CINQUIÈME GUERRE DE RELIGION
(septembre 1574 — 6 mai 1 576J.
Henri III décide de continuer la guerre avec Montbrun. Entretien de des Adrets
Le roi entra en France , le 4 septembre , par le Pont-de- 1 Beauvoisin , où le prince dauphin et Gordes vinrent le complimenter. Pendant ce temps, des coureurs de Montbrun se saisissaient d'une partie de ses bagages, non loin du même lieu. Henri III en garda le plus vif ressentiment et jura qu'il n'accorderait aucun quartier à Montbrun, si jamais il le tenait entre ses mains. Quelques personnes reprochèrent à cette occasion au capitaine huguenot d'oublier qu'il était né sujet du roi, mais il répondit : « Les armes et le jeu rendent les hommes égaux. »
Arrivé à Lyon (6 sept.), Henri III tint un grand conseil, où il fut résolu que l'on recommencerait la guerre contre les huguenots. L'empereur d'Allemagne Maximilien II et le sénat de Venise, qu'Henri III avait vus à son retour de Pologne, l'en avaient vivement dissuadé. Il ne tint pas compte de leurs sages conseils. Ce fut la cinquième guerre de religion, bien qu'en Dauphiné la quatrième durât encore. Touchant cette dernière province, le conseil décida qu'on poursuivrait activement les hostilités contre Montbrun, que la direction en serait confiée au prince dauphin d'Auvergne et
'574. à Gordes, et que le maréchal Roger de Saint-Lary de Bellegarde accompagnerait Tannée à la fois comme homme de guerre et comme négociateur.
Le roi reçut à Lyon l'hommage de tous les gentilshommes catholiques du Dauphiné. Le baron des Adrets se présenta comme les autres , mais ne put obtenir d'audience particulière; ce qui l'outra profondément. C'est au moment même où l'huissier lui refusait la porte d'Henri III, que le célèbre Agrippa d'Aubigné, qui n'avait alors que 24 ans, « lui demanda trois choses : Pourquoi il avait usé de cruautés malconvenables à sa grande valeur-, pourquoi il avait quitté un parti auquel il était tant créance, et puis pourquoi rien ne lui avait succédé depuis le parti quitté , quoiqu'il se fût employé contre.
» Il me répond au premier point, continue d'Aubigné, que nul ne fait cruauté en la rendant; que les premières s'appellent cruauté, les secondes justice...; qu'il leur avait rendu quelque pareille en beaucoup moindre quantité, ayant égard au passé et à l'avenir... Le seul moyen de faire cesser les barbaries des ennemis est de leur rendre des revanches. ... Il n'y a rien de si dangereux de montrer à ses partisans imparité de droit et de personnes...
» Quant aux raisons pour lesquelles il quitta le parti, elles furent que Monsieur l'amiral avait disposé de la guerre par des maximes ministrales et voulait donner les diseurs pour juges aux faiseurs;., que la modestie n'est pas bonne pour abattre l'orgueil des ennemis qui n'en ont point; qu'il est mal de combattre des lions avec des moutons... Qu'à la vérité il avait traité avec le duc de Nemours non par avarice ou crainte, mais par vengeance après l'ingratitude redoublée...
» Quand je le pressai sur la troisième demande, il la fit courte avec un soupir. Mon enfant, dit-il, ... avec les huguenots j'avais des soldats; depuis je n'ai eu que des mar-
chands, qui ne pensent qu'à l'argent. Les autres étaient i serrés de crainte sans peur, soudoyés de vengeance, de passion et d'honneur. Je ne pouvais fournir des rênes pour les premiers : ces derniers ont usé mes éperons. »
En exécution des arrêts du conseil de guerre de Lyon , le maréchal de Bellegarde ne tarda pas à se rendre en Dauphiné pour organiser ses troupes; ce qui lui prit assez de temps. Il en profita pour faire des ouvertures à Montbrun , mais elles ne purent aboutir. Le prince dauphin et Gordes arrivèrent ensuite à l'armée, le premier le 22 septembre, le second le 26. Bellegarde disposait à ce moment de 18,000 hommes, tant Suisses que Français et Piémontais1, de 14 gros canons et de plusieurs petits. A l'approche de l'armée royale, Chabeuil, tenu par les protestants, se rendit; par contre, un régiment de Suisses qui passait à Beaumonty fut taillé en pièces par les gens de Montbrun.
