‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 77 sur 93 · NOUVELLES ALERTES ( I · texte numérisé non relu

NOUVELLES ALERTES ( I

Cette même année, 1773, de Jouy, procureur général au Parlement d'Aix, détacha quelques cavaliers de la maréchaussée à la poursuite du pasteur Pic, qui avait eu la hardiesse de présider une assemblée religieuse à Marseille, malgré l'opposition du magistrat. La conduite de Pic ne fut pas généralement approuvée. « Nous avons quelques pasteurs, » dit la lettre (2) quinous raconte ce fait, « qui se croiraient en droit d'aller paître les protestants transportés à Cadix. »

L'année suivante, le pasteur Martin et ses collègues, Pic et Mathieu, furent aussi inquiétés. « M. de Jouy, » raconte le premier (3), « nous fit dire, il y a quelque temps, que je n'avais qu'à m'absenter des églises, sans quoi il se verrait forcé, par des ordres qu'il avait reçus, de me faire capturer. Là-dessus je m'empressai d'assembler dans chaque lieu MM. les Anciens pour voir le parti que nous pouvions prendre. Les uns conseillaient qu'il ne fallait pas se raidir sur ces menaces , crainte d'en être la victime ; les autres, — et ce fut le plus grand nombre , — décidèrent différemment, disant que si , sur les premiers vents , on se donnait la peur, ce serait donner trop grande satisfaction et mettre , par ce moyen , les églises dans une situation critique. Je me rendis à l'avis

(1) Lettre de Matthieu à Rabaut des 15 avril 1772 et 16 janvier 1774 (Papiers Rabaut, III, D).

(2) Lettre de Gal-Pomaret du 2 mai 1775 (Bulletin de la Soc., etc., t. XVIII, P H9).

(3) Lettres à Paul Rabaut du 10 janvier 1774 (Papiers Rabaut, III , D); — Lettre de Rabaut Saint-Etienne du 2$ janvier 177Ç {Bulletin de la Soc, etc., t. XIX-XX, p. ?8).

de ces derniers comme m'ayant paru plus sage. Je continue donc à remplir toutes mes fonctions , mais avec toute la mesure que la prudence peut me suggérer. Je n'ai osé depuis habiter chez moi; je cours de gîte en gîte comme on le faisait au temps jadis. J'eus l'autre jour, à Lacoste, une alerte terrible. Il y parut de 1 5 à 30 cavaliers, dont l'un d'entre eux dit à l'un de nos messieurs qu'ils étaient là en partie pour le marquis de Sade (1) et en partie pour le ministre. »

Vers le même temps , l'église de Marseille pria Paul Rabaut de lui procurer le pasteur J. Chabaud , qui exerçait , croyons-nous , son ministère dans le bas Languedoc. Le pasteur Matthieu joignit ses instances à celles de l'église de Marseille pour que Chabaud se rendît le plus tôt possible à son poste , s'il était réellement dans l'intention de l'occuper. Chabaud accepta la vacation , mais il ne paraît pas avoir résidé longtemps à Marseille, car nous le voyons à Cabrières en 1774 et à Lourmarin en 1775 et 1777 , pour remplacer sans doute Matthieu, que nous ne retrouvons plus à partir de 1774.

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