‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 27 sur 93 · SADOLET ET LES VAUDOIS ( I Ç 4 1 , I · texte numérisé non relu

SADOLET ET LES VAUDOIS ( I Ç 4 1 , I

En adressant leur confession de foi à Sadolet par messagers exprès, les Vaudois l'accompagnèrent d'une

(1) On pense que c'est en 1Ç4J , car, ainsi qu'on le verra plus loin, les Vaudois envoyèrent à cette époque une députation à François Ier. Cette confession de foi , qui fut lue au Parlement de Paris en 1 ç 5 ç , se trouve, avec des variantes peu importantes : en latin, dans Ch. Dumoulin, Prima pars tractatus de origine, progressu et excellentia Regni et Monarchiœ Francopum et coronœ Francix , p. 95-101, Lugduni, 1564, in-40; — en français, dans Perrin, p. 87-90; Léger, p. 109 et 1 10 : le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français , t. VIII , p. 500-509, d'après un manuscrit du seizième siècle; Ch. Schmidt, Zeitschrift fur die historische Théologie, t. XXII, année 18? 2, p. 2î6-2;8, d'après une copie du temps. — Il se pourrait toutefois, nonobstant l'hypothèse que nous émettons dans cette note, que les Vaudois eussent envoyé deux confessions de foi à François Ier : en H41 , celle que donne V Histoire mémorable; en 1543 , celle que Dumoulin a publiée pour la première fois.

(2) De Mâcon en 1544, et d'Orléans en ifço.

requête où ils suppliaient le prélat d'en prendre connaissance et de leur marquer les points qu'il trouverait contraires aux saintes Ecritures , ajoutant que , dans le cas où il les convaincrait d'erreur , « non seulement ils se soumettraient à abjuration , mais à telle peine qu'on les voudrait condamner. » Ils disaient , en outre , que si un juge quelconque du comtat Venaissin pouvait établir, « par bonnes informations, qu'ils eussent tenu doctrine scandaleuse » ou pratiqué une autre religion que celle qui était coutume dans leur confession de foi, il lui plût de le leur faire savoir, s'offrant à obéir en tout ce qui serait juste et raisonnable.

Sadolet était un homme vertueux, docte, et le bienfaiteur de son diocèse. Il jouissait , en cour de Rome et ailleurs, d'un grand crédit et pratiquait le principe de la tolérance. Il aurait voulu éviter le schisme et écrivit plusieurs lettres à ce propos à Georges, duc de Saxe (1), et aux Génevois (2). Dans cette dernière, il appelle les habitants de Genève ses « très chers frères en Christ. » En 1539, le pape lui envoya des pouvoirs pour rechercher et châtier les luthériens de son diocèse ; mais il répondit (3) à Alexandre Farnèse , archevêque et légat

(1) Le 21 septembre, le 27 octobre et le 30 novembre 1538 (Herminjard, t. V, p. 26 , note 24).

(2) Le 18 mars 1539 (Herminjard, t. V, p. 261).

(3) Le 29 juillet 1539 (Herminjard, t. V, p. 361-363 ; Sadolet, Epist. 779). Il paraît que Sadolet se départit quelques années après de sa mansuétude ordinaire, car le cardinal Cartésius lui écrivait de Rome le Ier juillet 1544 : « Vous employez presque tout votre temps à comprimer et détruire l'impiété des hommes corrompus. » Calvin écrivait également à Myconius le 20 juillet 1J46 : « J'apprends aussi que Sadolet se comporte très cruellement en Provence envers le Seigneur ; je n'attendais pas cela d'un homme humain » (Calvini opéra, t. XII, p. 363). L'évêque de Carpentras sollicita même du pape et obtint des mesures répressives contre les Juifs de son diocèse et composa un traité contre eux (Granget , Histoire du diocèse d'Avignon, Avignon, 1862, in-8°, t. II , p. 47). Ce qu'on ignore également , c'est que Sadolet avait mené une vie licencieuse à Rome dans sa jeunesse. Voyez Philippe Beroald, lib. I ■

