‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 38 sur 93 · MASSACRES DANS TOUTE LA PROVENCE ( I 5 Ô I , I · texte numérisé non relu

MASSACRES DANS TOUTE LA PROVENCE ( I 5 Ô I , I

La chute de Sisteron mit complètement les protestants de Provence à la merci de leurs ennemis, et on n'entendit plus parler, pendant plusieurs mois, que des violences inouïes dont ils furent l'objet. Non seulement ils furent expulsés des villes et villages qu'ils habitaient, mais encore les passions les plus brutales se donnèrent libre carrière contre eux, et ils périrent en grand nombre.

(1) Pérussis, dans d'Aubais, t. I. p. yi.

(2) Id., ibid., p. Î7-40.

Crespin (1) et de Bèze (2), en nous donnant la longue et douloureuse nomenclature de tous ces martyrs de la foi évangélique, nous font connaître les détails horribles qui accompagnèrent la mort de plusieurs d'entre eux. Nous ne reproduirons pas cette liste lugubre, réimprimée de nos jours (3), et nous nous bornerons à indiquer le nombre des victimes, en les classant par genre de supplices , suivant le travail de Drion (4) , où sont compris les protestants massacrés depuis le commencement de la première guerre de religion jusqu'à l'édit de pacification d'Amboise :

Hommes tirés des prisons et tués sans jugement, 38

— brûlés, 23 — • lapidés , 6

— fendus et démembrés vifs, 27

— tués et précipités , 1 3

— morts d'épouvante, 48

— enterrés vifs, 6

— déterrés et jetés aux chiens, 2

— morts de faim, 2

— noyés , 9

— pendus et arquebusés, 449 Femmes, filles et enfants assassinés par coups, 443 Femmes et filles violées, et en partie tuées dans

1 3 localités diverses , nombre inconnu

Femmes et filles traînées et tuées ensuite, . 12

(1) Fol. 674-680.

(2) Tome III, p. 215. — Voy. aussi de Serres, Comment., ia pars, fol. 88; — Recueil des choses mémorables , p. 270; — De Thou , t. III, p. 248 ; — d'Aubigné, t. I, p. 204 ; etc. — Les historiens provençaux, des six-septième et dix-huitième siècle , généralement partiaux à l'endroit des protestants, ont Jugé à propos de passer ces massacres sous silence.

(3) Haag, La France protestante, t. X, p. 469-472.

(4) Hist. chronolog. de l'Eglise protest, de France. Paris et Strasbourg, 1855, t. I, p. 99, 100.

Femmes et filles brûlées vives , 6

— — pendues , 4

— — noyées , 2

— — percées avec un bâton ferré, 4

— — couronnées d'épines et tuées, 2

— — mortes d'épouvante , 10

— — préciptées , 1

— — fendues et démembrées vives,

enceintes de jumeaux, 1

— — déterrées, 1

— — mortes de faim et de froid, 1 17 Enfants tués , 42 Enfants morts de faim en prison, 30 En tout, plus de 1300 personnes.

Nous ne comptons ici que les protestants massacrés de sang-froid et sans nécessité et le plus souvent dans leur propre pays, et nullement ceux qui furent tués à la guerre, où les adversaires combattaient loyalement et à armes égales.

Parmi les personnages qui se signalèrent dans ces tueries, soit qu'ils les aient commises directement ou laissé commettre, on remarque les consuls de Marseille, de Bormes, du Luc, de Pignans et de Saint-Maximin ; les prêtres de Digne et de Saint-Martin-de-Castillon : Hugues Frenel, viguier de Saint-Remy ; Jean Clavier, juge à Brignoles ; le lieutenant du bailli de Besse ; le viguier et les juges de Saint-Maximin ; les capitaines Héléon de Mirabel, de Thoard ; Louis Bras, du Luc; Marquet, de Mérindol; Pignolly, Luquin Jofïret , Bouquenègre, Montdragon et Flassans ; les quatre personnes qui suivent de la famille Quiqueran : Jean de Quiqueran dit Ventabren ; Honoré de Quiqueran dit le Sacristain, son frère; Gaucher de Quiqueran dit Méjanes ; Robert de Quiqueran dit Beaujeu, etc.

