‹ Histoire des progrès des sciences naturelles: depuis 1789 jusqu'à ce jourChapitre 17 sur 31 · AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE

dans un autre est souYent une chose plus utile que ne pourraient l'être les conceptions les plus profondes, les efforts les plus soutenus de Tesprit^ et dans ces transmigrations de races, d'instruments, d'opérations, dans cette communication qui s'en fait entre des gens peu instruits, plus désireux de profits que de gloire, le nom du ?éritable inventeur se perd et disparaît le plus souvent. La même observation s*app1ique à la technologie, la troisième de nos sciences pratiques, et celle par laquelle nous terminerons cette histoire des sciences.

Technologie^ ou connaissance des arts et métiers,

La technologie embrasse tous les arts, c'est-à-dire toutes les modifications que nous savons donner aux productions naturelles, pour les accommoder à nos besoins, depuis les altérations les plus simples, que leur facilité et leur nécessité journalière font ranger dans l'économie domestique ou rurale, jusqu'aux fabrications les plus étendues et les plus délicates. L'histoire détaillée de leurs progrès exigerait des recherches que notre genre de vie et les moyens qui sont à notre disposition ne nous permettent pas de rendre complètes. Ce n'est ni dans les livres^ quelque nombreux qu'ils soient, ni dans le cabinet que l'on peut s'en instruire. II faudrait parcourir les ateliers, suivre les manipulations des ouvriers, s'entretenir avec les chefs, souvent leur arracher des secrets d'où dépend leur fortune ; et même, après plusieurs années, combien n'ignorerait-on pas encore de pratiques, cachées ou concentrées dans quelques ateliers particuliers , ou qui , des pays étrangers , n'auraient point pénétré jusque chez nous !

Il faut donc, en technologie comme en médecine, comme en agriculture, nous borner à une revue rapide des principaux objets qui sont parvenus à notre connaissance , et les considérer non seulement en tant qu'ils seraient nouveaux en eux-mêmes, mais avoir encore égard à ceux qui sont au moins nouveaux pour la France, et qui n'y ont été propagés que dans ces derniers temps. Aussi bien c'est an goût des sciences devenu plus général, c'est aux lumières devenues plus communes parmi les manufacturiers, que l'on doit cet intérêt qu'ils ont mis à s'instruire, à se procurer la connaissance de ces pratiques étrangères ou peu connues, et cette justesse avec laquelle ils ont pu les apprécier.

Cette énumération nous présente d'ailleurs encore dans sa rapidité un tableau assez remarquable et assez digne de l'attention de ceux qu'intéressent la gloire et la prospérité de la France.

Ainsi la physique a fourni des améliorations tout à fait inattendues dans l'art de conduire le feu et d'épargner le combustible. Le chauffage des appartements a reçu des poêles et des cheminées de

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toutes les sortes qui ont peut-être réduit d'un tiers la consommation du bois, ou multiplié d'autant les jouissances des individus. La dépense que la cuisine exige est réduite à moins de moitié par les nouveaux procédés de le comte de Rumford, dontTutilité s'étend à toutes les fabriques qui emploient des liquides chauds , depuis les bains et les lessives jusqu'aux teintures et aux savonneries (1) : les distilleries sont arrivées paf-là à des économies presque incroyables. Les thermolampes de Lebon , qui tirent parti du même feu pour chauffer et pour éclairer, ont reçu d'importantes applications en Angleterre et en Allemagne, et s'emploient déjà avec grand profit dans diverses manufactures considérables. C'est aux découvertes physiques sur l'influence de la pression dans les combinaisons, que l'on doit le nouvel art mis en pratique par Paul pour composer les eaux minérales artificielles.

Toutes les parties de l'économie rurale et domestique ont reçu des perfectionnements par l'extension des connaissances chimiques relatives aux substances qu'elles emploient»

La meunerie, la boulangerie, ont été améliorées par Parmentier (2). La mouture économique et les bons procédés de panification se sont généralisés. On a appris à faire de l'amidon avec une infinité de substances vég;étales plus communes que le blé, ou même auparavant tout à fait inutiles.

