‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 3)Chapitre 24 sur 65 · LE DÉSERT · texte numérisé non relu

LE DÉSERT

MISSIONS DE l'ÉVÊQUE DE VAISON (1685).

Boyer de Sainte-Barbe (2) nous apprend que François Genest , évoque de Vaison, entreprit, immédiatement après la révocation de l'édit de Nantes, plusieurs missions pour la conversion des protestants de son diocèse : (( Il les obligea, » dit notre historien, « de lui rendre les lij^res hérétiques qu'ils avaient... et leur fit

(i) Benoît, t. H, p. ^'7, 92, 95, 157; t. III, p. 106, et Pièces justificatives, p. 574; Bouchitté, Négociations, p. 54, 762; Aymon, t. I, p. 427; t. II, p. r2; Recueil de pièces pour servir à l'histoire d'Avignon (Bibl. nat., fonds)Brienne, n° 8ç) -, Bulletin de la Soc., etc., vol. XXIX, p. 265; Barjavel. Dictionnaire , t. I, p. 153 ; Sommaire de toutes les délibérations des trois Etats, etc. (ms.).

(2) Hist. de régi, cathédrale de Vaison, I. I , p. 187.

distribuer des livres de piété , de controverses familières, les Psaumes et le Nouveau Testament en Français, que Louis XIV avait fait imprimer et départir à tous les évêques de son royaume pour ce sujet. Le résultat de son prosélytisme aurait été plus considérable sans la guerre qui commença en 1688 (i) et qui obligea le roi de se saisir du comtat Venaissin le 29 de septembre , aussi bien que de l'évéque de Vaison comme d'un homme suspect dans sa foi et par les relations secrètes qu'il avait avec les ennemis de l'Etat. »

Dix ans plus tard , Louis XIV et les autorités du Comtat s'entendaient à merveille pour empêcher les protestants des provinces avoisinant la principauté d'Orange de s'y rendre pour remplir les devoirs de leur religion, et nous voyons, en 1699, les Etats du pays décider qu'on « remboursera aux communes ce qu'elles ont dépensé pour les ustensiles des soldats qu'on tenait dans les lieux pour veiller et empêcher que les huguenots de France eussent communications avec ceux de la principauté d'Orange. »

MESURES DE PRÉCAUTION CONTRE LESCAMISARDs( I 704).

Pendant la guerre meurtrière des Camisards , en mars 1704, l'abbé Banchiéry, vice-légat d'Avignon f^t petit neveu du pape Clément IX, « prit toutes les mesures possibles, » dit Louvreleuil (2) , « pour empêcher qu'aucun des rebelles ne pût entrer dans cette ville ni dans le comtat Venaissin , soit pour s'y réfugier soit pour y prendre des munitions. Il fit faire le dénombre-

(i) Il s'agit de la rupture de Louis XIV avec le pape, à l'occasion du droit de franchise que le premier voulait réserver à l'hôtel de son ambassadeur à Rome, et également de la guerre de la France avec les princes confédérés d'Augsbourg.

(2) Le fanatisme renouvelé, éd. d'Avignon, 1868, t. 111, p. 29-51.

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ment de tous les étrangers et défendit aux hôtes , de même qu'à ceux qui tenaient auberge ou qui louaient des chambres garnies de recevoir personne sans sa permission ou celle de quelqu'un des capitaines de quartier. MM. les consuls et assesseurs voulant seconder les bonnes intentions de Son Excellence , firent assembler le conseil et l'on y choisit pour cet important emploi sept gentilshommes distingués par leur ancienne noblesse, par leur âge un peu avancé, par leur expérience reconnue, par leur probité incorruptible et par plusieurs autres qualités. Chacun d'eux se chargea de veiller sur tout ce qui se passerait dans son département. . . Le vice-légat, de son côté, fit une semblable visite dans les places frontières du comtat Venaissin. Il fut à Sorgues, à Caderousse , à Piolenc , à Mornas , à Bollène, à La Palud, à Sainte-Cécile et à Sérignan. Partout il fit passer les habitants en revue, dressa des compagnies de milice et nomma des officiers pour les commander. »

Cv-'NVERSIOiN DE VERNET AU CATHOLICISME (1740).