Le prince dauphin, qui se souciait peu de compromettre une seconde fois sa réputation , laissa bientôt toute la conduite du siège à Bellegarde, qui passa d'abord sur la rive droite du Rhône avec une partie de l'armée, pour se saisir du Pouzin, dont la garnison, conjointement avec celle de Livron, interceptait la navigation du fleuve. Cette place avait été fortifiée antérieurement par Charles de Barjac de Rochegude, Pierregourde et Saint- Romain. Le maréchal la prit le 1 5 octobre, après l'avoir battue de ses gros canons, qui occasionnèrent l'éboulement des remparts, trop chargés de terre du côté de la place, mais il perdit 1,800 hommes. La garnison fut assez heureuse pour se sauver de nuit et gagner Privas. Le bourg fut pillé et entièrement brûlé, à l'exception d'une maison. On y trouva pour i5o,ooo écus
(1) Pérussis, dans d'Aubais, dit 6,000 Suisses, 4,000 Français, 4,000 Italiens, de la gendarmerie et des reîtres allemands.
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1S74.de marchandises, capturées sur les bateaux du Rhône. L'armée royale s'empara ensuite de plusieurs autres places du Vivarais, mais échoua sur Privas, défendu par Saint- Romain , qui était accouru du Languedoc à son secours et qui battit les royaux en avant de la ville.
Les chefs de l'armée hésitèrent alors sur le parti qu'ils devaient prendre. Les catholiques du Languedoc suppliaient le roi de laisser les troupes continuer leur marche vers le midi par la route du Vivarais, disant que, cette province une fois soumise , les villes du Languedoc occupées par les protestants seraient facilement réduites. Les catholiques du Lyonnais et du Dauphiné, qui avaient déjà fait de grandes dépenses pour la nourriture de l'armée, disaient au contraire qu'il était de la dernière importance que le commerce du Rhône , intercepté par la garnison protestante de Livron , fût rendu libre par la prise de cette dernière place, et ils réussirent à faire prévaloir leur sentiment.
Avant de mettre le siège devant Livron , l'armée royale voulut se saisir de quelques places avoisinantes. Montbrun, jugeant que Loriol ne pourrait offrir de résistance sérieuse, donna ordre à sa garnison de l'abandonner. Il s'était demandé un instant s'il ne devait pas l'incendier pour qu'elle ne fût d'aucun secours à l'armée ennemie; mais, se laissant arrêter par la considération des dommages que sa ruine causerait à ses coreligionnaires , il se borna à l'abandonner, et les catholiques l'occupèrent aussitôt , la fortifièrent et y logèrent les reîtres, après avoir massacré une partie des habitants.
Le maréchal de Bellegarde assiégea ensuite Grane avec ses gros canons (24 oct.), et fit une assez large brèche à ses murailles. Blacons, Louis de Marcel-Blaïn du Poët et Comps , qui l'occupaient , estimant qu'ils ne pourraient défendre la place bien longtemps , y mirent le feu et se réfugièrent dans la citadelle, d'où ils prirent la fuite dans la
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nuit du 3o octobre. Les catholiques déshonorèrent leur vie- 1574. toire par de coupables excès. Des « femmes furent meurtries, disent les Mémoires delà maison des Gay , d'autres violées, d'autres mises à rançon; plusieurs filles, après avoir perdu leur pudicité, furent vendues des uns aux autres-, plusieurs autres méchancetés furent perpétrées \ bref, des choses si barbares que le Turc serait navré d'en faire de semblables sur des chrétiens ».
