SCIENCES D'APPLICATION
Elles se réunissent toutes dans les deux arts ou sciences prati<|ues de l'agriculture et de la médecine , qui ne sont que des applications générales des connaissances physiques aux plus pressants besoins de rhomme, et dont l'une nous apprend à propager et à entretenir les êtres dont nous nous servons , tandis que 1 autre nous fait connaître les maladies auxquelles ils sont sujets , ainsi que nous et les moyens de les prévenir et de les guérir.
Les êtres organisés sont donc le principal objet de la médecine et de lagriculture ; mais toutes les substances naturelles peuvent devenir leurs agents : la physiologie animale et végétale est leur principale doctrine auxiliaire ; mais il ne leur est permis de négliger aucune des doctrines qui fournissent à celle-là les données dont elle part.
Médecine.
La médecine surtout s'est fiait, dans tous les temps, honneur de l'appui que lui prêtent les sciences naturelles: et les hommes précieux qui l'exercent se sont toujours livrés avec ardeur à l'étude de ces sciences : il faut même reconnaître que c'est à eux qu'elles doivent sans comparaison le plus grand nombre de leurs accroissements. Peut-être n'aurions-nous encore ni chimie, ni botanique, ni anatomie , si les médecins ne les avaient cultivées , s'ils ne les avaient enseignées dans leurs écoles, et si les souverains ne les avaient encouragées, è cause de leurs rapports avec l'art de guérir. Aujourd'hui même que ces sciences , sorties du cercle de la Faculté , et introduites dans la philosophiegénéraleetdans Téducationcommune, exigent, à cause de leur immensité, des hommes qui s'y livrent presque entièrement , leur influence sur la médecine reste encore plus sensible que sur toutes les autres professions; et tout ce que nous avons dit de leurs progrès pourrait presque être compté au nombre des siens.
Cependant , pour éviter les répétitions , nous ne considérerons plus les parties de l'étude médicale que nous avons déjà envisagées dans
dans des rapports plusg^énéraux, et nous nous bornerons ici à tracer les prog;rès particuliers de la connaissance des maladies et de Tartde les prévenir ou d'y remédier.
L'économie or,q^anîque est tellement réglée , toutes les fonctions qui concourent à la maintenir ont entre elles des rapports si étroits que les maladies mêmes sont assujéties à une marche fixe , et que chacune d'elles a ses symptômes , ses périodes et sa durée, sur lesquels l'homme habile se méprend rarement.
Mais si la physiologie, qui considère l'être vivant dans son état régulier et ordinaire . est encore si loin d'être devenue une science entièrement rationnelle, combien la pathologie, ou l'étude de ces irrégularités qui, toutes constantes qu'elles sont dans leur marche , n'en troublent pas moins l'ordre commun des fonctions, sera-t-elle plus éloignée encore de cet idéal de perfection f
Nous voilà donc revenus à cette obligation d'observer , de réduire nos observations en histoires comparables, et d'en tirer quelques règles d'analogie qui puissent nous faire prévoir les phénomènes d'après ceux qui ont eu lieu dans des cas semblables.
S'il était possible d'élever ces analogies à un degré de généralité tel qu'il en résultât un principe applicable à tous les cas, on aurait ce que l'on entend par les mots de théorie médicale; mais, quelques efforts qu'aient faits depuis faut de siècles les hommes de génie qui ont exercé la médecine , aucune des doctrines qu'ils ont proposées sous ce titre n'a pu encore obtenir un assentiment durable. Les jeunes gens les adoptent chaque fois avec enthousiasme, parce qu'elles semblent abréger l'étude , et donner le fil d'un labyrinthe presque inexlricnble; mais la plus courte expérience ne tarde point à les désabuser.
Les conceptions des Stahl , des HofFman , des Boerhaave , des GoUen, desBrown, seront toujours considérées comme des tentatives d'esprits supérieurs; elles feront honneur à la mémoire de leurs auteurs , en donnant une haute idée de l'étendue des matières que leur génie pouvait embrasser, mais ce serait en vain que l'on croirait y trouver des guides assurés dans l'exercice de l'art.
La théorie médicale de Brown avait des titres marqués au genre de succès dont nous ayons parlé, par son extrême simplicité et par quelques changements heureux qu'elle a introduits dans la pratique. La vie représentée comme une sorte de combat entre le corps vivant et les agents extérieurs; la force vitale considérée comme une quantité déterminée dont la consommation , lente ou rapide, retarde ou accélère le terme de la vie , mais qui peut l'anéantir par sa surabondance aussi bien que par son épuisement ; l'attention restreinte à rintensité de l'action vitale , et détournée des modifications qu'on est tenté de lui supposer; la distribution des maladies et des médicaments en deux classes opposées selon que l'action vitale se trouve excitée ou ralentie; toutes ces idées semblaient réduire l'art médical
MÉDEQNE. Idl
à un petit nombre de formules : aussi cette doctrine a-t-çlle joui pendant quelque temps en Allemagne et en Italie d'une fayeur qui allait jusqu'à la passion ; mais il parait qu'aujourd'hui ce qu'elle a rrinçonieux ne fait plus méconnaître l'injustice de l'exclusion qu'elle donne pour ainsi dire à l'état des organes et à la grande variété des causes extérieures qui peuvent influer sur les altérations des fonctions.
11 en a été à peu près de même des modifications que quelques médecins, tels gue Boschiaub , Joseph Franck, etc., ont essayé de lui faire subir, et <^ui ont donné lieu à autant de systèmes divers , que l'on a compris sous le titre général de théorie de Vincitalion (l).