Les personnages d'une position sociale plus élevée , qui commandèrent les massacres ou y poussèrent, sans oser toutefois les commettre eux-mêmes, furent Carcès, Mentin, et les conseillers au Parlement Tributiis, Chesne et Bagaris.

l'édit de pacification d'amboise (19 mars 1563).

VIEILLEVILLE, COMMISSAIRE EXÉCUTEUR DE l'ÉDIT EN PROVENCE.

Pendant que ces excès se commettaient, Catherine de Médicis s'était rapprochée des huguenots et avait fait la paix avec eux. L'édit de pacification d'Amboise du 19 mars, qui en fut la conséquence, garantissait la liberté de culte aux nobles dans leurs châteaux, aux religionnaires des villes qui jouissaient de l'exercice de la religion réformée au 7 mars 1563, et à ceux qui habitaient les faubourgs des villes de bailliage. Les habitants des villages étaient sacrifiés.

Cet édit fut apporté en Provence, le 19 avril, par Antoine de Bena*nt de Lubières , sieur de Villeneuve , gentilhomme de la chambre du roi, mais, peu après lui, arrivait Marc de Branges, porteur de lettres royales défendant, au contraire, d'une façon absolue, l'exercice de la religion réformée en Provence. Le Parlement qui , dès la nouvelle du traité de paix, avait décidé de continuer la guerre et rendu un arrêt (26 mars) portant interdiction de l'exercice de la nouvelle religion dans la province , refusa d'enregistrer l'édit. Le roi , se déjugeant une nouvelle fois, lui ordonna de le faire en lui dévoilant (6 mai) les motifs particuliers qui l'avaient engagé à se réconcilier avec les huguenots, lui disant, entre autres choses , que la ville de Lyon ne déposerait les armes que lorsque les justes réclamations des reli-

gionnaires de Provence seraient satisfaites. Mais rien ne put vaincre une obstination contre laquelle vinrent encore échouer une lettre de jussion de Charles IX du 21 mai et des lettres du comte de Tende des ier et

19 juin et de Sommerive du 20 du même mois.

Sur ces entrefaites, le maréchal François de Scepeaux de Vieilleville , l'un des commissaires institués par la reine mère le 18 juin pour faire exécuter l'édit d'Amboise dans le royaume , arriva en Provence. Il passait, au dire de Brantôme (1) , « pour être plus politique que religieux, » et avait même favorisé la Réforme lorsqu'il était à Metz, « jusque-là, » ajoute le même auteur , « qu'il maria sa seconde fille avec le sieur de Lys de Lorraine, qui était fort de la religion ; ce que de ce temps fut trouvé fort étrange, car lors ces mariages n'étaient communs en France. »

Vieilleville, accompagné de Jean Truchon, président du Parlement de Grenoble , arriva à Tarascon le

20 juillet. Il y trouva le comte de Tende, qu'il réintégra dans ses fonctions de gouverneur de Provence. Sommerive était- également venu attendre le maréchal et se réconcilia à cette occasion avec son père. Vieilleville écrivit le même jour au Parlement pour lui faire connaître ses ordres iil l'avait déjà informé de sa mission depuis Lyon) , et le pria de lui députer quelquesuns de ses membres pour conférer avec lui. Le président de Lauris et les conseillers Ermenjaud et Bagarris, fougueux catholiques, acceptèrent cette mission. Il partit ensuite pour Aix où il ne séjourna que deux jours , car il désirait visiter d'abord Marseille. Il était de retour dans la capitale de la Provence le ier août. Le 8, il réunit le comte de Tende, un certain nombre de con-