d'Avignon, qui les lui transmit : « J'userai de ces pouvoirs si c'est nécessaire ; mais je m'appliquerai à ce que ce ne soit pas nécessaire... Ce n'est pas la crainte et le châtiment, mais la vérité même et surtout la douceur chrétienne, qui arrachent aux méchants la confession d'une erreur, qui est plutôt dans le cœur que sur les lèvres... Le pape pourra-t-il faire croire qu'il persécute les luthériens dans ses Etats par amour de la religion, lui qui favorise si fort les juifs dans ces mêmes Etats?... Je suis le pasteur de mon peuple et non pas un mercenaire. »

Sadolet reçut avec bonté les messagers vaudois et leur répondit en substance : « J'ai lu votre requête et les articles de votre confession. Il y a beaucoup de matière, et je n'ai pas entendu que vous soyez accusé d'autre doctrine que celle même que vous confessez. Il est vrai qu'aucuns ont fait bruit et vous imposent choses qui étaient grandement à reprendre ; mais quand on a fait diligente inquisition , on a trouvé que c'était tout calomnie et" faux rapport. Au reste de vos articles , il me semble y avoir quelques mots qu'on pourrait bien changer sans préjudice de votre confession , et semblablement il me semble qu'il n'était pas besoin de parler si manifestement contre les pasteurs de l'Eglise. Quant à moi, je désire votre bien et serai marri si on vous détruit comme on l'a entrepris. »

La confession de foi étendue que les Vaudois adressèrent à Sadolet , aussi bien que celle plus concise qu'ils présentèrent au Parlement , reconnaît , comme tous les autres formulaires protestants de cette nature du seizième siècle, l'autorité souveraine de la Bible, le

Carminum, ode à Jules de Médicis , et Menagiana , t. II , p. 128, 129 (De Cambis de Velleron, Annales de la ville d'Avignon, t. IV, fol. 277).

péché originel , la régénération par le Saint-Esprit , la justification par la foi agissant par les bonnes oeuvres , la rédemption par Jésus-Christ, seul médiateur, les sacrements du baptême et de la sainte Cène.

L'évêque de Cavaillon , animé d'un tout autre esprit que celui de Carpentras et mécontent de ce que l'exécution de l'arrêt de Mérindol était constamment différée, requit le vice-légat d'Avignon de donner suite à la sentence rendue dans cette ville contre les Vaudois de Cabrières du Comtat, et portant que ce village serait détruit et tous ses habitants passés au fil de l'épée. Les troupes se mirent donc en marche et n'étaient même plus qu'à une lieue de Cabrières, quand Sadolet, se rendant en hâte auprès du vice-légat, lui montra la requête et la confession de foi des Vaudois , et obtint que l'armée se retirerait sans faire de mal aux habitants de Cabrières (1542). Il partit ensuite pour Rome, mais non sans avoir mandé auparavant auprès de lui quelques-uns de ses fermiers vaudois (il n'en voulait pas d'autres pour ses terres), et plusieurs habitants de Cabrières, auxquels il déclara qu'il communiquerait leurs articles de foi aux cardinaux, et espérait qu'un concile serait convoqué pour la réformation des abus de l'Eglise. Il leur recommanda, en terminant, d'être prudents, parce qu'ils avaient beaucoup d'ennemis.

A son retour de Rome , les Vaudois furent bien chagrins d'apprendre de Sadolet qu'on songeait moins, dans la cité papale, à une réformation de l'Eglise qu'à la continuation de la lutte contre tous ceux qui ne voudraient pas vivre selon les ordonnances de l'Eglise romaine. Le cardinal ajoutait, néanmoins, qu'à son sens les abus ne pouvaient durer encore longtemps, en présence du grand nombre de nations qui connaissaient les saintes Ecritures. Le trésorier de Carpentras, celui-là

même qui avait été chargé de payer les troupes destinées à opérer contre les Vaudois, tenait à ces derniers le même langage et les favorisait de tout son pouvoir. Aussi fut-il obligé de résigner ses fonctions.

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