Quant aux essais plus nouveaux tentés en Allemagne par les sectateurs de ce qu'on appelle en ce ipai^^s-lk philosophie de la nature, on peut déjà en prendre une idée par ce que nous avons dit de leur physiologie. Ils se placent à un point de vue si élevé que les détails leur échappent nécessairement; et la pratique de la médecine n'offre que des détails et des exceptions : aussi ne paraissent-ils avoir obtenu qu'une influence momentanée sur l'exercice de rart(2)» Au reste on peut remarquer ici qu'il y a dans l'histoire des théories médicales, comme dans celle de la physiologie , une sorte d'oscillation remarquable et tout à fait correspondante à celle de la philosophie générale à chaque époque. Les idées chimiques, les idées mécaniques , s'étaient succédé et combattues dans le dix-septième siècle; on en était revenu pendant le dix-huitième au pouvoir de l'âme raisonnable sur les mouvements involontaires , au principe vital, à Texcitabilité , ou à telle autre qualité plus ou moins occulte ; et à mesure que la métaphysique se reporte vers les abstractions et la mysticité, l'on voit la médecine chercher à la suivre dans ces régions élevées.
C'est ainsi que les progrès rapides de la chimie moderne avaient encouragé, il y a quelques années, plusieurs médecins à envisager ou expliquer les maladies d'après le genre d'altération dans la composition des organes qu'ils supposaient produire chacune d'elles, et d'où il leur semblait facile de conclure les moyens propres à les guérir.
Beddoes, Darwin, en Angleterre; Reil, George Girtanner, et plus récemment quelques autres médecins, en Allemagne; et
(1) Voyez le Magasin de l'art de guérir j par Roschlaub ; le Dix-huitième tiècle, ou Histoire des découvertes , théories , et systèmes , par M. Hecker , ayec un extrait de son Journal, ainsi qu'un ouvrage plus moderne du même auteur sur l'histoire des théories et des systèmes depuis Hippocrate.
(2) Voyex, sur la médecine des sectateurs de la philosophie de la nature, la Philosophie de la médecine , par Wagner; l'Essai d'un système de médecine, par Kilian; Idées pour servir de base A la nosologie et à la thérapie , par Troxler ; et les ouvrages déjà cités vu Tarticle de la Phonologie : Us sont tous en allemand .
152 SCI£?ÎC£S PHYSIQUES.
Baume en France, ont présenté les plus remarquables de ces essais : mais, quelque vraisemblance que puisse avoir le principe eu {jénéral , et quelque esprit que ces auteurs aient mis dans son emploi, nous avons trop vu ci-devant combien la chimie des corps organisés est encore peu avancée pour que nous puissions en espérer une applicalion détaillée.
Ainsi, de quelquecôté qu'on ait envisagé les analogiesqui résultent de l'observation médicale sur les altérations de Téconomie organique, on ne leur a pu adapter ce lien commun; les observations sont restécsfragmentaires; et la distribution régulière des altérations, d'après ccrtfiinscaraclèresapparenls, est le seulbut que nous puissions jusqu'à présent espérer d'atteindre dans cette partie de la science médicale comme dans toutes les sciences naturelles dont les objets sont un peu compliqués.
Il en résulte ce qu'on appelle nosologie ^ c'est-à-dire un catalogue méthodique des maladies, tout à fait comparable aux systèmes des naturalistes, quoique d'une application infiniment plus difficile, parce que les caractères des naturalistes restent toujours les mômes, tandis que chaque maladie est en quelque sorte un tableau mouvant, et se compose d'une suite souvent fort disparate de métamorphoses. Cependant l'onlonnouce de ce catalogue, sa nomenclature, ses caractères distinctifs, ses descriptions, sont susceptibles d'améliorations journalières ; et l'on a malheureusement occasion d'y ajouter quelquefois des maladies nouvelles.
L'exemple des naturalistes et les perfectionnements introduits dans leurs méthodes distribulives ont beaucoup influé sur cette partie de la science médicale. Sauvages et Linnaeus essayèrent, il y a environ cinquante ans, d'y porter une partie delà précision et de la netteté qui venaient d'être introduites en botanique; mais on sent que les maladies n'étaient pas si aisées à diviser ni à caractériser que les plantes. Le défaut le plus important, et cependant leplusdifficile à éviter , c'était la variation du principe de distribution. On l'a pris tantôt dans les symptômes, tantôt dans les causes, tantôt dans les sièges des désordres. Mais les sièges ne sont pas toujours faciles à découvrir : les causes se compliquent d'ailleurs à l'infini et ne sont pas dans un rapport direct avec les symptômes; on perd souventde vue la première de toutes, et plus souvent encore on les conclut d'après une pathologie hypothétique : aussi ne voit-on que trop les distributions nosologiques varier avec chaque système médical. Les symptômes eux-mêmes sont exposés aux variations les plus bizarres; et l'on ne peut en un mot suppléer à ce défaut de principes rigoureux de distribution que par des descriptions bien complètes.
C'est la voie qu'ont tentée les plus grands médecins de tous les siècles, ceux que l'on regarde encore comme les guides les plus sûrs dans l'exercice de l'art ; et tout récemment Pinel a cherché à la
suivre fidèlement dans sa Nosographie philosophique (l), ouvrage dont les divers articles sont regardés comme autant de tableaux affligeants sans doute , mais parfaitement ressemblants, des maux qui nous assiègent. Cependant Fauteur n'a point négligé la partie distrîbuiive; mais il en a cherché les bases dans ce que Ton a de plus certain. Ses classes sont fondées sur les modes de lésion , ses ordres sur les sièges ; et les considérations qui ont servi de fondement à cette dernière distribution ont précédé et préparé celles qui ont guidé Bichat dans ses recherches anatomiques sur les membranes.
Indépendamment des ouvrages généraux de pathologie et de nosologie, les médecins ont fait des travaux particuliers sur certaines classes ou, comme on pourrait s'exprimer, à l'exemple des naturalistes, sur certaines fîimilles de maladies, soit qu'ils aient choisi pour cela les maux les plus communs , soit que des circonstances malheureuses leur aient donné sujet d'en observer déplus rares (2).