Jusqu'à Tannée i740, nous ne trouvons plus aucun fait relatif à l'histoire des protestants du comtat Venaissin ; mais à cette date eut lieu la conversion au catholicisme de François Vernet, qui fit grand bruit. Natif de Genève et appartenant à une des familles les plus considérables de cette ville (i), Vernet, qui avait un frère cadet, nommé Jacob, ministre et professeur de belleslettres et d'histoire à l'académie de Genève, puis de théologie, embrassa la carrière du commerce et réalisa une fortune de plus de 250,000 livres. La chute du système des billets de banque et la peste de Marseille

(1) Sur la famille Vernet, oi Iginaire de Seyne en Provence, voy. La France protcslante, vol. IX. p. 466.

ayant presque entièrement ruiné sa maison , il s'établit dans diverses places de commerce pour refaire sa fortune, notamment à Livourne, et se fixa en dernier lieu à Marseille, où l'un de ses frères, qui était également dans le commerce, l'attira pour mettre à profit son expérience. Au bout de cinq ans ayant, suivant son dire , beaucoup à se plaindre de son frère , il fut oblige de le quitter et fonda une maison pour son propre compte , quand, le 13 décembre 1737, le comte de Saint-Florentin, ministre et secrétaire d'Etat, l'exila hors du royaume par une lettre de cachet sur une dénonciation qui le représentait comme « un séducteur, un turbulent, un séditieux , qui n'avait , dans Marseille , ni commerce , ni feu, ni lieu , » et ajoutait qu'il était calviniste et n'avait pu vivre avec un frère qui lui faisait beaucoup de bien. Réfugié à Avignon , Vernet fit faire des instances nombreuses, mais inutiles, auprès du ministre, pour être admis à se justifier, soit devant Jean-Baptiste Des Gallois, seigneur de La Tour, intendant de Provence, soit devant le Parlement d'Aix; mais les députés que la république de Genève avait à cette époque à Paris ne jugèrent pas à propos de s'occuper de lui. Sur ces entrefaites, un ami lui conseilla de lire V Histoire des variations du protestantisme de Bossuet, qui le troublèrent, dit-il, au point de lui faire perdre le sommeil « et presque toute envie de manger et de boire. » Les écrits des plus savants théologiens protestants n'ayant pu lui rendre le repos, il continua à examiner les preuves sur lesquelles reposaient les deux religions et demeura finalement convaincu « que la religion catholique était la seule qui eût des fondements certains et de toute évidence ; qu'elle était, par conséquent, la seule véritable ou qu'il n'y avait point de religion. » Le 25 mai 1740, Vernet communia sous les deux espèces, reçut, le

ip HISTOIRE DES PROTESTANTS

2 avril, la confirmation avec l'assistance du marquis de Brantes, qui avait voulu être son parrain, et , le lo octobre , publia le motif de son changement de religion dans un opuscule devenu rare, daté d'Avignon, lo octobre 1740, dédié à François Maurice de Gonteri, archevêque d'Avignon, et intitulé : Lettre apologétique dans laquelle le Sr. François Vernet , négociant^ expose à M. Jacob Y émet , son Frère , Ministre et Professeur en Belles-Lettres à Genève^ les motifs qui l'ont porté à abjurer l'Hérésie de Calvin; et à embrasser la Religion Catholique, Apostolique et Romaine , à Avignon , chez Charles , Giroud, seul imprimeur de Sa Sainteté. M.D.CC.XL. 214 pages, in- 12 (i). Avec permission des supérieurs (S. de Fosseran , vicaire général , et F.-N. Bermond , inquisiteur général d'Avignon).

