‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 63 sur 93 · GORDES. — LA BASTIDE-DES-GROS · texte numérisé non relu

GORDES. — LA BASTIDE-DES-GROS

En 1 598, Daniel Chamforan , pasteur de Gordes, desservait aussi Joucas et son annexe de Roussillon. Ces trois églises réunies lui faisaient un traitement de 500 livres et cet accord dura jusqu'en 1605. Les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes de 1601 maintinrent l'exercice à Gordes , où il s'était établi en 1 580, et ceux de 161 2 décidèrent, le 29 mars de la même année, que les habitants réformés du lieu établiraient par témoins qu'ils avaient joui de l'exercice en 1 577, 1 596 et 1 597; que les consuls leur donneraient un cimetière ; qu'à défaut de ce, les habitants réformés en achèteraient un aux frais de la commune, et que, de plus, ceux-ci participeraient à toutes les charges municipales. Le 10 avril suivant, l'exercice fut reconnu avoir été pratiqué aux dates susdites et il subsista sans interruption jusqu'en

En 1608, l'église de Gordes, unie à Joucas, Murs et Lacoste , perdit son pasteur , Daniel Chamforan , qui passa au service des églises du Vivarais. Après plusieurs mois d'attente et craignant de demeurer encore

(1) Aymon, t. II, p. 596; Arch. nation. TT, 232, 253, 235 A, 258, 288 B.

(2) Hameau de Gordes , ne formant avec cette commune qu'une seule et même église; aujourd'hui Les Gros simplement.

longtemps sans pasteur, elle prit le parti de députer un de ses anciens à la compagnie des pasteurs de Genève dans l'espoir d'en obtenir un de sa bienveillance. Il était porteur de la lettre suivante : « Ce personnage, le père André Silvestre, ancien du consistoire de l'église réformée de Gordes , vous est envoyé de notre part pour exposer à votre compagnie le piteux sort de notre église dénuée de son plus grand bien , du service d'un pasteur, et si tellement désireuse d'icelui qu'elle vous ose assurer ne pouvoir vivre sans en jouir. C'est une assemblée de plus de mille personnes admise à la communion des fidèles qui , pour avoir déjà passé six mois sans exercice ordinaire, en ressentent un intérêt et un ébranlement non pareils ; contraints à porter leurs enfants une journée loin pour leur faire recevoir le saint baptême et appeler à soi des pasteurs à très grande incommodité d'un chacun pour célébrer le sacrement de la Cène du Seigneur; outre la négligence à laquelle plusieurs s'abandonnent en se voyant ainsi dépourvus. Nous nous sommes remontrés ceci à notre province et la supplier y vouloir remédier , mais elle ne l'a pu, bien qu'elle l'eût voulu , d'autant qu'il y a plusieurs autres églises qui sont de même rang que nous et demandent même secours sans pouvoir être soulagées que de l'emprunt de leurs voisins. Cette voie nous étant close . nous avons cru la vôtre nous devoir être plus ouverte , vu que d'une telle pépinière de l'Eglise qu'est votre académie, il ne peut qu'à toute heure il ne s'élève de jeunes plantes à nous ensemencer d'icelles : ce qui nous enhardit à vous présenter cette humble requête que veuillez nous favoriser de l'octroi d'un pasteur que vous jugerez nous être sortable , ne doutant point que ne l'entériniez d'un témoignage de votre affection. Nous avons donné plein pouvoir à notre agent de convenir et

arrêter avec celui qu'il vous plaira nous adresser de moyens requis et d'un honnête entretien. Et promettons par celle-ci ratifier tout ce qui en sera conclu par vos prudents avis , sur lesquels nous reposant , nous prions Dieu de bon cœur qu'il vous continue toujours le cours de ses bénédictions et vous supplions nous croire tels que nous avouons, messieurs et très honorés frères, vos plus humbles et affectionnés frères des églises réformées de Gordes, Joucas et Murs, Lacoste. »

Suivent les signatures de dix-neuf anciens , diacres , consuls ou autres de Gordes, Joucas et Lacoste.

