‹ Histoire des progrès récens de la chirurgieChapitre 17 sur 24 · FRACTURES DU COL DU FÉMUR · texte numérisé non relu

FRACTURES DU COL DU FÉMUR

Mais c'est surtout dans le traitement des fractures du col da fémur que suffisent les moyens les plus naturels et les plus simples , tels que le repos et la position convenable du membre. Dans toutes les solutions de continuité 4e cette partie du fémur qu'entoure le ligament capsulaire , la nature a lait , en quelque sorte,, les frais de l'appareil contentif. Pour vaincre la résistance qu'oppose au déplacement cette enveloppe fibreuse si robuste et si épaisse à sa partie externe , c'est-à-dire , précisément dans l'endroit du côté duquel le déplacement tend à s'effectuer , il faudrait des contractions musculaires que rien ne provoque , ou des mouvemens dont la douleur force les malades à s'abstenir. Or donc , le col du fémur étant cassé , l'on place le membre malade dans la demi-flexion de la cuisse sur le bassin , et de la jambe sur la cuisse , en assurant cette position au moyen d'un épais coussin placé sous le jarret , et

d'un lacs transversal mis au-devant et autour de la partie inférieure de la cuisse. Ce lacs, fait avec une longue nappe ou petit drap plié en plusieurs doubles de manière à n'avoir plus que quatre à cinq travers de doigt de largeur , s'attache de côté et d'autre aux bas côtés du lit; il sert au besoin à prévenir les mouvemèns involontaires du membre , soit durant la veille , soit pendant le sommeil. Soixante jours , terme moyen , suffisent pour obtenir la consolidation. Depuis Pott , partisan de la demi-flexion des membres dans vie traitement de toutes les fractures, on traite ainsi , en Angleterre , les fractures du col du fémur; et de doubles plans inclinés en sens contraire, sont appendus aux portes des hôpitaux de Londres , pour le traitement de ces fractures. La doctrine professée par l'Académie royale de Chirurgie n'en différait guère en réalité. En effet , l'appareil ordinaire des fractures appliqué à la suite des fractures du col du fémur , n'agissant que par compression , se borne à maintenir le membre dans l'état d'immobilité. Le repos des parties est d'autant plus parfait que les -attelles antérieure et externe prolongées fort haut , ainsi que les paillaissons de balle d'avoine placés au-dessous d'elles , encaissent en quelque façon la partie supérieure du membre fracturé et le contiennent le mieux possible dans tous ses mouvemèns.

La double traction , exercée en sens contraire , au moyen des bandages dits à extension continuelle , est tout-à-fait nulle ; il faudrait un effort intolérable pour que l'effet du tiraillement se fit ressentir jusque dans l'articulation coxo-fémorale. Ces essais n'aboutissent qu'à fatiguer le coude-pied et le pli de l'aine, par la compression qu'exercent sur ces parties les lacs destinés à l'extension et à la contre-extension. Aussi les traitemens les plus méthodiques et les plus prolongés entrepris avec le bandage de Desault , pour les fractures du col du fémur , et autres appareils analogues , construits dans la vue d'exercer l'exten-

sion permanente du membre malade , c'est-à-dire de continuer l'effort réductif , ne procureront la guérison qu'avec raccourcissement du membre et déviation du genou et de la pointe du pied en dehors. Le renversement n'est que d'environ un demi-pouce , il est facile d'y remédier ; la déviation de la pointe du pied en dehors est plus apercevable et plus incommode.

La différence de longueur de l'extrémité malade , comparée au membre sain , est si peu de chose qu'il est très- fa ci le de la dissimuler. Cette différence , le plus souvent de sept à huit lignes , fût-elle de plus d'un pouce , les deux membres du malade, couché sur un plan horizontal, paraissent égaux, si Ton se contente de comparer les deux talons. Le plus léger mouvement de la hanche établit entre eux un parfait niveau. Le bassin semble n'incliner d'aucun côté ; il est , en apparence , tout-à-fait horizontal ; les épines antérieures et supérieures des os des îles sont placées sur une même ligne exactement horizontale. Ce n'est qu'au moment où le malade se lève et veut marcher, qu'une légère claudication trahit le défaut de ces guérisons parfaites , de ces réunions sans difformité.