(i) Œuvres complètes, éd. Buchon, Paris, 1848, t. I, p. 49J.

seillers du Parlement et les gentilshommes les plus marquants de la Province et prit avec eux les résolutions suivantes :

« Ceux de la religion prétendue réformée se retireront en leurs maisons, seront rétablis et réintégrés dans leurs biens, offices et états suivant l'édit du roi ;

» En la jouissance et entretenement d'iceux biens et états ne leur sera fait aucun reproche, ennui ou déplaisir en quelque façon que ce soit ; ains vivront sûrement et en liberté de leurs consciences en leurs dites maisons sans y être aucunement recherchés ou contraints...

» Est enjoint aux magistrats et consuls... de tenir la main à ce que chacun desdits de la religion puissent vivre en leurs dites maisons en toute sûreté et liberté de leurs dites consciences , sur peine d'en être responsables en leùrs propres et privés noms...

» Et quant aux prêches et exercices de la religion , requis par ceux de la religion, cela, quant à présent, est mis en surséance et défendu jusques à ce qu'autrement en ait été ordonné par Sa Majesté, devers laquelle se pourront retirer pour y être pourvu selon son bon plaisir. »

En vertu de ces ordonnances les conseillers protestants fugitifs (1) du Parlement durent être rétablis dans leurs fonctions. Quand ils se présentèrent le jo août pour entrer en séance , on voulut leur faire prêter un serment de foi catholique , mais ils s'y refusèrent , se fondant sur ce que l'édit d'Amboise leur permettait de vivre en liberté quant à la religion. Le Parlement, embarrassé, les ajourna, et lorsque Vieilleville revint à Aix, ie 6 septembre, il déclara que le serment religieux était

(i) Eguilles, Chateauneuf, Pena, Ferrier, Arcussia, Somati, et l'avocat généra Pugct (Voy. page 1 J J ) .

inutile et, accompagné de Truchon , il introduisit luimôme les conseillers protestants dans le Parlement, où ils furent admis en prêtant le serment professionnel ordinaire.

Quant aux autres protestants fugitifs de Provence qui, après la chute de Sisteron, s'étaient retirés pour la plupart à Lyon, comme on l'a vu plus haut, ils étaient descendus dans le comtat Venaissin après la publication de l'édit sous la conduite du comte de Tende, Cipières, Beaujeu, Sénas et Mauvans, et y attendaient l'autorisation de rentrer dans leurs foyers (i). Vieilleville négocia leur rapatriement pour le 24 août, après avoir eu beaucoup de peine à triompher du refus des villes du Comtat, de les laisser passer dans leurs murs. Au nombre de quinze cents hommes environ et de trois cents femmes ou enfants, ils traversèrent presque tout le Comtat en passant par des chemins détournés pour ne pas éveiller l'attention de leurs ennemis. Le 27, ils franchirent la Durance à Orgon. Là ils se séparèrent selon la lettre des procureurs du pays, portant que ceux de la nouvelle religion de ce pays de Provence, qui viendraient pour se retirer en leurs maisons ne pourraient séjourner que pour un repas dans les lieux qu'ils traverseraient, et former des groupes de plus de quarante hommes, selon les articles qu'en avait faits le maréchal de Vieilleville (2). Le plus grand nombre des fugitifs se retirèrent chez eux, quelques autres s'établirent à Orgon, Sénas, Alleins et Mallemort, et voulurent y célébrer leur culte, contrairement aux ordonnances de Vieilleville. Le comte de Tende dut leur représenter les dangers auxquels ils s'exposaient et les menacer de châtiment s'ils persistaient

(1) Sur le séjour de ces réfugiés dans le Comtat, voyez l'Histoire des protestants de cette province.

(2) Meyer, Inventaire sommaire des arch. commun, de Tarascon , AA, i?.

dans leurs prétentions : ce qui les décida à s'établir à Mérindol, où l'exercice de leur religion se pratiquait en toute liberté.

