‹ Histoire des progrès des sciences naturelles: depuis 1789 jusqu'à ce jourChapitre 15 sur 31 · AGRICULTURE. IO · texte numérisé non relu

AGRICULTURE. IO

et si on remploie avec plus d'avantage aux besoins du peuple et de Pétat. Maistous ces objets, qui ne dépendent que des circonstances pob'tigues ou morales , regardent Tadministralion, et non pasTln^ stilut; et quoique notre compagnie ne soit point étrangère à la propagation des découvertes agricoles , ses fonctions consistent surtout à les constater ou à les rendre plus nombreuses , et son devoir, en ce moment , se borne à exposer Tbistoire de celles qui appartiennent è l'époque actuelle.

En général , ces découvertes se rapportent à deux sortes ; introduction de nouvelles espèces et de nouvelles variétés , ou procédés nouveaux dans leur gouvernement. On peut, si Ton veut, en faire une troisième sorte des nouvelles combinaisons de cultures diverses propres à tirer un meilleur parti d'un espace donné , et des procédés convenables pour mettre en culture des terrains auparavant stériles.

Cependant nous ne devons pas nous en tenir trop étroitement, en ce genre, à ce qui peut être appelé nouveau dans toute la rigueur du terme. Si quelques pratiques , auparavant concentrées dans certains cantons particuliers, ou connues seulement dans des pays éloignés , sont devenues plus générales , il appartient à cette histoire des sciences de montrer comment les notions tirées de la chimie e» de l'histoire naturelle ont fait sentir à nos compatriotes l'avantage de ces pratiques, et les ont engagés à les étudier et à les introduire parmi nous.

Nous avons déjà cité, à l'article du règne végétal , plusieurs plantes étrangères dont l'utilité s'est fait connaître dans ces dernières années : nous en pourrions citer beaucoup d'autres qui , connues depuis longtemps , nont été admises que depuis peu dans l'agriculture française.

La pistache de terre (arachis hypogœd) commence à se répandre dans le midi , où elle a été introduite par Gilbert ; sa semence , si singulière par sa position souterraine , donne une huile agréable. La patate douce de Malaga a été introduite, en 1789, à Montpellier et i Toulouse par Parmentier ; celle d'Amérique, qui est plus agréable, a été cultivée depuis à Bordeaux par Yillers, et a réussi dans nos départements plus septentrionaux par les soins de Lelieur. Le topinambour ( helianthus tuberosus ), dont la racine a l'avantage de se conserver sous terre sans geler , s'emploie de plus en plus pour les bestiaux. Le navet de Suède, dit ruta-baga, plante qui réunit beaucoup d'utilités diflFérentes , se répand généralement. Tout le monde se souvient des grandes expériences de Parmentier sur les pommes de terre , et des services rendus par ces racines dans les disettes dont nous fûmes menacés deux fois pendant la révolution ; le goût s'en est répandu dès-lors , et les meilleures variétés se sont introduites partout. On s'est assuré de la possibilité de cultiver le coton herbacé dans quelques parties méridionales de la France , et

de rendre ainsi nos fabriques un peu moins dépendantes de nos relations politiques. Le phormium tenax commence à être cultivé dans les mêmes départements , et fournira bientôt les plus puissants de tous les cordag;es. La multiplication du faux acacia ou robinier a élé très considérable partout, et très avantageuse à cause de la promptitude de son développement et de sa facilité à venir dans les plus mauvaises situations. Nous avons déjà parlé des arbres de TAmérique septentrionale que Ton peut naturaliser parmi nous. Les essais en ce g^enre, dus aux soins de Michaux et exécutés sous les auspices de l'administration des forêts, sont déjà nombreux et promettent beaucoup ; avec de Tordre et de la patience on enrichira la France d'une foule de bois de qualités diverses , et dont le plus ou moins de rapidité à croître et de facilité à vivre dans des terrains variés offre les plus grands avantages.

De toutes les opérations de plantation, la plus intéressante et la

S lus immédiatement utile est bien celle des pins maritimes pour la xation des dunes : non seulement elle met en valeur des terrains immenses, mais elle assure Texistencede villages, décantons entiers , que les dunes menaçaient d'une destruction totale. On ne peut trop célébrer le zèle de Bremontier, qui a le premier constaté les vrais moyens de rendre ce travail efficace , et qui a mis toute son activité à en presser l'exécution (1).

La plus importante des races d'animaux que Ton peut considérer comme nouvelles en France , celle dont la multiplication a été la

{)lus générale , c'est sans contredit celle des moutons d'Espagne à aine fine , appelés mérinos; ils sont aujourd'hui répandus dans presque toutes nos provinces. Déjà la laine qu'ils fournissent diminue sensiblement pour nos fabriques de draps le besoin des laines étrangères ; et les cultivateurs qui tirent un revenu double d'un troupeau qui n'exige pas une nourriture plus abondante ni plus chère, bénissent les Daubenton, les Tessier , les Gilbert , les Huzard , les Silvestre , dont les longs travaux , encouragés par le gouvernement, leur ont procuré "cette nouvelle source de prospérité.

Les bœufs d'Italie, plus propres que les autres au tirage, les buffles , si utiles pour tirer parti des terrains marécageux, nous ont été procurés par les conquêtes de la première armée d'Italie. On commence à multiplier les vaches sans cornes, qui joignent à l'avantage de se blesser moins souvent entre elles celui de fournir un lait aussi bon que copieux.

Les soins donnés aux haras par le gouvernement, les instructions qui ont été publiées sous ses auspices par Huzard, ont déjà un eflFet très sensible sur les races de nos chevaux.

Grâce aux observations des naturalistes, l'art, presque nouveau en

(1) Mémoires iur les dunes , an v.

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