Vernet avait à cette époque une fille de vingt-quatre ans , qui n'avait pas voulu suivre son père à Avignon. Pour l'obliger à le rejoindre, il ne craignit pas de recourir à la force, et, quatre mois plus tard, Saint-Florentin chargeait le résident de France auprès de la république de Genève de la faire venir en France, « parce que, » dit-il , « il est de droit naturel qu'un père puisse réclamer sa fille et l'avoir auprès de lui. » Si M'^® Vernet avait été catholique et son père protestant , le ministre aurait vraisemblablement trouvé qu'il est de droit naturel qu'une fille, âgée de vingt-quatre ans, demeure maîtresse d'elle-même.

L'année suivante , Vernet publia uiie deuxième lettre de controverse à son frère sous ce titre : Seconde lettre apologétique du S^- François Vernet, négociant et nouveau Converti à la Religion Catholique , Apostolique et Romaine, à Mr. Jacob Vernet, son Frère, Ministre, Profes-

(i) Seconde édition, IVlarseiiie, 1741, in-12.

DU COMTAT VENAISSIN. l}}

seur en Belles-Lettres^ et Recteur de l'Académie des Sciences à Genève , dans laquelle il se propose de lui prouver l'usage perpétuel de la Prière pour les Morts, et la constante créance du Purgatoire dans P Eglise Universelle. A Avignon, de rimpr. de François Girard et D. Seguin, Place Saint-Didier. Et se vend à Marseille, etc., 1741 , in- 12, 173 pages. — Cette seconde lettre est datée de Marseille, 10 juillet 1741.

En 1742 parut une Troisième lettre apologétique du S^ François Vernet, dans laquelle il expose à Is. Vernet, son fils , l'impression qu'a fait sur lui le Parallèle de la Voye d'Examen soutenue par les Protestants , avec la Yoye d'Autorité propre à l'Eglise Romaine. Avec une Lettre (datée d'Avignon, i^"" septembre 1742), adressée à M. Jacob Vernet, son frère, etc. A Avignon, de l'Impr. de François Girard, etc., 1742, 203 pages, in-12. — A la fin de l'écrit se trouve un Extrait de trois Lettres du Sr. Is. Vernet pour justifier le Sr. François Vernet, son Père, sur la prétendue séduction, ou violence, dont quelques Calvinistes l'accusent d'avoir usé envers lui , pour le porter à renoncer à la Religion prétendue reformée. — Dans cet Extrait, François Vernet raconte que son fils Isaïe, âgé de vingt-trois ans et natif de Genève , étant arrivé de Leogane dans l'île de Saint-Domingue , à Marseille , le 24 juillet 1741, apprit la conversion de son père, et, désireux d'en connaître les motifs , lut les deux premières Lettres apologétiques qu'il avait publiées et la Troisième, qui était encore en manuscrit, et fut gagné par elles au catholicisme. Il ajoute que son fils fut confirmé dans sa nouvelle foi par la lecture des ouvrages de Bossuet, mais non sans ressentir, a de temps en temps, des retours de ses premières inquiétudes ; » qu'il abjura le protestantisme le 25 février 1742 à Aix, dans l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, entre les mains de l'ar-

chevêque de cette ville; qu'il « se rendit, peu de jours après à Avignon pour achever de s'instruire à fond des grandes vérités de la Religion sainte qu'il venait d'embrasser; » qu'il fit sa confession générale et, le i®"" avril, <( reçut le sacrement de confirmation, étant assisté de M. le comte de La Bastie, qui voulut bien, par un effet de sa charité, lui servir de parrain. »

Nous ne pensons pas que Vernet fût capable de composer les trois Lettres apologétiques, qui paraissent avoir été écrites par Antonin Léorat, mineur conventuel de Saint-François d'Annonay , qui publia divers traités de controverse, dont l'un. Le Triomphe de la fol catholique^ parut sous le pseudonyme même de Vernet.

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