SUSPENSION DU PARLEMENT ET SON REMPLACEMENT PAR UNE COMMISSION DE JUSTICE (1563-1564).

Cependant le Parlement de Provence continuait à obéir aux mêmes passions. Comme auparavant, il s'abstenait de poursuivre les meurtriers des protestants, notamment ceux d'Antoine de Mauvans et du conseiller Jean Salomon ; il rendait partialement la justice, commettait des iniquités criantes et multipliait les concussions. Quant à l'édit d'Amboise, il ne se préoccupait en aucune sorte de son exécution. C'est ainsi qu'à Valensole on chassa tous les protestants de leurs maisons au son du tocsin et qu'on massacra Fosse l'un d'eux. Sommerive en écrivit au Parlement, qui ne poursuivit pas les coupables, non plus qu'il ne fit réintégrer les exilés dans leurs foyers.

Profitant de la déclaration de majorité de Charles IX, les protestants de Provence déléguèrent à la cour de France l'avocat Mutonis, leur coreligionnaire, pour lui exposer leurs nombreux griefs. Le roi, pour lors, se décida à sévir et écrivit au comte de Tende qu'il était contraint, « contre son vouloir et inclination naturelle » de suspendre le Parlement jusqu'à nouvel ordre, et le 24 novembre 1563, il signa l'édit qui remplaçait cette Cour souveraine par une commission de justice, composée de quatorze membres, dont un. président, douze conseillers et un procureur général. A l'exception de ce dernier, les membres de la commission furent tous choisis dans le Parlement de Paris, ou le grand conseil du roi

(4 mars 1564). Le comte de Tende reçut la mission de les installer.

Quelques jours auparavant le roi lui avait déjà envoyé, pour pacifier la Provence, le capitaine seigneurde Biron, précédé de cinq cents hommes, commandés par le sieur de Romoles(2 2 février 1564), et les conseillers au grand Conseil de la Magdelaine, et Jausse (ou Joseph) de Beauquemare.

Biron, arrivé à Aix au commencement de mars 1 564, convoqua les Etats du pays à Manosque. Carcès, considéré comme le chef de la noblesse catholique, ne s'y rendit point. L'assemblée fut peu nombreuse et ne consentit pas à accorder aux protestants des assemblées et des prêches; elle décida néanmoins que la garnison catholique de Sisteron quitterait la ville et que le gouverneur en serait changé. Biron alla à Sisteron le 4 avril, désarma les habitants et y installa comme gouverneur le neveu du comte de Tende, Beaujeu, qui permit l'exercice de la religion réformée dans les maisons particulières. L'artillerie fut conduite à Marseille. Divers travaux de défense furent rasés et les remparts eussent été également abattus, sans l'insistance des consuls, qui représentèrent la dépense considérable qu'entraînerait cette démolition. Peu après, les catholiques s'étant plaints de Beaujeu, il fut remplacé par Urtys.

Biron et les deux commissaires qui raccompagnaient firent tous leurs efforts pour pacifier la Provence, mais le désordre était si grand partout qu'ils ne réussirent qu'en partie. Ainsi Crespin (i)raconte « qu'étant à Arles, où ils avaient fait exécuter trois brigands en effigie, la potence en fut arrachée ; et dedans Apt, le jour que l'édit de paix fut publié, les brigands allèrent chantant et dan-

(1) Folio 680.

l8o HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE.

sant par toute la ville, disant que, pour cela, ils ne se garderaient pas de faire à l'accoutumée ; comme de fait on ne laissa de tuer et massacrer là et ailleurs. »

