CORPS VIVANTS
aucune notion d(^taillée de la structure du globe , ils ne pouvaient soutenir un examen sérieux. Le premier système de Bufïbn les éclipsa tous par la manière éloquente dont il fut présenté : il excita un enthousiasme général, et produisit en quelque sorte des observateurs dans chaque coin de la terre. On lui fut donc réellement redevable des obseiTations mêmes qui le détruisirent. Le deuxième du même auteur , présenté avec plus d'art encore dans ses Époques de la nature , vint trop tard pour avoir même un succès momentané. Le véritable esprit d'observation, la recherche des faits positife , animaient tous les naturalistes ; etl'on peut dire que dès lors ceux qui ont proposé leui^ idées sur ces grands sujets, sont plutôt des génies spéculatifs, de hardis contemplateurs , que des observateurs philosophes. Les conséquences les plus incontestables des faits auraient déjà de quoi effrayer les esprits habitués à la marche rigoureuse, ou si Ton veut timide, que les sciences suivent aujourd'hui. La diminution primitive des- eaux, leurs retours répétés, les variations des produits qu'elles ont déposés , et qui forment maintenant nos couches ; celles des êtres organisés, dont les dépouilles remplissent une partie de ces couches; la première origine de ces mêmes êtres: comment résoudre de pareils problèmes avec les forces que nous connaissons maintenant à la nature? Nos éruptions volcaniques, nos atterrissements, nos courants, sont des agents bien faibles pour de si grands efïets : aussi n'est-il rien de violent qu'on n'ait imaginé. Selon les uns , des comètes ont choqué la terre, ou l'ont consumée, ou l'ont couverte des vapeurs de leur queue ; d'autres ont supposé que la terre est sortie du soleil, ou en verre liquide, ou en vapeur; on a placé dans son intérieur des abymes qui se seraient affaissés succ<îssivement , ou l'on en a fait sortir des émanations qui s'en échappaient avec violence : on est allé jusqu'à croire que sa masse apu se former de la réunion des fragments d'autres planètes. Quelque talent , quelque force d'esprit qu'il ait fallu pour imaginer ces systèmes, et pour les faire cadrer avec les faits, nous ne pouvons les placer dans ce tableau des progrès des sciences : ils tendent plutôt à en contrarier la véritable marche , en laissant croire que l'on peut se dispenser de continuer les observations dans une matière si impor tante, et cependant à peine effleurée (l).
Histoire naturelle des corps vivants.
L'histoire naturelle des corps vivants offre encore des problèmes bien autrement compliqués que celle des minéraux, quoique les
(I) L exposé hif torique le plus complet qui ait paru en français, des systèmes divers imagines parles géologistes, se trouve dans la Théorie de la lerre , de M. de la Blëiherie , Paris, 1797, fi vol. in-S*^ ouvrage qui contient aussi le recueil le plus méthodique des
90 SQENGES PHYSIQUES.
objets en soient continuellement sous nos yeux , et que l'esprit n'ait aucune conjecture à former sur leur état précédent.
Dans les minéraux il n'existe qu'une donnée de forme; celle delà molécule primitive, d'où tout le reste se laisse déduire. Dans les corps vivants il faut recevoir comme des données indispensables la forme générale de l'ensemble et les moindres détails des formes des parties: rien n'en explique l'origine, et la génération est encore un mystère sur lequel tous les efforts humains n'ont rien obtenu de plausible.
Les minéraux n'offrent qu'une composition constante et homogène dans chaque espèce, et des masses qui restent en repos tant qu'elles ne sont point altérées dans l'ordre de leurs éléments. Dans les corps vivants , chaque partie a sa composition propre et distincte; aucune de leurs molécules ne reste en place ; toutes entrent et sortent successivement: la vie est un tourbillon continuel, dont la direction, toute compliquée qu'elle est, demeure constante , ainsi que l'espèce des molécules qui y sont entraînées, mais non les molécules individuelles elles-mêmes ; au contraire la matière actuelle du corps vivant n'y sera bientôt plus, et cependant elle est dépositaire de la force qui contraindra la matière future à marcher dans le même sens qu'elle. Ainsi la forme de ces corps leur est plus essentielle que leur matière , puisque celle-ci change sans cesse , tandis que l'autre se conserve , et que d'ailleurs ce sont les formes qui constituent les différences des espèces , et non les combinaisons de matières , qui sont presque les mêmes dans toutes.