Ainsi l'expédition d'Egypte a fourni quelques occasions de mieux connaître la nature de la peste et d'observer plus fréquemment la lèpre, et quelques autres de ces maladies endémiques dans l'Orient, dont In police bien entendue de nos lazarets a depuis si longtemps préservé la chrétienté (3).
Jamais on n'a mieux senti l'imporlance de cette police que lorsqu'une maladie désastreuse , concentrée dans quelques parties de la zone torride, après avoir dévasté les Etats-Unis, est venue désoler divers cantons de l'Espagne et, pendant quelque temps, menacer toute l'Europe.
Le gouvernement a envoyé en Espagne des médecins chargés de recueillir sur la fièvre jaune tous les renseignements propres à en faire connaître la nature et le traitement, ainsi qu'à indiquer les précautions nécessaires pour s'en préserver. Les médecins espagnols et coux de Gibraltar leur ont communiqué, avec le zèle le plus louable, toutes leurs observations qui , rapprochées de celles des médecins de Livourne, des États-Unis , et de Saint-Domingue, donneront un corps de doctrine aussi complet qu'il est possible de l'attendre. On ne peut qu'eu désirer la prompte publication (4).
En généjal les Anglais et les Américains ont particulièrement
(1) ?io8ograpbie philosophique, ou Méthode de Tanalyse appliquée a la médecine : la troiiième édition, en 3 Tol.in-S^ est de 1807.
(2) On trouvera rénumération des ionombrables observations de maladies particulières, dans la Bibliotheca medicinœ praticœ nalis de Ploucquet , et dans les journaux. U nous était impossible d'entrer dans ce détail.
(3) Voyez In Relation chirurgicale de l'expédition d'Egypte et de Syrie, par Lnrrey; Paris, 18U3. 1 vol. iii-8®; et l'Ilistoire médicale de l'armée d'Orient, par Desgenetlcsj ibid,, an x. Consultez aussi les ouvrages de Pugnel et Pouqucville.
(4) Voyei, sur la fièvre jaune , les ouvrages de Devèie ; Paris , an xu ; de Yalentin ; i6iV/., 180»i; de Berthe; Montpellier, 1804 ; et llli^toire médicale de l'armée de Saint- Domingue en l'an x, par Gilbert ; Paris, an xi.
travaillé sur les maladies des pays chauds. John Hunter, Gilbert, Blane , Chalmer , et surtout Jackson Rush , doivent être cités avec élofje. Le radsygîn des Norvégien s, lepokolwar de Hongrie, lepelagra des Milanais, ont donné Heu à de nouvelles recherches ; le crétinisme, le pemphigus, ont été examinés avec plus d'attention (1).
La fameuse plique polonaise a été étudiée , pendant les campagnes de Farmée française , par des médecins exempts des préjugés accrédités depuis longtemps dans le pays. Il parait constant aujourd'hui que l^on peut, sans danger, couper les cheveux mêlés; qu'il n'en découle ni sang ni autre humeur : quelques uns même vont jusqu'à soutenir que la plique n'est pas une maladie réelle, et que la malpropreté seule feutre ou colle les cheveux (2).
Quelques maladies communes parmi nous ont aussi donné lieu à des ouvrages particuliers qui en ont plus ou moins perfectionné la connaissance. Tels sont ceux de Portai sur le rachitis et la phthisie , qui ont été répandus par ordre du gouvernement et traduits dans plusieurs langues; le Tableau des névralgies, par Chaussier, qui a remis de l'ordre dans une famille de maux mal distinguée. Une grande partie des thèses soutenues dans l'École de médecine sont d'excellentes monographies de certaines maladi'es, et donnent une haute idée des études qui préparent lesjeunes gens à débuter d'une manièreaussi brillante; quelques unes, développées par leursauteurs, sont devenues des ouvrages importants (3).
Alibert a essayé avec succès , à l'exemple de l'Anglais Willan et de quelques Allemands, d'appliquer aux maladies de la peau ce même luxe d'images que Ton a introduit dans la botanique et dans la zoologie (4). Halle avait proposé depuis longtemps cet emploi des arts , et les écoles de médecine s'en étaient servies en particulier pour la vaccine. Cette sorte de description , qui parle aux yeux, surpasse en cflFet en vivacité les paroles les plus expressives pour tout ce qui a rapport aux couleurs et aux figures; mais comme aucune personne n'est précisément malade comme une autre, on ne peut donner de nos infirmités que des portraits individuels , tandis que dans les êtres réguliers l'individu représente l'espèce.
C'est malheureusement, comme nous l'avons déjà dit , une dif&-
(1) Finke a cherché A réuDÎrdans sa Géographie médicale, publiée en 1792, ce qui ge trouve épars dans les divers voyageurs sur les maladies endémiques.
(2) Mémoires présentés à Tlnstitut par Boussille-Chamseru et Larrey. Voyezaussi ceux de de Lafontaine , pour l'opinion contraire.
(3) Tel est surtout le Traité des fièvres ataxiques , par Alibert. On a encore remarqué, parmi les thèses médicales, celles de Pallois, sur l'hygiène navale; de Bayle, sur les pustules malignes ; de Blattin , sur le catarrhe utérin ; de Schwilgué , sur le croup ; de Royer-Collard, sur l'aménorrhée; de Duvernoy , sur l'hystérie; de Tartra, sur les empoisonnements par l'acide nitrique ; de Rouard y sur ceux du vert-de-gris , etc. Plus de détails nous mèneraient trop loin ; et il nous a été impossible seulement de connaître les bonnes thèses étrangères.
(4) Description des maladies de la pcau: Paris , in-fol. Cet ouvrage a été commenceen 1806.
cutté générale de toute la nosologie ; mais c'est aussi ce qui rend si nécessaires et si glorieux les travaux des hommes qui s'attachent ainsi, àFexemple du père de lamédecine, à décrire scrupuleusement les maladies, à les caractériser ayec exactitude, et à donner plus d'étendue et de solidité à cette science, premier fondement de l'art de guérir , comme les systèmes de nomenclature sont les premières bases de l'histoire naturelle.
