U)0 HISTOIRE DES PROTESTANTS
mère par ses compagnons de pillage jusqu'à ce qu'elle lui eût donné son argent. Certaines personnes, soumises à des traitements que la pudeur nous empêche de nommer, n'en furent délivrées qu'en payant de fortes rançons. La femme du viguier Chabert, Catherine Gauthier , fut néanmoins assez heureuse pour sauver son honneur et la maison de son mari moyennant une somme de 400 écus d'or sol.
Les soldats catholiques s'acharnèrent même sur les cadavres qui jonchaient les rues et qui étaient dépouillés de leurs vêtements. Ne pouvant raconter toutes les indécences dont ils furent l'objet, nous nous bornerons à rapporter les suivantes d'après Lapise : « Aux bouches et aux plaies des uns on fichait des Psaumes , des Testaments Nouveaux ou quelques autres livres réformés... Il y eut des soldats qui se prirent à crier, regardant ces pauvres cadavres : Vous avez tant aimé ces livres, mangez-en à cette heure votre saoûl. Dites à votre Dieu, le Fort, qu'il vous garantisse. Puis, tenant leurs épées sanglantes en haut, s'écriaient : Où est maintenant votre poltron Dieu, qui ne vous aide à cette heure? Ce sont les propres termes des mémoires très véritables qui m'ont été donnés , rapportés ici sans blasphème. »
Quant aux Orangeois qui défendaient le château , ils se rendirent sous promesse de la vie ; mais les soldats catholiques les tuèrent tous, sauf le commandant Pierre Serre et un autre , qui obtinrent leur liberté en payant u.ie rançon. De pauvres montrgiiards dauphinois, qui étaient venus faucher les blés dans la campagne d'Orange , furent tous mis à mort dans la cuisine basse du château. Cent neuf personnes furent ainsi égorgées ou précipitées du haut du rocher sur lequel était construit le château , et leur sang coula en abondance par
t>E LA PRINCIPAUTK d'oraNGK. , ,^ ,
le canal de Tégoût. On les ensevelit dans une grande fosse à gauche de l'entrée du château. Le notaire Jean Travail, dont il a été parlé ci-dessus, fut épargné moyennant une forte rançon: mais on ne le dirigea pas moms sur Avignon, où il resta prisonnier un an' Il emporta avec ku les archives des princes d'Orange
Quand le château fut pris et la ville pillée, Suze y fit mettre le feu. 11 avait eu soin de s'emparer du plus beau et meilleur butin, dont il meubla sa maison. » Le château, le palais de justice, le palais épiscopal, la prevote et un grand nombre de maisons furent détruits La ville aurait même été entièrement consumée si une grosse pkue, accompagnée de tonnerres et de «rêle qu. tomba le même jour (6 juin) , n'eût arrêté providentiel ement l'incendie. Les soldats catholiques en furent s. fort effrayés qu'ils s'enfuirent au camp. Beaucoup d Orangeois cachés en profitèrent pour sortir de leurs retraites et fuir; mais leurs ennemis parvinrent à les rejoindre et les mirent tous à mort après les avoir rançonnes. Dans les villages et les fermes avoisinant Orange les mêmes excès se reproduisirent. Les campagnes étaient jonchées de cadavres. Les mieux traités lurent faits prisonniers.
On compta en tout cent quarante-huit chefs de famille mis a mort , sans parler des femmes , des enfants , des
teTi'^'r huit ----^ons
fuient brûlées, dont cent douze en partie seulement ams, que trente-huit granges. Chose étrange et qui montre le doigt de Dieul les catholiques perdn-ent dans le massacre plus de monde que les protestants. L'armée assiégeante n'eut que dix ou douze morts. Quant au butin ,^ Il fut considérable, car .. la ville était opulente peuplée de très riches habitants, bourgeois, marchands,' artisans. « Le capitaine Hugues, qui en eut la garde
fit démolir, dès le lendemain, une bonne partie des murailles, de sorte que Latour, qui avait désiré en conserver le gouvernement de la ville, ne commanda qu'à des ruines. Aussi n'y séjourna-t-il pas longtemps.
REDDITION DE COURTHEZON. SORT DES ORANGEOIS FUGITIFS. EXÉCUTION DE PARPAILLE (1563).
