‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 32 sur 93 · EMIGRATION DES VAUDOIS ( I · texte numérisé non relu

EMIGRATION DES VAUDOIS ( I

Les Vaudois , réfugiés dans les montagnes du Léberon ou de Vaucluse, et composés surtout des habitants

(1) « Est chose très assurée qu'il y eut plus de quatre mille personnes mises à mort, lesquelles , sans faire aucune résistance , requéraient miséricorde » (Sarpi, Histoire du Concile de Trente, 2e éd., 1635, p. 136).

(2) L'expédition contre les Vaudois ne faisait pas oublier au Parlement les autres luthériens de Provence, car nous le voyons condamner à la prison , par son arrêt du 29 janvier 1545, un religieux de Tordre de Saint-Dominique, nommé Mutonis . accusé d'hérésie (Arrêtés... des registres secrets... du Parlement d'Aix, bibl. d'Aix , mss. 907). Il déclara coupable d'hérésie, par un autre arrêt, Etienne Boniface , citoyen de Marseille, qui paraît avoir été un maître artisan , et confisqua ses biens. Sa maison fut adjugée au prix de 820 écus d'or, une autre maison i4oécus, son établi 191 écus , etc., le tout 2640 livres, 19 sols tournois (Arch. des Bouch.-du-Rhône, B, 229; 14 juillet iç4)).

de Mérindol, durent prendre un parti, car depuis l'ordonnance de d'Oppède du 24 avril, ils ne trouvaient ni vivres ni abri. Plusieurs, pressés par la faim, se vendirent; « d'autres se cachèrent chez de braves gens qui n'hésitèrent point à exposer leur propre vie pour les arracher à la mort (1); » mais le plus grand nombre cherchèrent un refuge auprès de leurs frères du Piémont ou à Genève.

Dans cette dernière ville, on les reçut avec beaucoup d'humanité. Jean Perrier, leur pasteur, raconta comment il avait été contraint de se sauver en chemise et, le 14 mai 1 545 , il lui fut alloué par le Conseil un secours de 4 écus. On le nomma ensuite pasteur à Bossey- Neydans. Le Conseil vota aussi 10 écus pour soulager ses compagnons d'infortune, indépendamment d'une collecte générale qui fut ordonnée à cette occasion (2). Un autre pasteur réfugié, nommé Nicolas, que le réformateur Viret estimait fort, fut nommé, semble-t-il , dans une église du canton de Vaud (3).

Pour donner aux Vaudois les moyens de gagner honorablement leur vie , on les fit travailler aux fortifications de Genève. « Environ ce temps. » dit curieusement Michel Roset (4), « furent mis en œuvre à faire les fosseaux (fossés) de la ville les pauvres de Mérindol et de Cabrières, qu'on avait logés à l'hôpital pestilentiel : Dieu bénissant leur labeur, car ils étaient nourris et se voyait-on croître l'ouvrage qui leur était mis en main, sur lequel ils invoquaient Dieu de soir et de matin et

(1) Lettre de Calvin à Bullinger du 24 juillet 154,' (Cahini opéra, t. XII , n° 664).

(2) Reg. du Conseil, vol. XL, fol. 114. (?) Calvini opéra, t. XII, n»' 692 et 706.

(4) Chroniques de Genève, chap. 59 (mss. des archiv. de l'Hôtel-de-Ville de Genève) ; - Reg. du Conseil, vol. XLVIII, fol. çi, jj.

à leur réfection (repas). Ils introduisirent la façon du pays, chacun selon son œuvre, et non à journées, par le moyen de petits marreaux (jetons) de plomb qu'on livrait pour chaque voyage ; tellement que celui qui était las de travail se pouvait retirer à quelle heure qu'il voulait, et, si était payé, rendait les marreaux. »

Neuf ans plus tard , les Vaudois réfugiés prièrent le Conseil de leur alberger les terres incultes qui se trouvaient dans les mandements de Jussy, de Peney et d'ailleurs; ce qui leur fut accordé par décision du 10 mai 1 554 du conseil des Deux Cents.

Les Vaudois qui se retirèrent auprès de leurs frères des Vallées vaudoises du Piémont furent également « reçus avec toutes sortes d'assistances possibles, » dit l'historien Gilles (1).

PLAINTES INUTILES DE Mme DE CENTAL AU ROI , QUI APPROUVE L'EXPÉDITION (i 545).

Cependant Mmede Cental, dont la fortune avait subi un grave dommage de l'expédition contre les Vaudois, se plaignit à François Ier des excès de d'Oppède qui, d'après elle, n'avait agi que par ambition et cupidité, et parce qu'il n'avait pu obtenir la main de sa fille pour un de ses parents. Comme cette dame avait rendu de grands services à la France en laissant passer librement les troupes royales par ses terres de Demonte, Roqua Sparvera et Centalo dans le marquisat de Saluées, sur le revers oriental des Alpes, François Ier demanda, le 10 juin 1 545, au Parlement d'Aix le procèsverbal de l'exécution et une copie de l'arrêt de contu-

(1) Pages 49 et $o.

mace, malgré les instances de de Pourrières, que d'Oppède avait envoyé à la cour pour contre-balancer l'effet de la plainte de M,ne de Ccntal, et qui, dés le 26 avril, avait été félicité de ses exploits par le cardinal de Tournon , l'implacable ennemi des Vaudois et des luthériens.

