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de l'Ascension (20 mai) 1 et tue 400 soldats ennemis. C'est i5 à peine s'il en réchappa 120 ou 140.
Le dauphin d'Auvergne s'apprêtait à venger la défaite de ses troupes, lorsqu'il apprit la mort de Charles IX, survenue le 3o mai; ce qui lui fit suspendre momentanément ses opérations.
zMontbrun échoue sur Die. Le dauphin d' Auvergne échoue sur Livron. Marguerite, duchesse de Savoie , exhorte Montbrun à la paix.
Après son beau fait d'armes, Montbrun quitta le Royans, laissant Bouvier le jeune à Izeron et son vaillant homonyme à Saint- André, avec une faible garnison dans l'une et l'autre place , car il voulait tourner toutes ses forces contre Die , qu'il espérait emporter facilement d'assaut ou par composition-, car la. garnison de la place était fatiguée des courses incessantes qu'elle avait faites, et il croyait qu'elle comptait dans son sein peu de soldats expérimentés. Cette ville, du reste, gênait beaucoup les mouvements des protestants, qui occupaient la plupart des places de la contrée. Enorgueilli de sa récente victoire, Montbrun se présente devant la place avec confiance. Mais il manquait de canons , et la ville avait une forte assiette. Fortifiée avec soin par ses habitants, elle pouvait même résister longtemps au canon. Montbrun ravage ses alentours pour l'effrayer et tente de l'enlever de nuit par escalade. Mais Glandage le père , qui y commandait, a compris son dessein. En capitaine expérimenté, il attend que les soldats huguenots aient dressé leurs échelles, appa-
(1) Pérussis, dans d'Aubais (t. i, p. 168), dit à tort le 6 juin.
> 374- raît ensuite à l'improviste sur les murailles, renverse les engins et lâche sur ses ennemis une telle bordée de coups de canon, que non - seulement il les oblige à fuir, mais encore leur tue 3o hommes et en blesse plusieurs autres, notamment l'un des deux Blacons '-. On attribua la cause de Tinsuccès de Montbrun à la trahison de Glandage le fils, jeune homme perdu de mœurs et sans convictions, qui servait dans l'armée protestante et qui, à dater de ce moment, quitta le parti huguenot. Montbrun, sans oser l'accuser ouvertement de félonie, lui reprocha vivement de ne pas avoir poussé l'attaque avec assez d'impétuosité, et leva sur l'heure le siège (9 juin) 2. Une particularité digne de remarque, c'est que le brave capitaine huguenot passa , dans toute l'Allemagne et ailleurs, pour avoir été tué à Die ; et ce bruit se répandit non pas comme une conjecture, mais comme un fait certain, qui parut dans des documents imprimés. Lorsqu'on sut plus tard la vérité, on considéra cette méprise comme d'un mauvais augure pour l'avenir.
De Die , Montbrun conduisit la plus grosse partie de ses forces à Livron et à Loriol, parce qu'il venait d'apprendre que le dauphin d'Auvergne allait reprendre l'offensive et faire le siège des places du Valentinois occupées par les protestants. Ce dernier ne tarda pas en effet à reparaître. Il fit reprendre par 4 compagnies, sur Bouvier le jeune, le château d'Izeron, qui commandait le cours de l'Isère, et se présenta devant Allex le 17 juin. « Vint au lieu d'Allex, dit
(1) Ainsi s'exprime Pérussis, dans d'Aubais (t. i, p. i63). Ces « deux Blacons » ne peuvent désigner que Hector de Forest-Blacons , fils de Matthieu, mort en 1570 en Saintonge, au dire de Montluc, et Arnaud de Forest-Blacons, frère de ce dernier. Il s'agirait donc ici de l'oncle et du neveu. Que si Matthieu n'était pas encore mort, la phrase de Pérussis désignerait le père et le fils.