Courthezon. place fortifiée de la principauté d'Orange et commandée par Tarrandol, gentilhomme dauphinois, se rendit à l'armée catholique. La garnison put sortir avec armes et bagages et fut suivie de plusieurs habitants hommes et femmes, qui prirent les uns et les autres la route du Dauphiné , mais non sans que quelquesuns d'eux fussent tués. Quant à ceux qui eurent le malheur de rester dans la ville , ils furent passées au fil de l'épée et leurs maisons pillées et saccagées.
Cependant les femmes et les enfants d'Orange , qui avaient trouvé un refuge momentané au camp catholique, y passèrent la nuit du 6 juin: mais la grosse pluie qui sauva la ville d'une entière destruction les mouilla jusqu'aux os. Plusieurs d'entre eux cherchèrent un asile dans les lieux environnants; mais on les rebuta de partout. D'autres, au nombre de deux mille environ (c'était la plus grosse troupe) , allèrent d'abord à Caderousse , où le prévôt , qui était l'oncle et le tuteur du seigneur du lieu, les secourut efficacement. Ils passèrent ensuite pour la plupart dans le Languedoc , où leurs coreligionnaires les reçurent avec une charité digne de la primitive Eglise , se rendant à la porte des bourgs et des villes où ils devaient passer pour leur apporter des vivres et se disputant l'honneur de les recevoir dans leurs maisons.
Pour ce qui est des soldats orangeois ou autres au
DE LA PRINCIPAUTÉ DORANGK. ig^
nombre de douze cents qui s'étaient arrêtés à Sérignan sans oser avancer davantage, ils tentèrent de surprendre le camp catholique sept jours après le sac de la ville. Arrivés au quartier de Granouillet, ils tirèrent force arquebusades sur l'ennemi , mais furent finalement repoussés jusqu a r Aiguës , après avoir fan essuyer de grandes pertes aux catholiques et en avoir essuyé eux-mêmes. De là ils se rendirent à Montélimar et prièrent le baron des Adrets, François de Beaumont , de tirer veno-eance du sac d'Orange, ce dom le farouche capitaine^'ne se fit pas faute comme on a pu le voir plus haut à l'histoire des protestants du comtat Venaissin.
Le malheureux Parpaille, à qui les officiers du pape en voulaient d'une façon toute particulière et qui avait été déjà cité à comparaître dès le mois de septembre i ^-6i, peu de temps après sa conversion au protestantisme, (ut emprisonné pendant plusieurs semaines, exposé en diverses fois aux yeux de la populace dans une cage de bois suspendue en l'air et décapité le 9 septembre 1561 ,i; par ordre de Serbelioni. Son corps et sa tête furent exposés sur la grande place du Palais. Tous les habitants d'Avignon allèrent les voir, les uns pour plaindre leur infortuné concitoyen , le plus grand nombre pour se railler de lui. La ville pourtant lui devait le rappel du yice-légat Jacques-Marie Sala, qui s'était rendu odieux à la population, le rétablissement de ses anciens privilèges et la création de deux foires nouvelles. Le sol de sa maison, condamnée à être rasée , fut converti en une place que le vice-légat dV\v.gnon, Laurent de Leuzi , éyêque de Terme, alla bénir solennellement, escorté d'une procession, et qu'il nomma P/jcv Pic. en Thon-
(0 Parpaille fut averti, le 8 , à lo heures du soir, qu".! allait mourir, et exécuté entre 5 et 4 heures du matin dans le grand palais, contre le puits de Trovilles (De Cambis de Velleron. Annales, t. VI, fol 46 ms )
neur du pape régnant Pie IV ijo janvier 15631. On y éleva ensuite plusieurs colonnes qui portaient des inscriptions diffamatoires contre l'infortunée victime. iMorelli et Pérussis affirment que Parpaille abjura les doctrines réformées à ses derniers moments et invoqua la vierge Marie. C'est ce qui explique pourquoi Crespin n'a pas relaté sa mort dans son Histoire des Martyrs. Sa famille obtint , du reste , la permission de lui ériger un tombeau dans l'église collégiale de Saint-Pierre où , d'après Granget, on le voit encore. En même temps que Parpaille, et à côté de lui, fut pendu le poudrier Antoine Pellegrin, d'Avignon, accusé d'avoir tenu le parti des huguenots (1).
ÉCHEC DE MONTBRUN SUR ORANGE. CRUSSOL Y ENTRE LIBREMENT. ÉDIT DE BRUXELLES. MINISTÈRE DE LAVILLE (l 562 , I 563).