Néanmoins comme l'histoire naturelle a encore sa partie rationnelle où elle calcule l'influence des formes et de l'organisation des êtres sur les phénomènes qu'ils présentent, on doit chercher aussi à ajouter à la simple description de chaque maladie des recherches sur son siège, sur les altérations primitives qui Tont occasionnée, etsur la nature intime des désordres qui l'accompagnent et qui la suivent.
Cette partie rationnelle de la pathologie, ou cette physique des maladies , communément appelée étiologie^ beaucoup moins avancée que leur description, est aussi beaucoup plus difficile , parce que l'examen anatomique des cadavres et la comparaison chimique de leurs liquides et de leurs sohdes , qui forment ses deux principaux éléments, nepeu vent avoirlieu qu'à uneépoqueoù tout est consommé, et qu'elle participe d'ailleurs de toutes les difficultés delà physiologie ordinaire.
Nous avons déjà parlé , dans Thistoire de la chimie , des connaissances acquises dans ces derniers temps sur les altérations chimiques de l'urine, du sang, de la substance des os, et sur la nature des concrétions calculeuses , biliaires , goutteuses. Ce sont là autant de vrais progrès pour cette partie de la médecine.
L'examen des cadavres, ou ce qu'on appelle anatomie pathologique^ n'a pas été moins fécond. Déjà , avant l'époque dont nous parlons , cette partie de la science médicale possédait beaucoup de matériaux recueillis par Baillie, par Voigtel. Les cabinets de Hunter à Londres, de Sandifort et Brugmans à Leyde , Bonn à Amsterdam, Walther à Berlin , Meckel à Halle, ceux de Vienne , de Pavie , de Florence, avaient offert d'importants objets d'étude : mais nos Français semblent s'y être particulièrement livrés dans ces derniers temps.
Portai, a donné, dans un grand traité sur ce sujet, les résultats de sa longue expérience (1). L'École de médecine a fortement excité l'ardeur des jeunes gens à cet égard; et plusieurs centaines d'ouvertures qui ont été faites dans ses laboratoires promettent un grand ensemble d'observations sur la fréquence de chaque genre de lésions organiques , sur leur nature , leurs nuances , et leurs rapports avec les symptômes observés pendant les maladies auxquelles elles correspondaient (2).
(1) Cours a*aaatoinie médicale; ParU, 1804, 6 vol. in-8®.
(2) Dupuytren, Bayle, Laenneci etc., se sont surtout occupés de ce genre de recherches , auquel Bichat avait aussi donné une grande inspulsion.
Parmi tous ces travaux d'anatomie pathologique , se distinguent éminemment ceux de Corvisartsurles maladies organiques du cœur, dont le précieux recueil vient d'être rendu public par Horeau (1). Il en résulte qu'elles sont beaucoup plus communes qu'on ne le croyait jusqu'ici, et que c'est à elles qu'une foule de maladies que l'on regardait comme primitives , telles que beaucoup d'hydropisies de poitrine et autres, doivent leur origine.
Cette connaissance intime de la nature de nos maux serait l'indication la plus sûre de la possibilité et des moyens d'y remédier : aussi a-t-elle fourni, dans ces derniers temps, plusieurs vues que le succès a justifiées. Ainsi l'altération presque végétale de l'urine dans le diabètes a indiqué son traitement par l'usage exclusif des matières animales joint à l'emploi des alcalis et de l'opium ,• l'analyse des divers calculs a donné l'espoir de parvenir à en dissoudre quelques uns par des injections appropriées : les notions acquises sur la fréquence des maladies organiques et sur leurs symptômes extérieurs ont au moins l'avantage de montrer dans quels cas il est inutile de tourmenter le malade par des remèdes impuissants.
Cette connaissance physique des maladies est cependant encore tellement imparfaite que nous serions bien malheureux si la partie de la médecine qui s'occupe de guérir n'avait pas d'autre base : heureusement il existe une suite d'observations régulières, une tradition transmise par les siècles , qui prescrit les méthodes et fournit les remèdes , et qui , en sa qualité de corps de doctrine expérimentale, est susceptible de perfectionnements journaliers, indépendants d'une étiologie encore absolument nulle dans un si grand nombre de cas. Parmi ces perfectionnements dictés par la simple expérience , et fondés sur des essais répétés à l'infini , nous devons placer surtout ces méthodes plus généralement excitantes , plus actives , qui se sont introduites dans la pratique , et l'abandon de ces traitements affaiblissants , de ces purgations continuelles , qui semblaient si bien faire l'essence de la médecine quelles s'en étaient approprié le nom; nous devons y placer aussi l'emploi plus fréquent de quelques remèdes actifs que la mollesse des mœurs avait trop longtemps fiiit négliger.
Les améliorations du traitement des aliénés tiennent à des études d'un ordre plus élevé , à l'observation suivie de leur état moral et des aberrations de leurs idées, dont on a d'abord été redevable aux Anglais et aux Allemands, mais qui s'est introduite en France avec
(1) Eisai sur les maladies et les lésions organiques du cœur; Paris, 1806, 1 vol, in-8*. Depuis Corvisarl a encore publié un ouvrage vraiment classique; sa traduction et son commentaire de la Méthode d'Avenbrugger pour connaître les maladies internes de la poitrine par la percussion; Paris, 1808, I vol. in-S^.
MÉDECIISE. 157
beaucoup de succès , et dont Pinel (1) et d'autres médecins ont obtenu d'admirables résultats, en faisant venir la psychologie la plus délicate au secours de l'art de guérir.
