‹ Histoire des progrès récens de la chirugieChapitre 11 sur 32 · ANUS CONTRE NATURE · texte numérisé non relu

ANUS CONTRE NATURE

En assurant ainsi le succès de l'invagination, on rendra de plus en plus rare la dégoûtante infirmité connue sous le nom d'anus

contre nature. Ces fistules stercorales, suite des plaies pénétrantes de l'abdomen et plus souvent des hernies avec gangrène du tube intestinal , deviendront de moins en moins communes, à mesure que la Chirurgie deviendra plus habile à les prévenir. On les rencontre encore quelquefois dans la pratique, et pour les prévenir ont été imaginés divers procédés analogues et presque semblables; ce qui ne doit pas surprendre, car, dès qu'en Chirurgie une indication se trouve nettement déterminée , rien n'est plus facile que d'imaginer les moyens d'y satisfaire.

Ce fut vers l'année 1786 que Desault enseigna pour la première fois que le véritable obstacle à la guérison des anus artificiels existait dans l'éperon résultant de l'adossement des deux bouts de l'intestin divisé , sorte de digue au cours naturel des matières. Il proposa d'affaisser en le comprimant avec une tente de charpie introduite par la plaie extérieure, l'angle aigu formé par l'adhésion des extrémités intestinales. Des guérisons obtenues à l'Hôtel-Dieu et consignées dans le Journal de Chirurgie , établirent l'efficacité de cette mé-

thode qui, en ce moment encore, est plus avantageuse et surtout fait courir moins de danger aux malades que les divers procèdes qu'on a proposé d'y substituer. Cependant, vers la fin du siècle dernier (1798), un médecin allemand, Frédéric Smakalden, proposait d'abréger les lenteurs du traitement , en perçant la cloison qui s'oppose au passage des matières du bout supérieur de l'intestin dans son bout inférieur. Cette perforation n'est point sans danger, car si l'adhérence des parois respectives de l'intestin n'est pas complète , un épanchement mortel s'effectue à la surface péritonéale. Il ne parait point au reste que Smakalden ait eu occasion de mettre en pratique son procédé.

Fendre la cloison résultante de l'adossement des parois correspondantes de l'intestin, était le moyen le plus naturel et le plus simple de remplir l'indication : aussi le professeur Physik , de Philadelphie , réussit-il dès l'année 1802 à obtenir la guérison complète d'un anus artificiel, en traversant d'abord l'éperon avec un fil, puis en le fendant avec des ciseaux mousses vers la pointe, depuis le bord saillant

de la cloison jusqu'au point occupé par le fil dont on l'avait prëiiminairement traverse. Ce fil , placé plusieurs jours avant l'incision , rend l'adhérence des parois adossées plus certaine, et l'on peut alors fendre, sans danger, la cloison formée par cet adossement. En i8i 2, notre collègue M. Dupuytren , dans le but de rendre cette adhérence nécessaire encore plus sûre, a imaginé une pince à bords mousses et dentelés, laquelle opère en plusieurs jours la division que les ciseaux effectuent en un instant. Ce dernier procédé parait exposer le péritoine à une inflammation plus vive , car les deux branches de l'instrument introduit dans les deux bouts de l'intestin , n'agissent que par pression, et ne peuvent opérer la solution de continuité qu'en effectuant une sorte de plaie contuse. Le petit nombre d'individus sur lesquels cette pince a été essayée, n'ont point éprouvé à la vérité d'inflammation du bas ventre ; ils ont guéri , conservant un reste de suintement bien préférable à la fistule stercorale qui existait avant la division des bouts adossés. Mais ei; voilà trop peut-être touchant un point de Chirurgie sur lequel ,

depuis Desault, il restait peu de chose à faire, et où la rareté' des observations rend la valeur des procèdes opératoires difficilement comparable.

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