Vers la fin du mois d'octobre (1562), les catholiques d'Orange qui s'étaient réfugiés à Avignon rentrèrent dans leur ville natale et firent dire la messe le jour de la Toussaint. Latour et Causans y rentrèrent aussi- et procédèrent à la nomination des consuls , des conseillers communaux et des officiers ordinaires de la principauté.
(i) Perrat, p. 129, 150, 155, 1^4; — Pérussiis , Discours des guerres, p. 41-48, 92, et dans d'Aubais, t. I, p. j)'; — Lapise. p. 291-299; — Crespin, Recueil des choses faictes durant les troubles, p. 520-540; — Morelli . Discours des guerres (ms.) ; — Crespin, Martyrologe , p. 675 . 674; — De Serres, II. part. Commentar.. p. 69 ; — Recueil des choses mémorables, p. 262- 264; — De Thou, t. III, p. 226-228; — Bèze, t. 111, p. 164-167; — D'Aubigné, t I, p. 203 ; — Justin, p. 121-127; — Bastet, p. 115. — On ne saurait trop regretter, à propos du sac d'Orange, la partialité de Pérussis et de Bastet, qui ne disent aucun mot des excès de leurs coreligionnaires, et de Justin, qui les nie. Nous renvoyons ceux qui seraient tentés d'en douter à la relation du notaire Perrat. d'Orange, qui était catholique et contemporain, et à V.'irillas, IHsl. de Charles IX, t I. p. 202. 205.
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Puis ils déclarèrent rebelles les protestants et parlèrent de se partager leurs terres. Quelques catholiques firent même acte de propriété en les ensemençant. Latour et Causans introduisirent aussi dans la place une garnison italienne et coururent sus aux protestants , dont ils tuèrent les uns et envoyèrent les autres prisonniers à Avignon, où ils étaient condamnés au gibet. L'historien Lapise fait remarquer que le prince d'Orange leur avait donné d'autres ordres.
L'année suivante (1563J, le 28 février, huit compagnies de fantassins et deux cents cavaliers, commandés par Montbrun et tirés des garnisons de Bollène , Sérignan , Piolenc et autres lieux , qui étaient aux mains des huguenots, vinrent mettre le siège devant Orange. Ils battirent la place en courtine avec les pièces de canon dont ils s'étaient emparés à la bataille de Valréas l'année précédente (i), puis ils montèrent à l'assaut; mais la garnison, forte de deux cents hommes, se défendit si vigoureusement que Montbrun fut obligé de lever le siège en laissant dans le ravelin neuf échelles , dix-huit morts et plusieurs blessés.
Un mois après, le 21 mars, les huguenots commandés par Crussol, qui a\ait été nommé gouverneur du Dauphiné depuis la trahison du baron des Adrets , furent plus heureux et entrèrent dans Orange sans coup férir. Ils n'y trouvèrent que cinq vieillards et quelques femmes , qui furent respectés tout aussi bien que les maisons de la ville, dont aucune ne fut pillée. Lts habitants , tous catholiques à ce moment , avaient fui en apprenant les succès du générai huguenot dans le Comtat.
Les huguenots du Dauphiné et du Languedoc , que
(t) Voy. page p.
VEdit de pacification d'Amhoise du 19 mars i 563 ne désarma pas, tinrent des Etats provinciaux (20 avril] et décidèrent d'affecter îooo livres au relèvement des fortifications d'Orange et d'y mettre une garnison de quatre cents fantassins et de cent chevaux à la solde du consistoire ; puis Crussol confia le gouvernement de la principauté au vaillant capitaine dauphinois Gaspard Pape, seigneur de Saint-Auban, qui eut également le commandement de toutes les places du comtat Venaissin déjà conquises ou dont il pourrait s'emparer, et lui laissa des soldats et du canon. Les protestants orangeois fugitifs rentrèrent alors dans leurs foyers , qu'ils avaient quittés depuis dix mois , et envoyèrent peu après des députés à Guillaume de Nassau, qui leur octroya un édit de pacification, daté de Bruxelles, 26 août 1563. Cet édit permettait à tous les fugitifs , quels qu'ils fussent , de rentrer dans leurs foyers et dans la possession de leurs biens, autorisait le libre exercice des deux religions , cédait aux protestants d'Orange l'église des Jacobins, autrement dit des Frères prêcheurs; décidait qu'à Courthezon , Jonquières et Gigondas des places seraient affectées par le Parlement à l'exercice du culte réformé et que les églises seraient restituées aux catholiques. L'édit interdisait en outre les différends touchant les troubles passés jusqu'à l'arrivée de commissaires spéciaux, qui en prendraient connaissance et en feraient un rapport au prince ; exhortait les habitants à vivre comme des concitoyens et des frères ; et enjoignait aux étrangers, établis depuis dix-huit mois seulement dans la Prmcipauté, de la quitter dans le délai d'un mois s'ils ne pouvaient fournir aux magistrats un certificat de leurs bonnes vies et mœurs (i).
