VISITE DU PASTEUR DEFERRE ( I
Le pasteur Etienne Defïerre, natif de Grand-Gallar-
gues, en Languedoc (i), qui nous a laissé ces derniers récits, les avait entendu raconter dans le voyage qu'il fit en Provence en 1744, trois ou quatre jours seulement après le départ du faux prédicant dont il vient d'être parlé. Il reçut des protestants de cette province un accueil enthousiaste. « J'ai été visiter, » dit-il (2), « ces pauvres fidèles affamés et altérés de la parole de Dieu , qui demandent du pain, et personne ne leur en donne avec ces dispositions. J'ai été reçu , non pas comme un homme, mais comme un ange de Dieu. A voir l'empressement et l'ardeur avec laquelle ces enfants d'Israël venaient des villages et des hameaux pour me voir et pour m'entendre, on aurait dit que le Messie était arrivé dans leur contrée. Tous voulaient m'embrasser; tous voulaient m'avoir chez eux : c'était à qui mieux mieux. Ils me témoignaient beaucoup d'affection et de tendressse... Autant que j'en puis juger et que j'en ai pu connaître, ces descendants des Vaudois , qui ont enduré tant de massacres et de persécutions pour la profession de la vérité, n'ont pas entièrement dégénéré du courage et de la fermeté de leurs ancêtres. Il s'en ferait de très bons soldats de Jésus-Christ. »
Defferre présida à Mérindol une assemblée de quatre cents personnes, « secrètement et avec toute la prudence possible, » et, s'étant transporté de là à Lourmarin , il s'apprêtait à en présider une seconde, quand il apprit que cinquante soldats marchaient sur Mérindol, cent sur Lourmarin et cinquante sur Cabrières. Les assemblées du faux prédicant avaient fait du bruit, et le commandant militaire de la Provence envoyait ces soldats pour les faire cesser. Defferre crut qu'il
(1) Elève du séminaire de Lausanne en 1742.
(2) Lettre de M. de Montigni , etc. - Sur Defferre, voy. La France protestante.
était sage de se retirer sur-le-champ pour laisser passer l'orage, m Lorsque ces chers fidèles apprirent que je voulais m'en aller, » raconte-t-il ; « qu'il n'était pas prudent que je restasse plus longtemps dans leurs cantons, ils se mirent à pleurer et à s'attrister profondément. — Au nom de Dieu, me disaient-ils, notre cher pasteur, ne nous abandonnez pas; au nom de Dieu, souvenez-vous de nous , souvenez-vous que nous sommes de pauvres brebis abandonnées ; venez au moins nous visiter quelquefois. — Après quoi je me séparai d'eux, les larmes aux yeux , en leur promettant que je viendrais les voir : ce que j'effectuerai, moyennant le secours de Dieu, lorsque les troupes se seront retirées. En chemin faisant, je bénis un mariage à Lacoste et, sans l'arrivée des troupes, j'en aurais béni plus de quarante, car il y en a plusieurs qui se sont mis ensemble sans être épousés ; les prêtres ne voulant pas leur accorder la bénédiction nuptiale sans qu'au préalable ils ne se confessent et ne communient : ce qu'ils ne veulent point faire. »
Ce zèle touchant des protestants de Provence, constaté par d'autres pièces de l'époque (i) , décida le quatrième synode national , réuni au Désert cette même année 1744, à leur accorder un pasteur, qui leur serait alternativement prêté par les provinces du bas Languedoc et du Dauphiné , à commencer par la première, et qui desservirait en même temps L'Eglise d'Orange. Nous ne savons si cette décision fut exécutée à cette époque , mais elle le fut certainement plus tard , alors même que la Provence possédât un et même plusieurs pasteurs en propre (2).
(1) Lettre de Desubas à Peirot du 19 février 1744 (ms. de nos archives particulières).
(a) Les pasteurs qui firent des séjours temporaires en Provence en vertu