MINÉRALOGIE ET GÉOLOGIE
Guytoa a fait connaître uiie nouyelle forme cristalliDedu diamant. On sait que celles que présente le plus souvent cette pierre précieuse sont Foctaèdre régulier et le dodécaèdre à feces rhomboïdales. La variété que notre confrère a découverte est formée de deux demi^ sphéroïdes dont la position retournée , imparfaitement terminée à l'une de ses extrémités , présente de l'autre des angles rentrants très prononcés , qui caractérisent la forme nommée hémitrope par Haûy.
Le même savant , ayant porté ses recherches sur la ténacité des métaux , a été conduit à de nouvelles expériences sur la diminution de pesanteur spécifique du plomb par l'écrouissement, constatée par Muschembroeck , et dont la cause était restée inconnue. Des fians de ce métal ont été frappés en viroles ; et lorsque les coins et les viroles étaient assez justes pour qu'il ne pût s'échapper aucune bavure, et pour que le plomb ne pût pas onéir à la facilité qu'il a de se ramollir , on l'a vu , comme tous les autres métaux , augmenter de pesanteur spécifique par cette opération.
Sage a fait part à l'Institut de ses recnerches sur l'émeri et sur les substances qui pourraient le suppléer dans le polissage. Il résulte de ses observations que la chrysolithe des volcans pulvérisée peut remplacer l'émeri ; tous les artistes qui l'ont employée ont été satisfaits des effets qu'ils en ont obtenus.
Les observations d'où la géologie peut tirer les plus grands résultats sont sans contredit celles qui ont pour objet les animaux fossiles, mais particulièrement les animaux terrestres. Guvier a continué les travaux qu'il a entrepris sur cette importante matière. Il a terminé conjointement avec Brongniart la géographie minéralogique des environs de Paris , dont il a déjà été donné un aperçu dans le rapport des travaux de llnstitut fait l'année dernière. Il a ensuite porté ses recherches sur les brèches osseuses des côtes de la Méditerranée* Ces roches singulières , qui se trouvent à Gibraltar , près de Terruel en Aragon , à Cette , à Antibes , à Nice , près de Pise , en Corse , sur les côtes de la Dalmatie et dans l'tle de Cérigo , ont été formées dans des fissures du calcaire compacte qui constitue le sol principal de ces divers lieux , et elles sont toutes composées des
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mêmes éléments : c'est un ciment de coulear rouge de brique qui lie confusément de nombreux fragments d'os et de débris du cal' Caire où ces brèches soAt renfermées. Les os contenus dans ces rochers appartiennent tous à des animaux herbivores la plupart connus , et même encore existants sur les lieux ; ils sont mélangés à des coquilles de terre ou d'eau douce : ce qui porterait à penser que ces brèches sont postérieures au dernier séjour de la mer sur nos continents, mais fort anciennes cependant relativement à nous,
Euisque rien n'annonce qu'il se forme encore aujourd'hui de ces rèches, et que même quelques unes, comme celles de Corse, renferment des animaux inconnus.
Les. terrains d'alluvion contiennent aussi des os de rongeurs ; on en a découvert dans les tourbières de la vallée de la Somme avec des bois de cerf et des tètes de bœuf, et dans les environs d'Azof , près de la mer Noire. Ces os ont appartenu à des espèces de castors : les premiers ressemblent assez à ceux du castor commun; les autres , qui forment une tête complète , proviennent d'une espèce beaucoup plus grande çjue celle que nous connaissons ; et Fischer, qui a découvert cet animal , lui donne le nom de trogorUherium , que Cuvier adopte comme nom spécifique.
Des débris de rongeurs ont aussi été trouvés dans les schistes. On en a décrit de trois espèces. Cuvier en a vu la figure d'une que quelques auteurs regardaient comme ayant appartenu à un cochond'Inde , et d'autres à un putois. Cuvier a bien reconnu sur ce dessin les caractères d'un rongeur; mais il n'a pu en déterminer le genre , et conséquemment l'espèce.
Parmi les os fossiles de ruminants trouvés dans les terrains meubles, Cuvier a reconnu une espèce d'élan différente de celle que nous connaissons aujourd'hui. Les débris de cet animal ont été recueillis en Irlande , en Angleterre , près du Rhin et aux environs de Paris , dans des lits de marne peu profonds , et qui paraissent avoir été déposés dans Feau douce. D'autres bois , découverts abondamment aux environs d'Étampes dans du sable surmonté par du calcaire d'eau douce, ont montré l'existence d'une petite espèce de renne qui parait ne plus se trouver actuellement. Cuvier a de plus observé des restes de bois de chevreuil, de daim et de cerf, qui ne lui ont point paru différer essentiellement des bois de nos espèces connues. « ÏUen , dit l'auteur , n'est plus abondant : les alluvions récentes en ont toutes fourni ; et , si l'on ne trouve pas sur ces bois fossiles beaucoup de témoignages , c'est que ne se montrant qu'à de très petites profondeurs, ils n'ont rien présenté d'assez remarquable pour être notés. »
Dans les fossiles de ruminants à cornes creuses il a reconnu des crânes d'aurochs découverts sur les bords du Rhin , sur les bords de la Vistule, dans les environs de Cracovie , en Hollande et dans l'Amérique septentrionale : seulement ces crânes surpassent en
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graadeur ceux de raurochs ; mais , comme Tobserte Cuvier , cette différence pourrait bien être due à Tabondance de nourriture, qu'avaient autrefois ces animaux lorsqu'ils disposaient à leur gré des vastes forêts et des gras pâturages de la France et de VAUemagne.
Il existe mie autre sorte de crâne fossile, qui ne diffère du crâne, de nos bœufs domestiques que par une taille pkis grande et par des cornes autrement dirigées. Ces crânes ont été trouvés dans la rallée delà Somme, en Souabe, en Prusse, en Angleterre, en Italie. « Si l'on se rappelle, dit Cuvier, que les anciens distinguaient en Gaule et en Germanie deux sortes de bœufs sauvages , l'unis et le bison , ne sera-t-oo pas tenté de croire que l'une des deux était celle de cet article , qui , après avoir fourni nos bœufs domestiques , aura été extirpée dans son état sauvage , tandis que l'autre ^ qui n'a pu être domptée , subsiste encore en très petit nombre dans les seules forêts de la Lithuanie? >•
On rencontre aussi dans les terrains meubles des os de chevaux et de sangliers : les premiers accompagnent presque toujours les éléphants fossiles , et se sont trouvés avec les mastodontes , les tigres, les hyènes et les autres os fossiles , découverts dans les terrains d'alluvions ; mais il n'a point été possible de reconnaître si ces os appartenaient à une espèce de cheval différente de notre espèce domestique. Les os de sangliers ont été tirés pour la plupart des tourbières , et n'offrent aucun caractère qui- les distingue des os du sanglier commun.
On a encore trouvé d'autres os que Cuvier a reconnus avoir appartenu à une espèce inconnue de lamantin : ils ont été découverts dans les couches de calcaire marin grossier qui bordent les rives du Layon dans les environs d'Angers , et ils étaient mêlés à d'autres os, dont les uns paraissent provenir d'une grande espèce de phoque et les autres d'un dauphin.
Les squelettes de trois espèces de quadrupèdes ovipares fossiles , conservés dans des schistes calcaires , ont aussi fait l'objet des recherches de Cuvier,
Le premier a été trouvé dans les schistes d'Oeningen , situés sur la rive droite du Rhin , à sa sortie du lac de Constance. Il avait été décrit et figuré comme le squelette d'un homme antédiluvien ; mais cette erreur avait été réfutée. Cuvier a recherché le genre auquel il appartenait , et il a prouvé par une suite d'observations ostéologpiques que ce reptile avait de i analogie avec les salamandres, et qu'il devait entrer dans le genre prêtée.
Le second, trouvé également dans les schistes d'Oeningpn , parait avoir appartenu au genre crapaud et se rapprocher àxibufocalamUa.
Le troisième et le plus singulier , qui a été découvert dans les carrières de rAltmuhl, près d'Aichstedt et de Pappenheim en Franconie, et qui avait été décrit et figuré par Colini dans les Mémoires de TAcadémie de Manheim , est regardé par Cuvier
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comme ayant apparteau à une espèce de gaurien. La longueur de son cou, celle de sa tête , son lon^ bec armé de dents aiguës, ses longs bras , indiquent que cet ammal se nourrissait d*insectes , et qu'u les attrapait au vol ; enfin la grandeur de ses orbites doit faire supposer qu'il avait de très grands yeux et qu'il était un animal nocturne. Il n'existe actuellement sur le globe aucun reptile connu des naturalistes , qui ait le moindre rapport avec cet habitant de Tancien monde.
Cuvier a publié en outre un supplément à ses mémoires sur les fossiles de Montmartre, dans lequel il donne la figure et la description d'un ornitholithe beaucoup ]^us complet que ceux qui ont été publiés jusqu'à présent. 11 est prenable qu il appartenait à la classe des gallinacés , et l'espèce de ce pays-ci avec laquelle il a le plus de ressemblance par la grandeur est la caille commune.
Sage nous a donné la description de quelques carpolithesoo fruits pétriués. L'un était une amande de noix, devenue calcaire et trouvée à Lons-le-Saulnier; un autre parait avoir été le fruit d'un muscadier sauvage qui crott à Madagascar et dans quelques unes des Moluques , sa substance était aussi devenue calcaire ; le troisième parait avoir appartenu à un genre voisin du durion , il s'est transformé en jaspe. A ces faits nouveaux Sage joint quelques unes des observations qui araient déjà été faites sur les carpolitnes , et il conclut que les fruits pétrifiés qu'on trouve dans nos climats sont exotiques. II entre de plus dans des détails chimiques au moyen desquels il explique comment ces pétrifications se sont opérées.
Brongoiart et Cuvier , dans leur travail général sur les terrains qui environnent Paris , dont nous avons rendu compte il y a deux ans , avaient découvert autour de cette ville des couches très étendues de pierres , qui ne recèlent que des coquilles d'eau douce et qui paraissent avoir été déposées dans des lacs et des étangs, tandis que Ton croyait jusqu'à présent, que tous les terrains secondaires avaient été formés dans le sein des mers ; une partie de ces couches est même séparée de l'autre par des bancs marins intermédiaires , ce qui semblerait prouver que la mer a fait une irruption sur les continents qu'elle avait pr^édemment abandonnés , et confirmerait les traditions de déluge si universellement répandues parmi les peuples.
Brongniart, étendant ses recherches, a reconnu ce terrain formé dans l'eau douce en beaucoup de lieux de France très éloignés de Paris; il a pvésenté les caractères minéralogiques qui le distinguent, et les caractères zoologiques de coquilles qu'il recèle ; il a fiiit voir qu'un grand nombre de ces coquilles , quoique appartenant à des
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genres connus et certainement d'eau douce, sont cependant d'espèces inconnues; et comme il se trouvait dans le nombre quelques coquilles dont les analogues ont été rapportées jusqu'à présent à des genres marins, il a fait voir que c'était faute d'attention qu'on les avait laissées dans ces genres , et que les coquilles connues qui portent les mêmes caractères vivent au moins aux embou* chures des fleuves. Enfin comme dans un très petit nombre de lieux , quelques coquilles véritablement marines sont mêlées à des coquilles d'eau douce, Brongniart a montré que c'est toujours au plan de réunion des deux terrains que ce phénomème arrive, et il n*y a rien d'étonnant qu'immédiatement après les révolutions qui changèrent la nature des eaux , les derniers restes de la mer aient pu être mélangés avec les premiers produits de l'eau douce, ou réciproquement.
Ce mémoire établit d'une manière invincible un fait entière* ment nouveau pour l'histoire du globe.
Guvier l'a appuyé par un autre mémoire sur les os fossiles de reptiles et de poissons des carrières à plâtres des environs de Paris. Ses recherches , qui terminent le travail qu'il continue depuis dix ou douze ans sur les ossements dont nos plâtrières sont remplies , lui ont appris que , parmi les nombreux quadrupèdes des genres inconnus qui ont fourni ces os , il y avait aussi une espèce de ces tortues molles , appelées depuis peu trùmyx , par Geoffroy , et
2ui vivent toutes dans les rivières; deux autres espèces de tortues 'eau douce ordinaire; une sorte de petit crocodile et quatre espèces de poissons, dont trois sont certainement de genres qui vivent dans l'eau douce , et dont le quatrième pourrait aussi très bien y avoir vécu. On n'a jamais trouvé aucun débris de reptile ni de poisson distinctement marins.
Or sur les bancs de gypse et de marne , qui recèlent ces ossements , et où l'on trouve aussi des coquilles d'eau douce et des troncs pétrifiés de palmiers , reposent des bancs considérables remplis d'une quantité innombrable de produits de la mer ; et sur ceux-ci Ton trouve d'autres bancs d'eau douce , mais dont les os et les coquilles ne sont pas les mêmes que dans les bancs inférieurs. Il est impossible d avoir des indices plus manifestes et plus clairs d'une révolution.
De toutes les pierres formées dans l'eau douce la plus remar-
Suable est celle que l'on appelle marbre de Château-Landon , et ont on construit l'arc de triomphe de l'Étoile. Brongniart y a reconnu les caractères minéralogiques de cette formation , et , en y regardant de près, il a fini par y en trouver les coquilles.
En Auvergne, Brongniart a observé le terrain d'eau douce recouvert par les produits des volcans éteints , si nombreux dans ce pays-lâ.
En Alsace et auprès d'Orléans, Hammcr et Bigot de Morogues
ont trouvé dans ce terrain les ossements des mêmes genres de quadrupèdes que Cuvier a déterminés aux environs de Paris.
Sage et de Cubières ont rappelé l'attention de l'Institut sur un (ait particulier de géologie, dont beaucoup de savants se sont déjà occupés , et qui a donné lieu à des conjectures sans nombre.
Il s'agit d'un petit temple auprès de Pouzzoles , dont il reste trois colonnes, percées toutes les trois à la même hauteur, et è trente pieds au-dessus du niveau actuel de la mer , par des dails ou pholades , sorte de coquillages qui savent pénétrer dans l'épaisseur des pierres plongées sous l'eau.
Ces colonnes oot-elles été tirées d'une carrière placée pendant quelque temps sous les eaux ? Mais pourquoi aurait-on choisi des pierres cariées, et comment les trous seraient-ils tellement de niveau? Le temple a-t-il été successivement abaissé et relevé , dans ce terrain volcanique sujet à tant de mouvements irréguliers, de manière à rester quelque temps baigné par la mer? Mais comment après de semblables secousses ces colonnes seraient-elles restées debout?
£nfin les éruptions volcaniques n'ont-elles point produit quelque digne qui , retenant les eaux , aura enfermé pendant un temps ce temple dans un petit lac , et qui , s'étant rompue , aura rendu le terrain à sa sécheresse naturelle?
Il y a des difficultés à toutes ces explications. La plus grande, relativement aux deux dernières , est de savoir comment de telles révolutions ont pu avoir lieu depuis la construction du temple sans laisser de traces dans la mémoire der hommes ; car l'on parle bien d'une éruption arrivée en 1528, où se forma la colline appelée encore aujourd'hui Monte-Nuovo , et où la mer envahit une partie du rivage ; mais on ne fait pas mention de deux révolutions successives.
De Cubières a trouvé près de ce temple des fragments d'une variété
tpa par le choc, et contient 22 centièmes de magnésie.
De Cubières , qui le nomme marbre grec magnésien , pense que c*est celui dont les anciens se servaient pour construire les temples sans fenêtres , où l'on ne recevait le jour que par la transparence des murs.
Sage a donné des expériences propres à faire connaître la com-
Ï position de la plombagine, ou de ce minéral avec lequel onfabrique es crayons anglais. Selon ce chimiste , elle ne contiendrait point de fer , mais seulement une matière charbonneuse , mêlée d'un dixième d'alumine, et le cinder ou charbon fossile de Saint- Symphorien , près de Lyon , serait , de tous les minéraux connus , celui qui s'en rapprocherait le plus.
aee mihéralogie.
DaubuissoD , ing;énieur des miaes , ayaot pfésenté à Tlostitut un mémoire sur certaines combinaisons naturelles de Toxide de fer av«o Teau, Sage a rappelé diyerses analyses, où il avait prouvé que rhématite brune et Tocre ou bol jaune contiennent, l'une 12 centièmes , Tautre un dixième de leur poids d'eau.
Le même Daubuisson a fait connaître un gisement singulier d'une mine de plomb. C'est une coucbe très étendue de galène ou plomb fiulfuré, contenue dans un terrain coquillier de formation que cet ingénieur regarde comme récente, tandis que les matières métalli- (^ues sont plus ordinairement dans les terrains d'ancienne forma* tion, Daubuisson a observé cette mine près de Tarnowitz, en Silésie. Pour connaître réellement l'Age des coucbes calcaires qui la renferment, il faudrait déterminer les espèces de coquilles qui les remplissent.
Abildgaard a découvert , il y a quelques années , une combinaison d'alumine et d'acide fluorique, inconnue jusqu'alors des minéralogistes. Bruun-Neergardt a présenté une note historique sur cette substance très rare , orginaire du Groenland : il décrit des morceaux où elle est entourée d'autres minéraux qui font présumer le geare de terrain qui la recèle.
Lelièvre, membre de l'Institut , a donné une autre note sur la découverte d'un corindon gris, qu*il a faite dans quelques moœeanx de roches granitiques qui lui ont été envoyés de Piémont par Mutliuon , ingénieur des mines.
Bronguiart , correspondant , a complété la description minéralogique des environs de Paris . qu'il avait entreprise avec Cuvier , par un nivellement des principales hauteurs du canton qu'il a décrit. Ou en trouvera les résultats dans l'ouvrage que ces deux naturalistes viennent de publier en commun sur ce sujet , et qui entrera aussi dans la collection des recherches sur les ossements fossiles que Cuvier doit mettre au jour d'ici à cjuelques mois.
Bauxion-Lavaysse a présenté une description géologique de la Trinidad et des autres lies voisines de l'embouchure de TOrénoque. Ces dernières sont basses, et souvent inondées par le fleuve dont elles paraissent des alluvions. La Trinidad a un lac qui produit beaucoup de bitume , et vers la côte méridionale la mer vomit aussi de cette substance en deux endroits. Deux monticules voisins ont de petits cratères et répandent des vapeurs sulforeuses. On y trouve du soufre, de l'alun et du vitriol cristallisés. Dans une autre partie de Vile est une mine de plombagine et de charbon de teri^e. Du reste la Trinidad ressemble tellement k la partie voisine du continent , par la nature de ses roches , qu*il y a tout lieu de croire , suivant Lavaysse , qu'elle y a tenu autrefois. Tout y csl
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sehiste gris ou argile ; le calcaire et le gypse , si aboDdants aux Antilles , y sont fort rares.
Les dépouilles fossiles des corps organisés occupent toujours les naturalistes.
Traullé, d'Abbeville, a présenté à l'Institut le crâne pétrifié d'un petit cétacë qui parait avoir appartenu au genre de la baleine, et que l'on a déterré dans les fouilles du bassin d'Anvers; le comte Dejean en a adressé un semblable , et du même lieu , à l'adminis^ tration du Huséum d'histoire naturelle. On y a trouvé aussi une grande quantité de vertèbres d'animaux de la même classe , et Beaucoup de coquilles.
Traullé a encore présenté une portion de mâchoire inférieure de rhinocéros , trouvée dans les sablonnières de la vallée de la Somme , aux environs d'Abbeville.
DaudebartDe Férussac, transporté successivement parles devoirs de l'état militaire , dans les parties les plus opposées de l'Europe, a profité de ses moments de loisir pour ea observer les fossiles; et comme il a fait une étude particulière des coquilles de terre et d'eau douce, il s'est attaché de préférence à cette sorte de terrain découverte aux environs de Paris par Brongniart et Cuvier , laquelle ne contenant que des coquilles d'eau douce , a paru à ces naturalistes ne point devoir son origine à la mer , comme la plupart des autres terrains secondaires.
De Eérussac a trouvé des terrains semblables , renfermant les mêmes coquilles et composés des mêmes substances, dans le midi de la France , dans plusieurs provinces d'Espagne , en Aile* magne et jusqu'au fond de la Silésie ; en sorte qu'il n'est guère douteux qu'il ne s'en soit formé par tout.
De Férussac, pour donner plus de précision à ses observations , s'est occupé des coquilles elles-mêmes , en a déterminé les espèces avec beaucoup de rigueur , et a donné de bonnes observations sur les variations qu'elles peuvent subir , et plusieurs idées heureuses sur les caractères qui peuvent en distinguer les genres.
Cuvier vient de mettre au jour , en quatre volumes in-4'* , avec beaucoup de planches , le Hect^il de tous ses mémoires sur les Ossements Fossiles de quadrupèdes. 11 en décrit soixaote-dix-huit espèces , dont quarante-neuf sont bien certainement aujourd'hui inconnues des naturalistes , et dont seize ou dix-huit sont encore douteuses. Les autres os trouvés dans des terrains récents paraissent appartenir à des animaux connus. Dans un discours préliminaire l'auteur expose la méthode qu'il a suivie, et les résultats qu'il a obtenus. Il lui parait suivre des faits qu'il a constatés, que la terre
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a éprouvé plusieurs grandes et subites révolutions, dont la dernière, qui ne remonte pas au-delà de cinq ou six mille ans , a détruit les pays habités alors par les espèces actuellement yivantes , et offert pour habitation aux faibles restes de ces espèces des continents qui avaient déjà été habités par d'autres êtres qu'une révolution précédente avait abîmés , et qui reparurent dans leur état actuel lors de cette derijière révolution.
La méthode de Vobservation positive deyient de plus en plus dominante en géologie , et Ton acquiert chaque jour des notions
{^lus précises sur les terrains qui composent les divers pays , sur les ois générales de leur superposition et sur les corps organisés dont ils renferment des restes.
Les couches pierreuses qui ne recèlent que des coquilles d'eau douce , dont Guvier et Bron^niart ont découvert une si grande étendue aux environs de Pans , et que Brongniart , Omalius de Halloy , Marcel de . Serres , Daudebart De Férussac , etc. , ont retrouvées dans une infinité d'autres contrées, ont particulièrement excité l'attention , et ont engagé les naturalistes à faire des recherches pour distinguer les coquilles d'eau douce de celles des eaux saumàtres et des eaux salées. De Férussac et Marcel De Serres ont donné chacun un mémoire sur cette question. Les espèces seules , dit le premier , peuvent être alléguées en preure , et non les genres , car la plupart des genres ont des espèces marines et fluviafiles ; les variétés même ne sont pas indifférentes à étudier, car la même espèce , d'après les observations de Fauteur , change quelquefois de forme au point de devenir méconnaissable pour quiconque n'aurait pas observé ses différents passages , et la difficulté augmente <juand il s'agit de déterminer les coquilles à l'état fossile , où Tépiderme , les poils et tous les autres caractères de peu de solidité ont disparu.
Il est des espèces, surtout parmi les operculées, qui vivent dans les deux eaux , et que l'on trouve en conséquence plus abondamment vers l'embouchure des fleuves; et l'on observe parmi les fossiles des traces de cette habitude , car nos bancs d'eau douce contiennent en certains endroits une espèce de potamide , genre qui a coutume de se tenir ainsi vers les embouchures.
Marcel De Serres a visité exprès les étangs d'eau saumâtre des bords de la Méditerranée pour examiner les coquilles qui les habitent ; il y a observé des paludines fort semblables à celles qui forment de grands bancs aux environs de Mayence , où l'on trouve avec elles plusieurs coquilles marines. Un géologiste , qui avait confondu ces paludines avec un des bulimes de nos terrains d'eau
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douce , en avait conclu que ces derniers sont aussi marins que les autres ; mais De Serres relèye cette méprise , et montre qu'il s'agit non seulement d'espèces , mais de genres différents.
Cet observateur a recherché les limites de ces voyages des animaux et des plantes de l'eau salée vers l'eau douce , et réciproquement : il a reconnu qu'aucun animal ni même aucune plante ne résiste à une salure de huit degrés^ il a distingué , soit parmi les animaux , soit parmi les plantes , les espèces qui ne se plaisent aux bords de la mer qu'à cause du sabje qui s'y trouve , et qui peu- Tent vivre aussi dans d'autres endroits sablonneux ; celles qui n'y sont attirées et retenues que par le sel , et qui vivent très bien près ou dans les lacs ou étangs salés de l'intérieur des terres ; et enfin celles qui ont besoin de la mer telle qu'elle est , et s'en écartent peu.
Ces observations prouvent qu'il n'est pas toujours facile de décider si une coquille est marine ou d'eau douce : mais elles n'infirment en rien le fait des couches immenses où il n'existe que des coquilles bien reconnues pour être d'eau douce ; elles expliquent même comment l'on trouve aussi de ces coquilles éparses dans des bancs marins.
De Serres range les lignites ou bois bituminisés parmi les fossiles qui sont le plus souvent mêlés de coquilles de terre et d'eau douce ; ce qui achève de rendre vraisemblable que ces bois ont crû dans les lieux mêmes où ils sont aujourd'hui enfouis , et s'accorde avec tous les autres faits qui montrent que la surface actuelle du globe était à sec et peuplée d'animaux et de végétaux terreslies , avant la dernière irruption des mers.
Desmarets et Léman ont retrouvé dans les terrains d'eau douce de nos environs jusqu'à des coquilles de ces petits entomostracés qu'on a nommés cyprts , et jusqu'à des graines du genre de plantea connues sous le nom de cfuira. Avant eux on prenait ces graines pour des coquilles , et on leur avait imposé le nom de gyrogonites.
Le système géologique des environs de Paris, qui a fait l'objet principal des observations et des découvertes de Brongniart et Cuvier , est aujourd'hui étudié avec une grande attention par beaucoup de savants naturalistes. De Tristan et Bigot de Morogues en ont décrit avec soin les partiesqui avoisinent la Loire; et Omalius de Halloy , ingénieur des mines , en s'aidant de leurs recherches et de celles qu'avait faites plus anciennement notre confrère Desmarets, s'est occupé d'en tracer exactement toutes les limites et d'en dresser une carte. Les couches de ce système , déposées sur la craie , représentent un trapèze irrégulier et curviligne dont le côté méridional , parallèle à la Loire , longe cette rivière , au sud , depuis Cosne jusqu'au-dessous de Blois; le côté oriental passe près des villes de Hontargis , de Nemours , de Montereau , de Villenoxe , de Sézanne, d'Epernay , de Laon , de Crépy , de La Fère; le côté
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septentrional près de celles de Chauny , de Noyon, de Compièfflae, de Clermont , de Beaumont , de Chaumont et de Gisors ; enfin le côté occidental descend par Hantes , Houdan , Épernon , Anneau , et longe le Loir jusqu auprès de Vendôme , d'où il Ta rejoindre la Loire à Blois. Tout cet espace est entouré de craie; et la craie, dans laquelle De Halloy a reconnu trois modifications bien distinctes , est entourée elle-même, excepté vers la mer, d'un calcaire compacte plus ancien qu'elle , qui forme une grande partie du Berri, de la Bourgogne et de la Lorraine jusqu'aux Vosges, et qui reparait au^elà de la Forêt-Noire, jusqu'en Franconie et en Hesse. Les formations du système de Paris étendent sur cette craie diverses ramifications; et Tagriculture , l'industrie, toutes les ressources de chaque lieu, sont souvent déterminées par Tordre géologique de son sol. De Halloy n'a pas mis moins de courage que de sagacité à recueillir les matériaux de son travail , car il a parcouru tout ce pays à pied , visitant les lieux les plus inaccessibles quand il pouvait en espérer quelque instruction , et ne se laissant effrayer ni par le mauvais temps ni par les mauvais gttes.
Brongniart , correspondant de l'Institut , a visité une partie de la France également fort intéressante pour la géologie , celle qui forme aujourd'hui le département de la Manche ; et De Halloy , qui s j est rendu après lui , a confirmé et complété une partie de ses observations. De la description que Brongniart donne des roches de ce pays et de leur position mutuelle , il résulte que ce que l'on y regardait comme des granités proprement dits appartient à cet autre genre de roche nommé syénite par Wemer , et caractérisé par l'amphibole qui entre dans sa composition aussi bien que par sa formation beaucoup plus récente que celle du vrai granit. Ces syénites de la Manche reposent sur des schistes et sur d'autres roches bien postérieures au granit; il parait même qu'en certains endroits elles ont sous elles du calcaire contenant des débris de corps organisés , fait qui serait analogue à ceux que De Buch a observés en Norwége , et d'où l'on pourrait conclure qu'il y a encore eu des précipitations de roches cristallisées après la manifestation de la vie dans les eaux qui enveloppaient anciennement le globe.
Brongniart, qui s'occupe d'un ti*aité général de géologie, a présenté le plan d'après lequel il se propose d'y distribuer les roches , c'est-à-dire ces agrégations de minéraux qui composent la croûte actuelle du globe telle que nous la connaissons. T appliquant les principes reconnus aujourd'hui par tous les naturalistes , il veut que les bases et les détails de toute sa méthode reposent sur des caractères pris dans les roches mêmes et qu'elles portent avec elles , et il rejette tous ceux que l'on pourrait prendre de leur position mutuelle sur le globe , laquelle appartient à leur histoire mais non pas è leur division systématique; il sépare des roches et laisse avec tes minéraux simples les matières minérales qui paraissent simples à
Tœil nu , et doiA rhétéro^néité ne se manifeste que par des layages et par d'autres opérations qui, sans pouvoir être appdées ûeà analyses cnimiqiies , altèrent cependant l'apparence et le tissu de ces matières : tels sont les schistes , l'argile, etc. Les roches ainsi réduites, ou, comme s'exprime Brongniart , les roches mélangées ^ se subdivisent en cristcUlisées et en agrégées; les premières ont leurs parties en proportions à-peu-près égales , ou bien l'une de ces parties y domine sur les autres : dans le premier cas on établit les genres selon les substances essentielles , c'est-à-dire qui s'y trou- Teht constamment; dans le second selon la base, c'est-à-dire la substance dominante : et dans l'un et l'autre cas le nombre des substances composantes et la structure résultante de leur mode d'union servent à distinguer les espèces. Les roches agrégées se divisent selon que le ciment qui les unit est plus ou moins apparent, et selon la nature de ce ciment et celle des graius qu'il empâte.
Dans ce travail si important pour servir de base à l'histoire proprement dite des roches, l'auteur a conservé presque partout les noms que leur a donnés Haiiy dans l'arrangement qu'il en a fait au Muséum d'histoire naturelle.
Brongniart a aussi donné connaissance à Tlnstitut de la division qu'il croit devoir établir entre les roches considérées par rapport aux époques de leur formation et aux restes de corps organisés qu'elles renferment , et qui sont les indices les mieux marqués de ces époques. Au-dessous de tous les autres se trouvent les terrains granitiques , sans corps organisés , les plus anciens que nous connaissions; les terrains qui les recouvrent ne contiennent encore des débris d'êtres organisés qu'en petit nombre et presque tous de la classe des zoophytes; une troisième série, celle des terrains syéoi tiques, n'en présente plus, comme si leur production avait été momentanément interrompue; dans la quatrième comoicncent à paraître les coquilles , et principalement celles que I'od a appelées cornes d'ammon , et qui appartiennent à la famille rle.^ sèches : les cinquième et sixième classes de terrains se caracténsent par les ^ryphîtes et les cérites, qui dominent parmi leurs coquilles. Enfin il est des terrains dont la distribution est tellement irrégulière qu'on ne peut les classer dans l'ordre des temps ; ce sont les roches trappéennes d'une part » et de l'autre celles qui résultent des éjections des volcans. Dans tous ces groupes sont mêlés des terrains de transport, produits des mouvements qu'occasionnaient les révolutions successives, et indicateurs assez justes du moment où chacune a commencé.
Les chutes des pierres de l'atmosphère , depuis qu'on est averti de leur réalité , s'observent si souvent que ce qu'elles auront bientôt
de plus étonnant sera la longue incrédulité où Ton a été à leur égard. Encore cette année il y en a eu une très remarquable dans le département de Lot-et-Garonne , le 5 de septembre , comme à l'ordinaire par un beau temps , avec une forte explosion et un nuage blanchâtre. Le nombre des pierres a été considérable ; on dit qu'il y en avait une du poids de dix-huit livres. Elles se sont dispersées sur à-peu-près une lieue de rayon. Leurs caractères extérieurs et leur composition sont absolument comme dans les autres pierres de même origine; seulement leur cassure a des teintes un peu moins marbrées. Des rapports fort bien faits , par deux habiles observateurs d'Agen, de Saint-Amans et Lamouroux, adressés par le préfet du département , n'ont rien laissé à désirer sur les détails du phénomène.
BerthoUet a présenté à l'Institut , de la part de Tennant , une des pierres tombées en Irlande l'année dernière, et qui ressemblent à toutes les autres , excepté qu'elles contiennent un peu plus de fer.
On sait , et nous avons eu plusieurs fois nous-mêmes l'occasion de dire dans nos rapports , que la pierre nommée arragonite fournissait la plus forte objection que l'on pût faire contre l'emploi de la cristallisation dans la classification des minéraux , parceque les chimistes n'avaient pu trouver aucune différence de composition entre cette arragonite et le spath calcaire ordinaire ou carbonate de chaux, quoique leurs formes cristallines fussent essentiellement distinctes. Cette objection paraît levée aujourd'hui. Stromeyer, professeur de chimie à Gottingen , a découvert la présence constante de trois centièmes de strontiane dans l'arragonite , et il n'y en 3 point iLuis le spath calcaire. Laugier, professeur au Muséum d'histoire naturelle, a répété cette analyse et en a obtenu le même résultai. Il reste à savoir comment l'addition d'une si petite quantité de matière composante peut changer aussi complètement la forme de la molécule primitive d'un minéral.
On avait retiré, il y a plus de cent ans , des carrières d'OEningen, près du lac diî Constance, un squelette pétrifié , que Scheuchzer, naturaliste d(i Zurich, avait pris pour celui d'un homme, et qu'il avait fait graver sous le nom ^ homme témoin du déluge. Des naturnlistes plus récents avaient cru y voir un poisson. Cuvier, d'après hi sim| Je inspection de l'estampe publiée par Scheuchzer, l'avait jugé d'une espèce inconnue et gigantesque de salamandre. Ayant fait un voyage à Harlem , où ce fossile célèbre est déposé dans le muséum de Teiler, et ayant obtenu de Van Marum, correspondant de l'Institut et directeur de ce muséum, la permission de creuser la pierre pour mettre à nu les parties du squelette qui s'y trouvaient encore enveloppées, Cuvier a découvert des pattes avec leurs OS; leurs doigts, de petites côtes , des dents le long des deux krges mâchoires, en un mot toutes les parties caractéristiques qui
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ne peuvent plus permettre à personne de clouter que ce squelette n*ait en efFet appartenu à une salamandre. Il a ftit voir à Flnstitut le dessin de ce fossile ainsi complètement mis à découvert , qu'il doit adresser avec sa description à l'Académie de Harlem.
Le même membre a fait voir une tète récemment dégagée du gypse de Montmartre de l'espèce d'animal perdu qu^l a nommée pa/œotherium médium. Cette tête était complète et confirmait tout ce que l'on avait pu conclure jusqu'ici d'après des fragments isolés.
De Humboldt , associé étranger , a communiqué l'histoire vraiment étonnante du volcan de JoruUo, qui s'ouvrit en 1795 , au Mexique, sur un plateau uni, bien cultivé, où coulaient deux rivières d'eau froide , et où , de mémoire d'homme , il ne s'était pas même fait entendre un bruit souterrain. La catastrophe ftit annoncée quelques mois d'avance par des secousses et des mugissements qui durèrent quinze ou vmgt jours. Il y eut ensuite une pluie de cendres et des mugissements plus violents qui déterminèrent les habitants à la fuite. Des flammes s'élevèrent sur une étendue de plus d'une demi-lieue carrée^ des fragments de roche furent lancés à de grandes hauteurs; la croûte du terrain s'élevait et s'abaissait comme les ondes ; il en sortit une multitude innombrable de petits cônes de six à neuf pieds qui hérissèrent la surface du plateau comme des ampoules , et qui subsistent encore ; il s'éleva enfin dans la direction du S. S. E. au N. N. £. une suite de six collines , dont la principale , qui conserve encore aujourd'hui un cratère enflammé , n'a pas moins de 1600 pieds de hauteur. Ces effrayantes opérations de la nature durèrent depuis le mois de septembre 1759 jusqu'au mois de février suivant. Des témoins oculaires attestent que le bruit égalait celui qu'auraient pu produire des milliers de pièces de canon , et qu'il fut accompagné d'une chaleur brûlante, dont une partie se conserve encore à présent; car De Humboldt a trouvé la chaleur du sol de 20 degrés supérieure à celle de l'atmosphère. Tous les matins des milliers de filets de fumée s'élèvent des cônes et des crevasses de ce grand plateau; les deux rivières ne roulent plus que de l'eau chaude imprégnée d'hydrogène sulfuré , et la végétation ne fait que de renaître sur ce terrain bouleversé.