(ij Crespin, p. 074; — Férussis, dans d'Aubais, p. ^6, 41, 45;— DeBèze, i. III, p i()7; — Li'TC contenjrit les éJits, lois, etc., des princes d'Orange (ms.).
du: la principauté u'ORANGt. ig-
C'est à cette époque sans doute que le jeune Deville qui, comme on Ta vu plus haut (ij, avait été envoyé à Genève par l'Eglise d'Orange « pour se dresser au saint ministère » commença ses fonctions.
' ACTES d'hostilité DE SERBELLONI CONTRE ORANGE. DÉPUTATION DES ORANGEOIS PROTESTANTS ET CA- THOLIQUES AUPRÈS DE GUILLAUME DE NASSAU QUI PROMET d'envoyer DES COMMISSAIRES f I 563 , I 564).
La paix fut rétablie dans le Comtat entre les protestants et les catholiques par l'entremise du maréchal François de Scépeaux , sieur de Vieillevilie , qui avait déjà fait de même en Provence; mais^ Serbelloni , qui ne se crut pas lié vis-à-vis des protestants d'Orange, se mit à faire des courses sur leur territoire (2). Les consuls de la ville le firent prier de cesser ces actes d'hostilité; mais il répondit qu'il n'en voulait rien faire et qu'on eût à bien se garder de lui. Saint-Auban , au contraire, ne sortit pas des bornes de la légalité; il n'usa point de représailles et défendit à tous ses ressortissants de faire aucune course sur le territoire papal. D'autre part , il travailla activement au relèvement des murailles d'Orans^e avec les secours en ari^:ent des é2:Iises réformées du Dauphiné et du Languedoc.
Sur ces entrefaites, les catholiques orangeois . qui croyaient avoir à se plaindre de leurs concitovens protestants . envoyèrent des députés au prince d'Orange. Ces derniers lui députèrent, de leur côté, le conseiller Beilujon , le capitaine Pierre Chabert et le viguier Jean de Virieu. Guillaume répondit qu'il enverrait de^ com-
(I) Page i8i.
[^2} Voy. page 4«).
missaires sur les lieux pour informer et statuer. Le pape fit faire aussi des démarches auprès du prince pour qu'il expulsât Saint-Auban d'Orange et y défendît l'exercice de la religion réformée. Guillaume, à cette époque, n'avait pas encore embrassé ouvertement le protestantisme.
L'année suivante (1564), le capitaine seigneur de Biron , envoyé par Charles IX pour pacifier la Provence, s'arrêta à Avignon et fut fort surpris d'y trouver les habitants en armes. On lui répondit que c'était à cause du voisinage d'Orange, qui renfermait une garnison de cinq cents fantassins et de cent cavaliers , allégation dont les consuls de cette ville lui démontrèrent facilement la fausseté.
Avant de faire partir ses commissaires, Guillaume envoya à Orange Antoine de Wolf , gentilhomme de sa maison, pour s'enquérir de la situation de la Principauté. Dès son arrivée (7 février) , ce dernier ordonna à tous les Orangeois catholiques fugitifs de rentrer au plus tôt dans leurs maisons sous peine de confiscation de leurs biens. 11 se rendit ensuite à Avignon pour conférer avec les autorités du Comtat ; mais Serbelloni lui fit dire qu'il était absent et le vice-légat ne lui donna que des réponses évasives. Découragé, Wolf retourna auprès de son prince (i i février) et hâta le départ des commissaires.
Peu après, Henry de Montmorency, sieur de Damville, gouverneur du Languedoc, envoya à Orange un gentilhomme de sa suite, Scipion Vilmercato , pour en visiter les ruines. Touchés de cette marque de sympathie, les habitants lui remirent une lettre de remerciement pour son maître (27 février).
