‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 35 sur 93 · PROGRÈS DE LA RÉFORME EN PROVENCE. STATISTIQUE · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA RÉFORME EN PROVENCE. STATISTIQUE

(1) Claude de Cormis , dans Louvet, Additions, t. I, p. 516 et suiv. ; — De Serres, Comment. ia pars, fol. 46 ; — La Popelinière, t. I, fol. 173-178; — Régnier de la Planche, t. I, p. 217-220 ; — Recueil des choses mémorables, p. 94; — Crespin, p. 542, ; — De Bèze, t. I, p. 234, 235 ; — De Thou, t. II , p. 817, 818; — Honoré Bouche, t. II, p. 628 ; — Papon , t. IV , p. 144-147; — Lambert, t. I,p. 85-96; — L'abbé Lamenei , Histoire de Castellane.

(2) Voy. Pièces justificatives, n° III, i° et 20.

DES EGLISES RÉFORMÉES ET DES LIEUX DE CE PAYS HABITÉS PAR DES PROTESTANTS (1560-I562).

Le roi Henri II était mort le 10 juillet 1559, avant les derniers événements que nous venons de rapporter, et avait eu pour successeur son fils François II. Les protestants, espérant qu'un changement de règne en amènerait un dans leur situation, reprirent courage et introduisirent en France une grande quantité de catéchismes de Calvin et de Psautiers. La Provence en fut remplie. Les airs des psaumes « résonnants et doux à l'oreille, » dit Nostradamus (1), charmaient tout le monde, de telle sorte, ajoute-t-il, qu'il n'y avait aucun homme d'honneur qui ne fût « tenu pour grossier et lourd, » s'il n'en achetait quelques exemplaires.

On afficha aussi en Provence une foule de placards dès qu'on apprit que Henri II avait été blessé mortellement. « Le loup est malade, » disaient-ils,- « les brebis ont bon temps, » et lorsqu'on apprit sa mort : « Le loup est mort, les brebis sont au-dessus et n'ont plus à craindre (2). » •

Le ministre Baussan , de Lourmarin , dans le Triomphe de l'Evangile, publié cette même année, disait également, en parlant de la mort de Henri 11 :

Tu pensais, Papau (pape) séducteur Faire envahir nos brebietes (brebis) ; Mais Dieu, qui est nostre pasteur, A pris l'une de ses sagettes (flèches) Et en a tué d'un seul coup Ton grand et famélique loup (Henri II). Nos brebis iront donc aux champs Faire le saut dessus l'herbette.

(1) Page 782.

(2) Boze, Histoire de l'Eglise d'Apt. p. 29 j.

Et vous mourrez, Papaux meschans, Sous la pate de la grande beste.

En Juin (i) il fit un Eédict Pour faire abolir l'Evangille Comme veut ton conseil maudit ; Mais en Juillet un seigneur habille (2), Conduict de Christ, a d'un seul coup Enterré votre avide loup.

On s'enhardit même à bâtir des édifices consacrés au nouveau culte. C'est ainsi qu'à la date du 29 mai 1560 on travaillait à la construction d'un temple à La Roque-d'Antheron (3). Les sources de l'époque nous apprennent que ce mouvement s'étendit de proche en proche et gagna presque la moitié de la Provence. « Les Provençaux et plusieurs autres ont rejeté les idoles, » écrivait François Hotman à Calvin, à la date du 26 février 1 560 (4), sur la foi de Rufin, prédicateur des églises de Provence et d'un autre témoin. Les auteurs catholiques (5) sont d'accord avec de Bèze (6) pour affirmer, qu'en mars 1560, cette province comptait soixante églises. Ce dernier, malheureusement, ne donne les noms que de quelques-unes d'elles, et il est impossible, même avec les autres documents dont on dispose, de les énumérer toutes avec exactitude. Nous essaierons néamoins de le faire en utilisant les matériaux cités en notes (7). Les noms écrits en lettres icali-

(1) Edit d'Escouan portant peine de mort contre tous les luthériens.

(2) Gabriel de Montgomméry, capitaine de la garde écossaise.

(3) Louvet, Histoire, t. I, p. 142.

(4) Calpini opéra, t XVI II, n° 516^.

(5) Nostradamus, p. 784; — Boule, Essay de Vhist. gènèr. des protestans , Paris, 1647, in-8°» 2* éd., p. 75.

(6) Tome I, p. 108.

(7) Crespin , fol. 674 ; — De Bèze, t. III, p. 215 et suiv. ; — Bulletin de la Soc. de l'Hist. du prot. franç., VII, 22 et suiv. ; — Idem, VIII, 72 et suiv. ;

ques désignent les églises dressées, c'est-à-dire possédant des consistoires, et quelques-unes des pasteurs, et les noms en lettres ordinaires, les autres lieux renfermant des protestants.

Apt, Joacas, Gordes, Roussillon, La Bastide des Gros (hameau de Gordes), Lacoste, Gignac, Saint-Martin-de Castillon, Peypin-a" Aiguës, Saint-Martin-d1 Aiguës (i), Sannes, La Motte - d'Aiguës , Sivergues , Roquefure (hameau d'Apt), Cabrières-a" Aiguës, Lourmarin, Mérindol, Lauris, Cadenet ; — Lagarde, Caseneuve, Saint- Quentin (hameau de Saignon), Pierrevert, Viens, Buoux, La Tour-d'Aigues , Puget, Simiane , Murs (viguerie d'Apt) (2);

Arles, Les Baux, Mouriès, Salon (viguerie d'Arles) ;

Tarascon, Eyguières, Sénas ; — Noves, Saint-Remy (viguerie de Tarascon) ;

Aix, La Roque-d' Antheron, Saint-Paul-lès-Durance, Velaux, Saint-Savournin, Marseille-, — Jouques, Peyrolles, Pertuis, Lambesc, Saint-Cannat, Lançon, Cornillon, Saint-Chamas , Berre, Saint-Mître, Les Martignes, Mimet,. Aubagne, Ollioules (viguerie d'Aix) ;

Forcalquier, Ongles, Manosque, Oppcdette; — Omergues, Revets-de-Bion, Saumane, Saint- Etienne, Banon, Sigonce, Lurs, Pierrerue, Mane, Saint-Quentin (hameau d'Oppedette, Céreste (viguerie de Forcalquier);

Sisteron, Villosc; — Curban, La Motte-du-Caire, Volonne (viguerie de Sisteron) ;

Se/ne, La Bréole ; — Selonnet (viguerie de Seyne) ;

— Idem, IX, 29$ et suiv. ; — les sources citées dans VHist. particul. des ègl. de Prov. au seizième siècle racontée plus loin.

(1) Aujourd'hui Saint-Martin-la-Brasque.

(2) Nous suivons les délimitations de la carte du « Gouvernement général de Provence divisé en ses vigueries » par Robert do Vaugondy, le fils, géographe de réputation , mais nous rectifions l'orthographe des noms de lieu.

Il6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE.

