‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 75 sur 93 · PERSÉCUTIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

PERSÉCUTIONS DIVERSES

Ces événements se passaient pendant la longue guerre (i 741 -1748) de la succession d'Autriche, qui avait détourné l'attention de la cour de France des affaires protestantes. Il n'en fut pas de même dans les années qui la suivirent. Les persécutions sévirent cruellement dans tout le royaume, et la Provence en souffrit comme les autres provinces.

« Au mois d'avril 1749, » dit Court (2), « décédèrent à

(1) Ms. Court, n° i, t. XX, j'e partie, p. jij; 2e partie , p. 95 ; n° 7 , t. 9 , p. 1 54 ; t. 1 5 , p. 8 ; n° 17, Q; — Edm. Hugues, Antoine Court, t. II, p. 414 , 415 ; — Lettre de Martin à Paul Rabaut du 10 janvier 1774 ( Papiers Rabaut, III, D).

(2) Mémoire historique dans le Patriote français et impartial, t. II, p. 5-7.

Mérindul demoiselle Maynard, lemme veuve, et Paul Maynard , son fils, âgé d'environ cinquante' ans. L'un et l'autre furent ensevelis dans la nuit et sans bruit, le même jour de leur décès; mais tant de précautions sont inutiles contre la violente calomnie. Le curé du lieu , nommé Lombard, que le dessein de nuire ronge depuis longtemps, saisit l'occasion, court chez l'évêque de Cavaillon, son diocésain, lui fabrique une histoire, et que ne lui dit-il pas ? Il lui dit que le convoi funèbre de la mère et du fils s'est fait avec tout l'appareil et tout l'éclat de la rébellion ; que le ministre des huguenots y marchait à la tête en robe noire, et que, pour insulter aux catholiques, on avait fait trois fois le tour, en procession, de l'église paroissiale. Le prélat croit tout et en écrit aux puissances. Heureusement pour les protestants de Mérindol, on ordonne une procédure. M. Esmioli, lieutenant criminel de la ville d'Aix, le substitut de M. le procureur du roi, suivis d'un huissier et d'un greffier, tous autorisés par le Parlement d'Aix, font une descente sur les lieux; ils informent et verbalisent; mais plus leurs recherches sont exactes, plus elles se multiplient, et plus elles tendent à convaincre d'imposture le prêtre calomniateur. Cela n'empêche pas que Maynard, fils et frère du défunt. Jean Bouvier, bourgeois, et Paul Maynard, fabricant de laine, qui avaient été arrêtés avant les informations, ne tiennent longtemps en prison, et que le curé ne demeure impuni. » Les deux premiers furent privés de leur liberté une année et le dernier dix-huit mois au moins.

<( Le 10 avril 1749, » dit encore le même auteur (1) , « Daniel (Etienne), dit La Montagne, mourut à Cadenet , en Provence. Un de ses voisins fut en avertir le

(ij Mémoire historique, etç , p. 159-141.

curé et lui demanda s'il voulait l'enterrer. Au refus du curé , quelques protestants enlevèrent le cadavre dans la nuit et furent l'enterrer à la campagne dans une fosse qu'ils avaient creusée exprès. Comme ils étaient épiés et qu'ils furent suivis par Pascal Béraud, chirurgien du lieu, et par quelques autres catholiques, qui étaient armés de pelles et autres instruments propres à remuer la terre, ils n'eurent pas plus tôt enseveli leur mort que ceux-ci, l'ayant exhumé, lui attachèrent une corde au cou et le traînèrent ainsi, au son d'un tambourin et d'un flageolet, par tout le village, et, dans chaque station qu'ils faisaient , ils frappaient le cadavre à gros coups de bâton en l'apostrophant ainsi ': << Ce coup est pour telle assemblée où tu as été; celui-ci est pour celle-là. Ah! pauvre Montagne, tu n'iras plus au prêche à Lourmarin. » Las de cette manœuvre, ils attachent l'objet de leur fureur, par les pieds, dans un lieu élevé; ils lui ouvrent ensuite la poitrine et le ventre, lui arrachent le cœur, le foie et les entrailles, attachent toutes ces parties au bout de gros et longs bâtons dont ils sont armés, élèvent ces bâtons aussi haut que leurs bras le peuvent permettre . et vont ainsi en procession dans les rues, en criant à gorge déployée : « Qui veut acheter de la fraîchaille } » C'est la noble expression dont ils se servent. Las de cette nouvelle manœuvre , ils retournent auprès de leur cadavre . le coupent en quatre quartiers , le mettent dans un panier et l'emportent , de cette manière , chez le chirurgien. Tout cela fait du bruit, saisit d'horreur, excite des plaintes. Le magistrat ne peut s'empêcher de verbaliser. Il le fait, mais ce n'est que pour la forme. Personne n'est puni, et le chirurgien, qui passe pour le plus coupable, en est quitte pour quelques jours d'absence. »

