‹ Histoire des progrès récens de la chirurgieChapitre 20 sur 24 · DES OS · texte numérisé non relu

DES OS

Le retranchement des os , dans leurs extrémités articulaires affectées de carie , n'est plus, il est vrai , une ïnVèntion toute récente. Il y a environ un demi-siècle ( 1769), un chirurgien anglais, White, osa,' pour la première fois, pratiquer une incision profonde à la partie supérieure externe du bras, désarticula la tête de l'humérus , dont il avait reconnu la carie, et la retrancha avec une scie après l'avoir fait sortir à travers la plaie. Plusieurs chirurgiens anglais et français ne tardèrent pas à l'imiter ; ne bornant point leurs tentatives à l'articulation de l'humérus avec l'omoplate, mais étendant l'idée de White à toutes les grandes articulations , au genou par exemple , et faisant au besoin la résection de tous les os de cette jointure. Ce moyen de suppléer à l'amputation des membres, ou plutôt de la rendre inutile , doit-il être regardé , ainsi que le dit Saba~ tier , comme l'un des plus grands pas qu'ait faits la Chirurgie moderne? C'est ce dont il est permis de douter aujourd'hui que les faits ont suffisamment éclairé ce point de doctrine.

Admettons d'abord que la résection de l'extrémité* supérieure de l'humérus affectée de carie, est une invention heureuse, une opération facile, opération qui offre tous les avantages et n'entraîne aucun des grands inconvénieus attachés au retranchement des autres articulations. En effet, les surfaces articulées sont faiblement unies ; le seul poids du membre et l'alongement du ligament articulaire tiennent la tête de l'humérus à plusieurs lignes de distance de la surface glénoïde de l'omoplate; celle-ci reste le plus souvent saine, bien que la surface articulaire correspondante soit rongée par la carie ; l'articulation n'est point environnée de cette multitude de ligamens et de corps graisseux dont l'induration et la dégénération lardacée consécutive finissent par constituer une maladie aussi grave que l'affection osseuse primitive dans la carie des extrémités articulaires du genou, du poignet, ou du coude. La résection de l'extrémité supérieure de l'humérus laisse après elle une fausse articulation, ses morne mens ont moins de force et moins d'étendue ; ils restent cependant faciles , et le malade peut se servir" de son bras pour- divers usages ; sa conservation lui est donc d'un grand prix. Elle n'est guère moins importante dans les cas de carie au coude et au poignet , mats elle s'achète alors par une opération bien plus grave et bien plus difficile. La mobilité de l'articulation est même alors perdue ; la plaie résultante de la résection des extrémités articulaires étant seulement susceptible de la guérison par ankylose. Cependant entre un bras raccourci et dont le coude ou le poignet sont ankylosés et l'absence d'un membre aussi important, la distance est énorme; l'engorgement des parties molles qui environnent l'articulation, lorsqu'il ne va point jusqu'à la dégénération lardacée des tissus, n'est point une contre-indication formelle. Comme le siège de l'irritation primitive existe dans les os , et que ce n'est que consécutivement

DE LA CHIRURGIE. ^ que l'inflammation s'est étendue aux parties molles, celle-ci se dégorgent ; et quand a cesse l'abondante suppuration qu'entraîne nécessairement une opération aussi grave, ce qu'on a pu en conserver revient à ses conditions naturelles* Plusieurs chirurgiens français , et d'abord MM. Moreau père et fils , de Bar-sur-Ornain, ont réussi à conserver le membre tboracique à plusieurs malades atteints de caries du poignet et du coude ; et ces individus, condamnés à vivre des fiants de leur travail, ont pu continuer l'exercice de professions , il est vrai , peu fatigantes.

La résection des extrémités articulaires , pratiquée aux membres supérieurs, remplace donc avantageusement l'amputation, et doit être comptée au nombre des plus remarquables progrès de la chirurgie moderne. Il n'en est pas de même de cette opération exécutée dans les cas de caries du genou ou de l'articulation du pied avec la jambe. Ici les inconvéniens se multiplient et s'aggravent , tandis que les avantages s'évanouissent. Lorsque Park imagina de retrancher les extrémités correspondantes du fémur et du tibia affectés de carie r sans doute il ne proposait point une chose difficile à exécuter, bien que l'opération soit nécessairement longue et douloureuse par L'obligation où l'on est de se servir de la scie pour faire la résection des os, d'une plaque pour garantir les vaisseaux et les artères poplités , et de multiplier les incisions pour dégager sans effort , les extrémités osseuses. Le principal danger vient de l'étendue de la plaie, de l'énorme surface qui s'enflamme inévitablement et fournit un pus dont la sécrétion longue et abondante peut jeter les malades dans l'épuisement, lorsqu'ils ont été assez heureux pour échapper à l'inflammation , ainsi qu'à la fièvre qui succèdent à l'opération; et lorsqu'ils survivent aux accidens primitifs et consécutifs , mortels pour le plus grand nombre; lorsqu'après avoir gardé le lit durant plusieurs mois, la

Page 1