Ce volcan est à 46 lieues de la mer , et à une distance à- çeu-près pareille du volcan actif le plus voisin ; et à cette occasion , De Humboldt remarque que plusieurs volcans du Nouveau-Monde sont aussi éloignés de la mer que celui-là ; tandis que dans l'ancien on n'en connaît aucun qui s'en éloigne à plus de douze lieues , et que la plupart sont sur ses bords. Ce savant voyageur nous apprend aussi que tous les grands volcans du Mexique se trouvent non seulement à-peu-près sur une même ligne transversale à la direction des Gordilièresy mais encore, à quelques minutes près, sous le To» I. 20
même parallèle, comme s*ils avaient tous été soulevés sur une crevasse souterraine qui aboutirait d'une mer à Tautre. Il s'est assuré de tous ces faits par des mesures et des déterminations de position aussi exactes que pénibles. On en verra tout le détail dans la conti* nuation du célèbre ouvrage où De Humboldt a consigné les résultats de son grand voyage en Amérique.
Entre les questions que les savants occupés de la théorie de la terre agitent ordinairement , il en est peu de plus difficile ni qui ait occasionné des disputes plus longues et plus opiniâtres que celle de l'orisfine des basaltes et des vakes, sortes de roches que les uns considèrent comme des produits d'anciens volcans, tandis que d'autres les regardent comme des dépôts dans le liquide général où se sont formées les roches ordinaires, et comme des analogues des trapps.
Cordier, inspecteur-divisionnaire des mines et correspondant de l'Académie, ayant porté aussi son attention sur ce grand problème, a imaginé, pour le résoudre , des moyens entièrement nouveaux.
Ses premières réflexions lui firent apercevoir que la plus grande difficulté pour conïparer les matières d'une nature contestée , avec celles dont l'origine, soit volcanique ou non volcanique, est incontes* table, tient à ce que les unes et les autres se composent souvent de particules tellement mélangées, réduites en pâte d'apparence telle* ment homogène qu'il est impossible à l'œil de les discerner. La chimie ne peut venir ici au secours des sens , parcequ'elle confond toutes ces particules dans ses analyses, et ne aonneen résultat que la liste totale de leurs éléments primitife , au lieu de distinguer ceux qui appartiennent à chacune de leurs espèces.
Cordier imagina donc un nouveau mode d'analyse mécanique ,
3 ni consiste â réduire d'abord en parcelles les espèces minérales ont on peut soupçonner l'existence dans les roches que l'on veot examiner; à bien déterminer les caractères physiques de ces parcelles et leur manière de se comporter au chalumeau; à pulvériser ensuite les roches dont on fait l'objet de son étude; à tirer, au moyen du vannage ou du lavage , les diverses sortes de particules que cette pulvérisation a détachées les unes des autres , et à les soumettre aux mêmes épreuves que l'on a fait subir aux parcelles de substances bien connues.
C'est, comme on voit, une sorte de minéralogie miscroscoptque dont Cordier a tiré un excellent parti. Les pâtes pierreuses , reconnues pour des laves et historiquement constatées pour telles, se sont fort bien prêtées à cette nouvelle analyse : leurs particules se sont assez aisément séparée»; elles ne lui ont offert qu'un petit
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nombre de combÎDaîsons , daos lesquelles dominaient tantôt le feldspath, tantôt le pyroxène, et où ils s'alliaient en diverses proportions au fer titane; à ces trois éléments constants se mêlaient, mais d'une manière moins générale , Tamphibole , l'amphigène , le mica , le péridot et le fer oligiste.
Les pâtes basaltiques d^une origine plus ou moins contestée n'ont pas été plus difficiles à diviser dans leurs parties constituantes, et ces parties ne se sont pas trouvées différentes. Toutes ces pâtes anciennes ou modernes , reconnues ou non pour des laves , sont donc , selon l'auteur , des granits miscroscopiques dans lesquels l'uniformité du tissu entrelacé n'est interrompue que par de très petits vides, un peu moins rares dans certaines laves que dans d'autres, et qui paraissent, à l'œil nu, des masses homogènes où dominent, soit les caractères du pyroxène , soit ceux du feldspath , et qui ne peuvent plus alors être distinguées qu'en deux sortes.
Une partie des scories qui accompagnent les laves pierreuses., et qui sont les premiers produits de la coagulation des matières en nision, se compose aussi de grains divers, mais plus fins, moins
1 les
l'action
enfin
sont complètement à cet état, mais il leur reste toujours assez de traces de leur origine pour qu'on ne puisse les méconnaître. Elles se rapportent toujours à Vun des deux ordres principaux de combinaisons , reconnus parmi les laves pierreuses.
Cordier cherche à expliquer, par la différence d'état des scories, ce phénomène qui a frappé plusieurs voyageurs , que certains courants de laves restent éternellement stériles , tandis que d'autres se parent promptement de la plus belle végétation. C'est que les premiers, plus vitrifiés que les autres, se décomposent moins aisément.
L'auteur examine aussi les obsidiennes ou verres volcaniques; et , en comparant toutes les nuances de leur plus ou moins de vitrification , il y trouve toujours quelques traces de ce pyroxène ou de ce feldspath , principes dominants des deux ordres de lave , et les obsidiennes qui fondent en verre noir lui ont montré des transitions
Erfaites jusau'au basalte le plus dense ; en un mot, les obsidiennes, ; scories , les laves, les basaltes, ne diffèrent point en compositîon , mais seulement par les accidents de leur tissu. Il n'est pas
{'usqu'aux sables et cendres volcaniques où l'on ne retrouve , par le ava^, les mêmes matériaux dont l'agrégation forme les laves voisines. Cordier a suivi ces matériaux dans les diverses substances après qu'elles ont été altérées par le temps , et les y a dégagés des substances nouvelles qui les ont enveloppés ou qui se sont infiltrées dans leurs intervalles; en un mot il n'a négligé l'examen d'aucune des modifications des produits volcaniques vrais ou con^^
testés , et il n'a trouve nulle part ses règles générales en défaut ; maïs lorsqu'il est passé enfin à ces trapps , à ces cornéennes , à ces pétrosilex , en un mot, à ces anciennes roches auxquelles on avait voulu rapporter les basaltes , il n'y a plus reconnu aucun de ces caractères si marqués qui établissent entre les laves et les basaltes des rapports incontestables.
La masse de ces anciennes roches n'a point de vides apparents ; à peine y aperçoit-on des grains , et ils ne diffèrent point entre eux pour la couleur ; on ne peut pas les isoler ni en faire l'analyse mécanique. Par conséquent , si une partie de ces roches se compose de matériaux hétérogènes, il n'est pas possible de déterminer les espèces mioéralogiques auxquelles ces matériaux appartiennent.
Leur analyse chimique donne aussi d'autres résultats, surtout parce qu'elle n'y montre aucune trace de fer titane.
Ainsi l'analogie prétendue entre les trapps et les basaltes ne supporterait pas un examen rigoureux.
Quant à l'origine des laves et aux causes de leur fusion , Gordier ne se permet aucune conjecture; mais, considérant leur masse comme coagulée par une cristallisation instantanée , il résout aisément le problème particulier long-temps débattu : si les cristaux renfermés dans les laves ont été enlevés tout formés aux entrailles de la terre , et enveloppés par elle , ou s'ils se sont formés après coup dans leurs vides , ou enfin s'ils ont cristallisé au même instant que le reste de leur masse s'est durci ; et l'on comprend aisément que c'est ce dernier parti qu'il adopte.
Il termine ce grand et beau travail par une énumération méthodique des basaltes et des produits des volcans , rangés d'après leurs matériaux d'agrégation , et sous les bannières des deux substances qui y prédominent, le feldspath et le pyroxène.
Cette nature si mystérieuse des volcans , ces foyers immenses de chaleur , loin de toutes les conditions qui entretiennent la chaleur à la surface de la terre, seront long-temps encore un des grands objets de la curiosité des physiciens , et exâteront leurs efforts tant qu'il leur restera quelque espoir de succès. Un jeune minéralogiste , aussi zélé qu'instruit , Mesnard de La Groye, d'Angers, ayant eu occasion en 1812 et 1813 d'observerde près plusieurs des phénomènes du Vésuve , en a dressé un journal d'une exactitude singulière , qu'il a entremêlé de beaucoup d'idées et de suppositions originales.
Depuis l'énorme diminution que le cône du volcan a éprouvée en 1704 , où il s'affaissa de plus de 400 pieds , toutes les éruptions se sont faites par son sommet , ce qui parait les avoir empêchées d'être aussi abondantes et aussi destructives que celles ^ui perçaient ses flancs. Le fond du cratère s'est relevé , et il ne serait pas impossible qu'il vint à se remplir : d'où De La Groye tire cette conclu-
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sien, qu'il ne faudrait pas toujours refuser à une montagne la qualification de volcanique , parce qu'elle n'aurait pas de cratère. • Les coulées de laves sont d'autant moins abondantes qu'il y a un plus grand nombre de scories et de lapillis lancés par l'éruption. Tout le cône est couvert de ces petites pierres qui y sont bientôt altérées par les vapeurs acides , et prennent ces couleurs vives et variées qui les font considérer de lom comme des gazons en fleur , et qui ont du moins donné à croire , même à des naturalistes , que le cratère est rempli de soufre ; ce qui est si peu vrai qu'il est même rare d'y sentir des vapeurs sulfureuses : il s'y élève au contraire de fortes et continuelles exhalaisons d'acide muriatique , et le sel marin y est partout en concrétion.
Hesnard de La Groye prend de là occasion de diviser les volcans en deux classes ; ceux où le soufre joue un rôle essentiel , et ceux où domine l'acide muriatique. C'est parmi ces derniers qu'il range le Vésuve.
Il fait aussi remarquer les fumées continuelles qui s'élèvent des coulées de laves , et qui y annoncent une grande humidité : elles sont en effet purement aqueuses. On ne voit point de flammes , mais les sables et les pierres embrasés, et la réverbération du foyer intérieur sur les vapeurs qui en sortent, produisent cette illusion. La lave marche lentement ; ses bords refroidis lui forment un canal et la tiennent élevée au-dessus du terrain toute couverte de scories; il est d'une difficulté extrême de voir sa partie fluide. On sait d'ailleurs que sa chaleur n'a rien qui approche de celle du verre fondu; car lorsqu'elle enveloppe des troncs d'arbres, elle ne les carbonne pas jusqu'au centre. Aussi de La Groye croit-il que la lave doit sa fluidité à quelque principe qui se consume par le fait même de la fusion , et que c'est à cela que tient la difficulté de refondre celle qui est refroidie. La pleine masse , la partie non boursouflée en scories , a l'aspect tout pierreux ; c'est ce que les Allemands appellent graustein. L'auteur compare les périodes de la fusion des laves à ceux par où passent les sels qui fondent après s'être boursouflés ; il rapporte des faits curieux sur la prodigieuse durée de leur chaleur , et en conclut qu'elles portent en elles-mêmes le principe de leur échaufFement et qu'elles n'ont pas simplement une chaleur communiquée. A toutes ces remarques , de La Groye joint une relation fort détaillée de la grande éruption de 1813, qui produisit une infinité de lapillis et de cendre , mais dont les laves n'arrivèrent pas jusqu'aux terrains cultivés.
Après avoir étudié avec tant de soin les volcans brûlants , de La Groye a voulu aussi se rendre compte des motifs que Ton peut avoir pour ranger diverses montagnes parmi les volcans éteints , et il en a visité une que de Saussure et d'autres grands géoloçistes avaient déjà placée dans cette classe, mais où les neptunistes obstinés trouveraient encore bien des prétextes pour appuyer leurs doutes.
C'est la montagne de Beaulieu , â trois lieues environ d'Aix en Provence. Les inégalités du sol qui l'environne représentent des traînées comparables aux courants de laves; son étendue est de 1200 toises de longueur sur 6 à 700 de larc^eur, son élévation moyenne au-dessus de la mer de 200 ; ce qui 1 entoure est calcaire à une distance indéfinie : vers l'est sont les buttes basaltiques , qui semblent former le noyau de tout le système ; mais dans la partie basaltique même il y a aussi des coquilles marines et beaucoup de calcaire. Les amygdaloïdes et les basaltes en sont recouverts en plusieurs endroits; en d'autres, leurs fragments en sont empAtés, et composent avec ce calcaire une sorte de brèche ; il a souvent pénétré dans les cellules des amygdaloïdes.
Cependant la roche principale est le grfinstein secondaire des Allemands , composé de feldspath et de pyroxène , quelquefois en si gros grains qu'il ressemble à du granit. Il forme une longue traînée , et Ton passe de cette roche par des intermédiaires compa-* râbles à des trapps proprement dits jusqu'au basalte ordinaire contenant du péridot , et dont de Saussure a vu quelques parties divisées en prismes. Il y a aussi de la rake qui sert de base à l'amygdaloïde , et qui , lorsque ses cellules sont vides , ressemble tout-à-fait à une lave poreuse , mais où elles sont le plus souvent remplies de calcaire , comme dans le mandelstein des Allemands. On trouve enfin un tuf basaltique, rempli de petits galets calcaires et contenant des pyroxènes , des péridots , des micas , et ces autres espèces minérales si communes dans les laves. Hesnard voit à Beaulieu jusqu'à un enfoncement qui lui paraît un reste decratère. Enfin l'auteur, après avoir donné quelques raisonnements généraux contre les objections des neptunistes^ conclut que cette montagne est le produit d'une éruption sous-marine , et que la mer où elle s est faite, a continué long-temps après à déposer du calcaire. De Saussure avait déjà paru ftivorableà cette opinion; Faujasl'a regardée comme incontestable , et Hesnard croit y voir un moyen de concilier toutes les opinions sur les prétendus trapps secondaires , objets de si longs débats.
Parmi ces nombreux débris d'organisations inconnues, qui remplissent les couches de la terre , il se trouve des empreintes d'animaux d'une singulière forme , composés d'une sorte de corselet et d'un abdomen mrmé de plusieurs segments , dont chacun est divisé en trois lobes. Les naturalistes leur ont donné les noms d'entomolithes et de trilobites ; mais ils ne les avaient pas assez distingués entre eux , et ne s'étaient pas occupés de déterminer à quel ordre de couche chaque espèce appartient.
Brongniart a présenté un travail sur ce sujet, où, d'après une comparaison exacte des échantillons qu'il s'est procurés , ainsi que les hauteurs précédentes , il montra qu'il existe au moins sept espèces de ces trilobites; que leurs formes principales sont assez
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différentes pour les répartir daos quatre genres , lesquels doivent tous être rangés daos la classe des crustacés et dans Tordre de ceux dont les branchies soxU à découvert. La plupart de ces trilobites appartiennent aux plus anciens , c'est-à-dire aux plus profonds, des terrains qui recèlent des dépouilles animales ; ils doivent donc avoir été du nombre des premiers êtres vivants ; et en effet , à mesure qu'on approche de la surface on trouve des crustacés plus semblables A ceux que la mer nourrit aujourd'hui ; mais les trilobites disparaissent entièrement.
Gillet-Laumont a fait voir des agates où de petits cercles blanchâtres , disposés en quinconce , simulaient quelque pétrification de la classe des polypiers; |nais ils étaient le produit de l'artifice. Gillet-Laumont , qui avait rei^arqué précédemment que des coups, ménagés d'une certaine manière , détachaient d'un moc de grès des cônes très réguliers, a appliqué des coups pareils à des agates , et y a produit de même des fissures coniques dont la coupe a offert des cercles entièrement semblables à ceux qui avaient d abord fait illusion.
Gordier a publié un mémoire sur les mines de houille de France , et sur les progrès que leur exploitation a faits depuis vingt-cinq ans. Il prouve que dans cet intervalle les produits ont plus <{ue quadruplé. Cet ouvrage, très important pour l'administration, est accompagné d'une carte qui désigne l'étendue de nos terrains houil- 1ers , les fosses principales qui s'y exploitent et la direction de leurs divers débouchés : il a été inséré dans le Journal des Mines.
11 est encore tombé cette année des pierres de l'atmosphère aux environs de Langres, avec toutes les circonstances accoutumées. PistoUet , médecin de cette ville , en a recueilli ; elles ressemblent en tout aux autres pierres de même origine , excepté que leur cassure est peut-être un peu plus blanche.
Vauquelin, qui avait été chargé, l'année dernière, d'examiner les aérolilhes d'Âgen , a préseolé quelques réflexions sur l'état où se trouvent les principaux éléments de ces sortes de pierres. Une partie de la silice lui paraît y être en combinaison avec la magnésie; il y a du soufre uni au fer, car il donne du gaz hydrogène sulfuré en se dissolvant dans les acides ; quant au chrome , il parait être isolé , et se montre quelquefois en molécules assez grosses pour éloigner toute idée de combinaison.
Le Groenland a fourni , depuis quelques années , une pierre en petits cristaux dodécaèdres d'un vert céladon , que l'on a nommée sodalithe, parce qu'elle contient près d'un quart de son poids de soude unie avec de la silice et de l'alumiue.
Le comte Dunin-Borkowsky, minéralogiste aussi zélé qu'instruit, a découvert une variété incolore et en gros prismes de cette même pierre, dans cette partie de la pente du Vésuve appelée Fosso- Grande y si célèbre par le nombre et la yariété des minéraux qu'elle a offerts aux collecteurs. La composition de ceux-ci, fort analogue à celle du verre, aurait pu frapper dans des cristaux rejetés par un volcan , s'ils n'étaient accompagnés d'une multitude d'autres espèces qui n'ont rien de commun avec le verre , et si les sodalithes du Groenland ne se trouvaient pas dans des terrains où l'on n'aperçoit nulle trace de feux souterrains,
La géologie, dans la forme scientifique à laquelle elle s'est élevée dans ces derniers temps , a moins po«r objet d'imaginer , comme autrefois , des systèmes sur les états ^ar où le globe a passé , que de décrire exactement son état actuel, et la position relative des masses qui composent son écorce. On sait que , sous ce dernier rapport, on a distingué ces masses en primitives, c est-à-dire dans lesquelles on ne voit point de traces de corps organisés et que l'on croit antérieures à la yie ; et en secondaires , qui toutes sont plus ou moins remplies des débris de ces corps , et qui doivent en conséquence avoir été formées depuis qu'ils existent. Ces masses sont en outre généralement difiFérentes par leur nature et par les matières qui les composent; l'on a cru même long-temps que ces matières s étaient succédées et remplacées d'une manière également tranchée ; en sorte qu'aucune de celles qui se déposaient avant l'existence des corps organisés ne se serait déposée depuis , et réciproquement. C'était là une assertion prématurée que des observations plus exactes ont démentie. On s'est aperçu qu'entre ces deux genres de terrains il en existe de mélangés , en quelque sorte , où d'anciennes matières se reproduisent après que des matières nouvelles se sont montrées; où quelques corps organisés sont recouverts par des masses de la même nature que celles qu'on croyait avoir cessé de se déposer depuis que la vie s'était montrée sur le globe. Ces monuments du passaçe d'un état de chose à un autre ont été appelés terrains de transition.
Il n'est pas toujours facile de les reconnaître pour tels; et. Brochant, dans un mémoire publié il y a quelque temps, avait eu besoin de toute sa sagacité pour rappeler à cette classe intermédiaire les plus grandes portions de la vallée de Tarentaise, d'autant que Ton n'avait point découvert alors quelques coquilles dont l'existence dans ces roches a confirmé , de la manière la plus flatteuse , les conîectures et les raisonnements de ce savant géologiste.
Il a étendu depuis ce genre de recherches , et les a portées principalement , cette année , sur les çjTP^es anciens qui se trouvent en abondance dans certaines parties aes Alpes , et dont tous les voyageurs qui traversent le Mont-Cénis ne peuvent manquer de remarquer d'énormes masses. Après avoir décrit , avec une scrupuleuse exacti-
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tude, toutes les circonstances de leur gisement, et ayoîr souvent contourné les montagnes, sur les flancs desquelles ils se présentent, l'auteur montre leurs rapports de situation et de nature avec les terrains de transition , et prouve que Ton doit les ranger dans cette classe.
Les terrains primitifs eux-mêmes ne sont pas toujours faciles à caractériser : l'irrégularité de leur position , Ténormité des espaces où il feut quelquefois poursuivre leurs rapports , et les variations nuancées de leur composition , offrent de grandes difficultés. Ainsi Brochant a reconnu , par de longs voyages et de pénibles examens , que les hautes cimes des Alpes , depuis le Mont-Cénis jusqu'au Saint-Gothard , et notamment le Mont-Blanc, ne sont point, comme on l'avait cru, de granit proprement dit , mais d'une variété plus cristalline et plus abondante en feldspath , d'une roche talqueuse et feldspathique qui domine dans une assez grande partie des Alpes , et qui contient souvent des minerais métallifères en couches ; il s'est assuré , en même temps , qu'un véritable terrain de granit règne sur la bordure mériaionale de la chaîne ; et , d'après l'analogie , il regarde comme très vraisemblable que ce terrain granitique supporte le terrain talqueux ; d'où il conclut que les hautes cimes des Alpes ne sont point la partie relativemen t la plus ancienne de ces montagnes.
Nous avons rendu compte , dans le temps , d'une disposition fort analogue , découverte dans les Pyrénées par Ramond.
L'on doit toutefois remarquer que la primordialité du granit, parmi les roches connues , souffre des exceptions. De Buch a constaté, en Norwège, que des granits, évidemment reconnaissables pour tels, sont superposés à des terrains que Ton croyait plus modernes , et même à des terrains à pétrifications. Ce fait a été observé également en Saxe et jusque dans le Caucase.
De Bonnard, ingénieur des mines de France, qui, par une singularité honorable pour nous , a donné à la géologie la première description complète de l'Ertz^eburg , de cette province de Saxe qui est en quelque sorte la patrie de Ta géologie; De Bonnard s'est attaché, dans cet ouvrage, à déterminer les lieux où le granit est inférieur aux autres terrains , et ceux où il est supérieur à quelques uns. On ne peut douter , d'après ces recherches , que le granit de Dohna ne soit dans ce dernier cas , ainsi que l'avaient annoncé des observateurs saxons ; mais , en d'autres endroits , et surtout près de Treyberg, on s'est trop empressé de conclure la supériorité du granit , de quelques irrégularités dans la forme de ses masses , dont les parties saillantes se font quelquefois jour au travers des roches qui le recouvrent. Il parait , au reste , que la chaîne qui sépare la Saxe de la Bohême a aussi les granits d'un côté de sa crête , de celui opposé au nord.
Cet écrit de Bonnard contient beaucoup d'autres détails précieux sur la nature et la position des terrains de la province célèbre qu'il
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a étudiée , ainsi que sur les riches filous métalliques qui la parcourent dans tous les sens , et sur lesquels l'industrie des mineurs s'exerce depuis si lonç-temps. Sous ces rapports, il est d'un égal intérêt pour la gréologie et pour l'art de l'exploitatiou des mines.
Héron de Yillefosse a rendu à ce même art un bien grand service , par son ouvrage intitulé (h la Richesse Minérale. Le premier volume , qui avait pour objet l'administration des mines , imprimé dès 1810, est connu et apprécié depuis long-temps. Le second, où il est traité de leur exploitation, a été présenté en manuscrit à l'Académie. L'auteur y réunit , à toutes les directions que donnent les sciences nombreuses d'où dérive la théorie , une immense quantité de faits pratiques qu'il a recueillis dans ses voyages et daus l'exercice de ses fonctions, en sorte que les préceptes y sont appuyés d'exemples qui n'ont rien d'imaginaire, mais qui sont tous réalisés en quelques lieux. Un magnifiqne atlas offre à l'œil tout ce que ces exemples ont de sensible : on y voit des cartes géologiaues de Hartzwald et de la Saxe , les pays les plus célèbres par I ancienneté de leurs mines ; des plans et des coupes de toutes les manières d'être du minerai dans le sein de la terre , ainsi que des voies que l'art a su ouvrir pour Ten retirer, et des mécaniques de tous genres que Ton emploie à cet effet ; et presque tous ces matériaux sont inédits et rassemblés sur les lieux par l'auteur. On ne peut mettre en doute la grande utilité d'un tel ouvrage pour un pays où l'art dont il traite est encore si peu florissant.
La découverte si importante en géologie , faite par Brongniart et Cuvier , de certaines couches pierreuses qui ne contiennent que des coquillages de terre et d'eau douce , et qui ne peuvent par conséquent avoir été formées dans la mer comme les autres couches coquilliéres , a excité de nombreuses recherches dans toute l'Europe. Nous avons rendu compte dans le temps de celles de Marcel de Serres et Daudebart de Férussac sur les terrains d'eau douce de diverses contrées de France , d'Espagne et d'Allemagne ; on en a fait d'analogues et fort étendues en Angleterre. Cette année , Beudant , proresseur à Marseille , a considéré cette matière sous un nouveau rapport. Comme on trouve en quelques endroits des coquilles d'eau douce mêlées à des coquilles marines , il a cherché à découvrir par l'expérience jusqu'à quel point les mollusques d'eau douce peuvent s'habituer à vivre dans l'eau salée , et réciproquement jusqu'à quel point les mollusques marins peuvent supporter l'eau douce. Il a trouvé que tous ces animaux meurent promptement quand on change subitement leur séjour , mais qu'en augmentant par degrés la salure de l'eau pour les uns, et en la diminuant par degrés pour les autres, on les habitue , pour la plupart, à vivre dans une eau qui ne leur est pas naturelle. Quelques espèces résistent cependant à ces tentatives , et ne supportent point de variations dans Têtu qu'elles habitent.
Ln nature indiquait d'avance ces résultats ; certaines huttrcs , certaines cérites, la moule commune , remonu^nt assez haut dans les fleuves , et Ton voit quelques limnées dans des endroits où Veau participe beaucoup de la salure de la mer.
Marcel de Serres a donné la suite de ses premières reclierches sur ces terrains d^eau douce , dont nous aYoas rendu compte dans notre aualyse de 1818. II a fait connaître principalement, cette année, une formation de ce genre, qu'il regfardc comme plus nouvelle que toutes les autres , et qu'il a découverte dans sept lieux différents des environs de Montpellier. Ses observa (ions se rattachent en partie à celles de Beudant : il distinfjne les espèces des environs de Montpellier en celles qui ne paraissent pouvoir vivre que dans les eaux douces; celles qui peuvent subsister dans de» eaux saumâlres, dont le maximum est de 2° 75; enfin celles à qui les eaux marines paraissent nécessaires^ Il explique par-là quelques mélanges fort rares des débris de ces êtres.
Le terrain qu'il décrit se compose d'abord en quelque sorte de deux étages renfermant des coquilles différentes. Le supérieur en contient de terrestres en même temps que d'aquatiques. La formalion nouvelle est appliquée à la surface de terrains divers, et principalement sur le haut des collines ou des plateaux. On y voit beaucoup de coquilles terrestres et d'empreintes de végétaux parfaitement semblables aux espèces qui vivent actuellement sur le même sol.
A mesure <][ue l'on approfondit en Europe les méthodes d'observation géologique, il se trouve des naturalistes zélés qui les appliquent aux pays plus éloignés , et qui y retrouvent la nature fidèle aux mêmes lois.
Nous avons parlé plusieurs fois des immenses travaux de Humboldt sur la structure et l'élévation respective des montagnes des deux Amériques. Ce savant voyageur a semblé préluder à des travaux non moins importants par un tableau des résultats obtenus dansllnde, sur la hauteur de divers pics de cette immense chaîne connue des anciens sous le nom d'Imaiis , et où les Indous ont placé les principaux faits de leur mythologie.
D'après les mesures trigonométriques deWebb, ingénieuranglais,
Juatre de ces pics seraient plus élevés que le Ghimboraço , et l'un 'eux , la plus haute montagne connue jusqu'à ce jour sur le globe, aurait 4013 toises, ou 7821 mètres; et même, selon d'autres calculs , 4201 toises , ou 8187 mètres.
De Humboldt fait dans ce mémoire un usage heureux des lois de la géographie végétale , pour suppléer aux mesures de hauteur de certains plateaux que l'on n'a point encore pu prendre immédiatement ; et, lorsque telle ou telle plante se cultive dans un lieu, il détermine , d'après la latitude , quelle hauteur le plateau sur lequel ce lieu se trouve ne peut avoir dépassée. Ce sera un sujet curieux de
316 XIIfÊRALOaiE
Térification pour les voyageurs, qui , d'après les nombreux rapports qui s'établissent , vont sans doute de plus en plus visiter ces vallées et ces montagnes de Vlmaus, ce Thibet , ce Boutan, ce Népaul , les contrées les plus intéressantes peut-être du monde pour lliistoire du genre humain , si comme tout Tannoiice c'est de là que notre race est descendue.
Dans un espace plus borné , Moreau de Jonnès , nommé depuis peu correspondant , n'a pas laissé que de faire des observations utiles. Il a présenté à l'Académie une carte géologique d'une partie de la Martinique où sont marquées avec un grana soin les hauteurs des montagnes et des collines qui la hérissent , et principalement du volcan éteint qui parait avoir donné naissance à ces mégalités qu'il domine.
L'auteur a étendu ses recherches à la géologie d'une grande
Sartie des Antilles. Des pics volcaniques occupent les centres élevés e ces îles , et se nomment mornes ; les crêtes de laves qui en sont découlées s'appellent barres , et l'on désigne par la dénomination de plainiers les plateaux qu'elles ont formés en s étalant à leur partie inférieure.
Les fies où il ne se trouve qu'un pic et un seul système de déjections, telles que Saba, Nièves , Saint- Vincent , sont plus petites , moins importantes pour l'agriculture. Elles n'ont point ae bons ports, parceque ces ports ne sont que l'extrémité des vallées laissées entre deux ou plusieurs systèmes, tels qu'il s'en voit à la Guadeloupe , à la Martinique, à la Dominique , à Sainte-Lucie, â la Grenade , etc. ; la Martinique , en particulier , paraît devoir son origine à six foyers volcaniques, et montre encore six pics auxquels tout son terrain se rapporte. C'est la topographie et la minéralogie exactes de l'un des six, celui de la montagne Pelée, que nous donne de Jonnès. Il croit cette nature volcanique si générale qu'il suppose qu'elle sert de base même à celle des Antilles, qui n'offrent à Textérieur que des calcaires manifestement coquilliers , telles que la Barbade et la grande terre de la Guadeloupe. La Guadeloupe proprement dite est formée de quatre systèmes d'éruption, un desquels , la Soufrière , a conservé encore quelque activité. De Jonnès en donne aussi une description soignée dans une statistique générale de cette lie.
Les minéraux , considérés sous un point de vue général , n'occupent essentiellement que les naturalistes ; mais les rapports particuliers d'un grand nombre de leurs espèces avec les besoins et les agréments de la société sont pour ainsi dire infinis. Les moins importants de leurs usages , ceux qui n'intéressent que la vanité , produisent encore dans le commerce et dans les relations mutuelles
des peuples des mouvements que la politique étadie , et que la philosophie ne doit pas dédaigner , car elle en tire toujours quelque profit. Le plus puéril de tous les luxes est hien certainement celui des pierres précieuses , et cependant nous lui devons la première connaissance de contrées éloignées et plusieurs faits de physique diffnes de toute notre attention. Haiiy , dont les travaux ont donné à la grande minéralogie une face si nouvelle en la soumettant aux procédés d'une physique délicate et aux calculs d'une géométrie rigoureuse, a voulu que ces minéralogistes pratiques, qui ne s'occupent c[ue des minéraux de luxe , participassent aussi aux progrès de la science. Il vient de publier un traité des caractères physiques des pierres précieuses , où il donne les moyens les plus sûrs d'en distinguer les espèces , malgré les altérations que l'art leur a fait subir en les taillant, en les cnauffant, ou de toute autre manière ; et ce qui était plus difiicile , malgré toutes les diversités de couleur et de transparence que la nature leur imprime. Ce ne sont là que des accidents ; l'essence de chaque espèce consiste dans ]a forme de sa molécule intégrante , dans la disposition de ses lames et dans la nature de ses éléments ; mais on ne pourrait constater ces caractères dans une gemme sans la détruire; on est donc réduit à ceux qui dérivent des premiers et en sont en quelque sorte les indicateurs ; savoir , à la dureté , à la pesanteur spécifique , à la double réfraction et à l'électrisation , soit par le frottement , soit par la chaleur. C'est sur ceux-là que Haiiy insiste dans un ouvrage qui sera également avantageux et à ceux qui travaillent les pierres précieuses et à ceux qui aiment à s'en parer.
Nous avons parlé plusieurs fois de la grande question élevée entre les cristallographes et les chimistes, sur la préférence que méritent les caractères offerts par leurs sciences respectives pour la distinction de minéraux, et nous avons cité quelques exemples de substances dont la composition chimique varie à un degré étonnant, quoique leur forme cristalline et plusieurs de leurs propriétés physiques restent les mêmes. On en est réduit à croire que dans ces sortes de cas il se fait un mélange purement mécanique , une interposition de substances étrangères entre les molécules du véritable cristal , lesquelles conservent leurs rapports comme si ces matières hétérogènes n'étaient pas survenues; mais dans cette hypothèse on est obligé de reconnaître un fait bien extraordinaire : c est la puissance prédominante dont certaines substances jouissent , et en vertu de laquelle elles en contraignent d'autres à se plier à leurs formes , à se soumettre à leurs lois , quoique ces autres substances aient aussi des formes et des lois cristallines qui leur sont propres , et qu'elles entrent dans le mélange (si l'on veut l'appeler ainsi) en quantité incomparablement plus grande que celle à laquelle elles sont ainsi obligées d'obéir.
318 Hir^ÉOALOGIE
Cest ce que Beudant vient de constater par des expériences très exactes qu il a soumises à TAcadémie.
Après aToir reconnu que deux sels s'unissent rarement dans les mêmes cristaux , à moins d*avoir un principe commun , il a mêlé difiEérents sulfates pour déterminer lequel l'emporterait sur les autres.
Le sulfate de fer exerce un pouvoir , on oserait dire un despotisme, tout-à-fait étonnant. Il suffit , par exemple, que dans une dissolution de sulfate de fer et de sulfate de cuivre il y ait un dixième du premier pour que la totalité cristallise sous la forme qui lui est propre, et pour que celle du sulfate de cuivre ne s'y montre nullement. Avec du sulfate de zinc il faut un dixième et demi de sulfate de fer pour dominer; enfin, si l'on mélange un quart de sulfate de zinc et trois quarts de sulfate de cuivre , il suffira d'y ajouter deux à trois centièmes de sulfate de fer pour que le tout cristallise comme si c'était du sulfate de fer pur.
Pour montrer à quel point ce résultat est fait pour étonner, il suffit de se rappeler que la molécule intégrante du sulfiate de cuivre est un parallélipipède obliquangle irrégulier; que celle du sulfate de fer est un rhomboïde aigu; qucHaiiy soupçonne celle du sulfate de zinc d'être un octaèdre régulier, et que les formes secondaires ordinaires de ces trois substances ne se ressemblent pas plus que leurs éléments mécaniques. Gomment ce petit nombre de molécules rhomboïdales se rangent-elles facette à facette pour former le cristal général sans être troublées dans leur tactique ordinaire par ce nombre prodigieusement supérieur de molécules tout autrement figurées? comment celles-ci peuvent-elles être contraintes de se presser, de s'empiler dans les vastes intervalles des premières, sans aucun ordre relatif à l'attraction de leurs propres facettes? Il y a certainement là des mystères dignes de toutes les recherches des physiciens, et d'un ordre bien au-dessus de la question de savoir si l'on doit classer les minéraux par leur analyse ou par leur forme.
Lelièvre, qui avait trouvé en 1786 dans une mine de plomb des Pyrénées une substance d'un aspect particulier, qui lui parut d'abord une sorte de calcédoine , en a donné l'analyse faite par Berthier , ingénieur des mines , qui y a reconnu 44,5 d'alumine , 15 de silice, et 40,5 d'eau. En conséquence, Lelièvre la nomme alumine hydratée silicifèrt. Sa cassure est un peu résineuse; elle happe à la langue; rougie au feu , elle devient friable et perd 40 pour 100 de son poids; elle ne fond pas au chalumeau ; les acides nitrique et sulfunque la convertissent en magma salin.
Ou avait déjà remarqué plusieurs ressemblances entre les aérolithes et cette célèbre masse de fer natif, observée à la surfiace de la terre en Sibérie par feu Pallas ; Laugier vient d'en compléter Tensemble dans l'analyse qu'il a donnée d'un fragment de cette masse. Non seulement il y a retrouvé le nickel ; mais le chrome , dont il
a le premier découyert l'existence dans les aérolithes , s'est aassi offert à lui , ainsi que le soufre.