La reine de Navarre, la célèbre Marguerite, ne fut pas étrangère sans doute à la détermination de son royal frère. Farel écrivait à Calvin , dans une lettre du 1 5 mai 1 545 (1), que de Pourrières s'étant rendu auprès d'elle pour lui raconter le massacre des Vaudois, « elle versa beaucoup de larmes sur le malheureux sort des pieux, accueillit durement le messager et menaça le président d'Oppède en disant : « Votre beau-père a arrangé tout cela; mais moi je m'efforcerai de faire en sorte que celui qui a fait le mal prenne la fuite plutôt que les autres ; » et Pourrières étant tombé sur l'heure à ses genoux , elle ne lui dit point de se relever. Quant à François Ier, après avoir ouï le récit de Pourrières , il dit cyniquement : « C'est une belle délaite. »

Le Parlement ayant répondu à la demande du roi que c'était aux exécuteurs de l'arrêt à rendre compte de leur commission, Lafond rédigea un procès-verbal chargé des plus odieuses calomnies contre les Vaudois, auquel de Tributiis ne voulut pas apposer sa signature. De Badet seul y mit la sienne. Lafond porta lui-même le procès-verbal au roi et le procureur général de Piollenc adressa de son côté une requête à François Ier pour le prier de renvoyer Mme de Cental des fins de sa plainte et d'ordonner au Parlement de détruire entièrement les Vaudois, ou tout au moins de les expulser en

(i Cjli'ir.i opéra, vol. XII, nn 643.

masse, sous peine du feu pour ceux qui se refuseraient à partir. Dans une seconde requête, conçue à peu près dans les mêmes termes, de Piollenc priait le roi de décharger les conseillers commissaires de la responsabilité de l'exécution de l'arrêt. Ces deux pièces furent rédigées par d'Oppède lui-même.

Lafond eut la triste audace d'affirmer au roi que tous les habitants des villages brûlés ou saccagés étaient connus et avaient été jugés comme hérétiques, et, soutenu par le cardinal de Tournon , il obtint du roi des lettres patentes d'approbation.

Ces lettres, datées du 18 août 1545 (1), pardonnaient aux Vaudois prisonniers qui abjureraient leurs erreurs , ordonnaient l'extermination de ceux qui, étant en fuite, ne se présenteraient pas devant le Parlement pour faire leur soumission , et mandaient au comte de Grignan et à d'Oppède, qui le remplaçait provisoirement comme lieutenant général, de prêter main-forte au Parlement, si besoin était.

Fort de ces nouveaux ordres, d'Oppède leva quatre cents hommes , et le Parlement ratifia de son côté les arrêts précédemment rendus. Lagarde, qui avait besoin de forçats pour ses galères, écrivit à d'Oppède d'activer le jugement des prisonniers, de telle sorte que, sur l'ordre du président , tous les procès touchant les Vaudois furent vidés avant qu'aucune autre affaire criminelle vînt en délibération. Feignant ensuite des sentiments d'humanité, il se rendit à Marseille pour visiter les forçats , et leur fit donner un médecin. Le roi le félicita de son bon ordre , et le pape de la manière habile et énergique dont il avait mené l'expédition.

(1) Frossard les donne in extenso, p. 19Ç à 200.

ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 8l

DÉMARCHE DES ALLEMANDS ET DES SUISSES EN FAVEUR DES YAUDOIS (i). RÉPONSES DE FRANÇOIS Ier. DÉVOUE- MENT DE CALVIN (l 54), 1 546).

La nouvelle du massacre des Vaudois et du saccagement de leurs villages fut apportée à Genève par un messager à la fin d'avril (2). Calvin en fut atterré. « La chose a été si atroce, » écrit-il à Farel (3), « que j'en suis stupéfait en y pensant. Tant s'en faut que je puisse l'exprimer par des mots. » Mais, sans se laisser aller à des regrets stériles, le grand Réformateur songea immédiatement aux moyens de venir en aide à ses frères malheureux. Après en avoir délibéré avec le Conseil le 4 mai, il fut convenu qu'il se rendrait immédiatement, au nom de ce dernier, à Berne, Baie et Zurich, auprès des églises helvétiques, et à Strasbourg « pour obtenir quelque subvention en faveur des Vaudois et afin de disposer lesdites villes à envoyer des ambassadeurs au roi pour le prier de faire cesser cette persécution (4). »

Il donna rendez-vous à Farel à Berne pour remplir sa mission avec lui et partit le 5 mai (5). Le 1 2 il était à Zurich, où il exposa en détail aux seigneurs du Conseil le massacre immense qui avait été commis et les noms des bourgs et villages incendiés ou saccagés. Profondément émus de son récit, les seigneurs convoquèrent pour le 21 à Aarau une assemblée générale des cantons de Berne, Bâle, Schaffouse, Saint-Gall, Zurich

(1) Ruchat (t. V, p. 2>j), qui rapporte quelques-unes de ces démarches, se trompe en affirmant qu'elles eurent lieu avant le massacre. (2 Cabini opéra, vol. XII, n° 636.

