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OPÉRATION DE LA CATARACTE

Malheureusement, sous le rapport de la cataracte, comme sous celui de la fistule lacrymale, la Chirurgie n'a pas éprouvé, dans ces derniers temps, de véritables perfectionnemens, et flotte encore incertaine entre divers moyens de guérison proposés contre ces maladies.

S'il est un cas où la vérité chirurgicale paraisse aussi difficile à découvrir, et doive être recherchée avec les mêmes soins et les mêmes scrupules que la vérité judiciaire , c'est sans doute celui où il s'agit de décider quelle est la méthode préférable pour guérir la cataracte et de mettre fin aux interminables débats qui.

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de nos jours encore, divisent les partisans de Yextraction et ceux de Yabaîssemeiit du cristallin. Ce n'est qu'après l'information la plus ample et l'enquête la plus scrupuleuse, ce n'est qu'après avoir interrogé de nouveau , non les témoignages, mais les faits eux-mêmes, observés avec exactitude et jugés avec bonne foi , qu'on pourra décider enfin laquelle des deux méthodes doit être préférée , non point comme méthode exclusive , mais comme méthode générale. En effet , il se rencontrera toujours des circonstances dans lesquelles, soit petitesse extrême, soit volume excessif ou ti^op grande mobilité du globe de l'œil , l'extraction est impraticable, en sorte qu'on se trouve obligé de recourir à l'abaissement, alors conservé, du moins comme méthode exceptionnelle.

L'ancienne méthode de l'abaissement procurait un si petit nombre de guérisons que , dans le cours du dix-septième siècle, les chirurgiens l'avaient en quelque sorte abandonnée aux opérateurs ambulans; s'il faut en croire Raw, elle ne rendait pas la vue au centième des malades. Heister en portait un jugement aussi défavorable, et Garengeot, dans un

Traite d opérations, publié vers le commencement du siècle dernier, la passe complètement sous silence. Née dans le sein de l'Académie royale de Chirurgie , la méthode toute française de l'extraction fut accueillie dès sa naissance par des applaudissemens à peu près unanimes. Vainement quelques chirurgiens étrangers, Pott entre autres, restèrent fidèles à l'ancienne mé thode , ou même lui accordèrent ouvertement la préférence; la méthode de l'extraction prévalut soit en France, soit dans le reste de l'Europe, jusqu'au moment oii Scarpa, renouvelant les opinions de Pott, et lui empruntant jusqu'à l'idée de sou aiguille recourbée en crochet, se déclara le partisan exclusif de la méthode par abaissement. La connaissance plus parfaite du mécanisme de l'absorption, à l'aide de laquelle disparait le cristallin déprimé, ayant fourni à Scarpa une explication plus satisfaisante des phénomènes , bien des médecins pensèrent trouver dans une explication plus ingénieuse, une méthode curative plus efficace ; les inconvéniens attachés à la méthode de l'extraction furent chaque jour exagérés par les fauteurs de l'abaissement, chaque jour devenus plus

nombreux ; et chacun invoquant l'expéiicnce et l'interprétant à son gré, d'interminables débats naquirent d'une question si simple en apparence et d'une solution si facile. Une seule voie est ouverte pour sortir de ce dédale d'opinions contradictoires et fixer enfin ce point important de doctrine chirurgicale. Sous les yeux de l'Académie, un certain nombre de malades devrait être réuni dans un local convenable, puis opéré comparativement, selon les deux méthodes, en plaçant, autant que possible, dans les mêmes circonstances, les individus soumis à l'opération. Un corps académique, dont le seul intérêt est celui de la vérité, peut seul entreprendre et suivre avec avantage une semblable expérience. Le chirurgien le plus habile , et qui , dans l'exercice de son art, cherche la vérité avec le plus de candeur et de bonne foi, ne saurait se défendre d'une multitude de préventions dont il ignore souvent lui-même l'existence et l'empire. Quelle créance peuvent obtenir alors ces hommes de mauvaise foi pour qui la vérité n'est autre chose que la vogue acquise par le mensonge? et que doit-on entendre par ce

qu'ils appellent leurs succès dans l'emploi de telle ou telle me'thode ?

