DEUX LIVRES DE CONTROVERSE
A peu près vers le même temps, on publia à Avignon trois livres de controverse qui ne visaient pas spécialement les protestants du comtat Venaissin.
Le premier est intitulé : Lettres d'un nouveau Catholique à quelques personnes de la Religion Prétendue Réformée pour les engager à se réunir à l'Eglise Catholique^ Apostolique et Romaine , seule Eglise où l'on puisse faire son salut et pour répondre à leurs difficultés; A Avignon, chez Jean Niel, imprimeur-libraire, Rue des Fourbisseurs, 1744, in- 18 (132 pages). — Ces lettres, au nombre de six, sont adressées, les deux premières à Madame de ***; la troisième et la quatrième à M. de ***, avocat ; la cinquième et la sixième à M. de ***, gentilhomme des Cévennes.
Le deuxième livre est intitulé : Lettre d'un curé ^ à ceux de ses paroissiens qui professent la Religion prétendue Réformée. A Avignon, chez Jean Niel, etc. ; 1745, 24 pages, in-i2. — Suivant l'auteur, les obstacles qui
DU COMTAT VENAISSIN. l y-,
s'opposent à la conversion des protestants sont : i" les préjugés de la naissance et de l'éducation ; 2° la fausse liberté que donne la R. P. R. ; 3° le respect humain. Regrettant la tolérance qui commençait à se faire heureusement sentir en France, l'auteur s'écrie assez naïvement : « Les circonstances du temps, mes très chers frères , qui vous paraissent si favorables , sont cependant très fâcheuses pour vous. La liberté de vos assemblées , la vaine espérance de voir vos temples relevés vous rejettent plus profondément que jamais dans les ténèbres d'oij vous commenciez de sortir. Plusieurs de vous qui semblaient être sincèrement réunis à la vraie Edise ont roussi de rester dans son sein , et vous regardez leur rechute comme une véritable conquête ; vos enfants ont renoncé à nos instructions... »
Le troisième livre de controverse a pour titre : Entretiens de deux anciens de la religion prétendue reformée^ sur quelques matières de Religion. A Avignon , chez Dominique Seguin, imprimeur-libraire, place Saint-Didier. M.DCC.XLV. Avec permission. — L'auteur assure que son livre n'est pas une fiction et que « les interlocuteurs sont deux personnes dont on n'a déguisé que le nom, sans rien changer au langage. » Les six entretiens dont est composé le volume sont intitulés : i . Des ministres; 2. Des sacrements; 3. De l'infaillibilité de l'Eglise; 4. Différence entre l'Eglise catholique et les sociétés protestantes ; 5. Avec quel soin les prétendus réformés évitent d'être désabusés ; 6. Artifices qu'on met en œuvre pour empêcher une conversion.
IMPRESSION CLANDESTINE DE LIVRES PROTESTANTS A AVIGNON (l74))-
Chose étrange! pendant que paraissaient à Avignon
ces livres de controverse, Joseph François OfFray, imprimeur-libraire de la même ville , ainsi que son fils , imprimaient des ouvrages protestants , notamment un Catéchisme et un Nouveau Testament. Le procureur géhéral du pape , le soupçonnant depuis longtemps de violer à cet égard les règlements des vice-légats , avait fait faire diverses perquisitions dans sa maison et dans sa boutique, mais sans rien y découvrir de suspect. Dernièrement , toutefois , il avait acquis la certitude cu'Offray venait de faire passer à Nîmes, par Joseph Gilli , messager de la ville d'Avignon et « porteur de Montpellier, » « sous une fausse lettre de voiture, » deux ballots de Nouveaux Testaments, qui furent saisis (( à la Bourgade de Nîmes » sur le fourgon dudit Gilli. Le procureur général déposa en conséquence une plainte criminelle contre OfTray le 23 avril 1745 , « attendu , » disait-il , a que de tels crimes ne doivent pas demeurer impunis, étant commis dans une ville sous la domination du Saint-Siège par un sujet du pape. » Huit autres personnes de Nîmes furent accusées d'avoir facilité le port et la vente des livres d'Offray , savoir : Bourrillon , fileur ou moulinier en soie; Boissier, faiseur de bas; Verdeillan fils, faiseur de peignes pour les cardeurs, tous les trois contumaces ; Guillaume Issoire, meunier, prisonnier; Antoine Tourteau, marchand-commissionnaire (ce dernier habitait Beaucaire) , décrété d'ajournement ; Gabrielle Méric , hôtesse des Trois- Maures , décrétée de prise de corps et élargie à la charge de se représenter; François Lombard, voiturier, de même ; Jean Colombe , revendeur d'agneaux , prisonnier. Dans le procès intervint aussi un libraire et relieur de Nîmes , nommé Charles Duyrat , qui fit une déposition contre Ofîray et ses coaccusés. Nous ignorons la fin de la poursuite ; mais il est vraisemblable
qu'Offray, qui, au premier signal, avait quitté le comtat Venaissin, fut condamné à une peine rigoureuse, ainsi que ses complices (i).