La commission de justice, destinée à remplacer le Parlement, arriva à Aix le 5 avril 1564. Le comte de Tende et Biron, qui avaient reçu de nouveaux ordres, l'installèrent sans opposition le 12. Elle avait pour président Bernard Prévost, seigneur de Morsan, président au Parlement de Paris. C'était un homme intègre, éclairé, et sage, qui s'acquitta de ses fonctions avec beaucoup d'impartialité. Les nouveaux conseillers châtièrent les protestants comme les catholiques quand leur culpabilité leur fut démontrée. Ils firent de sages règlements de police et dépêchèrent une infinité de procès et de causes pendues au croc depuis trente ou quarante ans. L'édit d' Amboise fut exécuté loyalement. Sommerive et Carcès reçurent l'ordre de se retirer dans leurs terres. Flassans quitta Aix avec de Cuges avant de se le faire dire. Gaspard de Garde, sieur de Vins, le père de Hubert, un des conseillers les plus passionnés de l'ancien Parlement, ayant refusé de quitter la ville, fut mis en prison et n'en sortit que plusieurs mois après.

Voyant que la commission de justice était bien décidée à remplir son devoir, deux mille catholiques provençaux qui avaient commis des violences et des crimes de divers genres, avant et pendant la guerre, se réfugièrent dans le comtat Venaissin, mais le comte de Tende et Biron obtinrent l'extraction des plus criminels, qui furent exécutés (1). Les églises réformées de la province renaquirent à l'espoir (2), et les Etats du pays, assemblés à Tarascon le 21 octobre 1564, consentirent enfin

(1) a De crudelissimis aliquot latronibus sumptum est supplicium. » {Cafaini opéra, vol. XX, n° 41 12.)

(2) Ccilvini opera, vol. XX, n° 41 12.

LES GUERRES DE RELIGION. I .' ! i

à accorder Mérindol aux protestants comme lieu de culte, sous le bon plaisir du roi, qui confirma la décision des Etats le 16 novembre suivant.

VOYAGE DE CHARLES IX EN PROVENCE. RÉINTÉGRATION DU PARLEMENT. INSTITUTION D'UNE CHAMBRE NEU- TRE (I 564-I 567).

Pendant son long voyage de pacification à travers le royaume, Charles IX visita la Provence, où on lui fit de grandes fêtes qui contrastèrent avec la misère publique. Le 20 octobre 1 564 il était à Aix. Il y demeura trois jours et, siégeant au Parlement, il rendit une ordonnance pour abattre le pin tristement célèbre du jardin du conseiller d'Eguilles. Après avoir parcouru diverses villes du pays, il était à Arles le 16 novembre, où il fut retenu trois semaines par une inondation, et donna l'ordre d'exécuter à mort quatorze ou quinze brigands, qui avaient commis les plus grands excès pendant les troubles, et de condamner à la prison quatre ou cinq autres mauvais garnements. Il ne voulut pas aller plus loin dans la voie de la répression et, à la demande des Etats de Provence et du comte de Tende lui-même, toujours porté à oublier les injures, il rappela, par lettres patentes datées d'Arles, 4 décembre 1564, enregistrées le 18, l'ancien Parlement, à l'exception des conseillers qui avaient montré le plus de passion pendant les troubles (1). La suspension avait duré huit mois. De Morsan fut maintenu

(1) C'étaient Jean-Augustin de Foresta, baron de Trets, premier président Gaspard de Garde, sieur de Vins, quatrième président ; Jacques de Rabasse, procureur général; Honoré de Trébutiis, sieur de Sainte-Marguerite; André d'Ardillon, sieur de Montmirail: Nicolas Ermenjaud, sieur de Barras; Honoré Laurier, sieur de Colobrières ; François Rascas, sieur de Bagans. — Le roj les réintégra plus tard dans leurs fonctions par des arrêts individuels.

l82 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE.

comme président. En installant ses nouveaux collègues il leur « représenta que, outre le bien de la justice, trois choses devaient les obliger : l'honneur de Dieu, le service du roi et le bien du peuple. »

Le Parlement épuré poursuivit l'œuvre de la commission de justice. Il continua à condamner à mort des catholiques et-des protestants qui s'étaient rendus coupables de divers crimes, de sorte que son impartialité mécontenta les hommes ardents des deux partis. Les protestants se plaignirent lès premiers à Charles IX (16 mai 1 565), qui ordonna une enquête. Mais bien que celle-ci eût été imparfaitement dirigée, il fut reconnu que les plaintes étaient exagérées. Quant aux catholiques, ils députèrent au roi, en août de la même année, un conseiller qui revint avec une amnistie générale pour toutes les personnes accusées ou convaincues de crimes commis avant l'édit de pacification ou retenues prisonnières.

