DISCIPLINE
Les rares documents que nous avons rencontrés sur i'histoire intérieure des églises de Provence nous engagent à rapporter ici l'extrait du seul synode datant du régime de l'édit de Nantes qui nous soit tombé sous la main. Il est presque tout entier relatif à la discipline et nous donne une idée exacte du soin jaloux avec lequel les églises réformées s'efforçaient, malgré des défaillances que nous ne voulons pas excuser, d'entretenir dans leur sein l'instruction religieuse , la pure doctrine . la piété et la charité.
« Comme on a remarqué , » dit cet extrait synodal . « que, parmi un grand nombre de familles, il y a très peu d'instruction, plusieurs négligeant à apprendre à lire dans des catéchismes familiers quelques-unes des prières ordinaires du matin et du soir; y en ayant même qui osent se présenter la première fois à la Cène sans avoir subi l'examen pratiqué, non seulement dans toutes nos églises, mais mêmement dans la primitive ;
» La compagnie, considérant, avec douleur extrême une si grande nonchalence et perversion d'ordre , qui
(1) Aymon, t. I, p. 298, 428: t. II , p. 101, 166, iCq, 2;<>. 122. 100, 285, $91, jj$ : Benoit, t. II, p. 22^.
ne peut que conduire insensiblement les personnes dans l'impiété, l'athéisme et dans toutes sortes de vices: voulant y apporter du remède par les moyens les plus propres et les plus prompts que faire se pourra, exhorte les ministres , en l'adjonction d'un ou de deux anciens qui seront nommés dans chaque consistoire, de visiter toutes et chacune les familles de leur troupeau et de s'informer tant de l'instruction des pères et mères que de leurs enfants et domestiques , et nommément des prières qu'y font le matin et le soir ; s'ils ont connaissance des catéchismes familiers ; les exhortant, sur peine de censure et de suspension, s'il y échoit, qu'ils aient à envoyer leurs enfants incessamment aux écoles ; enjoignant, d'autre part, aux maîtres d'école de redoubler leurs soins pour l'instruction de la piété des enfants qui leur sont envoyés; exhorte aussi vivement les pères et mères, tuteurs et curateurs, de ne permettre point que les enfants ou pupilles s'approchent de la table du Seigneur que premièrement ils ne les aient présentés au ministre de leur église pour examiner s'ils ont assez d'instruction et de piété pour recevoir cet auguste sacrement; enjoignant aux ministres et anciens de chaque consistoire de veiller et de refuser la communion à ceux qui outrepasseront ledit règlement , duquel ils rendront compte exact au prochain synode , où les défaillants seront gravement censurés ; et afin qu'aucun ne prétende cause d'ignorance de cet article, lecture en sera faite le premier et le second dimanche de la Noël prochain...
» Par un article dudit synode a été ordonné un jeûne général pour la province, qui se doit célébrer le dimanche avant Pâques.
» Ladite assemblée a péréqué sur l'église de Riez et Roumoules trois écus pour subvenir à l'entretien de
deux pauvres enfants orphelins de Mérindol qui sont à Marseille. Le reste |a| été péréqué sur le reste de ta province. Ledit entretien pour un an , à raison de quarante-huit livres pour ladite année ; moyennant quoi l'église du Luc s'est chargé de leur entretien (i), »
Pleins de charité pour leurs frères nécessiteux, les protestants provençaux n'oublièrent pas non plus leurs coreligionnaires des pays étrangers, et quand les Vaudois du marquisat de Saluces , en Piémont, persécutés par le duc de Savoie, se virent contraints d'abandonner leur pays, les églises réformées de Provence demandèrent à Louis XIII que ceux d'entre eux qui s'étaient établis, soit dans leur province, soit dans les autres provinces de France, eussent la liberté d'aller et de trafiquer sur les terres du duc de Savoie comme les autres sujets de Sa Majesté, « sans pouvoir être recherchés à l'occasion de leur religion ni empêchés d'y pouvoir négocier leurs biens et affaires. » Le roi accéda à leur vœu et promit d'en écrire au duc de Savoie (Cahier du 17 avril 161 2) (2).