Les protestants, effrayés de l'approche de Bellegarde, abandonnèrent les places de Saint-Paul-trois-Châteaux et de Saint-Restitut (190a.), et le capitaine Georges de Saint- Ferréol, qui commandait à Roynac, après avoir reçu seulement trois coups de canon, se rendit sous main à son frère, qui commandait dans l'armée royale. Montbrun en fut trèsirrité, car la citadelle de Roynac, sise sur un rocher, était très-forte, et les assaillants ne disposaient que de 4 canons, dont 2 couleuvrines. De plus, il avait décidé de se jeter à ce moment sur l'armée royale, déjà fatiguée par les sièges antérieurs.
Quelques jours après, le maréchal s'empara du Puy- Saint-Martin (28 oct.), d'Aoste et d'Allex, puis de la maison forte de Lastic, attenant à Saou (10 nov.).
Le roi , étant descendu sur ces entrefaites de Lyon à Avignon (16 nov.), écrivit à Montbrun une lettre « un peu brave et haute, et digne d'un roi », dit Brantôme, dans laquelle il le sommait de se retirer dans sa maison, s'il voulait profiter du bénéfice du dernier édit de Boulogne; qu'autrement il serait traité avec la sévérité que méritent les rebelles, et qu'il pouvait juger, par ce qui s'était déjà passé depuis le commencement de la guerre, quel châtiment était réservé à ceux qui s'opiniâtraient dans la rébellion. Montbrun lui répondit que le titre de rebelle, que le roi lui appliquait, était une injure et devait être renvoyé aux méchants conseillers qui l'animaient contre ses plus fidèles serviteurs
074. et provoquaient des guerres incessantes, cause de maux sane nombre pour la malheureuse France; que pour lui, après l'horrible boucherie de Paris, perfide violation du dernier édit, il s'était vu obligé de prendre les armes et de se saisir d'un certain nombre de places pour assurer sa liberté et conjurer le danger qui menaçait ses jours; que Dieu, qui est le soutien et le vengeur de l'innocence, avait également sauvé son église dans les autres parties du royaume, et qu'il s'agissait ici non de sa cause particulière, mais de la cause commune des églises. Il déclarait en outre que rien ne lui tenait plus à cœur, comme aux autres confédérés, que l'établissement d'une paix durable, et que si de mauvais conseillers, étrangers à la France, avaient employé contre eux des soldats également étrangers, Dieu n'abandonnerait pas les siens et leur permettrait de prouver à ces bas et perfides Italiens qu'ils avaient affaire à de véritables Français, qui estimaient qu'après tout une mort glorieuse est la plus belle récompense de la foi et de la vertu
Montbrun, en recevant la lettre du roi, se serait écrié, au dire de Brantôme : « Comment ! le roi m'écrit comme roi et comme si le devais reconnaître ! Je veux qu'il sache que cela serait bon en temps de paix ; mais en temps de guerre , qu'on a le bras armé et le cul sur la selle , tout le monde est compagnon. » « Telles paroles, ajoute Brantôme, irritèrent tellement le roi, qu'il jura un bon coup qu'il s'en repentirait. » La lettre du hardi capitaine ne put que contribuer à porter au comble son irritation.
(1) Nous avons suivi les Commentarii pour l'analyse de la lettre de Montbrun. D'Aubigné et Mézeray les suivent également. Quant à Eustache Piedmont, il ne diffère guère d'eux et fait écrire ces paroles au roi parle capitaine huguenot : « De rendre ce qu'il tenait, il ne le pouvait faire pour ne pouvoir prendre assurance , aucuns craignant d'être massacrés comme à Paris; que si on le voulait forcer, il était délibéré de se défendre. »
Second siège de Livron. Discours de Roisses. Bellegarde cartonne les remparts et y fait de larges brèches.
