CONVERSION DE VERNET AU CATHOLICISME
Jusqu'à l'année 1740 nous ne trouvons plus aucun lait relatif à l'histoire des protestants du comtat Venaissin ; mais à cette date eut lieu la conversion au catholicisme de François Vernet, qui fit grand bruit. Natif de Genève et appartenant à une des familles les plus considérables de cette ville (i), Vernet, qui avait un frère cadet, nommé Jacob, ministre et professeur de belleslettres et d'histoire à l'académie de Genève , puis de théologie, embrassa la carrière du commerce et réalisa une fortune de plus de 250,000 livres. La chute du système des billets de banque et la peste de Marseille
(1) Sur la famille Vernet, o: ginaire de Seyne cmi Provence, voy. La France prolcslantc, vol. IX. p. 466.
ayant presque entièrement ruiné sa maison , il s'établit dans diverses places de commerce pour refaire sa fortune, notamment à Livourne, et se fixa en dernier lieu à iVIarseille, oij l'un de ses frères, qui était également dans le commerce, l'attira pour mettre à profit son expérience. Au bout de cinq ans ayant, suivant son dire , beaucoup à se plaindre de son frère , il fut obligé de le quitter et fonda une maison pour son propre compte , quand, le 13 décembre 1737, le comte de Saint-Florentin, ministre et secrétaire d'Etat, l'exila hors du royaume par une lettre de cachet sur une dénonciation qui le représentait comme « un séducteur, un turbulent, un séditieux, qui n'avait, dans Marseille, ni commerce, ni feu, ni lieu , » et ajoutait qu'il était calviniste et n'avait pu vivre avec un frère qui lui faisait beaucoup de bien. Réfugié à Avignon , Vernet fit faire des instances nombreuses, mais inutiles, auprès du ministre, pour être admis à se justifier, soit devant Jean-Baptiste Des Gallois, seigneur de La Tour, intendant de Provence, soit devant le Parlement d'Aix; mais les députés que la république de Genève avait à cette époque à Paris ne jugèrent pas à propos de s'occuper de lui. Sur ces entrefaites, un ami lui conseilla de lire VHistoire des variations du protestantisme de Bossuet, qui le troublèrent, dit-il, au point de lui faire perdre le sommeil « et presque toute envie de manger et de boire. » Les écrits des plus savants théologiens protestants n'ayant pu lui rendre le repos, il continua à examiner les preuves sur lesquelles reposaient les deux religions et demeura finalement convaincu « que la religion catholique était la seule qui eût des fondements certains et de toute évidence ; qu'elle était, par conséquent, la seule véritable ou qu'il n'y avait point de religion. » Le 25 mai 1740, Vernet communia sous les deux espèces, reçut, le