‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 57 sur 93 · PROSÉLYTISME ET ADULATION DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

PROSÉLYTISME ET ADULATION DU CLERGÉ

Le clergé qui était un des grands instigateurs de ces persécutions, recourait quelque fois à la voie seule légitime et chrétienne de la persuasion; mais celle-ci était bien loin de lui réussir comme celle de la violence. En voici un exemple, de l'année 1 68 1 , rapporté par Benoît (2). « Le clergé, » dit-il, « fît envoverde Paris à Toulon, vers la fin de l'année précédente, un mission- * naire, docteur de Sorbonne, nommé Pilon, pour convertir par des conférences les officiers de la marine qui faisaient profession de la religion réformée. Ce docteur ne doutait pas que, possédant toutes les subtilités de Técole, il ne fût capable de fermer la bouche à des gens de mer, qui devaient avoir plus étudié la navigation que la théologie. Cependant il eut de la peine, dès l'abord, à leur faire prendre la résolution de le venir écouter. Il fallut trois ordres exprès pour les contraindre , mais enfin l'air menaçant du troisième les fléchit. Ils obéirent ; ils assistèrent aux conférences des missionnaires , qui les tenaient trois fois la semaine et qui les faisaient durer trois heures entières. Ce docteur était parfait missionnaire. 11 savait par cœur certains lieux

(1) Benoit, 1. 111, 2e partie, p. 201 et SU»V., p. 444- '2) U., ibid.y p. 444-

communs de controverse. 11 était aigre, hardi, incapable de se taire et croyant avoir vaincu pourvu qu'il eût empêché son adversaire de parler. Au lieu de convertir ces officiers, il les rebuta par ses manières et reçut d'eux assez souvent de fâcheuses mortifications. Entre les autres, celle-ci fut assez humiliante. Il citaun passage du Nouveau Testament à un capitaine de vaisseau avec qui il disputa en présence de l'intendant. Ce capitaine soutint que ce passage était mal cité et, après quelques contestations , la chose en vint à une gageure de dix louis. La somme fut mise de part et d'autre en mains tierces et le docteur, étant allé chercher le livre dans son cabinet , perdit la gageure. Son argent lui fut rendu par une honnêteté demi-forcée du capitaine, qui reconnut, au discours de l'intendant, qu'il le désobligerait s'il en usait autrement. Après que les conférences eurent duré quelque temps , le docteur se retira, fort mal satisfait de son voyage et sans avoir fait de conquêtes ; mais, peu après, les officiers en furent remerciés ou furent obligés de complaire aux volontés de leur maître. »

Ce maître, Louis XIV, qui servait si bien les intérêts du clergé et lui sacrifiait les droits les plus sacrés delà conscience de ses sujets, recevait de lui en retour les plus basses flatteries. Un religieux minime de la province de Provence, nommé Fr. Philibert Madon , prêtre et lecteur de la sainte théologie à Marseille, paraît avoir voulu sous ce rapport, surpasser tous ses collègues; car, dans des thèses qu'il soutint en juin 1685 , c'est-à-dire à la veille de l'acte odieux de la révocation de l'édit de Nantes, on lit ceci :

« Louis le Grand , qui porte le titre de roi d'une manière excellente puisqu'il commande à ses passions aussi bien qu'à ses sujets; qu'il triomphe de toutes cho-

ses avec beaucoup de douceur et de force . à peu près comme Dieu lui-même qui , par un seul acte de sa volonté, soumet toutes choses à son empire...

>• Louis le Grand , si puissant , si sage et si bon qu'aucun homme ne peut lui être comparé ; et qui est-ce qui porte comme lui les traits de la très sainte Trinité1...

)> Louis le Grand, fils aîné de l'Eglise , qui a rétabli sur leurs sièges les évêques qui en avaient été chassés ; l'ennemi des hérésies , le vainqueur des Turcs ; qui a en Dieu toute sa confiance, qui brûle d'amour pour lui, et qui est un modèle de loi . d'espérance et de charité... »

Le titre des thèses ne dépare pas leur contenu. Le voici textuellement : « Mes ouvrages sont pour le Roi. Ps. XLIV. Vulg., XLVI, i . Thèses sur les principales matières Je la Théologie. Qui est ce Roi de gloire fort et puissant dans fa guerre? Psaume XXIII. Vulg.. XXIV, 8| i ). »

HISTOIRE INTERIEURE

Page 1