L'ouvrage de Ghaptal sur le vin (3), dont nous avons parlé à l'article de la chimie , a produit la plus heureuse révolution dans cette branche si importante de l'industrie française ; et plusieurs cantons dont les vins étaient de mauvaise qualité ont déjà réussi à les perfectionner d'après les préceptes de ce savant chimiste.

L'analyse du lait, par Parmentier et Deyeux, a donné des procédés sûrs pour imiter partout toutes les sortes de fromages, et pour rendre le beurre plus agréable et plus facile à conserver.

Les filtres de charbon, suite des découvertes de Lowitz, de Morozzo, de Rouppe, ont fourni les moyens de rendre salubres et agréables les eaux les plus corrompues (4).

La théorie du tannage, exposée par Seguin, a produit cet effet, que l'on termine maintenant en trois ou quatre mois, dans la plupart des ateliers, ce qui en exigeait auparavant douze ou quinze. D'ailleurs les procédés spéciaux nécessau*es pour chaque sorte de tannage, chamoisage, et corroyage, sont devenus des connaissances générales.

Il en est de même des fabriques de produits salins, dont la France manquait autrefois, et que la chimie a multipliées au niveau de nos

(1) Essais politiques et économiques, etc., par le comte de Rumford, 2 vol. in-8*, 1799; et différents mémoires imprimés parmi ceux de l'Institut.

(2) Le parfait boulanger, 1 vol. in-8®, 1778 j et plusieurs autres mémoires.

(3) Art de faire le vin, I vol. in-8», 1807.

(4) Voyez la Manière de bonifier parfaitement les eaux , par Barry , 1 vol. in-8^ an xii.

besoins. La céruse, le vert-de-gris, la couperose, l'alun, le sel ammoniac, la soude, se font maintenant chez nous aussi parfaitement qu'en aucun autre pays : comme on les fabrique pour la plupart de toutes pièces^ on leur donne un degré de pureté qu'il était impossible d'obtenir auparavant ; et si Ton trouve moyen d'adoucir, pour les deux derniers objets, l'impôt sur le sel, nous soutiendrons toute espèce de concurrence (1).

Nous serons également, dans tous les marchés, les rivaux des Anglais pour l'acide sulfurique, si le gouvernement permet à ces fabriques de s'approvisionner de salpêtre de l'Inde (2).

L'emploi de cet acide pour clarifier les huiles les plus troubles , surtout celles de colza , et les rendre limpides comme de l'eau, est encore un des bienfaits récents de la chimie.

Toul le monde se souvient du service important qu'elle rendit à l'état dans des moments périlleux, en simplifiant et en rendant populaire l'extraction du salpêtre et la fabrication de la poudre (3).

Aucun art ne devait attendre de cette science et n'en a reçu en effet plus d'amélioration que la teinture. Berthollet lui a donné le blanchiment par l'acide muriatique oxygéné, qui épargne le temps et les frais , et qui a l'aFantage inappréciable d'enlever les couleurs mat appliquées (4).

L'emploi de l'acide oxalique, pour enlever à volonté l'oxyde de fer ; celui de l'acide muriatique, pour nuancer les couleurs, et des muriates d'étain^ de fer, et de bismuth, comme mordants, sont aussi des sources de grandes commodités en teinture ; comme la substitution de l'acide pyroligneux au vinaigre, dans presque tous les cas où l'on employait celui-ci, a été celle d une très grande économie. La teinture du coton en rouge a été réduite aux principes les plus sûrs par les travaux successifs de Haussman et Ghaptal (5) : Tingry en a fait autant pour l'art des vernis.

Lart d'enlever dans la juste proportion le suint des laines qu'on veut teindre est une découverte encore toute nouvelle due à Vauquelin, Godine, et Roard.