Digne, Espinouse, Puimichel; — Thoard, Les Mées (viguerie de Digne) ;

Rie%, Puimoisson; — Moustiers, Aiguines, Roumoules, Valensole, Gréoux, Esparron-du-Verdon (viguerie de Moustier) ;

Castellane, Colmars; — Thorame haute, Saint-Andréde-Meouilles (viguerie de Castellane) ;

Barjols, Quinson, Vinon, Tavernes (viguerie de Barjols) ;

Saint-Maximin, Pourcieu, Tourves (viguerie de Saint- Maximin) ;

Signes; — Brignoles, Cabasse, La Celle, Roquebrussane, Besse , Sainte-Anastasie (viguerie de Brignoles) ;

Toulon; — La Valette (viguerie de Toulon); Solliès; — Hyères, Pierrefeu, Cuers, Bormes (viguerie d'Hyères) ;

Lorgues (viguerie de ce nom);

Draguignan, Tourettes, Le Luc, Fréjus; — Fayence, Seillans, Bargemon, Claviers, Montauroux, Le Muy, Gonfaron, Pignan, Grimaud, Saint-Tropez, Cogolin (viguerie de Draguignan) ;

Grasse, Antibes ; — Saint-Auban, Cipières, Caille, Le Broc*, Vence, La Colle, Cagnes, Mouans-Sartoux, La Napoule (viguerie de Saint-Paul).

A ces soixante églises, nous ajouterons celles de Sault, Séderon, Barret-de-Lioure, Ferrasiéres, Mont froc, Eygalayes sur la lisière du Dauphiné, et celles de La Charce et de Lemps, enclavées dans cette province. Ces églises furent longtemps adjointes au Synode du Dauphiné.

Comme supplément, nous ajouterons encore les églises de la vallée de Barcelonnette, savoir : Barcelonnette, J ausiers, Larche et Meyronne; et les protestants disséminés dans le Comté de Nice.

On trouvera plus loin, à l'histoire particulière des Eglises reformées de Provence au seizeime siècle, tout ce que nous avons pu recueillir sur leurs annales, depuis leur origine jusqu'à l'édit de Nantes de 1 598.

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE MÉRINDOL. ARMEMENTS DE MAUVANS. SON TRAITÉ AVEC LE COMTE DE TENDE. SA FUITE A GENÈVE (l$6o).

Tel était l'état de la Réforme en Provence, quand Godefroy de Barri, sieur de la Renaudie, et plusieurs autres gentilshommes, témoins de l'oppression exercée par les Guises sur le nouveau roi François II, exaspérés des exécutions sanglantes dont les religionnaires étaient victimes et de la conduite tenue par la cour envers les princes du sang (1), convoquèrent à Nantes, le ier février 1560, les gentilshommes les plus entreprenants du royaume et formèrent avec eux le projet d'enlever le jeune roi et la famille royale. Désireux de voir leur résolution adoptée par leurs coreligionnaires des diverses provinces de France, ils envoyèrent en Provence le capitaine de Châteauneuf, qui réunit immédiatement à Mérindol (1 5 février 1 560) les représentants des soixante églises réformées de Provence et les invita à nommer un député pour participer à la conjuration et généralement pour prendre en main les intérêts des évangéliques. Il les engagea aussi à faire prêcher publiquement l'Evangile dans toutes les églises de la province et son conseil fut suivi.

Calvin n'approuva pas ces prêches au grand jour, qu'il trouvait trop hâtifs. Il écrivait à ce propos à Sturm

(i) Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et roi de Navarre; Charles de Bourbon, cardinal ; et Louis de Bourbon , prince de Condé , tous les trois fils de Charles de Bourbon-Vendôme.

de Strasbourg (i) : « Dans quelques villes de Provence, les gens de bien ont plus de hardiesse que je ne voudrais. Je leur conseille de ne pas se montrer en public avant l'épuration de l'entourage royal. Maintenant, leur précipitation engendrera de grands troubles. »

Mauvans, de retour de Nantes, où il n'avait pas manqué de se rendre, et élu d'un commun accord chef militaire des protestants de Provence, s'assura du concours de deux mille soldats choisis dans les églises, sans parler d'un grand nombre de volontaires, et résolut de s'emparer tout d'abord de Pertuis. « La possession de cette ville, » dit Lambert, « lui importait beaucoup comme base d'opération ; située à peu de distance d'Aix et gardant un des passages de la Durance, elle présentait en outre le grand avantage de permettre des communications faciles et sûres avec le territoire des anciens Vaudois, [la haute Provence et le Dauphiné, pays qui montraient de l'enthousiasme pour la Réforme. » Mauvans tenta de s'emparer de la place en incendiant la porte principale ; mais il fut repoussé. Une mine qu'il fit pratiquer sous le rempart fut découverte, de telle sorte que, "découragé, soit par cet insuccès, soit par l'avortement de la conjuration d'Amboise, qu'il venait d'apprendre, il se rapprocha du Dauphiné avec ses troupes ; mais l'édit de Romorantin qui suivit (mai 1 560) et qui attribuait aux prélats la connaissance du crime d'hérésie et la répression des assemblées secrètes, jeta un tel effroi parmi ses soldats, qu'ils se retirèrent presque tous dans leurs maisons.

Deux mois après (15 juillet), les protestants provençaux reprirent courage et Mauvans, se mettant à la tête de cinq cents Vaudois, alla se ranger sous les drapeaux

(1) Lettre du 23 mars 1560 (Cahini opéra, vol. XVIII, n° 5174)-

ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. | |ft

du célèbre chef protestant dauphinois Charles du Puy- Montbrun, qui s'apprêtait à envahir les états du Pape. En septembre, il rentra en Provence et, d'accord avec les gens de son conseil, il résolut de s'emparer d'Aix pour délivrer les nombreux religionnaires qui y étaient retenus prisonniers et d'y faire prêcher publiquement l'Evangile dans le but d'encourager les autres églises de Provence à faire de même et d'obliger le roi, par cette unanimité de démarches à accorder à tous ses sujets la jiberté de conscience et de culte. Il avait aussi la pensée de tirer vengeance des meurtriers de son frère et de toutes les violences dont il avait été lui-même l'objet. Il fut convenu que les protestants d'Aix s'empareraient de deux portes, savoir : le capitaine Antoine Marin de celle de Bellegarde, et Jean Ranc de celle de Notre-Dame, et que Mauvans, en pénétrant dans la ville, se saisirait des places de Saint-Sauveur et des Prêcheurs; mais le complot ayant été dénoncé par un faux frère, les conjurés perdirent courage et, quittant la ville, se retirèrent auprès de Mauvans. Les conseillers protestants du Parlement, François de Gênas, seigneur d'Eguilles; Charles de Châteauneuf, sieur de Mollèges; André de Pena ( i ) ; Jean d'Arcussia, sieur de Gardanne; Honoré Soinatt, sieur du Castellard ; Jean Ferrier, seigneur de Sainte-Croix; Jean Salomon (d'abord conseiller au Parlement de Toulouse), soupçonnés d'avoir participé au complot, se cachèrent en lieu sûr, car on criait ouvertement dans les rues d'Aix qu'il fallait tuer tous les luthériens (15 décembre 1560).

11 y eut aussi des complots religionnaires à Forcalquier, Castellane, Draguignan, Sisteron, Riez, Arles,

(i) Un des plus grands hommes de son temps. Il était surtout savant en grec.

Marseille, Salon et ailleurs ; mais ils avortèrent tous et les prisons se remplirent de conjurés.