Pour donner plus d'autorité à cette requête, le bureau du synode provincial de Manosque l'accompagna de la lettre suivante : « Messieurs et très honorés frères, il est advenu que, «par le départ d'un de nos frères d'avec nous, l'une des plus nombreuses églises de ce pays s'est trouvée destituée de l'entretien spirituel , ce que ne pouvant porter patiemment , vu son zèle , elle a eu recours à nos assemblées pour être pourvue par notre adresse. Vrai est que jusqu'ici il n'a été en nous de satisfaire à son désir pour avoir en notre ressort beaucoup plus d'églises à dresser que l'espoir de leur obtenir à toutes des pasteurs. C'est pourquoi nous avons jugé ne lui pouvoir donner meilleur avis que, la vous recommandant, l'induire à requérir de vos faveurs, personnage qui soit et propre et disposé à servir Dieu en icelle. Ce sont les témoignages que votre piété déploie journellement au maintien de l'église qui nous ont dicté d'implorer de vous cet aide. C'est le célèbre lot de votre académie qui nous assure qne ne pouvez être surpris au dépourvu quand on recherche des pasteurs , et c'est notre disetteux état qui nous presse à vous importuner. Vous aurez l'œil, messieurs, sur une province qui se relève et récrée des plus grièves oppresses, que no-

RÉGIME DE L EDIT DE NANTES. JÇj

tre parti ait éprouvées en ce royaume, et qui rassemble peu à peu une troupe éparse en divers endroits , et particulièrement sur une église épandue en trois parts, qui répondent à trois divers évêchés et s.e confronte Avignon et le comté de Venisse, pour y envoyer homme qui promette se développer heureusement des attaques qui la peuvent menacer, sans qu'il ait toutefois à craindre d'encourir aucun fâcheux échec, car déjà jouissons-nous de quelques-uns des vôtres, qui, en des lieux non moins écartés et pierreux, travaillent à bon succès et vivent à repos. Au nom de Dieu, Messieurs, recevez notre humble requête de telle affection que nous espérons , et nous vous en signalerons une telle obligation que , priant Dieu pour votre conservation et avancement de sa gloire parmi vous , nous dédierons à vous servir vos plus humbles et affectionnés frères au Seigneur, les pasteurs des églises réformées de Provence et eux : Huron (qui a écrit cette lettre) , De Croze , De La Planche. A Manosque, ce 2 mai 1609. »

Nous croyons que la réponse de la compagnie des pasteurs fut négative; mais Gordes, provisoirement desservie par les pasteurs environnants, conserva sans contestation son droit d'exercice jusqu'en 1634 , alors qu'elle fut comprise dans l'arrêt du Conseil du roi du } mars de cette même année, cité plus haut, qui défendait l'exercice à Joucas et autres lieux. Vers 1638, Gordes put en jouir de nouveau et il subsista jusqu'au 20 mars 165 1. Mais, à cette date, le Parlement d'Aix, à la requête de Fortias , évêque de Cavaillon , défendit aux habitants réformés de Gordes de continuer leur exercice. Toutefois , comme cette affaire ressortissait à la Chambre de l'édit de Grenoble, celle-ci cassa, le 2 août 1651, l'arrêt du Parlement d'Aix par un arrêt contraire qui maintint l'exercice et fut signifié à Tévêque le

14 août suivant, et le citait à comparaître à sa barre. L'opposition recommença en 1662. Les syndics généraux du clergé de Provence demandèrent aux commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes de cette époque que le temple de la Bastide-des-Gros fût démoli parce qu'il avait été rebâti nouvellement. Le commissaire catholique leur donna gain de cause , mais à la réserve que le temple serait converti à un autre usage. Quant au commissaire protestant, il demanda que les habitants réformés de Gordes fussent autorisés à prouver par témoins que l'exercice avait eu lieu chez eux , avant et après les années 1 596 et au mois d'août de l'année 1 597. Le procès-verbal de partage des deux commissaires fut signé à Pertuis le 22 mai 1662 et renvoyé au roi qui , statuant en son conseil, ordonna, par son arrêt du 4 mai 1663, que le temple de la Bastide-des-Gros serait démoli et que l'exercice y serait supprimé de même qu'à Gordes.

Pasteurs : Jean Bouer, 1 583-1 588; Daniel Chamforan, 1 598-1608 ; Chabrand , 161 5-1634. A partir de cette époque, Gordes ne paraît pas avoir eu de pasteur en propre et était desservie par ceux de Joucas ou de Lacoste (1).

lacoste, Sivergues, Roquefure.