L'armée royale, après avoir passé quelques jours de repos 074. dans les plaines de Valence et de Crest, se décida enfin à faire le siège de Livron. Les seigneurs, qui allaient faire leur cour au roi à Avignon, ne cessaient en effet de se plaindre qu'ils étaient dévalisés, tout comme les trafiquants, par la garnison de cette place. On amassa donc de grandes provisions de bouche et on commença un siège en règle le 1 7 décembre. Bellegarde garda le commandement en chef, et Gordes se rangea sous ses ordres. L'armée comptait à ce moment 14 compagnies des gardes du roi, 2 légions de Suisses, formant 1 1 enseignes, 1 2 compagnies d'arquebusiers dauphinois, rompus à l'art de la guerre, 9 de soldats piémontais, 3oo soldats des vieilles bandes, 4 compagnies de gendarmes, 8 cornettes de reîtres, commandés par Charles de Mansfeld, 22 canons de gros calibre et 2 basilics, en tout 7 à 8,000 hommes. On y remarquait Louis de Béranger du Gua, favori du roi, et Jean de Montluc de Balagny, fils naturel de l'évêque de Valence Montluc. L'armée se croyait assurée de la victoire et comptait emporter facilement la place. « Ils se vantaient, disent les Mémoires de la maison des Gay , de faire leurs chalendes dans Livron , pour à leur départ l'avoir pillé , le brûler et le raser du tout , afin qu'il n'en fût jamais mémoire. Quelques papistes de Saillans, le premier jour de Noël , envoyèrent à leurs femmes qu'elles vinssent au camp avec des bêtes, qu'ils prétendaient charger du pillage de Livron, leur assurant qu'ils devaient y entrer le deuxième ou le troisième jour de Noël. Ils se vantaient d'aller puis faire carême-entrant dans la ville de
i574- Nîmes, d'aller faire leurs Pâques dans La Rochelle, puis, tout pacifié, aller à Genève et râcler toute la race des huguenots et en voir la fin. » La reine-mère elle-même, Catherine de Médicis, ne cachait pas sa confiance et se réjouissait de ce qu'il s'offrait à elle une occasion si facile d'anéantir ses ennemis. Les événements ne tardèrent pas à ruiner de si belles espérances.
Roisses, jeune gentilhomme d'une rare intelligence et d'un courage à toute épreuve, à qui Montbrun avait confié la défense de Livron , apprenant que l'armée royale s'avançait pour prendre ses positions de siège, envoya au-devant d'elle, pour arrêter sa marche, Pontaix, escorté de quelques cavaliers. Mais ils ne purent soutenir le choc des reîtres et furent poursuivis jusqu'aux portes de la place. Sur le soir, quand l'armée eut établi son camp , Bouvier, à la tête de quelques arquebusiers de la garnison, se jeta sur les gardes avancées, en blessa quelques-unes et rentra dans la place.
Le lendemain (19 déc), Bellegarde posta deux canons dans la plaine de Lois , un à la métairie de Sablière, huit en face de la tour Fontaine, située à un angle des remparts, dans la direction de Romans , huit autres en face de la tour de Genève, construite du même côté, six enfin sur la colline qui domine Livron.
