu aujourd'hui dans un autre sens, en rapprochant d'une manière téméraire et sur des rapports examinés
(1) Les Mémoires anatomiques de Cuvier sont épars dans le Journal de physique et dans le Bulletin des sciences ; mais on en trouve le résumé dans ses Leçons d'anatomie comparée.
(2) Les Hémoires de Geoffroy sont dans les Annales du Muséum.
(3) Paris, ans tiu et xiv, 5 vol. in-8'.
(4) Manuel d'anatomie comparée , en allemand; Gôttingen , 1805, in-8*.