RÉFLEXIONS FINALES SUR LES GUERRES DE RELIGION
Nous ne reproduirons pas ici , au sujet des guerres de religion, que tout patriote et chrétien doit regretter et réprouver, les réflexions qui ont été déjà faites dans un autre écrit (2), nous ferons seulement observer qu'en Provence, comme dans le reste du royaume, ces luttes fratricides eurent pour première cause la déloyauté du pouvoir royal , l'intolérance du clergé et la cruauté du Parlement. La politique, la religion et la justice, ces trois forces vives de l'Etat, se réunirent pour étouffer la réforme au berceau et la noyer dans son propre sang, et ce ne fut que lorsque les protestants eurent enduré pendant trente ans des supplices sans fin , joints à des flétrissures , des emprisonnements , des amendes et des confiscations de tout genre , qu'ils se soulevèrent contre leurs oppresseurs. Ils eussent dû, sans doute, quoiqu'ils fussent dans le droit de légitime défense , supporter patiemment ces persécutions , à l'instar des premiers chrétiens, au risque d'être exterminés comme le furent leurs coreligionnaires d'Italie et d'Espagne; mais il serait souverainement injuste de ne pas tenir' compte des circonstances exceptionnellement douloureuses qui les poussèrent à défendre, parles armes, leurs biens , leur honneur , leur liberté et leurs vies , dont leurs ennemis se faisaient comme un jeu. En tout
(1) Toute cette partie des guerres civiles en Provence est traitée avec une grande abondance de détails , jointe à la sûreté des informations , dans le tome II du savant et remarquable ouvrage du docteur Lambert, que nous avons souvent suivi pas à pas dans les pages qui précèdent.
(2) E. Arnaud, Hist. des prot. du Dauph., t. I, p. 102-104.
LES GUERRES DE RELIGION. 2o}
état de cause, les oppresseurs sont plus coupables que les opprimés, et, si ces derniers n'avaient pas tiré l'epée, bien que l'Evangile leur fît un devoir de la laisser dans le fourreau, il est certain que le régne de la liberté religieuse, et môme de la liberté politique, ne se fût pas de sitôt acclimaté en France. L'absolutisme royal, ecclésiastique et judiciaire vint se briser contre ces hommes de fer et la révocation de l'édit de Nantes fut son dernier effort. A cette heure , la France jouit non seulement de la liberté de conscience , mais encore de la liberté des cultes , et pourvu que ce noble pays sache associer à ses aspirations vers le progrès et le bien , le respect de toutes les convictions religieuses sincères et honnêtes , il verra s'ouvrir devant lui un long et bel avenir; mais il ne faut pas qu'il oublie que la liberté et l'instruction ne sauraient remplacer la vertu, et, que la vertu , sans la religion qui fait sa force , est une impossibilité morale.