On a imaginé et l'on commence à employer fréquemment un heureux moyen de constater les résultats généraux des divers essais, et d'assigner la véritable valeur des probabilités sur lesquelles reposent presque uniquement la plupart de nos méthodes, en soumettant en quelque sorte au calcul l'expérience médicale : ce sont les tables comparées qui présentent d'uu seul coup d'œil le tableau de toute une épidémie , ou des longs résultats de la pratique d'un hôpital. Pinel en a donné un exemple intéressant sur les aliénations mentales , et le plus ou moins de probabilité qu'il y a d'en guérir chaque espèce (2).
Hais de toutes les applications que Ton a pu faire de ces tables , il n'y en aura peut-être jamais d'aussi satisfaisantes , d'aussi admi* râbles même , que celles qui concernent la vertu préservative de la vaccine , et leur comparaison avec celles qui retracent les ravagées de la petite-vérole (3). Aussi , quand la découverte de la vaccme serait la seule que la médecine eût obtenue dans la période actuelle, elle suffirait pour illustrer à jamais notre temps dans Thistoire des sciences^ comme pour immortaliser le nom de Jenner , en lui assignant une place éminente parmi les principaux bienfaiteurs de l'humanité.
Il n'est pas nécessaire que nous rapportions en détail les expériences qui ont été faites pour constater l'efficacité de la vaccine. Depuis 1708 que Jenner publia les siennes, il en a été fait dans tous les états éclairés ; tous les gouvernements les ont ordonnées et surveillées ; tous les hommes bienfaisants y ont pris part. En France, surtout, une souscription volontaire, proposée par M. deLiancourt, ayant contribué aux premiers frais, un comité d'hommes instruits nommés par les souscripteurs a soumis ce merveilleux préservatif aux épreuves les mieux raisonnées; il a entrée tenu constamment un foyer de matière vaccine , d'où il en a répandu dans toute TEurope. En un mot il n'y a point , dans la nature, de phénomène à la fois aussi surprenant et aussi certain que celui-là ; et l'on ne sait plus de quoi l'on pourrait désespérer maintenant, quand on songe que quelques atomes de matière purulente , recueillis sur des vaches du Devonshire, sont devenus un véritable talisman qui fera bientôt disparaître l'un des plus cruels fléaux qui aient jamais accablé l'humanité (4).
(1) Tnité médico-philofophiqiie rar raliéoation mentale on la manie; Paris, an ix,
(2) Hémoiref de l'Institut, 1807, premier semestre, p. 169.
(3) Voyet Analyse et Tableaux de rinfloeuce de la petite-vérole sur la mortalité, etc., pir DwUlardj Paris, 1806, in-4».
(4) Consultes le Rapport du comité central de vaccine } Paris , 1803, 1 yol. in-8^} le
L'action des acides minérauz , et princtpalemeiit de l'acide mnriatique oxygéaé , pour détraire les miasmes contagieux , est encore une des découvertes modernes les plus utiles et les mieux certifiées
tmr des expériences nombreuses et rigoureuses. Les États-Unis , 'Espagne, nos hôpitaux, nos prisons, ont eu mille occasions de s'en féliciter; et la voix publique a applaudi à l'honorable récompense décernéeparle gouvernement à Guy ton deMorreau, principal auteur de ce nouveau bienfeit de la science (1).
Les trois règnes de la nature ont encore fourni à la médecine d'autres médicaments, dont la plupart se bornent à exercer une action générale d'incitation ou d'affaiblissement, mais dont quelques uns paraissent aussi avoir une vertu tout à fait spécifique sur certaines fonctions.
La digitale pourprée , en ralentissant le pouls , promet d'être utile à beaucoup de phthisiques; le suc de belladonne, en paralysant momentanément l'iris , aide à faire avec plus de facilité 1 opération de la cataracte. L'usage des topiques arsenicaux contre les ulcères chancreux de la face , des pommade's oxygénées par l'acide nitrique contre les maladies psoriques , du charbon contre les ulcères fétides, des salivations roercurielles contre les affections aiguës du foie et l'hydrocéphale interne , de certains mélanges gazeux contre diverses affections pulmonaires , du sénéga contre le croup , de la gélatine contre les fièvres intermittentes , du nitrate d'argent contre l'épilepsie, de la pensée contre la croûte laiteuse , de Téther alternant avec les purgatifs contre le ver solitaire, du quinquina contre plusieurs poisons métalliques, du galvanisme contre quelques paralysies, semble s'accréditer ; mais leur action , comme celle de presque tous les médicaments , se complique si fort avec les divers états des malades, qu'une longue suite d'observations peut seule parvenir à en mettre l'efficacité au rang des vérités démontrées (2). Ce n'en sont
)as moins des instruments de plus que l'art possède , et qui peuvent
e servir quand ses moyens anciens l'abandonnent.
On doit mettre aussi dans le nombre de ces secours que lui ont procurés les sciences physiques l'établissement en grand des eanx
Rapport faite l'Institut par Halléi et les Recherches historiques médicales rar la yacciiie par HussoD ; Paris, 1803, in-$*, troisième édition.
(1) Traite des moyens de désinfecter Tair, etc. La troisième édition est de 1805, 1 vol. in-8^; mais la découverte date de 1773, et fut annoncée dans le Journal de physique , t. I, p. 436.
(2) On conçoit qu'il a été impossible, dans un ouvrage tel que celui-ci, d'entreprendre rénumération de cette prodigieuse quantité de remèdes employés et vantés dans cette période aussi bien que dans toutes les autres. On ne pouvait non plus analyser toutes les observations particulières publiées parles médecins; ipais on est obligé de renvoyer le lecteur aux journaux estimables publiés , sur la médecine, par Leroux, Sedillot, Graperon, etc., et aux Mémoires des sociétés savantes. Il y a aussi dans l'étranger de grandes collections périodiques de ce genre, parmi lesquelles on doit distinguer le Journal de Dufeland.
minérales artificielles. Sans atteindre entièrement le but des eaux naturelles, elles en o£Frent cependant les principaux avantages, débarrassés de ces nombreux obstacles qu'opposent à leur emploi les distances et les saisons.