Il se fait en quelques endroits de l'Italie et de la Sicile des éruptions d'une vase argileuse et froide , qui sort de terre , s'élève et coule à-peu-prës comme la lave ; et l'on a donné à cette espèce de volcans les noms de 9aha , de gorgoli et de boUitori. C'est de l'un d'eux, situé à Sassuolo, dans le Modenois, que paraissent élre sorties de violentes déjections , accompagnées de flammes et de tremblements de terre , dont Pline fait mention. Des auteurs beaucoup f>lu8 modernes parlent aussi de flammes , de boue, et de pierres ancées à de grandes hauteurs. Mais Spallanzani, qui en a donné dans ses voyafi^es une description fort étendue , l'a trouvé beaucoup plus tranquille ; et Mesnard La Groye , qui l'a visité encore plus récemment , l'aurait presque méprisé, si des phénomènes singuliers de la nature pouvaient jamais paraître méprisables à un physicien. Un petit tertre de terre argileuse est percé d'une ouverture assez étroite, remplie d'une vase molle , sur laquelle on voit quelques filets de pétrole. Il s'en exhale continuellement des bulles d'un gaz inflammable, qui est un hydrogène carboné, mêlé d'acide carbonique, et il s'en dégage des ondes d'une eau salée. Tout autour de cette petite bouche , un grand cercle stérile et salé est le vestige des anciennes éruptions et montre qu'elles ont dû être considérables. Mais elles n'arrivent que de temps en temps, comme celles des volcans ordinaires.
L'auteur compare cette salze avec deux ou trois autres qu'il a vues dans les environs ; avec celle de Macaluba en Sicile , qu'a décrite Dolomieu ; avec une autre plus grande de Grimée, dont a parlé Pallas ; et en général avec toutes celles dont il a trouvé des traces dans les différents auteurs. Sans {N'étendre assigner la cause de ces phénomènes remarquables , Mesnard La Groye se borne A faire re«marquer qu'ils sont toujours placés dans le voisinage des sources de pétrole , des fontaines ardentes , des feux naturels , et près de la limite du dernier calcaire marin. Au reste il dit , ce que l'on voit assez , que les saizes ne supportent aucune comparaison réelle avec les véritables volcans.
Les cavernes dont un si grand nombre de montagnes sont creusées , appartiennent aussi aux phénomènes remarquables qui occupent le géologiste.
De Humboldt , qui avait observé depuis long-temps celles des chaînes calcaires dune partie de l'Allemagne, n'a pu man(|uer de porter son attention sur celles de la grande chaîne porphyritique et volcanique des Andes. Ce <|ui , dans les premières , appartient à l'action des eaux semble avou* été quelquefois dans les autres l'effet d'émanations gazeuses. On voit de ces cavernes ^ auprès de Quito ,
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assez étendues pour servir de refuge et comme de caravaoseniis aux voyageurs. Elles sont généralement peu profondes et tapissées de soufre. L'énorme grandeur de leurs ouvertures les fait distinguer aisément de celles qu'offrent les tuffa volcaniques en Italie , aux Canaries et même dans les Andes.
Beudant continue à enricliir la cristallographie de recherches aussi neuves qu'intéressantes. Nous avons vu , Tannée dernière , comment , dans ses expériences , un principe salin d'une certaine espèce imprime quelquefois sa forme cristalline à un mélange dont il ne fait pas à beaucoup près la grande partie.
Il s'est occupé cette année d'une question qui n'iûiporte pas moins  la science des cristaux ; c'est celle des causes qui déterminent un sel dont les molécules primitives et le noyau ont une forme constante à revêtir, par l'accumulation de ces molécules selon des lois diverses, des formes secondaires si variées que leur nombre étonne quelquefois l'imagination.
Ayant remarqué que les formes secondaires d'une même substance sont le plus souvent les mêmes dans les mêmes gisements , et dans les lieux où elles se trouvent associées de la même manière à d'autres minéraux , il a jugé que ces formes secondaires doivent être déterminées par les circonstances au milieu desquelles se fait la cristallisation.
On savait depuis . long-temps , par les expériences de Rome de Lisle , et par celles de Fourcroy et de Vauquelin , que la présence de l'urée détermine le sel marin à prendre la forme secondaire octaèdre, tandis que dans l'eau pure il cristallise en cubes semblables à ses molécules constituantes. Elle produit un effet inverse sur le muriate d'ammoniac, qui cristallise en octaèdre dans l'eau pure; elle le fait cristalliser en cube.
Un peu plus ou un peu moins de base dans l'alun lui imprime des formes secondaires cubiques ou octaédriques ; et ce sont si bien des formes secondaires qu'un cristal octaèdre d'alun, prolongé dans une solution plus riche en base , s'y enveloppe de couches qui lui donneront en définitive la forme d'un cube.
Partant de ces premiers faits , Beudant a traité la question en grand , et a soumis la cristallisation des sels à l'épreuve de toutes les circonstances qu'il a crues capables d'influer sur elle; savoir, 1^ les circonstances extérieures et générales, telles c^ue la chaleur, le poids de l'atmosphère , le plus ou moins de rapidité de Tévaporation , le volume de la solution, la forme du vase, etc. ;
2"* Les mélanges mécaniques qui troublent la solution en s'y trouvant , soit en simple suspension , soit en précipité sans cohérence , soit sous forme de dépôt gélatineux;
Z° Ce qu'il appelle les mélanges chimiques existants dans les mêmes solutions^
4"* Enfin les variations entre les proportions des principes constituants de la substance cristallisée.
Les circonstances du premier genre n'exercent point d'action , si ce n'est sur la grandeur et la netteté des cristaux. Il en est de même des petites quantités de matière, qui peuvent rester en suspension permanente dans un liquide. Mais on ne peut pas en dire autant des précipités et des mélanges chimiques.
Les cristaux qui se forment au milieu d'un précipité sans cohérence, d'une bouillie déposée au fond du liquide, entraînent toujours une partie plus ou moms considérable des molécules de ce dépôt , et perdent alors ordinairement toutes les petites facettes additionnelles, qui auraient pu modifier leur forme dominante. Cette forme arrive à plus de simplicité lorsqu'elle aurait dû être compliquée ; mais les substances qui auraient, sans cela, donné des cnstaux simples continuent de les donner , et ne reçoivent point de modification.
Dans un dépôt gélatineux les cristaux sont rarement groupés , mais presque toujours isolés , d'une netteté et d'une régularité remarquables; et ils n'éprouvent d'autre variation que celle qui résulte de l'intervention chimique de la substance du dépôt.
Les variations sont assez nombreuses dans les cristaux qui se forment dans un mélange chimique , c'est^-dire dans une solution d'une autre substance, même lorsque cette substance ne peut s'unir avec eux. Les phénomènes rapportés plus haut s'y répètent de diverses façons : du sel marin qui cristallise dans une solution de borax prend des troncatures aux angles solides de ses cubes; l'alun dans l'acide muriatique prend une forme que Boudant n'a jamais obtenue autrement.
Si la dissolution peut s'unir en une portion quelconque au cristal d'une autre substance qui s'y forme , et que néanmoins ce cristal détermine, par sa plus grande énergie, la forme de la molécule constituante , ainsi que nous Tavous vu l'année dernière pour le cas du sulfate de fer, la matière de la solution exerce aussi à son tour quelaue influence sur la forme secondaire, et cette influence consiste le plus souvent à la simplifier en faisant disparaître les surfaces additionnelles.
Ainsi 30 ou 40 centièmes de sulfate de cuivre se soumettent encore à la cristallisation rhomboédrique du sulfate de fer , mais en se réduisant au pur rhomboïde , sans aucune troncature ni sur les angles ni sur les arêtes.
Un peu d'acétate de cuivre ramène à cette forme un sulfate de fer, quelque disposé qu'il soit à se compliquer de surfaces additionnelles.
D'autres mélanges simplifient un peu moins : ainsi le sulfate
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d*alumiae ramène celui de fer à un rhomboèdre tronqué aux angles latéraux , ou à ce que Haûy nomme variété unitaire; et même quand on trouve dans le commerce de la couperose de cette variété , ce qui est assez commun, on peut être sûr, selon Beudant, qu'elle contient de l'alumine.
Enfin les proportions de la base k l'acide , ou dans les sels doubles des deux bases entre elles , produisent aussi des effets très sensibles sur la forme secondaire sans altérer le moins du monde la forme primitive. C'est ce que nous avons tu plus haut pour l'alun , et ce que Beudant a constaté sur plusieurs autres sels.
L'auteur de ces recherches en ftiit des applications ingénieuses aux phénomènes de diverses substances minérales cristallisées , sur lesquelles nous ne pouvons pas faire dexpériences directes dans l'état actuel de la science ; et il y fait remarquer de grandes analogies : les cristaux mélangés de substances étrangères sont en général plus simples; on en voit même dans l'espèce de l'axinite, ou schorl violet du Dauphiné » dont une extrémité mélangée de chlorite est réduite à la forme primitive , tandis que Tautre , plus pure , est variée de plusieurs facettes produites par divers décroissements.
On trouve assez abondamment dans un ravin du Mont-d'Or en Auvergne des fragments d'une brèche que sa dureté et ses autres qualités extérieures faisaient regarder comme siliceuse , et à laquelle les minéralogistes n'avaient donné d'attention qu'à cause de quelques parcelles de soufre qui se voient quelquefois dans ses petites cavités.
Cordier l'ayant soumise à des épreuves variées s'aperçut qu'elle donnait par la chaleur une quantité notable d'acide sulfurique ; et , d'après cette indication importante , il procéda à une analyse complète , d'où il résulte que cette pierre contient environ 28 centièmes de silice, 27 d'acide sulfurique , 31 d'alumine, 6 de potasse , et un peu d'eau et de fer. C'est à peu de chose près la composition de la pierre célèbre de ia Tolfa qui donne l'alun de Rome. Et en effet en traitant la brèche du Mont-Dor suivant les procédés en usage k la Tolfa, c'est-à-dire en la concassant, la torréfiant, et l'exposant à l'air humide , on a obtenu de 10 à 20 pour cent d'un alun très pur; elle en donne même sans la torréfier, et par la simple exposition dans un lieu humide.
D'après des recherches faites sur les lieux par Ramond , il est probable qu'avec un peu de soin l'on découvrirait , dans la partie moyenne du Mont-dOr, les couches dont les fragments épars dans ce ravin se sont détachés, et que l'on pourrait y ouvrir des carrières dont l'exploitation ne serait pas sans avantage.
Cordier regarde ces sortes de pierres comme une espèce minéralogique dont l'essence consisterait dans la présence de l'acide , de l'alumine et de la potasse. La silice y est moins essentielle , car il existe à Monirone eo Toscane des carrières d'une pierre qui n'en
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contient point, mais qui a tous les autres principes constituants, et donne les mêmes produits que celle de fa Tolfa. Les variétés de cette espèce , où il entre de la silice , se distinguent aisément par la gelée qu'elles forment quand on les traite successiTement par la potasse caustique et Tacide hydrochlorique étendu d'eau.
Cordier y rapporte plusieurs pierres volcaniques désignées vague* ment jusqu'ici , par les géologistes , sous la dénomination générale de laves altérées.
Des paysans du département du Lot , conduits par l'appât de prétendus trésors que l'on disait avoir été enfouis autrefois par les Anglais dans certaines cayernes des environs de Breugue , ont pénétré dans ces cavités, et, ayant creusé et élargi quelques crevasses qui se trouvaient dans leur profondeur, ont découvert un dépôt d'ossements , dont les uns appartenaient à des cheyaux , les autres à des rhinocéros de la même espèce dont il y a en si grande quantité des ossements fossiles en Sibérie , en Allemagne et en Angleterre; les troisièmes è une espèce de cerf, inconnue aujourd'hui sur le globe , et dont les bois ont quelque rapport éloigné avec ceux des jeunes rennes.
Guettard ayait trouvé un grand nombre de ces mêmes bois aux enyirons d'Étampes.
Ces témoins importants des révolutions de notre continent ont été recueillis par Delpont , de Figeac , et présentés A l'Académie par Cuvier. Il sont déposés au Cabinet du roi.
Palisot de Beauvois a entretenu l'Académie d'un phénomène géologique assez sin^lier qu'il a observé dans le comté de Rowan, proyince de la Caroline du nord. Au milieu d'une colline d'un sable très fin, entremêlé de petits fragments de quartz et de nombreuses parcelles de mica argenté , se trouye une yeine de pierres disposées si régulièrement que les habitants , qui l'ont remarquée depuis long-temps, lui donnent le nom de mur naturel^ et que des natu* ralistes ont même prétendu depuis quelque temps que c'était un yéritable mur qui pouvait avoir été construit à oes époques reculées par quelque peuple aujourd'hui inconnu. Les pierres ont généralement quatre arêtes , sont amincies à l'une de leurs extrémités , et ont une petite entaille au-dessous du sommet : elles sont rangées horizontalement. L'espèce de mur qu'elles forment a environ 18
Souces d'épaisseur; sa hauteur à l'endroit où il est è découvert est e 6 è pieds : mais on l'a suivi en creusant jusqu'à 12 et 18 pieds dans le sol , et on a déjà reconnu qu'il s'étend à plus de 300 pieds en longueur. Une sorte de ciment argileux remplit les intervalles des pierres , et les enduit à l'extérieur , et chacune d'elles est revêtue d'une couche de terre ocracée et sablonneuse.
De Beauvois en a rapporté quelques unes , qui , examinées par les minéralogistes de l'Académie , ont offert la plupart des caractères des basaltes ; mais comme il n'a encore été observé dans les États-Unis
aucune trace ni de basaltes ni de volcans, et comnfie le terrain en?i-
I onnant est généralement primitif, il serait possible que ce prétendu mur ne fût qu'une couche de trapp , roche amphibolique très semblable à certains basaltes.
^'j;Nous avons parlé, en 1816, du travail entrepris par Moreau de Jonnès pour déterminer la nature géologique des Antilles, des idées
f générales qu'il s'en fait , et des descriptions particulières relatives A a Martinique et à la Guadeloupe , qu'il a présentées i l'Académie.
II a continué la rédaction de ce travail , et a lu un mémoire sur le F'auclain , l'un des monts les plus remarquables de la Martinique , non qu'il soit le plus élevé , mais parce que c'est celui qui sert de point de reconnaissance et qui annonce cette lie aux navigateurs. Il n'a point la forme d*un cône creusé à son sommet , mais celle d'un prisme couché ou d'une immense arête basaltique , et de Jonnès le regarde comme une partie de l'orle et du bord d'un très grand cratère dont il croit avoir reconnu tout le pourtour. Le fond de ce cratère est aujourd'hui une vallée aussi fertile que bien cultivée.
Le même auteur a donné une description géologique de la Guadeloupe. Il a reconnu que Tile occidentale , où il y a une solfatare en activité, et dont la surface est d'environ soixante-sept lieues carrées , doit son origine à des éruptions parties de quatre grands foyers volcaniques sous-marins, et que l'île orientale, connue sous le nom de Grande- Terre , est formée d'une base volcanique recouverte par une grande stratification de calcaire coquillier. A la Martinique les quartiers situés à l'orient sont également recouverts par des lits de calcaire marin soit coquillier , soit coralin.
La seconde partie de la richesse minérale de Héron de Yillefosse, qui avait été présentée en manuscrit à l'Académie en 1816 , a paru imprimée cette année avec l'atlas. Cet ouvrage a justifié le jugement
3u en avait porté la compagnie ; il est devenu le euide indispensable e tous ceux qui s'occupent de l'administration des mines et de leur •exploitation.
La branche la plus intéressante, mais peut-être la plus difficile de la connaissance des minéraux, celle qui, depuis Pallas, de Saussure et Werner occupe le plus généralement l'attention des naturalistes, c'est la position respective des substances minérales dans les masses qui forment l'écorce du globe. En effet c'est dans leur superposition seulement que l'on peut retrouver les traces de leur histoire et les monuments de leur cnronologie. Déjà elle nous offre des faits généraux bien constatés, d'où se laisse déduire une première classification des terrains d'après leur plus ou moins d'ancienneté \ mais lorsque l'on veut fixer les limites de chacune de cca classes principales , et surtout lorsqu'il s'agit de distribuer, d'après l'ordre de
superpostlion, les espèces particulières de terrains qui appartiennent à chaque classe, il s'en raut de beaucoup que les faits recueillis soient assez précis et assez nombreux. Souvent , toute apparence d'ordre échappe à l'obseryateur , et ce n'est qu'après des recherches pénibles et des combinaisons délicates qu'il parvient à renouer le fil qui s'était brisé dans ses mains.
On peut très bien juger de cet état de la* science dans un ouvrage que de Bonnard, ingénieur en chef des mines, a présenta à l'Académie, et qu'il a intitulé Aperçu géognostique des terrains. C'est un exposé des diverses roches connues , des positions où chacune d'elles se rencontre, du plus ou moins d'étendue qu'elles occupent, et des fossiles que contiennent leurs lits. L'auteur a mis i pront les observations les plus récentes des autres géologistes , et celles qu'il a faites lui-même dans de nombreux voyages. 11 serait bien difficile d'analyser ici un ouvrage qui n'est lui-même qu'une analyse fort concentrée. Nous en présenterons seulement les résultats principaux. On y voit qu'à l'époque reculée où se formaient les terrains primordiaux le liquide déposait quelquefois encore , à deux et trois reprises, les mêmes substances qu'il avait déposées d'abord. Les irrégularités, les répétitions des roches, deviennent plus fréquentes à la seconde époque , lorsqu'il se dépose aussi des bancs composés de débris des roches primitives, et lorsque les roches qui domineront à l'époque troisième commencent à se montrer. A mesure qu'on avance vers les temps récents les roches deviennent moins caractérisées, ou plutôt les minéralogistes , donnant moins d'attention à leurs différences , ne les distinguent plus d'une manière aussi claire. 11 arrive enfin une quatrième époque où il ne se forme plus de ces couches
Générales qui embrassent presque tout le globe , mais seulement des épôts partiels qui semblent s'être précipités dans des bassins séparés les uns des autres.
De Bonnard fait connaître les roches qui appartiennent à chacune de ces grandes classes, non plus par ordre de formation, parce que les retours^ les répétitions, lui auraient donné trop de difficultés, mais d'après leur nature minéralogique , ce qui s'écarte peut-^tre un peu de son plan primitif : mais la géognosie en est là ; le tem]3S seul et les efforts d'observateurs doués de génie peuvent découviir des lois qui permettront à la méthode de descendre jusqu'aux lits les plus particuliers.
Brongniart a montré par un exemple curieux qu'en effet les mêmes lits , contenant des fossiles de même nature, se trouyenl quelquefois sur les points de la terre les plus éloignés avec des circonstances dont la similitude va jusqu'à la minutie.
Hozack , médecin et naturaliste américain , avait adressé à l'Académie une empreinte de cette espèce singulière de crustacé inconnue aujourd'hui dans les mers , et qui se rencontre assez fréquemment pétrifiée , à laquelle on a donné le nom de irilobite.
326 MUfÉRALOGIË
Broogniart , qui avait fait depuis long-temps une étude particulière de ce genre de fossiles , avait montré que tous les terrains où il existe appartiennent à la classe dite des terrains de sédiments anciens , et que les difEérences spécifiques qu'il présente sont en rapport avec le plus ou moins d'ancienneté des dépôts qui composent ces terrains.
Ce que Ton a observé sur les trilobites d'Auiérique est en accord parfait avec le résultat des observations faites dans Tanoien monde.
RigoUot , d'Amiens , a adressé des observations sur un genre de fossile plus commun , sur des dents d'élépbants et de rhinocéros déterrées à la porte d'Amiens dans des couches de gravier. La vallée de la Somme, comme beaucoup d'autres, est remplie de ces sortes de débris ore;aniques; et déjà plusieurs fois nous avons eu occasion d'en parler d'après les recherches de TrauUé , à Abbefille.
Nous devons à Brochant un traité élémentaire sur la cristallisation , que l'auteur a inséré dans le Dictionnaire des Sciences natu^ relies. Tous les faits que cette partie importante de l'histoire des minéraux doit aux longues et savantes recherches de Hauy sur les formes des cristaux et sur la manière dont celles de chaque espèce peuvent être ramenées à une forme primitive constante, sont exposés dans cet ouvrage avec méthode et clarté. L'auteur y a joint les résultats des nouvelles expériences de Beudant sur les causes extérieures qui peuvent déterminer, dans chaque espèce, la production d'une forme secondaire plutôt que d'une autre.
Sage, accablé par des infirmités cruelles et nombreuses, ne cesse cependant de donner au public quelques produits de sa plume.
L'Académie a reçu de lui cette année une brochure sur ses découvertes minéraiogiques, et un ouvrage qu'il a intitulé : Mélanges historiques et physiques»
Gordier, dans un mémoire dont nous avons rendu compte Tannée dernière , nous a appris que la pierre d'alun compacte ne se trouve pas seulement à la Tolfa et dans quelques endroits de l'Italie et de la Hongrie , mais qu'on la rencontre dans plusieurs volcans brûlants , et dans les volcans éteints de l'Auvergne ; il a de plus établi cette pierre comme une espèce minéralogique caractérisée. Celte année le même minéralogiste en a décrit les cristaux diaprés de beaux échantillons de la Tolfa qui lui ont été communiqués par le chevalier de Parga, conseiller d'état du roi d'Espaçne.
Ces cristaux n*excèdent pas trois millimètres. Leur forme primitive est un rhomboèdre de 89^ et de 01 "^ d'angles , en sorte qu à l'œil
ET GÉOLOOli;. 827
on la confondrait avec un cube. Il est sous-divisible dans le sens d*un plan perpendiculaire à l'axe. Outre la forme primitive on en connaît une variélé tronquée par les sommets , et dont la troncature peut aller jusqu'à convertir le cristal en une lame hexag^one. Leur pesanteur spécifique est de 2,7517; leur analyse a donné :
Acide sulfurique • . S5,â6S
Alumine i9,Mh
Potasse 10,S77
Eau u,ea7
Beudant, qui a eiaminé sur place, en Hongrie, des roches de la même nature , les a vues au miheu d'autres roches auxquelles elles passent insensiblement, et qui lui ont paru résulter de la décompo* sition des pierres ponces , et d'une nouvelle combinaison de leurs éléments. Elles renferment souvent des débris organiques.
Les roches appelées serpentines ou gabbro des Italiens , et dans les derniers temps ophiolithes , et ces autres roches que les Italiens nomment graniUme et auxquelles on vient de donner le nom d'ewphotides , forment , soit chacune i part , soit associées l'uneà l'autre, des étendues considérables de terrain , et les géologisles les plus habiles avaient pensé jusqu'à présent qu'elles s'enfonçaient toujours sous les roches calcaires qui les avoisinent , et appartenaient en conséquence à des formations plus anciennes ; on les rapportait sinon aux terrains primordiaux , du moins aux premiers terrains de transition.
Brongniart, qui a beaucoup étudié la position de ces roches dans son dernier voyage d'Italie , croit en avoir reconnu des couches bien postérieures à tous les terrains de transition.
Il les a vues distinctement en trois lieux différents de la crétç des Apennins; savoir, au-dessus de la Spezzia , au-dessus de Prato , et entre Florence et Bologne , reposant sur des jaspes et sur des bancs de différents calcaires de sédiment et d'agrégation , tels que le calcaire compacte , à grain fin gris brun , traversé de veines spathiques , qui forme en certains endroits une grande partie de la masse des Apennins; le calcaire solide , d'apparence grenue et micacée d'un fi;ris bleuâtre, appelé pietra serena par les Florentins^ et cet autre calcaire grenu et micacé, de texture schisteuse, nopimé macigno ou bardellone.
On voit quelquefois entre les lits de ces pierres des noyaux de silex , toujours étrangers aux anciens terrains de transition ; mais ils ne renferment point , comme ces derniers , de^ inétaux pi des oniracites; si on les compare au contraire avec ceux qu'on appelle alpins , et qui sont certainement plus modernes que les terrains de transition , on trouve quUls ont avec eux la plua grande ressemblance; ainsi les couches d'ophiolithes placées sur les pierres do nature
328 MrfERiLLOGI£
alpine sont elies-mémes nécessairement plus modernes que les terrains de transition.
A la vérité Brongniart a remarqué en quelques endroits , notamment au Monte-Ramazzo , au-dessus de Gènes , que Tophiolithe y repose immédiatement sur des terrains talqueux et schisteux anciens, mais il pense qu'en ces endroits les calcaires qui devraient s'interposer sont venus à manquer,
Il a observé en ce même lieu que le marbre célèbre dans les arts sous le nom de vert de mer^ et qui se compose de calcaire et de serpentine, appartient aux terrains ophiolithiques.
L'auteur nous fait ausM connaître dans le cours de son mémoire que les émanations du gaz hydrogène qui entretient les feux si célèbres de Pietra-Mala , entre Florence et Bologne , et ceux de Bartgazzo , entre Pistoia et Modène, sortent du calcaire arénacé; mais les autres vapeurs, non moins remarquables, d'une chaleur excessive , et qui portent l'acide boracique dans les petits lacs des environs de Volterre, traversent le calcaire compacte.
Quant à l'opinion qui fait le principal objet de son travail , elle est tellement différente de celle de tous les géologistes qui ont jusqu'à présent visité l'Italie que Brongniart se demande s'il n'y aurait pas en ce pays deux formations ophiolithiques. 11 est surtout porté à le penser d'après une description très explicite donnée par Brocchi du promontoire d'Argentaro près d'Orbitello , où il paraitrait que la serpentine est bien certainement sous le calcaire.
Les géologistes avaient d'abord porté leur attention sur les grandes masses pierreuses qui forment en quelque sorte l'ossature ou la charpente du globe : les grandes chaînes granitiques ou schisteuses, les couches de marbres salins, les montagnes calcaires d'une grande étendue , avaient été les objets de leurs études ; mais pendant long-temps ils avaient négligé les terrains plus modernes qui forment nos plaines et nos collines inférieures ; on peut même avancer qu'il y a vingt ans les détails de ces terrains , les lois de leur composition , étaient à^peu-près inconnus ; on les considérait comme des dépôts de transports locaux et très limités , qui méritaient i peine que l'on s'en occupât , tandis qu'en réalité ils offrent à l'esprit autant et plus de sujets d'observations , de méditations , et même de découvertes, que les terrains primordiaux et ceux qui les accompagnent immédiatement. Les réclierches faites aux environs de Paris par Guvier et Brongniart, celles que dautres savants ont faites en diverses parties de l'Angleterre , ont commencé à ouvrir cette nouvelle mine ; on a vu que de certaines successions d'êtres organisés , des bancs correspondants de pierres diverses , remplissent dans un ordre déterminé des espaces infiniment plus considérables qu'on ne l'avait pensé ; on s'est convaincu que ITiistoire des hommes elle-même était intéressée à ces traces des révo-
liitîons qui ont précédé immédiatement l'établissement des peuples; et on s'est livré avec ardeur à une branche entièrement nouvelle de faits.
Prévost a étudié , dans cette vue , les environs de Vienne en Autriche , et il y a retrouvé plusieurs des circonstances les plus importantes reconnues dans nos environs.
Le bassin de Paris , renfermé dans une grande excavation de la craie , se compose de trois formations principales : une calcaire , d'oriçine marine , placée inférieurement , et qui donne nos pierres à bâtir ; une intermédiaire , principalement gypseuse , et qui ne renferme que des produits de la terre et de l'eau douce ; enfin une supérieure de nature sableuse de nouveau produite par la mer , et recouverte encore par une dernière couche de terrain d'eau douce.
Le fond du bassm de Vienne , appuyé sur la base septentrionale des Alpes , n'est pas de craie , mais de ce calcaire compacte que l'on a nommé alpin, et fort inférieure à la craie, recouvert de cette espèce de poudingue nommée en Suisse nagelflue,- les terrams tertiaires marins, qui remplissent ce bassin, sont, comme les nôtres, recouverts de terrains d'eau douce , mais notre formation gypseuse y manque , et ils ressemblent par leurs coquilles non pas à notre calcaire marin inférieur , mais au supérieur; et è cette occasion Prévost , ayant comparé des coquilles de nos deux terrains d'origine marine , y a remarqué des différences plus considérables que ne les ayaient aperçues Brongniart et Cuvier dans leur premier travail.
Mais des coquilles auxquelles celles des environs de Vienne ressemblent encore plus qu'à celles de Paris , ce sont celles qui remplissent les couches des collines du pied de l'Apennin , et que Brocchi a si bien fait connaître dans son bel ouvrage intitulé : Conchiologta subapennina,
Prévost a retrouvé aussi les mêmes coquilles dans beaucoup de terrains superficiels du midi de la France.
Cuvier donne une édition nouvelle et entièrement refondue de son Histoire des Ossements Fossiles. Quelques unes des découvertes nouvelles qui entrent dans ces trois premiers volumes ont été communiquées par l'auteur à l'Académie. Telles sont surtout une nouvelle et très petite espèce d'hippopotame fossile , et trois espèces nouvelles de rhinocéros fossiles. Une de ces espèces a des dents incisives , comme tous les rhinocéros d'Asie , une autre réunit à ce caractère celui d'être tout au plus égale au sanglier pour la taille.
Cuvier a recueilli aussi plusieurs espèces fossiles de tapirs , d'une très grande taille , et jusqu è six ou huit espèces d'un genre inconnu , voisin des tapirs , et qu'il nomme lophiodon.
330 MINÉRAXOGIË
Dans son troisième Tolume , qui traite des animaux enfouis dans les gypses des environs de Paris, Cuyier ajoutant tous les morceaux qui lui ont été apportés depuis fia première édition , et les présentant dans un ordre plus méthodique qu'il n'avait pu le fa ire d'abord, restitue quinze espèces des genres perdus, qu^il a désignés depuis long-temps sous les noms aanoplotherium et de palœotherium ; il fait connaître deux autres genres de pachydermes différents des premiers , et qu'il nomme chœropotatne et adapts. Ces mêmes carrières de gypse lui ont fourni plusieurs espèces de carnassiers, deux rongeurs, et jusqu'à huit ou dix espèces d'oiseaux. On sait combien les oiseaux sont rares parmi les fossiles , et même que ce n'est qu'à Montmartre qu'il eu avait été trouvé d'incontestables. Guvier en a recueilli en effet qui ne laissent aucun doute, et un entre autres qui présente toutes ses parties, le bec, les ailes, le sternum , le bassin ^ et les pieds parfaitement reconnaissables.
On vient aussi d'en découvrir en Auvergne; et le comte de Chabrol, préfet de la Seine , en a donné au Muséum d'histoire naturelle des échantillons dont les caractères sont parfaitement assurés.
Le même troisième volume contiendra la description d'un geure de pachydermes entièrement inconnu et fort remarquable, qui vient d'être trouvé dans les lignites de la Ligurie.
Ainsi le catalogue de ces animaux qui habitaient autrefois la surface de la terre , et que les révolutions du globe ont détruits , s'étend et s'enrichit chaque jour, et il devient de plus en plus vraisemblable que cette ancienne population du monde n'était ni moins belle ni moins variée que celle qui l'occupe aujourd'hui.
On ne peut espérer de retrouver les traces des catastrophes oui ont frappé tant d'êtres considérables que par une étude approfonoie des couches et des bancs qui recèlent les débris de ces êtres. C'est à quoi Brongniart et Guvier ont donné , comme on sait , une grande attention dans le rayon qui se trouvait à portée de leurs observations.
Leur Description Géologique des environs de Paris reparaît augmentée de beaucoup de faits nouveaux , et Brongniart y a surtout ajouté un travail d'un grand intérêt.
C'est une comparaison des couches de nos environs avec les couches analogues des autres pays ; comparaison d'où il résulte que la plupart de nos couches s'étendent inbniment plus loin qu'on ne l'avait cru , et en conservant toujours leurs caractères , et , qui plus est , les débris des mêmes espèces , soit d'animaux vertébrés , soit de coquilles.
C'est ainsi que dans la partie de ce travail qui concerne la craie , et que Brongniart a lue à l'Académie , il retrouve les mêmes coquilles , et dans le même ordre de superposition , en France , en Suisse, en Angleterre, en Allemagne, en Pologne, et jusqu'en Amérique.
Dans une autre partie, il fait connaître les diters rapports des terrains calcaires et trappéens , qui occupent le pied méridional des Alpes de Lombardie , avec notre calcaire grossier inférieur. La position relative de ces terrains, que Broogniart a étudiés en cinq endroits différents y est la même ; on y troure les mêmes débris organiques ; et il n'est pas jusqu'aux couches de nature tra{)péenne , auxquelles Brongaiart ne trouve de l'analogie avec les grains de terre verte si abondamment répandus dans cette partie de nos bancs calcaires.
Les recherches de ce savant minéralogiste sur l'argile plastique qui recouvre la craie , et sur les lignites ou bois fossiles qu'elle contient, ne sont pas moins dignes de remarque. Ces lignites qui contiennent Tambre jaune ont été déposés dans l'eau douce; et partout où ils se montrent, c'est avec des coquilles d'eau douce; en sorte que ce grand phénomène de l'enYahissement de la mer sur des pays auparavant peuplés d'animaux et de végétaux terres^ très n'est plus sujet à contestation pour aucune contrée. Bans la nôtre il est certain qu'il a eu lieu au moins à trois époques distinctes. C'est à la seconde oe ces époques que furent submergés les paiœotherium et les autres quadrupèdes enfouis aujourd'hui dans nos gypses , ainsi que les palmiers et les autres végétaux qui les ombrageaient ou les nourrissaient.
L'histoire de ces végétaux elle-même était intéressante à &ire. Adolphe Brongniart , digne fils d'un homme dont les travaux ont si fort avancé la géologie, s'en est occupé. 11 a été obligé de chercher aux végétaux des caractères dislinctiFs, tirés des parties qu'ils conservent dans l'état fossile , et qui sont souvent fort différentes de celles que les botanistes étudient le plus ; et il est ainsi parvenu non seulement à étendre ce que de Schlotheim et de Sternberg avaient déjà donné sur les végétaux fossiles en général, mais à déterminer particulièrement plusieurs des espèces dç nos couches. Ces espèces ne différent pas moins que les animaux des végétaux qui couvrent aujourd'hui la surface du pays.
De Férussac^ qui s'est tant occupé de l'histoire des coquilles terrestres et d'eau douce, a cherché de nouveau i l'appliquer à Thistoire des révolutions du globe. Il a lu à TAcadémie une suite de mémoires géologiques sur les terrains qu'il appelle tertiaires , particulièrement sur les dépôts de cette espèce de charbon de terre qu'on a nommée lignite, et sur les coquilles fluviatiles qui les accompagnent. Il y décrit ces terrains tels qu'on les observe dans les divers bassins des rivières de France, en Angleterre, en Italie, dans les Alpes , et croit pouvoir tirer les résultats suivants des faits observés par lui ou pai' les autres géologues.
Selon lui , toutes ces sortes de formati(ms sont locales. La succession des divers dépôts marins ou d'eau douce est le plus souvent différente dans des nassins contigus. Les débris de l'ancienne végé-
332 BUNÉRALOGIE
tation du globe couvrent des parties considérables de sa surface ; on en trouve à toutes les hauteurs et à toutes les latitudes. Cette dernière observation prouve qu'à des élévations ou à un de^ré de température qui ne permettent plus aujourd'hui à la végétation de se dérelopper , elle était autrefois très forte. Ses débris montrent qu'elle était analogue è celle qui couvre aujourd'hui la zone où nous vivons; tandis que les débris des végétaux renfermés dans les parties basses de notre sol, sont, au contraire, analogues à la végétation actuelle de la zone torride. De Férussac en conclut que la température de la surface de la terre a notablement changé ; qu'il y a eu un refoulement de la végétation des parties élevées vers les parties moyennes , et de celles-ci vers les parties basses. Gomme la plupart des géologistes du dernier siècle , il rapporte l'anéantissement des races d'animaux perdues aux mêmes causes qui ont fait changer la végétation , c'est-à-dire à l'abaissement de la température et à celui des eaux , bien que l'on sache aujourd'hui que les animaux , tels que les mammouths que l'on croyait naturels de la zone torride , ont au contraire très bien pu supporter le froid , à cause de la laine et des longs poils dont ils étaient revêtus.
On avait trouvé, il y a quelques années , à la Guadeloupe , dans un endroit que recouvre la haute marée, des squelettes humains incrustés dans une roche calcaire ; et l'on avait prétendu en faire un argument contre la proposition assez généralement reçue en géologie , qu'il n'existe point , sur nos continents actuels , d'os humains à l'état fossile. Moreau de Jonnès, qui a examiné les lieux , a fait voir que la roche , qui contient ces squelettes , est d'origine très moderne , et formée à cet endroit , comme en beaucoup d'autres points du rivage , par l'agglutination des fragments de madrépores , et d'autres parcelles calcaires que la mer y rejette.
Ces squelettes n'appartiennent donc point à cet ordre d'ossements fossiles qui remplit en si grande abonaance les couches régulières et étendues du globe , et ils rentrent dans les phénomènes locaux et accidentels que les causes actuellement agissantes continuent de produire.
ANNÉE ISSâ.
Les matériaux les plus utiles à la géologie sont les descriptions spéciales et topographiques des divers pays , oiïi l'on note avec soin 1 ordre dans lequel les bancs qui composent leur sol se succèdent , soit dans une superposition horizontale , soit en s'appuyant obliquement les uns sur les autres. Ce dernier genre de succession , fïropre aux bancs plus anciens, se voit plus facilement qu'ailleurs e long des bords escarpés de la mer , où Ton en suit horizontalement un beaucoup plus grand nombre que l'on ne pouvait faire par des percements verticaux , puisque 1 on y voit successivement
£T GEOLOGIE. 333
sortir en quelque sorte de dessous terre des couches qui, dans d'autres lieux, sont enfoncées à une grande profondeur. Pénétré de cette Yue, Constant Prévost, naturaliste habile, élève de Bron-
Sniart, a suivi les falaises de la Picardie et de la Normandie^ epuis Calais jusqu'à Cherbourg.