Ghaptal a imaginé de remplacer les huiles , dans la fabrication du savon, par de vieux débris de laine ; et Ton y emploie maintenant, en Angleterre, jusqu'aux vieux cadavres de poissons.

Le blanchiment à la vapeur est encore une découverte importante, généralisée par Ghaptal (6).

(1) Depuis la préientation de ce rapport, Texemption a été accordée ; et il s'est formé une vingtaine de fabriques de soude artificielle par la décomposition du sel marin.

(2) Cette permission a été accordée.

(3) Instruction sur la fabrication du salpêtre , an ii.

(4) Annales de cbimie de 1789.

(5) Art de la teinture du coton en rouge ; 1807, l toI. in-^^ Voyei aussi les Éléments de teinture de Berthollet.

(6) Essai sur le blanchiment , par OreiUy 1801, l vol. in^«.

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Nous avons déjà parlé des Douvelles couleurs fournies par la chimie à la peinture h Thuile et à la peinture en émail, comme le bleu de cobalt , de Thénard ; le rouge de chrome ; le vert du même métal, appliqué à la porcelaine, par Brongniart. Nous aurions pu y ajouter Tintroduclion en France de la fabricnlion du bleu de Prusse et du bleu anglais , qui n*est qu*un bleu de Prusse mêlé d'alumine.

L'analyse plus exacte des terres n*a pas été moins utile à la poterie; et il suffit, pour s'en conyaincre, de comparer nos poteries communes d'aujourd'hui à celles que nous avions il y a vingt ans. Le cailloutage de Sarguemines et les hygiocérames de Fourray méritent d'être distingués dans ce nombre (l).

Le rouissage du chanvre par des moyens chimiques est infiniment plus sûr, plus court, et plus salubre qu'autrefois.

Nous n'avons pas besoin de traiter des progrès de la docimasie et de la métallurgie , qui marchent nécessairement du même pas que la chimie, ni de rappeler la précision admirable à laauelleest arrivé le monnayage; mais nous pouvons dire que la purincation du platine et l'art de le travailler ont donné à tous les autres arts les vases les plus utiles par leur inaltérabilité.

Nous avons déjà exposé ailleurs le nouvel art de fabriquer l'acier fondu , inventé par Clouet; celui des crayons de mine de plomb, par Conté; et celui de décomposer le métal des cloches, par Fourcroy. Ce dernier a pu tenir momentanément lieu de mines d'étain et de cuivre.

L'établissement de fabriques de fer-blanc, qui ne laissent plus rien à désirer, est encore une conquête récente sur l'étranger.

La fabrication des cristaux et de tous les genres de verres n'a pas fait de moindres progrès que les autres arts chimiques, pour la netteté, la blancheur, le volume, et l'économie ; on peut s'en convaincre dans les moindres demeures des particuliers , aussi bien que dans l'excellent ouvrage de Loysel sur la verrerie (2). Pajol-Descharmes en est venu jusqu'à souder les glaces. Le rouge à polir, autrefois très cher, se fait maintenant d'une manière infiniment plus simple, d'après les procédés de Frédéric Cuvier et ceux de Guyton.

Les ciments de toute espèce, les pouzzolanes artificielles, fabriquées selon les méthodes imaginées par Chaptal, etc. , ainsi que celles de nos volcans éteints, ont donné à nos constructeurs les moyens de se passer des produits étrangers. Fabroni en Italie, et d'après lui Faujas en France , ont trouvé des terres propres à faire des briques si légères qu'elles flottent sur Teau, invention précieuse pour construire les fours des vaisseaux.

La carbonisation de la tourbe, la purification du coak ou charbon de terre dessoufré, ont été introduites en France dans cette période.

(1) Mémoire sur les ouvrages en terre cuite, parFourmy ; brochure in-8*, 1802.

(2) Essai 4ur l'art de la verrerie » an tiii, 1 yof. in-8*.

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