En un mot, la forme, dont l'influence était nulle dans l'histoire de l'atmosphère et des eaux , qui n'avait qu'une importance accessoire eu minéralogie , devient , dans l'étude des corps vivants , la considération dominante, et y donne à l'anatomieun rôle tout aussi important que celui de la chimie; et ces deux sciences deviennent les instruments nécessaires et simultanés de toutes les recherches dont il nous reste à parler.
Histoire générale des fonctions et de la structure des corps vivants.
Le premier point qui nous frappe dans l'étude de la vie, c'est cette force des corps organisés pour attirer dans leur tourbillon des substances étrançères , pour les y retenir pendant quelque temps après se les être assimilées, pour distribuer enfin ces substances, devenues les leurs dans toutes leurs parties , selon les fonctions qui doivent s'y exercer.
faits dont la géologie se composait à l'cpoque où il a été publié. l\ faut y joindre ceux de MM. de Marschall, Bertrand, Laniarck, André de Gy, Faujas de Saint-Fonds, et autres qui ont paru depuis cette époque.
Ce pouvoir présente trois objets d'étude. Il faut voir quelles matières ces êtres attirent, et ce qu'ils en rejettent. Le résidu formera leur matière propre; c'est la partie chimique du problème.
Il faut décrire ensuite les voies que ces matières traversent depuis leur entrée jus<|u'à leur sortie: c'est la partie anatomique.
Il faut examiner enfin par quelles forces ces matières sont attirées, retenues, dirigées, et expulsées: on peut nommer cette recherche la partie dynamique , ou proprement physiologique»
La partie chimique n'a été résolue que dans cette période; mais elle l'a été à peu près complètement.
Les végétaux, essentiellement composés de carbone, d'hydrogène, et d'oxigène , ainsi que nous avons vu que l'a découvert Lavoisier, n'ont besoin que d'eau et d'acide carbonique pour se nourrir : les terreaux et fumiers leur sont plus ou moins utiles , mais non pas nécessaires. Les expériences de Sennebier (1), Théodore de Saussure (2), et Crell (3), le mettent hoi-s de doute. Ils ont élevé des plantes dans du sable, avec de l'eau pure et l'air atmosphérique; et Crell a fait porter graine aux siennes.
Les plantes décomposent donc l'eau et l'acide carbonique, pour mettre le carbone et l'hydrogène plus ou moins à nu, et former, par leurs diverses propoitions, tous leurs principes immédiats. C'est ce qui arrive en effet par l'intermède de la lumière , qui leur enlève leur oxygène surabondant , d'après les expériences de Priestley et d'Ingenhouz (4). Sans la lumière elles restent aqueuses et blanches. Voilà pourquoi elles exhalent de l'oxigène pendant le jour ; mais pendant la nuit elles en absorbent, ainsi que Théodore de Saussure l'a fait voir : il parait que c'est pour réduire en acide carbonique le carbone (Qu'elles ont pompé en nature , et qui ne peut contribuer à leur nutrition qu'après avoir subi cette métamorphose.
De Crell (5), et en France M. Braconnot (6), vont plus loin encore dans le pouvoir qu'ils attribuent aux plantes; ils assurent qu'ils en ont fait croître sans leur fournir la moindre parcelle d'acide carbonique. Elles composeraient donc le carbone de toutes pièces ; ce qui serait une des découvertes les plus importantes que l'on pût ajouter à la théorie chimique ; mais on est encore loin de trouver concluantes les expériences de ces chimistes.
Le reste des matériaux des plantes , les terres , les alcalis , etc. , leur est apporté avec la sève. Théodore de Saussure l'a montré en détail pour chacun d'eux. lia fait voir aussi, par beaucoup de belles expériences , qu'elles absorbent les substances qui ne leur convien-
(1) Physiologie vég<^to le, par M. Sennebier; Genève, an viii, 6 vol. in-8'.
(2) Ouvrage déjà cite sur la végcUation. — (3) Mémoire manuscrit.
(4) Ëipériences sur les végétaux; Parisj 1787 et 1789, 2 vol. in*'.
(5) Mémoire manuscrit.
(B) Annales de chimie.
lient pas , lorsque celles-ci sont dissoutes dans Teau qui les nourrit, mais qu elles les rejettent avec les parties qui tombent.
La marche générale de la végétation consiste donc à reproduire des substances combustibles ; et elle en accumule en efiFet partout où ni les animaux ni le feu ne viennent les consommer. De là ces couches immenses de terreau, qui se forment dans les lies désertes et dans les forêts non exploitées.
