DISETTE DE PASTEURS. PAUVRETÉ DES ÉGLISES RÉ- FORMÉES DE PROVENCE
Quand l'édit de Nantes tut promulgué, les églises de Provence, qui avaient particulièrement souffert des guerres de religion et des luttes de la Ligue , se trouvèrent presque sans pasteurs. Pour remédier à leur disette, le
(i) Dans les Mémoires peur servir à l'hist. des Egl. réf.. t. I. p. \yj t f}8 'Bibl. de Genève, ms. Court, n° 28).
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synode national de Montpellier, de 1 598,' et celui de Gergeau .de 1601 , invitèrent les provinces synodales du bas Languedoc et du Dauphiné à les secourir en attendant qu'elles fussent pourvues d'un nombre suffisant de pasteurs. En 1607 , la situation n'ayant pas changé , les députés de Provence au synode national de la Rochelle demandèrent à la vénérable assemblée * de leur procurer quelques pasteurs, et le synode invita derechef les mêmes provinces à leur venir en aide. A l'époque du synode national de Privas, de 161 1 , deux églises importantes de Provence, Velaux et Manosque, n'avaient pas encore de conducteurs spirituels. L'assemblée enjoignit au synode de Provence de les pourvoirai! plus tôt, en accordant deux portions franches des deniers d'octroi du roi à la première et une à la seconde.
En 1 6 1 7 , la situation s'était bien améliorée. Quinze pasteurs exerçaient leur ministère dans la province ; trois proposants étaient en cours d'études , et il n'y avait que les églises de Lacoste, Séderon et La Charce qui fussent à pourvoir. Le synode de Vitré, assemblé cette même année, ordonna au synode de Provence de leur procurer des pasteurs et, pour lui venir en aide , lui assigna « trois portions surnuméraires , » et « six autres portions, » qui seraient distribuées « aux églises les plus nécessiteuses, selon la prudence de ladite province. »
La pauvreté , la faiblesse , l'isolement et surtout le petit nombre des églises de Provence firent naître dans quelques esprits la pensée de les rattacher au synode du Dauphiné ou à celui du bas Languedoc , dont elles auraient été un simple colloque. Le synode national d'Alais de 1620, qui s'occupa de ce projet, considérant, d'une part, les difficultés qu'entraînerait cette union et. d'autre part , le nombre considérable d'églises que
comptait déjà le Dauphiné, estima que la Provence devrait plutôt être renforcée de plusieurs églises de cette dernière province et exhorta le synode du Dauphiné d'examiner celles qui pourraient lui être annexées et d'apporter, au prochain synode national, un rapport sur la question , à laquelle , paraît-il , il ne fut pas donné suite. Le Dauphiné, sans doute, ne tenait pas plus à se dépouiller que la Provence à perdre son autonomie, et les choses en restèrent là.
La pauvreté des églises provençales se montra surtout dans la difficulté avec laquelle celles-ci payaient leurs pasteurs. Plusieurs de ces derniers quittèrent leurs troupeaux pour ce motif, et les synodes nationaux retentirent , en diverses fois , de leurs plaintes , comme on peut le voir dans les notices consacrées plus loin aux pasteurs Chamforan , Codur , Gabet , Génoyer, Mercurin et Toussaint.
Les guerres de religion du dix-septième siècle contribuèrent encore à appauvrir les églises de Provence. Leurs députés au synode national de Charenton , de 165 1 , rapportèrent que leur pays « ayant été le théâtre de la guerre, ils étaient entièrement ruinés et qu'à cause de leur grande pauvreté il leur était du tout impossible pour le présent de... contribuer en aucune chose pour aider à faire subsister les universités comme les autres provinces. » On « les exhorta pour cette fois , et en même temps on leur enjoignit , de même qu'aux autres provinces, de lever le cinquième denier de charité pour être employé à l'entretien des écoliers que l'on destinait au saint ministère..., et il leur fut ordonné d'apporter, au synode national suivant, des témoignages qui fissent foi comme ils avaient obéi en cela. »
Nous donnons, en terminant ce chapitre, le nombre des églises et des pasteurs de Provence à différentes
époques d'après les renseignements fournis par les actes des synodes nationaux.