Aux deux extrémités de cette ligne, de près de quatre-vingts lieues , on reconnaît les mêmes roches et des roches qui appartiennent aux terrains primordiaux , formant comme les bords* de l'inamense bassin dans lequel se sont déposés les bancs des terrains postérieurs.
C'est vers Dieppe que parait être le milieu de ce bassin, et que l'eu ne voit à jour que les bancs les plus superficiels , qui sont
Eresque horizontaux. Des deux côtés se relèvent obliquement » bancs intermédiaires.
Prévost a présenté un tableau de cette coupe, où une enluminure ingénieuse montre les grandes divisions de terrain avec leurs caractères généraux et leurs dernières subdivisions, et par conséquent tous les faits de détail (]ui en composent l'histoire.
Dans cette série le calcaire coquillier le plus ancien est celui que caractérisent les huîtres dites gryphées, et que l'on retrouve identique au pied du Jura. Après lui vient le calcaire nommé lias par les Anglais, et ensuite le calcaire oolithique. C'est entre les bancs de ce dernier qu'est interposée cette marne argileuse, qui contient une espèce remarquable et inconnue de fossile appelée ichthyosaurus ^ l'un des reptiles qui aient vécu le 'plus anciennement sur le globe. La pierre de Portland et les pierres de Caen , si connues par leur facilité à se tailler et leur emploi en architecture , appartiennent à ce calcaire oolithique. Sur lui repose la craie avec ses bancs de silex; mais un fait très remarquable, et que Prévost paratt avoir constaté, c'est qu'on observe en abondance dans certains oolithes des coquilles nommées cërifes, et d'autres très communes aussi dans le calcaire grossier, terrain supérieur à la craie, et qui est séparé par toute l'immense épaisseur de celle-ci du terrain oolithique, tandis que la craie elle-même n'en offre aucune trace. On trouve aussi dans l'oolithe des ossements de poissons et de reptiles, et nommément d'un crocodile inconnu. Il y a encore une et même deux autres espèces de crocodiles dans les marnes bleuâtres, placées entre le calcaire oolithique et la craie , qu'il ne faut pas confondre avec celles que l'on voit entre l'oolithe et le calcaire à gryphées. Sur la craie se voient quelques lambeaux de nos terrains des environs de Paris, et surtout de notre terrain d'eau douce inférieur et des lignites qui en forment souvent une grande partie.
C'est ainsi que Prévost arrive à lier, par une succession non interrompue, les anciens terrains dits primitifs, ou antérieurs à la vie, avec nos terrains récents des environs de Paris , décrits avec tant de détails par Broogniart et Cuvier; mais sur ces derniers
terrains eux-mêmes Prévost a fait encore des observations intéres* santés.
Ceux de transport , situés i l'est de la rivière de Dive y ne lui ont montré que des débris des silex de la craie et de ses couches les plus profondes, tandis qu* à l'ouest ils ne lui ont offert que des fragments roulés de quartz et de grès appartenant aux couches de transition du Gotentin , qui sont encore ae beaucoup inférieures à la craie. Ces divers débris ne viennent pas cependant de la profondeur, mais ils s'expliquent par la première observation de l'auteur, celle qu'à mesure qu'on se porte vers les extrémités du bassin on y rencontre les terrains plus anciens et plus profonds qui se relèvent et qui embrassent les terrains plus récents et plus superficiels. C'est des crêtes redressées de ces terrains anciens que leurs débris ont pu être roulés sur les terrains modernes qui forment des plaines moins élevées.
Ce résultat général des observations de Prévost est accompagné de plusieurs faits de détail dont les conséquences intéressent toute la géologie. Ainsi il a tu dans la craie des silex en couches continues et fort étendues , dont quelques parties paraissent avoir été rompues et déplacées, et d'autres fléchies et diversement courbées ; ce qui annonce qu'à une certaine époque elles ont été dans un état de mollesse.
Il a constaté que les belles carrières de Caen, depuis si long-temps célèbres , appartiennent aux couches supérieures du calcaire ooUthique. Il a vérifié à Valognes des dépôts que de Gerville avait déjà fait connaître, et qui contiennent pêle-mêle des coquilles d'âges très différents; mais il a vu aussi que ces dépôts sont dans des vallées étroites ou de longues cavités placées entre des bancs presque verticaux de roches primitives, et que les coquilles y sont dans un ordre inverse de leur ancienneté et avec toutes les marques d'un transport violent et lointain , sans y être recouvertes par aucune roche.
Beudant , savant minéralogiste, dont nous avons eu plusieurs fois occasion de citer les importants travaux, a fait, en 1818, un voyage en Hongrie, l'un des pays de l'Europe les plus intéressants par rapport aux nombreux jproduits du règne minéral qu'il recèle, aussi bien que par leur disposition géologique, dont on n'avait point encore de connaissance suffisante. Il a présenté à l'Académie le résultat de ses observations, qu'il a fait imprimer depuis en trois volumes in-4*. Il importait surtout de tracer dans ce pays la limite encore incertaine entre les terrains à mine d'or et les terrains dits de trachyte, et présumés de la plus ancienne origine volcanique. A cet effet Beudant a fait de Schemnitz un centre d'excursions qu'il a dirigées en divers sens , et qu'il a même portées jusqu'aux mines de sel de Wieliczka en Galicie. Des firontières de la
Transylvanie il est revenu par Pesth et le sud-ouest du lac Balaton , où il a observé de vastes terrains basaltiques. Une grande carte de tout ce royaume , deux cartes particulières des environs de Schemjoitz et de ceux du lac Balaton, et dix-sept planches de coupes, représentent ce qu'il a pu déterminer sur la disposition géologique des terrains. Quant à la Transylvanie et au Bannat , l'auteur n a pu en parler que d'après d'autres minéralogistes.
Il fait voir que le terrain à mine d'or, formé d'une syénite ou grûnstein porphyriiique ^ appartient à la série des terrains de transition, ou tout au plus aux derniers terrains primitifs; et il le juge d'après les couches subordonnées qu'il renferme, d'une nature étrangère aux volcans, bien qu'il soit souvent recouvert par des terrains volcaniques, et qu'il contienne des pyroxènes et des feldspath vitreux fort semblables à ceux des trachytes. Quant à ces derniers terrains l'auteur en donne une description très détaillée, et distingue avec le plus grand soin leurs difiFérentes variétés, ainsi
aue toutes les substances qu'ils enveloppent et les couches formées es amas de leurs débris.
Les variétés se succèdent ou plutôt se circonscrivent dans un ordre assez déterminé, et sont circonscrites à leur tour par les couches de leurs débris de manière à former des groupes de montagnes qui ont chacune un centre et des irradiations : c'est dans les couches de débris ou les conglomérats que sont situées les roches d'où se tire l'alun, et que sont enchâssées en quelques endroits ces belles opales si célèbres en bijouterie. Bans ceux de ces conglomérais qui sont formés des débris des roches les plus poreuses, les plus semblables à la pierre ponce , se trouvent des bois changés en opale , des impressions végétales, et des coquilles, dont plusieurs ressemblent à celles de nos pierres calcaires.
Ce qui est plus extraordinaire, c'est que les roches trachytioues contiennent quelquefois en amas irréguliers de l'argent sulniré contenant de l'or.
Ces terrains de trachytes ne sont jamais recouverts que par des terrains tertiaires analogues à ceux de nos environs : ainsi leur for^mation est relativement assez récente.
Beudant partage l'opinion de ceux qui attribuent k ces terrains trachytiques une origine ignée ] mais il regarde comme assez probable qu ils sont dus à des éruptions sous-marines. En Hongrie ils sont constamment séparés des basaltes.
Plusieurs autres observations et discussions dans le détail desquelles il nous est impossible d'entrer ajoutent un ^and prix à cet ouvrage , qui a paru aux commissaires de l'Académie se aistinguer d'une manière éminente de la plupart de ceux du même genre.
L'importance des débris fossiles de corps organisés, considérés
336 MINÉRALO&IE
comme des monuments des catastrophes du globe , s'étend aujourd'hui à toutes les classes.
Desmarets s*est occupé de celle des crustacés , et a présenté à l'Académie un ouvrage , imprimé depuis « où il traite des écrevùset et des crabes trouvés à Tétat de pétrification. Comme tous les naturalistes qui s'occupent des fossiles , Desmarets a été obligé de décou- Trir des caractères distinctifs qui pussent se retrouver dans des individidus mutilés, et remplacer ceux que les naturalistes ont coutume de tirer et tirent aisément des individus entiers, mais qui parleur nature ont dû presque toujours disparaître dans les fossiles. Il a donc étudié le lest de ces animaux , et a cherché i y distin^er par des dénominations précises les divers compartiments qui en occupent la surface , et les sillons qui les séparent , aussi bien qu'à déterminer les rapports du nombre et de la courbure de ces compartiments et de ces sillons arec les genres et les sous-genres , ou divisions et subdivisions naturelles de ces animaux ; idée d'autant plus heureuse que ces compartiments correspondent avec assez de constance à des viscères différents dont les volumes relatifs influent sur létendue de ces compartiments , en sorte que le plus ou moins de grandeur de ces derniers est dans un rapport intime arec la nature de chaque animal.
Un sillon en forme d'H majuscule placé sur le milieu du test des crabes et des écrevisses , et dont les branches se subdivisent dans diverses directions, partage ce test en trois régions médianes placées è la suite Tune de l'autre j et en trois divisions latérales de chaque côté , auxquelles Desmarets donne des noms d'après les organes qu'elles recouvrent ; et c'est d'après leurs proportions et leurs positions relatives^ jointes à la forme générale, qu'il reconnaît ses genres et ses sous-genres.
Il a décrit ainsi jusqu'à 34 espèces de crustacés fossiles, appartenant è des subdivisions zoologiques différentes , et ces crustacés sont enfouis dans des terrains de différentes formations. Les plus anciens se trouvent dans, les schistes de calcaire argileux de la vallée de l'Altmiihl , et nommément dans les carrières de Pappenheim. Il y en a même une espèce à longue queue que l'on ne peut rapporter à aucun des sous-genres connus aujourd'hui , et l'on y en voit une de limuleoa crabe des Moluques^ genre maintenant étranger à l'Europe : mais on n'y a encore découvert aucun crabe proprement dit, ou à queue courte et repliée; ces crabes deviennent au contraire fort communs dans ces couches supérieures. La série de ces animaux commence en quelque sorte où finit celle des trilobites, dont nous avons parlé, d'après Brongniart, dans notre analyse de 1819.
Elle se continue ensuite dans les terrains plus récents; car il existe des crustacés fossiles dans les couches argileuses inférieures à la craie, dans le calcaire grossier, et jusque dans les derniers terrains d'eau douce.
A cet ouvrage , qui est imprimé arec celui de Brougniart sur les trilobites , sont jointes de belles planches lithographiées , où Fauteur a eu Tattention de compléter chaque figure par le rapprochement d*indi?idus mutilés différemment, mais dont Fideutité d'espèce ne restait pas douteuse.
Le travail d'Adolphe Brongniart sur les végétaux fossiles , dont nous avons parlé Tannée dernière , a aussi été publié avec des lithographies très délicates. Cet art, en se perfectionnant, devient chaque jour plus utile aux sciences naturelles, qui ont tant besoin de moyens peu dispendieux de représenter les formes , objet principal de leur étude.
Latreille a communiqué un mémoire de Germar sur un des crustacés fossiles. C'est une espèce de cymothoa, genre voisin des cloportes , qui devait vivre dans des cavités de roches, à la manière de quelques espèces vivantes , découvertes depuis peu , sur les côtes d'Angleterre. On l'a trouvé dans un schiste bitumineux de Saxe.
Brongniart a découvert auprès de Coulommiers une pierre analogue à celle que l'on nomme vulgairement écume de mer , et composée de 24 parties de magnésie , 54 de silice , 20 d'eau , et de l à 2 d'alumine. Un examen attentif des couches entre lesquelles elle était placée et des coquilles qui s'y rencontraient lui ont fait reconnaître que son gisement est dans ce terrain d'eau douce , mélangé de calcaire et de silice, qui, dans nos environs, est interposé entre deux formations marines. D'après cette indication il l'a retrouvée en plusieurs autres points du bassin de Paris ; et il s'est assuré que , dans plusieurs pays éloignés , près de Madrid , en Piémont , et ailleurs , des pierres de même nature se trouvent dans des gisements très analogues.
C'est ainsi que les lois géologiques prennent chaque jour plus de généralité.
^ On le voit plus que jamais dans l'immense travail dont Brongniart Tient d'enrichir la description géologique des environs de Paris , qui lui est commune avec Cuvier. Dans ce travail additionnel , entièrement propre à Brongniart , ce savant géologiste suit les terrains analogues à ceux de Paris dans tous les pays où il a été possible de les observer , et fait voir qu'ils s'étendent sans modification bien importante à de très grandes distances.
Il a communiqué à l'Académie l'article qui comprend les terrains d'eau douce y et principalement ceux de la Suisse et de l'Italie. L'auteur y rapporte les schistes d'OEningen , près du lac de Constance , si célèbres par les innombrables poissons dont ils recèlent les restes, et qui appartiennent en effet tous à des genres de lacs ou de rivières. Ce gîte de pétrifications se rapporte d'ailleurs à cet immense dépôt de psammites ou de cailloux et sables roulés, connu en Suisse sous le nom de nagelfiue , et Brongniart le regarde comme
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d'une époque à-peu-près contemporaine, peul-élre même postérieure à celle des gypses de nos environs.
Les carrières de travertin , pierre si ulile en Ilalie pour les constructions , appartiennent également aux terrains d*eau douce ; et il n'est en général , dans ce pays , presque aucune petite vallée où Von n'en découvre quelque dépôt : en sorte que cet ordre de formation , qui était à peine soupçonné il y a vingt ans , bien que son influence sur les hypothèses géologicjues dût être si puissante, se trouvera, grAce aux travaux de Brongniart, l'un des plus répandus à la surface actuelle du globe.
Les découvertes d'animaux terrestres détruits par les révolutions du globe, et qui ne peuvent être connus que par leurs débris, se multiplient chacune jour.
Guvier , qui vient de publier le quatrième volume de son grand ouvrage sur ce sujet, en a communiqué quelques articles i l'Académie avant leur impression.
Il lui a fait voir par exemple des os et des dents d'un quadru-
{lède de genre inconnu, découvert par Lafin de Turin dans les i^tes de Cadibona, près de Savone , et qui était voisin des sanghers et des hippopotames. On en trouve de deux espèces différentes par la grandeur, et l'on vient aussi d'en découvrir dans quelques endroits de la France des espèces analogues.
Guvier a nommé ce genre anthracotherium.
Le même naturaliste, ayant constaté que des os fossiles d'une espèce voisine du renne se déterrent en divers endroits de la France , a dû s'occuper de savoir sur quoi repose l'opinion assez répandue qu'il existait des rennes dans les Pyrénées au douzième siècle. Il a reconnu que cettte opinion , mise en avant par Bufibn , ne venait que d'une citation tronquée d'un passage du Traité sur la chasse du comte de Foix, Gaston III, surnommé Phébus; et, ayant vérifié dans les manuscrits du temps ce passage que les imprimés rendent d'une manière inintelligible , il s'est assuré que Gaston n'y parle que des rennes gu'il avait vus dans ses voyages en Norwége et en Suède.
Depuis long- temps on connaissait différentes espèces fossiles de crocodiles. On en a découvert encore une nouvelle l'année dernière dans ce calcaire oolithique des environs de Gaen , dont nous venons de parler d'après Prévost. Un savant naturaliste de cette ville, Lamouroux, en a adressé une notice et plusieurs fragments intéressants; et par les soins de l'Académie des sciences et oelles* lettres de Gaen, il en a été envoyé des modèles en plâtre au Muséum d'histoire naturelle , d'après lesquels Guvier sera en état d'en donner une histoire complète dans le cinquième volume de son ouvrage.
Des missionnaires ont rapporté d'Afrique à Londres, une tète de rhinocéros à deux cornes, d'une très grande taille , et remarquable par la forme grêle et excessivement allongée de sa défense anté-
rieurc : d'après un examen superficiel on l'avait crue semblable à ces têtes de rhinocéros fossiles, communes en Sibérie, en AUemagne et en Angleterre; ce qui, en prouvant que ces dernières n'étaient
F as d'une espèce éteinte, aurait donné des motifs de douter de extinction de plusieurs autres animaux fossiles. Guyier, par une comparaison plus soignée , a montré au contraire que cette tête africaine ressemble, à la grandeur près, qui venait sans doute de l'âge, à toutes celles de l'espèce bicorne d'Afrique, et
Su'elle diffère des rhinocéros fossiles autant qu'aucune autre tête e rhinocéros vivants.
Cuvier, (jui a publié cette année le quatrième volume et la première partie du cinquième , de la deuxième édition de ses Recherches sur les animaux fossiles, a communiqué à l'Académie plusieurs des articles nouveaux qui entrent dans cet ouvrage. Il a fait voir entre autres les débris d'une espèce inconnue de crocodile, dont quelques squelettes ont été retirés des carrières de pierre calcaire oolithique des environs de Caen ; et des têtes de cétacés d'un genre différent de ceux qui existent aujourd'hui , déterrées sur la plage de Provence et lors de l'excavation du bassin d'Anvers.
Une seule phalange , trouvée dans une sablonnière du pays de Dannstadt, lui a donné la preuve de l'ancienne existence d'un quadrupède du genre des pangolins, mais d'une taille gigantesque.
On parlait depuis long-temps de squelettes humams incrustés dans un rocher de la côte de la Guadeloupe , et dont un avait été déposé au Muséum britannique. Le ministre de la marine ayant bien voulu donner des ordres pour en faire apporter un autre au cabinet du roi , Cuvier l'a présenté è l'Académie , et a fait Yoir, par les coquilles terrestres et marines toutes semblabes à celles de la côte environnante, ainsi que par la situation dans laquelle sont ces squelettes, que la pierre qui les enveloppe est d'origine moderne, et le produit de quelques sources incrustantes qui coulent vers cet endroit.
Il a aussi lu un mémoire sur des têtes humaines d'une épaisseur monstrueuse et d'une dureté excessive, qui ont passé aux yeux de quelques auteurs pour des pétrifications, et même pour des restes d'une ancienne race de géants : Tune d'elles, trouvée en Cham-
Fagne , est célèbre depuis long-temps, et a été gravée plusieurs fois ; autre a été tirée d'un ossuaire. Cuvier a établi que toutes deux sont des tètes défigurées par une maladie des os que l'on nomme la maladie éburnée , et qu'elles viennent même assez probablement d'enfants k l'ftge où ils changeaient de dents. Aucun de ces faits ne
Îeut donc être cité comme preuve qu'il existerait des ossements umains dans les couches anciennes et régulières.
340 HIPiÉEALOGIE
Deux jeuoes naturalistes partis depuis peu pour T Amérique méridionale, Boussinçault, Français, et RiTcro, Péruvien, ont déjà communiqué plusieurs observations des plus iutéressautes.
Ils ont reconnu, à 20 lieues nord-est de Santa-Fé, une aérolithe pesant 1600 livres, qui avait été trouvée en 1810 sur une colline de grès par une jeune fille, sans que Ton ait rien su de sa chute; mais on voit encore l'excavation qu'elle a formée , et plusieurs fragments se trouvaient aux environs.
Le grain de cette masse est fin ; elle n'a point la croûte vitrifiée , ordinaire aux aérolitbes. Son analyse a donné 91^41 de fer et 8,59 de nickel.
Ces mêmes naturalistes ont adressé au Muséum d'histoire naturelle des ossements de mastodonte à dents étroites, trouvés prés de Bogota , et qui ajoutent à nos connaissances sur cet animal perdu.
Le principal besoin de la géologie consiste dans la détermination positive de l'ordre dans lequel les divers terrains se superposent les uns aux autres , et l'on ne peut arriver à la connaissance des lois générales de cette superposition que par des descriptions exactes des contrées dans lesquelles il est possible d*en apercevoir un certain nombre dans leur ordre naturel.
Bertrand Roux, négociant et naturaliste éclairé, de la ville du Puy-en-Velay , a entrepris de faire connaître , sous ces rapports, les environs de sa demeure , et il en a fait l'obiet d'un ouvrage considérable, où toutes les couches sont décrites, leurs rapports de position indiqués, et leurs hauteurs, ainsi que les différentes inégalités du terrain , mesurées au baromètre.
La ville même du Puy est au centre d'un bassin entouré de montagnes assez hautes , et dont la Loire ne s'échappe çiue par une gorge étroite. Les noyaux de ces montagnes sont granitiques, et de trois variétés caractérisées en partie par leur plus ou moins de consistance , et que Ion distingue de loin au plus ou moins d'escar* pement de leurs cimes et de leurs talus; mais une grande partie de leurs crêtes sont hérissées de volcans , très reconnaissables , bien qu'éteints long-temps avant les époques historiques. Dans cette enceinte , comme dans le fond d'un vase , sont déposés les terrains postérieurs : d'abord quelques dépôts épars de psammites formés des débris du granit , dans l'un desquels il y a déjà des restes de végétaux ; ensuite , et tout d'un coup , des terrains tertiaires , des couches puissantes d'argile , des marnes en lits nombreux , sans corps organisés , que l'auteur croit analogues à nos argiles plastiques des environs de Paris; et, sous elles , des terrains de plus de cent mètres d'épaisseur , qui ne contiennent que les coquillages de l'eau douce , des restes de tortues ou des ossements d'animaux terrestres aujourd'hui inconnus, et nommément des palœothe-
ST GtOLOGIS. 341
rîum , si communs dans nos plâtrièFes de Parts, et d'un genre voisin nommé anthracotherium par CuYier.
G*est sur ce fond de bassin ainsi constitué que se sont répandues les déjections des yolcans , et qu'elles ont formé des pics , des collines et des plateaux. Roux les divise en deux sortes : les plus anciennes ont le feldspath pour base , et composent des terrains que Roux nonune trachytiques lorsque le feldspath est lamelleux, et pbonolithiques quand il est compacte ; les autres , où abonde le pyroxène , comprennent des laves basaltiques de diverses époques , des scories et des cendres.
Ceux-ci sont incontestablement plus récents que les terrains tertiaires, qu'ils recouvrent en plusieurs endroits d'une manière évidente. On les voit quelquefois s'étendre aussi sur les trachytes ; ce qui prouve l'antériorité de ces derniers. Roux croit que les tra* chytes eux-mêmes sont, aussi bien que les laves et les basaltes, plus récents que les terrains tertiaires. Il ne les a pas vus cependant superposés à ces terrains ;; mais il tire sa conclusion principalement de ce fait que les terrains tertiaires ne contiennent point de débris de trachytes , mais seulement ceux des granits.
Ces trachytes se sont principalement déposés le long de la chaîne orientale , de celle qui sépare le Velay du Vivarais , et dont ]a cime principale est connue sous le nom de Mézin ; leurs contextures sont uniformes, et ils doivent s'être déposés dans un temps assez court , tandis que les laves et les basaltes diffèrent entre eux par la structure et par les époqiies des éruptions qui les ont produits. Les dernières de ces éruptions sont au reste déjà très anciennes ; car les élévations qu'elles ont formées avaient déjà eu le temps d'être dégradées et escarpées , comme elles le sont aujourd'hui , dès le temps où les Romains firent dans ces environs leurs premières routes et leurs premières constructions.
La chaîne de l'ouest est celle où ont brûlé les volcans , princi-
Falement les plus modernes : elle en offre au moins cent; mais, à exception de deux ou trois , leurs cratères sont presque effacés aujourd'hui.
Une des élévations volcaniques les plus remarquables du Velay est la Roche Rouge , pic basaltique isolé , fort noir , entièrement entouré de granit , et que Roux regarde comme ayant été soulevé de bas en haut, et offrant des traces d'une ancienne bouche volcanique.
A ces descriptions , dont nous abrégeons à regret l'extrait , Roux joint des conjectures plus ou moins ingénieuses sur les causes qui ont amené tant de modifications diverses : elles ajoutent à l'intérêt d'un ouvrage dont la publication fera connaître une des contrées de l'intérieur de la France les plus intéressantes sous le rapport de Vbistoire naturelle , aussi bien que de la singularité des sites et de la beauté des paysages.
342 MINÉRALOaiE
Panni les bancs nombreux , qui forment les terrains des enTÎrons de Paris , il en est un composé principalement d'argile que Ton exploite en divers endroits , pour en fabriquer des poteries plus ou moins belles. On Ta nommé par cette raison argile plastique. Son origine est déjà ancienne, car il est surmonté par les immenses massifs de pierre à bâtir , de plâtre , de sable et de grès , qui forment toutes nos collines ; et la craie seule , dans nos environs , est au-dessous de lui. On y trouve divers corps étrangers, et entre autres des bois réduits en charbon , qui , dans plusieurs lieux, sont encore utiles comme combustibles , et que l'on a nommés lignites. Des grains desqccin et d'ambre jaune sont fréquemment au milieu de ces lignites; et même tout rend vraisemblable que l'ambre jaune des bords de la Baltique , si célèbre dès les temps les pins reculés, appartient à cette formation, dont l'étendue est considérable , et que l'on a déjà suivie très loin de Paris et jusqu'en Angleterre.
Bequerel a particulièrement étudié des couches de cet argile que quelques fouilles venaient de mettre à découvert près d'Auteuil. Il y a recueilli des minéraux peu communs dans une semblable position , du phosphate de chaux en noyaux oblongs , du sulfate de strontiane en cristallisations particulières. Il a trouvé aussi des lignites avec du bel ambre jaune , et de très petits cristaux de sulfure de zinc sur ces lignites. Tous les corps organisés y sont de terre ou d'eau douce , et dans le nombre sont surtout quelques fragments d*os de crocodiles. Les observations faites sur cette argile en d'autres lieux n'ont donné aussi que des restes d'animaux de l'eau douce , et cependant elle est recouverte de deux formations marines très considérables. Aussi les range*t*on au nombre des monuments et des preuves des invasions répétées de la mer sur les continents.
Ces terrains placés sur la craie , et qui remplissent presque seuls le bassin où est situé Paris , appartiennent aux dernières époques des révolutions du globe , et cependant ils se sont déposés sur des étendues très vastes , et recouvrent , dans une infinité de lieux souvent très éloignés , les terrains plus anciens : s'ils sont masqués et peu reconnaissables dans quelques cantons par l'interposition de quelque formation locale, ou par des déplacements occasionnés par des catastrophes particulières, c'est k la sagacité du géologiste à les démêler dans ces circonstances accidentelles , et à rechercher les causes qui ont pu les modifier ainsi.
Bronguiart , qui a tant contribué à en éclaircir l'histoire , a trouvé moyen de les reconnaître dans le Yicentin, pays où tout ce qui les accompagne était fait pour dérouter un observateur moins exercé.
Il a observé dans les collines qui bordent le val de Néra un cal-
Caire contenant les mêmes coquilles que le n6tre , alternant quatre fois arec une brèche en petits fragments de cornéenne , et snrmonté par des basaltes. Mais ces collines ne forment pas , à beau* coup près , la masse de la montagne. Celle-ci appartient à l'ordre bien plus ancien de couches que Ton a nommées terrains du Jura , et les collines sont seulement appuyées contre ses flancs.
Des dispositions analogues se sont montrées dans le val de Ronça. A Montecbio-Haggiore , lieu célèbre par les nombreuses espèces minéralogiques que renferment ses amygdaloïdes , les basaltes et les brèches de cornéenne dominent; le calcaire n'y est qu'en indice; ses coquilles sont aussi enveloppées dans la pâte des brèches , mais non pas dans les fragments de basalte et d'amygdaloïde , que cette
fiâte enveloppe. On y trouve ç4 et là des lignites ; à Monte-Viale ces ignites offrent même quelques poissons fossiles.
Cette indication a conduit Brongniart k fixer la position géologique des célèbres carrières de Honte-Bolca , où sont déposés des quantités si étonnantes de ces poissons. Sous divers lits de basalte , de brèche et de calcaire, sont deux bancs de ces ichtyolithes séparés par un calcaire coquillier contenant des nummulithes et d'autres coquilles. Tous les poissons appartiennent à des genres marins; le second de ces bancs contient, outre les poissons, des lignites et des plantes la plupart terrestres ou d'eau douce.
A Montechio-Maggiore ce sont les couches trappéennes qui dominent ; à Bolca , au contraire , c'est le calcaire , et de beaucoup ; mais , sauf la proportion , la ressemblance de ces lieux et de nombre d'autres du voisinage est très grande ; et leur calcaire , par sa nature, par les coquilles, les silex et les autres objets qu'il renferme , ressemble aussi beaucoup au calcaire grossier de nos environs, à celui qui repose sur la craie , et qui supporte le gypse. Les roches trappéennes forment la différence essentielle ; encore retrouverait-on plusieurs de leurs éléments dans notre chlorique et notre argile plastique.
Les collines du pied de l'Apennin ressemblent au contraire bien davantage i celles de notre calcaire et de notre grès supérieurs aux gypses. Prévost l'avait remarqué dans un mémoire sur les environs de Vienne , dont nous avons donné l'extrait il y a quelques années , et Brongniart l'a confirmé par l'examen scrupuleux qu'il a fait de la colline de la Superg^a près Turin.
Ce qui est plus extraoroinaire , c'est qu'un terrain et des coquilles très semblables se retrouvent au sommet de la montagne des Diablerets , au-dessus de Bex , non seulement k plus de trois mille mètres de hauteur, mais surmontés par des bancs de nature alpine , et d'origine très ancienne. Brongniart produit une coupe de cette partie de la montagne , qui semble prouver que c'est un dépôt formé dans un creux ou dans un repli ancien de ces bancs. Il a retrouvé jusque dans les montagnes, d'auprès de Glaris des
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couches qui, d'après les coquilles et les substances qui les composent , lui ont paru devoir se rapporter à nos terrains de sédiment supérieurs.
De Buch a examiné, sous le rapport géologique, une contrée voisine du Vicentin , le Tyrol méridional ; il y a trouvé en ^^rande masse ces terrains porphyriques ou plutôt pyroxéniques qu'il croit soulevés par Faction du feu » ou , comme il s'exprime , apposés aux calcaires voisins , mais non déposés de la même manière qu'eux : ces terrains en se soulevant ont tantôt percé, tantôt entraîné avec eux , les porphyres rouges , les grès rouges et les dolomies ou calcaires magnésiens qui les surmontaient , et les ont rompus et désordonnés de manière qu*il est impossible aujourd'hui de les ramener au même niveau. De Buch , qui avait déjà appliqué cette manière de voir aux montagnes de l'Auvergne , croit pouvoir l'étendre à la plus grande partie des Alpes , au moins des Alpes calcaires ; et il a découvert , dans plusieurs endroits , le porphyre pyroxénique demeuré cacl)é ailleurs , mais qui a été partout la cause des soulèvements. N'observant dans ces cantons les masses de dolomie que fendillées en sens divers , ou creusées de cavernes , et placées sur le porphyre pyroxénique et au niveau du calcaire ordinaire des Alpes , de Buch croit que cette pierre est une transformation du calcaire pénétré par la magnésie que le porphyre y a introduite. En un mot elle n'en est qu'un accident. Vouloir distinguer une formation de calcaire magnésien ou de dolomie, ce serait, suivant de Buch, comme si Von proposait de faire une espèce d'un chêne qui aurait des galles et une autre de celui qui n'en aurait pas.
Les naturalistes viennent d'obtenir un puissant secours pour apprendre à bien connaître l'Auvergne, ce pays classique pour l'étude des anciens volcans, et de toutes ces masses soulevées et travaillées par les feux souterrains.
Desmarets , le fils , a publié la carte à laquelle feu son père avait travaillé presque pendant toute sa vie , et où il a marqué la nature de chaque pic , les cratères des différentes époques , les courants de laves, descendus de chacun d'eux, les basaltes qu'elles ont déposés , enfin toutes les modifications imprimées à ce pays par l'action successive de ces mystérieux foyers , et celles que leurs produits eux-mêmes ont éprouvées , avec le temps , de la part des agents actuels. C'est un service important que ce jeune naturaliste a rendu à la science, non moins qu un tribut naturel de respect dont il s'est acquitté envers la mémoire de son père.
On voit que la géologie positive , celle qui s'occupe de constater l'état des couches , fait chaque jour de nouveaux pas. Nous aurions pu en donner bien d'autres preuves s'il nous eût été permis d'exposer
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tous ceux que loi ont fiiit faire les sarants étrangers à l'Académie; mais on en trouTera le résultat, et en même temps le tableau le plus brillant et le plus exact de Tétat actuel de la science , dans l'ouvrage que vient de publier l'un de nos confères , qui a lui-même contribué plus qu'aucun autre à ses progrès. De Humboldt , dans son Essai géognosHque sur le gisement des roches dans les deux hémisphères , a embrassé d'un coup d'œil leur ordre et leur succession dans toutes les parties du monde connu, el personne ii*ayait encore mieux montré , par Tuniformité des produits , la généralité des causes qui ont agi autrefois sur le globe avec tant de puissance, et dont la nature est aujourd'hui pour ses habitants une énigme si attrayante ^t si obscure.
Lescbenault de La Tour avait recueilli aux Indes , quelques miné* raux dont les caractères extérieurs n'étaient pas assez évidents pour que Pon pût assigner leurs genres et leurs espèces. Laugier en a fait l'analyse. Le premier, venu de Bombay , nommé bombite par de Bournon , coinposé de silice ayec protoxide de fer, alumine , magnésie , chaux en petite quantité , charbon , et trace de soufre, a été reconnu pour une vraie pierre de touche. Le second, originaire de Ceylan , qui ne s'est fondu qu'avec 1200 parties de potasse et en quatre traitements, se compose de 65 parties d'alumine, 16'/, d'oxide de fer^ 18 de magnésie , 2 de silice , S de chaux, et une trace de manganèse. C'est à-peu-près l'analyse de la ceyianite , telle que l'avait faite feu Collet Descoltils \ et par conséquent cette pierre, comme la ceyianite , est un spinelle.
Le troisième , venu aussi de Ceylan , est le plus remarquable par sa composition compliquée et la réunion de deux métaux rares. Il est d'un brun noirâtre à cassure vitreuse , se boursoufle au feu , est attaqué par les acides et les alcalis , et a donné à l'analyse 86 parties d'oxide de cerium , 19 d'oxide de fer , 8 d'oxide de titane , 8 de chaux, 6 d'alumine, 1,2 d'oxide de manganèse, et 11 d'eau. Néanmoins il a semblé n'avoir perdu qu'un 10* de son poids ; mais c'est que le cerium , qui n'était qu'à Tétat de protoxide , en s'oxidant plus complètement , a compensé , par son augmentation de poids, l'eau qui s'était perdue.
On peut le regarder comme une variété de cérite titanifère.
C'est principalement par l'étude scrupuleuse de la superposition et des rapports des terrains dans les cantons particuliers que la géologie s'est perfectionnée dans ces derniers temps , et qu*elle peut espérer de procurer un caractère de démonstration à ses lois générales. L'exemple heureux, donné par quelques recherches de ce genre , est aujourahui apprécié et suivi dans toute l'Europe.
346 MINfiRALOGIE
De Bonoard, ingénieur au corps royal des mines, a présenté k TAcadémie un ouvrage qui contient Texamen le plus approfondi d'une contrée de la France , très remarquable par le contact presque immédiat où des calcaires d'une formation très secondaire , les oolithes du Jura , s'y trouvent avec le granit , le plus ancien des terrains primitifs connus : ce sont les environs d'ÀTalon en Bourgogne. A la surface des paities élevées se montre un calcaire compacte , qui parait être le même que celui qui sert k la lithographie; au-dessous est l'oolithe avec les coquilles qu'il contient d'ordinaire , et les marnes blanches qui l'accompagnent toujours; puis un calcaire entièrement composé d'entroques ou tiges d'encrinites, que suivent des lits de calcaire marneux remplis d'ammonites et de Tespècede gryphite nommée ffryphœa cymbtum, A celui-là succède le vrai calcaire à gryphées, caractérisé par l'abondance dugryhœa cymbtum. Il se trouve dans la même position en Angleterre , en Normandie , dans le midi de la France , en Allemagne, et surtout dans la longue chaîne du Jura. Ici, comme partout , il repose sur un autre calcaire plus fin , plus gris , moins marneux, qui comprend le terrain nommé , aux environs de Gottingen, muschel-kaik, et le calcaire alpin dit, en Allemagne, zechsiein. Jusqu'à cette proFondeur l'analogie se soutient , et les bancs sont dans l'ordre généralement reconnu ; mais , en pénétrant plus bas , on ne découvre point le grès à pierre de taille , ou quaader^andstein des Allemands, ni un autre calcaire coquillier qui est ordi-^ nairement sous ce grès , ou du moins l'un et l'autre ne sont repré* sentes que très imparfaitement. Une plus grande différence encore c'est qu'entre des roches calcaires et le granit on ne trouye , en bancs distincts, qu'une roche arénacée, composée de grains de quartz et de feldspath, mêlés de calcaire, de baryte , de galène , roche que de Bonnard rapporte aux psammites.
