‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 33 sur 93 · RÉINTÉGRATION DE D'OPPÈDE. SON TRIOMPHE ET SA MORT · texte numérisé non relu

RÉINTÉGRATION DE D'OPPÈDE. SON TRIOMPHE ET SA MORT

D'Oppède fut réintégré dans sa charge par lettres patentes du 2 novembre 1553, et reçut des lettres flatteuses de Montmorency, alors premier ministre, et de Jean Bertrand, garde des sceaux du royaume (18 décembre 1553). Trois ans après, le pape Paul IV le créa chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Latran , comte palatin, et attacha ce titre à sa baronnie d'Oppède. Le roi approuva la décoration par lettres patentes du 28 août 1556. Ainsi fut traité par la justice humaine celui qui avait trempé ses mains dans le sang de quatre mille innocents et incendié ou ruiné vingt-deux bourgs ou villages'!

Pendant sa détention , le clergé d'Aix n'avait pas cessé d'ordonner des prières pour sa délivrance, et son retour fut salué par des fêtes extraordinaires. En reprenant ses fonctions, il déclara au Parlement, toutes chambres réunies, le 4 février 1554, que le roi recevait

tous les jours des plaintes sur le peu de soin que les conseillers du Parlement apportaient à rendre bonne justice, qu'il y avait dans la Cour de la partialité et de l'avarice, et que plusieurs juges étaient infectés du poison de Terreur. Les conseillers répondirent qu'ils avaient toujours fait leur devoir et qu'ils désiraient continuer de le faire. « Mais on s'en souvint si peu, » dit Gaufridy, qu'on vit toujours la même conduite ; on vit toujours la passion régner partout, u La suite de cette histoire le montrera surabondamment.

L'épreuve par laquelle avait passé d'Oppède n'adoucit pas sa haine contre les luthériens. Avant de quitter la capitale , il promit à ses protecteurs de purger entièrement la Provence des sectaires et de se venger du danger qu'ils lui avaient fait courir de perdre ses biens et sa vie. Un de ses premiers exploits fut, en effet, dit Crespin , ■ contre un [avocat] nommé Gaulteri (i), du diocèse de Digne, homme de lettres, lequel s'étant retiré à Aix pour avoir quitté la pédagogie chez Du Vernet, fut cruellement martyrisé en ladite ville et brûlé à la poursuite dudit Maynier. Item Barthélémy Audouin dit de Besse , à raison qu'il était dudit lieu, près de Brignoles. »

Ces supplices, qui ne furent sans doute pas les seuls, jetèrent l'alarme parmi les protestants provençaux, dont un grand nombre se réfugièrent à l'étranger. Nous en avons compté jusqu'à soixante et dix-neuf qui s'établirent à Genève depuis le retour de d'Oppède jusqu'à sa mort (2).

Ce dernier ne survécut que cinq ans à son triomphe, car il succomba le 29 juillet 1 558 des suites d'une grave

(1) Ou Gauthery.

(2) Voy. Pièces justificatives, n° III. i° et 2°

maladie des voies urinaires , qui le fit cruellement souffrir. Il « mourut, » dit Crespin, « avec cris et dépitements horribles, » « atteint d'un feu sacré dans le corps, au vu et au su de la Provence, » ajoute de Serres. Son tombeau fut orné de fastueuses inscriptions, et un moine de Lérins composa des vers à son honneur. Gaufridy dit qu'il était devenu affable, patient, et que sa fierté et sa fougue se changèrent en une conduite douce et modérée. Nous acceptons ce jugement d'un historien aussi grave que Gaufridy, mais en faisant remarquer que la passion profonde qu'il nourrissait contre les luthériens ne s'éteignit qu'avec son souffle. Il est vrai que l'Eglise en faisait alors une vertu (i).

RENTRÉE DES VAUDOIS DANS LEUR PAYS (iJJÔ).

Après la dévastation des contrées habitées par les Vau- , dois, leur pays serait resté en partie désert « si les proscrits, » dit Frossard, « que rappelèrent des moments plus tranquilles et l'amour de la patrie, n'étaient revenus des retraites où ils s'étaient cachés ou des pays lointains

(i) La chronique d'un notaire d'Orange, p. 39; Aubery, Histoire de l'exécution, etc. ; — Sleidan, Histoire de l'estat delà religion, p. 260-262 ; — Crespin, Histoire des martyrs, fol. 141-155 , 195-197 ; — De Bèze , Histoire ecclésiastique , t. I, p. 22-30, 45-50; — La Popelinière, Histoire de France, t. I, fol. 24-29 ;

— Recueil des choses mémorables, p. 10-13 5 — L>e Thou , Histoire universelle, t. I, p. 532-546; — cTAubigné, Histoire universelle, t. I, col. 100, ni, 112; — Nostradamus , p. 711 et suiv. ; — Honoré Bouche, t. II, p. 609, 623 ; — Gaufridy, t. II, 457-494; — Papon , t. IV, p. 90-108, 1 14-127, 133-143 ; — Louvet, Histoire des troubles, t. I , p. 96-133 ; — Lambert, t. I , p. 23-83', — Cabasse, Essai historique sur le parlement de Provence, t. I , p. 83-161; — Pitton, Histoire de la ville d'Aix, p. 276-283 ; — Boze, Histoire d'Apt, p. 237 et suiv.; — L. Frossard, Les Vaudois de Provence, etc., etc. — Manuscrits de la bibliothèque publique d'Aix: Pièces sur le Parlement d'Aix (nos 929-931);

— Pièces concernant l'affaire de Mérindol (n0i 796 et 798) ; — Plaidoyers, etc., sur le fait de ceux de Cabrières et de Mérindol (n" 204) ; — Manuscrits de la bibliothèque publique de Carpentras : Remerville, Histoire de la ville d'Apt; — Giberti, Histoire'de la ville de Pernes; etc.

pour reprendre possession de leurs terres dévastées. Profitant de la confusion dans laquelle la peste de 1556 avait jeté la population au milieu de laquelle elle faisait des ravages, ils rentrèrent en nombre assez considérable. »

Ce furent surtout les Vaudois réfugiés chez leurs frères des Vallées du Piémont, d'où leurs ancêtres étaient sortis, qui revinrent en Provence. Ils usèrent de la généreuse hospitalité qu'ils avaient reçue « jusques à ce que, avec le temps, » dit Gilles (1), « ils eurent la commodité de retourner en leurs maisons , Dieu ayant fait périr misérablement la plus grande partie des auteurs et exécuteurs desdites cruautés , avec des manifestes témoignages de sa fureur contre eux. Quelques-uns de ces réfugiés désirèrent de continuer leur demeure ès Vallées, surtout quelques filles qui s'y marièrent. Et les autres, retournés en leurs maisons, y ont rempli leur lieu , continuant en la profession de la vraie religion. » Ils rebâtirent Mérindol et les autres lieux incendiés, et redevinrent prospères (2).

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