Un Téritable progrès de Vart est encore d'avoir banni de l'usage plusieurs drogues exotiques et rares qui n'avaient point d'avantage
Earticulier , et la plupart de ces compositions compliquées si célères dans les temps d'ignorance; d'avoir simplifié et rendu plus constante, en vertu des nouvelles lumières de la chimie, la préparation d'un grandnombre de médicaments connus ; d^avoir appliqué, d'après les règles de l'histoire naturelle, des caractères plus certains aux substances médicamenteuses; mais il serait difficile d'assigner en particulier chacun des faits nouveaux dont se compose cet ordre de recherches, et de nommer spécialement tous les médecins auxquels on les doit; nous ne pouvons que renvoyer aux ouvrages dont Alibert (l), Barbier (2) , Schwilgué (3) etSwediaur (4) ont enrichi en Trance cette partie de l'art qu'on appelle matière médicale (5).
Dans ces divers ouvrages, et dans ceux que quelques étrangers ont publiés sur le même sujet, les substances médicamenteuses sont classées d'après différents points de vue : les uns ont pris pour principe de distribution la tamille naturelle d'où chaque substance est tirée; d'autres, la composition que l'analyse chimique a cru y démêler; d'autres encore, le système organique sur lequel elle exerce sa principale action ; enfin les médecins qui se sont attachés à la doctrine de Brown ont principalement considéré l'excitation ou l'affaiblissement que chaque substance parait produire. A force de multiplier ainsi les aspects sous lesquels on a envisagé les médicaments, on n'a pu manquer d'en étendre la connaissance.
Les changements survenus dans le langage et la théorie chimiques en ont exigé d'analogues dans les codes pharmaceutiques : la ville de Nancy a donné la première en France l'exemple de les y introduire; et le respectable Parmentier vient de le faire avec autant de succès que de zèle pour celle de Paris. Les pharmacopées des autres états ont également été mises au niveau des connaissances actuelles (6).
Au reste, il est une remarque essentielle à faire ici ; c'est que la médecine n'est point, comme les autres sciences , tout entière dans
(1) nouveaux ÉlëmenU de thérapeutique et de matière médicale; Paris , 1808, 2 Toi. in-8*.
(2\ Principes généraux de pharmacologie; Paris, 1805, in-8^. (3) Traité de matière médicale ; 1805, 2 vol. in-12. (4\ MaUtfia medica ; Paris, an viii, in-12.
(5) Les travaux modernes sur la matière médicale en Allemagne sont consignés, ou au moins rappelés, et les sources indiquées dans les ouvrages de Burdach.
(6) On trouvera dans la pharmacie de Dorfurt l'indication de ce qui a été fait sur cet <>bjet en Allemagne par Rose, Tromsdorf , Buchoh, etc.
les livres : aussi bien que tous les arts pratiques, elle est différente dans chacun de ceux qui Texercent ; et tous les livres ne seraient rien sans le génie et le talent particulier des individus. Aussi , pour avoir une histoire complète des progrès de la médecine, Faudrait-il connaître tous les changements introduits dans les procédés de celte foule d*hommes utiles occupés de toute part à soulager l'humanité souffrante; mais cette seule recherche exigerait un temps et son exposition demanderait un espace qu'il nous est impossible de trouver dans un travail comme celui-ci : nous nous bornerons donc à indiquer quelques uns des grands praticiens qui ont publié les recueils d'observations les plus importants , tels que les Pierre Franks, les Reil , les Uufeland , les Quarin , les Formey , parmi les Allemands ;. les Heberden , les Fordyce , les Lettsom , les Gregory , les Duncan , parmi les Anglais; les Cotugno, les Cirillo, parmi les Italiens. Les noms des meilleurs praticiens français sont connus universellement; et ce n'est pas à nous à donner notre voix dans un jugement qui est plus qu'aucun autre du ressort du public.
Si l'on trouvait notre énumération des principaux progrès de l'art de guérir bien sommaire en comparaison de la quantité immense des ouvrages qui ont paru sur son ensemble et sur ses diverses parties , nous répondrions qu'en effet nous n'osons assurer que nous n'ayons pas omis de rappeler quelque pratique avantageuse consignée dans ces innombrables écrits, surtout dans ceux des étrangers: mais nous avons lieu de croire que nos omissions ne sont point proportionnées à la quantité de ces ouvrages, attendu que la médecine a encore cela de différent des autres sciences naturelles, que l'on peut y être porté à écrire par beaucoup d'autres motifs que celui d'annoncer des vérités nouvelles.
La chirurgie , ou médecine opératoire, est dans le même cas; et ce serait un travail au-dessus de nos forces que d'étudier assez profondément cette multitude de livres chirurgicaux qui ont paru depuis 1789, pour être en état de dire avec précision ce que chacun d'eux a ajouté d'utile et de certain aux procédés connus. Il n'est pas même aisé d'assigner le moment où chaque procédé atteint sa perfection ; l'observation les prépare quelquefois longtemps d'avance « la voix des hommes accrédités engage à les mettre en pratique, l'expérience et le temps seuls les consacrent. La guerre elle-même a contribué à augmenter le nombre ou la certitude de ces procédés ; le caractère dislinctif des plaies d'armes à feu a été mieux connu: le cas où l'amputation devient nécessaire, et l'instant où elle est le plus favorable , mieux déterminés; l'avantage de conserver le plus possible de chairs et de téguments , mieux constaté : les instruments pour l'extraction des corps étrangers, simplifiés; la suture abandonnée dans presque toutes les plaies simples; les onguents bannis dans les plaies avec perte de substance.
