L'ÉGLISE DE LOURMARIN, DE I777 A LA RÉVOLUTION
J. Chabrand, à la suite de nous ne savons quelle difficulté, quitta la Provence en 1777. Quant à Martin, une lettre de l'église de Lacoste à Paul Rabaut, du 18 mars de cette même année (4), nous apprend que l'église de Lourmarin, ajoutant trop légèrement foi à des calomnies répandues sur son compte, l'avait con-
(1) Ch. Coquerel, t. II, p. 526.
(2) Lettre de Rabaut de 10 janvier 1774 (Papiers Rabaut, III, D) ; lettre de Rabaut Saint-Etienne du 25 janvier 177$ {Bulletin de la Sec, etc., t. XIX- XX. p. 58).
(3) Rabaut le jeune, Annuaire, p. 244; Almanach des protestants pour 1809, p. 64 ; idem, pour 1810, p. 40; le Livre des deniers du ministère pour l'église réformée de Lourmarin (ms.).
(4) Signée par Payan, Sambuc, Perrottet, Lappy, Martin et Sambuc, anciens de Lacoste, et par Bouër, Cavalier, Meynard et Noumane, ancien de Mérindol (Papiers de Rabaut, III, E).
gédié précipitamment et que l'église de Lacoste, après avoir mûrement examiné les griefs articulés contre lui et avoir trouvé Martin innocent , avait contracté avec lui un engagement d'un an. La conduite des anciens de Lourmarin était d'autant plus étrange que, dans un récent colloque, ils avaient voulu qu'on bannît Martin delà Provence tout en lui délivrant de bonnes attestations. Delà cette plainte des anciens de Lacoste et de Mérindol contre leurs collègues : « MM. de Lourmarin ont toujours suscité des tracasseries. » Martin demeura en Provence jusqu'en 1793 et résidait à Mérindol en 1785.
Les pasteurs qui succédèrent à Martin à Lourmarin furent Nogaret, natif de Provence, de 1777 à 1783 ; Matthieu (Jean), de 1783 à 1784 ; Bertrand (David-Frédéric), de 1784 à 1785, et Bassaget (André), ancien pasteur de Massillargues, de 1785-1794, procuré par l'entremise d'Isaac-Malignas Durand, pasteur à Marseille.
Bertrand est le seul sur lequel nous possédions des renseignements. 11 était natif de Nyons et avait déjà exercé son ministère en Dauphiné et à Orange (1). L'église de Lourmarin lui allouait 738 livres pour ses gages, et 36 livres pour son logement. Le 24 janvier 1785, étant tombé gravement malade, il pria le consistoire d'agréer sa démission. A son entrée en charge il avait dressé un règlement ecclésiastique qu'il fit adopter à son consistoire et dont nous rapportons ci-après le remarquable préambule :
(( L'an mil sept cent quatre-vingt-quatre et le vingtneuvième jour du mois de mars , le consistoire de l'église protestante de Lourmarin s'étant assemblé, présidant M. Frédéric-Bertrand David, pasteur de cette
(1) Voy. E. Arnaud, Hist. des prot. du Dauph., t. III, p. ?2o.
église, à l'effet d'établir un régime pour le gouvernement de la dite église, soit pour déterminer les devoirs des anciens qui composent ou composeront, à l'avenir, le consistoire, soit pour fixer d'une manière invariable, les formes d'administration , tant des deniers du ministère que de ceux des pauvres ;
» Considérant que, pour remplir cette tâche, le principal objet dont ils doivent s'occuper est la conduite du pasteur et des anciens envers le troupeau qui est confié à leur zèle et à leurs soins : pour cela, il est nécessaire qu'ils se rappellent sans cesse que, pour exciter toujours plus dans les fidèles la pratique des vertus chrétiennes, ils doivent leur en donner l'exemple, par une conduite pure et sans tache, s'encourager et s'aider les uns les autres, comme frères , à remplir dignement et sans esprit de domination et de primauté, toutes les obligations sacrées, que leur état leur inspire, qui consistent à soulager les pauvres, à consoler les affligés, aux exhortation-s et aux prières pour les malades, à l'instruction des enfants, à rétablir la paix dans les familles et parmi les particuliers, où il y a des divisions ; enfin, à observer exactement et scrupuleusement tout ce que la charité et l'Evangile prescrivent à ceux qui sont dans la voie de Christ et qui peut être utile à son Eglise.
» Mais comme tous ces devoirs ne sont pas les seuls qui soient imposés aux anciens, ils doivent de plus établir un ordre immuable pour les deniers du ministère et pour ceux des pauvres , afin que le zèle des fidèles ne soit jamais, et dans aucun cas, refroidi à ces deux égards et qu'ils puissent voir et examiner en tout temps la forme et l'emploi de cette sorte d'administration... » (Suit le règlement.)
Les cotisations pour le ministère rapportèrent cette même année 1784, la somme de 952 livres 12 sous,
payées par 245 personnes; et Mme de Lajas fit don à l'église de deux coupes d'argent pour la communion, qui furent faites par un orfèvre de Valréas.
Le service religieux fut célébré à Lourmarin jusqu'à l'époque de la Terreur suivant cette note du Livre des deniers du ministère pour l'église réformée de Lourmarin : « Le culte public a été interrompu, par suite de la Révolution depuis le 16 mars 1794, jusqu'au 25 décembre 1796, ou 5 nivôse an V. » Les anciens du consistoire étaient en 1792 : D.-H.-J. Aguitton , Antoine Bernard, Daniel Bernard, Joseph Bey, Antne-Abm Goulin, Jacques Richaud , Joseph Sambuc , Antoine Vial.