(2) Selon d'autres, le 11 juin.
le mémoire contemporain cité plus haut Monsieur le prince i574. dauphin, nommé Monsieur de Montpensier, avec son armée et grandes pièces d'artillerie et nombre de gens de pied et de cheval, dix mille hommes. Et firent brèche du côté de la bise de la maison André Bruzac; entrèrent de là dans la ville par assaut, tirèrent au moins six-vingts coups de canon ; ce que voyant, les susdits huguenots se rendirent aux papistes, qui prirent lesdits soudards et amenèrent Jean d'Urre avec les autres soudards par-devant ledit seigneur le prince, au camp, qui était à la grange dudit sieur d'Urre, et de là furent retournés en ladite tour et furent massacrés.
» Et partit du lieu d'Allex ledit prince avec son armée, et, partant d'Allex, s'en allèrent à Crest pour battre la ville d'Aoste-, mais ils trouvèrent que les huguenots s'en étaient saisis, et de là ils allèrent battre Livron. » C'était une place, située sur un coteau, qui avait fait peu parler d'elle pendant les trois premières guerres de religion, et dont la population était restée plus ou moins neutre entre les deux partis. Gordes, toutefois, après la Saint- Barthélémy et dans la crainte que les protestants ne s'y fortifiassent, en avait fait détruire les portes. On a vu que Montbrun, après la seconde prise d'armes, ordonna à Mirabel d'en réparer les brèches. Son enceinte murée renfermait un grand espace vide et ses remparts, peu consistants et flanqués de tours à de grands intervalles, se reliaient à une citadelle qui appartenait à l'évêque de Valence. Montbrun préposa aux fortifications un ingénieur très-habile, nommé Julien, et mit dans la place une bonne garnison, qu'il confia au commandement de Roisses, gentilhomme plein de courage et d'intelligence, et se posta lui-même à Loriol, qu'il avait également fait fortifier.
(i) Prime et reprime , etc., dans V Album du Dauphiné , t. a, p. 19.
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i374- Le dauphin d'Auvergne attaqua la place le 25 juin et battit ses murailles de 66o coups de canon de gros calibre, puis tenta un assaut du côté de la tour Manchenin au faubourg, par la brèche qu'il avait ouverte*, mais il fut repoussé avec pertes. Montbrun, de son côté, ne cessait de le harceler et lui prenait ses convois et ses hommes, pendant que les assiégés faisaient de vigoureuses sorties. Dans Tune d'elles, ils lui enlevèrent une enseigne et enclouèrent un gros canon. A bout de sa provision de poudre, et apprenant que Montbrun venait de recevoir des renforts du Vivarais par Saint- Romain, le prince dauphin, qui n'avait fait aucun progrès du côté de la place, leva son camp le septième jour du siège et se retira à Étoile, après avoir envoyé son artillerie à Valence. Montbrun lui avait dressé une embûche à un détour de chemin , et, sans un furieux vent du nord, qui ôtait à ses gens la respiration et la vue et renversait pêle-mêle hommes et chevaux, il l'aurait taillé en pièces, car il avait réuni toutes ses forces pour lui couper la retraite. Découragé de son insuccès , le prince parlait de quitter la province , quand la ville et le parlement de Grenoble lui envoyèrent une députation pour le supplier de prolonger son séjour. Il y consentit et fit peu après son entrée solennelle dans la capitale du Dauphiné.
L'abandon du siège de Livron par le prince dauphin procura quelques mois de tranquillité au Dauphiné, et Montbrun en profita pour publier une ordonnance (2 3 juillet) qui faisait défense à toute personne de troubler, molester et empêcher directement ou indirectement aucuns marchands et autres manants conduisant des marchandises dans la province, sous peine de la vie, attendu que le commerce était libre. Peu après, ses gens s'emparèrent de Saint-Paultrois-Châteaux (juillet) et de Sassenage (août), mais il perdit La Roche-sur-le-Buis, que le gouverneur livra aux catholiques moyennant 7 ou 800 écus.