On doit compter sans doute aussi parmi les progrès de la chirurgie
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nûlitaire cette discipline active par laquelle on est parvenu à rapprocher la promptitude des secours de celle des moyens dedestruclion, et à conserver quelques défenseurs de plus à la patrie , en inspirant à ceux qui les soignent un dévouement et un courage semblables aux leurs. Le Manuel de chirurgie des armées de Percy , les Observations de chirurgie faites en Egypte par Larrey, sont de beaux monuments des services rendus par l'art médical à cette classe respectable qui sacrifie son existence à la gloire et à la défense de la patrie.
Les chirui^iens sédentaires profitent pendant ce temps de leur position plus tranquille , pourimaginer et donner à l'art des moyens encore plus sûrs et plus délicats.
L'utilité de la trachéotomie pour enlever les corps étrangers de la trachée-artère a été démontrée par Pelletan. Descharaps a fait voir qu'on peut lier certaines artères au-dessus d'un anévrisme , et les laisser s ohlitérer sans danger et sans récidive. Dans l'anévrisme faux on est allé chercher l'artère blessée aux plus grandes profondeurs , et l'on a réussi k la lier avec des rubans et un instrument nouvellement imaginé. Scarpa a enrichi Fart d'un ouvrage général sur l'anévrisme, où il apprécie toutes les méthodes de le traiter (1). L'opération de la symphyse a été pratiquée heureusement par Giraud. La création d'une pupille artificielle, quand la véritable est obstruée, est devenue une opération facile et sûre pour Demours, Maunoir, et, d'après leur exemple, pour la plupart des chirurgiens. Himiy et Cooper ont proposé et même quelquefois pratiqué avec succès , la perforation du tympan dans certaines surdités. Guerin de Bordeaux a imaginé un instrument qui donne la plus grande précision à Topération de la taille , et un autre qui facilite celle de la cataracte. Sabatier a montré la nécessité du cautère actuel contre la rage , et désabusé des remèdes illusoires avec lesquels on se flattait de prévenir ce mal affreux (2). En général on doit dire que la chirurgie française se maintient dans cette gloire dont une longue suite d'hommes de mérite l'a fait briller, depuis plus d'un siècle , et que tout annonce que les maîtres qu'elle a perdus dans cette période ne manqueront point de successeurs (3). Flajani, Pajola, en Italie^ Cline, Home, Tell, en Angleterre; Mursinna , Siebold, Richter, en Allemagne, et beaucoup d'autres sans doute soutiennent et étendent cet art dans leur pays.
(1) Pavie, 1804, in-fol., en italien, n y a une traduction allemande avec des additions, par Horlesd'Erlang; Zurich, 1808, in-4<>.
il) Mémoires de TlnsUtut; Sciences physiques, t. II, p. 249. 3) ^Allemagne possède dans la Bibliothèque chirurgicale de Kichter un excellent recueil d'analyses aes ouvrages chirurgicaux qui ont paru depuis Tingt ans, et des prin* cipailea déo«irrerte« dont l'art s'est enrichi dans le même interralle. D'autree ouvrages périodiques semblables ont été entrepris depuis par Loder, Uursinna, Siebold, et autre*. Le Dictionnaire de chirurgie de Bemstein s'enrichit par des suppléments assex complets, qu'on publie de temps en temps.
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162 SGIENCXS PHYSIQUES.
Nous le répétons , en effet , toutes ces découvertes 9 tous ces procédés plus ou moins ingénieux, tous ces traitements, tous ces remèdes plus ou moins efficaces, n'existent en quelque sorte pour Tart qu'autant queles indi?idus sont habiles à les mettre en pratique; et, sous ce rapport, le perfectionnement de Tinslruction intéresse plus essentiellement la médecine que les sciences purement théoriques. La France peut se flatter d*avoir éprouvé eu ce genre les améliorations les plus importantes, dans Tépoque dont nous traçons l'histoire. On a cherché à s'y rapprocher des exemples que donnaient depuis longtemps les universités de Pavie, de Halle, d'Edimbourg, de Vienne , etc. ; on les a même surpassés. Trois grandes écoles y ont été fondées avec toutes les chaires et tous les secours matériels nécessaires pour l'enseignement le plus o.omplet : les différentes parties de lart qui peuvent bien être exercées séparément , mais dont les principes et l'enseignement sont nécessairement les mêmes, y ont été réunies ; la clinique surtout, cette instruction si importante, qui se donne au lit des malades, et qui n'existait point auparavant «n France par autorité publique, y a été établie et organisée sur.le meilleur pied; les élèves qui montrent le plus de dispositions sont exercés sous les yeux des maîtres, et les secondent dans leurs recherches pour les progrès de l'art ; en un mot , on peut dire sans hésiter, que de toutes les parties de l'instruction publique, c'est peut-être à celle-ci qu'il y a le moins i désirer : elle deviendra .parfaite, si l'on arrive à rendre les réceptions des médecins, et surtout celles des chirurgiens , un peu moins faciles ; et le moyen en est bien simple, car il suffit pour cela de ne pas faire dépendre la fortune des examinateurs de leur indulgence.
Les ouvrages élémentaires publiés par quelques uns des professeurs ne sont pas au moindre rang des moyens d instruction : la nature de ce rapport ne nous permet que de rappeler en peu de mots ceux où Sabatier et Lassus ont consigné les résultats de leur longue et heureuse expérience dans la médecine opératoire; celui que Kicheranda intitulé Nosographie chirurgicale {\) y où il se montre un digne élève de l'un des plus grands maîtres que son art ait possédés, Desault, qui a été enlevé encore dans sa force au commencement de notre période, mais dont la nombreuse école perpétue la gloire; le grand Traité de Baudelocque sur les accouchements , qui a été traduit dans toutes les langues, etc. Nous regrettons beaucoup de n'avoir pas de notions suffisantesdes ouvrages du mêmegenre publiés par les étrangers, afin de leur rendre la mêmejustice. En Allemagne surtout, où Tusage des livres élémentaires est plus commun que chez nous, il n'est presque aucune université dont les professeurs n'en aient publié d'excellents.
