VII
STAPHYLLOR APHIE.
Certains individus naissent le voile du palais fendu dans le milieu de sa largeur. Ce vice de conformation , dans lequel la luette est bifide , se voit moins; communément que la difformité congéniale appelée bec-de-lièvre : il n'est pas néanmoins fort rare. A l'époque où l'observation attentive des défectuosités de ce genre révélait aux physiologistes l'une des lois les plus importantes de l'économie, l'un des membres de cette
Académie enseignait à les corriger au moyen d'une opération ingénieuse : heureuse coïncidence dans laquelle l'avantage reste à la Chirurgie de toute la différence qui existe entre 4e curieux et l'utile.
Les derniers travaux des physiologistes ont appris que ta machine animale , au lieu d'être constituée , pour ainsi dire , d'un seul jet , se forme progressivement et s'organise en quelque sorte pièce à pièce. Les viscères existent avant les parois des cavités destinées à les renfermer ; le développement commence par les parties latérales , et finit par la ligne médiane , les deux moitiés dn corps s'unissant au moment où l'organisation s'achève. Aussi la plupart des difformités congéniales existent-elles sur ce point et dépendent-elles d'un développement incomplet. C'est ainsi que la lèvre supérieure , la voûte palatine, le voile du palais, la luette, restent souvent divisés , et que l'art est appelé à terminer l'œuvre imparfait de la nature. Cest principalement dans la vue de rendre aux malades la faculté d'articuler des sons distincts , qu'il devient nécessaire de remédier à la division congéniale du voile du palais. La déglutition des alimens solides ou même liquides , quoique laborieuse , est encore possible , mais l'individu ne profère que des sons inarticulés et inintelligibles, il est réduit à la condition des brutes. Pour restituer la parole , M. le professeur Grœfe a imaginé , en 1816, de rendre saignans les bords de la division, puis de les rapprocher et de les maintenir en contact pendant le temps que la nature emploie à leur réunion ; et , pour ces trois temps de l'opération, il a inventé des instrumens commodes, qu'a imités, sans le savoir sans doute en 1819 et fait connaître en France M. le professeur Roux, Chirurgien en second de lliôpital de la Charité.
« V. 4a note (G), au 6' alinéa.
DE LA CHIRURGIE. a5
S vui.
BRONCHOTOM IE.
L'extraction des corps étrangers introduits dans la trachéeartère', est devenue une opération facile et sans danger depuis qu'on a substitué à l'incision pénible de la trachée-artère vers la partie inférieure du col , la section du cartilage cricoïde jointe à celle des deux Ou trois premiers anneaux du canal aérien. La bronchotomie étant pratiquée suivant ce procédé , il est toujours aisé de déterminer le lieu précis où la pointe du bistouri doit être plongée : c'est l'endroit placé au-dessous du nœud de la gorge , expression vulgaire usitée pour indiquer la saillie du larynx vers la partie moyenne et antérieure du col. A quelques hgncs au-dessous du point le plus saillant de cette proéminence , on reconnaît l'intervalle thyro-cricoïdien au défaut de résistance et à la dépression qu'éprouve la raenbrane cricothyrùïdienne , lorsqu'on appuie sur elfe l'extrémité du doigt indicateur. Cette exploration est facile , même sur les personnes qui ont le plus d'embonpoint. La pointe de Tin* strument , dont 4e tranchant est dirigé en bas et en avant , pénètre de trois à quatre lignes dans le canal , que Ton fend ainsi longitudraalcment et de haut en bas dans une étendue d'environ quinze lignes.
Cette ouverture est suffisante pour laisser sortir une fève de haricot ou tout antre corps étranger d'un pareil volume; et comme elle n'intéresse que la peau , la membrane cricothyroïdienne , le cartilage cricoïde et les quatre ou cinq première anneaux de la trachée-artère , la plaie est peu profonde ; elle correspond exactement à la ligne médiane celluleuse qui sépare les deux moitiés symétriques du col , et par conséquent ne
divise le corps thyroïde que dans l'isthme étroit et mince qui en unit les deux lobes , portion de la glande oîi n'existent que de très-petites artérioles , au moyen desquelles les artères thyroïdiennes d'un coté communiquent avec celles du côté opposé. Or, l'Anatomie apprend que les anastomoses des vaisseaux thyroïdiens dans le parenchyme glandulaire n'ont lieu qu'entre leurs dernières ramifications'. La bronchotomie , pratiquée suivant ce procédé , est à peine une opération sanglante. En effet , comme on ne prolonge pas l'incision beaucoup au-dessous de la partie moyenne du col , l'instrument n'atteint pas le plexus des veines thyroïdiennes , qui sort de la partie inférieure de la glande , et descend au devant de la trachée-artère. Comme on l'a dit ailleurs », ce sont ces vaisseaux qui faisaient de la trachéotomie une opération laborieuse. Le sang s'en écoule en grande quantité , et , s 'insinuant dans la trachéeartère , détermine une toux siûTocative d'autant plus dangereuse que , faute de point d'appui , on ne peut exercer la compression sur les veines incisées : ajoutons que le sang ne viendra point d'en hant, si, après avoir inci* les tégumens sur la ligne médiane du col , on a la précaution de porter l'extrémité du doigt indicateur dans l'angle supérieur de la plaie , afin de s'assurer quelle est précisément la ligne transversale qu'occupe l'arcade renversée , résultant de l'anastomose des artères thyroïdiennes supérieures au devant de l'espace thyro-cricoïdien. C'est exactement au-dessous de la ligne , où le vaisseau fait sentir ses battemens , qu'il importe de plongerl a pointe du bistouri , pour pénétrer dans le larynx au travers de la membrane.
' Rickerand, Nosographie chirwgicale , Paris, i8o5.