(?) IJcm, n° 6J9.

(-0 Extraits des reg. publics de la Rcp. de Genève, t. I , p. 162 (mss. de l"Hùtel-de-VilIe).

(5) Calvini opéra , vol. XII, n° 6jç.

et autres à l'effet de délibérer sur l'envoi d'un message au roi de France en faveur des Vaudois. De Zurich , Calvin se rendit à Bâle , et, de là, à Strasbourg, pour persuader au conseil de cette ville d'adresser, de son côté , des remontrances à François Ier au nom des princes et des villes de l'Empire germanique (i). Il revint ensuite à Aarau pour assister à la diète.

Tous les députés ne se montrèrent pas également disposés à agir. Quelques-uns objectèrent à Calvin que le bruit s'était répandu que le roi avait sévi contre les Vaudois parce qu'ils avaient refusé de payer les dîmes ecclésiastiques. Calvin leur assura que c'était « une fable impudente , » que les ennemis des Vaudois ne leur avaient jamais adressé un pareil reproche et qu'il était connu de tous que, bien que les prêtres établis au milieu d'eux n'exerçassent de fait aucune fonction de leur ministère, ceux-ci n'avaient jamais cessé d'être rémunérés. « Ils ont toujours eu , » ajouta le Réformateur, « des hommes prudents et modestes, aux sages conseils desquels ils déféraient. » Puissamment secondé par Bullinger, pasteur à Zurich, Calvin obtint de la diète qu'elle enverrait une députation au roi (2).

Les Strasbourgeois furent les premiers à mettre la main à l'œuvre et écrivirent à François Ier une lettre assez ferme pour le prier de faire cesser les persécutions dont souffraient les Vaudois; mais ce dernier leur opposa un refus sévère et fier, comme le prouve la réponse suivante (3) :

« A nos chers et particulièrement bons amis et conseil de la ville de Strasbourg,

•) Chers et particulièrement bons amis, nous avons reçu

(1) Cahini opéra, vol. XII , n° 642.

(2) Idem, n0# 664 et 667.

(5) Nous Ja traduisons de l'allemand, car l'original français est perdu.

votre lettre, où vous nous exposez que c'est avec beaucoup de peine et d'affliction que vous avez appris la persécution tyrannique et horrible qui a été dirigée contre les Vaudois, par la considération que ce sont des gens innocents et qu'ils professent la religion chrétienne.

» Chers et particulièrement bons amis, nous vous avons souvent fait savoir que jamais nous ne nous sommes occupé, en quoi que ce soit, des coutumes et manières de voir de vos sujets ; mais, qu'au contraire, nous nous sommes montré votre bon ami dans tout ce que nous avons pu faire. En outre , nous ne nous sommes départi en rien de l'administration et du gouvernement qui conviennent à un roi pieux à l'égard de ses sujets. Nous sommes donc bien étonné de voir que vous voulez intervenir dans les disputes de nos sujets et vous en mêler, ainsi que des punitions et instructions que nous donnons contre eux; de même de ce que vous appelez tyrannie le châtiment que nous infligeons à ceux qui ont excité contre nous des révoltes et des désobéissances, tandis que, contrairement aux lois que nous observons et que nous tenons à observer dans notre royaume, ils sont intervenus activement et hostilement dans les affaires d'un des principaux Etats de notre frontière. Il nous est tout à fait impossible de reconnaître qu'ils aient suivi en cela les préceptes de l'Evangile, quoique vous disiez qu'ils l'ont accepté et le pratiquent. Du reste, nous ne vous cacherons pas que lesdits Vaudois professaient de telles erreurs que, d'après notre conviction, aucun prince et aucun Etat de la nation allemande ne les tolérerait dans son pays et territoire. De même nous ne sommes pas disposé à tolérer pareille chose dans notre pays, et nous vous prions, si vous nous écrivez dans la suite, de vous abstenir de termes si absurdes, tels que tyrannie et punitions atroces, de peur

que nous ne soyons obligé de vous répondre durement. Du reste, en considérant votre prudence connue de longue date , nous sommes étonné que vous ayez écrit cette lettre tellement à la légère. Là-dessus nous prions notre Créateur de vous garder en sa grâce, vous, nos chers et particulièrement bons amis.

» Fait à Touques le 27 juin de l'an 1545.

» Signé : François. Contresigné : Bayard (i). »

Le mois suivant, François Ier usa néanmoins de quelque modération. « Pour contenter les Allemands, » comme dit Calvin (2), il envoya un commissaire pour informer sur le massacre. « Mais que peut-on espérer de là , » ajoute le Réformateur ; « il n'y a personne à cette heure qui ose ouvrir la bouche pour soulager les misérables frères ; » et ailleurs : « aucun d'eux n'ose prétendre à voir sa famille (3). »

Deux mois et demi après, lorsque ce fut l'intérêt des princes allemands de se concilier la faveur de François Ier et également l'intérêt de celui-ci d'avoir les premiers pour alliés , ils lui envoyèrent une députation dont Jean Sturm, de Strasbourg, fit partie ; mais elle n'obtint aucun succès (10 septembre) (4).