Bien que les instrumens inventés par Guérin et Dumont , pour l'extraction de la cataracte , et le procédé renouvelé par Langenbeck, pour l'abaisser en perçant la partie inférieure de la cornée transparente , et en portant l'aiguille sur le cristallin par l'ouverture de la pupille, n'aient obtenu qu'un succès éphémère et soient tombés dans l'oubli, nous ne devons point passer sous silence ces tentatives ingénieuses. Toutefois, il est également juste de les conserver dans l'Histoire de l'art , et de les exclure de sa pratique. Soumis à l'Académie royale de Chirurgie, vers les derniers temps de son existence, les instrumens de MM. Guérin et Dumont(i) semblèrent d'abord devoir rendre facile et vulgaire l'une des opérations les plus délicates et les plus difficiles. L'action aveugle d'un ressort était substituée à l'adresse

(i) Pour la description de ces instrumens assez compliqués dans leur mécanisme , quoique simples dans leur action, voyez Sabatier, Médecine oj)érci toire , 2* édition, tom. m, pag. loSet suivantes

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d'une main expérimentée; mais on s'aperçut bientôt que ces instrumens mécaniques agissant toujours et nécessairement de la même manière dans une opération dont les circonstances sont infiniment variables, le très petit nombre de succès obtenus n'était dû qu'au hasard. L'opthalmostate annulaire, qui fait partie de la machine, présente tous les inconvéniens attachés aux instrumens de ce genre ; incapable de fixer un organe essentiellement mobile , il laisse la lame , partie au moment de la détente du ressort , transpercer la cornée dans la position actuelle de l'œil, qui se trouve ainsi ti'aversé de telle sorte que le plus souvent la section de la cornée est irrégulière ou incomplète , et insuffisante pour donner issue au cristallin. Ajoutez la vive commotion imprimée au globe, ébranlement dangereux qui souvent en bouleverse l'organisation délicate , et vous ne serez point surpris que les machines à cataracte de MM. Guérin et Dumont aient été entièrement abandonnées.

Le même sort est réservé à la ponction de la cornée transparente, faite dans l'intention d'abaisser ou plutôt de déplacer et de broyer le

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cristallin. Celte opération, désignée par le terme grec de kératonixis, avait été tentée jadis, mais Ricther ne la conseillait que dans les cataractes laiteuses, etB. Bell la regardait comme moins commode que la méthode ordinaire pour effectuer l'abaissement du cristallin, lorsqu'en 1806 elle fut proposée par le docteur Buchorn comme méthode générale, et bientôt après mise en pratique et célébrée par le professeur Langenbeck, de Goëttingue. Adoptée surtout en Allemagne , cette manière d'opérer a fait imaginer diverses aiguilles qui n'offrent que des modifications peu importantes dé l'aiguille pour l'abaissement pratiqué suivant les procédés ordinaires. La kératonixis n'est ellemême qu'une modification de cette méthode opératoire , et toute la question se réduit à savoir s'il vaut mieux arriver au cristallin en perçant seulement la cornée transparente, qu'en traversant nécessairement la conjonctive, la sclérotique, la choroïde et la rétine, et accidentellement soit les nerfs , soit les procès ciliaires. Au premier aperçu la chose semble évidemment préférable , lorsque surtout on considère que la perforation, dans la

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méthode ordinaire , s'opère à Faveugle , tandis que dans la këratonixis, ropërateur suit des yeux l'aiguille qui traverse la cornée, au voisinage de sa circonférence , et pénètre aisément jusqu'au cristallin, au travers de la prunelle, considérablement dilatée par le moyen d'une solution aqueuse d'extrait de belladone ou de jusquiame, dont a soin d'humecter, quelques heures auparavant, l'œil soumis à l'opération. Nonobstant ces avantages séduisans en théorie , la kératonixis n'a obtenu aucune faveur hors de l'Allemagne; les essais tentés l'ont montrée plus fréquemment suivie d'accidens inflammatoires que les procédés en usage, et lorsque ces accidens n'entraînent pas la perte totale de la vue, ils menacent ou frappent d'opacité une partie dont il est si important de conserver la transparence , et , comme nous l'avons vu, laissent subsister des taies de la cornée dont une irritation subséquente peut chaque jour déterminer l'élargissement. Il est vrai qu'en perçant la cornée à une ligne de sa circonférence , on s'éloigne le plus possible de la partie correspondante à la prunelle , partie centrale dont il est si important de conseiTcr

la transparence; car, bien qu'on ait réussi, dans certains cas d'opacité presque entière de la cornée, à rendre la vue par l'établissement de pupilles artificielles, cette ressource, due au génie de Cheselden , est trop incertaine pour qu'on n'attache pas le plus grand prix à conserver aux rayons lumineux leur libre passage au travers de l'ouverture naturelle de l'iris.

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