Ces horreurs n'empêchèrent pas le courageux pas-

teur Rolland d'organiser des consistoires et de grouper les églises réformées en Provence en trois arrondissements ou colloques (i).

Là ne s'arrêtèrent pas les persécutions. On emprisonna une foule de religionnaires qui avaient assisté à des assemblées du désert. « Les prêtres même, » disent des pièces de l'époque (2), « allaient à la tête des détachements qui les arrêtaient. Le nommé Sambuc l'aîné a été conduit aux îles Saintes-Marguerites; MM. Payan frères, Penatel , un autre Sambuc et Arnaud, tous de Mérindol, de Lacoste ou de Gordes, sont en fuite et errent de lieu en lieu; MM. Maynard , deux germains; M. Bovet des Aires, avec d'autres de Mérindol, sont dans les prisons d'Aix. Ces mouvements et ces emprisonnements ont beaucoup alarmé les esprits dans cette province et y ont suspendu les assemblées. »

Un protestant, nommé Jacques Martin, qui fuyait ces rigueurs, fut arrêté, en 1752, sur les frontières de la Suisse et emprisonné à Belley en Bugey (3,.

Le 15 janvier 1753, le Parlement d'Aix rendit un arrêt confirmatif d'un arrêt antérieur, dont nous n'avons pu découvrir la date, qui fut obtenu contre divers habitants du lieu de Lacoste , et par lequel il était défendu aux juges de recevoir les défenses judiciaires des protestants , et ordonné aux pères de faire baptiser leurs enfants à l'église catholique , dans les vingt-quatre heures qui suivraient leur naissance, sous peine de cinquante livres d'amende, et d'envoyer ceux qui étaient

(1) Edm. Hugues, Antoine Court, t. Il, p. 276.

(2) Lettres deVouland à Etienne Chiron du 6 janvier 17J0; de Court au même du 16 janvier 1 750 (Correspondance d'Etienne et d'Abraham Chiron); ms- Court, n° 7, vol. II, p. 112: vol.X, p. 164; — Mémoire historique, etc., p. 95.

(}) Ms. Court, n° 7. vol. XIII, p. 1, 2, 144, 145.

suffisamment âgés aux instructions paroissiales. Un grand nombre de parents, qui habitaient surtout les lieux de Gordes, Joucas et Sivergues, n'ayant point obtempéré à l'arrêt du Parlement, il n'y eut point de mauvais traitements qu'on ne leur fît subir pour les contraindre à faire rebaptiser leurs enfants. « On mit chez eux des archers, à qui, outre la nourriture, ils étaient obligés de donner chacun six livres par jour. » Entre plusieurs qui eurent à endurer ce traitement ruineux, nous citerons le sieur Daunis, de Joucas, qui reçut une de ces garnisons le 4 février 1753 , et qui fut de plus conduit dans les prisons d'Apt, parce que son fils s'était marié au Désert. Les biens des trois autres protestants furent également saisis pour le même fait, et un habitant de Gordes fut même condamné à mort, par contumace, sous l'accusation d'avoir fait les fonctions de ministre (1).

MINISTÈRE DES PASTEURS BÉTRINE, MARTIN ET PIC. LA PROVENCE ET LES SYNODES NATIONAUX ( 1 7 Ç 4- I763).