Un an environ après, le comte de Tende mourut à Cadarache à l'âge de cinquante-huit ans (23 avril 1 566), regretté de tous les esprits modérés. Il était né le 27 mars 1507. Son fils, Honorât de Savoie, comte de Sommerive , lui succéda dans ses fonctions de gouverneur et de grand sénéchal de Provence en vertu de lettres patentes du 28 avril 1 566. En même temps , par un choix malheureux, Carcès fut nommé lieutenant général pour le roi dans la province, et de Morsan reçut ses lettres de rappel. Les commissaires parisiens qui l'avaient accompagné étaient partis plus d'un an auparavant, au moment de la réintégration du Parlement. C'est ainsi que cet homme juste et courageux et ses associés, qui étaient bien décidés à rendre la justice d'une façon impartiale, se virent arrêtés dans leur œuvre, « La multitude des coupables , » dit le Recueil , « la qualité d'une partie d'iceux , le crédit des autres et les merveilleuses

pratiques de Carcès et du Parlement d'Aix, empêchèrent ces justiciers de faire ce qu'ils prétendaient. » A quoi la Popelinière ajoute : « Encore est-il notoire que Morsan, empêché en plusieurs choses, ne la fit longue sans être révoqué, ne pouvant exécuter le tiers de tant de choses qui lui avaient été déférées, et les magistrats, auteurs des séditions, remis en leur premier honneur. »

Alarmés de ces changements dans le personnel politique et judiciaire de la province , les protestants conçurent de nouvelles alarmes et demandèrent au roi d'adjoindre au Parlement une Chambre de justice neutre , composée mi-partie de conseillers protestants et de conseillers catholiques , qui connaîtraient des contraventions à l'édit d'Amboise et des causes où les religionnaires seraient partie. Le roi accéda à leur vœu et la Chambre fut créée par lettres patentes du 21 (ou 25) janvier 1 567 (1).

Le Parlement vit avec peine la création de cette Chambre mixte et n'enregistra qu'à regret, trois mois après (10 avril), les lettres patentes de son institution. Encore atténuâ-t-il la portée de celles-ci en déclarant qu'elles ne serviraient qu'à ceux qui les avaient sollicitées. Il n'est pas étonnant, dès lors, que la nouvelle Chambre ait eu peu à faire, selon la remarque de Louvet, et qu'elle ait été supprimée au bout d'une année (14 janvier 1 568).

Le jour de la rentrée du Parlement , en 1 567, après les vacances, les conseillers protestants, s'étant absentés pour assister au culte réformé de Mérindol , leurs

(1) En firent partie les conseillers protestants Eguilles, Châteauneuf, Pena, Somati, Arcussia, déjà nommés, et Jean du Puget avec le titre de président; et les conseillers catholiques Claude de Panisse, baron de Montfaucon ; Hugues Dedons, coseigncur dMstrcs, Geoffroy, Pierre Ferrier, Louis Anthelmi, Jean Girandi, seigneur de Broves, Greoux et Rousset.

collègues , vivement froissés de leur démarche , décidèrent que le gouverneur de la province serait dorénavant autorisé à se saisir des revenus des conseillers qui , à l'avenir, s'absenteraient de la Cour ou assisteraient à des assemblées illicites (1). C'était un abus de pouvoir, car, comme on Ta vu plus haut, l'exercice réformé avait été autorisé à Mérindoi.

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