Synode de Gergeau de 1601 : 20 églises;
— Gap de 1603 : 7 pasteurs, 7 églises
vacantes ;
— La Rochelle de 1607: 17 églises;
— Saint-Maixent de 1609 : 7 pasteurs, 7 églises
à pourvoir ;
Vitré Mais
Charenton Castres
Charenton de 163 1
de 1 6 1 7 : 15 pasteurs ; de 1620 : 14 pasteurs, 2 églises vacantes ;
14 pasteurs ;
1 5 pasteurs, 3 églises vacantes ;
1 1 pasteurs , 5 églises vacantes (1).
de 1623 de 1626
CONDUITE IRREGULIERE DES AFFAIRES ECCLESIASTIQUES. INTERVENTION DES SYNODES NATIONAUX.
La pauvreté et la faiblesse numérique des églises de Provence engendra, comme il arrive d'ordinaire, des tiraillements dans leur sein et leur marche ecclésiastique, au dix-septième siècle, offrit de grandes irrégularités , qui leur attirèrent de nombreux reproches de la part des synodes nationaux.
Ainsi , au lieu de se faire représenter à ces assemblées par deux pasteurs et deux anciens , comme l'exigeait la discipline ecclésiastique, elles n'y députèrent le plus souvent qu'un seul pasteur et un seul ancien : ce qui leur valut l'injonction du synode national de La Rochelle de 1607 « d'envoyer quatre députés à l'avenir ou
(1) Aymon, t. ï, p. 231, 249, 532, 440; t. H, p. 130, 191, ^'13, etc. ; Benoit, t. II, p. 227.
de se joindre à une autre province. » Elles n'envoyèrent même aucune députation au synode national de Charenton, de 1623, qui les réprimanda sévèrement. « Le vingt et unième jour, » lit-on dans les actes de ce synode, « on apporta et on lut en pleine assemblée des lettres de la province de Provence, assemblée dans son synode à Cabrières [d'Aiguës], le vingt-huitième du mois d'août dernier, par lesquelles ledit synode s'excusait de ce qu'il n'avait pas envoyé des députés à cette assemblée et priait qu'on ne le prît pas en mauvaise part. Mais on rejeta toutes les raisons qu'ils alléguèrent pour s'excuser et on censura ladite province pour avoir manqué à son devoir en cela, puisqu'elle pouvait, si elle en avait la volonté , députer quelqu'un de son corps à ce synode ; et on la censura encore de ce que ses lettres étaient pleines de taches et de ratures , et de ce que la clause de soumission aux décisions et aux canons n'était pas couchée en termes assez emphatiques, comme les synodes nationaux précédents l'avaient prescrit (1). »
Le synode de Vitré de 1617 , qui avait déjà « remarqué plusieurs défauts dans la conduite des affaires de Provence, » chargea quelques pasteurs et anciens de la province du bas Languedoc d'assister à un de ses synodes pour s'enquérir de la façon dont les arïaires ecclésiastiques y étaient conduites. Sur le rapport de ces députés, le synode national d'Alais 1620, dressa les ca-
(1) La liste donnée par Aymon des pasteurs et anciens du synode de Castres de 1626 ne mentionne non plus aucun député de Provence. Nous voyons pourtant, par les actes mêmes de ce synode, que Génoycr, pasteur de Riez-Roumoules . et Mercurins, pasteur de Grasse , y étaient présents. Comme l'omission de la députation provençale dans la liste d'Aymon ne peut guère s'expliquer par l'inadvertance des secrétaires du synode ou des copistes, nous pensons que cette députation ne fut pas tenue pour régulière et , partant, mentionnée dans les actes de ce synode.
