PLAIES PÉNÉTRANTES DE LA POITRINE
Le traitement des plaies péne'trantes de la poitrine, long-temps dirigé d'après les principes d'une routine aveugle , a été depuis trente années perfectionné par les travaux successifs de plusieurs membres de cette Académie. Déjà dans le siècle dernier, Sharp (i) et notre respectable collègue \ alentin (2) , dont nous déplorons en ce moment la perte récente, avaient démontré par l'expérience et par le raisonnement toute l'absurdité du précepte donné par Guillaume de Salicet (5) , d'agrandir avec un rasoir toute plaie pénétrante de la poitrine : doctrine bien digne de cet ecclésiastique du treizième siècle , qui regardait
(i) Traité d'opérations de Chirurgie j traduit de Fanglais. Paris ^ I74i'
(2) Recherches critiques sur la Chirurgie moderne, 1772 , page 57 et suivantes.
(3) Chirurgia, lib. 11 ; cap. 12.
comme dangereux de coramuniquer avec les laïques et comme indécent de s'occuper des maladies propres à l'autre sexe. Il était réservé à notre âge de mettre en évidence les véritables principes du traitement des plaies pénétrantes de la poitrine, et de les établir sur la double autorité de l'observation et du raisonnement. Les guerres sanglantes dont , pendant plus de vingt années, l'ancien monde fut le théâtre , ont fourni à notre honorable collègue, M. Larrej(i), de fréquentes occasions de constater de nouveau que rien n'est préférable à la réunion immédiate, dans le traitement des plaies pénétrantes de poitrine , lors même qu'une hémorragie avec épanchement de sang complique cette espèce de blessures. L'un de nous ayant , dans l'une des opérations les plus hardies dont les fastes de notre art conservent la mémoire, pratiqué la résection de deux côtes, puis excisé la plèvre épaissie et cancéreuse dans une étendue d'environ six pouces carrés, vit l'air se précipiter, ou, pour mieux dire, s'engouffrer dans cette ouverture , corn-
(i) Mémoires de Chirurgie militaire.
primer le poumon, Taflaisser, et suspendre complètement la respiration dans la moitié correspondante de la poitrine. L'oppression, d'abord extrême, ne tarda pas à diminuer : l'action du poumon opposé suffit parfaitement à l'entretien de la vie; et l'opération eût obtenu un succès complet et durable, si le chirurgien avait possédé l'heureux secret de s'opposer à la récidive des affections cancéreuses. Quoi qu'il en soit^ cette observation célèbre, jointe à une multitude d'autres faits, vient à l'appui du raisonnement , et oflVe l'avantage de prouver, sans réplique, la vanité des craintes qu'inspirait aux anciens le danger de la suffocation aux cas oii uiT épanchement quelconque empêche toute respiration dans l'un des côtés du thorax.
Bien que ce point de doctrine parût fixé et comme consacré par l'assentiment unanime des chirurgiens français, l'un d'eux avant cru devoir s'en écarter dans une catastrophe à jamais déplorable , l'Académie de Chirurgie , sans se livrer à l'examen des motifs qui ont pu déterminer une conduite aussi étrange , a cru devoir proposer pour sujet du prix
qu'elle doit décerner en 1 826, la question suivante ;
« Déterminer par l'observation, l'expérience » et le raisonnement (c'est-à-dire par tous les moyens que l'esprit humain possède pour arriver à la connaissance de la vérité , si l'on y ajoute le calcul, ) déterminer par l'observa- » tion , l'expérience et le raisonnement , quelle » est la méthode préférable dans le traitement » des plaies pénétrantes de la poitrine. »
INVAGINATION DES INTESTINS-
L'introduction du bout supérieur dans le bout inférieur, faite dans la vue d'en déterminer l'adhérence mutuelle et de guérir ainsi les plaies transversales de l'intestin grêle, est une méthode plus ingénieuse qu'eflicace, et qui, jusqu'à ce moment, entraîne un tel danger qu'on y a renoncé généralement, malgré quelques exemples d'un heureux succès. Des expériences nouvelles semblent devoir remettre l'invagination en crédit, et sont de nature à
encourager les chirurgiens à la pratiquer a\ ce plus d'espoir de re'ussir. Il résulte d'une suite d'expériences et de recherches que M. Jobert a soumises à l'Académie et qu'ont vérifiées ses commissaires, que si, comme l'a fait ce jeune et habile expérimentateur , on pratique l'invagination en ayant le soin préliminaire de renverser en lui-même le bout inférieur, de manière que le bout supérieur y étant introduit, sa tunique externe ou péritonéale se trouve en contact avec la membrane analogue appartenante au bout inférieur, l'adhérence s'établit avec facilité entre ces tissus identiques. Par cette heureuse modification on fait cesser le plus puissant obstacle à la réunion des parties invaginées, empêchement invincible, d'où, comme je l'ai dit le premier, nait l'impossibilité d'une agglutination immédiate entre des membranes aussi diverses que le sont les tuniques muqueuse et séreuse du tube intestinal. Le renversement du bout inférieur en luimême et l'intus-susception du bout supérieur, plus faciles dans les cas de plaies pénétrantes de l'abdomen avec section transversale et complète du tube intestinal qu'à la suite des
5o HISTOIRE
hernies étranglées avec gangrène , seraient au besoin facilités par l'immersion du bout inférieur dans l'eau tiède. Cette immersion, en faisant cesser l'état de contraction et de resserrement, favoriserait singulièrement l'intussusception du bout supérieur dans le bout inférieur. Elle se fait sans détacher le mésentère, et par conséquent sans aucun danger d'hémorragie. Les chiens sur lesquels l'invagination a été faite , ayant été ouverts plusieurs semaines après l'expérience , les commissaires de l'Académie ont constaté que de l'union des intestins invaginés , résulte un simple épaississement des parois dans le point où l'adhérence est établie ; sorte de valvule plate qui ne s'oppose point au cours libre et facile des matières. ,