Mauvans,- qui s'était approché jusqu'à trois ou quatre lieues d'Aix, fut obligé de rétrograder; il échoua en personne sur Apt et se dédommagea de ses insuccès en abattant les images des églises du plat pays et en se saisissant des reliques et autres ornements d'or et d'argent qu'il y rencontra. Il faisait fondre tous ces objets en présence des consuls et des syndics des lieux où il passait, et en laissait le produit entre leurs mains, après avoir eu soin de se faire délivrer des quittances en règle pour mettre sa responsabilité à couvert. « Chose émerveillable, » dit de Bèze, « en ceux de cette nation (de Provence), qui ont accoutumé de se montrer les plus insolents de tous les gens de guerre français. » Il faut dire que, dans l'armée de Mauvans, le pillage était puni de mort et que les soldats, qui se seraient rendus coupables de ce crime , s'exposaient , s'ils parvenaient à fuir , à être excommuniés à leur retour dans leurs maisons et livrés aux magistrats (i). « Ce bon ordre, » ajoute de Bèze, « n'a pas toujours duré. » Mauvans se saisit ensuite de Draguignan, Castellane, Entrevaux, Saint-André-de- Meouilles, Colmars, Seyne, La Bréole, La Baume-de- Sisteron et autres places.

Le Parlement d'Aix, à la première nouvelle de la levée de boucliers de Mauvans, avait mandé un exprès au comte de Tende, qui était pour lors à Marseille, et au baron de Lagarde, pour avoir du secours. Le comte convoqua aussitôt l'arrière-ban de la noblesse et, à la tête de six mille hommes, marcha contre Mauvans, qui s'était rendu en dernier lieu à Sisteron pour en faire ouvrir les

(i) « Moventius mihi valdè placuit .. A sanguine, ubi Victoria prœsens erat, abstinuit et prorsus a praedâ, quamvis alii indigne ferant » (Lettre de Farel à Calvin dans Calvini opéra, vol. XIX, n° 3851).

portes aux membres de l'Eglise de cette ville, à qui elles avaient été fermées à leur retour du prêche, situé dans le faubourg. Mauvans, qui avait licencié ses troupes et gardé seulement auprès de lui cinq cents fantassins et autant de cavaliers, ne voulant pas hasarder une bataille avec si peu d'hommes, non plus que congédier ses gens, qui auraient été massacrés un à un, se fortifia au haut pays, dans l'abbaye de Saint-André, sise sur le sommet d'une montagne, près Trevans, à six lieues de Digne.

Le comte de Tende, apprenant le lieu de sa retraite, s'y porta aveç ses hommes, et Mauvans, laissant une petite garnison dans l'abbaye, se jeta si résolument sur Lagarde, qui était venu pour le reconnaître, que celui-ci se hâta de revenir vers le gros de l'armée en informant le comte de Tende qu'on ne pourrait forcer Mauvans qu'en essuyant de grandes pertes. Le lieutenant du roi, qui avait Mauvans en grande estime et ne voulait pas répandre à la légère le sang de ses soldats, chargea Claude de Cormis, celui-là même qui a laissé des Mémoires, de proposer une entrevue au capitaine provençal. Mauvans accepta et se rendit auprès du comte. Les gentilshommes de l'armée le reçurent avec beaucoup d'égards, à l'exception de Lagarde, de Jean de Pontevés, seigneur de Carcès (i), et de Durand de Pontevès, seigneur de Flassans, son frère, deux personnages dont il sera beaucoup parlé par la suite.

« Le comte lui ayant demandé, » dit de Thou, < par quel motif il excitait des troubles dans la province, il répondit que le meurtre barbare commis en la personne de

(i) Un grand nombre d'auteurs se trompent en conférant à cette époque le titre de comte à Carcès , qui ne fut créé tel qu'en IÇ72, de même qu'en l'appelant Carcès, au lieu de Carcès. Ce nom est celui d'un bourg des environs de Brignoles.

son frère, lui avait mis les armes à la main; qu'en ayant inutilement poursuivi la vengeance au Parlement, il avait été obligé de lever des troupes pour sa défense ; que, du reste, il ne demandait autre chose, sinon que les magistrats punissent les auteurs de la mort de son frère, et réprimassent l'insolence de ceux de Castellane, qui lui tendaient tous les jours des embûches et en voulaient à sa vie ; et qu'il souhaitait qu'on lui accordât, à lui et aux siens, le libre exercice d'une religion qu'il croyait véritable ; qu'il serait toujours fidèle sujet du roi comme il l'avait été jusqu'alors, et qu'il ne serait pas moins soumis à ses ordres qu'il l'avait été à ceux du feu roi, de glorieuse mémoire. Il ajouta ces dernières paroles pour faire croire qu'il n'était point entré dans la conjuration d'Amboise, quoiqu'il en fût véritablement complice. On demeura d'accord que Mauvans congédierait ses soldats et qu'il n'en garderait que le nombre nécessaire pour la sûreté de sa personne. Le gouverneur lui promit qu'on ne ferait aucune insulte à ceux qui auraient servi sous sa main ; qu'il pourrait, lui et les siens, professer sa religion en toute liberté et que le Parlement lui ferait justice du meurtre de son frère. » , Le comte promit en outre à Mauvans d'obtenir du roi la ratification du traité. « Cet acte est tel, » dit de Bèze, « et si généreux que vraiment il doit recommander la mémoire de ce simple gentilhomme entre tous ceux de ce temps-là. » Il paraît même que le comte offrit à Mauvans de gros appointements de la part du roi, mais que le vaillant capitaine, qui savait, par le prince de Condé, qu'on écrivait « des lettres doubles de la cour : au comte en sa faveur, au Parlement contre lui pour le tuer, » répondit : « Vos lettres, Monseigneur, portent récompense, mais celles du Parlement parlent supplice. » Lagarde seul ne fut pas satisfait. Il voulait qu'on ne

gardât pas la foi à Mauvans et qu'on le taillât en pièces dans quelque défilé. Ce projet criminel ayant été repoussé par le comte , Lagarde résolut de surprendre lui-même Mauvans. Il espérait, par cette trahison, rentrer dans les bonnes grâces des Guises , qui lui avaient ôté le commandement général des galères à cause de ses malversations, mais dont il avait, pour l'heure, l'ordre secret de prendre Mauvans mort ou vif. Il ne recueillit que de la honte de son entreprise. Averti de son embûche, Mauvans coucha dans un autre lieu que celui où Lagarde l'attendait, et le lendemain, surprenant les coureurs de ce dernier dans un village , en tua seize et lui offrit à lui-même la bataille avec tant de résolution, que le traître, se voyant enveloppé de toutes parts, demanda à. parlementer et qu'il fût convenu que chacun se retirerait chez soi en bon ordre. Il devint ainsi la risée du comte, qui désavoua son action auprès de Mauvans, et de plusieurs autres grands seigneurs, et il fut longtemps sans oser se montrer en plublic.

Calvin n'approuva pas les armements de Mauvans. Le 16 avril i$6i , il écrivait à Coligny fi) : « Il s'est fait des excès en Provence; aucuns ont pris les armes, quelques gens ont été tués ; mais il faut savoir si j'ai eu nulle intelligence avec les auteurs , si jamais je les ai vus ni connus, si nous avions communiqué ensemble par lettres ou messages. Or, on trouvera que je n'ai pas moins réprouvé tous leurs actes que ce qui s'était fait auparavant (2). »

Cependant, Mauvans, qui s'était retiré dans sa maison, eut vent de divers côtés qu'on tramait sa perte et que le duc de Guise lui en voulait tout particulièrement

(1) Calvini opéra, vol. XVIII, n° ^74.