L'animalisation suit une marche opposée ; elle brûle les substances susceptibles d'être brûlées. Le caractère commun des principes immédiats des animaux est une surabondance d'azote. lis se nourrissent tous de végétaux , ou d'animaux qui s'en étaient nourris. Le composé végétal est donc la base du leur; mais l'hydrogène et le carbone leur sont en partie enlevés par la respiration , au moyen de l'oxygène qui agit sur leur sang : leur azote , de quelque part qu'ils l'aient reçu , leur reste ; il doit donc prédominer à la longue. Cette marche a été bien développée par Halle (1).
Ainsi la végétation et l'animalisation sont des opérations inverses : dans l'une il se défait de l'eau et de l'acide carbonique ; dans l'autre il s'en refait. Cest ainsi que la proportion de ces deux composés est maintenue dans l'atmosphère et à la surface du globe.
La respiration animale est donc une combustion : aussi produitelle de la chaleur , quand elle est assez abondante et assez vive.
Sa théorie , prise ainsi en général , est le résultat des vues successives de Mayovsr, de Willis , de Crawfort , et de Lavoisier (2).
Sa nécessité , même dans les dernières classes des animaux , se démontre par les expériences multipliés deSpallanzani (8), de Vauquelin (A) , et de plusieurs autres physiciens.
Elle ne s'exerce pas dans le poumon seulement : dans tous les points du corps où des vaisseaux sanguins sont en contact avec l'air , le sang respire plus ou moins , c'est-à-dire qu'il produit de Teau et de l'acide carbonique. Les dernières expériences de Spallanzani et de Sennebier le prouvent, et nous verrons ailleurs qu'elles donnent ainsi la clef d'une foule de phénomènes. Il n'est pas jusqu*au canal intestinal où M. Erman (5) vient de montrer que certains poissons exercent aussi une sorte de respiration.
Le reste des matériaux élémentaires des animaux vient de leurs aliments.
Quant à cette répartition des matériaux élémentaires des corps
(1) Annales de chimie, t. XI, p. 158.
(2) Voyez les ouTrages cités à l'article des gaz , le traité de la respiration de Mayow , le traité de anima bruiorum de Willis , celui de la chaleur de Gra^ford ; et le mémoire de Lavoisier sur la respiration, Académie des sciences , année 1777, p. 185, réimpr. dans sa collection posthume.
(3) Mémoires sur la respiration, et rapports de l'air arec les êtres organisés, par Spallanzani, traduit par Sennebier; Genève, 1803-1807, 4 vol. in-8^
(4) Annale* de chimie, t. XII. p. 273.
(5) Mémoire raanusurit adressé A l'Institut.
vivants dans leur diverses parties , selon certaines proportions , pour former leurs principes immédiats, tels qu'ils doivent se trouver dans chaque organe pour que ceux-ci puissent remplir leurs fonctions , c'est ce que Ton nomme sécrétions.
On ne s'est fait encore de leur mécanisme que des idées très obscures : les uns supposent pour chaque sécrétion une sorte de crible ; les autres , quelque tissu qui attire par voie d'affinité : il en est qui , avec plus de raison , y font coopérer tout l'appareil des forces vitales. Ce que l'on peut dire de général, c'est que la sécrétion lient à la forme primitive de chaque organe , et par conséquent à celle du corps. Chaque organe a pour sa part, comme le corps entier , le pouvoir d'attirer et de rejeter les substances qui sont à sa portée , conune il convient à sa nature. On peut donc faire , pour chaque organe, ce que l'on fait pour le corps entier. On peut examiner , par exemple , ce qui entre dans le foie , ce qui en sort , et ce qui y reste : mais il est sensible qu'il faudrait ici connaître avec rigueur , non seulement la composition générale des principes aninxaux , mais la proportion particulière de chaque principe séparé, et nous avons vu plus haut que , dans ces difiEérences minutieuses , la chimie nous abandonne.
Voilà pourquoi la théorie des sécrétions partielles se réduit encore à aes généralités un peu vagues , même dans sa partie purement chimique. Au reste il s'en fait dans les deux règnes : les sucs propres qui occupent des cellules particulières le long des branches et des tiges des végétaux , ceux qui abreuvent le tissu des fruits , peuvent être comparés aux diverses humeurs locales des animaux ; mais on n'en connaît pas si bien l'usage.
