‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'OrangeChapitre 80 sur 93 · L'ÉGLISE DE MARSEILLE, DE I772 A LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DE MARSEILLE, DE I772 A LA RÉVOLUTION

En 1772, l'église de Marseille fut visitée par le pasteur Rabaut-Pomier, du bas Languedoc, qui l'avait déjà desservie de 1769 à 1770, et, en 1774, par J. Chabaud, pasteur de Provence. A cette dernière date, les protestants de Marseille, évidemment rassurés du côté des persécutions, nommèrent un consistoire dont les membres les plus marquants étaient : Joseph Raillon , A. Gaitte et le négociant Henri Boulet, connu sous le nom de pape des huguenots. Le consistoire loua une salle de culte dans une maison de campagne donnant sur le chemin de la Belle-de-Mai , près du Cannet, éloigné de la ville à cette époque , et appela , comme pasteur, Vouland le fils, dit Roche, qui avait déjà desservi les églises du Vivarais, d'Orange et du Dauphiné, et reçut son congé définitif du synode de cette dernière province à cause de son humeur originale et inquiète et de son défaut de tenue (1). Après deux ans de séjour à

(1) Voy. E. Arnaud, Hist. des prot. du Dauph., t. III, p. 517, et VHist. des prot. d'Orange.

Marseille, il avait déjà mécontenté une partie de son église, qui adressa vocation à un pasteur du bas Languedoc. Pour dissuader ce dernier d'accepter, il écrivit le 28 février 1777, à Paul Rabaut la lettre suivante, que signèrent aussi les anciens A. Gaitte, Henri Rouzet, et Pierre Pallenc (1) : « Au cas que vous connaissiez le pasteur sur lequel on a jeté les yeux pour desservir l'église de Marseille, nous vous prions de lui faire les observations suivantes : i° Que n'ayant été appelé que par une partie des anciens et non par le consistoire, sa vocation est illégale ; 20 Que la susdite vocation ne pourra pas être confirmée dans un synode, comme elle doit l'être, parce que le pasteur fera valoir les droits incontestables qu'il a. »

Nous ignorons la suite qu'eut cette affaire; mais, en 1777, l'église de Marseille fut visitée par Frédéric- David Bertrand, pasteur à Orange, et, en 1777, elle adressa vocation au pasteur Isaac-Malignas Durand, natif de Monoblet et marié à MUe Causse, qui exerça son ministère sans entrave. Il écrivait le 5 juin 1779, à Paul Rabaut, qui l'avait sans doute procuré à l'église : « Demain, je prêche au Parc, et le ministre du régiment (2) prêche pour moi; jugez, par là, de la liberté dont nous jouissons. »

A partir de 1780, les protestants de Marseille célébrèrent leur culte dans une maison de campagne, sise chemin de Malaval, n° 5 , et qui avait l'avantage d'être plus rapprochée de la ville et d'appartenir à Des Pilles, viguier de Marseille, qui se déclarait le protecteur de ses locataires. Ceux-ci habitaient presque tous près de l'Hôtel-de-Ville, où était la Bourse, dans la rue du Con-

(1) Papier Rabaut, III, E.

(2) Sans doute, l'aumônier d'un régiment suisse.

cordât, appelée rue des Huguenots, jusqu'à la Révolution.

En 1785, les enterrements protestants, qui avaient eu lieu de nuit jusque-là, purent se faire à l'entrée de la nuit, et comme l'église s'était beaucoup accrue, le consistoire demanda aux échevins de la ville un cimetière plus spacieux et clos pour éviter les profanations et déprédations ; mais leur requête ne fut pas agréée.

Trois ans plus tard, en 1788, la population protestante s'élevait à deux mille âmes, et le consistoire composé de MM. Eymard, Chapelier, D. Baux, Raynaud, Alexandre Defague et Boulet , songeait à appeler un second pasteur. Les souscriptions pour le culte avaient produit 4,785 livres, et une somme de 3,315 livres restait encore à trouver pour solder les dépenses, qui, avec deux pasteurs , monteraient à 8, 100 livres , savoir :

Honoraires de deux pasteurs. . . . 6,000 livres. Loyer de la maison qui sert d'église

et d'hôpital 1 ,200 —

Réparations annuelles 100 —

Honoraires du lecteur et du chantre. 250 —

Concierge et domestique T50 —

Bois et charbon. . 100 —

Dépenses ordinaires 300 —

Total 8,100 livres.

Les événements politiques qui se préparaient empêchèrent le consistoire de donner suite à son projet. En 1 79 1 , l'Assemblée nationale proclama bien la liberté des cultes, et la ville de Marseille céda aux protestants, pour célébrer le leur, l'Eglise de la mission de France, rue du Tapis Vert, mais deux ans après , en 1793, toutes les églises et tous les temples furent fermés en France.

Le pasteur Malignas Durand quitta Marseille à cette époque. Il était président du consistoire de Ganges en 1807 et 1810 (1).

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