Voyant toutefois les proportions que prenait la sympathie de l'Europe protestante pour les Vaudois, le roi fit dire à ses agents à l'étranger qu'il enverrait un commissaire en Provence pour faire des informations, et, d'autre part, il fit répandre le bruit déjà connu que les Vaudois avaient été châtiés, non point à cause de leur

(1) Calvini opéra, vol. XII, n° 66$, note.

(2) Idem, n° 664.

(3) Idem, n° 665.

(4) Idem, n° 692, note.

attachement à l'Evangile, mais parce qu'ils avaient refusé de payer la dîme aux évêques. Il ajoutait qu'ils n'étaient nullement dignes de l'intérêt qu'on leur portait. Or, l'accusation était si peu fondée que le comte de Grignan, qui avait le plus agi sur l'esprit du roi pour le pousser à exterminer les Vaudois et qui avait été député à la diète de Worms pour engager les princes protestants d'Allemagne à reconnaître le concile de Trente et à y envoyer des députés , n'osa pas reproduire ce mensonge à la diète pour expliquer le massacre (i).

Les calomnies débitées par les agents du roi produisirent néanmoins leur effet. La députation des cantons helvétiques ne se pressait pas de partir. Berne et Baie s'étaient considérablement refroidies. Calvin qui, dans toute cette affaire, montra le dévouement d'une grande âme. était obligé d'écrire lettres sur lettres pour stimuler la sympathie et le zèle des confédérés. « Est-ce que le sang innocent, » disait-il, a sera répandu sous nos yeux pendant que nous demeurerons en repos - La rage des impies contre nos frères marchera-t-elle impunément à grands pas ? Christ sera-t-il un objet de dérision ? » D'un autre côté , il prodiguait ses encouragements aux cantons qui persévéraient dans leur première ardeur, notamment au canton de Schaffouse , et dictait à ses pasteurs la ligne de conduite qu'ils devaient tenir. « Déployez, » leur écrivait-il le 24 juillet, « la plus grande ardeur que vous pourrez, afin qu'on envoie au roi une députation sérieuse qui lui demande la libération des prisonniers, la restitution de leurs biens aux fugitifs et l'ordre d'informer sur la foi et les mœurs des fidèles. » Calvin tenait le même langage à Joachin Vadian, bourgmestre de Bàle. Il se fondait sur ce que la persécution

{1) Cabini cpcra, vol. XII, n°» 664 et 665.

continuait à sévir dans la Provence et le comtat Venaissin (i).

A défaut d'une députation , les Suisses adressèrent des remontrances au roi, qui leur répondit sur le même ton qu'il avait écrit à Strasbourg. Par l'analyse que Viret donne de sa réponse à Calvin en août (2) et le résumé qu'on en trouve dans Sleidan (3), on est même en droit de penser que François Ier se borna à envoyer aux Suisses une copie de la lettre qu'il avait écrite à ses alliés d'Alsace.

Les amis des Vaudois ne se laissèrent pas décourager par ces réponses du roi et furent, plus que jamais, d'avis qu'il était nécessaire que les cantons helvétiques lui envoyassent des députés, « car, » écrivait Farel, « les hommes corrompus qui se tiennent auprès du roi disent que les lettres qu'on lui adresse sont mal rédigées et qu'il est nécessaire de les revoir avant de les lui communiquer, et, pendant ce temps, le roi s'occupe d'autre chose ; ensuite, si ces mêmes hommes lui lisent lesdites lettres, ils dénaturent tout, cachent ou changent les faits, de sorte que des lettres ainsi envoyées nuisent plus qu'elles ne servent (4). »

Comme c'était la ville de Berne qui s'était le plus refroidie , Viret jugea nécessaire de s'y rendre vers la fin du mois de juillet en compagnie de Farel, qui était à Neuchâtel. « Nous avons trouvé quelques esprits, » écrit-il à Calvin à ce propos, « très irrités de la réponse du roi et d'autres considérablement refroidis. Nous nous sommes efforcés d'enflammer les coeurs autant que nous avons pu, prenant avec ardeur la défense de nos frères

(1) Calvini opéra, vol. XII, n08 664, 665 et 677.

(2) Idem, n° 677.

(5) Histoire de V estât de ta religion, etc. (4) Calvini opéra, vol. XII, n° $$2.

et réfutant les calomnies de leurs ennemis. » Le bailli de Berne, de Vatteville, se montrait fort peu disposé à seconder Viret et Farel (i), parce qu'il craignait qu'une députation n'attirât sur les Suisses le courroux du roi ; mais d'autres personnages assurèrent aux deux réformateurs que le sénat « n'oublierait rien de ce qui regardait la cause des Vaudois, » et leur donnèrent le ferme espoir que non seulement on enverrait une députation au roi , mais encore qu'on ferait circuler sa lettre pour que chacun pût juger par lui-même si elle provenait bien de son initiative personnelle, car elle était « tout à fait verte (2). »

Malgré les instances réitérées des réformateurs de la Suisse française, la députation n'était pas encore partie au commencement de septembre. Il était pourtant nécessaire qu'elle se mît en route au plus tôt pour que ses démarches pussent coïncider avec celles que feraient les princes allemands qui, dans quelques jours, allaient se rencontrer à Metz. Farel espérait que le roi de France , « interpellé dans le même moment par tant et tant de députations, » finirait par céder (3).