La partie anatomique du problème général de la vie est résolue depuis longtemps pour les animaux , au moins pour ceux d'entre eux qui nous intéressent le plus. Les voies que les substances y parcourent sont connues; les premières, ou celles de la digestion , depuis bien des siècles ; les secondes , ou celles de l'absorption , depuis Pecquet , Rudbeck , et Ruysch ; les troisièmes , ou celles de la circulation , depuis Harvey. Les travaux des auatomistes anglais et italiens sur le système lymphatique , portés à la plus grande perfection dans le bel ouvrage de Mascagni (l) , qui appartient encore à notre période actuelle , ont achevé tout ce qui restait à dire à cet égard. Les routes du chyle et du sang sont maintenant évidentes ; l'œil en suit tous les détours , et rencontre partout des valvules ou d'autres indices qui lui en marquent la direction; il aperçoit aussi comment ces routes , si compliquées dans l'homme , se simplifient par degrés dans les animaux inférieurs , et finissent par se réduire
(l) Voêorum lymphaticorum corporis humant hisioria 9t ieonographia ; Sienne, 1789, 1 Toi. in-fol.
94 SCIENCES PHTSTQtES.
a une spongiosité uniforme. Les recherches de Cuvier(l) ont achevé d*assig:ner à chaque animal sa place dans la grande échelle des complications de stracture.
Il n'en est pas entièrement ainsi des végétaux; leur structure anatomique laisse quelque incertitude sur les routes de la nutrition, précisément à cause de sa simplicité.
On sait aujourd'hui par les recherches dlngenbouz , de Sennebier, de M. DecandoUe, que la fonction essentielle des plantes, le dégagement de l'oxygène, se fait dans toutes leurs parties vertes, et principalement dans leur cime.
Des recherches plus anciennes, et surtout celles de Bonnet, avaient montré qu'mdépendamment de l'absorption des racines il s'en fait aussi une par la cime , et particulièrement dans les arbres par la face inférieure des feuilles , dont la quantité dépend de l'humidité de l'air (2).
Il se fait déjà une préparation lors de cette première entrée ; car les sèves des diverses plantes sont des liquides assez compliqués et assez différents entre eux , comme Vauquelin (3) s'en est assuré. Théodore de Sassure a vu , de son coté , que la plante n'admet point les parties les plus grossières que contient l'eau dans laquelle on la plonge (4),
On sait , par des expériences assez anciennes aussi , multipliées et constatées par Duhamel, que l'accroissement du tronc et de la racine dans les arbres et les plantes vivaces ordinaires se fait par des couches de fibres ligneuses , qui se développent et s'interposent à l'extérieur entre le vieux bois et l'écorce. Il parait , d'après les observations de M. Link (5) , qu'il s'en développe également autour de la moelle , du moins jusqu'à ce que celle-ci ait entièrement disparu par la compression des couches extérieures.
Desfontaines (6) a fait cette découverte , l'une des plus belles et des plus fécondes dont notre période ait enrichi la physiologie végétale, que, dans les arbres et plantes monocotylédones , le développement des nouvelles fibres ligneuses se fait par une interposition générale qui a lieu surtout vers le centre. Nous verrons ailleurs comment ce fait, ainsi généralisé, est devenu l'une des bases les plus solides de la division méthodique de plantes.
On sait que si on lie un tronc ou qu'on enlève un anneau de son écorce , il grossit au-dessus de la ligature , et non au-dessous ; ce qui montre que l'accroissement en grosseur se fait par des sucs qui
(l)Dan8 sesLeçoM d'anatomie comparée.
(2) Dans son Traité des usages des feuilles.
(3) Voyex son mémoire cité plus haut , sur ^analyse de la sèye.
(4) Dans ses Recherches chimiques sur la végétation; Parts, 1804, 1 toI. in-S".
(5) Éléments de Vanatomie et de la physiologie végétales , en allemand ; Gott. , 1807; in-8*.
(6) Mémoires de Tlnstitut, sciences mathématiques et physiques, t. 1, p. 478.
PHISIOLOGIE. 95
descendent par l'écorce et entre récorce et le bois. Une branche ainsi préparée fleurit plus tôt et porte de plus beaux fruits , parce
Îue les sucs y sont retenus : c'est une observation de Lancrit, evenue fort utile en agriculture.
Il n'en est pas moins certain que la sève monte arec une grande force, surtout au printemps; et des expériences récentes de feu Coulomb (1), confirmées par d'autres de Cotta (2) et de M. Link, ont montré que c'est principalement vers l'axe de larbre qu'elle monte , entraînant beaucoup d air avec elle.