S'il était de notre sujet de montrer i quel point les lumières des
(l)Parn, 1806,2Tol.in-8«.
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sciences, en se répandant, peuvent éclairer et diriger utilement l'administration, c est ici surtout que nous aurions un beau champ. La prédsion donnée aux jugements de la médecine légale (l), les précautions indiquées par la médecine à la police pour prévenir les épidémies et pour arrêter les contagions, les secours préparés pour les noyés et pour les asphyxiés , la surveillance exercée sur la nourrituredu peuple, le perfectionnement des hôpitaux de tous les^enres, présenteraient un tableau consolant pour Thumanité. II serait beau de montrer les gouvernements européens s'occupant à lenvi d'appliquer au bien-être de leurs peuples les découvertes des savants; mais ce n'est point à nous à tracer ce tableau, et les découvertes elles-mêmes ou leur développement scientifique doivent seuls nous occuper. Nous ne nous étendrons pas même sur Thygiène privée, et sur l'influence heureuse que les lumières générales de la physique et de la médecine ont exercée pour rendre plus salubres le genre de vie, le vêtement , le logement , les aliments des citoyens de toutes les classes et de tous les âges: quiconque comparera avec un peu de soiu et d'impartialité notre vie privée à celle que nous menions il y a trente ans n'en pourra méconnaître les avantages : mais ces effets heureux des sciences, dont l'action lente n'est pas toujours sentie par ceux mêmes qui en profitent le plus, ne sont pas de nature à être exposés en détail dans un ouvrage tel que celui-ci. Qu'ail nous soit seulement permis de rappeler Timmense et important travail de Tenon sur les hôpitaux , et les améliorations que les vues de ce chirurgien philanthrope ont produites dans ces retraites du malheur; l'Hygiène de Halle, l'ingénieuse Macrobiotique de Hufeland, et le grand Code de la santé, et de la longévité, par John Sinclair (2), ouvrages où toutes les connaissances de la médecine sont employées pour enseigner aux hommes les moyens de se passer des médecins. La science nous prend en quelque sorte au berceau pour nous prémunir contre tous les dangers qui nous attendent ; et les leçons données aux mères par Desessarts (3), par Alphonse Leroy (4), épargneront à beaucoup d'hommes une vie débile qu'une éducation imprudente aurait pu leur préparer.
La médecine vétérinaire est encore une branche de Tart de guérir dont l'objet est moins noble sans doute que celui de la médecine humaine , mais dont les principes sont les mêmes , et qui ne diffère
(1) Les Allemands se sont occupés a^ec beaucoup de zèle de la médecine légale; plusieurs ouvrages de Ludi^vig, Hetiger, Pyl, Scherf, et autres , en font foi. Hais la police médicale est surtout devenue un objet d'étude particulière , depuis que Frank l'a traitée dans un grand ouvrage. Fodéré et Mahon ont ajouté aux connaissances sur cette matière en France. Le Manuel de ScbmidtmuUer , qui est le plus moderne, indique les livres auxquels on peut avoir recours pour chaque objet en particulier.
(2) Edimbourg, 1807, 4 vol. in-8^, en anglais.
(3) Traité de l'éducation corporelle des enfants, première édition , 1759; deuxième édition, 1798.
(4) Médecine maternelle; Paris, 1803, l Tol.in-8^.
dans son application qu'à cause des différences de structure et de régime des animaux et de la plus grande simplicité de leur genre de vie.
Elle a tiré un grand parti de cette analogie en imaginant d'inoculer le claveau aux moutons. Cette idée , fondée sur la ressemblance du claveau et de la petite-vérole , paraît avoir parfaitement réussi ; et les nombreuses expériences de Huzard ont constaté que c'est un préservatif sûr et à peu près sans danger. On a essayé la vaccine dans la même vue, mais sans avoir encore rien obtenu de décisif.
Il n'est pas jusqu'aux végétaux qui n'aient leurs maladies , et leur médecine susceptible d'études et de vues toute fait analogues à celles qui dirigent la médecine des êtres animés.
Les recherches de Tessier sur les maladies des blés , celles des botanistes qui ont constaté que la plupart de ces maladies sont dues àdes cbampignonsparasites, la certitude obtenue par des expériences répétées a l'infini , que la plus funeste , la carie du froment , a son remède infaillible dans l'opération du chaulage , sont autant de résultats dus aux savants qui honorent notre période.
Agriculture.
La deuxième de ces sciences pratiques qui se rattachent plus particulièrement aux science^ naturelles, c'est l'agriculture. Gomme la médecine , elle s'occupe des êtres vivants : mais elle les considère principalement dans l'état de santé; et son objet est surtout de multiplier autant qu'il est possible ceux d'entre eux qui nous sont utiles , ou , en d'autres termes , d'employer la force de la vie pour rassembler et retenir le plus possible d'éléments dans ces combinaisons que la vie seule peut produire , et qui sont nécessaires à notre nourriture , à nos vêtements ou aux autres besoins de notre société. En sa qualité de la plus indispensable et de la plus vaste de toutes les fabriques, elle peut être considérée sous un double point de vue, celui de la politique et celui de la doctrine; et celte dernière ellemême est susceptible d'un double aspect : celui de retendue qu'elle a acquise , ou de l'ensemble des vérités qui en général ont été reconnues, et celui du plus ou moins d'extension que ces vérités ont obtenue parmi les cultivateurs. Sous le rapport de la politique, l'histoire de l'agriculture devrait exposer quel était son état avant la révolution, quelle influence ont eue sur elle l'abolition des droits féodaux , la division des gprandes propriétés , la guerre continentale et maritime , et les variations dans le système des contributions et dans celui des douanes ; dans quelles provinces il s'est introduit des procédés plus avantageux , quelles causes y ont contribué ; s'il se produit aujourd'hui plus ou moins de chaque denrée qu'autrefois.