‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 43 sur 93 · COURSES DE GOUVERNET EN PROVENCE · texte numérisé non relu

COURSES DE GOUVERNET EN PROVENCE

Cette guerre reçut le nom de guerre des Amoureux,

(I) Pérussis dans d'Aubais , t. ï, p. 196, 202 , 205 , 219, 225 ; — Nostrada-

parce que, selon quelques auteurs, le roi de Navarre l'entreprit à l'instigation de sa femme Marguerite, vivement irritée de ce que Henri III avait dénoncé à son époux le prétendu commerce adultère qu'elle entretenait avec Henri de La Tour-d'Auvergne, vicomte de Turenne, duc de Bouillon. La lutte n'eut pas un grand retentissement en Provence. Le seul fait de guerre que nous ayons rencontré fut l'occupation de Montfroc, Saint-Vincent et Peipin, sur la lisière septentrionale de la Provence, par Gouvernet, capitaine huguenot du Dauphiné, qui, de ces places, faisait des courses armées dans les lieux environnants. Le grand prieur le fit attaquer à Saint-Vincent en septembre 1580 par d'Ornano et ses Corses ; mais ceux-ci ne parvinrent point à le déloger et perdirent quelques hommes en voulant s'emparer du moulin de la place. L'année suivante, les procureurs du pays furent obligés de lui compter vingt-deux mille livres pour l'éloigner. Il assurait que la Provence lui devait cette somme. Quant aux Corses, après leur échec sur Saint-Vincent, ils entrèrent en Dauphiné pour ravitailler Tallard , que Lesdiguières , chef des huguenots de cette province, tenait assiégé depuis plusieurs mois.

Dans le royaume, la paix, après quelques faits d'armes insignifiants, fut conclue au Fleix, en Périgord, le 26 novembre 1 580, grâce à l'intervention des politiques, qui rapprochèrent le roi de Navarre et le duc d'Anjou. Henri III approuva le traité de paix à Blois le 26 décembre suivant.

mus, p. 816 et suiv. ; — Honoré Bouche, t. II , p. 665-667; — Louvet, t. I. p. 299-545 ; — Pitton, Histoire de la ville d'Aix , p. 294 et suiv. ; — Gaufridi, t. Il, p. 509-538; — Papon, t. IV, p. 211-254; — Lambert, t. I, p. 509-568.

articles du fleix (26 novembre 1580). peste, mort

DE CARCÈS. RIVALITÉ DES CHEFS PROTESTANTS DE LA HAUTE PROVENCE ( I 5 8o- I 585).

Les articles du Fleix, comme on les appelait, confirmèrent avec quelques restrictions l'édit de Poitiers du 17 septembre 1577. Ainsi Seyne la Grand'-Tour devait être rendue au roi de France. La paix dura quatre ans et demi (26 novembre 1 580-mars 1585) et fut témoin de la mort du plus jeune des fils de Henri II, François de France, d'abord duc d'Alençon, puis duc d'Anjou (10 février 1 584) ; — du traité conclu à Joinville entre Philippe II d'Espagne et la maison des Guises, stipulant qu'au cas où le roi régnant viendrait à mourir sans enfants mâle, le cardinal Charles de Bourbon, oncle du roi de Navarre, lui succéderait, comme premier prince du sang ; — enfin des progrès croissants de la Ligue, qui établit son siège à Paris même et à la merci de laquelle se mit le faible Henri III par le traité de Nemours, du 7 juillet 1585, qui défendait, sous peine de mort, l'exercice de la religion réformée en France et donnait un mois aux ministres pour sortir du royaume et six à leurs ouailles.

S'il ne se livra pas de combats en Provence pendant ce temps, il s'y commit néanmoins de grands désordres à la faveur de la désorganisation et de l'effroi que causa l'affreuse peste de juillet 1580 à août 1581. Le grand prieur y remédia le mieux qu'il put. Il fit le tour de la province , emmenant avec lui des commissaires pour informer sur les délits et rétablir l'ordre et l'autorité de la justice.

C'est pendant cet intervalle de paix que Jean de Pontevès, comte de Carcès, mourut dans sa terre de

Flassans , à trois lieues de Brignoles , à l'âge soixante et dix ans (20 avril 1 582). Ce fut un général médiocre, quoique courageux ; mais il était doué d'un grand discernement et d'une habileté rare à manier les hommes. Bien fait de sa personne, actif, constant dans l'adversité, fidèle à son parti, froid et circonspect, il eût pu exercer une influence bienfaisante dans sa province ; mais son ambition, plus encore que son fanatisme, ne connut point de bornes et, pour la satisfaire, il ne craignit pas de verser des torrents de sang et de laisser commettre des dévastations innombrables.

Les huguenots de Provence , soit par lassitude soit par faiblesse , n'avaient pas pris les armes pendant la septième guerre de religion. Durant la paix, ils eurent à souffrir des rivalités de leurs chefs respectifs. Il ne leur restait comme places fortes que Seyne (1) et La Bréole, situées dans la haute Provence, et c'est là que de fâcheuses compétitions faillirent les mettre aux prises les uns avec les autres. Trois chefs aspiraient au commandement- : Bougarelly , sieur de Vachères , gouverneur de Seyne par commission du roi de Navarre , homme impatient et grossier ; Jacques de Besse dit La Bréole, un des plus braves et des plus vieux capitaines de son temps, et Du Collet, le plus habile et le plus intrigant des trois. Ils s'étaient approvisionnés d'armes et de chevaux en Piémont et en seraient venus aux mains sans l'intervention de Lesdiguières , qui se rendit au milieu d'eux à la fin de l'année 1 584 et les réconcilia par l'accord suivant. Il donna à Bougarelly le commandement de l'infanterie, à Du Collet celui de la cavalerie et de toutes les troupes qu'on mettrait aux champs , et

(1) Cette ville d'otage , qui aurait dû être restituée au roi , comme on l a vu plus haut, ne le fut point.

à Arnaud d'Entrevennes, le neveu du célèbre Mauvans, celui des arquebusiers à cheval. Bougarelly garda , en outre, le gouvernement de Seyne. Quant au capitaine La Bréole, il obtint pour la défense du château de ce nom , qui était sa propriété personnelle , cent hommes de pied et douze maîtres (1).

Nous trouvons, pour cette époque, dans un cahier général de plaintes des Eglises réformées, présenté au roi en 1583 (2), qu'un sieur d'Agulla, relevant de l'autorité de l'archevêque d'Aix, et un sieur de Salles, relevant de celle de Louis François d'Adhémar, comte de Grignan , furent l'objet, au mépris des édits , de vexations diverses de la part de leurs seigneurs respectifs.

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