Vers le même temps, les protestants du midi, qui n'avaient 1574. pas encore pris les armes, élurent à Millau (10 juillet) le prince Henri de Condé comme chef et protecteur des églises réformées, et le mois suivant signèrent une étroite alliance avec le parti des Politiques, représenté dans le midi de la France par le maréchal Damville. Les confédérés s'engagèrent à se soutenir mutuellement, à ne jamais traiter séparément, et à ne déposer les armes que quand les États généraux du royaume, légalement convoqués, auraient pourvu à la réforme du gouvernement, à la punition des perturbateurs du repos public et au soulagement du peuple. Cette union fut de nouveau jurée dans l'assemblée de Nîmes, du 10 janvier 1575.
Sur ces entrefaites, Marguerite de France, fille de François Ier et femme d'Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, qui passait pour favorable au parti huguenot, écrivit à ' Montbrun pour l'exhorter à faire la paix au commencement de ce nouveau règne. Elle lui représenta qu'Henri III, qui arrivait de Pologne pour monter sur le trône de France, à la place de Charles IX, son frère, et qui se trouvait pour lors à sa cour, était animé des meilleures intentions, n'avait rien tant à cœur que la pacification du royaume, et que ce serait dangereux pour ceux de la religion de l'aigrir, en continuant des hostilités qui entraîneraient nécessairement leur perte , une fois le cœur du roi irrité et son armée jetée en France ; d'autant plus que celle-ci, composée en grande partie d'étrangers, était la personnification vivante des passions du pape, de tous les princes italiens et des Espagnols.
On crut généralement à l'époque que cette lettre fut inspirée par Henri III lui-même. Quoi qu'il en soit, Montbrun répondit qu'il ne désirait certainement rien plus que la paix, et qu'il croyait en avoir donné des preuves; que s'il ne déposait pas les armes, c'était parce que le prince dauphin occupait à cette heure le Dauphiné avec une armée, et assié.
1 5y4- geait les places que ses coreligionnaires tenaient pour leur sûreté personnelle-, que du reste il ne pouvait désarmer qu'avec le consentement des confédérés du reste de la France , car c'était la cause commune des églises réformées qui était en [jeu , et que si le roi faisait connaître ses bonnes intentions à celles-ci, en les convoquant dans une assemblée générale et en leur donnant des garanties, elles ne resteraient pas au-dessous de leurs devoirs1.
Autrement, l'échec du dauphin d'Auvergne sur Livron avait jeté le découragement dans le parti catholique de la province et la mort du roi Charles IX lui faisait désirer la paix. Nous croyons du moins en apercevoir un indice dans un arrêt du parlement de Grenoble rendu cette même année, et qui mettait « sous la protection et sauvegarde du roi et de la cour ceux de la nouvelle opinion de Molines et de la vallée du Queyras, avec inhibition et défense faites aux capitaines La Gazette et Féronne et à tous autres de les inquiéter et molester, sous peine de 1 ,000 livres, à condition qu'ils se tiendraient en leurs maisons sous l'obéissance du roi , et qu'ils rendraient aux catholiques l'église paroissiale de Molines, dont ils s'étaient emparés2 ».
On va voir qu'Henri III n'était pas disposé à traiter avec les huguenots.
(1) Mémoires de V Estât de France , t. m, p. 106, 282, 283; — Pérussis, dans d'Aubais , t. 1, p. i5o, i5i, 1 55, 1 58, 160, 161, i63, 1 65, 168; — Franc, et Joan. Hotomanorum epistolœ, p. 43 ; — Comment arii, un* pars, p. i34, 1 37 ; v* pars, 8-10, 26, 27; — Recueil des choses mémorables, p. 497, 5i2; — La Popelinière, t. 11, p. 193, 23o; — D'Aubigné, t. ti, p. 134. — De Thou, t. vu, p. 85, 86; — Chorier, p. 654-662; — Hist, des guer . excit. dans le Comtat-Venaissin , t. 11, p. 92.
(2) Arch. dép. de l Isère , B. 2o35 (Inventaire).