L'année suivante (1754), Jean Bétrine fut appelé en Provence. 11 avait étudié au séminaire de Lausanne, de mars à juillet 173 1 , et desservit depuis les églises des Cévennes , de La Guyenne et de La Saintonge. Suspendu de sa charge en 1756, nous ne savons pour quel motif, il fut rétabli dans le saint ministère et remplaça Lafont (2). Comme lui , il fixa sa résidence à Lourmarin. Député deux ans après, avec un ancien, au sixième

(1) Mémoire historique, etc., p. 78-79; — Ms. Court, n° 7, vol. XIII , p. i44-«4<-

(2) Lettre de Vouland à Court, du 1; mars 17Ç4 (ms Court, vol. XIII» p. 72).

synode national du Désert, assemblé en 1758, il demanda à la vénérable compagnie d'adjoindre la Provence à une province voisine, pour qu'elle formât avec celle-ci un seul et même arrondissement synodal. Bétrine estimait que les églises et les pasteurs de Provence étaient trop peu nombreux pour avoir droit à un synode particulier, et que, d'autre part, telle difficulté pouvait surgir qui nécessitât l'examen d'un corps ecclésiastique possédant une autorité supérieure à celle d'un consistoire. Le synode général ne trouva pas à propos d'accéder à la demande des députés de Provence et les renvoya, en cas de différend, à quelqu'une des provinces voisines, conformément à ce qu'ordonnait la discipline.

Bétrine et son ancien ayant exposé de plus, à la vénérable compagnie , le besoin qu'avaient les églises de Provence d'un ministre ou proposant, le synode leur accorda Joseph Picard, de Nîmes, étudiant au séminaire de Lausanne depuis 1754 ; mais ce dernier ne paraît pas avoir séjourné longtemps en Provence.

Le synode national conféra enfin , à la Provence, le droit , dont jouissaient les autres provinces du royaume, d'envoyer au séminaire de Lausanne des proposants, qui seraient entretenus et formés gratuitement au saint ministère.

Bétrine étant mort peu après (1) (en 1757 ou 1758), le pasteur Rolland, député au septième synode national de 1758, représenta à la vénérable compagnie l'impossibilité où étaient les églises de Provence de fournir seules à l'entretien de la famille du défunt , dont la

(1) Son fils Jean-Paul Bétrine, étudiant au séminaire de Lausanne en 1765 et consacré au saint ministère par le synode du bas Languedoc (Papiers Rahaut, [, E, p. 2>). fut pasteur à ' Lourmarin en 1807 après la réorganisation des cultes.

LE DÉSERT. t \Cf

détresse était grande. Le synode, ayant égard aux services rendus aux églises de France par Bétrine, accorda à sa veuve une pension de trois cent seize livres , qui devait être payée par diverses provinces du royaume , savoir : par La Saintonge , soixante livres ; le bas Languedoc, cinquante; les basses Cévennes , trente; les hautes Cévennes, vingt-quatre; le Vivarais , vingtquatre; le Dauphiné, vingt; le Béarn , douze; la Provence, soixante et douze; le haut Languedoc, vingtquatre. Paul Rolland , célèbre pasteur du bas Languedoc, tut chargé de centraliser les cotisations et de les transmettre à la veuve Bétrine.

Rolland, resté seul en Provence depuis le départ de Lafont et de Picard, et la mort de Bétrine, supplia le synode national de lui adjoindre un collègue. Le pasteur Jean Martin, des hautes Cévennes, s'étant offert à aller en Provence , la vénérable Compagnie « l'y affecte pour toujours, » disent ses actes, « et fait les vœux les plus ardents pour le succès de son ministère. »

Martin ne passa que quelques années en Provence et fut remplacé par le pasteur Jacques Pic dit le Jeune, natif *des hautes Cévennes, qui avait étudié au séminaire de Lausanne, en 17;^. 11 s'établit vers 1761 en Provence . et , comme ses prédécesseurs Lafont . Bétrine et Martin, il fixa sa résidence à Lourmarin. Député au huitième synode national de 1 763 , avec Bernard, ancien du synode de Lourmarin, il représenta à la vénérable compagnie qu'il était impossible à sa province de payer en entier les soixante et douze livres de la pension de la veuve Bétrine , comme Favait établi le septième synode national de 1 7 > 8 . Le synode, tenant compte de sa réclamation, rit une nouvelle répartition, comme suit ; Le Montalbanais . vingt-quatre livres; La Rochelle vingt-quatre : la Saintonge et Bordeaux

trente-six; le Périgord et l'Agenais, vingt-quatre; le Vivarais , seize; le Dauphiné , douze; le Béarn, douze; les basses Cévennes, vingt; le haut Languedoc, seize; la Provence , quarante-huit. La pension était diminuée de quatre-vingt-quatre livres ; mais la veuve Bétrine était déchargée , à cette époque, d'un fils qui étudiait au séminaire de Lausanne. Les cotisations devaient courir depuis le mois de septembre 1758 et être « payées d'année en année jusqu'à nouvel ordre (1). »

La Provence avait, l'année même où se réunit le huitième synode national, un proposant au séminaire de Lausanne, nommé Pierre Martin.