Vers ce temps , une troupe de Vaudois fugitifs étant arrivée à Genève, Calvin en députa deux auprès de Viret pour essayer de ranimer le zèle des Suisses en faveur de leur cause ; mais il paraissait perdre tout espoir. « Satan, » disait-il à Viret à ce propos, « machine toutes choses pour détourner les esprits de la pensée de soulager les Vaudois , et il aiguillonne plus encore l'inhumanité du roi et de ses courtisans, déjà si excitée. Non seulement les Suisses qui sont les obligés du roj ,

(1) Cahini opcra, vol. XII, n° 697.

(2) Idem, n° 677.

(?) Idem, n° 692. •

mais encore tous ceux d'entre eux qui sentent l'épicuréisme me déchirent parce que j'entraîne leur nation à haïr le roi (i). »

Voyant que personne n'osait se mettre en avant pour la députation à envoyer auprès de François Ier, Calvin, dit Ruchat (2), voulut, l'année suivante, « aller lui-même se jeter aux pieds de ce monarque demander grâce pour les Vaudois , mais étant tombé malade dans le temps qu'il fallait partir et Farel se trouvant trop appesanti par l'âge pour entreprendre ce voyage , on en chargea Viret, qui porta des lettres de recommandation, non seulement de la part des Etats réformés de la Suisse, mais aussi des Etats protestants de la ligue de Smalkalde. »

Cette nouvelle démarche n'amollit pas le cœur de François Ier qui , jusqu'à sa fin , laissa martyriser les luthériens sur toute l'étendue de son royaume. Crespin affirme toutefois qu'en çe qui concerne les Vaudois , « le roi François Ier, à l'article de la mort, pressé de remords et de regrets [de ce], qu'il ne pouvait avant de mourir, faire une punition exemplaire de ceux qui, sous son nom et autorité , avaient fait ce dur esclandre cidessus décrit contre ses sujets de Provence , chargea son fils avec grandes obtestations de ne différer ladite punition ; qu'autrement Dieu , qui ne laisse telles concussions et saccagements impunis, en ferait la vengeance. Et d'autant, disait-il, que cette affaire touche notre honneur envers toutes nations , on ne le saurait mieux réparer qu'en faisant le procès à tous ceux qui ont en telle cruauté abusé du devoir de leur charge , sans épargner ni grand ni petit, ni faible ni fort; qu'en

(1) Cahini opéra, vol. XII, n° 695.

(2) Tome V, p. 2^3.

ce faisant seraient tenus ceux qui, à l'avenir, voudraient entreprendre telles ou semblables choses. »

Ces regrets de François Ier furent bien tardifs et ne sauraient laver la tache de sang qui souille sa mémoire.

REVISION DE L'ARRÊT DE CONTUMACE. ARRESTATION DES COUPABLES (1547-1550).

Sa mort survenue bientôt après, le 31 mars 1547, changea la face des choses. Le cardinal de Tournon fut écarté du gouvernement. Le connétable Anne de Montmorency et le duc de Guise , François de Lorraine, reprirent faveur à la cour; le comte de Tende fut nommé lieutenant pour le roi en Provence à la place du comte de Grignan , et Guérin appelé au poste de procureur général en remplacement de de Piolenc.

Guérin qui, depuis l'exécution de Mérindol et de Cabrières , avait été poursuivi comme faussaire, concussionnaire et même comme faux-monnayeur , était particulièrement irrité contre d'Oppède, qui avait témoigné contre lui. Le président s'était aussi attiré le ressentiment du conseiller de Tributiis , l'un des commissaires exécuteurs de l'arrêt de contumace , parce qu'il avait fait emprisonner comme hérétiques son oncle François d'Albenas (j) et son précepteur Rolland de Murs dit Bérangiers. La dame de Cental , de son côté, n'entendait pas renoncer à ses revendications, non plus que les Vaudois à leurs justes plaintes, de telle sorte que d'Oppède se vit tout à coup exposé à mille attaques. Le comte de Grignan lui-même, accusé par Montmorency d'avoir poussé à l'extermination des Vaudois uniquement pour se venger de ce qu'ils lui avaient

(!) Ou Albertas.

causé quelque dommage dans ses terres et par Guérin d'avoir eu, ainsi que Lagarde, des intelligences avec les gens de l'empereur d'Allemagne pendant les dernières guerres, n'échappa à une poursuite judiciaire qu'en donnant ou vendant sa terre de Grignan au duc de Guise , qui s'était tout d'abord déclaré le protecteur des Vaudois. Les princes protestants d'Allemagne, dont Henri II recherchait l'alliance, firent aussi entendre leurs voix en faveur des victimes , de telle sorte que tous ces motifs réunis, bien plus que la tolérance et l'humanité, amenèrent la revision de l'arrêt de Mérindol.