En voyant ces préparatifs et les brèches incomplètement réparées des murailles de la place , Roisses eut un moment de défaillance et songea à se rendre par composition. Mais il fut détourné de ce dessein par le capitaine Brancion, et, reprenant courage, il demanda pardon à Dieu d'avoir douté un instant de sa protection et de sa puissance. D'un autre côté, comme il n'avait pas une entière confiance dans tous ses capitaines , dont quelques-uns étaient étrangers et parlaient de se rendre, et que les habitants eux-mêmes ne laissaient pas que de manifester de l'inquiétude, Roisses se décide à convoquer ses officiers et leur déclare , après leur
avoir représenté la faiblesse numérique de la garnison et la 1574. force de Tannée assiégeante, que s'ils sont résolus à repousser la violence des ennemis de Dieu et de l'Eglise, il se mettra résolument à leur tête et versera pour eux jusqu'à la dernière goutte de son sang; que Dieu lui-même, dont la cause est en jeu , et qui tant de fois a délivré le peuple d'Israël d'ennemis nombreux et puissants, les aidera à triompher des forces considérables qui les entourent ; que dans les guerres précédentes il les a souvent secourus, et naguère encore a arraché La Rochelle par miracle de la gueule du loup \ il les engage donc à examiner le parti qu'il faut prendre, et leur assure que, s'ils sont tous animés du même courage que lui, il ne doute point que Dieu ne rende vain l'effort de l'ennemi. En terminant, il invite ceux qui ont des craintes sur l'issue du siège à dire librement leur pensée, afin que l'on puisse examiner ce qu'il importe de faire pour le salut commun.
Ce discours émouvant entraîna l'assemblée, et les capitaines dont la fidélité était douteuse furent les premiers à déclarer qu'ils attendaient avec confiance le secours de Dieu et étaient résolus à défendre la place au péril de leur vie.
Dans sa partie élevée, Livron possédait une bonne citadelle, que Roisses fit démolir, parce qu'il ne pouvait l'armer de soldats. Les 400 hommes dont se composait la garnison étaient en effet à peine suffisants pour protéger les remparts, qui avaient un immense développement, comme nous l'avons déjà dit. Roisses voulait en outre ôter tout espoir de retraite à ses soldats et les obliger à combattre en gens qui n'ont à attendre leur salut, après Dieu, que de leur courage. Ces préparatifs prirent les 19 et 20 décembre.
Du 2 1 au 24, les canons de l'armée royale tonnèrent avec furie contre les tours Fontaine et de Genève, et contre les remparts qui y étaient attenants, et, les ayant battus de 1,080 coups bien comptés, ils y firent une brèche large de
1 374. 60 pas. Pérussis raconte que la batterie était si forte qu'on entendait les coups d'Avignon.
Bellegarde, qui voulait donner l'assaut à la place sur plusieurs points, et avait reçu du reste l'ordre du roi de raser toutes ses fortifications, établit le 2b , le jour même de Noël, des canons en face de la porte d'Ampech , qui était très-forte, et la battit de 1 ,487 coups, qui y firent une large brèche. Pour ne pas interrompre son tir, il faisait jeter du vinaigre sur ses pièces, rendues brûlantes par le feu de la poudre. Il donna ensuite l'ordre de creuser dans la direction des brèches de profondes tranchées pour que les soldats pussent s'y loger et s'approcher le plus près possible de la place au moment de l'assaut. Il fit aussi construire des tours ambulantes et des mantelets pour mettre à couvert ses hommes à ce même moment. La garnison ne possédait pour tout engin de guerre qu'un canon de campagne, qui pouvait lancer des boulets de la grosseur d'un œuf. Mais elle sut s'en servir avec adresse. Elle le transportait en divers lieux , suivant qu?elle apercevait des groupes ennemis à portée de son tir, de telle sorte que ces derniers, qui se croyaient à l'abri des coups de leurs adversaires et se répandaient librement dans la plaine, perdirent plusieurs des leurs et n'osèrent plus se montrer.
En présence des brèches immenses faites à ses murailles , la garnison ne demeura pas inactive. Aidée des habitants, tant hommes que femmes, elle se mit aussitôt en devoir de les réparer avec des matériaux de démolition, et, pour narguer le maréchal de Bellegarde, elle planta sur les remparts une hallebarde à laquelle elle suspendit un fer à cheval , une mitaine de peau et un chat, disant par ce rébus à Bellegarde : « Maréchal, on ne prend point un chat sans moufles. »
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Premier assaut , heureusement repoussé.