Quant aux députés orangeois, dont il a été parlé plus haut, ils s'étaient arrêtés à la cour de France, en
hl-, 1 A l'KlNCIPÀUTH l)"(>KANfîl 19c;
revenant d'auprè> du prince d'Orange, et C>hcirles IX leur avait remis pour les gouverneurs du Daupliiné , de la Provence et du Languedoc, et également pour le vice-légat et Serbelloni , des lettres pressantes qui les priaient d'employer leurs bons offices pour rétablir la paix entre le Comtat et la Principauté. Tous promirent leur concours (et c'est ce qui motiva sans doute l'envoi de Vilmercato à Orange par Damville) : seul , Serbelloni ne voulut entendre parler d'aucun accommodement i I i.
ARRIVÉE DES COMMISSAIRES DE GUILLAUME. CONFÉ- RENCE A VALENCE AVORTÉE EN PRÉSENCE DU ROI ET DE SA MÈRE. VISITE DE RENÉE DE FERR.vRE ET DE CATHERINE A ORANGE 1 I 564),
Le 6 mars 1564, les deux commissaires du prince d'Orange arrivèrent à Orange. C'étaient Pierre de Varik, seigneur de Grippestein, et Paul de Heyst, docteur en droit. LeS, ecclésiastiques de la Principauté , sauf le vicaire général de l'évêque de La Chambre et le Vestiaire, n'avaient pas voulu rentrer dans la ville, non plus que la plupart des catholiques. Les commissaires firent tout ce qui était en leur pouvoir pour leur faire changer de sentiment ; mais Serbelloni leur défendit de retourner à Orange aussi longtemps que l'exercice de la religion réformée y serait toléré et les retint par force dans le Comtat. Voyant cela, les. commissaires du prince, qui avaient rétabli le culte catholique , qu ils suivirent d'abord, et fait prêcher des ecclésiîistiques , aiiiorisèrent le libre exercice de ia religion réformée et y prirent part; puis ils se rendirent à Caderousse pour traiter de
(i) Pénal, p. 140, 141; — Lapise. p. îi^'-^^îi.
la paix avec les officiers du pape; mais ce fut sans succès.
De retour â Orange , ils convoquèrent le Parlement pour le 7 avril et lurent un édit de Guillaume du dernier de janvier 1564, portant que Ton ne pourrait travailler ni trafiquer les jours de fêtes catholiques , non plus que vendre de la viande les jours maigres ; que les morts seraient enterrés dans leurs paroisses respectives; qu'on payerait au clergé, comme par le passé, les dîmes et les rentes ; que les prêtres et les pasteurs seraient placés sous la sauvegarde particulière du prince et ne se provoqueraient les uns les autres en aucune manière ; qu'il ne se ferait de collecte à l'issue des services religieux que pour les pauvres ; que les malades de l'une et l'autre religion seraient reçus indifféremment dans les hôpitaux ; que les ecclésiastiques catholiques jouiraient en paix de leurs biens, et que tous les vagabonds seraient expulsés de la ville.
Damville étant venu à Bagnols sur ces entrefaites, les deux commissaires se rendirent auprès de lui et lui exposèrent les difficultés que rencontrait leur mission. Pendant ce temps , Serbelloni faisait des courses de jour et de nuit dans la Principauté, « pillant, volant, meurtrissant, » dit Lapise. Peu après, Damville vint lui-même à Orange en compagnie de Vi!mercato . député de Charles IX. Ils étaient chargés des plaintes des ecclésiastiques et des catholiques fugitifs, qui prétendaient qu'on les avait chassés d'Orange , que leurs biens avaient été mis en vente et que l'exercice de la religion catholique était interdit dans la Principauté. Damville et Vilmercato s'étant assurés de la fausseté de ces allégations , le premier leur ordonna de « se retirer en leurs maisons et d'obéir aux édits de leur prince sans plus le venir fâcher; » ce qu'ils firent pour la plupart.
DE LA PRINCIPAUTÉ d'oRANGE. 201
Quant à Serbelloni , persistant dans son hostilité, il ne voulut consentir à aucun arrangement, et le recteur du Comtat , qui partageait ses vues , fit défense à ses ressortissants d'avoir aucune relation de commerce avec les Orangeois.