(a) Allusion à la conjuration d'Amboise, à laquelle Calvin se défend avec raison d'avoir participé.

parce qu'il avait, le premier, pris les armes dans le royaume et fait avorter plusieurs de ses desseins. Conseillé par ses amis de quitter la France, il se rendit à Genève, en passant par Montbrun et Sisteron, avec quelques cavaliers fidèles. A peine y fut-il arrivé que le duc de Guise lui envoya un émissaire qui lui fit les plus belles promesses en louant sa valeur. Mauvans refusa des avances qu'il ne croyait pas sincères et fit répondre au duc que tant « qu'il le connaîtrait ennemi de sa religion et du repos public et qu'il occuperait le rang des princes du sang, il se pouvait assurer d'avoir un ennemi en Mauvans, pauvre gentilhomme, mais qui avait tel crédit et faveur avec les bons sujets et serviteurs du roi et de la couronne et de la maison de France , qu'ils étaient cinquante mille, dont il était le moindre, qui emploieraient leurs vies et biens pour lui faire payer ce qu'il avait commis contre tant de bons sujets et serviteurs de Sa Majesté, et se pouvait tenir pour tout assuré que, tandis que l'un d'eux vivrait, il n'aurait ni repos ni vie assurés , ni pareillement toute sa race , puisqu'il avait tant irrité la noblesse de France. »

Mauvans reçut aussi à Genève des lettres du roi et de la reine mère, qui approuvaient le traité qu'il avait conclu avec le comte de Tende , le déclaraient « l'un des plus loyaux et affectionnés serviteurs de Sa Majesté » et lui promettaient de grandes récompenses ; mais il apprit en même temps que des lettres toutes contraires adressées au Parlement chargeaient ce dernier de chercher à se défaire de lui par tous les moyens possibles, ainsi que du capitaine Châteauneuf, qui avait été, comme on l'a vu, l'agent de La Renaudie en Provence. On agit aussi perfidement avec le comte de Tende. Le roi et la reine lui avaient donné l'ordre de ménager Mauvans et de l'attirer dans son parti, tandis

que les ministres poussaient le Parlement à lui faire son procès et à le condamner à mort. « Ces contradictions entre le roi et ses ministres, » dit Papon, « sont d'autant plus remarquables qu'elles n'arrivent que sous un gouvernement où il n'y a plus d'autorité fi). »

Mauvans fut reçu à Genève comme un héros. On le comparait volontiers à Judas Macabée et il accepta l'offre d'aller secourir les Vaudois de la vallée de Pragela, persécutés par le duc de Savoie.

VIOLENCES EXERCÉES CONTRE LES PROTESTANTS A AIX ET DANS D'AUTRES LIEUX (i j6l).

Aussitôt après le départ de Mauvans pour Genève, les prêtres, à qui on avait persuadé que le chef protestant voulait les faire tous périr, commencèrent de respirer et, se croyant désormais à couvert de ses coups, excitèrent le peuple à massacrer tous ceux de la nouvelle religion, ce qui obligea un grand nombre d'entre eux de prendre la fuite.

L'édit d'amnistie de juillet 1 561, inspiré au chancelier de l'Hospital par son esprit de tolérance et de justice, n'arrêta pas le cours des violences. Elles continuèrent jusqu'à la fin du colloque de Poissy (13 octobre) et même après, quand revinrent dans leurs diocèses les prélats provençaux qui y avaient assisté, parmi lesquels

(1) Régnier de La Planche, t. I, p. 221-229 ; — De Bèze. t. ï, p. 235-240 ;

— Recueil des choses mémorables, p. 94-97 ; — De Thou, t. II , p. 817-820 ;

— d'Aubigné, t. I, p. 124, 125. 135-135; — Claude de Cormis dans Louvet, Additions, t. I , p. 510-528; — Nostradamus, p. 784; — Honoré Bouche*, t. Il, p. 628; — Louvet, Histoire, t. I, p. 140-144; — Papon, t. IV, P- M:-i49; — Lambert, t. I, p. 97-116; — (Lamenei) , Hist. de Castellane, p. 280-280.

* Cet historien se trompe en attribuant à Antoine de Mauvans. déjà mort, l expédition de Paulon.

l'évêque de Sisteron, « vrai boutefeu, » dit de Bèze, se montra particulièrement acharné.

A Aix le parti catholique avait pour chef Flassans , dont il a été plus haut, « issu de très noble et très ancienne famille, » dit Nostradamus, « mais homme rude et d'aspect menaçant et cruel... qui avait la peau et le poil de visage à demi maure... , outre qu'il avait dilapidé et consumé presque tout son patrimoine, qui n'était pas médiocre, en luxe et débauches désordonnées. » De Bèze et Gaufridi confirment ce jugement. Il avait pour compagnon le chevalier Glandevès , sieur de Cuges , « qui, » dit encore Nostradamus, « n'était guère de nature plus douce ni plus maniable, d'humeur turque et grossier. » Flassans se fît nommer premier consul d'Aix à Pentecôte (25 mai) et devint par là le maître absolu de la ville. Il se faisait appeler le chevalier de la Foi et portait une croix blanche à son chapeau. Ses partisans, au chant d'une chanson composée récemment à Fribourg contre les luthériens, couraient les rues, frappant aux portes des maisons des religionnaires , jetant des pierres à leurs fenêtres et criant qu'il fallait tous les tuer, à commencer par les officiers suspects du Parlement, qu'ils désignaient par leurs noms.

Pour empêcher qu'aucun ministre ne vînt s'établir à Aix ou pour obliger de fuir ceux qui pouvaient s'y trouver, Flassans obtint du Parlement un arrêt qui ordonnait à tous les étrangers de quitter la ville ; mais le conseiller Salomon, luthérien de cœur, comme il a été dit plus haut, parvint à faire insérer dans l'arrêt la défense de proférer, de nuit, des cris de mort devant les maisons des religionnaires, de frapper à leurs portes et de jeter des pierres à leurs fenêtres, et il se fit attribuer la charge de poursuivre les délinquants. « La populace n'en fut que plus irritée, » dit Papon; « elle s'assembla

pendant la nuit autour de la maison de ce magistrat, sur laquelle on fit pleuvoir une grêle de pierres, tandis que l'air retentissait de toutes sortes d'injures. Le tumulte fut plus fort autour de la maison où logeait le ministre luthérien [Chabrandj , arrivé depuis peu de Sisteron. C'est là que le peuple, furieux, criait de toutes ses forces et en jetant des pierres : Fouero, Lutheran ! « Hors d'ici, Luthérien! » Le désordre durait encore le matin, lorsque le Parlement s'assembla, et de la salle d'audience on entendait les cris de ce fanatisme. La Cour ne vit pas d'autre moyen, pour calmer les séditieux, que de donner un décret de prise de corps contre le ministre, contre l'habitant chez qui il était logé, et surtout contre ceux qui chanteraient à l'avenir les psaumes de Marot ou qui tiendraient le prêche dans la ville. Cependant, comme c'eût été manifester un esprit de parti trop décidé que de se borner à prononcer des peines contre les hérétiques, la Cour défendit, le 17 décembre 1561, sous peine de mort, les injures, les chansons diffamatoires, les masques, le port des armes pendant le jour et les attroupements des enfants pendant la nuit. Elle défendit aussi de frapper aux portes des maison et de jeter des pierres aux fenêtres ; on menaça même de la prison ou de l'estrapade ceux qui seraient surpris dans les rues après 8 heures du soir. »

