REDDITION DE LA BRÉOLE ( I
Seyne rendue. Epernon se mit aussitôt en devoir.d'assiéger La Bréole, défendue par le brave capitaine de ce nom. C'était une place d'une forte assiette, bâtie sur un rocher abrupt au-dessus du torrent de l'Ubbaye, profondément encaissé en ce lieu. Ses remparts étaient solides, et quatre bastions en défendaient l'approche. La garnison, commandée par le vaillant capitaine Masse, se composait de cent soldats et de douze cavaliers ; mais cent soixante jeunes gens des environs étaient venus volontairement la renforcer. Il fallut deux jours aux canons du duc pour franchir les trois lieues qui séparent Seyne de La Bréole , quoique quatre enseignes de fantassins eussent réparé les chemins. Le 6 décembre, Epernon somma le capitaine La Bréole de se rendre. Celui-ci ayant répondu par un refus énergique , la place fut battue de cinq cent soixante-quatre coups de canon en trois jours. Un bastion fut entamé et deux tours s'écroulèrent. Le duc fit construire en même temps un chemin couvert, que protégeaient des tonneaux remplis de terre, et qui montait du bas du ravin jusqu'au bastion démoli : puis il ordonna l'assaut. L'élan de ses troupes fut admirable, mais il vint se briser contre l'héroïque résistance du capitaine La Bréole , homme de guerre remarquable, qui, malgré son grand âge, déploya une activité qui tenait du prodige. Plusieurs officiers d' Epernon furent grièvement blessés , notamment Caumont , Dominique de Vie, qui arrivait de Guyenne, Fenissac, Lanty, Saint-Aignan, Bonouvrier et le célèbre Louis de Berton , sieur de Crillon. Les trois avant-derniers mou-
rurent même quelques jours après des suites de leurs blessures.
Le 1 2 novembre , Epernon ayant reçu sept cents boulets de Carmagnoles en Piémont et un renfort d'hommes et de canons, que lui amena du Dauphiné son frère Bernard de Nogaret, seigneur de La Valette et gouverneur de cette province , la garnison demanda à capituler ; car , cernée de toutes parts et perdue au milieu des montagnes , elle n'avait à attendre aucun secours, et la famine la menaçait. Le duc voulait qu'elle se rendît à discrétion ; mais le brave La Bréole préférait s'ensevelir sous les ruines de sa forteresse plutôt que de subir une telle humiliation. Aussi obtint-il que ses soldats sortiraient armes et bagages saufs , avec le simple engagement de ne pas porter de trois mois les armes contre le roi , et qu'ils seraient escortés par des soldats du duc jusqu'au Lauzet, dans la vallée de Barcelonnette. Connaissant la façon déloyale avec laquelle Epernon avait tenu ses engagements à Seyne, La Bréole exigea aussi des otages de sa part et sortit , le 1 3 novembre , à la tête de deux cent quatre-vingt-treize soldats. Le duc le loua beaucoup de sa vaillance et aurait voulu se l'attacher; mais il n'y consentit point et se retira avec les siens au lieu convenu (1).
(1) Nostradamus, p. 837-850; — Honoré Bouche, t. II, p. 687-200; — Pitton, Hist. de la ville d'Aix, p. 303-313 ; — Louvet, Histoire, t. I, p. 354 et suiv.; — Gaufridi, t. II, p. 598-623 ; — Papon , t. IV, p. 247-261 ; — Cabasse, Essai historique, t. I, p. 244-265 ; La Plane , Hist. de Sisteron , t. II , p. 1 1 2-1 5 1 ; — Lambert, t. I, p. 371-466; = De Thou, t. VI, p. 456-459, 678, 679, 694-696 ; — D'Aubigné, t. III, col. 50; — Girard, Hist. de la pie du duc d' Epernon, p. 11 5-1 18 ; — Videl, Hist. du connestable de Lesdiguières , éd. de Grenoble, 1649, p. 112-116; — Videl, La vie de Soffrey de Calignon , p. 59 ; Mauroy, Mém. pour la vie de Bern. de Nogar., seign. de La Valette, dans le marquis de C***, Addit. au Mém. histor. et cril. de la vie du maréchal de Bellegarde (par Secousse) , p. 211 ; = Mémoires de Caïus de Viraie de Valée.