En présence de cette obstination , Antoine Escalin des Aimars, baron de Lagarde . se rendit lui-même à Orange, sur Tordre de Catherine de Médicis , pour s'assurer de l'état des esprits. Serbelloni lui avait également persuadé qu'on ne disait aucune messe dans la ville , que les catholiques y étaient opprimés et qu'Orange était un repaire de voleurs et d'assassins. Tout catholique ardent qu'il fût. Lagarde reconnut et convint que tout ce qu'on lui avait dit était faux , donna tort aux autorités du Comtat et promit de faire son rapport au roi. Mais il partit et ne tint pas compte de ses engagements et les consuls d'Orange lui ayant écrit que Serbelloni recommençait ses courses dans la Principauté, il ne leur répondit pas. Le conseiller au Parlement Saint-Raphaël alla le rejoindre à Montélimar peur lui rappeler sa parole; mais il se borna à lui dire que « la reine l'avait contremandé et rappelé. »
Les commissaires du prince, fort attristés de la tournure que prenaient les événements, allèrent trouver euxmêmes le roi cà Lyon ; mais la peste venait de s'y déclarer, et ils durent revenir à Orange sans avoir rien fait 16 juilletj. Catherine s'étant retirée à Crémieu en Dauphiné, de Heyst, l'un des commissaires, se rendit auprès d'elle et obtint l'assurance qu'un gentilhomme serait envoyé à Serbelloni. Quant à Charles IX, qui venait d'arriver à Valence, il invita ce dernier à se rendre auprès de lui ; mais le général des armes du pape s'excusa en disant qu'il redoutait d'être attaqué en route par les sept à huit cents hommes qui étaient en garnison à
Orange. Encore une fois le député de Catherine put se convaincre de ses propres yeux de la fausseté de cetîe allégation.
Là-dessus Varick alla trouver à Valence Charles IX, qui lui promit de le confronter avec son adversaire. Le conseil du roi ayant été assemblé , Serbelloni s'y présenta escorté du nonce du pape, en même temps que Varick , qui s'était fait accompagner du premier consul d'Orange, qui l'assistait en qualité d'avocat, et du procureur du prince. Chacun exposa ses griefs et Varick gagna à sa cause le duc de Savoie , l'ambassadeur d'Espagne, le chancelier de France, Vieilleville , la duchesse Renée de Ferrare , Crussol et François d'Agoult, comte de Sault. Mais le connétable Anne de Montmorency se rangea du parti de Serbelloni , et son fils Damville , à qui il venait de faire présent d'une pension annuelle de 5,000 écus et d'une croix d'or enrichie de diamants qui en valait 1,000, n'osa se prononcer, de -telle sorte que rien ne fut décidé.
Après cette conférence , Renée de Ferrare, qui était une zélée protestante, alla témoigner sa sympathie aux habitants d'Orange. « En l'année présente [1564] et le vendredi 15® de septembre, » dit le notaire Perrat , (( ladite dame est entrée à Orange avec son train , chariots et chevaux, en bon ordre, et équipage couvert de velours , et s'est logée dans la maison de Monsieur Laurent de Guillaumont. Ledit jour, et environ une heure de souper, ladite dame duchesse s'est faite porter par deux hommes, avec une chaise garnie de velours, à l'église des Prêcheurs d'Orange, et menait son ministre; et plusieurs de ses gentilshommes sont allés aux prières à l'assemblée. Le dimanche, 17 de septembre, ladite duchesse a fait prêcher son ministre à l'église des Prêcheurs de matin, et tous les jours allait au prêche
et aux prières, et plusieurs de ses gens allaient à la messe. Le mardi, (9 de septembre, ladite dame a donné pour les pauvres et femmes veuves 30 écus. Le mercredi , 20 dudit mois , ladite dame duchesse s'en est allée de matin avec tout son train, tirant vers Avignon. •> Perrat ajoute que Renée était une « petite femme et fort vieille. »
La reine mère, l'ambassadeur d'Espagne , le chancelier de France , Crussol , les cardinaux Charles de Bourbon et Charles de Lorraine, Philibert de Marcilly, seigneur de Cipierre et gouverneur de Charles IX , toutes les princesses et les dames de la cour voulurent aussi visiter Orange (22 septembre). Suze , qui, lors du sac de la ville, avait donné l'ordre de l'incendier fi;, s'étant joint au cortège, les Orangeois, poussés secrètement par la comtesse de Crussol et la princesse François de Bourbon de La Roche-sur-Yon , se mirent à crier en le voyant : « Justice! justice! » qui de la mort de son père, qui de celle de sa mère, qui de celle de son mari, qui de celle de ses enfants, de telle sorte que la reine mère , émue de tout ce qu'elle voyait et entendait , promit une réparation qu'elle n'accorda jamais. Charles IX avait aussi manifesté l'intention de visiter Orange; mais les ennemis de Guillaume l'en dissuadèrent, et il descendit le Rhône jusqu'à Avignon, sans s'y arrêter (24 septembre).