u Ces règlements furent rendus inutiles par le crédit des personnes intéressées à les violer. » Salomon déposa des plaintes réitérées contre ceux qui y contrevinrent, mais le Parlement, soit par peur soit par complicité, n'en poursuivit aucun. Les violences continuèrent. Selon Régnault, qui a écrit l'histoire de ce temps, Flassans, Cuges et ses partisans « avaient conspiré la mort de cinq cents, voire de mille fidèles, qui étaient dedans la ville d'Aix ou aux environs. » « Ils ne laissèrent pas

non plus, » dit encore Régnault, « de faire leur complot avec leurs voisins, ceux d'Avignon, qui, de tout temps, ont été grands persécuteurs de l'Eglise de Dieu... Je sais qu'un président (i) de la ville d'Aix, que je ne nommerai pas, complotait tout ceci avec le vice-légat d'Avignon; même qu'ils avaient délibéré de faire un nouveau règne pour le pape et fermer les portes à Jésus-Christ (2). »

Des violences analogues à celles d'Aix eurent lieu dans un grand nombre d'autres villes : à Manosque (3), à Sisteron (4}, à Valensole, à Arles et ailleurs. Partout des potences furent dressées dans les places publiques pour y pendre les religionnaires. Des bandes de paysans catholiques , auxquels on donna le nom de cabans à cause des grands manteaux qu'ils portaient, se mirent à parcourir les campagnes, à envahir les villages et les bourgs, pillant, saccageant et tuant tout sur leur passade, même les magistrats et les consuls de leur reli- CS " O

gion qui voulaient arrêter leur furie. Fos des Porcellets, à la tête de ses routiers, se rendit entre tous tristement célèbre , car il saccagea entièrement Salon et Saint- Chamas.

A Marseille, les luthériens eurent particulièrement à souffrir : « Les uns, » dit Ruffi (5), « étaient tués dans leurs maisons, et les autres traînés par les rues, et la haine publique était si grande contre eux qu'on trouva

(1) Vraisemblablement le baron de Lauris , dont la haine pour les luthériens était connue.

(2) « Combien que ceux qui veulent atténuer les fautes des rebelles les pallient sous prétexte de la religion, si est-ce qu'il y a tant de particularités en ce fait que l'on ne peut dire que ce ait été autre chose que une vraie conspiration pratiquée de longue main. » (Lettre de Fumée et Ponnat au roi du 11 mars 1562. Bibl. nat. mss. franç., n° 5 186, p. 55).

(?) Voyez plus loin à l'histoire particulière de cette ville. (4) Idem.

(J) Ruffi, p. 228 ; — Fabre, Histoire de Marseille, t. II, p. 8ç.

un jour un marchand de Montpellier pendu à un treillis de fer..., et peu après trois hommes pendus à un orme qui était au-devant du palais, qui avaient été tirés la nuit précédente des prisons, où le lieutenant Catin les avait fait mettre comme en un lieu de sûreté, sous prétexte de les vouloir faire punir... Nonobstant l'exacte recherche qu'on faisait, il y en eut beaucoup qui furent sauvés secrètement par leurs parents et amis ; d'autres, que leur bourse rendait coupables plutôt que leur croyance, eurent assez de peine de se garantir, d'autant que le peuple se portait à toute sorte de licence sous le voile de la religion, la justice n'ayant pas assez de force pour arrêter ces mouvements. »

MISSION DE CRUSSOL EN PROVENCE. ÉDIT DE JANVIER. ÉMEUTE SUSCITÉE PAR FLASSANS A AIX (l 5 6 I , 1 562).

En présence de ces violences, « les fidèles de Provence (ce peu qui y était), » dit Régnault , « s'assemblèrent à Riez pour prendre conseil et adviser à ce qui serait nécessaire pour la conservation de l'Eglise de Dieu : ce qui atterra tellement messieurs les consuls et le gouverneur de la ville d'Aix, que peu s'en faut qu'ils ne fussent désespérés, car ils entendirent qu'il se faisait gros amas de fidèles et que beaucoup de gentilshommes du pays de Provence, et même M. de Varages, homme bien entendu au fait de la religion , s'était voulu trouver là pour délibérer de ces choses à la conservation de l'Eglise. » L'assemblée de Riez décida qu'on députerait au roi l'avocat Mutonis pour lui faire connaître les malheurs et lui exprimer les plaintes des fidèles de Provence et implorer son intervention pour qu'il fît cesser les violences dont ils étaient l'objet.

Charies IX, faisant droit à ces doléances, décida d'en-

voyer en Provence le comte Antoine de Crussol , qui jouissait d'une grande considération dans le royaume, u II ne se souciait pas des prêches, » dit Pérussis, « et allait tous les jours à la messe, » mais c'était un homme juste et modéré. Il avait pour mission de pacifier la Provence, de connaître des excès qui avaient été commis et de s'enquérir des concussions du Parlement d'Aix. Le roi lui donna pour adjoints Antoine Fumée, membre de son grand conseil et rapporteur à la chancellerie de France, et A. de Ponnat, conseiller au Parlement de Grenoble.

Dès que Flassans et ses adhérents eurent connaissance de la mission de Crussol, « ils firent rassembler, » raconte Régnault, « toutes les communes de la Provence dans la ville d'Aix, ayant délibéré d'empêcher de toutes leurs forces cette commission. Les communes s'assemblèrent à Aix environ la fin de novembre ( 1 561), un ou deux de chaque commune, et là fut délibéré de mettre garnison par toutes les villes et maintenir jusqu'à la mort la loi du pape , et changer de roi plutôt que de loi ; en signe de quoi ils se mirent un petit cordeau au cou , enfilé de patenôtres , et n'était si petit compagnon du pape qui ne voulût bien avoir ce signe à son cou... Les pauvres fidèles tremblaient dans Aix , et plusieurs furent contraints de s'enfuir. Je sais qu'ils prirent de ce temps une jeune damoiselle à Aix, et la battirent de telle sorte que c'était grande compassion, parce qu'elle chantait des psaumes. Ils jetaient des pierres aux fenêtres des fidèles ; ils rompaient leurs portes et les tenaient comme prisonniers dans la ville sans qu'ils pussent entrer et sortir, tellement qu'ils espéraient de jour en jour qu'on leur coupât la gorge à tous. »

Quand Flassans et ses acolytes apprirent la promulgation de l'édit de janvier 1562, qui permettait le libre

exercice du nouveau culte en dehors des villes, ils redoublèrent de fureur et d'audace. Ils s'opposèrent à l'enregistrement de l'édit par le Parlement, et excitèrent une sédition. Ils assemblent, dit Honoré Bouche, a un tas de peuple de toute condition, parmi lesquels étaient quelques bouchers, gens sanguinaires, et quelques moines libertins et débauchés, » puis « vont courant la ville avec des croix blanches à leurs chapeaux , garnies de plumes de coq, excitant le peuple à sédition, au meurtre et au pillage des maisons de ces nouveaux religionnaires, jetant des pierres contre les portes et les fenêtres des suspects , vomissant contre eux de grandes injures et opprobres et , rencontrant en leur chemin quelquesuns des véritablement atteints , ils les prenaient et les allaient pendre aux branches du pin sous lequel se faisait le prêche, donnant tous leurs biens au pillage de ceux qui les voulaient prendre. » Tous les matins, on voyait pendue à cet arbre quelque nouvelle victime ; de là cette plaisanterie cruelle que tous les jours le pin portait de nouveaux fruits.