(Viguerie cTApt.)

Cette église semble avoir été longtemps unie à Gordes et Tétait encore en 1609. Nous croyons qu'elle eut à souffrir de l'arrêt du Conseil du roi, du 3 mars 1634, qui supprima l'exercice à Joucas et autres lieux. Quoi qu'il en soit, le 18 décembre 1639, elle était de nou-

(1) Arch. nation. TT, 258; Ms. franç. de la biblioth. de Genève, n° I97aaportef. o et 1 5 .

veau en possession du droit d'exercice et convint, avec les églises de Joucas, Gordes et l'annexe de Murs, que François Vallanson , son pasteur, desservirait ces dernières églises à condition qu'elles contribueraient à ses appointements, fixés à 400 livres. Cette convention subsista jusqu'en 165 1, époque où Vallanson passa au service des églises du Dauphiné. Les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes, de 1 66 r , qui eurent à examiner les prétentions des syndics généraux du clergé de Provence touchant la suppression de l'exercice à Lacoste et la démolition de son temple, se partagèrent sur ce double objet et envoyèrent leur procès verbal au Conseil du roi qui , par son arrêt du 4 mai 1663 , ordonna la suppression de l'exercice et la démolition du temple.

En 1682, Lacoste comptait 222 habitants réformés (88 familles).

Annexes : Sivergues et Roquefure.

Sivergues. — Cette communauté appartenait primitivement à un seigneur réformé , et l'exercice n'y fut pas d'abord contesté ; mais lorsqu'elle passa aux mains de Marguerite d'Adhémar de Monteil de Grignan , marquise de Sivergues , les syndics généraux du clergé de Provence et la marquise elle-même demandèrent aux commissaires exécuteurs de 1662 la suppression de l'exercice et la démolition du temple. Ils se fondaient sur ce que ce temple avait été bâti en face de l'église il y avait seulement seize ans ; que c'était une réunion de hameaux contigus à Lacoste et que jamais aucun ministre n'y avait résidé. Le commissaire catholique émit un avis conforme à cette prétention, à la réserve toutefois que le temple serait converti à un autre usage. Quant au commissaire protestant, il opina pour qu'il fut permis aux habitants réformés du lieu de prouver ,

comme ils le demandaient , que l'exercice avait été fait à Sivergues, en 1 596 et 1 597. Le procès verbal de partage fut signé à Pertuis le 20 mai 1662 et renvoyé au Conseil du roi, qui ordonna, par son arrêt du 4 mai 1663, rendu en son conseil , que le temple serait démoli et l'exercice supprimé.

En 1682, Sivergues comptait 94 habitants réformés (21 familles).

Roquefure (hameau d'Apt). — Les mêmes commissaires eurent aussi à se prononcer sur le droit d'exercice de cette église. Le catholique demanda qu'il fût supprimé parce que Roquefure était un hameau dépendant de Sivergues et une simple annexe. Le protestant exprima sa surprise de ce que son collègue interdisait l'exercice à Roquefure quand les habitants réformés du lieu n'avaient pas même été cités à comparaître, et il émit l'avis que ceux-ci fussent admis à prouver qu'ils avaient joui de l'exercice en 1596 et 1597, mais qu'en attendant ledit exercice leur fût ôté. Le procès-verbal de partage, signé à Pertuis le 20 mai 1662, fut renvoyé au Conseil du roi, qui décida, par son arrêt du 4 mai 1663 , que l'exercice serait supprimé à Roquefure.

En 1682, cette annexe comptait 16 habitants réformés (3 familles).

Il y avait aussi 24 habitants réformés (4 familles) à Buoux en 1682.

Pasteurs : de Fargues, 1561 (Lacoste et Roussillon réunies); André Busset, 161 5-1 6 1 6 ; Raphaël Gabet , 1 6 1 6- 1 6 1 6 ; Jacques Baille , 1626-1638; François Vallanson, 1639-1651 ; Pierre Chalier, 1660-1668(1).

Pasteur de Sivergues : Bouon, 1 561 ; Guillaume Cassy, 1566-1567.

(1) Arch. nation. TT, 235 A, 2J8, 284.

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