Il manque donc dans cette partie de la Bourgogne beaucoup de formations , et toutefois il en reste des vestiges que de Bonnard est parvenu , à force d'observations et de sagacité , à saisir et à foire connaître. Leurs parties constituantes y existent , mais dans un mélange presque complet, au lieu d'y être, comme ailleurs, en bancs distincts et superposés les uns aux autres ; les mêmes parties métalliques, les mêmes débris organiques, qui sont d*ordinaire enveloppés par ces couches manquantes , se rencontrent dans les parties inféneures du psammite.
Palassou , qui a passé sa longue vie à observer les Pyrénées , et k qui l'on devait déjà , sur ces montagnes , trois volumes pleins de faits importants pour la géologie, vient d'en publier un quatrième, où il a rassemblé, comme en un dernier faisceau , différents détails qui lui avaient échappé jusque-là. Il y décrit la bande calcaire qui se prolonge au pied des Pyrénées, depuis l'Océan jusqu'à la Médi-
ET CttOLOGIE. ^7
terranée ; il y fixe la poÂlioo et la hauteur d'un assez grand nombre de pics; y décrit, d'après Tabbé Pounel , divers volcans éteints de la Gatalo^e, et y présente un tableau des innombrables défrichements faits dans ces contrées depuis des époques connues , sans Touloir en conclure, comme tant de personnes paraissent disposées à le faire , qu'ils ont eu une influence sensible sur les variations de l'atmosphère.
Palassou parle aussi d'une famille anciennement établie è Yisos , et dont la taille était d'une g^randeur démesurée , au point qu*on répugnait dans ce pays à s*allier avec elle , et cpe les individus qui mouraient n'étaient point placés dans le cimetière commun. On les nommait les Proussons : le dernier est mort en 1777, il n'avait
3ue 6 pieds ; mais on prétend que l'on a déterré dans les tombeaux e ses ancêtres des tibia de 20 à 24 pouces.
La seconde partie du cinquième tome , qui termine l'ouvrage de Guvier sur les ossements fossiles , a paru cette année , et l'auteur , avant de la livrer au public , en a soumis plusieurs chapitres à l'Acadé^nie ; il lui a présenté surtout des échantillons nombreux et considérables de deux genres extraoi*dinaires de reptiles , découverts dans les falaises de l'Angleterre , et décrits par les géologistes anglais , mais dont on a trouvé aussi quelques échantillons en France et en Allemagne. L'un est celui de l'ichthyosaurus , qui réunit à un corps de lézard une grande tête assez semblable à celle d'un crocodile du Gange , et quatre pattes courtes et comprimées, qui rappellent les nageoires des cétacés ; on en a déjà recueilli les os de cinq ou six espèces dont les tailles varient depuis 3 pieds jusqu'à 26.
L'autre a été nommé plesiosaurus ; il a aussi 4a forme d'un lézard , et des pattes en forme de nageoires ; mais sa tète est petite , et , ce dont on ne connaît pas d'autre exemple « portée sur un cou mince presque aussi long que le corps , et composé de trente et quelques vertèbres , nombre supérieur même à celui des vertèbres du cou du cygne.
Ces animaux , que l'on ne peut comparer même de loin , à rien de ce que nous connaissons aujourd'hui à l'état de vie, sont incrustés dans des bancs d'un ordre de terrains fort anciens , qui fait partie de ceux que l'on a nommés calcaires du Jura.
L ouvrage de Cuvier contient l'histoire de plusieurs autres reptiles de ces mêmes terrains , tous remarquables par leur taille , ou par quelques caractères singuliers; quelques uns, par exemple, volaient probablement comme le dragon , mais au moyen d'un de leurs doigts très prolongé qui devait soutenir une membrane. Leurs os n'y sont point accompagnés d'ossements de quadrupèdes vivipares; en sorte qu'à l'époque de la formation de ces terrains, la classe des reptiles devait être infiniment plus nombreuse et plus puissante qu'aujourd'hui, tandis que celle des quadrupèdes vivi-
pares ou mammifères , si elle existait , était réduite à quelques petites espèces fort peu multipliées.
Dans les longues recherches sur lesquelles Cuvier a fondé son ouvrage , il ne lui est jamais arrivé de trouver d ossements fossiles de singes ni d*aucuns ^quadrumanes ; mais, tout nouvellement, le comte de Bournon , minéralogiste célèbre par ses ouvrages et par la belle collection qui en a fourni les bases , lui a fait connaître une vraie chauve-souris dans la pierre à plâtre de Montmartre.
De Férussac a communiqué k F Académie l'extrait d'un travail dont il s'occupe , sur la géographie des mollusques , et surtout des coquillages, auimaux qui, par leur organisation, offrent des faits
S lus concluants pour la détermination des lois qui ont présidé à la isiribution de la vie sur le globe qu'aucun de ceux des autres classes.
Il résulte des faits les plus généraux de leur répartition , tels que de Férussac les énonce , qu'on peut reconnaître à la surface de la terre des centres ou des bassins de productions semblables , équivalentes ou différentes , suivant les lieux. L'animalisation lui parait n'avoir dépendu , pour les formes , que de certaines conditions relatives à la nature du sol , à son plus ou moins d'élévation , i l'état de l'air et des eaux , de telle sorte que certains genres et même certaines espèces se reproduisaient à de grandes distances et jusque sur des continents opposés , d'après l'influence des localités , et sans qu'on ait lieu de soupçonner qu'elles y soient arrivées par voie de diffusion , en partant d'un centre unique ou de plusieurs centres de productions distinctes. Ces résultats lui semblent prouver que la loi générale de la répartition des espèces repose sur l'analogie des stations^ c'est-àdire des circonstances influentes dans lesquelles les espèces semblables ou équivalentes sont appelées à remplir un rôle analogue ; ces deux termes , l'analogie de station et de destination , étant corrélatifs et dans une dépendance mutuelle.
L'examen de la répartition des espèces fossiles dans les différentes couches des diverses contrées fournit, selon de Férussac, des faits et des conclusions analogues touchant l'état ancien de la vie sur le globe , et conduit l'auteur à des hypothèses différentes à plusieurs égards de celles qui ont prévalu avant lui en géologie. Il admet trois grandes époques pour chaque partie de la surface terrestre : !• l'époque antérieure à l'existence de la vie; époque conmiune à-lafbis à toute cette surface , et où l'empire de l'incandescence primitive ne permit pas à la vie de s'établir; 2^ celle où le sol était couvert par les eaux , mais où l'action du feu central avait encore beaucoup trop d'énergie pour permettre à la vie terrestre de se développer ; 3" Tépoque où le sol fut libre. Entre ces deux dernières époques de Férussac trouve souvent des résultats d'une époque intermédiaire , celle où la surface terrestre était encore en combat
avec Télénieut aqueux , et où les eaux tendaient à se mettre en équilibre; c'est alors, dit-il , que Ton reconnaît dans les bassins, les vallées, des alternais et des mélanges de productions marines, fluviatiles ou terrestres , souvent recouverles par des productions volcaniques. On sent, ajoute*t-il, qu'à ces diverses périodes géologfiques les conditions de la vie n'étaient pas les mêmes : à mesure que ces conditions changèrent, certaines espèces s'anéantirent, et d'autres les remplacèrent avec une nouvelle destination; mais la continuation de certaines races dans des dépôts de diverses époques prouve , suivant l'auteur , que les changements eurent lieu d'une manière graduelle et pour chaque espèce, selon que les conditions d'existence furent plus ou moins étendues ou restreintes pour elle , circonstances qui règlent encore aujourd'hui , selon de Férussac , les limites de l'extension de celles qui peuplent la terre.
L'examen des faits lui paraît montrer que l'abaissement de la température à la surface terrestre a refoulé la vie des contrées septentrionales vers le midi, et des hautes sommités vers les plaines; de manière que l'analogie des stations entre les temps anciens et l'époque actuelle s'établii en raison de l'abaissement des latitudes et du décroissement d'élévation au-dessus du sol , ce qui explique l'analogie de l'antique végétation et des races primitives de nos contrées équatoriales. De Férussac conclut de tous les faits qu'il a rapportés sur les espèces fossiles , P que l'analogie de station et de destination, c'est-à-dire des conditions d'existence et du rôle à remplir, fut , i toutes les époques et comme aujourd'hui , la loi générale de la distribution des espèces sur le globe , 2'' que les changements que la vie a éprouvés ont été graduels , qu'elle n'a point été renouvelée , que les races n'ont point été modifiées ; mais qu'à mesure que les conditions d'existence changeaient et qu'il s'en formait de nouvelles , de nouvelles espèces ont remplacé celles qui n'avaient plus de rôle à remplir, et cela jusqu'à l'époque où , pour chaque partie de la surface successivement, l'équilibre entre les causes influentes a été établi. De Férussac avait déjà proposé plusieurs de ces résultats, il y a quelques années, dans une suite de mémoires qu'il lut alors à l'Académie, et dont nous avons rendu compte; il est à croire cependant qu'il n'étend pas ses conclusions au-delà des classes d'êtres organisés sur lesquelles ses observations ont porté, car il serait difficile d'en faire l'application aux quadrupèdes vivipares, dont les débris osseux offrent souvent sur les mêmes points des restes d'animaux semblables à ceux qui vivent dans le nord pêle-mêle avec d'autres dont les analogues paraissent aujourd'hui confinés dans la zone torride.
Nous avons parlé diverses fois de l'iode y substance d'une nature
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fort particulière, découverte dans les varecs, par Courtois, et dimi la propriété la plus remarquable est que sa Tapeur prend une couleur pourpre. On ne Tairait trouvée d'abord que dans quelques végétaux et quelques mollusques marins. Cantu en a trouvé des traces dans Teau minérale d'Asti, et tout récemment Yauquelin yient de la découvrir dans un minerai d'argent du Mexique , nommé argent vierge de serpentine , et qui contient de l'argent , du soufre , da
{^lomb , et du carbonate de chaux. L'auteur est disposé à croire que 'iode y est spécialement combiné avec l'argent. Cela est d'autant plus vraisemblable que l'iode, comme le chlore, a beaucoup d'ac* tion sur l'argent , et qu'on enlève à ce minerai une certaine quantité d'iodate d'argent par la simple ébuUition avec l'ammoniaque.
On rencontre aux environs de Freyberg un minerai de fer que Ton nomme , à cause de son apparence , fer résinite. L'analyse qu'en avait faite Klaproth , le portait à considérer comme un sulfate de fer péroxidé ; mais Laugier , qui en a fait l'objet de nouvelles recherches , y a découvert , indépendamment de l'eau et de l'acide sulfurique, la présence de l'acide arsénique. Le résultat de ses expériences est que 100 parties de ce minerai en contiennent 35 de péroxidé de fer , 20 d'acide arsénique , 14 d'acide sulfurique , et 30 d'eau ; ce qui ne laisse qu'un centième de perte. Stromeyer de Goettingen , (jui s était occupé de son côté de la même analyse, mais dont Laugier ne connaissait pas le travail , était arrivé à des résultats tout semblables.
Nous avons bien des (bis rapporté différentes analyses chimiques des pierres tombées de l'atmosphère ; mais on n'en avait pas encore donné un examen suiEsant sous le rapport purement minéralogique.
De Humboldt a communiqué à l'Académie des observations faites par Gustave Rose de Berlin sur un ^and échantillon de l'aérolithe de Juvenas. Ce savant minéralogiste est parvenu à en séparer des cristaux , dont il a mesuré les angles avec le goniomètre k réflexion. Un de ces cristaux est la variété dioctaèdre , fig. 9 , de la Minéralogie de Haiiy. Ce même tissu renferme des cristaux hémitropes, microscopiques, qui paraissent être du feldspath à base de soude , c'est-à-dire de l'albite. Rose a examiné également , à la prière de Humboldt , l'aéroUthe de Pallas et les trachytes recueillis au Chimboraço et sur d'autres volcans des Andes. Il a reconnu que Tolivine de la masse de Pallas est parfaitement cristallisée, et que les trachytes des Andes sont en partie des mélanges de pyroxène et d'albite , comme l'aérolithe de Juvenas et peut-être celles de Jonzac et de Stannern , dont les tissus n'ont pas encore été assez examinés minéralogiquement, par les moyens successifs de la trituration, du miscroscope , et du goniomètre à réflexion.
On comineiice à découvrir de ces pierres qui paraissent être tombées anciennement, et qui sont restées isolées dans des endroits peu fréquentés.
De Humboldt a présenté à l'Académie , au nom de Noçgerath et Bischof , professeurs de chimie et de minéralogie à l'université de Bonn , un échantillon d'une masse du poids de 3400 livres, trouvée à Bitbourg, près de Trêves , au haut d'une colline. Elle renferme du nickel et du soufre , mais pas de chrome ni de carbone.
De Humboldt a aussi communiqué à l'Académie des échantillons de séléniures découverts par Zinke dans des filons du Harz oriental, et que Henri Rose à Berlin , a analysés récemment. Ces minerais sont des combinaisons de sélénium avec le plomb, le cobalt, le mercure et l'or.
Il existedans les Andes de Mérida un lac nommé Laguna dei Urao^ d'où les Indiens retirent des masses salines confusément cristallisées. Rivero et Boussingaud , voyageurs dont nous avons plusieurs fois annoncé les travaux , en ont ait l'analyse , et ont trouvé que c'est un mélange de carbonate et de bicarbonate de soude entièrement semblable à celui des lacs de natron d'Egypte , tel qu'il a été analysé par Klaproth. Ses éléments sont dans la proportion de 0,39 d'acide carbonique, 0,42 dé soude, 0,19 d'eau.
Depuis Que les géologistes se sont aperçus de la nécessité de connaître les faits avant de vouloir les expliquer , on s'attache de toute part à décrire la superposition des terrains dans les différents cantons , et à examiner s'il est possible de les ramener à des règles générales.
Basterot a étudié sous ce rapport une grande partie du sud-ouest de la France , et a commencé à présenter ses observations à l'Académie. Il a traité d'abord des coquilles qui se trouvent à l'état fossile dans les diverses couches dont ces terrains se composent, et qui sont, en effet, l'un des moyens les plus efficaces d'en éclaircir l'histoire; mais l'auteur fait remarquer que cette partie de l'histoire naturelle vient à peine de naître. Dans l'édition du Systema naturœ^ publiée en 1789 par Gmelin , il n'y a encore que cinquante-trois espèces de coquilles fossiles; et Basterot, qui a fait un catalogue de celles qui ont été décrites dans ces derniers temps ou qu'il a vues dans les cabinets , les porte à plus de deux mille cinq cents.
L'auteur a remarqué , dans la répartition de ces débris , une loi qui parait générale : c'est que plus les couches qui les recèlent sont anciennes , et plus la ressemblance des coquilles et des autres êtres organisés s'étend k de grandes distances; dans les couches superficielles^ au contraire^ les différences se multiplient avec les distan-
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ces , et l'on ne trouve que peu de coquilles qui soient communes à des bassins très éloignés.
Ainsi Basterot a recueilli dans les sables des Landes, aux environs de fiordeaux et de Dax , trois cent trente espèces , dont cent dix environ ne se sont encore trouvées que dans cette circonscription , mais dont on retrouve quatre-vingt-onze dans les terrains d Italie, soixante-six dans ceux des environs de Paris , vingt-quatre dans ceux de l'Angleterre, et dix-buit seulement autour de Vienne en Autriche.
L'action des mers actuelles jette sur l'un des bords de ce bassin des Landes des dunes de sable qui s'avancent lentement vers l'intérieur des terres : mais le dépôt est très borné et fort différent du grand dépôt qui recouvre la surface du pays; car, parmi les trois cent trente coquilles fossiles , il n'y en a ^ue quarante-cinq auxquelles on puisse trouver quelque analogie avec celles des mers voisines, même en y comprenant la Méditerranée.
Ce travail de Basterot a été imprimé dans le recueil entrepris par de jeunes et zélés naturalistes , et dont il a déjà paru six ou sept volumes sous le titre A' Annales des sciences naturelles. Il y est accompagné de plusieurs planches lilhographiées , où les espèces nouvelles sont représentées avec beaucoup d exactitude, et qui contribueront avec celles que donne Deshayes sur les coquilles des environs de Paris, avec le grand ouvrage de Brocchi sur celles d'Italie, et avec les planches de plusieurs mémoires de Brongniart, Prévost, Férussac , à former bientôt un corps très complet sur la conchiologie fossile.
Le comte Fossombroni , premier ministre du grand-duc de Toscane, qui a rendu de si grands services à son pays en desséchant, par les procédés les plus ingénieux, une contrée que la stagnation de la Chiane ou du Clanis avait depuis des siècles rendue inhabitable , y a fait en même temps des observations d'un grand intérêt pour cette
{>artie de la géologie qui traite des changements, que la surface de a terre a éprouvés depuis les temps historiques. Le monde savant les connaît par le grand ouvrage sur le val de Chiane que Fossombroni a publié en 1789, et dont il vient de donner une nouvelle édition. D'un passage de Strabon , où il est dit qu'avant d'arriver d'Arezzo à Pise l'Arno se divise en trois branches, l'auteur avait conclu que, dans l'antiquité, l'Arno donnait un bras qui aboutissait i la Chiane ou au Clanis , et qui coulait du nord au midi vers le Tibre , au lieu qu'aujourd'hui la Chiane coule du midi au nord et tombe dans l'Arno. Pour expliquer ce changement dans le cours des eaux il suppose qu'ensuite leur communication a été interrompue , et qu'il y a eu entre les deux rivières , pendant un certain temps, un espace plus ou moins marécageux, mais que l'Arno s'étant graduellement abaissé en creusant toujours davantage le terrain, la
Chiane , rompant les obstacles qni les séparaient , s'y est réunie de nouveau dans une autre direction , et qu'au lieu d'en recevoir une partie des eaux elle lui a porté les siennes.
Fossombroni a été assez heureux pour trouver une carte du treizième siècle, dans laquelle le cours de la Chiane est encore marqué comme se dirigeant du nord au midi ; ce qui a donné une pleine confirmation à sa conjecture.
Il a fait connaître ce document important dans un mémoire particulier qui est inséré parmi ceux de la société italienne de Modène , et qui est À-la-fois une pièce pleine d*intérét pour l'histoire et pour la géologie.
De Humboldt , toujours occupé de comparer, sous un grand nombre de rapports , les principales chaînes de montagnes du globe , a présenté des profils de plusieurs de ces chaînes , tracés d après la méthode graphique qu'il a employée le premier dans son grand ouvrage sur rAmérique , et les a accompagnés de détails sur les dispensions de ces chaînes , leur composition géognostique , et les phénomènes météorologiques qu'elles présentent. II a pris surtout beaucoup de peine pour arriver à quelque certitude relativement à Vexcessive hauteur de quelques unes des cimes de l'Himalaya. L'une d'elles , le pic de Jawahir , surpasse de 676 toises le sommet le plus élevé des Andes^ et il en existe un autre encore plus élevé , nommé par les indigènes Dhawalagiri , ce qui signifie exactement Mont- Blanc. Deux opérations différentes lui assignent, à douze toises près, la hauteur prodigieuse de 4,390 toises.
En comparant les sommets les plus élevés des montagnes de l'Europe , de l'Amérique et de l'Asie, on trouve qu'ils sont comme les nombres 10, 14, 18, 24.
En comparant la hauteur moyenne des crêtes on trouve que dans presque toutes les chaînes elle est à celle des sommets comme 1 à 1 -^« ou comme 1 à 2. Dans les Pyrénées la différence est beaucoup moindre , et même la hauteur moyenne de la crête des hautes Pyrénées est supérieure à celle des hautes Alpes, tandis que les sommets de la première chaîne sont loin d'atteindre ceux de la seconde. La proportion de la crête aux sommets n^est donc dans les Pyrénées que de I à 1 7.
D'après les recherches exposées dans ce mémlùire la hauteur moyenne des continents au-dessus du niveau des mers est limitée entre 120 et 160 mètres.
La chaîne de l'Himalaya ne diffère pas moins de celle des Andes par la nature minéralogique de ses masses que par son élévation. Dans les Andes dominent les porphyres ou les trachytes et les phonoltihes du terrain basaltique, toutes roches qui paraissent soulevées ou altérées par le feu. On les voit percer dans un point seulement les roches appelées communément primitives. Celles-ci
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dominent au contraire dans l'Himalaya : il se compose de granit , de gneiss y de mica-schisle avec dislhène, et de ces amphibolithes que Ton désigne vulgairement par le nom de grûn^lein primitif. Les environs du lac Mahasaro'war et du glacier des sources du Gange y offrent une ressemblance frappante avec la constitution géognostique des Alpes aux environs du Saint-Gothard.
Les neiges perpétuelles commencent sur le CbimbiH-aço à la hauteur du Hont-Blanc, ou à 2,460 toises; mais sur la pente boréale de l'Himalaya elles ne commencent qu'à 140 toises plus haut : circonstance qui tient au rayennement de la cbaleur des plateaux élevés de l'Asie, ainsi que nous l'avons dit d'après l'auteur dans notre analyse de 1821.
Quant aux végétaux , de Humboldt fait remarquer qu'il ne faut pas trop généraliser l'analogie entre ceux des terrains voisins des neiges perpétuelles dans la zone torride et dans les régions circompolaires. La distribution plus égale de température pendant le cours de l'année rend les premiers plus semblales à ceux des pays tempérés ; les formes des plantes alpines du Cbimboraço et de l'Antizana ont une physionomie en quelque sorte européenne.
Karsten , membre du conseil des mines de Prusse , a publié sur les combustibles minéraux un ouvrage d'une grande importance. Ces combustibles sont connus sous les noms de bois fossile, de lignite , de houille, d'anthracite et de graphite, selon qu'ils s'éloignent davantage de leur état primitif , qui parait avoir été le bois , et que par une décomposition progressive ils s'approchent plus ou moins complètement de Tétat de charbon pur. Dans chacun de ces genres, dans celui de la houille surtout, il y a encore de grandes variétés pour la quantité du carbone que chaque sorte peut contenir , et pour celles de l'hydrogène , de l'oxigène , et des terres qui s'y trouvent unies ^ et de là résultent des différences de la plus grande importance dans la pratique. La chaleur qu'une houille peut fournir est d'autant plus grande que le carbone y domine davantage^ mais la facilité avec laquelle on l'allume, la flamme qu'elle donne , le gaz propre à l'éclairage que Ton en tire , sont dans une raison contraire ; c'est en général la proportion de Vhydrogène qui en est la mesure. De ces différentes proportions résultent aussi des différences dans le coke^ c'est-à-dire dans la houille carbonisée, qui prend tantôt une forme pulvérulente , tantôt une forme boursouflée « et tantôt une forme compacte; et l'on comprend encore que„ selon les différents usages que l'on veut faire de ce coke , il est bon de choisir la houille qui le donne sous la forose convenable. Enfin, ce qui importerait pardessus tout dans la con-
naissance de ces minéraux , ce serait de pouvoir juger d'avance , et d'après leur aspect extérieur , de leur composition et des qualités qu'ils manifesteront , soit dans les préparations auxquelles on les soumettra , soit dans les emplois que l'on sera dans le cas d'en faire.
C'est & tracer ces règles que Karsten a consacré son travail : il décrit chaque sorte de ces divers combustibles, fait connaître la forme que prennent leurs cokes et leurs analyses soit avant , soit après la carbonisation; ce qui lui donne les moyens d'indiquer le parti le plus avantageux que l'on peut tirer de chaque sorte.
De Yillefosse a mis d'autant plus d'intérêt â faire connaître cet ouvrage à la France que dans la prodigieuse activité que prennent nos ateliers et nos fabriques , dans celle que les mines de houille vont recevoir des grandes entreprises destinées à faciliter le trans< port de ce minéral ^ il devient chaque jour plus intéressant pour les consommateurs d'en apprécier sûrement les diverses qualités.
Andréossy s'est occupé d'un travail qui int^esse à-la-fois la géologie , la géographie , l'hydraulique , et l'art des fortifications ; ce sont les dépressions que la surface du globe éprouve entre les chaînes des montagnes, ou en travers de leurs crêtes, seuls passages par lesquels puissent être conduits les canaux artificiels et points principaux que l'ingénieur doit prendre en considération dans les ouvrages destinés à la défense d'un pays.
II trouve que ces dépressions , considérées topographiquement, sont toujours comprises entre quatre cours d'eau opposés deux à deux , qui se réunissent latéralement aussi deux à deux pour se rendre par un cours commun dans leurs récipients respectifs, sans toutefois qu'elles donnent origine i ces cours d'eau : difiPérentes en cela des cols qui sont aussi des dépressions dans le faîte d'une chaîne principale, mais à l'origine de deux cours d'eau opposés; et ce caractère les fait reconnaître aisément sur les caries où les rivières sont bien indiquées. Ces dépressions sont limitées dans l'espace par une courbe concave dont le point le plus bas est en même temps le point le plus élevé d'une courbe convexe perpendiculaire à la première , et le point où ces deux courbes se rencontrent est le point de partage des canaux navigables. Tel est le Yaldieu , entre les Vosges et le Jura , où le passage du canal du Rhône au Rhin pouvait se faire par la ligne la plus courte et avec le plus petit nombre d'écluses. Offrant en même temps la communication la plus directe entre le débouché du Rhin à Bâle , et l'intérieur de la France, cette dépression devait fixer l'attention des ingénieurs ; et c'est avec une grande prévoyance que Vauban y avait placé la forteresse de Belfort, et que Von s'occupe aujourd'hui d'en agrandir et d'en renforcer la citadelle.
Le fond de la mer a ses dépressions comme la surface des conti-
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nents , et tel est le fond du détroit du Pas-de-Calais. Le point qui correspond à la profondeur de seize brasses en fait le seuil ; à partir de là, dans les deux directions, la mer devient à-la-fois plus profonde et plus large ; et si les eaux s'abaissaient de soixante-deux brasses , on aurait à découvert entre la France et l'Angleterre une dépression semblable à celle qui sépare les Vosge.^ et le Jura. Les rivières qui maintenant se jettent de pail et d'autre dans cette mer se réuniraient deux à deux en suivant les lignes de la plus grande pente dans un canal commun : les unes, telles que la Stoure et l'Ae, coulant vers le nord ; et les deux autres, le Rother et le Vimereu , vers le sud.
Si au contraire les eaux s'élevaient de deux cents mètres , et de manière à recouvrir la dépression que Ton observe entre la montagne Noire , qui est une branche des Cévennes, et le revers de la chaîne secondaire des Pyrénées , dépression où est le point de partage de Languedoc , elle deviendrait un détroit maritime plus ou moins semblable à celui de Calais.
L'auteur , après ces considérations purement topo^aphiques , traite des dépressions sous le point de vue minéralogique. Ayant examiné avec Daubuisson celle où est le point de partage du canal de Languedoc, et qui est formée par des branches des Céveunes et des Pyrénées , il a trouvé du côté des Cévennes des granits , des gneiss, des marbres salins, des schistes, etc. ; du côté des Pyrénées, des grès à pâte calcaire , des marnes arénacées , des poudmgues à pâte marneuse; et dans l'intervalle déprimé , des terrains de sédiment ou moulasses contenant du calcaire commun.
La dépression d'entre les Vosges et le Jura lui a offert des phénomènes analogues : du côté des Vosges sont des porphyres , des grauvakes, des grès rouges; du côté du Jura, des calcaires de différentes «ortes ; et le calcaire oolithique du Jura forme encore le seuil de la dépression , et y est superposé aux terrains des Vosges.
Andréossy conclut de ces circonstanees , que ces dépressions de la surface du globe ont été produites par des courants qui ont agi dans deux sens différents; et il considère l'ensemble des cours d'eau du globe comme l'image du ruissellement des eaux à l'époque où, les continents ayant été mis à découvert , elles se précipitèrent vers leur récipient commun. Il se propose au reste de reproduire et d*étendre ses considérations dans un ouvrage général sur les inégalités de la surface de la terre , ouvrage que des occupations obligées l'ont souvent forcé d'interrompre , mais auquel il compte bientôt mettre la dernière main. Les géologistes ne l'attendront pas avec une moindre impatience que les géographes et les ingénieurs.
L'ordre et la méthode seront toujours eo histoire naturelle , et particulièrement en botanique, deux objets de la plus grande importance : ils servent à-la-fois à établir les rapports que les êtres ont entre eux et à guider l'observateur au milieu des productions innombrables de la nature. Les naturalistes les plus proronds eu ont fait le sujet spécial de leurs études , et les connaissances que la science des méthodes exige ne pourront même jamais être embrassées que par eux.
De Jussieu qui peut , à si juste titre , être' considéré comme le législateur des méthodes en botanique, a formé un nouvel ordre de plantes sous le nom de monimiées; les genres dont il le compose sont le ruizia , le monimia , Vambora , et peut-être le citrosma , Xepavonioy et Vatherosperma. Cet ordre devra être placé immédiatement avant la famille des urticées ^ mais à la suite des monimiées , de Jussieu place le calycanthus réuni jusqu'alors aux rosacées ; il le considère comme le type d'un nouvel ordre qui servira de passage entre les monimiées et les urticées.
Palisot de Beauvois a porté ses recherches sur l'ordre des graminées; il en a étudié les organes de la fructification plus exactement qu'on ne l'avait fait avant lui, a fondé sur l'organisation de chacune de leurs parties les caractères qui doivent distinguer les graminées entre elles , et obtenu les moyens de diviser les espèces nombreuses de cet ordre en genres beaucoup plus naturels que ceux qui avaient été adoptés jusqu'à présent.
Labillardière nous fait connaître une plante nouvelle de la famille des palmiers dont il a fait un genre , sous le nom de ptychosperma , voisin des élates et des arecas. Cette plante a été découverte par Fauteur à la Nouvelle-Irlande ; elle s'élève souvent à plus de soixante pieds, et son tronc n'a cependant que deux à trois pouces de diamètre. Ces proportions lui ont fait donner le nom de gracilis. Il est étonnant, comme l'observe Labillardière, qu'un arbre aussi firêle puisse se soutenir lui-même ; mais on sait que dans toutes les monocotylédones , la partie ligneuse la plus dure est à l'extérieur, et cette structure donne aux plantes de cette classe une force que ne peuvent avoir celles dont les fibres plus solides sont au centre.
Lauiouroux a présenté à Flnstitut un travail très étendu sur les plantes marines. On s'était à peine occupé de ces singuliers végétaux ; ils étaient généralement réunis d'une manière peu naturelle , et Lamouroux , en formant un seul groupe de toutes les plantes qui habitent les mers , parait avoir opéré un changement utile. Le peu de progrès qu'on avait fait dans l'étude des algues, était cause du peu d'accord qui régnait entre les botanistes sur les organes qui servent à la reproduction de ces cryptogames. Corréa , dans un travail spécial sur cette matière, avait reconnu des organes mâles et des organes femelles dans les tubercules placés aux extrémités des ramifications de ces plantes. C'est cette opinion que Lamouroux partage ; mais il caractérise avec précision les différentes parties de ces organes , et répand ainsi beaucoup de clarté sur l'étude de ces singuliers végétaux. Cet auteur a de plus observé que les espèces d*algues qui croissent sur le granit ne sont jamais les mêmes que celles qui se trouvent sur la pierre calcaire ou sur les sables , et réciproquement. Quant à leur organisation intérieure , DecandoUe avait reconnu qu'elle était dépourvue de vaisseaux et entièrement formée de tissu cellulaire. Lamouroux distingue deux sortes de cellules , les unes hexagones très allongées, qui forment les tiges et les nervures des ramifications ; les autres de la même forme que les précédentes, mais à côté presque égaux et qui constituent la substance membraneuse ou foliacée.
Lamouroux pense que les premières pourraient être analogues aux vaisseaux, et les secondes au tissu utriculaire des végétaux plus parfaits. Ces travaux généraux ont conduit l'auteur à former dans cette famille plusieurs genres nouveaux qu'il a également présentés à la sanction de l'Institut.
De Mirbel a continué ses recherches sur la pysiologîe végétale. Jusqu'à présent on avait bien reconnu que l'albumen des graines servait ordinairement à nourrir la jeune plante après la germination; mais cette opinion avait peut-être besoin d'être encore appuyée sur des observations positives , et Mirbel , au moyen d'une expérience aussi simple qu'ingénieuse , parait avoir levé tous les doutes sur cette question. L'embryon contenu dans la graine de Yallium cœpa se recourbe , en se développant , de manière à former un coude qui sort de terre , tandis que la plumuleetla radicule y restent cachées. Si à ce point de la végétation l'on fait une marque quelconque eià égale hauteur sur les deux branches du germe , on verra la tache la plus voisine de la radicule s'élever seule dans le cas où la plante ne recevrait d'aliments que par les sucs de la terre : si au contraire, elle n'est entretenue que par l'albumen de la graine, la tache de la plumule s'élèvera au-dessus de l'autre ; enfin les taches s'élèveront à-peu-près également , si la terre et la graine concourent au développement du germe. C'est ce dernier phénomène qui a lieu; il cesse lorsque l'albumen est entièrement absorbé : alors la jeune
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plante a assez de force pour puiser dans la terre ou dans Vatmosphère, la nourriture dont elle aura désormais besoin.
Ce mémoire est accompagné d'observations intéressantes sur la germination de l'asperge, et sur la manière dont les feuilles de cette plante , d'abord engainantes comme toutes celles des monocotylédons , deviennent, par l'accroissement de la tige, latérales et opposées , et ensuite latérales et alternes.
Dans un autre mémoire » IHirbel a entrepris de nouvelles recherches sur la germination du nélumbo. Les botanistes n'étaient point d'accord sur la classe à laquelle cette plante devait être rapportée , et sur la nature des deux lobes charnus au milieu desquels elle prend naissance. Les uns n'observant point de radicules se développer dans la germination de cette plante , croyaient qu'elle en était entièrement dépourvue ; d'autres regardaient jfes lobes dont nous venons de parler comme des racines, et d'autres comme des organes particuliers et analogues au vitellus. C'est au moyen d'observations auatomicjues que Mirbel cherche à lever les doutes que font naître ces diverses opinions. Il reconnaît d'abord au nélumbo tous les caractères qui distingent les plantes à plusieurs cotylédons , des plantes à un seul cotylédon. Il trouve ensuite dans les lobes de cette plante des vaisseaux analogues à ceux des cotylédons, et il observe , au point où ces lobes se joignent, d'autres vaisseaux qui se réunissent delà même manière que ceux qui caractérisent les radicules dans les embryons pourvus de cet organe 5 et il conclut que le nélumbo ne diffère point essentiellement des autres plantes de sa classe.
Corréa , en regardant avec Mii bel le nélumbo comme une plante à deux cotylédons , ne partage point son opinion sur la nature des lobes; il croit, avec Gaertner, que ces organes ont beaucoup d'analogie avec le vitellus, et il les compare aux tubercules charnus des racines des orchis. Les plantes , comme l'observe ce savant botaniste, ont une organisation double et relative , d'une part , à la terre où elles doivent s'enraciner, et de l'autre , à l'air où leur feuillage se développe. Les racines sont destinées à la végétation descendante , et c'est au point où ces deux systèmes d'organisation se réunissent que les cotylédons sont ordinairement placés : or les lobes du nélumbo sont à la partie la plus inférieure de la plante , et conséquemment dans le système de la végétation descendante ou des racines. Cette manière d'envisager le nélumbo ôterait , à la vérité , les moyens d'y reconnaître les cotylédons ; mais lexemple de beaucoup d'autres plantes privées de ces organes montre qu'ils ne sont point du tout essentiels è la végétation , et que les caractères qu'on eu a tirés , pour partager le r^ne végétal en trois divisions, sontinsuifisanls, et qu'ils doivent être remplacés par ceux que donnent la direction des vaisseaux et les rayons médullaire».
C'est aussi daas la vue de détraire les doutes que font naître les différentes opinions de plusieurs savants botanistes que Poiteau a entrepris un travail qu'il a soumis à llnstitut , sur la germination des graminées/On n'était pas d*accord sur la partie de la graine de ces plantes, qui devait être régardée comme le cotylédon : mais observant que 1 ecusson , que Gaertner prenait pour un vitellus et Richard pour le corps de la radicule , était placé dans le point où la plumule et la radicule se séparent, il considère cet organe comme un véritable cotylédon. Ces recherches ont , en outre, conduit Poiteau à une observation qui , pour être accidentelle , n*en est pas moins intéressante , puisqu'elle se lie à un des phénomènes les plus généraux de la végétation. Au moment où la radicule des graminées se développe , elle prend la figure d'un cône et représente la racine
{)rincipale ou le pivot des autres plantes; mais bientôt , et dés que es racines latérales ont un certain accroissement, ce cône s'oblitère et se détruit , de sorte (]u'aucun plant de cette famille n*a de pivot. Et comme Poiteau a fait la même observation sur plusieurs autres plantes à un seul cotylédon , on peut supposer que cette substitution de racines nombreuses et secondaires à une principale a lieu , parce que chaque faisceau de fibres des monocotylédons a sa racine propre : ce qui rappelle naturellement la belle observation de du Petit-Thouars , sur l'accroissement en grosseur du dracœna , dont il a déjà été question dans les années précédentes.