Élevé dans la croyance d'une guérison possible, exempte de raccourcissement et de claudication , je n'ai abandonné cette doctrine , si obstinément défendue , qu'après m être bien couvaincu que de fausses apparences m'en avaient imposé trop long temps. La comparaison du membre sain avec le membre fracturé , faite sur le malade encore alité , est la cause de déception contre laquelle il importe de se tenir en garde; car, je le répète , rien de plus facile que de méconnaître ou de dissimuler une différence de quelques lignes. Chacun a pu voir , toutefois , des guérisons de fractures du col du fémur obtenues sans raccourcissement ; alors il n y a pas même renversement ou déviation soit du genou , soit de la plante du pied en dehors; ce témoignage constant, irréfragable et, si

8a HISTOIRE

je puis ainsi dire, nécessaire de la réalité de la fracture, manque absolument. Peu importe alors quel bandage, quel appareil a employé Y habile chirurgien , et dans quelle situation il a placé le membre malade.

Un même jour de Tété de 1824, deux malades furent admis à l'hôpital Saint-Louis, ayant chacun une fracture au col du fémur du côté droit. Ces deux hommes , l'un adulte et l'autre vieillard , forent placés l'un à côté de l'autre, et traités le premier par la demi-flexion et le second par l'appareil ordinaire des fractures de la cuisse , avec cette seule modification que les paillassons, ainsi que les attelles antérieure et externe furent prolongées jusqu'au-dessus du niveau de la crête iliaque. Les deux appareils furent levés au bout de soixante jours de repos et d'immobilité. La consolidation était entière, et., au bout d'une quinzaine, les deux malades marchaient facilement , le genou et la pointe du pied tournés en dehors , le membre raccourci d'environ six lignes , et par conséquent atteints d'une claudication légère. A cette occasion , je montrai aux élèves combien il était difficile, pour ne pas dire impossible , de constater un aussi léger raccourcissement sans faire lever et marcher les malades.

La méthode anglaise fut néanmoins jugée préférable à la méthode ordinaire par son extrême simplicité. En l'adoptant on n'est point obligé à l'application et au renouvellement d'un appareil lourd et incommode, surtout dans la saison des chaleurs , et pour les personnes avancées en âge. Enfin , dans l'état de demi-flexion , les malades satisfont avec plus de facilité à leurs besoins naturels. Ce léger raccourcissement du membre avec lequel guérissent toujours les fractures du col du fémur est bien moins désagréable aux malades que la déviation constante de la plante du pied en dehors , et il est bien plus facile d'y remédier en donnant plus d'épaisseur à la semelle de leur

DE LA CHIRURGIE. 83 chaussure. Pour s'opposer à la rotation du membre en dehors , un chirurgien de Berlin , Mursinna , adoptant la demi-flexion , imagina , vers la fin du siècle dernier , d'attacher ensemble le membre sain et le membre malade demi-fléchis , en les couvrant tous deux d'un bandage roulé , après avoir mis entre eux un long coussin de balle d'avoine dans la vue de prévenir les effets de leur pression mutuelle , surtout douloureuse vers les genoux et les malléoles. Au moyen de cette précaution, que nous a fait connaître M. le docteur Canin , l'un de nos chirurgiens militaires les plus distingués, on s'oppose à la rotation du membre en dehors sans l'empêcher tout-à-fait.

Des efforts si constans , des recherches si persévérantes pour arriver au meilleur moyen de traiter les fractures du col du fémur auraient quelque chose de puéril , si , comme l'a dit Astley Cowper, dans un ouvrage récent , ces sortes de fractures n'étaient pas susceptibles de consolidation. Comment expliquer unè assertion aussi étrange de la part du célèbre chirurgien anglais , qui lit peu , il est vrai , mais a pu voir , dans tous les muséum anatomiques , des ossuaires tout entiers de fractures du col du fémur bien ou mal consolidées !!!

Page 1