D'Oppède fut arrêté le premier (octobre 1547) et enfermé successivement àVincennes, Melun et Paris. Sa captivité dura trois années et on le traita fort durement. Après lui vint le tour de Lafond , de Lagarde et des conseillers Badet et Tributiis. Ce dernier, toutefois , obtint d'être élargi provisoirement parce qu'il avait refusé de prendre part au conseil de guerre de Cadenet , comme on l'a vu plus haut.

Le procès de d'Oppède et de ses complices fut confié à un tribunal d'exception, siégeant à Melun, qui prit le nom de Chambre de la Reine et qui se montra dès l'abord favorable aux accusés, car, lorsque le procureur du roi demanda que ceux-ci fussent requis de rendre raison par procureur ou par syndic des crimes qui leur étaient imputés, le tribunal refusa et passa outre.

Voyant cela et craignant un acquittement, le procureur du roi déposa une requête tendant à être reçu comme appelant (plaignant) de l'arrêt de Mérindol et de son exécution; mais d'Oppède et ses coaccusés opposèrent à cette requête une fin de non-recevoir, en se fondant sur ce que ledit arrêt émanait d'une Cour souveraine et que son exécution avait été approuvée par le roi.

ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. ()l

Débouté de sa plainte, le procureur du roi déposa une nouvelle requête pour se porter comme appelant d'un arrêt qui avait été rendu sans qu'on eût entendu les accusés et qui renfermait des inhumanités et des erreurs. C'est là-dessus que Henri II, considérant que la Chambre de Melun n'avait pas une autorité suffisante pour juger et au besoin reviser un arrêt rendu par un Parlement, c'est-à-dire par une Cour souveraine, décida, par lettres patentes du 1 7 mars 1550(1), d'évoquer le procès à soi et d'attribuer à la grand'Chambre du Parlement de Paris la connaissance du fond de la cause et des requêtes et appellations déposées par son procureur devant la Chambre de la Reine, en interdisant à celle-ci « toute Cour, juridiction et connaissance. »

Dans ses lettres (2), le roi se dit irrité (3) de ce que les catholiques, pour dégager leur responsabilité du massacre, la rejettent tout entière sur son père ; déclare que l'arrêt de Mérindol est « chose notoirement inique contre tout droit et raison: » qu'il ne fut pas exécuté fidèlement; que Lafond extorqua l'approbation du feu roi au moyen de mensonges ; que « sans distinction des coupables et des innocents . contre toute force et ordre de justice et sans jugement ni condamnation qui eût été donnée auparavant contre les Vaudois, on avait procédé par voie de fait et de force ; » et que « furent brûlés et pillés vingt-deux villages sans aucune inquisition ni connaissance de cause de ceux qui étaient coupables ou innocents et sans qu'il y eût de la part des-

(1) Le roi avait déjà renvoyé l'affaire au Parlement de Paris par lettres patentes du 28 janvier précédent , mais comme celles-ci étaient intervenues le jour même où son procureur plaidait sa première appellation , il jugea nécessaire de publier les secondes lettres patentes du 17 mars.

(2) Données in extenso par Crespin, fol. 195-197, et de Bèze, 1. 1, p. 45-50. Frossard, qui les reproduit, les présente donc à tort comme inédites.

(?) Ch. Dumoulin, p. 95-101.

dits habitants, aucune résistance ni aucun bastion. » En conséquence , le roi assigna les gens du Parlement de Provence par procureur, puis Maynier, Lafond, Badet et Tributiis, et autres qu'il appartiendra, de venir se purger devant la grand'Chambre du Parlement de Paris des crimes qui leur sont imputés.

PLAIDOIRIES. ACQUITTEMENT DES COUPABLES ( I 5 5 O- 1552). NOMS DE QUELQUES BARBES VAUDOIS.

Le procès eut lieu le 20 mai comme le stipulaient les lettres du roi , mais les plaidoiries ne commencèrent que le 18 septembre de l'année suivante (15 51). Douze parties intervinrent dans la cause : i° Les gens du roi, qui furent représentés par le lieutenant civil de la prévôté de Paris, Jacques Aubery du Maurier, remplissant les fonctions d'avocat général à la place des avocats généraux , Pierre Séguier et Denis de Rians , récusés pour avoir été conseil des parties; 20 le procureur général Brulard ; 30 le Parlement d'Aix; 40 les gens des trois états de Provence, qu'on voulait rendre responsables des dommages et intérêts réclamés par Mme de Cental; 50 le vice-légat d'Avignon , cardinal Alexandre Farnèse, et la Chambre apostolique ; 6° d'Oppède; 70 Lafond; 8° Badet; 90 Tributiis; io° Guérin ; n° Lagarde; 120 Mme de Cental.

