‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 72 sur 93 · UN FAUX PRÉDICANT · texte numérisé non relu

UN FAUX PRÉDICANT

Deux années après ces enlèvements, un prédicant hypocrite et éhonté, qui faisait trafic des choses saintes, vint présider, dans les églises des vallées de la rive droite de la Durance , des assemblées de jour et de nuit sans garder aucune mesure. C'était d'ailleurs un personnage étrange qu'une pièce du temps (1) décrit ainsi : « i° C'est un de ces fous et de ces téméraires qui s'en vont, tambour battant , mèche allumée , sans faire attention aux dangers qu'ils courent ; car si nos ennemis ne se sont pas saisis de lui, ce n'est pas à sa prudence qu'il en est redevable, mais à un pur hasard et à sa propre folie, parce qu'il traverse des villages papistes en chantant des Psaumes à plein gosier; il les chantait aussi dans les cabarets lorsqu'il était en débauche, profanant de cette manière les louanges du Seigneur; 2° c'est un menteur de premier ordre , les bonnes gens chez qui il allait loger m'ayant raconté plusieurs de ses menteries et déclaré en même temps qu'ils ne croyaient pas la plupart des choses qu'il leur disait; qu'ils voyaient clairement que c'étaient de purs mensonges; 30 c'est un emporté , un querelleur , un de ces faux braves qui, pour la moindre bagatelle, ne parlent que de battre, que de massacrer, ayant eu deux ou trois disputes avec des jeunes gens, qui l'auraient étrillé d'importance si on ne les avait pas retenus ; 40 c'est un avaricieux, qui

(1) Lettres de M. de Montagni (Deflerre) à Court du 13 avril 1744 (ms. Court, n° 1, t. X).

n'a d'autres vues dans ce qu'il fait que ses propres intérêts : cette âme vénale s'emparant de l'argent des pauvres qui se lève dans toutes les assemblées qu'il fait; >° il n'est pas non plus exempt d'orgueil ni de vanité; il en a une assez bonne dose : faisant parade de ce patrimoine d'iniquité qu'il se formait des deniers des pauvres, montrant sa bourse à ses familiers amis, en leur disant : « Tenez, voyez, j'ai 40, 50 louis ; » oh ! que cela est rampant de se faire gloire de ce qui devait le couvrir de honte et de confusion ; 6° enfin c'est un farceur, un petit arlequin, car il montait en chaire avec un bonnet et un grand ruban bleu autour de sa tête . un petit collet de papier ; joignez-y encore un nœud fait avec un autre ruban bleu , qu'il mettait à son habit comme les femmes mettent à leur robe. Que dites-vous de ces ornements pontificaux r Si la chose n'était pas si sérieuse, rien ne serait plus risible ni plus comique que de voir monter en chaire , avec la gravité d'un sénateur, un pareil original. Si les ennemis de notre sainte religion avaient été spectateurs de cette ridiculité , quel scandale n'en serait-il pas rejailli, quelles railleries piquantes n'en feraient-ils pas ? Cependant, il faut l'avouer, ce coureur, avec tous ces vices et cet équipage pédantesque, a produit un certain bien parmi le bas peuple, qu'il a raffermi, car, pour les gens d'une certaine façon, ils n'en ont point fait de compte. Or, si un homme de cette espèce a fait du bien, quel progrès ne ferait-il pas. un pasteur animé de l'esprit de l'Evangile et orné de toutes les vertus essentielles à un ministre de Jésus-Christ! »

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