Il semble donc qu elle doive produire, en montant ainsi vers l'axe,
laccroissement en longueur , étendre les feuilles , et, après y avoir
subi l'action de l'air et de la lumière, redescendre sous l'écorce pour
^ossirle tronc en y développant les nouvelles fibres.
Mais, quand on enlève un morceau d'écorce^ le bois mis à nu
Kratt faire suinter un liquide qu'on a nommé cambïum , et que n croit donner le nouveau bois. Il y aurait donc aussi une marche des sucs dans le sens horizontal en rayonnant ; et en effet , les rayons médullaires , ou ces suites de cellules qui vont entre les fibres , du centre vers la circonférence , semblent indiquer cette route.
D'un autre côté on ne voit point qu'aucune partie de l'arbre soit nécessaire au maintien du reste : il y a des troncs dont les trois quarts du pourtour et tout l'intérieur sont enlevés , et qui n'en produisent pas moins chaque année des fleurs et des fiiiits. On peut couper transversalement des portions de la largeur d'un tronc à différentes hauteurs, de manière qu'aucun vaisseau ne reste entier , et l'on n'arrête pas pour cela la végétation : c'est une expérience très concluante de Duhamel , répétée encore récemment par Cotta.
Les recherches intéressantes de M. Mirbel (3) sur Tanatomie des végétaux éclaircissent une partie de ces faits ; il a trouvé tout ce que Ton nomme vaisseaux dans les plantes percé de trous latéraux : toutes les parties du végétal peuvent donc se communiquer libremeikt leurs sucs. Ainsi , quoique la direction des vaisseaux de chaque partie ouvre à ces sucs une marche plus facile dans un certain sens , quoique les vaisseaux soient plus abondants vers l'axe où se fait la plus forte ascension , quoiqu'ils soient plus nombreux et plus ouverts dans les parties qui se développent plus vite , comme
il) Joamal de physique , t. XLIX, p. 392.
2) Obtenrations sor les mouvements et les fonctions de la sève dans les végétaux , et surtout dans les végétaux ligneux , en allemand ; Weimar y 1806 , in-4^.
(3) Traité d'anatomie et de physiologie végétales ; Paris , 2 vol. in-d**, an x ; et plusieurs mémoires dont les extraits sont imprimés dans les Annales du muséum d'histoire naturelle. Comparer à ces ouvrages de Iftirbel ceux de Link et Cotta , que nous venons de citer ; celui de Treviranus , intitulé De la structure des végétaux ; Goett., 1806, in-8^; et celui de Rudolphi sur l'anatomie des plantes ; Berlin , 1807 , in-8^ ; tous deux en allemand ; voyez enfin Texposition et défense de la théorie de Torganisation végétale , de M. Mirbel, en français et enalleroand ; La Haye , 1808, 1 vol. in-8®.
les fleurs , il est clair aussi que les sucs peuvent se détourner plus ou moins quand ils sont arrêtés par quelque obstacle ; ou plutôt, à parler rigoureusement , il n*y a pas de vaisseaux dans le sens ordinaire de ce mot , c'est-à-dire parfaitement clos , et qui ne communiqueraient que par des anastomoses : aussi ne sont-ils point divisés en branches et en rameaux , mais rassemblés en faisceaux parallèles.
Les végétaux, même les plus parfaits, ressembleraient donc, jusqu'à un certain point , aux animaux zoophytes.
Il y en a qui leur ressemblent plus exactement encore , en ce qu'ils n'ont pas même ces apparences de vaisseaux, tracées dans leur cellulosité; ce sont les aleues et certains champignons. MM. Mirbel et DecandoUe ont bien fait connaître cette extrême simplicité de leur structure.
Comme il y a une recherche chimique particulière à faire sur les sécrétions de chaque organe , on peut faire aussi des recherches anatomiques sur les inflexions particulières qu'y prennent les vaisseaux , ou les autres éléments généraux du tissu organique ; en un mot sur la structure propre de ces orçanes.
Cette anatomie spéciale des organes laissait plus à faire dans les deux règnes que l'anatomie générale , et a fourni , dans la période actuelle , des découvertes plus nombreuses.
Le plus grand nombre appartient aux animaux. L'homme luimême en a offert , quoique l'on di\t peu s'y attendre après trois siècles de recherches contmues sur son anatomie.