L'intervention des Vaudois fut récusée parce que les gens du roi avaient appelé eux-mêmes de l'arrêt porté contre eux par le Parlement de Provence et de tous les mauvais traitements qu'on leur avait fait subir. De la sorte, Aubery, qui parlait au nom du roi, devenait indirectement l'avocat des Vaudois. Il avait demandé un an pour se préparer.

Le procès commença au moment où Henri II venait

de déclarer la guerre à l'empereur Charles-Quint et au Pape, et il disait ouvertement qu'il n'approuvait pas les canons du concile de Trente (i).

Les plaidoiries furent fort solennelles et remplirent cinquante audiences, du 18 septembre 1 5 5 1 au 29 octobre 1552, en présence des plus grands personnages et d'un grand nombre d'auditeurs. Aubery parla sept journées entières et reprocha à d'Oppède d'avoir : i° souvent écrit au roi pour l'indisposer contre les Vaudois; 20 retenu les bandes du Piémont en Provence quand elles étaient nécessaires ailleurs; 30 excédé les ordres de François Ier dans l'exécution de l'arrêt; 40 laissé commettre les atrocités de Lacoste; et défendu de fournir des vivres aux fugitifs.

Jacquelot, avocat de Mme de Cental , occupa deux journées; Millet, avocat de Guérin, une journée; Laporte, avocat du Parlement, trois journées. Ce dernier soutint que l'appel de l'avocat général n'était pas recevable.

Pierre Robert, avocat de d'Oppède, plaida neuf matinées; il démanda, tout en défendant son client, que Mme de Cental, par les calomnies qu'elle avait fait débiter par son avocat contre d'Oppède , fût condamnée à faire amende honorable à la discrétion de la Cour et à une amende envers les pauvres.

Rochefort, avocat de Lafond , parla trois matinées, et Christophe de Thou , avocat de Badet , autant.

Danquechin , avocat de Lagarde , demanda que son client fût mis hors de Cour et de procès ; et Cousin , avocat de Tributiis , soutint que ce dernier était follement intimé puisqu'il n'avait pas assisté au conseil de Cadenet, pris part à l'exécution, non plus que signé le

(1) Ch. Dumoulin, p. 95-101.

rapport mensonger de Lafond. Du Mesnil, avocat des trois Etats de Provence , opina pour que le Parlement d' Aix fut conservé dans son intégrité et que le Parlement de Paris mît ses officiers d'accord. Quant à Regnard , avocat du vice-légat d'Avignon, Aubery demanda et obtint qu'il ne fût pas admis à plaider, à moins qu'il ne voulût accepter la juridiction du Parlement de Paris et s'exposer à voir son client condamné : ce qui ne se pouvait , vu que les difficultés survenant entre princes souverains se traitaient par l'entremise de leurs ambassadeurs.

Ajoutons que d'Oppède parla pendant deux audiences et que, reprenant les cinq accusations d' Aubery, il répondit qu'il était de son devoir d'informer le roi de ce qui se passait dans sa province ; qu'il n'avait retenu les troupes de Lagarde que pour exécuter des ordres royaux réitérés; qu'il s'en était tenu aux termes de l'arrêt et avait reçu l'approbation du monarque ; que la responsabilité des excès commis à Cabrières du Comtat devait incomber aux officiers du pape ; qu'il n'avait pu ordonner les violences commises à Lacoste, puisqu'il était pour lors à Cavaillon ; enfin, que les lois du royaume défendaient de donner du secours aux ennemis de l'Etat et celles de Dieu d'avoir communication avec les méchants.

Les répliques présentèrent quelques incidents. Robert, avocat de d'Oppède, ayant lu un ancien jugement qui condamnait par contumace Guérin comme concussionnaire, et celui-ci ayant déclaré que cette accusation avait été réduite à néant, le procureur général de Rians requit que Guérin fût tenu d'en fournir la preuve. Son avocat, Millet, déclara qu'il était détenteur de l'arrêt par lequel la contumace de son client était mise à néant. Danquechin , de son côté, fit remarquer qu'Au-

bery n'avait pris aucune conclusion contre Lagarde, son client, que ce dernier n'avait fait qu'obéir aux ordres du roi, et que, pour les injures que Mme de Cental avait adressées à son client par la bouche de son avocat , il en demandait réparation.

Les conclusions que prit Aubery , après les révélations accablantes qu'il avait faites , sont étranges et témoignent de l'intolérance des meilleurs esprits de cette époque. Il se borna à demander que le Parlement déclarât <v qu'il a été mal , nullement et incompétemment délibéré et conclu à Cadenet; mal et outrageusement exécuté ladite délibération... ; mal inhibé et défendu de bailler vivres , aides ni secours quelconque aux hérétiques ou suspects de l'être. » Passant ensuite à l'article des doctrines religieuses des Vaudois, il se montra aussi dur que les persécuteurs , car il requit « que , pour exterminer les hérésies et les hérétiques du pays , il soit procédé par voie de justice contre eux par le Parlement [de Provence] et les juges y ressortissant , selon les édits et ordonnances de François Ier, le dernier édit de son successeur, les lois du royaume, le plus tôt possible; surtout contre les barbes; que le Parlement supplie le roi de tenir la main et la force contre ceux qui s'élèvent en armes ou assemblées contre les exécutions et arrêts de la Cour touchant la punition des hérétiques; que l'arrêt soit publié dans tous les lieux de Provence. »

