THÉRAPEUTIQUE DES FRACTURES
. C'est peut-être dans le traitement des fractures , lésions méea«v niques des os dont la cure est principalement chirurgicale, que l'art a éprouvé , de nos jours , les perfectionnemens les plus marqués. Ses progrès ne consistent point dans l'invention de nouveaux instmmens , de nouveaux appareils applicables aux parties fracturées ; c'est au contraire pour avoir reconnu l'inutilité et les dangers de ces sortes de moyens , dans le traitement du plus grand, nombre des fractures, que la Chirurgie moderne est de beaucoup supérieure à celle du dernier siècle. Si l'on se reporte aux temps qui précédèrent immédiatement la révolution, époque à laquelle florissaient Desault et son école, on voit ce chirurgien célèbre prenant à la lettre les. expressions de charpente osseuse par lesquelles les anatomistes ont coutume de désigner l'assemblage des parties dures , appliquer à leurs lésions le compas et l'équerre , et , plus artisan qu'artiste, diriger leur traitement d'après les vues mécaniques les plus grossières. Placé à la tête du plus vaste hôpital de la capitale , devenu pour la première fois le théâtre d'un enseignement régulier de clinique chirurgicale , Desault a exercé sur la Chirurgie française la plus fâcheuse influence ; et l'art en serait encore à languir ou à s'égarer chaque jour davantage dans les fausses routes qu'il avait ouvertes, si nous n'étions enfin parvenus, avec le secours de l'expérience , à secquer le joug de son autorité.
Que ne peut le prestige d'un nom fameux , et dans quelles déplorables erreurs nous entraîne le sentiment d'ailleurs si louable de la 1 reconnaissance! Dupe moi-même de cette espèce
Dl? LA CHIRURGIE. 77
de fantasmagorie , dans laquelle les causes de déception vont se multipliant avec le nombre des spectateurs , j'ai long-temps célébré Yimmortel génie du chirurgien de l'IIôtel-Dieu , et proclamé de toutes mes forces ses admirables découvertes. Cependant ce grand génie rapetisse chaque jour, tandis que chaque jour ajoute à la gloire de l'Académie royale de Chirurgie, sur les derniers travaux de laquelle les succès de Desault ont jeté tant de défaveur et d'obscurité. Tandis que , trop adroit pour donner , en écrivant , l'exacte mesure de sa valeur, Desault entraînait sur ses pas la foule abusée, et laissait l'enthousiasme aveugle ou le faux zèle publier de toutes ^ parts ses succès mensongers , Sabatier, Louis et les autres membres de l'Académie de Chirurgie s'efforçaient, mais en vain, de ramener l'art de traiter les fractures aux lois de la plus grande simplicité. Sabatier, surtout, démontrait invinciblement, à l'aide de la raison et de l'expérience, que le repos seul , joint à la situation convenable du membre malade , suffisait à la guérisori du plus grand nombre des fractures pour lesquelles Desault imaginait les appareils les plus compliqués; mais que pouvaient les efforts de ce savant modeste exerçant son art dans un hôpital peu fréquenté des élèves, et placé à l'une des extrémités dq,,la capitale , dans le centre de laquelle son rival avait élevé* le théâtre de sa renommée! Toutefois la voix tardive de l'expérience a prononcé , et toute cette mécanique , d'ailleurs ingénieuse , qui paraissait aux hommes: les plus distingués, à Bîchat entre autres, le dernier effort du génie chirurgical , se trouve maintenant sans emploi.
PRACftlRE »E LA CLAVICULE.
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D'abord rie» ne nous semblait plus admirable que cejte sorte de bascule à la faveur de laquelle Desault employant l'humérus comme un levier du premier genre , ! s'efforçait de* ramener en dehors, le fragment externe & la suite des fracture* de la clavicule. Si, pour obtenir l'efet déah-é., on place uni gros tampon dans le creux de Faisselle, ^quelque forte que. soit la pression exercée sur le coude v% -épaule n'est point tirée en dehors de manière à ramener le fragment externe. Pour^ar-i ritver ce résultat, d faudrait exercer uni effort! tel', que se malade entouré des circulaires éu. bandage , comme de ses bandelettes une momie égyptienne, ^ risquerait juflc^ér, Bientôt, U est vrai , les bandés Se relâchent, et il est possibto aux malades de respirer; mais alors l'effet devient ntil, en sorte que le rapport plus «u moins eiact dans lequel se lait la consolidation à la suite des fractures dé la- clavicule , dépend! plutôt de la direction de la cassure i, de la rupture plus ou moins complète du périoste , dos muscles et deftiligaraens 4 que de l'espèce du bandage employé. Un poète, Legduvé, se cassa la clavicule!, U 7 a plus de vingt années ; c'était dans les commenoemens de ma pratique : j'appliquai lè -bandage de Desault et le, maintins durant six semaines, avec toute l'exactitude imaginable. Jen renouvelais: l'application . auf moins tous les cinq jours ; la guérison eut lieu sans doute ; mais le malade fut six mois à se rétablir de la raideur qu'avait produite une pression si constante , si exacte et si prolongée. Ayant eu , depuis lors , des fractures semblables à traiter sur des femmes chez lesquelles l'excès d'embonpoint rendait l'application du bandage de Desault heureusement impossible , je
pus nie convaincre qu'âne simple écharpe, assurée de manière, qu'elle soutienne le coudé et le retienne contre les parties
latérales du trooc , procure une guérison aussi complète. Les malades recouvrent, en quelques jours, l'usage entier du membre < qui n'a éprouvé d'autre gêne que celle résultant de l'immobilité. Au lieu du tampon axillaire qui comprime dou* loureusement le bras et la poitrine, je me contentai d'une simple compresse placée sous l'aisselle , dans la vue d'absorber l'abondante transpiration dont cette partie est le siège , et d'en prévenir l'excoriation. Ainsi traitées , les fractures de la clavicule guérissent sans qu'il reste des traces de leur existence appréciables autrement que par le toucher.
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