M. Sœmmerinff (1) a eu le bonheur de trouver dans le centre de la rétine de l'œil une tache jaune , un pli saillant et un point transparent qui avaient échappé à ses prédécesseurs. On en ignore l'usage ; mais on sait déjà que les seuls quadrumanes parmi les animaux partagent avec l'homme cette singularité.
Prochaska (2) et Reil (3) ont réussi , par des dissections délicates et des macérations appropriées , à bien démontrer la structure des nerfs et l'homogénéité du système médullaire dans le corps entier, et à rendre très vraisemblable la nature sécrétoire de toutes ses parties.
Le cerveau , qui avait été examiné tant de fois , a montré encore, peu d'années avant la période actuelle , des particularités nouvelles à Malacarne (4) et à Vicq-d'Azir (5). Celui-ci en a donné une description plus complète qu'aucun de ses prédécesseurs , ornée de planches magnifiques; mais la méthode des coupes, à laquelle il
(1) Voyex 868 excellentes figures de l'organe de la Tue ; Francfort, in-folio.
(2) Opéra minora ■ Vienne , 1800 , 2 vol. in-8<>.
(^) Exercitaiio anaiomica de structura nereor»tn : Halle, 1796 , l cahier in-folio.
(4) Encephalotomia nouva universale ; Torino, 1680, in-8®.
(5) Voyex le grand traité d*anatomie que la mort l'a empêché d'achever , et dont la partie terminée ne concerne que le cerveau et le cervelet de l'homme.
s'en est tenu , ne pouvait lui donner autant de lumières que celle des développements.
Gall (l) a porté très loin cette dernière. En rappelant plusieurs observations éparses dans des auteurs anciens , et en y ajoutant les siennes , il a vu les fibres de la moelle alongée se croiser avant de former les éminences pyramidales , il les a suivies au travers du pont , des couches , et des corps cannelés , jusque dans la voûte des hémisphères ; il a montré que leurs faisceaux grossissent à chacun de ces passages , et que la partie médullaire dans laquelle ils se terminent double l'enveloppe corticale du cerveau , se repliant comme elle et semblant suivre tous ' ses contours. Il a distingué les fibres qui sortent de cette substance médullaire pour donner naissance aux commissures, que cet anatomiste appelle nerfs convergents. Plusieurs des nerfs que l'on regarde comme sortant immédiatement du cerveau , ont été suivis par lui jusque dans la moelle alongée, et il lui parait vraisemblable qu'ils en sortent tous. Le cerveau proprement dit, ainsi que le cervelet, ne communiqueraient donc avec le reste du système que par leurs jambes ; mais leurs deux moitiés communiquent entre elles par divers faisceaux transverses , tels que le pont de Varole pour le cevelet, le corps calleux , la voûte, et la commissure antérieure pour le cer- .veau. Gall pense que chaque paire de nerfs a aussi une communication transvesrsale entre ses deux portions , et il en montre dans plusieurs.
On a aujourd'hui sur les diverses dégradations du système nerveux dans le règne animal , et sur leur correspondance avec les divers degrés d'intelligence , des notions aussi complètes que pour le système sanguin. Monro (2) , Camper (3) , Vicq-d'Azir (4) , Sœmmering (6) , et Cuvier (6) , y ont successivement travaillé : ce dernier en a fait un tableau général.
Cuvier , en disséquant deux éléphants , est parvenu à rendre plus sensible la nature veineuse au corps caverneux de la verge ; ce qui ajoute quelque lumière à la théorie de l'érection.
Ces grands animaux lui ont bien fait connaître aussi les organes
Îui versent l'humeur synoviale dans les articulations , sur la nature esquels on n'était point d'accord.
Home (7) a découvert un petit lobe de la glande prostate , qui avait échappé avant lui à tous les anatomistes.
(1) Mémoire manuscrit présenté à rinstîtot.
(2) Bans son Traité da système neryeux, en anglais ; Edimb., 1783, 1 Tolin-foL
Î3) Bans plusieurs observations éparses dans ses ouvrages. 4) Bans les Mémoires de TA-cadémie des siences, 1786.
(5) Bans son Traité de haai encephali ; Gott., 1778, in-4». — Voyez aussi une dissertation de M. ibel, intitulée Observai, nevrolog. exanafroompar.i Francfort-iur-l'Oder, in^o.
(6) Bans sesLeçons d'anatomie comparée , t. U.
(7) Transactions philosophiques.