Du Petit-Thouars , qui s'occupe avec une constance digne d'être citée en exemple de l'anatomie et de la physiologie des végétaux , et qui a déjà proposé à l'Institut plusieurs aperçus nouveaux sur cette branche de science , l'a entretenu cette année de la moelle et du liber, ou de cette pellicule située sous l'écorce, et que l'on a regardée long-temps comme la mère de l'aubier et du bois. Il pense entièrement le contraire sur ce dernier point , et s'accorde à cet égard avec Knight , botaniste anglais , qui vient aussi de publier de belles observations sur la physique des arbres. Quant à la moelle , du Petit-Thouars assure que l'on s'est également trompé quand on a cru qu'elle pouvait être comprimée , et disparaître à la longue par l'accroissement du bois qui l'entoure ; il a montré de très vieux troncs de plusieurs sortes d'arbres où le canal médullaire est aussi gros que dans les branches de l'année.
Mirbel , qui a publié depuis long-temps de belles recherches générales sur la structure intérieure des végétaux , et les fonctions de leurs diverses parties, s'occupe maintenant de comparer entre elles sous ce rapport les diverses familles. Il a traité cette année des plantes à fleurs en gueule ou labiées; mais , cherchant toujours à
revenir à ces principes généraux , qui seuls peuvent élever nos observations à la dignité d'une véritable science , il a fait précéder son travail par des considérations sur la manière d*étudier rhistoire naturelle des végétaux , où il essaie de prouver que , pour établir une bonne classification des plantes, le botaniste doit appeler à son secours les faits que fournissent l'anatomie et la physiologie; qu'aucun caractère n'a une importance telle qu'elle s*étende indistinctement sur toutes les familles ; et que par conséquent une méthode conçue d'après la considération d'un seul principe est nécessairement en opposition avec les rapports naturels. Il n'excepte point , dans ce jugement , les caractères tirés du nombre des cotylédons, de la présence ou de l'absence du périsperme , et de l'insertion des étamines. L'analyse rigoureuse, dit-il, démontre que la valeur proportionnelle des traits caractéristiques varie dans chaque groupe, en sorte que le même caractère a plus ou moins d'importance , selon qu'il existe dans une espèce ou dans une autre ; et cette importance n'est, en dernière analyse, que le résultat de l'enchainement nécessaire des diverses modifications organiques; il convient que , s'il est difficile en général d'apercevoir le nœud
Sji unit les traits caractéristiques dans les êtres organisés, les obstaes sont surtout multipliés quand il s'agit des végétaux , i cause de l'extrême simplicité de l'organisation; mais il croit néanmoins qu'on a trop négligé jusqu'à ce jour cette partie rationnelle de la science , sans laquelle l'histoire naturelle des plantes est réduite à n'être qu'un assemblage de faits sans relation.
Il distingue dans les caractères ceux de la végétation et ceux de la reproduction , et pense que les uns et les autres offrent des considérations également importantes pour le rapprochement des espèces enlmilles.
Il distingue dans les familles celles qui sont formées en groupe , et celles qui sont formées par enchaînement. Dans les premières l'ensemble des traits est conforme pour toutes les epèces, et la définition caractéristique n'admet presque point d'exceptions : telles sont les labiées, les ombellifères , etc. Dans les secondes les traits se modifient par nuances insensibles, de manière que les dernières espèces finissent par être assez difiPérentes des premières pour qu'il soit impossible d'exprimer leurs rapports par une définition courte, simple et affirmative : telles sont les borraginées , les renonculacées.
Le mémoire sur les labiées offre un essai de la méthode analytique que l'auteur propose pour Vétude des familles naturelles. Il examine les labiées dans toutes leurs parties. Non seulement il fait entrer en considération les caractères extérieurs, mais encore l'organisation interne , et même les phénomènes qui en dérivent. Après avoir parlé de la çerminalion , il passe à l'organisation de la lie^e : il décrit en détail les glandes et les poils : il pense que l'on s est
trompé en considérant comme des pores les aires ovales, mêlées aux cellules plus ou moins hexagones qui forment Tépiderme. Ces aires ne sont à ses yeux que de petites élévations, ou, si Ton reut, que des poils extrèmements courts. Il trouve dans la structure interne de la tige la cause de sa forme et de la disposition des feuilles par paires. Une bride vasculaire s'étend d'une feuille à l'autre , et les retient dans une situation opposée.
Nous ne suivrons pas l'auteur dans ses recherches sur le calice , la corolle et les étamines. Les observations que contient celte partie de son mémoire se composent d*une multitude de faits par* ticuliers qui ne sont point susceptibles d'analyse.
Le pistil a présenté à Mirbel une organisation très remarquable , et qui cependant n'avait encore été observée que superficiellement. Un corps glanduleux, placé au fond du calice, porte quatre ovaires , du milieu desquels s'élève un style. La base de ce style ne communique pas directement avec les ovaires : elle pénètre dans la partie qui les soutient, et donne naissance à quatre conducteurs, lesquels, réunis aux vaisseaux nourriciers qui se rendent du pédoncule dans le fruit , remontent vers les ovaires. Celte disposition du style et des conducteurs, par rapport aux ovaires, existe également dans les borraginées.
Le corps glanduleux est semblable^ par son organisation interne , à la glande du cobea , dont Mirbel a publié l'anatomie il y a quelques années. Cet appareil organique est destiné à la sécrétion du suc mielleux qui se dispose au fond du calice.
La forme du style et du stigmate lui a fourni aussi matière è plusieurs observations absolument neuves.
La plupart des auteurs considèrent le fruit des labiées conime étant formé de quatre graines nues. Gaerlner lui-même n'a pa^ié^ité cette erreur. Mirbel montre que ce fruit est composé de quatre drupes , dans lesquelles on reconnaît facilement l'existence d'une enveloppe pulpeuse et d'un noyau plus ou moins solide. Il fait voir en outre que l'embryon , ordmairement droit , mais quelquefois replié sur lui-même , est revêtu de deux téguments , que l'extérieur est mince, et porte toujours à sa partie inférieure la trace du cordon ombilical; que l'intérieur, tantôt mince et flexible, tantôt charnu et cassant , est un véritable périsperme.
Ce résultat inattendu n'est que la conséquence d'un fait général qui avait échappé aux recherches des botanistes; savoir , que tout tissu cellulaire , homogène , distinct de sa membrane externe , et appliqué immédiatement sur l'embryon , quelles que soient son épaisseur et la nature de la substance inorganisée qui remplit ses cavités , est un périsperme ; d'où il suit qu'il est très peu de graines dans lesquelles on ne puisse trouver , même après la maturité y des vestiges de cet organe.
Pour rendre cette vérité plus sensible , Mirbel donne l'histoire
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circonstanciée du développement de Tembryon et de la formation du périsperme dans les labiées et dans d'autres plantes.
Enfin il croit pouvoir conclure de l'ensemble de ses observations que , dans les familles des labiées , les principaux caractères de la végétation , aussi bien que ceux de la reproduction , ont une liaison si étroite que Ion ne peut supposer le changement d'un de ces caractères sans admettre en même temps le changement des autres, c'est-à-dire que l'existence de chacun d'eux est visiblement liée à l'existence de tous ; ce qui fait que chacun acquiert pour la classification une valeur égale à l'ensemble des traits caractéristiques dont il est en quelque façon le représentant.
Tous les botanistes savent que la division première des végétaux , fondée sur l'unité et la pluralité des cotylédons , est , généralement parlant , d'accord avec les rapports naturels ; cependant cette règle n'est pas sans exception ; d'une part la cuscute^ le cyclamen, quelques renonculacées , n'ont qu'un cotylédon , quoiqu'on ne puisse , sans déroger aux lois de la nature , les séparer des plantes à deux feuilles séminales ; d'autre part le zamia et le cycas ont deux cotylédons, quoique leur place semble invariablement fixée entre les palmiers et les fougères ; qui , comme l'on sait , n'of&ent qu'une feuille séminale. Richard , frappé de ces anomalies, a cru pouvoir substituer à la division des monocotylédons etdesdicotylédons celle des embryons endorrhizes etexorrhizes. Suivant lui, les endorrhizes cachent le germe de leur racine dans une poche particulière qui s'ouvre ou se déchire durant la germination, et les exorrhizes au contraire, n'ayant point de poohe, présentent au-dehors leur racine naissante. Il pense que cette division est à-la-fois plus générale et plus naturelle que la première. Ce n'est point le sentiment de Hirbel ; ce botaniste a annoncé dans un mémoire lu à l'Institut qu'il a fait çermer un grand nombre de plantes à une et à deux rouilles séminales ; il en a représenté la forme à différentes époques de leur développement, et il lui a semblé qu'en adoptant le sentiment de Richard on se verrait forcé de réunir souvent dans le même groupe les plantes les plus hétérogènes , telles, par exemple, que le gui et le blé , ou le cycas et le cèdre. L'auteur de ce nouveau système , dit-il , croit que toutes les vraies monocotylédones sont endorrhizes; mais le fait est que les seules graminées, dans cettegrande classe , offrent ce caractère , et qu'on le retrouve bien distinctement dans plusieurs dicotylédones. Il cite le gui et le loranthus; il montre ensuite qu'il existe une analogie frappante entre les graines du nélumbo , du uymphaaa , du saururus et du piper , que l'embryon des deux derniers genres est renfermé dans une sorte de sac toutà-fait semblable à celui du nymphaea , et il conclut que les quatre gaires appartiennent à la classe des dicotylédons. Enfin il pose en principe que les caractères tirés de la structure des tiges , combinés
avec ceux que donnent le nombre et la forme des cotylédons , sont encore les meilleurs pour établir une première division naturelle dans le règne végétal.
Quant aux subdivisions des rangs inférieurs, ou à ce qu'on appelle des familles , il y a à-la-fois moins de difficultés à découvrir des bases sur lesquelles on puisse les faire reposer , et plus de liberté sur rétendue qu'on leur donne , et il arrive souvent que des botanistes jugent à propos de les multiplier.
Ainsi de CandoUe a donné un mémoire qui renferme la monopraphie de deux familles qu*il a établies , les ochnacées et les simaroutées. Les arbres dont ces familles sont composées sont tous originaires des régions situées sous la zone torride , et paraissent même y être assez rares , en sorte que leur histoire et leurs descriptions avaient été fort négligées : on les avait confondues ou avec les annonacées, ou avec les magnoliacées, ou avecles dilléniacées : Decandolle prouve qu'elles diffèrent de ces trois familles par un grand nombre de caractères, et surtout par la structure de leur fruit, qu'il décrit avec détail, parcequ'elle oftre une conformation remarquable. Dans \e^ ochnacées Qi les simaroubées la base du pistil se renfle en une espèce de disque charnu, sur lequel les loges des semences sont articulées : ce disque, que l'auteur nomme ^y»<?Aa*e, avait été pris pour une partie du réceptacle de la fleur; mais il appartient réellement au pistil, puisqu'il est traversé par les vaisseaux qui vont du stigmate aux ovaires. Il résulte donc de cette structure , mieux appréciée , que les ochnacées et les simaroubées n'ont pas un fruit agrégé , mais un fruit simple ; par conséquent elles se rapprochent davantage des rutacées que de toute autre famille de plantes. Les deux groupes qui font l'objet du travail deDecandolle ont beaucoup de rapports entre eux par la structure de leur fruit; mais on est obligé de les considérer comme deux familles distinctes , quand on a égard à leurs autres différences. Ainsi les ochnacées ont des fleurs toujours hermaphrodites, des pétales étalés en même nombre que les divisions du calice, ou en nombre double , des étamines insérées sous le germe des fruits , dont les loges , un peu semblables à des noix , ne s'ouvrent pas d'elles-mêmes , et renferment une graine droite sans périsperme , et deux cotylédons épais. Ce sont des arbres toujours lisses , à écorce peu ou point amère, à suc propre aqueux, à feuilles simples , à deux stipules axillaires , à fleurs en grappes dont les pédicules sont articulés au milieu de leur longueur : les simaroubées, au contraire, ont des fleurs souvent unisexuelles par avortement, à quatre ou cinq pétales droits , à cinq ou dix étamines munies d'écaillés à leur base , à loges du fruit en forme de capsules s'ouvrant d'elles-mêmes , et dont la graine attachée au sommet est pendante dans la loge : ce sont des arbres à écorce très amère , à suc propre laiteux, à feuilles composées, dépourvues de stipules et à pédicules non articulés. Les ochnacées , qui renferment les genres
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ochna^ gomphia , et un nouyeau genre nommé elvasia , se trouvent augmentées d'un grand nombre d'espèces nouvelles, mais n'ont encore aucune importance quant à leurs usages; les simaroubées, qui renferment les genres quastna^ simarouba , et simaba^ sont d'un grand intérêt , puisqu'elles o£Frent deux des remèdes les plus actifs de la médecine.
D'après la description donnée par de Humboldt et Willdenow, de la plante qui forme l'écorce connue en pharmacie sous le nom de cortex angusturœ y on devait présumer qu'elle appartenait à la famille des timaroubées; et Decandolle l'y avait en effet placée, mais en conservant quelque doute. Richard, qui a eu occasion d'analyser la fleur de cette plante très rare, assure, au contraire, qu'elle appartient à la famille des méliacées , dont elle se rapproche par sa corolle monopétale seulement en apparence, par ses étamines unies à leur base , par l'absence des écailles de la base des étamines , et même par le fruit , observé il est vrai dans sa jeunesse seulement : les poils rayonnants qui couvrent la surface de la feuille et de la fleur confirment Topinion de Richard , laquelle ne peut être démontrée ou renversée que par l'inspection du fruit mûr de cet arbre qui est encore inconnu. Ce genre a été décrit par Willdenow sous le nom de bonplandia; mais, comme il existait déjà un genre dédié à Bonpland , nos botanistes pensent qu'il est plus convenable de désigner celui-ci ou sous le nom Sangustura , qui est le nom officinal , mais qui est un nom de pays , ou plutôt sous celui de cusparia , qui est le nom américain latinisé , et que de Humboldt a déjà employé dans son Tableau de la géographie des plantes.
De Cubières a présenté la description d'un arbre intéressant de l'Amérique septentrionale , le magnolier auriculé, dont les grandes fleurs peuvent par leur odeur et par leur éclat , faire l'ornement de nos parcs.
Notre confrère Palisot de Beauvois a communiqué à l'Institut le résultat d'une expérience propre à étendre les idées que l'on se fait de la marche de la sève.
Au lieu d'enlever seulement une bande d'écorce au pourtour d'une branche , comme on le fait d'ordinaire , il en a isolé entièrement une plaaue, en faisant une entaille tout autour, et de manière que ses nbres n'avaient plu^ aucune communication avec le reste de l'écorce, ni par en haut, ni par en bas, ni par le côté. Il a aussi enlevé le liber, et bien essuyé le cambium, ne laissant intact
3ue le bois dans le fond de l'entaille. Les bords de cette plaque 'écorce ainsi isolée , n'ont pas laissé de reproduire des bourrelets , aussi bien que l'écorce du bord externe de l'entaille; la placjue a même sur quelques arbres donné naissance à un bourgeon qui s'est
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bien développé. Rien ne prouve mieux la communication générale de toutes les parties du yégétal , et comment elles peuvent se suppléer mutuellement dans leurs fonctions ; car cette plaque d*écorce n*a pu tirer sa sève que du bois caché sous elle.
Dans notre rapport de 1806 nous avons exposé Topinion particulière à de Beauvois sur la fécondation des mousses , et nous avons rappelé en même temps les objections qui empêchent encore plusieurs botanistes d'adopter cette opinion , laquelle consiste à r^arder comme pollen, ou poudre fécondante, la poussière yertequi remplit Furne des mousses , et comme semence une autre poussière que de Beauvois place dans une capsule située dans Taxe de cette même urne, tandis que Hedwig prend la poussière verte pour la semence, et cherche le pollen dans d'autres organes , et que des botanistes plus récents ne veulent pas même admettre de sexe dans ces sortes de plantes, et ne prennent leur poussière que pour un amas de petits bulbes ou bourgeons.
De Beauvois a fait cette année une observation qui lui parait con* firmer son opinion. Ayant examiné avec soin Vurne du mnium capillare^ il a trouvé, P que la poussière verte de l'urne n'adhérait point à la capsule centrale , comme elle devrait le faire, si elle était la semence, et si cette capsule était une columeile, ainsi que le prétendent les sectateurs d*I{edwig; 2^ qu'il y avait dans la capsule des grains transparents et plus gros que ceux de la poussière verte ; 3^ que dans la poussière verte elle-même il y avait des grains de deux sortes , les uns verts , opaques , anguleux , unis par des filets; les autres transparents et sphériques.
De Beauvois examinant ensuite la pouss^ière des lycopodes y a trouvé également deux sortes de grains; les uns étaient opaques et jaunes , les autres ronds et transparents comme des bulles d'eau , et au plus dans la proportion d'un à trente ^ par rapport aux premiers.
De Beauvois, qui regarde les grains opaques comme le pollen, pense que ces corps transparents qui s'y trouvent mêlé^ sont des espèces de bourgeons ou de bulbes , propres à donner de nouvelles plantes , et que ce sont eux qui ont germé , quand Hedwig et les autres observateurs ont obtenu de jeunes plantes en semant la poussière des lycopodes et des mousses ; ainsi l'on ne pourrait plus lui opposer ces expériences.
Quant aux véritables graines , elles sont placées , selon lui , dans les lycopodes autrement que dans les mousses; les aisselles des feuilles de la partie inférieure de l'épi recèlent, dans quelques plantes de la première famille, de petites capsules contenant chacune quelques grains plus gros que la poussière des capsules supérieures , qui ont été considérés comme des semences par Dillenius , et nar tous ceux qui regardaient avec lui la poussière comme un pollen.
Willdenow les regarde comme des espèces de bulbes , et c'eal
l*opinion commune de ceux qui ne veulent point admettre de sexes dans les mousses , les lycopodes et les autres cryptogames.
Mais de Beauvois trouve que ces grains ont tous les caractères d'organisation assignés aux semences par les botanistes les plus exacts, et que Von ne peut en conséquence hésiter à les regarder comme tels, quoiqu'on ne les ait pas encore découverts dans tous les lycopodes ; il convient cependant qu'il n'a pas réussi â les faire lever, mais il croit que c'est faute de les avoir eus dans un état assez frais ; d'ailleurs , quand ils lèveraient , ceux qui prétendent que ce sont des bulbes ne se tiendraient pas pour battus. ' Nous avons indiqué brièvement dans nos rapports des deux années dernières les discussions élevées entre nos deux confrères , Mirbel et Richard , sur la composition intérieure des graines de certains végétaux. Gomme ces discussions ne tendent à rien moins qu'à ébranler des systèmes accrédités , elles ont pris une chaleur proportionnée à leur importance , et il nous a paru nécessaire de rendre compte du point où la question en est venue. Pour cet effet il faut la prendre d'un peu plus haut.
Quand on met dans Teau une graine de haricot par exemple , elle ne tarde pas à se fendre, et au point de jonction des deux lobes, qui forment la plus grande partie de sa masse , on observe d'un côté un petit corps charnu , de figure conique , et de l'autre deux petites feuilles assez reconnaissables. Si on avait fait germer cette graine, la partie conique se serait enfoncée dans la terre, et aurait formé la racine ; les deux petites feuilles se seraient élevées dans l'air, et d'entre elles se serait continué le reste de la plante ; les deux grands lobes, adhérents au point de jonction des deux autres parties , après avoir joué pendant quelque temps le rôle de feuilles, se seraient bientôt desséchés et auraient disparu.
Le petit tubercule conique porte en botanique le nom de radicule; la partie opposée , qui en se développant donne le tronc entier de la plante, se nomme p/umu/e^ et les deux lobes latéraux sont appelés cotylélons.
Des expériences nombreuses montrent que la fonction des cotylédons est de fournir la substance nécessaire au premier dévelop* pement de la plumole et de la radicule , jusqu'à ce que la petite plante soit assez forte pour tirer de la terre et de l'atmosphère les sucs propres à son accroissement ultérieur.
Des observations non moins répétées ont appris que les plantes à deux cotylédons, qui sont les plus nombreuses dans la nature, ont entre elles un grand nombre de caractères communs , et qu'elles diffèrent par la plupart des détails de leur organisation de celles qui n'ont qu'un seul cotylédon , et encore plus de celles où l'on n'en observe point du tout ; en conséquence les botanistes ont fait de cette conapositioB do petit embryon végétal , la base de leur première division des plantes.
Desfontaines , dans un mémoire dont nous ayons donné Panalyse en son temps , semblait avoir mis le sceau à cette division , en proavant que les troncs ligneux des plantes dicotylédones ont une autre texture interne et une autre manière de croître que ceux des monocotylédones et des acotylédones.
MaiS; comme il arrive souvent en histoire naturelle, surtout quand les caractères fondamentaux ne reposent que sur des observations empiriques , et dont on n'a point apprécié les rapports rationnels avec le reste de l'organisation , Ton s est aperçu petit à petit que ces règles n'étaient pas sans exception. On a découvert que les semences de certaines plantes qui , par toute leurs tructure, ressemblent aux dicotylédones ou n'ont point du tout de cotylédons , ou en ont plus de deux ; on a cru remarquer aussi des exceptions en sens inverse , et ces idées ont engagé à examiner avec plus de soin que jamais les semences de toutes les plantes. Or, dans cette rechercne, il s'en est trouvé quelques unes dont la structure a paru problématique, et où le même organe a reçu différents noms , selon la manière dont chacun l'a envisagé.
Le nélvmbo est une des plus remarquables de ces espèces douteuses. C'est une plante des Indes qui a beaucoup de rapport avec notre nénuphar; sa graine recèle un corps divisé en deux lobes aux deux tiers au moins de sa hauteur, et entre ces lobes est un petit sac membraneux d'où sortent les premières feuilles, et ce n'est qu'après que la tige qui porte ces feuilles s'est un peu allongée qu'elle produit latéralement quelques petites racines.
Hirbel et Poiteau , conformément à une ressemblance au moins apparente , ont avancé que les deux lobes sont les deux cotylédons; que les premières feuilles forment la plumule , et le sac qui les enveloppe une espèce de gatne ; que la radicule reste inactive et sans développement , et que les fibres qui naissent de la petite tige, sont analogues à ces racines qui sortent de la tige des plantes rampantes.
Mirbel en particulier croit avoir trouvé dans l'intérieur de ces lobes un appareil de vaisseaux tout-à-fait semblables à ceux des cotylédons , dans les plantes qui ont les cotylédons doubles. Ces deux botanistes ont donc rangé le nélumbo parmi les dicotylédones.
Richard, au contraire, a soutenu que c'est le petit sac qui doit être considéré comme le seul cotylédon, et que les deux lobes appartiennent à l'extrémité de la radicule ] il a comparé ces corps à ceux que l'on observe dans d'autres embryons, et auxquels il a donné le nom d'hypoblastes ^ les mêmes que Gaeitner appelait viiellus; et cette analogie lui a paru d'autant plus certaine que les lobes en question, amsi que les autres hypoblastes , ne prennent point d'accroissement lors de la germination , au contraire de la plupart des cotylédons. La production latérale des racines est une conséquence naturelle et générale de la présence d'un hypoblaste, qui empêche
la radicule de s*alIonger directement. D'après ce raisonnement , Richard a classé le nélmnbo parmi les monocotylédones.
Alors la discussion s*est portée sur la nature même de ces hypoblastes. Mirbel a comparé ce que Richard nomme ainsi dans les graminées , et qui est le scutellum de Gaerrner, avec le cotylédon des asperges , des balisiers, et de quelques autres des plantes qui n*en ont qu'un , et il a conclu de sa comparaison que Fbypoblaste des graminées est précisément leur cotylédon ; ce qui mettrait de son côté toutes les analogies citées par Richard.
Poiteau a fait aussi sur cette question un mémoire où il se montre du sentiment de Mirbel.
Richard a répliqué qu'il y a plus de différence que Mirbel ne croit ; que la plumule de l'asperge et des autres plantes citées est enveloppée dans le cotylédon ; qu'elle le perce pour se montrer au jour ; que c'est un caractère essentiel à la plumule de toutes les plantes monocotylédones ; que dans les graminées au contraire la plumule est enveloppée dans une tunique en forme de cône , distincte de l'hypoblaste , et que c'est une tunique qui , enveloppant la plumule, doit être le véritable cotylédon^ mais Mirbel n'a voulu voir dans ce petit cône qu'une excroissance résultant de ce que la plumule prend dans la graine un accroissement proportionnellement plus fort dans les graminées que dans les autres monocotylédones.
On a cherché alors des arguments auxiliaires dans les plantes plus ou moins voisines du nélumbo.
Mirbel a fait voir qu'il existe une grande ressemblance entre les graines du poivre et de quelques autres plantes bien reconnaissablés pour dicotylédones par la structure de leurs souches et les graines du nélumbo. A la vérité on ne voit pas dans le nélumbo ni dans le nymphaea les couches ligneuses annuelles nui distinguent les dicotylédones ; mais c'est à leur tissu lâche qu on doit , selon Mirbel , attribuer cette différence.
Richard a produit en sa faveur les familles des hydrocharidées et des hydropeltidées , dont il croit que le nélumbo et le nymphœa se rapprochent le plus, et dont plusieurs genres ont des hypoblastes épais, dans un creux desquels est logée la plumule enveloppée d'une bourse cotylédonaire , quoique ces hypoblastes ne soient pas divisés aussi profondément que dans le nélumbo.
Mais parallèlement à cette discussion partielle , il s'en est élevé une autre , dont la première ne s'est plus trouvée faire qu'un épisode.
Il y a déjà deux ou trois ans que Richard ^ reconnaissant que la division des plantes, d'après le nombre de leurs cotylédons, ou lobes séminaux , est en quelques cas obscure ou même insuffisante , en a proposé une nouvelle, prise d'une autre partie de l'embryon ; savoir, de la structure et de l'enveloppe de la radicule.
Dans les plantes communément appelées dicotylédones, la radi- To«B r. 24
cule OU le petit tubercule conique dont nous avons parlé ci-dessus , devient elle-même, en s'allongeant , la racine du végétal; dans les autres elle n'est c[u'un petit sac renfermant des tubercules qui deviennent les racines.
Richard nomme les plantes de la première forme , exorrhizes^ et celles de la seconde, endorrhizes,
Mirbel a prétendu que cette nouvelle division est encore moins applicable que Tancienne ; qu'à la vérité la radicule des graminées est conforme à cette description des endorrhizes , mais que dans les autres monocolylédones il n'y a d'apparence de sac qu'un petit nœud à la base de la racine naissante, et que ce nœud se retrouve dans des plantes analogues aux dicotylédones, telles que ce même poivre , auquel il avait déjà eu recours dans la question particulière du nélumbo.
Ici Richard affirme que le poivre est tout aussi monocotylédone que le nélumbo ; et il se pourrait bien que Ton vînl jusqu'à remettre en doute la structure des tiges de la famille des pipéracées , ou que Ton fût obligé d'apporter à la règle générale de la structure des tiges de nouvelles déterminations propres à rendre son application plus précise, et à faire disparaître ces diverses apparences d'exception.
Il ne nous conviendrait pas d'exprimer un jugement quand des botanistes si habiles sont encore partagés ; mais leur discussion aura toujours procuré à la science cet avantage incontestable que , chacun d eux cherchant à soutenir son opinion par des faits , ils ont découvert et fait représenter la structure intérieure de la semence et le mode de germination de beaucoup de plantes qui avaient été peu ou mal observées jusqu'à ce jour sous ce rapport ; en thèse générale, cependant , nous pensons que l'on ne pourra jamais être sûr de la constance d'un caractère, tant que la raison de son importance n'aura pas été démontrée par le genre d'influence qu'il exerce ; car tout ce qui ne repose que sur de simples observations empiriques, quelque nombreuses qu'elles soient , peut être renversé par une seule observation contraire; or Tinfluence du nombre et des diverses formes des parties dans les végétaux est encore trop peu connue pour que l'on puisse espérer de long-temps de donner aux caractères botaniques ce degré de certitude rationnelle auquel ceux de la zoologie sont parvenus.
Nous devons encore faire observer que la description détaillée de la famille des hydrocharidées , que Richard a donnée dans le cours de cette discussion , a un mérite indépendant de l'objet en litige , celui de déterminer plus exactement les genres dont cette famille se compose, et dont Richard a porté le nombre à dix, parce qu'il en a ajouté cinq nouveaux à ceux qui étaient connus auparavant.
Desvaux a présenté à l'Institut les prémices d'un travail sur la famille des fougères , où il a ajouté quelques observations à toutes celles de Swartz et Smith , où il propose de démembrer encore
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quatre genres de ceux que ces savants botanistes ont établis, et où il décrit exactement plusieurs espèces peu ou point connues.
Leschenault de La Tour, l'un des naturalistes qui ont voyagé avec le capitaine Baudin , nous a donné des détails sur les arbres dont les naturels de Java, de Bornéo et de Macassar, emploient le suc pour empoisonner leurs flèches , et qui ont fait encore dans ces derniers temps , sous le nom à'upas , le sujet de relations si exagérées. Il y a deux sortes de ces poisons : Yupas antiare et Yupas tkieute. Tous les deux tuent , en quelques minutes , par la plus légère blessure; mais le dernier est plus violent; c'est l'extrait de la racine d'une espèce de strychnos ou noix vomique, plante ligneuse de la famille des apocinées , qui s'élève en grimpant jusqu'aux branches des plus grauds arbres. Les expériences faites par Delile et Magendie prouvent qu'il agit sur la moelle épinière , et cause le tétanos et l'asphyxie. L'autre découle d'un grand arbre que Leschenault nomme Antiaris toxicaria^ et qui appartient à la famille des urlicées. Ceux qui en reçoivent dans leurs blessures rendent d'abord des évacuations vertes et écumeuses, et meurent dans de violentes convulsions. Ou mange sans danger la chair des animaux tués avec ces poisons, en retranchant seulement la partie blessée.
DecandoUe, correspondant et professeur à Montpelher, se propose de publier les plantes nouvelles ou peu connues du beau jardin confié à ses soins, en donnant, toutes les fois que l'occasion s'en présentera, des observations sur les genres auxquels ces plantes appartiennent, et il a présenté à l'Institut des échantillons qui ne peuvent que faire bien augurer de son travail j les cent planches, que cet ouvrage doit contenir, sont déjà dessinées.
Notre confrère , de Beauvois , continue toujours les livraisons de sa Flore d'Oware et de Bénin ^ dont il a fait paraître cette année les douzième et treizième livraisons. Il annonce dans la douzième, une nouvelle division des graminées, fondée sur la réunion ou la séparation des sexes , et sur la composition de la fleur et du nombre de ses enveloppes.
La plupart des physiologistes admettent depuis long-temps dans les plantes une sève ascendante, qui monte des racines aux branches, et contribue au développement des branches en longueur ; et une sève descendante, qui descend des feuilles aux racines, et à laquelle quelques uns attribuent la principale part dans le développement du bois , et par conséquent dans le grossissement du tronc.
Féburier, cultivateur à Versailles, a essayé de recueillir séparément ces deux sèves ; pour cet effet il a pratiqué une entaille profonde à un tronc d'arbre, et adapté une vessie contre la paroi inférieure, de manière qu'il ne pût y entrer que le liquide qui viendrait des parties
c]c l'arbre situées au-dessous ; il a fait une autre enlaîUe, et il a place la vessie à la paroi supérieure , en sorte qu'elle ne pouvait recevoir que des sucs venus d'au-dessus.
Féburier considère la sève recueillie dans la vessie inférieure comme de la sève montante ; et l'autre, comme de la sève descendante , et donne des observations nombreuses sur les propoilions de l'une et de l'autre en diverses circonstances. Voulant ensuite s'assurer du chemin que chaque sève parcourt dans l'intérieur du végétal , il a plongé alternativement, par les deux bouts , des branches d'arbres dans des teintures colorées. Dans les deux cas, ces teintures lui ont paru suivre les fibres ligneuses de l'étui médullaire, ee qui lui fait attribuer la même marche aux deux sèves, en quoi il se rencontre avec le résultat d'autres expériences faites par Mustel.
Féburier pense d'ailleurs que la sève ascendante contribue principalement au développement des branches ; la descendante, à celui des radnes : mais il croit que le cambium^ ou cette humeur qui transsude horizontalement du tronc , et que l'on regarde comme la matière qui donne à l'arbre son accroissement en épaisseur, résulte, ainsi que les sucs propres, du mélange des deux sèves.
La présence des feuilles nécessaires pour produire la sève descendante Test en conséquence aussi pour l'accroissement en épaisseur ; mais les bourgeons, è qui du Petit-Thouars fait jouer un grand rôle dans cette opération , n'y ont aucune part, selon Féburier , car elle a lieu, dit-il, tant que les fouilles existent, et elle cesse aussitôt qu'on les enlève, soit qu'on laisse les bourgeons ou non.
Quant à ce qui regarde les fleurs et les fruits, Féburier assure avoir observé que la sève ascendante , lorsqu'elle prédomine , tend à déterminer la production des fleurs simples et le développement complet des germes ; que la sève descendante au contraire , lorsqu'elle est surabondante , opère la multiplication des fleurs et des pétales , et le grossissement des péricarpes, et par conséquent de la partie charnue des fruits : principes d'où il serait facile de déduire beaucoup de pratiques utiles à la culture , et qui expliqueraient aussi plusieurs des pratiques déjà indiquées par Texpérience.
Selon Féburief, l'aubier, mis à nu, mais garanti du contact de I air, est en état de reproduire , par le moyen du cambium , le liber et l'écorce nécessaires pour le recouvrir, comme l'écorce produit habituellement , et même lorsqu*on l'a en partie écartée de son tronc, du liber et de l'aubier. En ce point il a pour antagoniste notre collègue, Palisot deBeauvois, qui s'est occupé de ces questions toujours difficiles , de la marche de la sève et de la formation du bois. Selon ce botaniste , ce suintement d'une humeur glaireuse , que quelques physiologistes supposent émaner de l'aubier ancien , et qui contribuerait à la formation du liber, n'est pas fondé sur des expériences probantes. Au contraire , quand on a enlevé une portion d'écorce à un arbre, et qu'on a bien frotté la plaie, de manière à n'y laisser ni
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liber ni cambiuin, ni l'aubier ni le bois ne reproduisent rien ; mais les bords de la solution de continuité faite à Fécorce s'étendent , recouvrent le bois resté à nu , et produisent alors du liber et de l'aubier incontestablement émanés de celte écorce. De Beauvois annonce qu'il mettra bientôt dans tout son jour cette proposition , qu'il n'a énoncée que par occasion dans un mémoire sur la moelle des végétaux.
L'opinion des physiologistes a été jusqu'à présent très partagée sur Futilité et les fonctions de la moelle des végétaux. Suivant les uns, cet organe est nécessaire à la vie des plantes durant toute leur existence ; suivant d'autres, elle ne leur est utile que dans les premières années, et tout le temps seulement qu'elle est verte, succulente, et lorsqu'elle peut encore être aisément confondue avec le tissu cellulaire. De Beauvois a fait, à ce sujets des observations qui tendent à établir que la moelle exerce , pendant toute la vie des plantes, des fonctions sinon d'une nécessité absolue pour leur existence, du moins très importantes pour leurs progrès, et les développements de leurs branches, de leurs feuilles, et surtout des organes nécessaires à leur reproduction.
Il a remarqué (jue l'étui médullaire , c'est-à-dire la couche circulaire de fibres qui entourent immédiatement la masse de la moelle, a toujours une forme correspondante à l'arrangement et à la disposition des branches , des rameaux et des feuilles ; que , dans les végétaux à rameaux et à feuilles verticillées , par exemple, la coupe horizontale de l'étui médullaire montre autant d'angles qu'il y a de rameaux à chaque étage et à chaque verticille.
Ainsi l'étui médullaire du laurier rose oflFre un triangle équilatéral si la branche au-dessous des verticilles est à trois rameaux et à trois feuilles ; maïs si on le coupe en dessous du verticille le plus inférieur, dont souvent un rameau et une feuille avortent, il n'aura que deux angles et le vestige d'un troisième également avorté. Cette loi s'est trouvée constante, même dans les plantes herbacées.
De Beauvois a commencé des observations semblables sur les plantes à feuilles opposées, alternes, distiques, en spirales répétées, et composées de quatre, cinq, et un plus grand nombre de feuilles et de rameaux. Il regarde comme probable qu'il y trouvera les mêmes rapports entre la forme, de l'étui médullaire et la disposition des branches , des rameaux et des feuilles. Par exemple les feuilles opposées semblent nécessiter un étui médullaire rond, et qui devient ovale, ayantles extrémités de plusen plus aiguës, plus il se rapproche du point de l'insertion des rameaux et des feuilles.
Lorsque les feuilles sont alternes, le cercle est moins parfait, les extrémités s'amincissent également, mais alternativement , et chacune du côté où doit paraître le rameau.