Ces conclusions et la mise en liberté anticipée de Lagarde , déclaré innocent par un arrêt du conseil du roi du i 5 février i JJ2, et celle de d'Oppède, qui demanda et obtint la même faveur, faisaient entrevoir l'issue finale d'un procès qui passionna la Provence, où le Parlement s'était divisé en deux camps, l'un pour d'Oppède, l'autre pour Guérin , regardé comme le chef des ac-

cusateurs de ce dernier, et qui avait eu également du retentissement dans toute la France et même en Europe. Quand les plaidoiries pour et contre furent terminées, la grand'Chambre du Parlement de Paris retint la cause après de longs retards et appointa les parties au conseil du roi, c'est-à-dire les renvoya devant cette juridiction suprême pour que la cause y fût jugée sur de simples mémoires. Ainsi procédait-on lorsque les juges voulaient favoriser une cause douteuse ou qu'elle était trop embrouillée. Ce jugement équivalait à l'acquittement de tous les prévenus , en faveur desquels le duc de Guise, qui avait changé complètement de sentiments, et le comte de Grignan, laissé en liberté, firent les plus grandes instances auprès du roi.

On pensa , du reste , que le Parlement , retenu par l'esprit de corps , ne voulut pas condamner des collègues et infliger un blâme indirect aux autres Parlements et à lui-même , qui faisaient mourir chaque jour des luthériens. Le seul bien qui résulta de ce grand procès fut que tous ceux qui le suivirent entendirent la lecture de la confession de foi des Vaudois et purent se convaincre du caractère évangélique de leurs doctrines. Charles Dumoulin, qui a rapporté le fait, raconte (i) que c'est à ses pressantes sollicitations que cette lecture eut lieu.

Pendant que le procès de d'Oppède et des autres exécuteurs s'instruisait , les réformateurs de la Suisse française agirent à Paris pour que les coupables ne pussent échapper au châtiment qu'ils méritaient. Viret écrivait à ce propos à Calvin, à la date du 18 mai 1 5 50 (2). « Le messager nous a raconté où en est l'affaire des

(1) Pages 93-101.

(2) Cahini opéra, vol. XIII, n° 1374.

tyrans qui ont été les auteurs de la ruine des Mérindoliens , et ce que ces derniers demandent de nous qui avons leur cause en main. Il nous a laissé la note qui contient la substance de la requête que vous entendrez de sa bouche. Vous voudrez bien tenir toute cette affaire pour recommandée. Quant à moi , si je puis quelque chose, j'agirai et j'exhorterai mes autres frères à donner aussi leurs soins à cette affaire^ pour que nous ne manquions pas d'hommes de bien en face de ces tyrans sanguinaires. Je voudrais savoir positivement de vous ce que vous pensez que nous pourrions faire. » Ces démarches des réformateurs furent impuissantes, comme le prouva l'issue du procès.

Guérin seul, arrêté au cours des débats, sur la dénonciation de Robert, avocat de d'Oppède, qui l'accusa de concussion, fut retenu sous les verroux, puis condamné à être pendu pour ce crime et d'autres tout aussi graves, dont il fut dûment convaincu. L'arrêt lui fut signifié le 20 avril 1 554 et rendu, non pas par la grand'chambre du Parlement qui venait de s'occuper du procès des Vaudois , mais par des commissaires spéciaux chargés de connaître des crimes de faux, l'un de ceux dont Guérin s'était rendu coupable. Il fut pendu le même jour à Paris, place des Halles, et sa tête , suivant l'arrêt, portée à Aix et exposée sur la grande place de la ville, lieu accoutumé des exécutions.

Ajoutons, pour compléter ce récit, que les diverses procédures et enquêtes dont les Vaudois de Prpvence et du Comtat furent l'objet firent découvrir les noms d'un assez grand nombre de leurs barbes, prêcheurs ou pasteurs de cette époque. Voici les noms de quelquesuns d'eux :

Pùsteurs: Nicolas, natif de Mérindol; Guillaume Serre, cordelier normand, converti à Cabrières en 1545, con-

damné à mort en 1533 , brûlé vif à Avignon en 1545 ; Jean Péréri (pour Périer) , à Mérindol en 1545. — Prêcheurs : Mre Angelin ; Mre Hélion Barbaroux, natif de Tourves, à Mérindol en 1540; Mre François, curé converti de Mérindol en 1543 ; Mre Jean, curé converti de Cabrières en 1543, ancien domestique de l'évêque deCavaillon; Mihan , à Mérindol et ailleurs en 1536; un cordelier converti, à Mérindol; Jean Serre dit Bérard, à Cadenet et ailleurs, prisonnier, apostat et dénonciateur des Vaudois en 1 545.

Il manque encore treize noms à cette liste, car Aubéry (p. 215) assure qu'au moment du massacre de 1545 les Vaudois avaient vingt-trois barbes ou pasteurs.

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