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rions suivants, dont il prescrivit l'observation au synode de Provence :
a i . Le synode provincial de Provence ne se séparera point qu'il n'ait désigné le lieu du synode suivant ; et l'église qui aura le droit de le convoquer en marquera le temps par l'avis de deux églises voisines ;
» 2. Aucun de ceux qui n'auront pas des lettres d'envoi de leur consistoire , de quelque qualité ou condition qu'ils soient , ne pourront entrer dans les assemblées synodales que lorsqu'ils y seront appelés ; mais on exhorte les consistoires de recevoir des gentilshommes dans la charge d'anciens, afin qu'ils puissent être députés auxdits synodes ;
» 3. Ceux qui seront députés aux assemblées synodales n'y traiteront que des affaires purement ecclésiastiques ;
» 4. Les charges synodales seront tellement distribuées que toute matière de jalousie, d'envie et discorde soit ôtée ;
» 5. Les secrétaires des synodes n'en coucheront point les articles en forme de procès-verbaux, ni en termes de palais, mais avec simplicité et brièveté ;
» 6. Les députés ne se sépareront point qu'après que tous les actes seront mis au net, lus et signés dans chaque séance ;
» 7. Pour les matières pécuniaires, on suivra les règlements des synodes nationaux, qui portent que les appellations faites pour cela seront renvoyées à la province prochaine pour quelque somme que ce soit ; à l'occasion de quoi on exhorte les pasteurs de ne pas s'absenter de leurs églises pour ces sortes d'affaires sans une très grande nécessité ; mais d'envoyer leurs comptes nets dans les lieux où ils adresseront leurs appellations et de prendre aussi garde à ne se rendre
RÉGIME DE LEDIT DE NANTES. }Hl
jamais solliciteurs de procès s'ils n'y sont pas contraints par quelque nécessité urgente ;
» 8. Parce que le nombre des pasteurs n'est pas suffisant pour dresser trois colloques et qu'il y a des inconvénients à n'en avoir que deux lorsqu'il survient quelque controverse entre un colloque et un autre , lesdits pasteurs se réuniront dans un seul svnode jusqu'à ce que Dieu augmente leur nombre ;
» 9. Pour procurer l'observation de ces canons dans la susdite province, le sieur Brunier, pasteur de l'église d'Uzès, se trouvera au premier synode de Provence, et toutes les fois qu'on y convoquera un synode, ladite province en donnera avis à celle du bas Languedoc et à celle du Dauphiné, afin que quelque pasteur de l'une et de l'autre puissent être députés audit synode, comme il se pratique entre les autres provinces pour entretenir une mutuelle communication et une bonne correspondance. »
Le synode national de Charenton, de 1623, n'ayant reçu aucun rapport sur la manière dont ces canons avaient été exécutés en Provence, ordonna que « pour remédier aux confusions dont cette province était agitée, » Jacques Pineton de Chambrun , pasteur à Orange, et Salomon Crubélier, pasteur à Vauvert , « iraient en personne au synode provincial suivant de ladite province, laquelle paierait les frais de leur voyage, et qu'ensuite les provinces du Dauphiné et du bas Languedoc enverraient chacune un pasteur à leur synode suivant pour avoir soin que les canons fussent exactement observés par ceux de Provence ; et que lesdites trois provinces du Dauphiné, du bas Languedoc et de Provence en rendraient compte, chacune en particulier, au synode national suivant. Le synode enjoignit encore une fois à la province de Provence d'observer
très soigneusement les canons, autrement qu'elles n'auraient point de part aux sommes que nous recevons de la libéralité du roi ni aux intérêts de ladite somme. »
Cet arrêté ne reçut pas d'exécution. La visite de Chambrun et de Crubélier fut contremandée par le pasteur Barthélémy Récend, de Velaux, Aix et Marseille, qui leur députa dans ce but le pasteur Mercurin de Grasse. Ce dernier déclara, au synode de Castres de 1626 a que ledit Récend l'avait envoyé, contre sa volonté, vers les commissaires Crubélier et Chambrun, et, qu'abusant de sa facilité et de sa bonté, il ne lui avait jamais déclaré ce qui était contenu dans les lettres de créance qu'il lui avait mises en main ; tellement que , quand il était venu à Vauvert et à Orange, il avait été obligé de faire son rapport touchant ce qu'il s'était pu ressouvenir des discours tenus entre lui et ledit Récend. » Le synode national de Castres, justement irrité de la conduite de ce dernier, lui enjoignit « de comparaître devant le prochain synode du bas Languedoc pour répondre aux accusations que l'on portait contre lui, » et ordonna, en outre, que « ladite assemblée provinciale le suspendrait du ministère au cas qu'il l'eût mérité. » Le synode nomma enfin de nouveaux commissaires pour assister au prochain synode de Provence; mais, en 163 1, ces derniers n'avaient pu encore accomplir leur mission « à cause des derniers troubles » et <( des difficultés » qui en seraient résultées s'ils y avaient donné suite. C'est tout ce que nous avons pu recueillir sur ces fâcheuses divisions intestines, que les catholiques ne manquaient pas d'exploiter contre les réformés, comme le remarque Benoît. 0 Les réformés, » dit-il, « étaient fort divisés en Provence, et les catholiques prenaient l'occasion de ces discordes, qu'ils y avaient eux-mêmes semées, pour leur faire impuné-
ment toutes sortes d'injustices. Cette province accablait les assemblées générales et les synodes nationaux de plaintes que les membres d'une même église y portaient les uns contre les autres, et, souvent, on y voyait des députés de ces divers partis qui se disputaient mutuellement le droit de la députation et qui protestaient , au synode général , contre les nominations qui étaient faites f 1 ). »