Lorsque les feuilles sont en spirale, le nombre des angles de l'étui médullaire est égal à celui des feuilles dont se composent les spira-
les. C'est ainsi que Félui médullaire du tilleul n'a que quatre angles ; celui du chêne, du châtaignier, de la ronce, du poirier, de presque tous les arbres fruitiers, etc., est à cinq angles plus ou moins réguliers, parce que les spirales se multiplient et se succèdent constamment de cinq en cinq.
Grew et Bonnet paraissent avoir été seuls sur la voie de ces observations. Le premier avait observé des formes très variées dans l'étui médullaire , surtout dans celui des racines pivotantes des plantes potagères ; mais il n'a point saisi les rapports de ces formes avec des dispositions des rameaux et des feuilles. Le second s'est attaché à distinguer les végétaux à feuilles opposées, verticillées, alternes, en spirales, mais n'a pas fait le rapprochement de ces dispositions avec la forme de l'étui médullaire.
Mirbel a continué ses recherches sur la structure des organes de la fructification dans les végétaux, où il a été secondé, avec un zèle et une intelligence qu'il se plaît à reconnaître, par Schubert , que le gouvernement du grand-duché de Varsovie a envoyé en France pour se perfectionner dans la botanique , qu'il doit bientôt enseigner en Pologne.
Ces deux botanistes ont examiné tous les genres de la famille des arbres à aiguilles ou conifères, l'une des plus importantes à connaître à cause de la singularité de son organisation, de la grandeur des espèces qu'elle renferme, et de l'utilité de ses produits. Il n'est personne qui ne distingue très bien, au premier coup d'œil, le cèdre, lcmélèze,lepin,lesapin, lethuya, le cyprès, l'if, legenévrier; mais, quoique les botanistes aient étudié avec une attention particulière les organes de la reproduction de ces végétaux , ils ne sont point d'accord sur les caractères de la fleur femelle, ou pour mieux dire la plupart conviennent que le stigmate du pin , du sapin , du cèdre et du mélèze, est encore à trouver. On pourrait donc dire que ces arbres sont, à cet égard, des espèces de cryptogames. Mirbel et Schubert vont plus loin : ils assurent que la fleur femelle de l'if, du genévrier, du thuya , du cyprès , etc. , n'est pas mieux connue, et que, sans exception , tous les genres de la famille des conifères ont un caractère commun, qui jusqu'à présent a trompé les observateurs, et qui consiste dans l'existence d'une cupule , non pas telle que celle de la fleur du chêne, qui ne couvre que la base de l'ovaire, mais beaucoup plus creuse, cachant entièrement l'ovaire, et resserrée en manière de goulot à son orifice. La fleur femelle, renfermée dans cette enveloppe, a échappé à l'observation. Dans le thuya, l'if, le genévrier, le cyprès, etc., la cupule est redressée j et, par une erreur qu'explique l'extrême petitesse des organes, on a pris de tout temps l'orilice de cette cupule pour le stigmate. Dans le cèdre, le mélèze, le pin et le sapin, la cupule est renversée, et son orifice est très (liflicile à apercevoir. C'est seulement dans ces dernières années qu'elle a été observée , en Angleterre par Salisbury , en France par
Poiteau , Mirbel et Schubert. Ces botanistes n'ont pas hésité à la considérer comme le stigmate; et cela était naturel, puisqu'on s'accordait à placer le sligmate de Tif, du thuya, du cyprès, etc., à l'orifice de la cupule. Mais des recherches ultérieures ont détrompé Mirbel et Schubert. Par le moyen d'une anatomie délicate, ils ont reconnu que ce que l'on prend généralement pour la fleur femelle dans les conifères n'est autre chose que la cupule, dont la forme imite assez bien celle d'un pistil, et qui recèle dans sa cayité la véritable fleur, laquelle est pourvue d un calice membraneux adhérent à l'ovaire , et d'un stigmate sessile dans tous les genres , excepté dans Vephedra,
On conçoit que cette structure, si différente de ce qu'on avait imaginé jusqu'ici, amène de grands changements dans 1 exposition des caractères de la famille et des genres.
Selon Mirbel , la fleur femelle des plantes de la famille du cycas a une organisation analogue à celle des conifères; ce qui viendrait à l'appui du sentiment de Richard, qui place ces deux familles l'une à côté de l'autre parmi les dicotylédons; mais Mirbel pense que, tant que les caractères de la végétation serviront de base aux deux gfrandes divisions des végétaux à fleurs visibles, les cycadées ne pourront être éloignées des palmiers.
L'organisation de lafleur mâle des mousses a été aussi le sujet des recherches de Mirbel et Schubert. Après Hedwig il eût été difficile de découvrir quelques faits neufs sur celle matière. Mais la rupture des anthères et l'émission du pollen étaient des phénomènes que plusieurs botanistes révoquaient en doute. Nos deux botanistes assurent qu'ils se sont offerts de la manière la moins équivoque à leurs regards. Les organes qu'Hedwig appelle mâles, dans lepolfflrichum commune, placés sur l'eau , se sont fendus en bec à leur sommet, et ont lancé une liqueur oléagineuse^ qui s'est étendue comme un léger nuage à la surface du liquide. Mirbel et Schubert ont alors soumis comparativement à l'observation le pollen d'un grand nombre de plantes phanérogames , et ils ont vu qu'il se comportait tout-à-fait de même que les parties mâles des mousses; ce qui les porte à croire que ces parties, désignées sous le nom d'anthères par Hedwig, pourraient bien n être que de simples grains de pollen nu, d'une forme particulière.
Mirbel en particulier a continué ses recherches sur la germination. Il remarque, contre l'opinion assez généralement répandue, que la radicule ne perce pas toujours la première. Par exemple dans beaucoup de cypéracées, c'est constamment la plumule qui parait d'abord.
Le même botaniste a reproduit sous un nouveau jour, et avec des modifications et des additions impoilantes^ ses opinions sur l'organisation des tiges, sur leur développement, et sur la structure , tant interne qu'externe , des organes de la fécondation des plantes.
Heari de Gassini, fils de Tun de nos confrères, et doat le aom est si célèbre en astronomie, a présenté à Tlnstitut un mémoire qui Fait bien augurer de ses succès dans une autre science. Il a examiné avec un soin particulier le style et le stigmate dans toute une famille de plantes bien connues sous les noms de composées, de syngénésies, on de synanthérées ; et des organes si peu considérables lui ont offert une foule de différences curieuses , qui lui ont suffi pour proposer une division de ces plantes, uniquement fondée sur les modifications de ces deux parties du pistil.
Nous regrettons de ne pouvoir suivre cet habile observateur dans les détails où il est entré, et qu'il a décrits et dessinés avec une netteté singulière ; on ne doute point qu'ils ne servent beaucoup un jour à perfectionner la classification de cette famille si nombreuse et si naturelle, etdontlasubdivision doit être en conséquence plus difficile qu'aucune autre.
Il est peu de familles de végétaux aussi directement utiles à Vhomme que celle des graminées , où l'on compte le blé , le seigle , le riz , le maïs, le sorgho, la canne à sucre, Torge, l'avoine, le mil ou millet, le roseau , le sparte , etc.
Nommercesplantesc'estassezfairesentirl'importance d'un ouvrage qui apprendrait à les connaître avec certitude.
Les caractères dont on s'est servi jusqu'à présent sont généralement regardés comme insuffisants. A chaque pas l'observateur se trouve arrêté; il lui est difficile, souvent même impossible, de trouver le véritable genre de la plante qu'il examine ; souvent aussi les caractères adoptés ne conviennent qu'à quelques espèces, et ne se retrouvent plus dans le reste du genre.
Palisot de Beauvois a entrepris sur cette famille un travail général, qu'il vient de publier sous le titre d'Essai d'Agrostographie. Il s'est attaché à écarter toute espèce de confusion, et à donner à chaque genre des signes constants et faciles à saisir, de manière que l'observateur ne puisse plus être é^aré.
Pour cet effet il a été obligé d'adopter de nouvelles bases, qu'il a déjà annoncées dans sa Flore d'Oware et de Benin^ et qui tiennent principalement à la séparation ou à la réunion des sexes, à la composition de la fleur et au nombre de ses enveloppes.
Vingt-cinq planches, dans lesquelles tous ces caractères sont représentés, facilitent l'étude de ces plantes, qui intéressent tous les ordres de la société , et les personnes même qui ne font pas leur occupation essentielle de la botanique.
De Beauvois continue sa Flore d'Oware et deBenin, dont la treizième livraison est publiée , et son Histoire des insectes recueillis en Afrique et en Amérique, dont la huitième livraison a paru.
De La Billardière a continué et terminé le Recueil^ de ses plantes rares de Syrie et du Liban, par les quatrième et cinquième livraisons.
Le même naturaliste a communiqué à rinstitut plusieurs observations particulières et intéressantes d'histoire naturelle, qu'il avait faites dans son voyage au Levant, dont la publication a été interrompue par le voyage plus long et plus dangereux qu'il a fait depuis avec d'Entrecasteaux, et dont le public a la relation depuis plusieurs années.
Gouan , correspondant de l'Institut à Montpellier, a publié une description des caractères génériques dix ffinko biloba, arbre singulier du Japon, que l'on possédait depuis long-temps en Europe, mais qui n*y ayant point encore fleuri n'avait pu être mis h, sa place dans le système des végétaux.
Il est une famille de plantes bien moins importantes que les graminées par ses usages , mais beaucoup plus singulière par ses caractères, et que l'on ne peut observer en vie qu'aux bords de la mer; c'est celle des fucus et des plantes marines qui leur sont analogues. Lamouroux, professeur d'histoire naturelle à Gaen, placé favorablement dans une ville si peu éloignée de la côte , en a fait l'un de ses principaux objets d'étude. Il leur donne le nom commun de thalasstophytes^ et les divise en plusieurs tribus , dont il a été obligé de prendre les caractères dans toutes les parties du végétal, faute d'en trouver assez dans les organes de la fructification , qui servent ordinairement de base à ces sortes de distributions , mais qui sont trop peu connus dans la plupart des fucus pour que l'on y ait uniquement recours.
C'est encore là un de ces travaux aussi pénibles qu'utiles que nous avons regret de ne pouvoir analyser dans un récit aussi sommaire que le nôtre ; qu'il nous suffise de nous joindre aux commissaires de l'Institut pour en demander la prompte publication.
Le phénomène si connu de la chute des feuilles en automne est encore le sujet de quelques discussions par rapport à ses causes, et donne encore lieu à diverses observations sur ses variétés. Ainsi Garnot, membre de la section de mécanique, mais dont l'esprit observateur ne néglige rien de ce qui lui parait pouvoir fournir des sujets de méditations , ayant remarqué que certains arbres commencent à se dépouiller par le haut de leur cime , et d'autres par le bas, Palisot de Bcau?ois, membre de la section de botanique, a recherché la raison de cette différence. Il a trouvé qu'en général les espèces où la pousse automnale consiste en de simples prolongations des extrémités des rameaux se dépouillent d'abord par le bas, et que celles où cette pousse se fait par de petits rameaux latéraux commencent à se dépouiller par le haut, ou, en d autres termes, que les feuilles venues les dernières sont aussi les dernières qui tombent. Duhamel, qui
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avait fait une remarque analogue , s'étonnait que ces feuilles, qui doivent être plus tendres, résistassent davantage à la gelée; c'est que ce n'est point essentiellement la gelée qui fait tomber les feuilles , mais que leur chute est un effet nécessaire et coordonné à toute la marche de la végétation, et que, soit par le développement du bourgeon, soit par une altération intérieure et préparée par la nature, le pétiolese détache quand le progrès de sa nutrition a amené le moment où doit se dissoudre le tissu qui lui servait de lien. Aussi quand un arbre, par une cause quelconque, vient à périr dans la saison de la végétation, ses feuilles conservent leur adhérence.
On sait que plusieurs fleurs s'ouvrent et se ferment à des heures déterminées, et que la chaleur et l'humidité ont une grande influence sur ce phénomène; Desvaux, botaniste à Paris, a fait à cet égard des observations sur les mësembrianthémum, plantes où ces mouvements alternatifs sont si remarquables qu'on en a tiré leur nom générique, et il a trouvé que la cause en réside, non pas dans la corolle, comme on le croyait, mais dans le calice, qui en se fermant force la corolle à obéir à ses contractions, au point que si on retranche le calice la corolle reste épanouie la nuit comme le jour,
Mirbel , notre confrère , nous a présenté cette année deux séries de recherches ; la première sur la graine et sur les membranes qui la revêtent; la seconde sur \e péricarpe, c'est-à-dire sur le réceptacle où la graine est logée. Il a d'abord examiné jusqu'à quel point l'on peut regarder comme exacte l'analogie établie par Malpighi entre les tuniques qui revêtent dans la matrice le fœtus des animaux , et celles qui enveloppent la graine des plantes. L'embryon composé de la plumule et de la radicule étant considéré comme un fœtus, Malpighi crut reconnaître dans le testa^ ou tunique extérieure, le représentant du chorton, et dans le tegmen, ou tunique intérieure, celui de Yamnios; le périsperme lui parut représenter la liqueur qui remplit l'amnios, et dans laquelle le fœtus nage. Mirbel trouve au contraire que, dans les premiers temps, la graine n'est qu'un tissu cellulaire mucilagineux et continu, dont une partie devient d'abord l'embryon, et dont le reste forme ensuite le périsperme et les tuniques séminales, sans qu'à aucune époque on puisse dire que l'embryon nage dans une Uqueur. L*état mucilagineux de ce tissu et sa transparence auront donné lieu , à ce qu'il croit, à la comparaison peu juste de Malpighi.
Mirbel passant à Texamen du péricarpe est parvenu à en ramener les formes à une loi générale , qui , déterminant ce qu'il y a d'essentiel dans cette partie du végétal , réduit presque à rien les anomalies qu'elles semblaient offrir dans certaines familles. Le type général de toute capsule péricarpienne lui a paru pouvoir se représenter par une petite boite aplatie par les côtés , et composée de deux valves dont Tunion forme deux bords ou deux sutures , une plus courte et l'autre plus droite; à cette dernière suture adhè-
rent les petites graines , soit du corps de la plante , soit du style ou de l'organe qui leur transmet l'action fécondante. Cette disposition est sensible dans les gousses des légumineuses , telles que les haricots, les pois, etc. On l'aperçoit encore fort bien dans les noyaux des amandes, des pèches, des cerises, etc., où l'un des côtés a toujours un sillon et quelquefois un canal qui indique le passade des vaisseaux. Mirbel donne le nom de camare à une telle capsule simple. Les plantes que nous venons de citer n'en ont qu'une par fleur. Quand il y en a plusieurs, leurs sutures séminiféres ou vasculaires Font toujours du côté de l'axe idéal du fruit , et si on se les représente soudées ensembles elles forment une seule boite péricarpienne divisée en plusieurs loges , et portant les graines le long de son axe central.
C'est ainsi que dans une même famille les camares sont tantôt distinctes, tantôt réunies selon les genres, comme on le voit dans les renonculacées , les rutacées ; c'est encore ainsi que certaines camares , soudées d'abord, se séparent à l'époque de la maturité, comme dans la rose trémière , l'euphorbe , le hura crépitons , etc.
Une fois ces idées admises l'on trouve que les péricarpes , très différents au premier coup d'œil, ne sont cependant que des modifications assez légères d'un dessein commun ; mais , comme il arrive aussi de là que des familles très éloignées ont des péricarpes très semblables, on ne peut tirer que rarement de cette partie des caractères propres à bien grouper les plantes.
Il n'en est pas ainsi de la structure intérieure des graines , qui diffère beaucoup d'un groupe à l'autre, et fort peu dans l'intérieur du même groupe ; et c'est en partie ce qui a décidé Mirbel à diviser la famille des orangers de Jussieu en quatre familles 3 savoir, les aurantiacées , déjà fort bien circonscrites par Corréa ; les olactnëesy qui comprennent YolaXy \e fisstfiay le heisteria et le ximenia; les théacées, où se placent le thé et le camélia; et les temstrcemiées , qui renferment le temstrœmia et le fresiera.
Dans la famille des olacinées n'est point compris le ximenia œgyptiaca, dont Delile a fait avec raison un nouveau genre sous le nom de-baianiies. Ce végétal , qu'on ne sait encore où classer, a présenté à Mirbel un caractère qui est peut-être unique dans toute la végétation. On confiait ce corps glanduleux qui est placé sous le pistil de beaucoup de fleurs , et auquel les botanistes ont donné le nom de disque ou de nectaire ; il existe dans le batanite sous la forme d'une bourse à jetons ] le pistil y est d'abord renfermé tout entier et ne parait point; mais en grossissant il écarte les bords de la bourse, et se montre au jour.
Henri de Cassini , dont nous avons annoncé l'année dernière une suite considérable d'observations sur le style et le stigmate de la grande famille des plantes connues sous les noms de composées , de syngénésécs et do synanthérécs ^ pénétré du principe développé
par les naturalistes philosophes , qu'une classification, pour donner des idées justes des êtres , doit reposer sur l'ensenihle de leurs caractères , a porté cette année ses recherches sur les étamines de la même famille , où il a découvert plusieurs particularités ignorées des botanistes. Aucun d'eux, par exemple, n'avait remarqué 1 articulation qui partage le filet dans le voisinage de l'anthère , caractère 3ue de Cassini a trouvé beaucoup plus constant que celui de l'union es anthères entre elles. Il nous promet incessamment ses observations sur la corolle , l'ovaire , le péricarpe et la graine ; et , comme on ne peut douter qu'il n'ait mis à ses recherches la même attention qu'à celles qu'il a déjà communiquées , nulle famille de plantes ne sera aussi bien connue. La botanique aura tout à attendre d'un aussi habile observateur , lorsqu'après avoir ainsi étudié une famille si naturelle , que l'on peut presque la regarder comme un grand genre , il exercera sa sagacité sur ces familles équivoques dont les caractères variés rendent les limites incertaines.
La physiologie végétale , comme toutes les autres sciences , offre de ces questions difficiles dont la nature ne fournit pas de solution évidente , et qui feront encore long-temps l'objet des discussions des savants.
Telle est entre autres celle de l'existence des sexes dans les plantes connues sous le nom de cryptogames. Bien des botanistes , rebutés par la difficulté d'en découvrir les organes , en sont venus à penser
aue ces végétaux pourraient se passer de sexes , et se propager par es bulbes ou par de simples bourgeons , aussi bien que certains animaux, tels que les polypes, où la reproduction se fait incontestablement ainsi. D'autres au contraire, frappés de la complication de l'appareil de reproduction dans les fougères , dans les mousses, etc., ne peuvent croire qu'un genre de propagation aussi simple que celui des bourgeons ait pu rendre^ nécessaires des organes si multipliés et si variés. Ils cherchent donc à retrouver les étamines, le pollen , le pistil, les graines , les embryons, et tous ces agents de fécondation si reconuaissables dans les plantes ordinaires; mais , comme l'analogie de forme les abandonne , quoiqu'ils se réunissent sur le principe, ils divergent dans les applications : ce que les uns prennent pour le pollen , d'autres le regardent comme la semence, ou réciproquement; de sorte que ces sexualistes , comme ils se nomment , n*ont guère moins de contestations entre eux qu'avec leurs adversaires communs ou les agamistes.
Nous avons déjà rendu compte dans nos rapports précédents de plusieurs de ces discussions. Cette année en a vu renaître une partie à propos d'un grand travail de Desvaux sur la famille des fycopodes. On sait que ces plantes, récemment séparées des autres mousses par les botanistes , portent dans de petites capsules une poussière jaunâtre fort combustible , qui est bien connue sous le nom de poudre de lycopode , et dont on fait plusieurs usages. Su
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ressemblance avec les anthères l'a fait considérer par de Beauvois comme un Téritable pollen. Cependant, selon quelques observateurs , elle ne crève pas dans l'eau comme le pollen ; et , de l'aveu de tous f quand on la répand sur la terre , elle lève , et donne des Ivcopodes. Mais la première propriété n'est pas d'une nature essentielle, et de Beauvois attribue la seconde à de petits globules qu'il a distingués parmi cette poussière , et qu'il regarde comme de petits bulbes ou bourgeons ; en sorte que , selon lui , ce ne serait pas la poussière jaune qui lèverait , mais quelques uns de ces bourgeons que l'on n'aurait pu en séparer. Quant aux véritables semences que le pollen serait destiné à féconder, de Beauvois les trouve dans d'autres capsules placées tantôt entre, tantôt au-dessous des premières , et ne contenant que des petits grains ronds , transparents , et plus gros que ceux de la poudre jaune. Mais ces capsules particulières ne se sont encore trouvées que dans un tiers environ des espèces de lycopodes , et on les a vainement cherchées dans les autres.
Des vaux , à-peu-près d'accord sur les faits avec de Beauvois , eu conteste les conséquences : il ne voit dans la poussière jaune que des bulbes ou bourgeons , ou , comme il les appelle , des propaffu/es, lesquelles n'ont pas besoin de fécondation pour germer. Les autres grains observés par de Beauvois ne sont probablement, dit-il, à en juger par leur petit nombre, leur transparence et leur figure variée et irrégulière , que des propagules avortées.
De Beauvois répond en faisant voir que toutes les définitions que les plus savants botanistes ont données de la graine sont applicables à ces globules ; et partant du principe que l'existence d'une graine suppose celle du sexe féminin , et que l'existence d'un sexe suppose celle de l'autre , il se maintient dans ses premières idées.
Son adversaire réplique qu'une définition nominale formée d'après les idées reçues ne peut décider un procès où ces idées mêmes sont mises en contestation , et que les caractères visibles de structure , reconnus dans toutes les graines , sont loin de pouvoir être vérifiés ici , à cause de la petitesse de l'objet.
On voit que la discussion commence à devenir métaphysique. Le seul moyen de la juger aux yeux des physiologistes difficiles serait d'opérer la fécondation de ce qu'on regarde comme des pistils , par le moyen de ce qu'on regarde comme du pollen ; mais qui pourrait se flatter de faire sur des organes si déliés l'expérience qui a si bien démontré l'existence des sexes dans les plantes ordinaires?
Desvaux a donné d'ailleurs une distribution méthodique de tous les lycopodes connus , en ajoutant quelques subdivisions à celles qu'avait établies de Beauvois dans un travail précédent sur la même ramille , et en prenant pour bases principales l'existence des deux sortes de capsules et la division des capsules en loges plus ou moins nombreuses.
Decandolle , correspondant de Tlnstitut et professeur à Montpellier, a fait connattre des champignons parasites d'un nouveau genre, qu'il nomme rhizoctones, ou mori des racines , parce qu'ils s'attachent aux racines des plantes , et les font périr assez rapidement. Persoon avait réuni sous le nom de sclerotium les fongosités charnues à l'intérieur comme des truffes, mais dépourvues de ces veines qui donnent à la chair des truffes une apparence marhrée. Hedwig en avait séparé les érysîphes , qui vivent à la surface des feuilles ; mais on pouvait encore observer dans ceux qui restaient des caractères suffisants pour en faire deux genres : les uns , qui ne sont pas essentiellement parasites , et naissent dans les fumiers et les plantes décomposées , n'ont à leur surface ni fibres ni racines ; les autres , et ce sont les rhizoclones , émettent des filaments simples ou branchus , vivent sur les racines des plantes vivantes , les attaquent par l'extérieur , et les épuisent en absorbant leur nourriture. Ils se multiplient avec rapidité au moyen de ces filaments (jui les propagent d'une plante à l'autre, et causent ainsi des maladies contagieuses dont plusieurs de nos cultures ont beaucoup à souffrir. On n'en connaissait bien qu'une espèce , qui produit la maladie trop fameuse en Gâtinois , sous le nom de mori du safran. Une autre, que Decandolle décrit pour la première fois, exerce ses ravages sur la luzerne, dont ses filets , d'une belle couleur de laque, embrassent étroitement les racines : les pieds attaqués se fanent, jaunissent , et meurent prompteraent ; et , comme le champignon se propage en rayonnant , l'on voit bientôt dans les champs de luzerne des espace^ circulaires assez larges ainsi décolorés. L'auteur conseille de creuser tout autour des endroits infectés des fossés assez profonds pour que les filaments cramoisis ne puissent aller plus loin , en observant de rejeter la terre du fossé en dedans du cercle, afin de ne pas étendre le mal en voulant le guérir.
L'une des plus grandes difficultés de la botanique consiste i bien fixer les limites des espèces , et à ne point regarder comme telles les variétés produites par le sol et le climat ; et le principal moyen d'éviter ce genre d'erreurs est de ne point admettre parmi les caractères des espèces les particularités d'organisation dont on a constaté par le fait la mutabilité. Desvaux ayant appliqué cette méthode aux rosiers , et s'étant aperçu que plusieurs de leurs prétendues espèces ne diffèrent entre elles que par des caractères qui varient souvent sur le même individu , est parvenu à réduire de beaucoup les espèces nominales de ce genre. Il a fait voir, par exemple, que la rose sauvage la plus commune ( rosa canina ) offre jusqu'à vinçtune variétés , dont les différences pourraient être exprimées par des descriptions, mais qui passent insensiblement les unes dans les autres , et que treize de ces variétés ont été indûment élevées au rang d'espèces par certains auteurs : six autres prétendues espèces sont également déchues de ce rang, et ramenées à la rose des Alpes;
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cinq à la rose des haies , etc. La même sévérité portée dans toute rhistoire nalorelle la simplifierait et leclaircirait beaucoup ; mais il faudrait pour cela que les naturalistes s'exerçassent aux recherches critiques, et renonçassent au vain honneur d'augmenter sans cesse la liste des espèces connues. Dans l'état actuel de la science il y aurait certainement plus de peine , plus d'utilité , et plus de gloire, i diminuer cette liste.
Delile , membre de l'Institut d'Egypte , a lu i l'Institut une histoire bien intéressante des plantes cultivées et sauvages de ce pays fameux. Il la destine à faire partie du grand ouvrage sur l'Egypte , auquel tant de talents ont concouru , et qui se publie avec une magnificence proportionnée à la grandeur d'une entreprise dont il sera le monument le plus durable. L'auteur distingue les plantes propres à l'Egypte de celles qu'y apportent les inondations du Nil et les vents du désert , et de celles qui lui sont communes avec des pays voisins ou éloignés; il fixe les limites assignées à chaque espèce dans cette longue et étroite vallée , par les latitudes, par la qualité plus ou moins saline, plus ou moins sablonneuse du sol; il fait connaître les variations produites par chaque sol sur les plantes qui croissent dans plusieurs , et il expose avec soin les espèces cultivées et les attentions que chacune exige en raison de la constitution toute particulière A cette contrée peut-être unique dans son genre sur le globe.
Nous regrettons beaucoup qu'un ouvrage essentiellement composé de détails ne se prête pomt à une analyse aussi abrégée que l'exigent les bornes qui nous sont prescrites.
Decandolle a publié une Théorie ëlémenkiire de la botanique , où il explique toutes les variétés de forme et de combinaisons des org^anes^ ainsi que les termes qui les expriment , où il établit les règ-les de toute nomenclature raisonnable, et où il donne une théorie générale des méthodes de distribution , et particulièrement de celle que l'on nomme naturelle , parce qu'elle est fondée sur les rapports essentiels des végétaux entre eux. Il entre à ce sujet dans plusieurs considérations qui lui sont propres, sur la valeur de ces rapports et sur les organes et les conformations d'organes où ils doivent être puisés; il propose des vues nouvelles sur les dififérences en apparence très considérables entre certains végétaux , et qui ne tiennent cependant qu'à Tavorlement ou à la soudure de quelques uns de leurs organes. Partant des espèces où cet avortement et celle soudure sont manifestes pour les moins clairvoyants, il conduit habilement à d'autres espèces où l'on peut encore les apercevoir , quoique moins aisément , et il n'a qu'un pas à foire pour arriver à des avortements ou a des soudures que l'analogie indique lorsque la vue ne peut plus le saisir, et dont l'admission ressemblée ce% hypothèses auxquelles les physiciens sont obligés de recourir, quand les faits les abandonnent , pour ne point laisser de lacunes dans
rcnscmble de leurs déTeloppements. C'est un moyen qui pourrait être dangereux en des mains moins adroites (|ue celles de DecandoUe, mais dont il a fait en général un emploi aussi modéré qu'ingénieux ; son ouvrage ne peut que rendre de grands services en introduisant de plus en plus l'esprit philosophique dans une partie de l'histoire naturelle trop livrée à la routine, et qui , malgré tous les progrès que lui ont récemment fait faire les grands maîtres , compte encore parmi ceux qui la cultivent un trop grand nombre d'imitateurs serviles.
Picot de La Peyrouse, professeur à Toulouse, a publié une Histoire abrégée des Plantes des Pyrénées y en un vol. in-8^. Cet ouvrage , qui manquait à la botanique , est principalement dû aux nombreux voyages faits par l'auteur dans cette chaîne intéressante , et comprend les descriptions abrégées de toutes les espèces qui y ont été observées soit par lui , soit par ses prédécesseurs , rangées selon le système de Linnœus , avec l'indication des lieux où elles croissent, et les meilleures figures que l'on en possède. C'est un complément important à la Flore française , et un guide utile pour ceux qui voudront visiter ces montagnes.
De Humboldt , dans un mémoire sur la végétation des îles Canaries, s'est élevé à des considérations générales sur la géographie des plantes \ et en combinant les résultats de l'observation avec la double influence que la latitude et la hauteur dans l'atmosphère exercent sur la température , il a fixé, pour un certain nombre de points , les limites des neiges perpétuelles , la température moyenne de l'air à cette limite, prise pendant toute l'année , ainsi que la température particulière des mois d*hiver et des mois d'été ; et il a montré que l'on peut déduire de ces différentes données la distance habituelle entre cette limite et celle des hauteurs où se portent les arbres et les céréales; et même que les variétés en apparence bizarres , que les mêmes espèces d'arbres présentent en différents climats , peuvent s'expliquer quand on joint à ces données la considération des époques de l'année où chaque arbre prend son développement.
On savait depuis long-temps que le nombre des stigmates n'est pas constant dans la famille des cypacérées ; et l'on ne croyait pas même que ces variations fussent assez importantes pour servir de base à des distinctions de genres.
Schkuhr , botaniste allemand, remarqua le premier que, dans le genre des carcx ou laiches, il existe des espèces à deux et à trois s(igmatos , et que le nombre de ces organes est toujours le même que celui des angles du fruit.
Notre confrère , Palisot de Beauvois , vient de généraliser celte observation à toutes les plantes de la famille; il en a surtout remarqué quelques unes qui ont quatre stigmates , et où le fruit est manifestement quadrangulaire , au moins dans quelqu'une de ses parties; tels sont particulièrement le schcBtius martscus, le gahnia psittacorum de La Billardière, et un nouveau genre très remarquable , rapporté du Cap par du Petit-Tbouars , et que de Beauvois nomme tetraria, à cause de la répétition du nombre quartenaire dans les diverses parties de sa fleur.
De Beauvois conclut de ses observations que le nombre des stigmates a une importance plus que suffisante pour fournir des caractères génériques, qui seront d'autant plus avantageux que quelques genres de cypéracées sont très nombreux eu espèces , et d'une élude fort difficile.
De Beauvois a fait aussi de nouvelles observations qu'il juge devoir confirmer de plus en plus l'opinion qu'il a depuis long-temps conçue et soutenue , sur la fructification des mousses ; savoir , que la poussière verte qui remplit les urnes, et qu'Hedwig regarde comme la semence , n'est autre cbose que le pollen , et que la véritable semence est contenue dans ce que les botanistes appellent la columelle de l'urne.
De Beauvois a en effet remarqué que la poussière verte n'est d'abord, comme le pollen, qu'une masse compacte , informe, qui prend successivement de la consistance , et finit par se diviser en poussière , dont les grains sont liés par de petits filaments , et formés chacun de deux ou trois petites loges pleines d'une humeur comparable h Vaura seminaiis du pollen ordinaire , et entremêlés d'autres grains plus petits , opaques et ovoïdes. Celte division successive a lieu également pour la poussière contenue dans les corps réni formes des lycopodes , et dans l'intérieur des champignons appelés lycoperdons ou vesses de loup. Le petit corps central , regardé jusqu'à présent comme une columelle qui varie de forme d'un genre à l'autre, mais conserve à-peu-près la même forme dans le même genre, et auquel dans aucun cas la poussière verte n'est attachée , se termine par un appendice qui se prolonge dans Topercule de l'urne , et qui tombe avec cette opercule ; en sorte qu'alors la prétendue columelle est ouverte , sans doute pour faciliter la sortie des petits grains que de Beauvois y a observés , et qu'il considère comme des semences.
Ce savant botaniste a observé enfin que dans les polytrics et dans d'autres mousses les petits filaments qu'Hedwig regarde comme des anthères sont encore dans leur intégrité à une époque où la poussière de l'urne a acquis son plein développement. Or le contraire devrait avoir lieu si ces filaments étaient des organes mâles ; ils devraient avoir rempli leur rôle , et être vidés avant que la poussière verte, qui serait la semence, eût atteint toute sa maturité^
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d'où de Bcauvois conclut que les filamenls en question seraient plutôt des organes femelles. Les mousses seraient alors ce quoii appelle polygames ; car de Beauvois montre d'ailleurs que ces petits grains opaques, qu'il a vus dans la columelle, ont aussi été vus et même représentés par Hedwig, au moins dans le bryum siriatum; ainsi les urnes des mousses sont incontestablement , selon de Beauvois , des fleurs hermaphrodites.
Du Petit-Thouars a fait connaître à l'Institut quelques observations intéressantes de physique végétale. Il y en a une entre autres [ui montre assez bien la liaison des feuilles avec la couche ligneuse e la même année. Quand une feuille tombe on voit à la base de son pédicule un nombre de points variable selon la forme de la feuille et le nombre de folioles qui la composent. Ce sont les coupes d'autant de fdets qui sont les vaisseaux, ou plutôt les faisceaux des fibres de la feuille : si on observe sur l'écorce la cicatrice d'où la feuille s'est détachée, les mêmes points s'y montrent, et l'on peut suivre les filets jusque dans l'intérieur du bois; mais si Von fait la même observation au printemps sur une feuille nouvellement développée, les filets ne vont que jusqu'à la surface du bois. Ce n'est qu'après deux ou trois mois qu'une nouvelle couche de bois venant à se former les enchâsse dans son épaisseur.
Le même botaniste a fait des remarques curieuses sur le rapport du nombre des étamines avec celui des autres parties de la fleur, et a trouvé que dans plusieurs genres, comme les polygonum^ les rheum, etc., où ce rapport semblait fort irrégulier et fort inconstant , le nombre des étamines est égal à la somme des divisions du calice et des pistils pris ensemble. C'est un fait singulier, dont la liaison avec la structure générale de la fleur n'est pas aisée à apercevoir.
Desvaux a présenté un mémoire sur une famille de plantes à fructification, cachée , connue sous le nom à' algues ^ et qui comprend entre autres toutes les plantes marines, appelées fucus ^ varecs ou goémons. II a proposé d'y établir plusieurs nouveaux genres , et a fait des expériences pour s'assurer si les filets par lesquels les fucns adhèrent aux roches et au fond de la mer sont ou non de véritables racines. Pour cet effet, après en avoir détaché quelques pieds de leurs adhérences naturelles , il les a fixés sur des pierres par des cordes ou d'autres moyens artificiels , et les a replongés dans la mer ; les ayant visités quelque temps après, il y a constaté un accroissenient très sensible. On savait d'ailleurs depuis long-temps que plusieurs espèces, telles que le fuctts notons y vivent et croissent très bien sans être aucunement attachées.
Lamouroux , professeur à Caen , a adressé successivement à l'Institut plusieurs mémoires sur les mêmes plantes , que le voisinage où il est de la mer le met plus que personne à portée d'obsei-ver, et auxquelles il donne le nom commun de thaiassiophyies. Après
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avoir indiqué toutes les divisions dont elles sont susceptibles, il les a considérées sous le rapport de leurs usages pour la nourriture de rhomme et des animaux , pour l'économie rurale et domestique , et pour les arts nécessaires ou d agrément. On est étonné d'apprendre combien de partis utiles ou agréables les diverses nations tirent de végétauK si peu remarqués : les uns se mangent immédiatement , ou donnent une gelée sapide et nourrissante; d'autres sont une ressource importante pour les bestiaux dans les climats glacés du nord; tous peuvent donner de la soude ou des engrais , et ce sont là leurs emplois d'une véritable importance. Quelques uns fournissent du sucre, d'autres des teintures. Il y en a dont on fait des nattes, des vases i boire, et jusqu'à des instruments de musique. Celui qu'on appelle mousse de Corse est un remède précieux , etc.
Auguste de Saint -Hilaire, dont nous avons déjà cité plusieurs travaux considérables sur la botanique , en a fait un cette année sur plusieurs familles de plantes où le placenta , c'est-à-dire la partie du fruit à laquelle adhèrent les graines, est simple et placé au milieu de ce n'uit comme une colonne ou comme un axe.