Les séditieux avaient l'approbation tacite du tiersprésident sieur de Lauris , des conseillers Honoré de Tributiis, sieur de Sainte-Marguerite, Bagaris, Nicolas Ermenjaud, sieur de Barras, André d'Ardillon, sieur de Montmirail, Honoré Laugier, sieur de Colobrières, et de l'avocat général second-premier Jacques de Rabasse , qui plus tard furent tous révoqués. Le comte de Tende écrivit au comte de Carcès de persuader à Flassans de cesser ses désordres , à quoi il répondit que son frère avait « l'âge de se gouverner. » Il pria aussi un certain nombre de gentilshommes de Provence de venir lui prêter main-forte, mais seuls Mauvans, Balthazar de Gérente, seigneur de Sénas, Antoine d'Oraison, vicomte de Cadenet, Scipion de Villeneuve, sieur d'Espinouse,

et Antoine de Marsch dit Tripoli, citoyen de Salon, répondirent à son appel. Les autres se dirent malades. Les consuls, invités également à faire cesser le désordre, répondirent qu'ils ne toléreraient point les prêches. Là-dessus Flassans introduisit dans la ville « trois ou quatre cents soldats des plus séditieux de tout le pays, •) dit un document contemporain (1), « et les logea dans les couvents, monastères, chapitres et autres gens d'Eglise. » Le comte de Tende fit entrer de son côté quatre cents hommes , reprocha aux gens du roi leur connivence avec les rebelles, et, entrant au Parlement, le rendit responsable de tous les désordres qui pourraient' arriver.

Cependant Flassans fait sonner le tocsin , et bientôt trois mille séditieux sont sur pied. Le comte convoque le premier président, les gens du roi et le viguier, ordonne à Flassans de quitter la ville, et somme les gens du roi de faire enregistrer l'édit de janvier ; mais ses ordres ne sont pas exécutés. Se voyant , dès lors, dans l'impuissance de maîtriser la sédition, il fait sortir ses soldats de la ville et sort lui-même en députant Claude de Cormis au roi pour l'informer des événements. Maître absolu de la ville et désireux de s'y maintenir par la force, Flassans en fait aussitôt murer les portes.

Dans cette sédition, dix-huit luthériens furent massacrés et vingt autres pendus au pin, et les maisons de tous saccagées et pillées.

Le comte de Crussol, parti de Paris le 10 décembre 1 561, était arrivé à Tarascon le 22 janvier suivant. Déjà à Avignon la reine mère lui avait envoyé l'ordre de se rendre en toute hâte en Provence, et de faire enregis-

(1) Mém. et autres pièces concernant les ajfaires de Prov. dans les seizième et dix-septième siècle (Mss. de la bibl. nationale, fonds franç. , n° 4 J98).

trer l'édit de Janvier par le Parlement. Rejoint par le comte de Tende, il s'arrêta trois jours à Marignane, à cinq lieues d'Aix. De là il députa le vicomte de Cadenet aux consuls d'Aix pour les engager à recevoir ce dernier comme leur gouverneur avec cinq cents hommes de garde, et à consentir à l'établissement d'un prêche dans un faubourg d'Aix. Mais Flassans refusa au vicomte l'entrée de la ville (i). Crussol ayant député ce dernier une seconde fois, le Parlement, qui savait que les deux comtes disposaient de forces considérables tirées du Dauphiné et de la Provence , soit quatre mille piétons et cinq cents chevaux, jugea prudent d'entrer dans la voie de la douceur, et députa à Crussol le président Louis du Puget, coseigneur de Fuveau, accompagné des gens du roi et des principaux conseillers de la Cour des comptes , qui accusèrent Flassans d'être la cause de tous les désordres. Deux consuls, députés par le conseil communal, qui se présentèrent à leur tour, dirent que c'était par crainte de ceux de la religion que les portes de la ville avaient été murées. Ces derniers se plaignirent au contraire des violences et extorsions innombrables dont ils avaient été victimes. Quant à Flassans, invité par deux fois sans succès de se rendre auprès de Crussol, il fut révoqué de ses fonctions et quitta Aix sur l'ordre du Parlement. Vingt-cinq ou trente mauvais garnements de la ville l'accompagnèrent, « gens séditieux, » dit Régnault, « ivrognes, paillards, mutins et dutout désespérés, qui n'attendaient rien que le pillage des pauvres fidèles. »

(0 Flassans terrorisait évidemment la cité et son conseil, car les 18 et 10 janvier celui-ci décidait d'envoyer une députation au comte de Crussol pour l'assurer des intentions de la ville • d'obéir en tout et partout aux édits du roi et tenir main forte à la justice. » I! ne serait même pas surprenant que Flassans eût empêché la première députation de partir.

Crussol entra à Aix le 5 février avec deux cents hommes et du canon, donna ordre de dresser des potences en divers quartiers, surtout à Fontettes, pour intimider les mutins, fit vérifier sa commission par le Parlement et installa ses deux commisssires, Fumée et Ponnat. L'édit de Janvier fut enregistré le 10 et publié dans la ville, puis il désarma les habitants, fit pendre quelques mauvais sujets et révoqua de leurs fonctions les consuls, les conseillers du Parlement et les gens du roi, qui étaient les complices de Flassans, et leur donna des successeurs. Tripoli eut le gouvernement de la place avec cinq cents hommes de garnison. C'était un « vaillant homme,» dit Nostradamus, « froid et sage en ses actions, éloigné de toute violence inconsidérée , pourvu et garni de bonnes lettres. » Les protestants choisirent pour lieu de culte le jardin du conseiller d'Eguilles, près la porte Saint-Jean, où était le pin trop célèbre, et un local, situé en dehors de la porte des Augustins, qu'ils abritèrent d'une tente mobile. Le culte fut célébré le lendemain même de l'entrée de Crussol. Le fils du comte de Tende, Honorât de Savoie, comte de Sommerive, et son gendre, Jacques de Saluées, seigneur de Cardé, y assistèrent, ainsi qu'un grand nombre d'autres gentilshommes.

LEVÉE DE BOUCLIERS DE FLASSANS. SA DÉFAITE A BAR- JOLS. CRUELLES REPRÉSAILLES. ESSAI DE PACIFICA- TION DE LA PROVENCE (i 562).

Flassans, en quittant Aix, se dirigea vers Brignoles. En passant àTrets, il tomba à l'improviste sur une compagnie, que le capitaine Féraud avait levée à Grasse et à Fréjus pour le roi, sur l'ordre du comte de Tende, tua huit ou neuf soldats et dispersa le reste. Enhardi

par ce succès, il appela à lui quatre ou cinq cents hommes des plus malintentionnés du pays, s'empara de Tourves, qui renfermait des luthériens, pilla et saccagea leurs maisons et massacra ceux qui n'avaient pas pris la fuite. De Tourves, il se transporta en divers lieux où il commit les mêmes excès : ce qui attira à lui tous les gens avides de meurtre et de pillage, si bien qu'en peu de jours il se vit à la tête de quinze cents hommes. Pendant ce temps, le Parlement procédait par voie de justice contre lui et, après trois sommations de comparaître, auxquelles il ne répondit pas, il fut déclaré contumace, rebelle et coupable de lèse-majesté.