PAIX PROFONDE EN PROVENCE. PREMIERS PASTEURS DE L'ÉGLISE DE MARSEILLE (\J ^I-IJJO).

Autrement, la tranquillité la plus grande régnait dans la province. Les protestants y jouissaient d'une liberté presque complète. Leurs assemblées n'étaient inquiétées d'aucune sorte, et le proposant provençal, Pierre Martin, qui étudiait au séminaire de Lausanne, comme on l'a dit, et qui termina ses études en 1765 , s'établit comme pasteur dans son pays , où il exerça son ministère jusqu'à la Révolution.

Les églises de Provence voyaient donc s'ouvrir devant elles un avenir prospère. Ce fut tout particulièrement le cas de l'église de Marseille (2) , qui s'était considérablement accrue depuis la peste de 1720. Cet horrible fléau ayant fait périr la moitié des habitants de

(1) Les actes des sixième et septième synodes nationaux, que nous citons dans ce chapitre, ont été imprimés dans Ch. Coquerel, t. I, p. 526; t. II, p. 584, et La France protestante, t. X, p. quant au huitième, il est encore inédit.

(2) Lettre de Pic à Journet du 50 sept. 1763 et à Rabaut du 17 oct. 1763 {Bulletin de la Société, etc., t. V, p. 260; — Papiers Rabaut, III, B).

la ville, les magistrats, pour la repeupler, y attirèrent le plus monde qu'ils purent, et un grand nombre de protestants du Languedoc, du Dauphiné et de la Suisse s'y établirent, les uns comme ouvriers, les autres comme négociants, et prospérèrent. En 175 1, ils avaient pour pasteur un Suisse nommé Bridel , comme nous l'apprend une note exacte des ministres du Désert, de leurs femmes et de leurs pères (1), dressée, vers 175 1, sans doute par un des agents de l'intendant du Languedoc, Nicolas de Lamoignon dit Bâville , et où on lit ces mots : « Bridel, prédicant, fils d'un ministre suisse de ce nom, reste chez M. Butini, consul de Suède, en qualité de précepteur et fait d'autres fonctions en ville. Il pourrait cependant avoir décampé parce que, depuis trois mois, je n'en ai pas eu de nouvelles : c'est ce qui est aisé à voir. » Bridel était le chapelain de la colonie suisse de Marseille.

A cette époque ou quelques années avant, les protestants de Marseille s'assemblaient , en cachette et de nuit, pour célébrer leur culte. Une dame de Vair, qui habitait une maison de la rue Noailles , ayant une seconde porte sur la rue des Feuillants, réunissait ses coreligionnaires pour prier Dieu. Les uns passaient par une rue et les autres par l'autre, pour ne pas éveiller l'attention. Un maître tanneur du quartier de Sainte- Claire les réunissait également. Quant aux enterrements, ils avaient lieu de nuit, par ordonnance du lieutenant de police, dans le cimetière accordé par la ville aux religionnaires étrangers, en présence d'un délégué de la police et du gardien des clés du cimetière, qui signaient l'acte de décès. Il était situé au quartier des Moulins,

(1) Bulletin dt la Société, etc.. t. VII, p. 461-464; — Habcrev et Boulet. Notice, etc.

derrière les Accoules, où se trouve actuellement un réservoir du canal de la Durance.

Quelques années après, quand la persécution commença à faiblir, les protestants marseillais louèrent une bastide aux environs de Notre-Dame de la Garde; mais , comme elle était construite sur le territoire de l'abbaye de Saint-Victor, les abbés se plaignirent aux échevins de la ville, qui envoyèrent leurs agents sur les lieux. Une assemblée fut surprise et les religionnaires le plus en vue furent arrêtés et conduits en prison au milieu des huées de la populace. Ils y demeurèrent six mois. Le nom d'un seul est parvenu jusqu'à nous : c'est celui de Joseph Raillon, fabricant de chapeaux.