Le 26 décembre, vers deux heures de l'après-midi, l'ar- i574. mée royale rangée en bataille marche à l'assaut, tandis que les reîtres défendent le passage de la Drôme et que les arquebusiers dauphinois occupent la plaine pour s'opposer aux diversions que Montbrun pourrait tenter en faveur des assiégés. L'assaut est donné sur trois points différents : à la brèche de la porte d'Ampech, à celle de la tour Fontaine et à une troisième , faite dans le premier siège par le prince dauphin, du côté de la tour Manchenin au faubourg, mais réparée en partie.
La brèche de la porte d'Ampech est attaquée par 1 1 enseignes des gardes du roi et les soldats des vieilles bandes. Mais Roisses s'apprête à les recevoir rudement, entouré de Fiancey, natif de Livron, Pontaix, Bouvier, de Romans, Brancion , Nétonier, Pétri , Jérôme , Sigalon , Saint-Aule , tous braves capitaines, dont les noms, au dire même de leurs ennemis, méritèrent de passer à la postérité. Les soldats royaux cherchent à pénétrer par la brèche avec une ardeur extrême; mais les assiégés, qui s'encouragent au combat en chantant des psaumes , les repoussent avec vigueur, descendent quelquefois jusqu'à trente pas en avant de la brèche , de telle sorte que les soldats ennemis ne tardent pas à remplir les fossés de leurs morts. Tandis que les assiégeants essaient de les retirer par la contrescarpe pour les dérober à la vue de la garnison, ou leur ménager une sépulture honorable , celle-ci leur crie : « Venez , canailles , venez chanter des Noëls dans Livron ! Allez , canailles, allez faire vos chalendes à Avignon , car ici ne fait pas bon pour vous ! » Les soldats royaux, en attaquant les assiégés, leur crient à leur tour : « O larrons huguenots, pensez à vos consciences, car nous vous accoutrerons de sorte qu'il ne
1574. sera jamais mémoire de vous ! Chantez le psaume : Donne secours, Seigneur, il en est temps! » « et plusieurs autres paroles blasphématoires, disent les Mémoires de la maison des Gay , menaçant de violer les femmes et les filles, et puis meurtrir tout corps ayant âme, esprit et mouvement, jusques aux bêtes de service domestique. »
Les femmes de Livron rivalisent d'ardeur avec les soldats. Les unes charrient des matériaux pour combler la brèche , les autres jettent des pierres contre les assaillants , d'autres combattent avec des piques , des hallebardes et même avec des arquebuses; Tune d'elles surtout, qui porte des manches rouges, se fait remarquer par la bravoure qu'elle déploie en dehors de la brèche, une hallebarde à la main. Les enfants se mêlent aussi à la lutte. Ils encouragent leurs parents de leurs cris, transportent des matériaux qui excèdent leurs forces, font pleuvoir sur l'ennemi, avec leurs frondes, une grêle de pierres et l'accablent d'invectives. L'armée royale , au dire des catholiques eux-mêmes , fut vivement impressionnée de la mâle énergie que montrèrent en cette occasion les femmes et les enfants.
A cet assaut de la porte d'Ampech, le vaillant Roisses fut malheureusement tué par un boulet de canon. Le soldat qui l'avoisinait couvrit aussitôt d'un manteau son corps palpitant , pour que ses compagnons d'armes ne fussent pas pris de découragement en voyant leur chef inanimé. Avec Roisses périrent encore les capitaines Fiancey et Bouvier (le jeune probablement), et 60 soldats de la garnison. De là le nom de porte meurtrière donné après le siège à la porte d'Ampech.
A la brèche de la tour Fontaine on combattit de part et d'autre avec le même acharnement. Huit enseignes de soldats vétérans et autres l'attaquèrent; mais elle fut défendue par le sergent Saillet, de Livron, secondé par Louis de L'Homme, sieur de Corbières, et une compagnie de sol-