De Bèze raconte ainsi sa marche : « Il sortit en campagne avec enseignes déployées et peintes de deux clés du pape, ayant chaque soldat un chapelet pendu au cou, marchant devant eux un cordelier [Guillaume Taxil], portant un grand crucifix de bois, comme ils ont coutume d'en porter dans les cérémonies mortuaires. Après cela, ayant fait crier que chacun cherchât soigneusement ceux de la religion pour les faire mourir, ou autrement les garder selon la volonté de ceux qui les pourraient prendre, cela fut exploité de telle sorte, qu'autant qu'ils en purent attraper par tous les lieux où ils marchaient, autant en faisaient-ils mourir, les uns dès lors qu'ils les avaient pris, les autres après longue prison et grosse rançon. Et quant aux femmes et aux filles, la plupart étaient violées, les autres réservées pour être mariées à ceux de leur bande comme bon leur semblait ; et afin que les mariages fussent plus riches, les parents et autres qui pourraient faire partage avec elles, étaient forcés de leur donner en contrat de mariage tous leurs biens ou bien passés par le fil de Tépée. Entre autres cruautés, celle-ci n'est à oublier pour montrer le zèle de ces bons défenseurs de la foi

catholique, c'est qu'un des principaux favoris de Flassans, lorsque les troupes entrèrent à Signes, y ayant trouvé sa sœur, qui était de la religion, la fit forcer en sa présence par le cordelier porteur du crucifix, qui n'en fit aucune conscience et de plus par cinq ou six autres. »

Flassans , courant ainsi pour piller le pays et tuer les luthériens, tenant pour tels tous ceux qui avaient de l'argent, assiégea sans succès Besse, qui fut secouru par Mauvans. Le vaillant capitaine était, en effet, rentré en France après l'édit de Janvier et, sur l'ordre de Crussol, avait levé une compagnie de soldats pour le roi dans les quartiers de la Durance.

Cependant les deux comtes, désireux d'éviter l'effusion du sang, députèrent à Flassans le sieur de l'Estrange, personnage fort poli et persuasif, pour l'engager à déposer les armes; mais il ne voulut écouter aucun avis. N'osant toutefois prendre sur eux d'allumer une guerre dont ils prévoyaient les suites funestes, Crussol et Tende voulurent prendre l'avis du Parlement. « La Cour, » dit Papon, « répondit que si le service du roi exigeait qu'elle s'expliquât, elle le ferait volontiers, mais que la matière n'étant pas de sa compétence, elle s'en rapportait à leur prudence, bien persuadée qu'ils ne feraient rien que d'avantageux pour le bien de l'Etat. » Après cette réponse les deux comtes résolurent d'en venir aux mains.

Flassans, craignant d'être enveloppé par l'armée qui se formait à Saint-Maximin et considérant que Brignoles, qui avait été son premier objectif, était un lieu de bien petite défense, se rendit à Barjols, situé dans la montagne. Avertis de son départ, les deux comtes envoyèrent à sa poursuite en avant-garde Mauvans et Sénas, avec leurs compagnies d'arquebusiers à cheval,

mais les habitants de Barjols refusèrent de les recevoir, tandis qu'ils ouvrirent leurs portes à Flassans. Les deux capitaines s'étant repliés sur Varages, petite place à proximité. Flassans vint les y attaquer. Après avoir épuisé toutes leurs munitions et même combattu à coups de pierres, ils quittèrent la place à minuit, à la faveur d'un orage et rejoignirent l'armée royale à Saint-Maximin. Celle-ci se mit en marche. Elle disposait de quatre canons et de vingt enseignes de gens de pied, commandés par Gaspard Pape, seigneur de Saint-Auban, habile capitaine dauphinois, auquel s'adjoignit François de Beaumont, baron des Adrets, qui devint s'y tristement célèbre dans la suite. Perrinet Parpaille, président du Parlement d'Orange, avec quelques soldats de cette principauté, étaient aussi dans l'armée royale. Flassans avait quinze cents hommes sous ses ordres, comme on l'a déjà dit, et la place de Barjols, située dans une assez forte assiette, avait une muraille continue et un vieux château, ruiné en partie, où se réfugièrent les femmes et les enfants avec vingt-cinq ou trente soldats pour les garder. Les habitants y avaient aussi déposé leurs meubles les plus précieux.

Après plusieurs escarmouches, Saint-Auban fit poster ses canons sur un petit col proche de la ville, pendant que Flassans, de son côté, établissait sur une tour qui regardait l'infanterie de l'armée assiégeante, les quatre mauvais canons qu'il avait trouvés dans la ville. C'était le 5 mars. Sommés le même jour, par des trompettes, de se soumettre au roi et à ses lieutenants, les assiégés répondirent qu'ils voulaient que le roi leur donnât un lieu sûr où ils pourraient se retirer en attendant de recevoir leur grâce ; que Flassans fût réintégré dans ses fonctions de premier consul d'Aix et que les prêches demeurassent interdits en Provence. Ces con-

ditions ayant été jugées inacceptables, il fut décidé qu'on ouvrirait le feu le lendemain.

« Ledit jour, sixième du présent mois, » dit une lettre du temps (1), « le sieur de Saint-Auban, principal conducteur de l'infanterie, commença à faire dresser l'escarmouche et l'assaut, et, par ce même moyen, commanda que l'artillerie fasse son devoir d'abattre quelques tours qui les endommageaient... Je ne veux oublier à vous dire qu'avant d'entrer à l'escarmouche ni à l'assaut toute notre infanterie fit des prières et chanta quelques psaumes avec affection si grande que eussiez dit le ciel et la terre se devoir ouvrir. Et au contraire, leurs adversaires se moquaient et leur criaient mille saletés.

» L'assaut fut commencé sur les huit heures du matin, mais d'une telle raideur que eussiez dit que c'était foudre, tellement que les séditieux n'attendirent pas que Messieurs les comtes et la cavalerie fussent arrivés ; mais soudain qu'ils virent un peu de passage ouvert se jetèrent dedans le faubourg : à quoi ne se voulaient arrêter les protestants. Ainsi entrèrent à l'instant dans la ville et gagnent les portes, tellement que, sur les onze heures , ils furent maîtres des faubourgs et de la ville. Il est vrai que les séditieux, se voyant ainsi pressés et sentant la cavalerie non encore arrivée, gagnèrent une des portes par laquelle ils purent échapper quelques troupes, non tant toutefois qu'il n'en soit demeuré grande quantité de morts et de prisonniers. »

Flassans, ignorant l'art de la guerre, n'avait rien su prévoir et, fuyant avec ses soldats aussi peu expérimentés que lui, il alla s'enfermer dans le fort de Por-

to Biblioth. nation., fonds français, n° 4Ç98.

querolles, que le comte de Carcès, son frère, possédait dans les îles d'Hyères. Son compagnon, le chevalier de Cuges, s'enfuit dans la montagne. Les troupes royales passèrent au fil de l'épée ou tuèrent autrement trois cents hommes, notamment le fameux cordelier. « On y jetait, » dit Du Puget de Saint-Marc, « les hommes par les fenêtres, qui étaient reçus sur les pointes des hallebardes. » Elles brûlèrent ensuite l'église et le couvent des Augustins et les reliques renommées de saint Marcel. On fit deux cents prisonniers, et cent d'entre eux, qui avaient commis le plus de brigandages (1), furent pendus. L'armée royale ne perdit que deux hommes, dont l'un, le capitaine La Roquette, fut tué en parlementant.