En 1767, l'église fut visitée par le pasteur Joseph Gai dit Pomaret, et en 1768, par le pasteur Paul Rabaut, du bas Languedoc, qui y passa trois semaines, « s'occupant de sa profession non sans succès (1). » Ce fut lui, sans doute, qui procura à l'église, la même année, le pasteur Jacques Teissier (2), qui y était encore l'année suivante (3), mais n'y demeura pas longtemps, car une lettre de Marseille, adressée à Paul Rabaut, le 27 septembre 1769 (4), nous apprend que ce dernier avait consenti à ce que son fils Jacques-Antoine Rabaut dit Pomier , qu'on désirait vivement en Provence dès le 15 juillet 1764 (5), vînt desservir l'église pendant une année, sauf à prendre de nouveaux engagements après cette époque. « Ce terme, » ajoute la lettre, « nous paraîtrait bien court si nous n'avions pas l'espoir de le retenir ici plus longtemps, comme nous

(1) Ch. Coquerel, t. II, p. 597.

(2) Etudiant au séminaire de Lausanne en 17^4. (?) Papiers Rabaut, I, G, p. y7 et 46.

(4) Papiers Rabaut. III, B; — Papiers Ath. Coquerel, vol. 42. {{) Papiers Rabaut, III, C.

sommes d'avance très persuadés que nous serons parfaitement contents et satisfaits de lui. Vous devez également l'être que nous ferons tout ce que nous pourrons pour rengager à rester auprès de nous. »

Rabaut Pomier rencontra, à Marseille, « quelques difficultés que Ton trouve dans une église naissante ; » mais il espérait qu'elles disparaîtraient bientôt et qu'il serait à Marseille agréablement. Quoi qu'il en soit, il <( contribua puissamment, par ses prédications et ses efforts, à relever l'église de Marseille où de longs orages avaient assoupi le zèle des protestants , s'ils ne l'avaient éteint (i). » Rabaut Pomier, après avoir passé l'année 1769 à 1770 à Marseille, accepta la vocation que lui adressa l'église de Montpellier. Les pasteurs de Provence visitèrent aussi leurs frères de Marseille : Jacques Pic, en 1762, 1771 et 1773 ; Pierre Martin, en 1768, 1769, 1770 et 1773.

Cette tranquillité profonde, dont jouissait la Provence et qui s'étendait, du reste, aux autres provinces du royaume, grâce aux progrès de l'esprit public, était due en partie aux hommes remarquables qu'elle avait à sa tête et qui pratiquaient la tolérance ou s'en faisaient les apôtres. Nous citerons de Saint-Jal, gouverneur de Provence, qui fermait les yeux sur les assemblées du Désert; l'intendant et premier président au Parlement de Provence, Jean- Baptiste des Gallois, seigneur de la Tour, dont il a été déjà question, qui se fit remarquer par sa douceur et eut des relations suivies avec les églises protestantes de sa province (2], et le procureur général au Parlement d'Aix, le célèbre marquis Jean- Pierre-François de Rippert, seigneur de Montclar, qui

fi) Leitre du 27 juillet 1770 à Etienne Chiron (Correspondance d'Etienne et d'Abraham Chiron).

(2) Charles Coquerel, t. I, p, 482; 1 II. p, 9.

publia son Mémoire théologique et politique au sujet des mariages clandestins des protestants de France, où l'on fait voir qu'il est de l'intérêt de l'église et de l'Etat de faire cesser ces sortes de mariages, en établissant pour les protestants une nouvelle forme de se marier qui ne blesse point leur conscience et qui n'intéresse point celle des évêques et des curés. » Cet écrit remarquable eut un immense retentissement en France et fut souvent réimprimé. A Aix, « aucun avocat ne voulut, en 1770, plaider contre les enfants d'un protestant, le sieur Palisse, marié au Désert, et les membres les plus distingués de l'ordre, les Portalis et les Paréry, tinrent à honneur de rédiger des consultations en leur faveur (1). »

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