Lorsque le sommet de cette colonne est libre , la voie par où les influences du pollen sont transmises du pistil aux semences paratt devoir être assez compliquée, et se faire par des vaisseaux qui rampent le long des parois mêmes du fruit pour pénétrer dans le placenta par sa base, et se rendre aux semences côte à côte des vaisseaux nourriciers. Telle est en effet la marche de ces vaisseaux dans les amaraniacées , selon A. de Saint-Hilaire ; mais cet observateur a remarqué que , dans la plupart des plantes de la catégorie qu'il étudie, et nommément à&ns les primulacéesy les portulacées , les c€tryophy liées ^ la fécondation s'opère par une voie plus directe, et qu'il y existe pour cela, dans les premiers moments, des vaisseaux très tenus, allant de la base du style au sommet du placenta. Ces filets se détruisent après la fécondation , et c'est alors seulement que le sommet du placenta devient libre.
A. de Saint-Hilaire adopte aussi, comme constante, l'existence d'un point ou d'un pore différent de l'ombilic , par lequel les vais* seaux fécondants arrivent à la graine, et auquel Turpin, comme nous l'avons dit dans un de nos précédents rapports , a donné le nom de microptte,
La partie purement botanique du mémoire d'A. de Saint-Hilaire offre beaucoup d'observations de détails, malheureusement peu susceptibles d'analyse , sur les caractères particuliers de certames plantes, des familles qu'il a examinées, dont les unes lui paraissent devoir servir de types à de nouveaux genres, et les autres devoir passer dans des familles différentes de celles où des observations mcoraplètes les avaient fait placer jusqu'à présent.
Le pisang bananier, ou figfuier d'Adam , est une plante herbacée , de la nauteur d'un arbre , très remarquable par l énorme étendue
de ses feuilles, et célèbre par rutilité de ses fruits, qui fournissent aux habitants de la zone torride l'un des principaux articles de leur nourriture. La culture en a multiplié les variétés, au point qu'il y en a peut-être autant de sortes que nous en possédons de poires ou de pommes, et qu'il est assez difficile de distinguer, parmi elles, les espèces primitives qui pourraient s'y trouver; aussi les botanistes diifèrent-ils beaucoup dans leurs énumérations des espèces, et daas les caractères qu'ils leur assignent.
Desvaux , qui a recueilli tout ce que les observateurs disent des divers bananiers , des différences de leurs fruits et de leurs usages , a cru pouvoir compter quarante-quatre variétés dans l'espèce commune, ou musa paradistaca de Linnaeus, et trois espèces distinctes de celle-là : savoir, le musa sapientum de Linnasus , le musa cocctnea, aujourd'hui assez répandu dans nos serres, eii'ensetéy décrit par Bruce dans son Voyage aux sources du Nil.
Un arbre dont le fruit a éprouvé encore plus de modifications de la part de la culture que celui du bananier, c'est le figuier. Le marquis de Suffren , qui habite la Provence, cette contrée si anciennement célèbre par l'excellence de ses figues, s'étant aperçu que les cultivateurs et les propriétaires sont fort éloignés de connaître exactemebt toutes les bonnes variétés qui peuvent convenir à chaque sol et à chaque exposition , et qu'ils ne tirent point de cet arbre précieux tout le parti qu'il offre à la province , a entrepris d'examiner et de décrire avec attention les diverses figues cultivées sur les côtes de la Méditerranée, depuis Gênes jusqu'à Perpignan. II a déjà recueilli les figures coloriées , les descriptions exactes et la concorfiance de la nomenclature de cent soixante-douze variétés , et sa revue générale n'est pas encore terminée , car il n'a pas épuisé la Provence, et il n'a point encore visité le littoral du Languedoc.
La partie de ce travail qui a été communiqué à l'Institut annonce un ouvrage qui deviendra fort utile à nos départements méridionaux, surtout si l'auteur y ajoute les détails convenables sur les feuilles et les bourgeons, et s'il perfectionne ses caractères par des rapprochements et des comparaisons immédiates.
Thiébaut de Berneaux, qui se propose de donner une traduction en français des œuvres de Théophraste, et qui , pour reconnaître plus sûrement les végétaux dont ce célèbre successeur d'Artstote a parlé , a entrepris et en partie exécuté des voyages dans la contrée où ces végétaux croissent, a présenté à l'Institut quelques uns des résultats qu'il a déjà obtenus non seulement sur les espèces indiquées par Théophraste , mais encore sur celles dont il est question dans les autres auteurs grecs et latins.
Ainsi le chxira , que les soldats de César découvrirent si heureusement sous les murs de Dyrrachium , et dont la racine les préserva de la famine, méritait bien d'être retrouvé. On donne aujourd'hui ce nom à une petite herbe aquatique , qui certainement ne peut
nouiTir per$oime; et il y a sur le chara de César presque autant cropinioas qu*îl y a de botanistes qui s'en sont occupés.
De Berneaux, après avoir examiné et éliminé successivement toutes ces opinions , en élève une dont Clusius seulement avait eu quelque soupçon : il montre que le chara devait se rapprocher des choux , et pense que c'était la plante connue aujourd'hui sous le nom de cratnbe tataria. En effet cette plante croit abondamment dans les environs de Dyrrachium, et dans toute la Hongrie et la Turquie; elle a des racines très longues et très grosses , fermes , et de bon goût, que Ton mange crues ou cuites dans tous les pays dont nous venons de parler, et qui y rendent encore de grands services dans les temps de disette.
Plusieurs Latins désignent sous le nom à'uha différentes plantes de marais ; mais ils en indiquent spécialement sous ce nom une qui donnait, disent-ils , un fourrage excellent pour les moutons. Gomme il n'y a guère parmi les plantes aquatiques que l'herbe à la manne (fesiuca fiuitans) qui soit recherchée par les bètes à laine , et comme ce gramen couvre une grande partie des marais d'Italie , de Berneaux croit y retrouver cette espèce particulière à'ulva ; il montre que tous les passages où il en est question , se rapportent très bien au festucoy et il fait voir que c'est précisément aussi ce gramen que Théophraste et les Grecs ont désigné par le nom de typha.
Les anciens vantent beaucoup les propriétés utiles du cytise, mais ils ne le décrivent que très imparfaitement, et Les modernes ont beaucoup varié sur la plante qui doit porter ce nom. Quelques uns ont pensé que c'est la luzerne en arbre {medicago arborea, L. ). De Berneaux , qui a fait à ce sujet de très longues recherches, croik que c'est plutôt notre faux ébénier {cytisus labumum, L.). Mais comme Pline parle clairement de ce dernier arbre sous le nom de iabumum , et qu'il le regarde conune différent du cytise ; comme d'un autre côté quelques traits de la description que Dioscoride donne du cytise ne lui conviennent point entièrement , il a paru que l'opinion de de Berneaux à ce sujet souffrait encore quelques difficultés. Ce qui en mettra toujours beaucoup dans les discussions de ce genre c'est que ni Pline ni la plupart des naturalistes anciens n'avaient assez de critique pour que , dans les compilations qu'ils nous ont laissées , ils ne parlassent pas quelquefois , sans s'en apercevoir, de la même plante sous des noms différents, ou de plantes différentes sous le même nom.
De La Billardière , qui a déjà publié un ouvrage si intéressant sur les plantes qu'il a recueillies à la Nouvelle-Hollande, lorsqu'il faisait partie rtc l'expédition de feu d'EnlrccasIeaux , a commencé à entre-
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tenir TAcadémie de celles que lui a fournies dans ce même voyage la Nouvelle-Calédonie. Cette ile escarpée, inculte, habitée par de malheureux anthropophag;es , produit un grand nombre de beaux végétaux. De La Billardière y a trouvé en peu de jours vingt-neuf espèces de fougères , dont douze sont entièrement nouvelles pour les botanistes , et n'ont point été trouvées ailleurs ; le reste croit aussi dans d'autres lies de la mer du Sud , et de La Billardière en donne la liste pour servir à la géographie botanique. Il range ces fougères d'après la méthode de Smith , en y faisant quelques corrections. Les figures très exactes dont ses descriptions sont accompagnées donneront aux botanistes une idée complète de ces importants accroissements de leur science.
Chacun connaît au moins de vue la lentille d*eau que les botanistes appellent ietnna , ce végétal mobile et nageant qui couvre de ses tapis verts les eaux dormantes dans presque tous les pays ; mais ce que l'on n'a point examiné d'assez près ce sont les fleurs et les fruits de cette petite et singulière plante.
Palisot de Beauvois a été le premier botaniste assez heureux pour en recueillir des graines mûres , et pour les faire germer. Il a suivi dans tous leurs développements les lemnas ainsi obtenus, et en a complété l'histoire que Micheli , Ehrhardt et Wolf n'avaient fait qu'ébaucher.
Il résulte des observations de Palisot de Beauvois que la fleur des lemnas est hermaphrodite , à enveloppe d'une seule pièce , à deux étamines qui se développent successivement, à style unique, à ovaire siipère devenant une capsule uniloculaire , se déchirant circulairement à sa base, et contenant d'une à quatre semences, lesquelles germent à la manière des monocotylédones , mais avec des circonstances fort particulières, dont la plus remarquable est que les parties que Ton peut regarder comme la radicule et la plumulc se détachent de la première feuille qu'elles ont produite, et la laissent pousser à elle seule des racines et d'autres feuilles.
Une autre sorte d'êtres organisés , qui couvrent et remplissent souvent les eaux dormantes , ce sont les couferves ou ces amas de filaments verts semblables quelquefois à une sorte de feutre , et que certains naturalistes ont voulu revendiquer pour le règne animal. Leur propagation est assez diverse, et il s'en trouve dans le nombre dont les filaments d'abord tout d'une venue se renflent d'espace en espace , et produisent ainsi des nœuds d'où paraissent naître des filaments nouveaux; ce qui a fait donner à ces espèces le nom de proliferes par Vaucher; mais ce botaniste avertit qu'il ne faut pas confondre avec ces filets, naissant de la plante même, certaines conferves parasites qui viennent s'attacher sur d'autres conferves, et qui présentent le même aspect.
Leclerc de Laval, membre de la chambre des députés, et observateur très assidu , a présenté à TAcadémie un mémoire d'après
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lequel il paraîtrait qu'il ify a point d'autres filets accessoires que de ces parasites, et que la propagation des conferves, mal-à-propos nommées prolifères , se fait, comme celle des conferres dites conjuguées, par la concenlralion de la matière yerte contenue dans chaque lutervalle de deux cloisons , en un globule isolé qui sort de la plante à une certaine époque, et va se fixer au premier corps qu'il rencontre en tombant , et , après avoir jeté autour de lui (quelques filels comme pour s'attacher, se développe en une longue série de cloisons.
L'auteur voudrait donner à ce genre le nom d'autarcite , au lieu «le celui de prolifère, qui, d'après son observation, deviendrait impropre ; mais comme Desvaux , d'après d'autres considérations . l'avait appelé cyrtinus dans un mémoire présenté il y a plus d'un an, l'on a jugé qu'il n'était pas nécessaire d'introduire encore un nouveau changement de dénomination.
Henri de Gassini avait présenté à FAcadémie, en 1812, un mé* moire sur le style et le stigmate des synanlhérées ou de ce qu'on appelle communément plantes à fleurs composées , et un autre sur leurs étamines. Vers la fin de 1814 il en a présenté un troisième dont nous n'avons pu rendre compte dans notre dernière analyse, parce que le rapport n'en avait pas été fait , et qui a pour objet la corolle de cette même famille de plantes.
Dans ce dernier mémoire l'auteur établit que toute corolle de synanlhérée qui n'est point accompagnée des étamines est monstrueuse ou défigurée, au point de ne pouvoir offrir aucun caractère pour la définition de sa famille ni de ses tribus. Il en résulte que les demi-fleurons des semi-flosculeuses et ceux des radiées n'ont qu'une analogie apparente , et qui ne suppi^ te pas un sévère examen .
11 assigne à la corolle des synanthérées trois caractères principaux , dont lu ri est extrêmement remarquable : c'est ([ue chacun des cinq pétales dont il suppose la corolle composée est muni de deux nervures très simples qui le bordent d'un bout à l'autre des deux côtés , et confluent par conséquent au sommet ; et il attache à ce caractère une telle importance qu'il propose de désigner la famille par le nom de névramphipétales. Robert Brown a décrit cette structure dans un livre anglais publié à Londres en 1814 : mais Gassini l'avait indiquée avant lui en termes non équivoques dans le second des mémoires que nous venons de rappeler.
Combinant ses observations sur la corolle, avec celles qu'il a faites précédemment sur le style et le stigmate et sur les étamines, l'auteur divise la famille des synanthérées en dix sept tribus naturelles , qui sont les lactucëea , les labiatifiores y qu'il n'admet qu'aveo doute , les carduacëeê, les carlinëes, les xéranthétnées ^ les échtnopsidées , les arctotidéesy les calendulacées , les héltanthées, les ambrasiacées y les anlhémtdée9 y les inuléeSy les aslérëes ^ les sënëcionées, les tussilaginées y les eupatorices ^ les vemoniées; et il dispose ces dix-sepl
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tribus non en ligne droite, mais en série circulaire qui rapproche les vernoniées des lactucées.
Un résultat inattendu et très curieux de cet intéressant mémoire c'est que sur l'inspection d'un seul fleuron on peut , dans presque tous les cas, déterminer à quelle tribu, à quel genre appartient l'espèce qui l'a produit.
Il est à souhaiter que Henri de Gassini ne tarde pas à pubh'er ses recherches sur l'ovaire des synanthérées : ce sera le complément du travail le plus profond et le plus original auquel cette grande famille ait jamais donné lieu.
Picot de La Peyrouse , professeur de botanique et correspondant de l'Institut à Toulouse, a donné un mémoire sur quatre plantes des Pyrénées qui appartiennent au genre orobus, lun de ceux de la famille des papilionacées. La première de ces espèces avait été recueillie par Tournefort, et nommée par lui orobus pyrenatcus lattfolius nemosus : elle n'a pu être retrouvée vivante, et on ne la connaît que par les herbiers de Tournefort et des botanistes de son temps. La seconde, gravée sous le même nom dans Plukenet , mais très différente , a toujours été confondue avec celle de Tournefort : elle est réellement assez commune dans les Pyrénées. Après avoir nettement distingué ces deux espèces par des descriptions comparatives, de La Peyrouse en décrit deux autres toutes nouvelles qu'il a trouvées dans les mêmes montagnes.
Desvaux a cherché à subdiviser les genres de plantes connus sous les noms de cerasHum et A'arenaria^ qui commencent à devenir nombreux en espèces. C'est principalement dans le plus ou moins de profondeur des divisilks de la capsule, dans le plus ou moins de dilatation des bases des filets, et dans quelques autres circonstances analogues , qu'il croit avoir trouvé des caractères suffisants pour fonder les dispositions qu'il propose.
Un travail plus général du même botaniste a eu pour objet la grande classe des plantes à /2ipt«r« en croix , ou crucifères , si remarquables par l'uniformité de leur structure et par les services que nous rendent un grand nombre de leurs espèces. Dans la seule division des crucifères à silique courte , ou siliculeuses , il a déjà établi jusqu'à douzes genres nouveaux.
Kunth, botaniste prussien, a encore entrepris une nouvelle classification desgramens, après les travaux récents de Beauvois et Robert Brown sur cette matière. Il en fait dix tribus , fondées chacune sur beaucoup de caractères, tels que le nombre des styles, celui des étamines, la disposition des épillets, le nombre des fleurs de chacun d'eux , la consistance et la structure des glumes et des paillettes.
On sait aisément que ces sortes de travaux veulent être étudiés dans les ouvrages mêmes, et que l'analyse la plus étendue n'en
ET PHTSIOLOGTE VEGETALE. 393
donnerait qu'une idée imparfaite : nous nous contenterons donc de les avoir indiqués.
Depuis assez long-temps les cultivateurs prétendent avoir remarqué que le voisinage de Vépine-vinelte nuit au blé, et lui donne, ou favorise du moins , cette espèce de maladie qu'on appelle la rouille ; et depuis le même temps les savants se moquent de la prétention des cultivateurs.
Yvard, notre confrère, qui est à-la-fois cultivateur et savant, a mieux aimé s'assurer du fait par l'expérience que de prendre aveuglément l'un ou l'autre parti ; et ses essais, sans être encore décisifs, lui ont paru plus conformes à l'opinion que l'on était le plus porté à regarder comme un préjugé. Le blé planté autour d'un buisson d epine-vinette a été rouillé , tandis que celui du reste du même enclos est demeuré intact ; et il ne parait pas à Yvard qu'il y ait eu d'autre cause de cet accident que l'arbuste qu'on en accuse.
Malheureusement on peut objecter qu'il existe des cantons entiers sans épine-vinette, et qui ne sont pas pour cela exempts de la rouille.
Une autre fâcheuse maladie des céréales c'est Vergot^ ou celte production allongée et pointue qui remplace souvent les grains du seigle et d'autres graminées. Decandollea présenté à l'Académie un mémoire où il cherche à prouver que l'ergot est un champignon parasite du genre des sclerotium, cjui prend à-peu-près la forme du grain, parce que dans sa jeunesse il s'est nioulé dans l'enveloppe de ce grain : sa substance est analogue à celle des autres scleroiiums ; son développement, comme celui de tous les champignons, est favorisé par Thumidilé ; sa nature chimique est plus semblable à celle des champignons qu'à celle des graines de graminées ; enfin son odeur, sa saveur, et ses propriétés vénéneuses, sont d'accord avec sa nature fongueuse. On sait que le pain fait avec du seigle ergoté occasionne des maladies graves, et on lui attribue entre autres la gangrène sèche si commune en Sologne. Decandolle , sentant l'importance de détruire une production si dangereuse, ou de diminuer du moins sa propagation , croit que Ton y parviendrait si , dans les pays sujets à l'ergot, on obligeait les propriétaires à en fournir chaque année une mesure convenue que l'on brûlerait sur-lechamp.
Ce savant botaniste , qui a déjà tiré un si grand parti de l'étude des aberrations des formes ordinaires pour éclairer la théorie de la botanique, s'est occupé, sous ce point de vue, de ces brillantes monstruosités que nous appelons des fleurs doubles. On attribue d'ordinaire leur production à la transformation des étamines en pétales ; mais Decandolle montre que la transformation ou la multiplication de plusieurs autres parties de la fleur peuvent également y contribuer. Les pistils se changent par exemple en pétales dans certaines variétés d'anémones j les étamines elles-mêmes peuvent sctransfor-
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mer, ou par leur filet^ ou par leur anthère seulement, et c'est ainsi que Tancolie donne aux fleuristes deux sortes de fleurs doubles toutes di£Pérentes; et comme ces deux manières de doubler n'ont lieu que dans les fleurs qui ont elles-mêmes dans l'état naturel deux sortes de pétales, l'auteur en tire une nouvelle preuve de son assertion que les pétales des plantes nesoot pas des organes spéciaux, mais seulement un certain état des étamines. Il fait remarquer une autre sorte de fleurs doubles qui vient de ce que les organes se transforment non pas en pétales planes , mais en faisceaux de pétales , ce qui arrive
[>lus souvent dans les familles où les corolles présenteot déjà dans 'état naturel des indices de duplicature, comme daus les œillets. Il porte ensuite l'attention sur les fleurs où l'avortement des oi^ancs sexuels n'occasionne pas de transformation, mais augmente outre mesure le volume de certaines parties colorées, comme il arrive dans riiortensia et la boule de neige; enfin, appliquant à ces diverses métamorphoses une méthode de désignation analogue à celle dont se sert Uauy pour les variétés des cristaux, il parvient à les ramener, malgré leur irrégularité apparente , à des lois certaines et à une nomenclature précise.
De Beauvois, désirant prévenir les accidents funestes que cause si souvent l'ignorance du peuple sur les qualités des divers champignons, a composé un Manuel à tubage desanutteurs de champignons^ où il décrit, dans un langage à la portée de tout le monde , les espèces de CCS végétaux dont on peut se nourrir sans danger, et où il indique les précautions à prendre, même avec ces espèces innocentes , pour ne pas s'exposer à en souffrir. La plus sûre de toutes sera cependant toujours de ne manger que des champignons de couche, et de u*en point trop manger.
Mirbcl a publié des Éléments de physiologie végétale et de bota^ nique^ en deux volumes, avec un volume de planches. Tout ce qui peut se dire d'important sur l'anatomie des végétaux, sur la marche de leurs fonctions, sur leurs produits, et sur la variété de structure de leurs diverses parties, y est exposé avec clarté et rendu par un très grand nombre de belles figures dessinées par l'auteur lui-même avec le talent qu'on lui connaît. L'immense terminologie de la botanique y est expliquée, et les applications appuyées sur des exemples; on y trouve aussi une histoire intéressante de la science et des hommes qui lui ont fait faire le plus de progrès. Enfin l'ouvrage est terminé par des tableaux des principaux systèmes, et surtout par une nouvelle exposition des caractères des familles naturelles des plantes.
Une des considérations les plus élevées de la botanique, et qui lie plus qu'aucune autre cette partie de l'histoire naturelle au grand
ensemble des sciences physiques, c'est la géographie végélale, ou la science des lois de la distribulion des plantes selon la hauteur du pôle, l'élévation du sol, la température et le degré d'humidilé ou de sécheresse du climat.
De Humboldt, dont les voyages ont fait faire à cet ordre de counaissances, comme à tant d autres, des progrès si remarquables, vient d'en donner en quelque sorte un traité complet sous le titre de Prolegoniena de disMbuliane geographicd plantarum secundùm cœli tempenem et alHtudinem montium y ouvrage où il ofiFre en même temps des recherches profondes sur la distribution de la chaleur, soit relativement aux positiousdes lieux, soit relativement aux saisons de l'année; car non seulement les lignes sous lesquelles règne la même chaleur annuelle moyenne sont loin d'être parallèles àl'équateur, mais les lieux qui ont au total une chaleur moyenne égale sont loin d'avoir des étés et des hivers semblables : cette chaleur moyenne peut être plus ou moins inégalement répartie sur la totalité de l'année, et l'on conçoit que toutes ces différences doivent influer fortement sur la {)ropagation des plantes. L'auteur passe ensuite aux différences qui résultent des élévations, et qui elles-mêmes ne sont pas semblables ou ne suivent pas les mêmes lois dans tous les lieux. Enfin de Humboldt arrive à une considération toute nouvelle, sur laquelle il a aussi donné une dissertation en français; c'est celle des lois de la distribution des formes végétales. £n comparant , dans chaque pays, le nombre des plantes de certaines familles bien déterminées avec le nombre total des végétaux, on découvre des rapports numériques d'une régularité frappante. Certaines formes deviennent plus communes à mesure qu'on avance vers le pôle; d'autres au contraire augmentent vers l'équateur ; d'autres ennn atteignent leur maximum dans la zone tenipéréeet diminuent également par le trop de chaleur et le trop de froid ; et, ce qui est bien remarquable, cette distribution reste la même tout autour du globe en suivant, non pus les parallèles géographiques , mais ce que de Humboldt appelle les parallèles isothermes, c'est-à-dire les lignes de même chaleur moyenne. Ces lois sont si constantes que , si l'on connaît dans un pays le nombre des espèces d'une de ces familles dont de Humboldt a donné la table, on peut presque en conclure le nombre total des végétaux et celui des espèces de chacune des autres familles.
Les prolégomènes dont nous venons de parler sont placés en tête du grand ouvrage que de Humboldt publie en ce moment avec Bonplund et Kunth, sur les plantes nouvelles qu'il a découvertes dans l'Amérique équinoxiale. Cette augmentation , la plus riche et la plus brillante peut-être que la botanique ait reçue en une seule fois, sera exposée en six volumes in-^" qui contiendront six cents planches, et les descriptions de plus de quatre mille espèces. Le premier volume , renfermant toutes les monocotylédoncs , a paru cette année; on y trouve trente-trois nouveaux genres, et parmi les
seuls palmiers vingt-trois espèces nouvelles. De Humboldt et Bonpland ont fait paraître en même temps la fin de leur description des mélastomes, travail d'un extérieur plus magnifique, mais qui n'aurait pu être imité pour la totalité des végétaux sans entraîner à des dépenses et à des longueurs préjudiciables à la science autant qu'à ceux qui la cultivent.
En recueillant ainsi , sans interruption, les produits immenses de la grande et pénible entreprise de cet illustre voyageur, les amis des sciences sont en doute s'ils doivent plus de reconnaissance au courage qui Va soutenu parmi tant de traverses et de fatigues , ou à la constance qu'il met à leur faire partager ses jouissances. Non seulement il a fait par ses seuls moyens plus que bien des hommes envoyés et spécialement entretenus par des souverains, mais il a eu surtout le mérite unique de ne pas imiter la plupart des gouvernements qui . après avoir consacré des sommes immenses à une expédition, négligent presque toujours d'en faire publier les résultats d'une manière un peu complète.
En ce moment même de Humboldt fait paraître à Londres, avec Hooker, un volume in-4** qui offrira trois cents espèces de mousses, de lichens, et d'autres cryptogames. Il en a présenté une planche à l'Académie.
De Beauvois , dont on doit également louer la persévérance à publier les plantes et les insectes recueillis dans ses voyages, a donné cette année les quatorzième et quinzième livraisons de sa Flore dOtoareetde Bénin; et, non content de ses anciennes récoltes, il a profité de l'humidité extraordinaire et si fâcheuse de cette année pour suivre son étude des plantes de la classe des champignons. Les pluies continuelles en ont tant développé qu*il s'en est montré plusieurs qui avaient échappé aux botanistes précédents, même les plus heureux dans ces sortes de découvertes. Telles ont été une variété de sclerotium^ qui a diminué de près des deux tiers la récolte des haricots non rames , sur lesquels elle s'est propagée ; une nouvelle espèce de sphéria, qui a détruit prodigieusement d'ognons ; une nouvelle espèce d'urédo, qui leur a été encore plus pernicieuse ; enfin, ce qui est très remarquable et offre peu d'exemples dans le règne végétal, un nouveau genre de plantes parasites qui croît sur une nuire parasite , et nuit considérablement au végétal obligé de les nourrir toutes deux. C'est une espèce de tubercule qui se fixe audessus de la racine de l'orobanche rameuse que l'on sait être la parasite du chanvre. Ce tubercule présente des caractères qui le rapprochent des truffes et des sclerotium , mais avec des différences qui le constituent genre nouveau et intermédaire. Se proposant de répéter ses observations l'année prochaine sur cette plante très remarquable, de Beauvois a remis à cette époque à lui assigner un nom , après avoir mieux reconnu sa manière de croître et tous les détails de son organisation.
On sait que les plantes de la famille des dispacées, telles que les scabieuses, sont assez voisines des composées par plusieurs des caractères de leurs fruits : la marque la plus apparente qui les en distingue est que les anthères sont entièrement libres. Les botanistes ont découvert quelques plantes à fleurs également formées de plusieurs fleurs plus petites , dont les anthères sont réunies par leur partie inférieure seulement. On doutait de la place <ju'il fallait leur donner : Henri de Gassini, qui les a examinées à la suite de son grand travail sur la famille des synanthérées ou composées, dont nous avons eu plusieurs fois occasion de parler, a trouvé qu'elles diffèrent des synanthérées parce que leurs anthères n'ont point d'appendices au sommet; parce que leur style et leur stigmate ont une autre conformation ; parce que la graine est suspendue au sommet de la cavité de l'ovaire, et contient un albumen épais et charnu. Elles diffèrent dts dispacées par les anthères réunies inférieurement, par leurs feuilles alternes; mais la plupart de leurs autres caractères leur sont communs avec ces deux familles. En conséquence de Cassini croit
3u*on peut en faire une famille distincte qui servira de lien aux eux autres , et qu'il désigne par le nom de boopidées. Elle comprendra les genres calycera de Cavanilles, boopis, et acicarpha de Jussieu.
Nous avons annoncé Tannée dernière l'opinion de Decandolle sur cette substance nuisible que l'on appelle ergot ^ et qui se montre dans les épis du seigle et de quelques autres céréales , surtout dans les
Eays et par les temps humides. L'année 1816 en a malheureusement eaucoup produit , et Yirey a fait sur ce sujet quelques recherches qui le portent à regarder l'ergot , ainsi qu'on le faisait autrefois , comme une dégénérescence du grain, et non pas comme un champignon du genre scleroiium^ ainsi que le croyait Decandolle. Il dit avoir observé des grains ergotes qui non seulement avaient conservé leur forme naturelle , mais où l'on voyait encore des débris de stigmates ; et il rappelle l'assertion de Tessier, que l'on observe sur beaucoup d'épis des grains qui ne sont ergotes qu'à moitié, et tantôt vers le sommet, tantôt vers la base.
Yauquelin a fait à cette occasion une analyse comparative du seigle sain , de l'ergot du seigle , et d'un sclerotium bien reconnu pour tel.
On ne trouve dans l'ergot ni l'amidon ni le gluten dans leur état naturel, quoiqu'il y ait une matière muqueuse et une matière végéto-animale abondante et disposée à la putréfaction. Il contient une huile fixe toute développée. Les principes du sclerotium sont fort différents. Sans être décisives ces expériences ont porté quelques personnes à douter, comme Yirey, que l'ergot soit un champignon. Gail, membre de l'Académie des Belles-Lettres , nous a communic(ué quelques recherches critiques sur les plantes dont parle Théocrite. Elles ont moins pour objet de déterminer autrement l'espèce
de ces plantes que d*expliquer comment Théocrite a pu leur donner certaines épithètes ou en tirer certaines comparaisons : elles rentrent donc autant dans la philologie que dans la botanique , et le public les connaîtra plus en détail par l'analyse des travaux de l'Académie h laquelle appartient ce célèore helléniste.
Les botanistes suivent aujourd'hui, par rapport aux fougères , les idées de Smith, qui, en 1791 , les a divisées eu vingt-quatre genres répartis en deux sections, selon que les petites capsules qui contien* nent leurs semences sont ou non munies d'un anneau élastique , et distingués entre eux d'après l'arrangement des capsules , l'absence ou la présence de la membrane qui les recouvre avant la maturité , d'après la manière dont un des bords de cette capsule se détache de la feuille, d'après le nombre de leurs loges, enfin d'après la manière dont elles s'ouvrent, soit en deux valves, soit par des fentes longitudinales ou par des pores.
Swartz, Willdenow, Robert Brown et autres, ont encore ajouté de nouveaux genres à ceux de Smith , au point que leur nombre s'élève à plus de cinquante.
Desvaux , directeur du jardin botanique de Poitiers , a poursuivi ces recherches; et dans un mémoire adressé à l'Académie, où il décrit beaucoup de nouvelles espèces , et où il ajoute huit genres à ceux qui avaient été établis avant lui, il divise les fougères en quatre sections ; savoir :
Les poiypodiacées y dont les capsules , réunies en croupes ou disposées en lignes , sont entourées d'un anneau articulé , et s'ouvrent transversalement dans le plan de cet anneau;
Les osmondacéeSf dont les capsules, striées en étoile à leur sommet, sont dépourvues d'anneaux ;
Lesgléichéntacëes, dont les capsules, entourées d'un anneau strié non articulé, s'ouvrent tongitudmalement dans le sens opposé à cet anneau ;
Enfin celles dont les capsules solitaires , nues, non striées, à plusieurs loges, s'ouvrent par une fente ou par un pore.
Ce mémoire présente aussi des considérations sur les lycopodes , sorte de cryptogames intermédiaires, à certains égards, entre les mousses et les fougères. L'auteur les divise en trois sections : les ^tocAiG^^e^ à capsules d'une seule loge, disposées en épi; les psylotées à capsules de deux ou trois loges ; enfin les ophtoglossées à capsules d'une seule loîje s'ouvrant transversalement en deux valves : mais
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d'habiles botanistes pensent que cette dernière section appartient aux vraies fougères plutôt qu aux lycopodes.
Richard a publié un mémoire latin sur les orchidées , famille de plantes célèbres depuis long-temps par la structure particulière des diverses parties de leurs fleurs, dont les formes bizarres décorent abondamment nos prairies et nos bois. La singularité de leur organisation ne pouvait être clairement rendue qu'en adoptant quelques termes nouveaux, et c'est ce que l'auteur engage les botanistes à faire. Les racines, par exemple, il les divise, suivant leurs formes , en bitubéreuses, fibreuses, rameuses, bulbeuses et parasites. Aucun genre ne réunit deux de ces sortes de racines. Ce n est qu'à certains genres parasites qu'appartiennent des feuilles articulées è leurs pédicules. Quelques espèces ofl^rent des individus dont les fleurs sont toutes stériles , par l'imperfection de l'ovaire ; d'autres où elles sont toutes fertiles ; d'autres enfin où quelques fertiles sont mêlées irrégulièrement à un grand nombre d^tériles. La présence ou l'absence de pédicelle sous l'ovaire fournit pour les genres des moyens faciles de distinction.
La structure du iabelle, autrefois la base essentielle des caractères génériques, n'y joue plus qu'un rôle secondaire. L'existence et le manque d'éperon continuent d'indiquer une différence générique. C'est une chose digne de remarque que parmi les nombreuses orchidées parasites, découvertes en Amérique, il ne s'en trouve pas une seule éperonnée, tandis que l'Asie et TAfrique en produisent un assez grand nombre pourvues d'un éperon, qui, quelquefois, est d'une longueur inconnue dans les terrestres. C est à tort qu'on a confondu avec l'éperon une sorte de petit sac , formé par la connexion et le prolongement des bases de deux divisions extérieures du calice. Ce petit sac, que Richard distingue par le^nom de péruie, établit une diversité du genre.
Le corps multiforme , résultant de la soudure des deux sexes, et dosiçné jusqu'ici par lenom insignifiant de oo/onne, prend maintenant celui de gynostème mieux approprié à sa nature. Cette soudure s'opère par l'intermède des matières filomentaire et stylaire, dont l'une est terminée par l'anthère et Vautre par le stigmate : ces deux organes ne sont donc pas, comme on l'a avancé, unis immédiatement ou portés l'un par l'autre.
Une cavité, pratiquée au sommet du gynostème pour recevoir l'anthère, tire de cette destination son nom de cltnandre.
L'aréole visqueuse, regardée par les botanistes comme constituant seule le stigmate , et que Richard nomme gynise, est ordinairement surmontée par un processus appelé rosteÙe, Tantôt celui-ci est terminé par une bursicide, tantôt il porte une proscolle ou glande glutineuse, à laquelle s'attache le pollen sortant de l'anthère.
L'anthère, considérée quant à son mode d'insertion, est dite
1 ° continue, 2** stipilée, 3° sessiie. Le point d'origine de la première u'cst pas distinct du reste de la malière filamentaire ; la seconde a un petit support propre; la troisième est immédiatement fixée par un point plus étroit que sa base. Chacune d elles non seulement indique une diversité générique , mais prouve aussi l'affinité des
S genres dans lesquels elle se trouve. Toujours biloculaires , ses oges sont le plus souvent subdivisées en plusieurs locelles par des septules : ceux-ci , étant d'une substance rètraclile dans la plupart des genres, s'oblitèrent au moment même de la déhiscence de Tanthère.
Le pollen contenu dans chaque loge forme une masse poUinique rarement simple , et le plus souvent composée de deux ou quatre massettes. Sous le rapport de leur tissu ces masses ou massettes sont 1" sectiles, ^"^ granuleuses, 3° solides. Les premières sont fendues par leur face externe en un grand nombre de corpuscules réunis par leurs basessurun seul plan. La cauflftct//e résultant du prolongement filamentiforme qui les réunit est ordinairement terminée par un rétinacle visqueux, qui est d'abord niché dans la bursicule stigmatique ou fixé au bout du rostelle. Comme pulvéracées au premier aspect, les secondes sont composées d'innombrables particules, amoncelées avec plus ou moins de cohérence, quelquefois aussi elles sont baignées par une humeur qui les rend comme pultacées. Les troisièmes sont des corps d'un tissu uniformément continu.
Deux appendices , ordinairement existants aux côtés de l'anthère ou du clinandre , et nommés staminodes , semblent indiquer que la substance filamentaire est formée de trois filets monadelphes, dont l'intermédiaire est seul anthérifère.
Le tégument propre des graines étant d'un tissu celluleux susceptible de subir, dans son accroissement, une dilatation exlraoroinaire, a été mal-à -propos pris pour un arille. Sa surface et sa forme, jointes à celle de l'amande , donnent un moyen très facile de distinguer les graines en réticulaires et fusiformes : les premières indiquent les orchidées terrestres , et les secondes celles qui croissent sur d'autres végétaux.
L'embryon constitue toute l'amande , et n'est pas renfermé dans un endosperme, comme on l'a dit d'après Gaertner.
Après avoir exposé fort en détail tous ces principes fondamentaux de Torchidéologie , Richard trace, comme exemples de leur application , les caractères génériques des orchidées d'Europe. Avec des espèces mal agrégées à certains genres, il en établit plusieurs nouveaux.
Voici la distribution qu'il propose des genres d'Europe.
l. §. Pollen sbctilv : caudicule rétinaculifère. A. Rétinacles bursiculés.
a. Un seul rétinacle , commun aux deux maMes. Serapiaa. Lorogloêsum. Ànacamptin.
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b. Deux rëiinacles.
OrchiSf Ophrys. Nigritella.