Les comtes accoururent pour faire cesser cette tuerie et Tende envoya tout exprès son gendre Cardé qui, au moment d'entrer dans la ville, fut témoin d'une scène touchante.il rencontra, en dehors des murs, deux compagnies de Vaudois de Lourmarin et de Mérindol, qui remerciaient Dieu après la victoire, car ils étaient entrés les premiers par la brèche; mais, voyant commencer le pillage, ils avaient déserté la place et s'étaient retirés dans un champ pour prier. Cardé leur ayant demandé pourquoi ils avaient quitté leurs compagnons qui pillaient la ville, ils répondirent « qu'étant venus pour la gloire de Dieu et le service du roi, ils ne s'étaient épargnés tandis qu'il avait fallu combattre, mais que, la victoire obtenue, n'étant convoiteux des biens d'autrui, ils s'étaient retirés pour rendre grâce à Dieu de la victoire et attendaient le commandement qui leur serait fait. »

(1) « Nam hactenus latrunculorum more grassati sunt » (Lettre de Calvin à Bullinger. dans Calvini opéra, n» 5757 du vol. XIX.

Quand les soldats, qui gardaient le château avec les femmes et les enfants, virent la défaite de leurs compagnons, *ils tentèrent de fuir; mais, pressés par les soldats de Saint-Auban, ils furent obligés de rentrer. Du reste, manquant de vivres et de munitions, ils demandèrent à capituler moyennant la vie sauve et une caution de vingt-cinq mille écus ; mais on leur répondit « qu'il ne faut pas capituler avec son prince et qu'ils se rendissent à sa miséricorde et justice : » ce qu'ils firent la nuit suivante. Guillaume d'Entraigues et Laidé, leurs chefs, ainsi que le viguier et les consuls de Barjols, qui avaient ouvert leurs portes à Flassans, furent conduits à Aix, où les commissaires Fumée et Ponnat les condamnèrent à mort; mais les deux premiers « par faute de bonne garde, » dit une lettre du temps (1), parvinrent à s'échapper. Quant à Annibal de Glandèves de Baudument, qui s'était réfugié au château, Mauvans le fit évader à la requête d'Espinouse. Dans la suite il n'en usa pas de même avec son généreux bienfaiteur, car il fut sans miséricorde pour lui.

On laissa dans Barjols une compagnie de gens de pied, entretenue aux frais de la ville, dont Saint-Auban fut nommé gouverneur, et Mauvans, en récompense de ses services , reçut l'autorisation d'occuper Sisteron avec cent cavaliers.

Dès le commencement de la révolte de Flassans, Jean de Quiqueran d'Arles dit Ventabren, s'était rendu dans la Camargue pour lever des troupes en faveur de son ami. Ayant fait main basse sur tous les chevaux d'Arles et des environs, il alla s'enfermer dans Saint- Remi, où, secondé par ses soldats, parmi lesquels se trouvaient quelques moines, il saccagea les habitations

(1) Cahini opéra, vol. XIX, n° 3751.

des luthériens, en attendant les renforts qu'on lui avait promis d'Avignon. Barjols pris, les deux comtes décidèrent de le poursuivre; mais Ventabren, en ayant eu vent, se réfugia à Avignon.

Les comtes établirent ensuite des garnisons dans chaque ville pour assurer l'exécution de l'édit de janvier. L'exercice du nouveau culte ne fut pas libre pour cela dans tous les lieux de Provence qui renfermaient des protestants. A Marseille, par exemple, l'exécution de l'édit « rencontra dans la ville, » dit Fabre (i), « une opposition presque générale et faillit y causer un soulèvement des prêtres, qui, méconnaissant dans la chaire évangélique la sainteté de leur ministère de paix, enflammèrent par des déclarations furibondes et des vœux sanguinaires, les passions déjà trop ardentes de la multitude égarée. Les monastères et les confréries des pénitents montraient surtout une exaltation fanatique. Le zèle religieux n'était presque plus que du délire. Malheur à celui qui eût voulu faire entendre la voix de la modération et de la douceur! Le conseil municipal partageait le fanatisme populaire; mais, intéressé à rétablir le calme et à prévenir les malheurs dont on était menacé, il envoya des députés à Charles IX pour le prier de prendre en considération l'état alarmant de la ville et lui exprima avec respect, mais aussi avec énergie, les vœux des habitants, bien résolus à défendre jusqu'à leur dernier souffle la religion de leurs pères et la sainte Eglise romaine contre des sectaires criminels, et à ne pas souffrir que leur cuite impie souillât une cité fidèle au vrai Dieu. Les députés prièrent le roi de France d'interpréter l'édit en faveur des religionnaires d'une manière favorable aux vœux des Marseillais qui, jouis-

(i) Hist. de Marseille, t. Il, p. 88-90.

sant de privilèges particuliers, n'étaient pas soumis à toutes lesjois générales du royaume. Charles IX, par faiblesse ou par politique, déclara qu'il n'avait jamais entendu que cet édit fût de point en point admis, « et il ordonna, » ajoute Ruffi (i), « que, dans Marseille et son détroit, il n'y aurait aucun exercice de la nouvelle religion et permit aux consuls de s'y opposer à force d'armes. »

A leur retour de Paris, les députés furent reçus avec de grandes acclamations de joie et les prêtres célébrèrent ce triste triomphe par des fêtes religieuses et des prières solennelles (2).

(1) Page 228.

(2) Lettres de Calvin, de La Place et de de Bèze, dans Calvini opéra, vol. XVIII, n°* 3379 et 3403 ; vol. XIX, n<» 3642, 3737, 3751 ; — Pérusiis, Discours des guerres, p. 13, 20, 21, 33; — Du Puget de Saint-Marc, dans la Collection, de Mémoires, de Michaud et Poujoulat, t. VI, p. 706-7J2; — Nicolas Régnault , Discours véritable dans les Mémoires de Condé, t. III, p. 636 et suiv.; — Claude de Cormis dans Louvet , Additions, p. J29-

Mémoires de Condé, t. III, p. $90 ; — Crespin, Recueil des choses faites durant les troubles, p. 522; — De Serres, Comment., 1* pars, fol. 68; — De Bèze, t. I, p. 561-J66; — De Thou , t. III, p. 234-237; — d'Aubigné , t. I, p. Ijl; — Nostradamus , p. 789 et suiv.; — Honoré Bouche, t. II, p. 634, 635 ; — Louvet, Histoire, t. I, p. 144; — Gaufridi , t. II, p. J05-512; — Papon, t. IV, p. 1J0-1J8; — Pitton , Hist. de la ville d'Aix, p. 284, 28J ; — Lambert, t. I, p. 1 1 5-128 ; — etc., etc.

Page 1